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1877-1895
HISTOIRE DU TELEPHONE EN FRANCE
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Petit rappel de la situation en France, après la période
ou l'on communiquait par messages écrits et transportés
par une personne, un cavalier, est arrivé la période du
télégraphe optique de Chappe, à l'époque
le plus grand système de télégraphe optique au monde,
presque exclusivement à des fins administratives et militaires
. Vers 1800, le développement de l'électricité
fit naître l'ère du télégraphe électrique.
En 1832 Samuel Morse s'inspira des travaux de ses prédécesseurs
pour inventer un système simple et robuste : le télégraphe
électrique.
Il y a aura bientôt cent quatre vint dix ans naissait le monopole
des télécommunications. Le 2 mai 1837, Louis-Philippe
signait en effet une loi réglementant le télégraphe
de Claude Chappe au profit exclusif de l'Etat. C'est cette loi qui, jusqu'à
la modification du code des PTT cinquante ans plus tard en 1987, a régi
télégraphe, téléphone, radio et télévision
en France et inspiré de nombreuses législations étrangères.
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pour agrandir
Au service de gouvernements forts ou absolus, le télégraphe
aérien, inventé par Claude Chappe, a pu s'établir,
s'étendre et fonctionner sans problèmes jusqu'en 1830, et
cela sans la protection d'aucune loi. Tout change avec l'avènement
de Louis-Philippe, période où souffle déjà
le vent du libéralisme.
Jusque-là, le télégraphe avait été
au service exclusif de l'Etat, quoique sa rapidité (pour l'époque)
aurait bien intéressé les milieux d'affaires, surtout les
banquiers. Claude Chappe avait un moment songé à mettre
sa découverte au service du commerce et même de la presse,
mais Bonaparte, sous le Consulat, s'y était opposé. Un financier,
Alexandre Ferrier, après consultation des plus éminents
juristes du moment, décide de créer des lignes télégraphiques
privées en France, fonde une compagnie à cet effet et met
en route une première ligne entre Paris et Rouen. L'administration
télégraphique, fort inquiète, réalise qu'étant
maintenant dans un Etat de droit, elle est sans protection juridique.
Son directeur, Alphonse Foy, tente d'obtenir la promulgation d'une loi
garantissant le monopole de l'Etat, et soumet à plusieurs reprises
des projets au président du conseil. Mais le ministre de l'intérieur
a, en ces années 1831-1834, d'autres préoccupations plus
urgentes, il se contente, par des manuvres dilatoires, à
la limite de la légalité, de décourager Ferrier et
ne se presse pas de faire étudier et voter une loi. Les choses
restent en l'état jusqu'en 1836, année où éclate
un scandale
à Bordeaux. Depuis quelque temps, les agents de change et les
assidus de la Bourse de cette ville commencent à trouver étrange
le " flair " particulier de deux banquiers bordelais, les frères
Blanc. Entre 1834 et 1836, afin de connaître avant tout le monde
la clôture des cours de la vente à la Bourse de Paris. Le
piratage a été rendu possible par la corruption d'un agent
télégraphique de Tours, qui ajoutait discrètement
le chiffre du cours aux messages envoyés par l'État. Ceux-ci,
un ou deux jours avant l'arrivée du courrier transmettant la cote,
vendent avant la baisse, ou achètent avant la hausse, réalisant
de fructueuses opérations sur la vente d'Etat, le fameux 3 %, base
des fortunes de l'époque. La divulgation de cette manuvre
a contribué au vote de la loi de 1837 sur le monopole public des
communications télégraphiques.
Plus tard en 1850 Louis Napoléon Bonaparte permettra
lusage du télégraphe pour la correspondance privée
tout en maintenant le monopole, cest le début du service
public.
sommaire
Pendant les années 1800 Jean-François Sudre, né
à Albi (paroisse Saint-Etienne), le 15 aout 1787,, est un musicien
et professeur de musique français, connu pour avoir inventé
la téléphonie et la langue musicale universelle,
appelée ensuite solresol. Ce n'était pas encore la transmission
de la parole.
Admis au Conservatoire de Paris, il suit lenseignement de François-Antoine
Habeneck pour le violon et de Charles-Simon Catel pour lharmonie.
Il enseigne dabord chant, guitare et violon à Sorèze
puis fonde, en 1818 une école denseignement mutuel pour la
musique à Toulouse et publie quelques pièces. En 1822, il
ouvre un magasin de musique à Paris. Dès 1817, il
pense à un système de communication à distance par
les sons des instruments de musique. En janvier 1828, il le propose
à lexamen de lInstitut de France dont une commission
composée de Prony, Arago, Fourier, Raoul-Rochette, Cherubini, Lesueur,
Berlon, Catel et Boieldieu exprime son approbation : « La commission
croit que ce nouveau moyen de communication de la pensée peut offrir
de grands avantages, et que le système de M. Sudre renferme en
lui tous les germes d'une découverte ingénieuse et utile.
»
Le ministère de la guerre se montre intéressé et
fait faire au Champ-de-Mars des expériences de communication au
clairon qui se révèlent concluantes. La marine conclut de
même. Sudre donne dès lors à son système le
nom de téléphonie.
Sudre donne dès lors à son système le nom de téléphonie.
À partir de 1833, il donne des conférences en France, Belgique,
Angleterre, où il fait la démonstration de traduction instantanée
de phrases dictées tout en améliorant son système,
ce que note un rapport des académies de lInstitut de France
en date du 14 septembre 1833. Il publie à Paris, en 1838, une brochure
de 62 pages, en format in-8°, Rapports sur la langue musicale inventée
par M. F. Sudre, approuvée par lInstitut royal de France,
et opinion de la presse française, belge et anglaise, sur les différentes
applications de cette science. Pour permettre lutilisation de sa
langue par les aveugles, sourds et muets, il la transforme en supprimant
intonation et son, nen laissant que les éléments rythmiques
traduits par les mains. Il travaille aussi à un double dictionnaire
qui ne sera publié quen 1866, après sa mort.
Source Gilbert Rose, « La téléphonie de Jean-François
Sudre », dans Mémoires de l'Académie nationale de
Metz.sommaire
Ce n'est qu'en 1844 que le gouvernement français songea
sérieusement à étudier la question de la télégraphie
électrique, alors que en 1838, Morse était déjà
venu à Paris, présenter son télégraphe (le
plus évolué pour cette époque) à l'Institut
de France auprès du baron von Humboldt, François Arago et
d'autres scientifiques, Morse avait obtenu son brevet le 18
août 1838, premier brevet au monde pour son télégraphe
électrique traçant (qui écrit) .
Le télégraphe de Morse utilisait un cylindre sur
lequel un ruban de papier était entraîné par un mécanisme
d'horlogerie, un stylet encré relié à l'armature
de l'électro-aimant récepteur traçait les impulsions
courtes et longues sur le papier en mouvement (point et trait) .
Morse a inventé l'alphabet Morse permettant de traduire les séquences
de traits et points en caractères alphabétiques (peut importe
la langue).
Morse
Foy
Cependant, Alphonse Foy administrateur des lignes télégraphiques
françaises, responsable de plus de 1 000 opérateurs de stations
de télégraphe optique, dont la plupart étaient
analphabètes, doutait que son peuple puisse apprendre l'alphabet
Morse.
En 1839, sans autre justification, Foy informa Morse
que son système ne sera pas en France !!!
Foy organisa une mission en Angleterre pour étudier le télégraphe
électrique à aiguilles en expérimentation depuis
1837 par Cooke et Wheatstone.
Foy demanda à Louis-François
Breguet, petit-fils d'Abraham-Louis Breguet et fournisseur régulier
du télégraphe optique, de fabriquer un télégraphe
électrique à aiguilles reproduisant les mouvements du sémaphore
pour faciliter la transition de la télégraphie optique à
la télégraphie électrique en France.
Le télégraphe Breguet-Foy qui en a résulté
utilisait deux aiguilles, ce qui pouvait montrer huit positions
sémaphoriques différentes.
Il fut d'abord expérimenté entre Paris, Saint-Cloud et Versailles
en 1842. - La Maison Breguet est
fondée en 1783 par lhorloger Abraham Breguet, originaire
de Suisse
Depuis 1833, elle est dirigée par Louis Breguet, qui développe
lactivité de son père en se lançant dans la
construction dappareils scientifiques.
En 1845, il est récompensé pour ses travaux sur la télégraphie
électrique par la Légion dhonneur. Il est élu
à lAcadémie des sciences en 1874.
1842, des tests approfondis ont été effectués
simultanément avec les équipements télégraphiques
optiques utilisés la nuit.
Les expériences ont clairement montré que les performances
du télégraphe électrique étaient de loin supérieures
à celles du télégraphe optique.
Un essai comparatif de télégraphes électriques a
ensuite été effectué le long de la voie ferrée
entre Paris (Gare Saint-Germain) et Rouen en mai 1845.
Trois types d'équipements différents ont été
testés: le télégraphe à deux aiguilles Cooke
et Wheatstone, le télégraphe à deux aiguilles Breguet
et un télégraphe d'écriture élaboré
cette année-là par M. Dujardin.
Suite aux tests effectués les 11 et 18 mai 1845, les équipements
Breguet ont été installés
cette même année sur la ligne ferroviaire Paris-Rouen entre
Paris et Lille. Breguet a très vite remplacé le télégraphe
à deux aiguilles à deux fils par un télégraphe
pas à pas à un fil plus avancé (similaire
au télégraphe à pointeur Wheatstone et Cooke).
Le télégraphe Breguet, également appelé
télégraphe français, était un équipement
standard sur les chemins de fer français pendant de nombreuses
années, il a même été exporté au Japon,
où le service télégraphique public a été
inauguré en utilisant le télégraphe de Breguet et
modifié pour lutilisation de caractères japonais.
En 1851, le réseau Français possède 5 000
km de lignes pour 556 stations. Puis sera de 23 000 stations en 1864 et
55 000 en 1877 pour 4587 bureaux.
Le premier câble sous-marin international a été posé
en 1851 entre lAngleterre et La France, le télégraphe
s'étend sur le monde.
La principale réalisation de la télégraphie électrique,
en plus de faire de linformation un produit de valeur et daméliorer
sensiblement la sécurité et la fiabilité du transport
ferroviaire, a été la création dune infrastructure
de télécommunication internationale; une condition préalable
au développement des télécommunications mondiales.
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Les progrès de la télégraphie
électrique furent timides , jusqu'à l'arrivée
de M. de Vougy comme directeur général
des ligues télégraphiques, le 28 octobre 1853.
S'en suivi un système de télécommunication
plus efficace
La guerre franco-allemande de 1870-1871, parfois appelée
guerre franco-prussienne ou guerre de 1870, est un conflit qui
oppose, du 19 juillet 1870 au 28 janvier 1871, la France à
une coalition d'États allemands dirigée par la Prusse
et comprenant les vingt-et-un autres États membres de la
confédération de l'Allemagne du Nord, ainsi que
le royaume de Bavière, celui de Wurtemberg et le grand-duché
de Bade. Cette guerre fut considérée par le chancelier
Otto von Bismarck comme une conséquence de la défaite
prussienne lors de la bataille d'Iéna de 1806 contre l'Empire
français.
La victoire entraîne l'annexion
par le Reich de l'Alsace (excepté le Territoire
de Belfort) et d'une partie de la Lorraine (Moselle actuelle),
que la France ne récupérera qu'en 1918 à
la suite de la Première Guerre mondiale.
Carte Alsace Lorraine
1871-1918 , Voir la page Allemagne.
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Plus tard le 'Scientific Américain'
du 26 Aout 1876 relatait un évènement de 1870 pendant le
siège :
TÉLÉGRAPHIE MUSICALE À PARIS.
On propose maintenant d'utiliser à Paris le système de
télégraphie musicale de Paul de La Cour, en liaison
avec le projet de M.Bourbouze d'envoyer des messages télégraphiques
sans fil. M. Bourbouze a eu l'idée, pendant le siège de
Paris en 1870, de se servir de la Seine comme d'un conducteur, de manière
que la ville assiégée puisse communiquer avec les provinces
sans que l'ennemi s'en doute. Des essais ont effectivement prouvé
que le plan était réalisable, mais avant qu'il puisse être
mis en pratique, l'armistice a été déclaré,
et le dispositif est devenu inutile. M. Bourbouze a récemment présenté
de nouveau son idée et propose d'utiliser l'eau des canalisations
de la ville comme conducteur. Chacun ayant l'appareil simple nécessaire
pourrait alors apprendre à télégraphier pour lui-même.
Chaque maison serait une station, et n'importe quel citoyen pourrait converser
avec des amis dispersés dans tous les quartiers de la ville sans
bouger de son domicile. A ce projet quelque peu optimiste, il y a une
objection fatale : c'est que le résultat serait une nouvelle Babel
; car des centaines de personnes télégraphieraient simultanément,
et à moins que chaque dépêche n'ait une caractéristique
facilement reconnaissable, une confusion inextricable s'ensuivrait.
Comme indiqué au début, on suggère que le télégraphe
musical de M. La Cour pourrait fournir un moyen de transmettre des dépêches
distinctes. L'invention a été décrite récemment
dans le 'SUPPLÉMENT SCIENTIFIQUE AMÉRICAIN', mais les gravures
ci-jointes, que nous tirons de 'La Nature', serviront à rendre
son mode de fonctionnement plus clairement compréhensible...
En 1870 Alfred Niaudet neveu de Mr Louis
Bréguet , organisait le service télégraphique
de larmée du Rhin ; enfermé à Metz, il créa
un système de communications aériennes pour tromper le blocus.
Habillé en civil, il sen échappait pour rejoindre
les armées de la Défense nationale.
On ne va pas trader à revoir ce Mr Niaudet
quelques années plus tard, contribuer à l'histoire qui nous
intéresse : le téléphone.
1873 A cette date, le télégraphe est rattaché
à ladministration des Postes.
Le 6 décembre, lAssemblée Nationale vote la fusion
de la poste appartenant au ministère des finances et du
télégraphe au ministère de lintérieur.
Celle ci ne deviendra effective que dans les années 1876 et 1877.
sommaire
Transmettre la parole à distance avec l'électricité
1854 Les travaux de Charles Bourseul,
alors ingénieur Français au télégraphe décrit
le concept de la téléphonie dans un article.
Le professeur allemand Philipp Reis, avait
construisit un instrument reproduisant des sons électriquement,
mais suscitèrent pourtant peu d'intérêt.
Il faudra attendre encore 20 ans et les travaux de A.G.
Bell pour réaliser le premier appareil de téléphone
breveté à cette époque .
Bien avant 1876 les téléphones acoustiques étaient
d'usage dans beaucoup de maison, propriétés, bureaux, entreprises
... pour communiquer d'un point à un autre sur une courte distance
: voir la page "Téléphone
acoustique".
1876
LA DECOUVERTE DU TÉLÉPHONE ELECTRIQUE
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En France, ce fut une tête couronnée
qui affirma l'existence et vanta le mérite de la nouvelle découverte
issue du génie américain A.G.Bell.
L'Empereur du Brésil, don
Pedro I er, qui venait de visiter l'Exposition universelle de Philadelphie
en 1876 , et avait été mis par l'inventeur au courant
de tous ses travaux, il arriva à Paris, à la fin de l'année
1876.
Dans Les
Annales Télégraphiques de 1876 , l'administration
des télégraphes n'est pas très bavarde, voici ce
que l'on peut lire page 613 :
Télégraphe parlant
On fait certain bruit depuis quelques jours autour d'une «
véritable merveille télégraphique »,
pour employer l'expression dont on s'est servi.
On viendrait de découvrir tout dernièrement le moyen de
transmettre la parole à des distances quelconques. Il suffirait
de parler a portée
du télégraphe pour se faire entendre d'un bout
a l'autre de l'Europe. On chanterait a New-York et l'on entendrait à
Londres.
Le morceau de musique joué à Paris serait entendu à
Vienne, et réciproquement. On pourrait, avec un fil télégraphique,
faire assister toute la province a l'audition d'un opéra nouveau,
de la vraie musique de chambre, cette fois
Rien n'empêcherait de louer son fil télégraphique
et d'entendre a domicile le meilleur orchestre du monde. J'en passe...
L'avenir nous réserve très-vraisemblablement de pareilles
surprises; mais n'allons pas si vite.
La nouvelle est vraie en principe : on peut transmettre des sons par
un fil électrique; on peut même reproduire, tant bien que
mal, à distance, une mélodie, c'est exact; la nouvelle
est vieille, et il n'est pas inutile de rétablir les faits sous
leur véritable jour.
Après l'exposition de Philadelphie ou l'on dévoile
au monde le téléphone de Bell, la nouvelle se propage
vite par la presse d'abord aux Usa, dans les journaux locaux, puis en
Angleterre, en Allemagne et enfin France dans la presse scientifique
comme "Les Annales Télégraphiques", dans des
rapports de scientifiques comme celui du plus illustre Th.
Du Moncel , de même dans les nombreuses conférences
que Bell organise.
Les articles publiés dans les numéros du 25 Mai et du
25 Juin 1877, pages 559 et 596, du "Le journal télégraphique",
revèlent tardivement aux scientifiques les progrès en
télégraphie, les noms et travaux de Reis et Paul de la
Cour :
En 1860, Philipp Reis, a produit
un "téléphone" qui pouvait transmettre
des notes de musique, et même un mot ou deux zézayant ;
et une dizaine d'années plus tard, M. Cromwell
Fleetwood Varley, F.R.S., un électricien anglais connu,
a breveté un certain nombre de dispositifs ingénieux pour
appliquer le "téléphone musical" pour transmettre
des messages en divisant les notes en signaux courts ou longs, après
le code Morse, qui pourrait être interprété par
l'oreille ou par l'il en leur faisant marquer un papier en mouvement.
Ces inventions n'ont pas été mises en pratique ; mais
quatre ans après, Herr Paul la Cour, un inventeur danois,
a expérimenté un appareil similaire sur une ligne de télégraphe
entre Copenhague et Fredericia dans le Jutland. Dans celui-ci un diapason
vibrant interrompait le courant qui, après avoir traversé
la ligne, traversait un électroaimant, et attirait les branches
d'un autre diapason, lui faisant frapper une note comme la diapason
émetteur. En brisant la note à la station émettrice
avec une touche de signalisation, le message était entendu comme
une série de bourdonnements longs et courts. De plus, les bourdonnements
étaient amenés à s'enregistrer sur papier en transformant
le récepteur électromagnétique en relais, qui actionnait
une imprimante Morse au moyen d'une pile locale
Dans la revue
"Le monde illustré" du 17 Mars 1877
on annonce brièvement ce nouveau procédé de communication
.
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Durant toute lannée 1877, Graham Bell va assurer la promotion
de son invention. A Salem (Massachusetts) devant 600 personnes il discute
ave un interlocuteur de Boston, situé à 22 kilomètres.
Lexpérience, qui a un grand retentissement, est rapportée
par le journal américain «The Scientific», relayé
en France par « Le Siècle » qui conclut : «
... On entendait tousser, chanter, on reconnaissait la voix des personnes.
Bref, toute la gamme des sons humains peut être transmise par
le fil électrique ».
Au Usa, depuis mai 1877 commence alors l'essor du téléphone
quand Bell présente au public son invention sous une nouvelle
forme imaginée par le professeur Preece
: "the Hand Telephone"
ou "Téléphone à Main" aussi appelé
"butterstamp" aux Usa.
l'intégral
du "Scientific American du 6 octobre 1877", le monde découvre
le Hand Téléphone
Après des mois d'améliorations et d'expositions publiques
de son invention aux États-Unis, Alexander Graham Bell se marie
le 11 juillet 1877 à Cambridge, dans le Massachusetts. Son épouse,
Mabel, était la fille de Gardiner Green Hubbard, un sponsor de
longue date de son travail, qui seulement deux jours auparavant avait
été élu administrateur de la nouvelle Bell Telephone
Company..Après avoir créé la Bell Telephone Company,
Graham Bell, soucieux de protéger son invention, sembarque
pour lEurope le 4 août 1877 pour y déposer ses brevets.
Première étape, Plymouth, où il présente son
appareil à une assemblée de scientifiques anglais remplis
dadmiration devant son fonctionnement.
Le couple Bell s'embarqua pour l'Angleterre, emportant avec eux une réserve
de téléphones pour ce qui était censé être
un court voyage de noces comprenant quelques activités promotionnelles,
mais la grossesse précoce de Mabel rendait conseillé un
séjour plus long. Ils ne furent de retour en Amérique
avec leur petite fille que le 10 novembre 1878.
Pendant ce temps, les Bell s'installèrent à Londres, mais
les conférences et les engagements commerciaux de l'inventeur l'amenèrent
dans de nombreux endroits en Grande-Bretagne et en Irlande, ainsi que
il s'est avéré à Paris, à au
moins trois reprises.
Ce qui suit est un bref compte rendu de ces voyages, s'appuyant en grande
partie sur les informations contenues dans les lettres familiales mises
à disposition sur Internet par la Bibliothèque du Congrès
des États-Unis. On tente de replacer ces voyages dans le contexte
auquel ils appartiennent, c'est-à-dire les débuts de l'histoire
du téléphone en France.
En Europe, l'épopée du téléphone commence
d'abord en Angleterre, au retour de l'exposition de Philadelphie,
Sir W. Thomson (Britannique).
présente le téléphone de Bell comme la "merveille
des merveilles", au sein de l'association britanique réunie
à Glasgow en septembre 1876.
Très impressionné par la découverte de Bell et la
démonstration auquel il assista le 25 juin 1876 à l'Exposition
universelle de Philadelphie, Sir William Thomson, obtint une nouvelle
démonstration en privé le lendemain et avant de s'embarquer
pour l'Angleterre, il est passé par Boston, c'est la que Bell lui
a donné un ensemble de téléphones comme ceux qu'il
avait vus à Philadelphie, c'est à ce moment que commence
l'aventure du téléphone en Europe.
Si on relit la presse française de l'époque dans le Petit
Parisien du 31 mars 1877, on y découvre les premiers
propos sur le Téléphone
GAIS PROPOS
On annonce une merveilleuse découverte : la sécurité
des maris en voyage, la tranquillité des femmes jalouses,
la joie des hommes politiques et des diplomates ! Demandez, mesdames
et messieurs, demandez le téléphone.
Bien entendu, la chose nous vient d'Amérique, cette terre
féconde en inventions, en attractions de toute sorte. Il
n'a pa suffi à l'Amérique d'inonder l'Europe de clowns
et de doctoresses, d'acrobates et de Barnums; non contente de faire
désolations à Oifenbach et à Blondin, de donner
un asile aux Mormons et à quelques douzaines de sectes également
bizarres, elle vient d'inaugurer le téléphone.
L'expérience a été, parait-il concluante. On
donnait un concert à New-York et les exécutants étaient
à Philadelphie. Eh bien! mesdames et messieurs, interrogez
les dilettantes qui assistaient au concert; personne n'a perdu la
moindre vocalise de la prima donna le plus léger trille du
ténor; aucune nuance de l'ophicléide n'est restée
en route; tous les mugissements du violoncelle sont arrivés
à destination avec une exactitude parfaite. Très sérieusement,
le téléphone offre d'inépuisables ressources.
Un mari soupçonné par sa femme se prétend-il
obligé de passer toutes les soirées à son ministère
? Madame installe subrepticement un téléphone communiquant
avec le bureau conjugal, et acquiert bientôt la conviction
que l'infidèle n'y met jamais les pieds. Pas le plus léger
bruit qui signale la présence du coupable. Le bureau reste
vide, le téléphone n'apporte aucun son. Un jeune étudiant
en droit affirme t'il à sa famille qu'il travaille toute
l'après-midi, chez son répétiteur ? Ici, encore,
l'emploi du téléphone est indiqué.
Qne M. de Lorgeril éprouve un pressant besoin d'assurer le
roi de son dévouement, que M. de Rajuste veuille mettre son
cur enflammé aux pieds du Saint-Père, ces honorables
pourront se satisfaire, sans le moindre déplacement, sans
frais de voyage le téléphone ne sera-t-il pas là
.
Et quelle admirable application du nouvel instrument au régime
parlementaire. Sans se déranger, sans affronter un aréopage
toujours inquiétant, le député prononcerait
un discours au milieu de ses électeurs charmés et
attendris il parlerait à Brives, à Dunkerque ou à
Landernau, et le téléphone porterait ses paroles à
Versailles, où elles seraient recueillies par les sténographes.
Le même appareil transmettrait la réponse de l'adversaire.
MM. Mitchel ou Tristan Lambert interrompraient, M. Grévy
les rappellerait à l'ordre, toujours par téléphone.
Au lieu d'orateurs à la Chambre, on aurait ainsi des orateurs
en chambre, une forme nouvelle du parlementarisme.
A la rigueur, un député empêché par un
enrouement ou par une partie de pêche, pourrait se faire remplacer
par quelqu'un de ses électeurs doué d'une belle voix
de tambour :de ville ou le chantre de la paroisse.
PIERRE BENOIT. |
Dans la presse technique, "Extrait
de l'exposé sur l'électricité de TH Du Moncel"
(en pdf avec les gravures)
Pour commencer, c'est un peu avant l'arrivée de A.
G. Bell sur le continent, que son agent en France
Cornelius Roosvelt avait pris ses marques et ses liens avec l'administration
pour déposer le premier Brevet 117492
en France le 13 mars 1877 Intitulé Télégraphe
de quartier .
En juillet 1877 , M. WH Preece, qui devint plus tard Sir William
Preece, ingénieur en chef de la poste, avec Bell présentent
le téléphone à la British Association à
Plymouth. Dans la presse scientifique, voici ce qu'écrit
Th. Du Moncel, notre Scientifique Français

Ce téléphone, en effet, reproduisait les mots articulés,
et ce résultat dépassait tout ce que les physiciens avaient
pu concevoir. Cette fois ce n'était plus une conception que l'on
pouvait, jusqu'à preuve contraire, traiter de fantastique : l'appareil
parlait, et même parlait assez haut pour n'avoir pas besoin d'être
placé contre l'oreille.
Côté administration des Télégraphes, dans les
Annales
télégraphiques page 180-181 , page 218 à 224
on décrit les appareils de Bell en 1876, page 267 on reprend les
informations du journal officiel sur une liaison entre New-York et Philadelphie,
un peu de théorie sur le téléphone de Bell et Varley
page 537 à 542 , on parle déjà des progrès
comme le téléphone d'Edison,
page 548 à 551.
En pages 552 à 60 on décrit l'exposé de Preece
à Plymouth Angleterre ... l'administration s'intéresse
surtout à la télégraphie, ne voyant pas venir que
le téléphone va profondément changer le moyen de
communiquer.Le 25 Juillet 1977 Bell déposa le brevet
n°119626
en France , "pour des perfectionnements dans la téléphonie
électrique ou la transmission des sons comme dépêches
télégraphiques, ainsi que dans les appareils téléphoniques.
Brevet
Bell de 15 ans, du 25 juillet 1877.C'est aussi la revue scientifique
"Le journal télégraphique" du 25 septembre
1877 qui présente cette découverte
La téléphonie.
Le Journal télégraphique a déjà à
plusieurs reprises entretenu ses lecteurs des expériences
faites dans des directions différentes par MM. Elisha Gray,
Graham Bell et Paul la Cour pour développer l'idée
primitive de Reiss sur la transmission du son par l'électricité.
Les articles publiés dans nos numéros du 25 Mai et
du 25 Juin derniers, pages 559 et 596, ayant fait connaître
avec quelques développements les résultats des essais
de M. La Cour, nous nous occuperons surtout ici des études
des autres inventeurs parmi lesquelles, celles de MM. Graham Bell
et Elisha Gray ont déjà obtenu des résultats
remarquables.
M. Bell s'est attaché plus spécialement à perfectionner
son instrument en vue de la reproduction de la voix humaine, tandis
que M. Gray cherche d'une manière générale
la reproduction du son ou le perfectionnement du système
électro-harmonique. Aucun des deux inventeurs n'exclut, d'ailleurs,
les expériences spéciales faites par l'autre.
M. Graham Bell a organisé dans différentes villes
des Etats-Unis des séances publiques où des phrases
de conversation et des discours tout entiers sont transmis par le
fil télégraphique. Dans d'autres occasions il a transmis
des mélodies et autres productions musicales.
D'après le Télégraphie Journal, vol. V, page
65, M. Bell a fait à Salem sur son système une conférence
que son appareil téléphonique reproduisait en même
temps à Boston, soit à une distance de 29 km. On prétend
même que l'auditoire de Boston aurait entendu, quand l'orateur
a cessé de parler, les applaudissements de l'auditoire de
Salem. Le 23 du même mois des expériences semblables
auraient été faites également avec succès
entre les deux mêmes villes, non plus avec la parole humaine,
mais avec un orgue et avec un cornet. Un peu plus tard, elles furent
tentées sur une plus grande échelle entre Boston et
Providence, avec des circuits de 190 et de 240 kilomètres.
D'après le Journal of the telegraph (vol. X, pag. 100,102
et 107), les essais auraient rencontré alors beaucoup plus
d'obstacles que sur des lignes courtes. L'on serait parvenu cependant
à distinguer les paroles et même à reconnaître
les particularités de timbre de voix de différents
orateurs. L'imprésario Strakosch, dont le nom est bien connu
aussi en Europe, s'est déjà emparé de la nouvelle
invention. Il a donné dans différentes grandes villes
des Etats-Unis des concerts où, en dehors des productions
musicales ordinaires, il a fait entendre des morceaux exécutés
dans une autre ville et transmis par l'appareil téléphonique.
Les résultats ainsi obtenus ont encouragé un riche
particulier, M. Williams, à faire établir entre ses
propriétés la première ligne expressément
affectée à la téléphonie. Cette ligne
dont l'étendue est de 8 kilomètres fonctionnerait
très-bien et permettrait d'entretenir à cette distance
une conversation aussi facilement que si les interlocuteurs se trouvaient
dans la même pièce.
Quant aux dispositions de l'appareil téléphonique
de Bell, voici la description qu'en donne M. Cardarelli dans Elettricista.
« L'appareil transmetteur se compose essentiellement d'un
petit tube en laiton, d'un diamètre de 7cm. Une des ouvertures
est fermée par une membrane tendue extrêmement mince
au milieu de laquelle est collé à l'extérieur
un petit disque de fer doux de forme ronde ou allongée. Ce
petit disque est placé tout près des pôles d'un
électro-aimant à une distance que des vis micrométriques
permettent de régler à volonté. L'appareil
est disposé de façon qu'on puisse parler dans le tube.
Le fil de la bobine de l'électro-aimant communique avec la
ligne et par celle-ci avec le récepteur à l'autre
station. Le récepteur est également très-simple;
il se compose d'un électro-aimant à une seule bobine,
enfermé dans un tube de fer qui, entre autres fonctions,
a pour effet de condenser l'intensité du champ magnétique.
L'ouverture du tube de fer est fermée par une feuille de
fer doux très-mince fixée par un seul point au tube
qui dans toutes ses autres parties peut vibrer librement.
Cette feuille mince de fer est influencée par les courants
qui traversent la bobine de l'électro-aimant et répète
par conséquent les vibrations de la membrane du transmetteur.
Les deux appareils, le transmetteur et le récepteur, sont
montés sur des caisses de résonnance pour renforcer
le son.
« Quand une parole où note est émise dans le
tube par la voix ou l'instrument, la membrane vibre à l'unisson
avec elle et le morceau de fer doux: en face de l'électro-aimant
vibre également et induit dans ce dernier une série
de courants électriques qui passent par là ligne et
la bobine de l'électro-aimant du récepteur de la station
de réception. La feuille mince de fer doux du récepteur
est aimantée et désaimantée à l'unisson
avec les vibrations de l'air dans le tube du transmetteur. Ainsi
le son ou la parole articulée se transmet fidèlement
d'une extrémité de la ligne à l'autre ».
D'un autre côté, MM. Cecil et Léonard
Wray (Télégraphie Journal, vol. V, page 38) ont
récemment imaginé une nouvelle forme de téléphone
que l'on peut considérer comme inspirée directement
par l'invention primitive de Reiss. Dans leur système, MM.
Wray font usage d'une membrane intermédiaire entre la voix
et la membrane de transmission. Cette dernière consiste en
une feuille mince de gutta-percha au milieu de laquelle est fixée
une petife rondelle de platine portant deux fils de cuivre recourbés
et plongeant dans deux godets remplis de mercure. La rondelle peut
ainsi être mis en communication continue avec un pôle
d'une pile sans que la membrane soit en aucune façon gênée
dans ses vibrations. Au-dessous de la rondelle est une pointe en
platine à une distance qui peut être réglée
par une vis micrométrique, de façon qu'à chaque
oscillation de la membrane la pile soit fermée et ouverte
une fois. Le récepteur se compose de deux électro-aimants
juxtaposés avec des noyaux libres d'un côté
qui reproduisent les vibrations de la membrane. Le son est également
renforcé par une disposition de résonnance.
Malgré les beaux résultats obtenus de nos jours avec
la téléphonie, il nous paraîtrait encore prématuré
de se prononcer dès maintenant sur son application pratique
et durable. L'avenir nous dira prochainement, sans doute, si ce
nouveau mode de communication électrique est appelé
à sortir des limites des succès de cabinet et des
expériences de curiosité, pour entrer dans le domaine
plus vaste de l'exploitation pratique qui subirait alors
une transformation radicale. |
En 1876, Léonard Wray
inventa un téléphone et l'exposa
à la Society of Telegraph Engineers et à la Royal Society
. Ce système, n'est qu'un simple perfectionnement de celui de M.
Reiss, imaginé en vue de rendre les effets produits plus énergiques.
(voir Téléphone de MM. Cécil
et Léonard Wray )
sommaire
A la réunion annuelle de
l'association Britannique (BAAS) à Plymouth au mois de septembre
1877, on apprit les progrès fait depuis et W.Preece,
avec la participation de Bell, ils firent la première démonstration
pratique avec la fameuse paire de Hand-Téléphones amené
par WH Preece.
|
A cette réunion Alfred
Niaudet, neveu de Mr Louis Bréguet (père) et
célébre constructeur de matériel électrique
chez Bréguet, qui parle couramment l'Anglais et
qui est aussi membre de la "Society of telegraph Engineers",
le lendemain Niaudet reçoit des mains même de
l'inventeur deux paires de téléphones (dont
une est au musée du cnam, photo ci contre) pour les amener
en France.
Niaudet est aussi membre de la Société Française
de Physique dès sa fondation et deviendra administrateur
de la Société
Générale des Téléphones
à sa création.
Rentré à Paris, plein denthousiasme, Antoine
déclare à des collègues « Depuis que
jai ce magique petit appareil entre les mains, je ne dors
plus ! »
Ces deux téléphones traversèrent la Manche,
dans une boite fermée à clef. Ils étaient
en bois de frêne blanc tout à fait rustique et assez
semblable à un bilboquet, la paire sera par la suite, donnée
par la veuve A.Breguet au Musée des arts et métiers
à Paris en 1884 et y sont toujours visibles.
Breguet sans tarder fit une présentation devant
un petit comité appartenant à l'institut et Collège
de France.
Fin septembre 1877 Niaudet et Breguet organisent une présentation
à l'Académie des Sciences à Paris.
|
 |
Dans le bulletin scientifique du journal, le Phare de la Loire, on peut
lire :
« Cest Monsieur Breguet qui a joui du précieux avantage
de tenir entre ses mains et dessayer, à son aise, le téléphone.
Pareil à saint Thomas, il a pu croire parce quil a vu et
touché. Aussi sest-il empressé de faire part à
lAcadémie des Sciences de létonnement que lui
a inspiré le merveilleux appareil américain, non seulement
par les résultats incroyables obtenus, mais aussi par la simplicité
des organes qui le composent. La pureté de la voix humaine et ses
nuances sont si bien conservées que lon peut reconnaître
la voix de la personne qui parle »
39
quai de lHorloge Paris
Puis début novembre 1877 Breguet installe le téléphone
dans ses ateliers du 39 quai de lHorloge pour que tout le monde
puisse lessayer :
« Nous eûmes le plaisir de voir latelier de M. Breguet
et le cabinet de travail où se trouvait alors le seul téléphone
double quon connût en France. M. Breguet nous fit voir lappareil
et nous pûmes assister à une expérience concluante.
On prévint par une sonnerie les ouvriers qui se trouvaient au troisième
étage. Ils prirent tour à tour le téléphone
en mains et communiquèrent dans le cabinet de travail leurs impressions,
des appréciations sur la température ; ils lurent des fragments
de journal, comptèrent, et enfin lun deux, qui avait
une jolie voix, électrisa positivement, sans jeu de mot, le grand
air de La Fille de Madame Angot. La voix sortit de linstrument
un peu nasillarde, mais fort nette, et avec ses nuances les plus faibles.
Cétait stupéfiant ! Beaucoup de hauts personnages,
de magistrats, de littérateurs, de généraux, furent
reçus par Monsieur Breguet et lécoutèrent avec
attention, curieux surtout de voir le téléphone. Après
avoir vu par eux-mêmes, après avoir parlé, chanté
eux-mêmes, ils sen allaient satisfaits et émerveillés
».
La Maison Breguet du quai de lHorloge ne désemplit pas pendant
quAntoine expérimente le téléphone devant ses
amis académiciens, et des représentants de diverses sociétés
savantes. Les commentaires sur les résultats sont unanimes : «
cest merveilleux ».
Enfin, le 2 novembre 1877, Alfred Niaudet, le cousin dAntoine,
présente officiellement le téléphone Bell à
la société française de physique. Les nombreuses
démonstrations sont irréfutables mais un peu décevantes
sur le plan technique car les conversations sont perturbées par
le brouhaha de la foule présente.
Graham Bell charge alors Antoine Breguet
et Cornelius Roosevelt, ingénieur électricien
dorigine américaine, de faire connaître le téléphone
en France. En premier lieu, Antoine Breguet, soucieux de préserver
la réputation de haute qualité de la Maison, améliore
laspect extérieur du téléphone.
On peut lire dans le Petit Journal :
« Lindustrie parisienne, si délicate toujours, na
pas tardé à faire une jolie chose dun assez gros bilboquet,
et le téléphone que nous a montré Monsieur Breguet
est véritablement un joli petit objet, quand on le compare à
lappareil rustique apporté de Londres ».
En se lançant dans lindustrie du téléphone,
la Maison Breguet naura de cesse den améliorer les
performances, laspect pratique et lesthétique
A. Niaudet termine en annonçant que M. Bell lui avait formellement
promis de venir bientôt à Paris et dy prendre la parole
dans une réunion scientifique. Ce sera une fête pour les
admirateurs de lheureuse invention du téléphone.
1878 Téléphone Bréguet
Les premières démonstrations en France se font au Congrès
Scientifique du Havre en septembre 1877
|
Plusieurs savants venant de Plymouth
(Angleterre) sont présents au Congrès Scientifique
du Havre qui se tient peu après les séances de l'Association
Britannique en aout 1877 comme raconté ci dessus. .
"Ils ont assistés aux expériences de M. Bell,
ils ont fait fonctionner eux-mêmes le téléphone.
Ils ont pu converser avec des amis, à une distance de plusieurs
centaines de mètres, et ce n'est pas sans une légitime
émotion qu'ils reconnaissaient la voix de ceux qui parlaient
au loin, en approchant l'oreille de l'ouverture du Téléphone
à la station d'arrivée" (La Nature, 1877).
Les frères Poussin deux industriels Elbeuviens (de
la ville d'Elbeuf, Seine-Maritime, France),, très
intéressés par les nouvelles applications de la
science, se rendent à Paris pour rencontrer Antoine Bréguet.
En Normandie en mars 1877, une démonstration téléphonique
eut lieu à Elbeuf. Après avoir rencontré
Bréguet à Paris, les frères Alexandre et
Louis Poussin construisirent un prototype de téléphone.
ils demandent à A.Breguet de construire sur ses indications
(sous licence C.Roosvelt) une paire de téléphones.
Après l'avoir expérimenté, ils décident
d'en faire profiter les membres de la Société Industrielle
d'Elbeuf. Cette société, créée par
leur père en 1857, réunit tout ce que la ville compte
de notables, industriels et commerçants.
En décembre 1877 l'Industriel Elbeuvien écrit
:"aujourd'hui, un téléphone est à
la disposition des membres de la Société Industrielle
qui pourront ainsi confirmer tout ce que nous avons déjà
dit de cet appareil extraordinaire".
Le président de la société, Monsieur
Pelletier, s'empresse de nommer une commission chargée
d'étudier l'appareil. Cette commission organise le 11 décembre
1877 une expérience décisive : un téléphone
Bell est installé dans le local de la société,
un fil d'une longueur d'environ six cent mètres va sur
la tour Saint-Jean et revient vers un deuxième Téléphone
situé dans une autre pièce de la société.
Les expériences faites hier ont parfaitement réussi.
A une très grande distance et dans deux pièces fermées,
la commission, divisée en deux groupes, a pu correspondre.
La parole, un peu affaiblie à la vérité,
est parfaitement claire et permet même de distinguer la
personne qui parle. Tous les sons, toutes les syllabes s'entendent
parfaitement bien. Une boîte à musique dont les sons
sont assurément peu intenses, placée à l'une
des stations, a fait entendre à l'autre extrémité
les mêmes sons, avec la plus grande pureté, et l'on
distinguait même très bien le timbre de l'instrument.
L'audition était la même que si la boîte à
musique avait été placée à quelque
distance de l'oreille" (l'Industriel Elbeuvien, décembre
1877).
|
sommaire
Le 10 décembre 1877,
une expérimentation téléphonique est tentée
avec succès entre Bordeaux et Margaux (distantes de 25 km)
et Bordeaux et Soulac (distantes de 95 km) par la Société
Industrielle où les paroles, les voix, et les musiques émises
de chaque extrémité sont audibles et compréhensibles
par l'autre extrémité de chaque liaison.
La Ville de Rouen découvre le Téléphone le
12 décembre 1877
( vous pouvez lire le compte rendu dans le
Bulletin 1877 de la Société industrielle de Rouen de
cette présentation)
Messieurs Gouault et Dutertre,
membres de la Société Industrielle de Rouen, présentent
le Téléphone Bell lors d'une conférence publique
organisée dans la grande salle de l'Hôtel de ville
de Rouen (Seine-Maritime, France).
La Société Industrielle de Rouen se définit
à l'époque comme "une association ouverte à
toutes les bonnes volontés, étudiant les applications
des découvertes de la science, cherchant à propager
l'instruction technique, s'efforçant de vulgariser les procédés
industriels, en un mot, travaillant à faire la lumière
". Elle regroupe près de 700 membres de toutes origines,
chaque département français est représenté
ainsi que la plupart des pays étrangers (Etats-Unis, Russie,
Allemagne, Angleterre, Suisse, Espagne, Belgique, Hollande,...).
Monsieur Gouault présente l'appareil : "le Téléphone
que je vais décrire et expérimenter est le cornet
acoustique portatif. Il remplit les fonctions alternatives de transmetteur
lorsqu'il reçoit la voix, et de récepteur lorsqu'il
l'apporte à l'oreille. Cet appareil se compose d'un pavillon,
destiné à recevoir la bouche ou l'oreille. Derrière
ce pavillon, une membrane métallique en fer doux, de un à
deux dixième de millimètres d'épaisseur, est
tendue entre deux pinces annulaires en bois réunies par des
vis en cuive. Cette membrane est l'appareil vibrant destiné
à recevoir l'impulsion de la parole ou à la reproduire.
Derrière cette plaque, et à une distance mesurée
par une fraction de millimètre, se trouve un système
composé d'une bobine entourée d'un fil de cuivre isolé
et d'un aimant central. Les deux fils de la bobine ressortent de
la gaine en bois de l'appareil par deux bornes ; l'un est mis en
communication avec un fil télégraphique aboutissant
au récepteur ; l'autre est conduit à la terre, comme
dans les appareils télégraphiques ordinaires"
(Bulletin de la Société Industrielle de Rouen, 1878).
Cette description très scientifique cède parfois la
place à une description plus terre à terre : "l'appareil
de Monsieur Graham Bell se compose essentiellement de deux parties
ayant assez l'aspect des patères en bois qui servent à
retenir les draperies" (le Journal de Rouen, 1877). Monsieur
Gouault donne ensuite le principe du Téléphone : "le
premier principe, d'ordre philosophico-physiologique, est antérieur
à Bell ; le second principe, d'ordre purement physique, était
connu de la science et était implicitement renfermé
dans la loi de Lentz. Bell a eu le bonheur d'en trouver le premier,
je crois, une application pratique". Enfin Messieurs Gouault
et Dutertre réalisent une série d'expériences
qui réussissent parfaitement. Ils montrent qu'il est possible
d'entretenir une conversation à distance, un deuxième
poste étant installé dans l'hôtel de la gendarmerie,
à plus de 300 mètres de la salle de conférence.
Ils présentent également leurs essais sur de longues
distances :
le petit appareil que vous avez sous les yeux a été
expérimenté par Monsieur Dutertre et moi-même
jusqu'à 300 kilomètres de résistance locale.
Monsieur Bréguet affirme avoir perçu les sons que
transmet le téléphone avec des résistances
de 1000 kilomètres ! Les expériences faites sur des
fils de lignes ont été moins concluantes, en raison
même de la grande sensibilité de l'appareil. C'est
qu'en effet les fils voisins des lignes télégraphiques,
soumis à des courants électriques intenses, agissent
par induction sur le fil télégraphique. Ces courants
induits se superposent à l'action principale du Téléphone
et la troublent d'une manière sérieuse. C'est ainsi
que lors d'une expérience opérée sur un fil
de ligne de l'Etat, j'ai entendu très distinctement, superposés
à la voix transmise, les bruits donnés par trois télégraphes
ordinaires du service. On reconnaissait très nettement le
fonctionnement d'un Morse, d'un Bréguet et d'un Hughes. En
dehors de ces actions et de ces inconvénients extérieurs
qu'un service général téléphonique ne
comporterait pas, la transmission par l'appareil de Bell se fait,
sur les fils de ligne, à des distances importantes. On peut
citer les expériences faites il y a quelques semaines, entre
Paris et Mantes, à une distance de 58 kilomètres,
lesquelles ont parfaitement réussies".
Monsieur Gouault termine sa conférence en présentant
ce que pourrait être les premières applications du
téléphone : "il remplacera, dans un avenir rapproché,
les tuyaux accoustiques des habitations privées et des manufactures.
Il rendra de grands secours, en campagne, pour les services des
avant-postes, des reconnaissances des aérostats militaires.
On peut espérer même l'utiliser pendant les batailles,
lorsqu'il sera devenu plus puissant. Il aura d'ailleurs toujours
cet immense avantage de n'exiger la présence d'aucun télégraphiste,
et de permettre, dans des cas graves, la relation directe du général
en chef avec les commandants des camps engagés. Son emploi
est dès à présent indiqué pour les expériences
de tir au polygone, dans le but de remplacer l'espèce de
langage télégraphique constitué par les sonneries
au clairon. Enfin Monsieur Bell fait des recherches pour en réaliser
l'application à la télégraphie transatlantique
et il a la conviction d'y réussir dans un avenir très
rapproché". Le lendemain, Monsieur Gouault organise
une deuxième conférence pour le public. Dans son rapport
annuel de janvier 1878, le président de la société
s'en félicite : "la présence de la foule qui
est venue entendre la conférence publique et gratuite a affirmé
le succès que notre collègue avait eu la veille".
Voici comment le Journal de Rouen relate la conférence :
"l'orateur, après avoir rappelé qu'un simple
jouet avait été le précurseur du téléphone,
a présenté l'instrument et minutieusement décrit
les pièces dont il se compose, puis il a cherché à
exposer la manière dont se fait la perception des sons. Toutes
les fois, a-t-il dit, que nos sens se trouvent placés dans
des circonstances différentes, mais semblables par leur résultante
matérielle, ils transmettent au cerveau les mêmes impressions,
et notre individu se croit absolument dans des conditions identiques
; c'est ce qui fait que les amputés croient percevoir une
sensation dans le membre qu'ils n'ont plus ; qu'avec le stéréoscope,
nos yeux croient voir des objets en relief, en examinant une image
plate. |
La première liaison téléphonique,
le Premier Communiqué de Presse
Le 18 décembre 1877, Monsieur Gouault, invité
par la Société Industrielle d'Elbeuf, donne, "devant
un auditoire d'élite, une conférence sur le Téléphone".
Après avoir présenté l'appareil, il passe aux
expériences.
Voici comment le Bulletin de la Société Industrielle
d'Elbeuf relate les faits : "au moyen des appareils de Messieurs
Poussin, une communication a été établie entre
le local de la Société Industrielle et l'Hôtel
de Ville.
Le conférencier et d'autres personnes ont pu converser avec
les personnes placées dans ce dernier local. Des phrases
ont été échangées ; la sonnerie d'une
montre, produite à l'Hôtel de Ville, s'est faite entendre
très distinctement dans la salle où avait lieu la
conférence ; on a pu, de la même manière, entendre
l'air et les paroles d'un couplet de chanson".
Enfin, grâce à la complicité de l'Inspecteur
des lignes télégraphiques de Rouen, Monsieur Gouault
va soulever l'enthousiasme de son auditoire.
Réalise-t-il alors qu'il va effectuer la première
liaison téléphonique "commerciale" en Normandie
et probablement le premier communiqué de presse français
? Le Téléphone Bell est alors relié par un
fil qui, tiré du local de la Société Industrielle,
rejoint le bureau télégraphique puis emprunte la ligne
télégraphique Elbeuf - Rouen.
Voici le commentaire du bulletin de la Société Industrielle
:
"une communication a pu être établie entre le
local de la conférence et la guérite télégraphique
de la gare Saint-Sever à Rouen, et vers 10 heures et demie
du soir, Monsieur Gouault transmettait la dépêche téléphonique
suivante :
"Président Société Industrielle d'Elbeuf
à Président Société Industrielle de
Rouen. Une conférence très intéressante sur
le téléphone a été faite ce soir à
la Société Industrielle d'Elbeuf, par Monsieur Gouault,
ingénieur. Mis en communication avec Rouen grâce à
l'obligeance de Monsieur le Directeur des Télégraphes,
le conférencier transmet cette dépêche oralement
pour être communiquée aux journaux : un incendie qui
menaçait de prendre de graves proportions s'est déclaré
ce soir rue de l'Hospice. Un ouvrier a été sérieusement
brulé au bras et à la poitrine. On est actuellement
maître du feu".
"Les termes de cette dépêche ont été
répétés mot par mot, par la personne qui la
recevait à Rouen : la transmission avait donc parfaitement
réussie".
A cette date on pouvait acheter une paire de téléphones
pour la somme de 15 francs ce qui équivalait 2 jours de travail
pour un ouvrier qualifié. |
Mrs Gouault et Dutertre ne tardèrent pas en 1878
de déposer un brevet 123441
le 1er abvril 1878 qui sera suivi de deux améliorations le 23 avril
et le 3 juillet 1878. - "commutateur automatique avertisseur pour
téléphone" 123441 01.04.1878 ; (12 pages)
sommaire
Parallèlement, fin 1877 , Cornelius Roosevelt
Américain (et cousin du futur Président des USA) qui a quitté
sa patrie en octobre 1877 pour s'établir en France; s'intéresse
aux applications de l'électricité, principalement au télégraphe,
multiplie les démarches auprès de l'administration des Postes
et Télégraphes pour obtenir une autorisation d'installer
un réseau de lignes privées et exploiter un brevet de "Télégraphe
de quartier" en mars 1877, qu'il n'obtiendra pas mais qui lui permettra
de bien connaître l'organisation des Postes et Télégraphes
et de rencontrer les grands directeurs.
Roosevelt informé sur l'invention du téléphone de
BELL, se rend à Washington pour rencontrer le beau père
de Bell, Gardiner Hubbard et lui propose d'acheter les droits français
de son brevet pour l'exploiter en France.
Bell accepte l'accord de Roosvelt et se mettra en relation avec A. Niaudet
(neveu de Mr Louis Bréguet) qu'il
rencontra en Angleterre à la réunion de Plymouth, car Antoine
Breguet fils parle l'Anglais et est aussi membre de la " Society
of telegraph Engineers".
C'est donc A.Breguet qui présenta officiellement le premier
téléphone à la séance du 29 octobre 1877 de
l'académie des sciences.
Voici comment un journaliste du quotidien " le Temps " relate
l'événement :
" le succès n'a pas répondu complètement aux
espérances des opérateurs. Les sons entendus étaient
peu distincts et les communications avec la salle du premier étage
beaucoup plus difficiles qu'elles ne l'auraient été avec
un tube acoustique "
Antoine Bréguet qui connaissait bien l'administration des P&T,
réussit à organiser un rendez vous entre A.G. Bell
et Mr Pierret, le directeur des Postes et Télégraphes
(qui ne s'appelle pas encore les PTT). Quelques jours plus tard, Graham
Bell charge alors Antoine Breguet et Cornelius Roosevelt, de faire connaître
le téléphone en France. En premier lieu, Antoine Breguet,
soucieux de préserver la réputation de haute qualité
de la Maison, améliore laspect extérieur du téléphone.
On peut lire dans le Petit Journal :
« Lindustrie parisienne, si délicate toujours, na
pas tardé à faire une jolie chose dun assez gros bilboquet,
et le téléphone que nous a montré Monsieur Breguet
est véritablement un joli petit objet, quand on le compare à
lappareil rustique apporté de Londres ».
En se lançant dans lindustrie du téléphone,
la Maison Breguet naura de cesse den améliorer les
performances, laspect pratique et lesthétique.
Le 2 Novembre 1877, en FRANCE , Alfred Niaudet et Antoine Breguet
expérimentent " le téléphone" devant des
membres de l'institut et du collège de France. Telle était
la situation lorsque Bell effectuait son premier voyage à Paris
(lire la page "Bell en France").
sommaire
Bell arrive à PARIS le 21 novembre, le soir tout juste arrivé
de Londres, Bell s'assoit dans sa chambre de l'hôtel Wagram pour
écrire une lettre à sa femme. Il avait à peine eu
le temps de lui raconter la mer agitée qu'il avait rencontrée
entre Folkstone et Boulogne, qu'à huit heures il fut interrompu
par la visite de Niaudet. Après un entretien de deux heures et
demie, il reprend sa lettre : Niaudet se chargera de traduire et de publier
en France une conférence non précisée de Bell.
Le lendemain, Bell devait voir Le Gay et un autre marchand appelé
Aymler, ainsi que le chef des Télégraphes français,
Pierret, et le ministre de la Guerre, à qui il comptait
donner des téléphones à des fins expérimentales.
Bell et Pierret conviennent de faire des essais sur les lignes télégraphiques
de l'état.
Dès le lendemain A.G Bell communique sur une ligne
spéciale de son domicile de Paris avec Léon Say
au ministère des finances et des postes et télégraphes
puis avec le ministre de la guerre.
Bell a notamment rencontré Antoine Breguet et son
père, Louis F. C. Breguet et ils obtiennent quatre licences
pour la production de postes téléphoniques en France
.
Le 25 novembre Niaudet transporta les nouveaux téléphones
Breguet à la Société Française de Physique,
où il annonça que Bell « lui avait promis »
formellement de venir prochainement prendre la parole lors d'une réunion
scientifique ». Niaudet a également fait une démonstration
du téléphone à l'École Polytechnique lors
de l'ouverture du cours de physique de Jules Jamin et, le 7 décembre,
à la Société des Ingénieurs Civils.
Décembre 1877 A.Niaudet et C. Roosevelt créent
la "Société Anonymes des Téléphones Bell"
Cest la première société de téléphonie
créée en France . Son siège social est situé
au 1, rue de la Bourse, à Paris.
La Société Anonyme des Téléphones Bell sera
présente à lexposition universelle de 1878.
Cest là où Cornélius
Roosevelt rencontre Frederic Allen Gower et
que les deux hommes décideront de travailler ensemble.
En décembre 1877, A.G.Bell réalise une communication
gare Saint Lazare entre Paris et Saint Germain
voici ce que l'univers illustré du 22 décembre 1877
rapporte sur l'Expériences faites à Paris avec le téléphone.
 
En même temps Breguet faisait une expérience concluante
entre Mantes la Jolie et Paris.Dans la lettre datée du 29 novembre,
Hubbard félicitait chaleureusement son porteur.
Une page "Bell en France" développe
avec plus de détails les passages de Bell en France pour promouvoir
son téléphone.
sommaire
Dans les archives, on retiendra aussi que le 8 janvier 1878, une expérimentation
Téléphonique avait été tentée avec
succès à Marseille, entre deux téléphones,
par deux ingénieurs britanniques MM. Brown et Payne. un téléphone
est installé rue Pavé-d'Amour, dans les bureaux du Télégraphe
Sous-marin, l'autre téléphone est installé à
proximité du Château Borély, à une distance
de 4500 mètres.
Le même 8 janvier 1878 Léon LESEUR Ingénieur des Arts
et Manufactures, faisait une intéressante
conférence sur le téléphone dans le grand salon
de l'Hôtel de Ville de Thonon . Consultable en livre à feuilleter
conférences
scientifiques.
A Londres pour organiser la logistique de ses conférences Bell,
fait appel à Fréderic Allen Gower,
jeune éditeur du journal "Providence Press".
Récit dans "Le figuier 1878 " "L'année scientifique
et industrielle"
Le mémoire lu par Bell à la société
des ingénieurs télégraphistes de Londres le 31
octobre 1877 et a été reproduit clans le journal
de la société.
En février 1878 G.A.Bell encore en Angleterre, repasse en France
et offre à Léon Say ministre des finances et des
Postes et Télégraphes, un appareil identique à celui
qui servit à St Lazare .
Cet appareil nommé "the William's coffin" a été
donné au musée des postes et télégraphes puis
au musée des arts et métiers en 1920. Appareil avec un ou
deux récepteur/émetteur (sans microphone)
Lire aussi dans la nature
Petite histoire et parenthèse importante pour la suite du développement
du téléphone en France et en Angleterre : Frederick Allen
Gower travailla
comme éditorialiste chez Providence Press et Star en
1871. Il est dit que Gower rencontra Bell par hasard, lorsqu'il
perdit un pari avec un autre membre du personnel, le perdant devant interroger
le "fou" qui a pensé qu'il était possible de transmettre
la voix humaine sur des fils télégraphiques.
Intrigué par les idées de Bell, Gower devint agent de
presse de Bell, puis partenaire d'affaires et conseiller en chef,
ce qui en fit un homme riche.
Selon un article paru dans le journal Providence en 1940, Gower aurait
convaincu Bell que le téléphone était une invention
pratique destinée à un usage autre que commercial.
Le journal "LA NATURE"
du 23 Mars 1878, du 27 AVRIL 1878, du 4 MAI 1878.... reproduis presque
en totalité la conférence de
M. Bell. faite pour la revue 'La Nature'.
Ce document, inédit en France, nous paraît offrir une importance
capitale ; nous le recommandons à lattention de nos lecteurs.
sommaire
Les premiers téléphones en France sont alors installés
entre le laboratoire et l'atelier sur deux étages différents
de la maison des Breguet au 39 Quai de l'Horloge, en 1878, la production
de téléphones commence.
Antoine Breguet a présenté son téléphone à
l'Académie française des sciences en 1878.
C'est A. Bréguet fils début 1878 qui fut chargé,
pendant 5 ans de construire les téléphones pour la France,
dans les ateliers Breguet 39 quai de l'horloge à Paris
Compte tenu que aux US, Watson fabriquait manuellement quelques appareils
Bell, on peut considérer que ce bâtiment est donc le plus
ancien lieu de production déquipements de télécommunications
au monde.
La maison Breguet chargé de fabriquer les téléphones
brevet bell en améliore l'aspect et la fiabilité.
 |
Dans le petit monde des collectionneur,
on appelle ce modèle LA POIRE , savez vous d'ou
vient ce petit nom ?
Réponse : D'une page publicitaire
vu dans "La Tribune des inventeurs, 1891"
"Non, messieurs ! La
poire téléphone nest pas seulement un
merveilleux appareil scientifique, mais encore son prix peu élevé,
la solidité de sa construction, la rapidité de son
installation, la facilité de son emploi, les services infinis
quelle rendra la mettent au premier rang des découvertes
modernes dun usage réellement pratique. "
Modèle
Breguet entre fin 1877 et début 1878 "Pour la France",
collection Jean Godi
Le poinçon Bell représentant un téléphone
ne sera apposé sur les téléphones que jusqu'en
fin 1878 ou Roosevelt racheta à Breguet tous les droits
sur les brevets Bell déposés en commun au cours
de cette année.
|
Ces appareils étaient
vendus 30 francs à l'époque ce qui équivaut
à 350 € actuels, ils étaient accompagnés
de La
Notice
.
Avec les mises en garde, les explications du pourquoi on en trouve
encore beaucoup qui n'ont pas de marque ...
|
 |
Lisons le reste de cette notice
Les téléphones peuvent servir à établir des
communications entre deux points ou plusieurs pièces d'une maison
ou d'un édifice quelconque, soit pour des besoins purement domestiques,
soit pour des usages commerciaux, industriels ou administratifs.
Les observations suivantes pourront servir de guide aux personnes qui
auront à établir des communications de ce genre avec le
téléphone Bell.
1 - pour obtenir le maximum d'effet il faut avoir dans chaque endroit
deux téléphones à main, c'est à dire deux
de ces cornets représentés par la figure suivante

Quant on écoute, on en met un à chaque oreille; il est clair
qu'on entend mieux avec deux oreilles qu'avec une seule et d'ailleurs
en procédant ainsi, on se garanti contre les bruits extérieurs
qui ne peuvent que troubler.
Quant on parle, on présente devant la bouche l'un des cornets et
on parle dans l'embouchure; mais en même temps on garde le second
téléphone à l'oreille pour saisir les moindres interruptions
de son interlocuteur.
2 - Avant de parler à son correspondant, à son employé,
il faut l'avertir qu'on va parler et, en général il faut
une sonnette comme nous le dirons tout à l'heure.
Cependant si l'un des interlocuteurs A est à son bureau et que
le téléphone soit placé assz près de son oreille,
il entendra que B l'appelle, si B crie un peu fort à l'autre bout
du fil et si A a l'habitude d'entendre ses appels.
On peut même entendre un cri poussé à l'extrémité
B dans toute la pièce A si les conditions sont favorables.
Cette manière de faire pourra être employée quand
l'un des interlocuteurs ne pourra pas à raison de son grade ou
de sa position sociale être sonné par l'autre.
3 - On peut d'ailleurs disposer les choses d'une manière dissymétrique
comme-suit :
Le bureau A n'a pas de sonnette, il n'a qu'une paire de téléphone
et un bouton d'appel. Quand le correspondant A veut appeler B il presse
le bouton et fait marcher la sonnerie B; la conversation s'engage entre
A et B; car le bureau B a, outre sa sonnerie, deux téléphones
pour parler et entendre. Mais il n'a pas dans ce second bureau B de bouton
d'appel. En résumé donc A peut appeler B; mais B ne peut
pas appeler A. Cela suffira dans un grand nombre de cas.
Pour réaliser cette combinaison on pourra placer un fil spécial
pour la sonnerie et se servir comme fil de retour de l'un des conducteurs
du téléphone. Ce sera le plus économique et le plus
simple quand la distance ne sera pas grande, car le prix du fil spécial
de la sonnerie sera plus élevé.
Si au contraire la distance est grande il faudra faire usage d'une combinaison
spéciale pour employer les fils mêmes du téléphone
pour faire fonctionner la sonnerie. Cette combinaison sera du genre de
celle que alons faire connaître ci-après.
4 - Dans le cas général c'est à dire dans le cas
ou A et B pourront se sonner indifféremment dans les deux sens,
il y aura dans chaque bureau deux téléphones, un bouton
pour appeler le correspondant, une sonnette électrique pour être
appelé par lui, une pile pour fournir le courant aux appels et
enfin un support pour les téléphones au sujet duquel nous
allons entre dans quelques détails.
Ce support ou tablette présentent deux patères sur lesquelles
on place les téléphones. L'une des ces patère est
fixe, mais l'autre est mobile autour d'un axe et fait un petit mouvement
de bascule quand le poids du téléphone change son équilibre.
Ce déplacement entraine un changement de communication; si le téléphone
est à la patère, la ligne est en communication avec la sonnerie;
si au contraire on prend le téléphone à la main,
la patère remonte aussitôt, en basculant, la ligne en communication
avec le téléphone.
La manuvre se fait de la manière suivante : A presse son
bouton d'appel, la sonnerie de B se met à tinter; B presse à
son tour son bouton en réponse et la sonnerie de A se fait entendre.
Aussitôt chacun des deux correspondants prend ses deux téléphones
dans ses mains et la conversation commence.
Quand elle est achevée, chacun replace ses téléphones
sur leur patère et chaque bureau se retrouve sur sonnerie; c'est
à dire prêt à recevoir les appels de l'autre.
5 - Si un bureau doit communiquer avec plusieurs autres, si par exemple
le Directeur d'une usine veut parler successivement à tous ses
contremaîtres, il suffira dans le bureau central d'une seule paire
de téléphones qu'on emploiera sur l'une des lignes aboutissant
aux bureaux secondaires.
Il faudra dans ce bureau central :
-une sonnerie commune pour toutes les lignes,
-un tableau indicateur faisant savoir quelle ligne a appeler, un bouton
d'appel pour chaque ligne, pour appeler le poste correspondant,
-un commutateur pour chaque ligne pour mettre cette ligne en rapport,
soit avec le tableau indicateur (position d'attente), soit avec le bouton
d'appel (position temporaire) soit enfin avec les téléphones
(position de correspondance).
-Une paire de téléphone.
Il n'y aura pas lieu d'avoir ici le système de patère mobile
faisant commutaeur dont nous avons parlé plus haut; mais il sera
indispensable dans chacun des bureaux ou stations secondaires.
Le 2 Janvier 1878 est indiqué dans
"La Nature" : Très-récemment, dans une soirée
donnée à la préfecture maritime de Cherbourg, on
fut fort étonné, au milieu des salons, dentendre sonner
un vulgaire clairon de la troupe. Le son en était apporté
du bout de la digue par un téléphone dont le perfectionnement
est dû à M. Collard. M. du Moncel, en rapportant ce fait
piquant, a indiqué rapidement en quoi consiste le perfectionnement;
mais bien que M. Bréguet ait donné aussi son explication,
nous ne sommes pas assez sûr davoir bien compris, pour rien
dire de plus à nos lecteurs En
1881, Antoine Breguet transforme lhorlogerie familiale en société
anonyme sous la dénomination « Maison Breguet » avec
pour objet « la construction, linstallation et le commerce
» de matériel électrique (télégraphie,
téléphonie, signaux, éclairage, transmission de force
à distance, etc.).
Le téléphone, à partir de 1878, requiert de véritables
démonstrations du fait de son usage relativement complexe associant
électricité, manipulation de lobjet, procédures
dappel
La puissante concurrence qui apparaît rapidement,
notamment entre les compagnies Bell et Edison, multiplie encore les salons
de démonstrations. Toute lannée 1878, le « seul
concessionnaire » des appareils Bell propose : « pour assister
aux expériences à une distance de 3 kilomètres, sadresser
tous les jours (sauf le dimanche) de une heure à cinq heures »
chez Cornelius Rossevelet, 1 place de la Bourse .

A droite : publication 'Expériences publiques pour les téléphones
Bell', Le Figaro, 15 mai 1878.
sommaire
Bell n'a pas pu protégé son brevet dans tous les pays car
son invention s'est très vite propagée.
En Belgique, le premier brevet dimportation relatif au téléphone
fut déposé par Alexandre Graham Bell, dEdimbourg (Ecosse),
professeur de physiologie vocale à lUniversité de
Boston (États-Unis), le 27 juillet 1877, sous le n°
42696, et accordé le 16 août de la même année.
Le brevet français porte la date du 25 juillet 1877.
Nous donnons ci-après les diverses revendications de Graham Bell.
Comme elles nont jamais été reproduites, en Belgique
du moins, nous pensons que leur publication est destinée à
attirer lattention de tous ceux qui sintéressent à
cette admirable invention.
Nous transcrivons en observant lordre indiqué dans le dit
brevet.
1° Dans un téléphone électrique, la combinaison
dun aimant tubulaire avec une membrane en fer, acier ou autre matière
susceptible daction inductive, comme cela a été ci-dessus
décrit;
2° Dans un téléphone électrique, la combinaison
dune membrane en fer, acier ou autre matière susceptible
dune action inductive avec un aimant tubulaire, de manière
que la membrane en fer soit en contact avec un des pôles de laimant
tubulaire et libre de vibrer dans le voisinage de lautre pôle,
le tout devant fonctionner de la manière indiquée et décrite
;
3° Dans un téléphone électrique, comme cela a
été ci-dessus décrit et illustré, un aimant
tubulaire devant être employé pour parler ou pour entendre,
à leffet de conduire les sons dans la direction de la plaque
ou sécartant de la plaque;
4° Dans un téléphone électrique, comme cela a
été ci-dessus décrit et illustré, lemploi
dun aimant servant de poignée pour lever le téléphone
soit à la bouche, soit à loreille;
5° Dans un téléphone électrique, la combinaison
avec un aimant tubulaire et une plaque métallique, dune bobine
de fil métallique isolé remplissant complètement
lintérieur du téléphone, comme cela a été
ci-dessus indiqué et illustré;
6° Dans un téléphone électrique, un aimant tubulaire
composé comme cela a été ci-dessus indiqué
et décrit;
La méthode pour produire des ondulations dans un courant voltaïque
continu en augmentant ou diminuant graduellement la puissance de la batterie,
comme cela a été ci-dessus décrit;
7° La méthode de transmission électrique des sons vocaux
ou autres, en faisant varier lintensité dun courant
électrique, dune manière proportionnelle aux variations
de la densité produite dans lair par les dits sons;
8° La méthode de transmettre électriquement des sons
vocaux ou autres, en faisant varier lintensité et la polarité
dun courant, suivant une manière proportionnelle à
la vélocité et à la direction du mouvement des particules
de lair pendant la production des sons;
9° Lunion sur un circuit électrique et à laide
de ce circuit, de deux ou dun plus grand nombre de téléphones
construits pour opérer comme il a été dit, de sorte
que si larmature platine de lun ou de lautre des dits
instruments soit mobilisée dune manière quelconque,
les armatures de tous les autres téléphones sur le même
circuit seront mobilisées de la même manière et que
si larmature de transmission est mobilisée ou mise en vibration
par un son, des sons similaires seront produits par le mouvement ou vibration
de larmature des autres téléphones sur le circuit
;
10° Dans un système de télégraphie électrique
ou téléphonie consistant en des instruments transmetteurs
et récepteurs réunis sur un circuit électrique. Je
revendique la production, dans larmature de chaque instrument récepteur,
dun mouvement donné quelconque, en soumettant la dite armature
à une attraction variante dune intensité, quel que
soit le mode de production de cette variation dans laimant et doù
je revendique la production dun son ou de plusieurs sons par larmature
de linstrument récepteur, en soumettant la dite armature
à une attraction dont lintensité varie, de manière
à mettre larmature dans cette forme de vibration qui caractérise
le son ou les sons donnés;
11 ° La combinaison avec un électro-aimant dune plaque
en fer, acier ou autre matière susceptible dune action inductive
qui peut être mise en vibration par le mouvement de lair ambiant
ou par lattraction dun aimant ;
12° Conjointement avec une plaque et électro-aimant, les moyens
ci-dessus décrits ou leurs équivalents, pour ajuster la
position des deux, de sorte que sans se toucher, ils peuvent être
montés aussi près lune de lautre que possible
;
13° Dans un téléphone électrique, la combinaison
avec la plaque dun aimant ayant des spères sur lextrémité
ou les extrémités de laimant les plus rapprochées
de la plaque, comme cela a été ci-dessus décrit;
14° La combinaison avec un téléphone électrique,
tel que ceux ci-dessus décrits, dune boîte sonore,
telle que celles ci-dessus décrites ;
15° Conjointement avec un téléphone électrique
ci-dessus décrit, lemploi dun tube pour transmettre
aussi bien que pour recevoir ces sons passant par le téléphone,
comme cela a été ci-dessus décrit;
16° Dans un téléphone électrique, la combinaison
avec un aimant permanent et une armature plaque, dun pôle
en fer doux formant le noyau pour la bobine, comme cela a été
ci-dessus décrit;
17° Dans un système de télégraphie dans lequel
le récepteur vibrant opère lorgane interrompant le
circuit, dun circuit local indépendant du dit récepteur,
comme cela a été décrit, dun organe vibratoire
servant à interrompre le courant pour le dit circuit local, consistant
en un bras à ressort léger dont lextrémité
libre déborde la portion vibrante du récepteur, conjointement
avec une portion du récepteur et conjointement avec une pointe
de contact dans le dit circuit, avec laquelle le dit bras établit
et interrompt le contact comme cela a été décrit;
et
18° Le télégraphe autographe, comprenant la combinaison
dune série de transmetteurs et de fils transmetteurs, un
seul fil de ligne, des récepteurs correspondants en nombre avec
les transmetteurs accordés à un diapason pour vibrer en
unisson avec la succession dimpulsions électriques transmises
de leurs transmetteurs respectifs, organes vibratoires pour interrompre
le circuit, dont un pour chaque récepteur et un circuit local et
fil récepteur pour chacun de ces organes vibratoires, la série
des fils portant sur du papier préparé, le tout pour fonctionner
comme il a été ci-dessus décrit.
Un second brevet fut déposé à Bruxelles, le i3
février 1878, sous le n° 44273B, et accordé
le 28 février de la même année.
Voici quelles sont les revendications indiquées par Graham Bell
dans ce brevet :
1° La méthode sus décrite pour produire ou transmettre
des notes musicales à laide de courants ondulatoires délectricité
et à laide desquels deux ou un plus grand nombre de signaux
ou dépêches peuvent être transmis simultanément
sur un seul circuit dans la même ou dans des directions opposées;
2° Lemploi dans un système de télégraphie
multiple à courants ondulatoires délectricité,
dinstruments récepteurs dont les armatures sont accordées
à des diapasons définis, de manière à vibrer
seulement quand un son de même diapason est transmis, comme cela
a été ci-dessus écrit;
3+ Un système de télégraphie dans lequel le récepteur
est mis en vibration par lemploi de courants ondulatoires délectricité,
comme cela a été ci-dessus décrit;
4° La combinaison sus décrite dun aimant permanent ou
autre corps susceptible dune action inductive, avec un circuit fermé,
de manière que la vibration de lun occasionne des ondulations
électriques dans lautre ou dans lui-même et se revendique
cette disposition, que laimant permanent soit mis en vibration dans
le voisinage du fil de conduite formant le circuit ou que le fil de conduite
soit mis en vibration dans le voisinage de laimant permanent ou
soit que le fil de conduite et laimant permanent soient tous les
deux simultanément mis en vibration dans le voisinage lun
de lautre;
5° La méthode pour produire des ondulations dans un courant
voltaïque contenu par la vibration ou mouvement de corps susceptibles
dune action inductive ou par la vibration ou mouvement du fil de
conduite lui-même dans le voisinage de ces corps, comme cela a été
ci-dessus décrit.
Le payement des premières annuités de ces deux brevets ayant
été négligé, conformément à
la loi du 24 mai 1854, par les arrêtés des 7 avril et 21
août 1881, la déchéance de ces deux brevets fut prononcée.
Doù il résulte quen Belgique, de même
quen France et dans beaucoup dautres pays, les premiers brevets
de linventeur du téléphone sont tombés dans
le domaine public.
Toutefois il nen est pas de même en Amérique et en
Angleterre où tous les droits de linventeur ont été
sauvegardés.
En Angleterre et en France, Bell enchaîne les démonstrations
et fait parler la presse scientifique, il établit
la première liaison téléphonique intercontinentale
(36 Km) entre Douvres et Calais sur un seul fil (télégraphique)
et retour par la terre.
Dans l'univers illustré page 754 du 1 décembre
1877, nous lisons dans "la France" que le téléphone
vient de fonctionner entre la France et l'Angleterre.
Deux cornets acoustiques aimantés ont été placés
la semaine dernière a Saint-Margaret, sur la côte
anglaise, près de Douvres, et a Sangatte, près de
Calais, puis reliés entre eux par un fil métallique.
Des conversations ont été échangées ainsi
à travers le détroit, les résultats obtenus ont paru
très satisfaisants aux inspecteurs des lignes de Douvres et de
Calais.
Les téléphones qui ont servis à cet événement
sont aujourd'hui chez un collectionneur
Australien 
sommaire
En Amérique
les premiers téléphones conçus par Bell (comme
la photo ci jointe) fin 1877 seront appelés de façon
populaire "the butterstamp", pour équiper les premiers
clients.
Plus tard la même année, le "Butterstamp"
a été remplacé par le "Coffin Téléphone
" (oui son boîtier fait penser un peu à un cercueil).
Le Coffin est équipé d'un générateur
à magnéto entraîné par une manivelle
à main qui envoie du courant alternatif sur la ligne pour
alimenter un dispositif de sonnerie relié directement au
bureau central , afin d'alerter un opérateur, ou à
l'autre correspondant en point à point.
( Watson a déposé le brevet de la sonnerie , le 1er
Août , 1878. ) . ,
|
 |
Les lecteurs du journal scientifique
"La Nature" découvrent le "téléphone
parlant "pour la première fois dans la presse spécialisée.
 |

Schéma de principe (La nature de 1877)
 
Page 274, 275 et 276, (extrait du journal la nature de 1877)
et aussi (en
1878)
Page 383, 384
|
Sommaire
Systèmes
Bell , de Bréguet et Roosevelt :
 |
Concrètement voici ce
qui était proposé aux premiers clients :
Planche Breguet INSTALLATION
CLIENT : exposé au Cnam à Paris
Sur une planchette d'acajou suspendue
à la muraille, sont disposées d'abord une sonnerie trembleuse
ordinaire au-dessous de laquelle est fixé un bouton transmetteur,
et en second lieu deux fourches servant de support aux deux téléphones
et dont une est adaptée à la bascule d'un commutateur disposé
comme une clef de Morse.
Les deux téléphones sont reliés, par deux fils conducteurs disposés
de manière à être extensibles, à quatre boutons d'attache dont
deux sont reliés directement l'un à l'autre et les deux autres
à la ligne, à la terre et à la pile par l'intermédiaire du commutateur,
du bouton transmetteur et de la sonnerie. Le commutateur A se
compose d'une bascule métallique ac portant au-dessus de son point
d'articulation, la fourche de suspension F' de l'un des téléphones;
elle se termine par deux taquets a et c au-dessous
desquels sont fixés les deux contacts du commutateur, et un ressort
presse le bras inférieur de la bascule de manière à faire appuyer
constamment l'autre bras contre le contact supérieur. Pour plus
de sûreté, une languette d'acier ab adaptée à l'extrémité
inférieure de la bascule, frotte contre une colonnette b
munie de deux contacts isolés qui correspondent à ceux de la planchette.
La bascule est en communication avec le fil de ligne par l'intermédiaire
du bouton d'appel, et les deux contacts dont nous venons de parler,
correspondent l'un, le supérieur, avec l'un des fils des téléphones
qui sont intercalés dans le même circuit, l'autre avec la sonnerie
S, qui elle-même communique à la terre. Il résulte de cette disposition,
que quand le téléphone de droite appuie de tout son poids sur
son support, la bascule du commutateur est inclinée sur le contact
inférieur, et, par conséquent, la ligne est mise directement en
rapport avec la sonnerie, ce qui permet d'appeler la station.
Quand, au contraire, le téléphone est enlevé de son support, la
bascule est sur le contact supérieur, et les téléphones sont reliés
à la ligne. Pour appeler la station en correspondance, il suffit
d'appuyer sur le bouton transmetteur; alors la liaison de la ligne
avec les téléphones est brisée et établie avec la pile du poste,
laquelle envoie un courant à travers la sonnerie du poste correspondant.
Pour obtenir ce double effet, le ressort de contact du bouton
transmetteur appuie en temps ordinaire contre un contact adapté
à une équerre qui l'enveloppe par sa partie antérieure, et, au-dessous
de ce ressort, se trouve un second contact qui communique avec
le pôle positif de la pile du poste. L'autre contact correspond
au fil de ligne, et une liaison est établie entre le fil de terre
et le pôle négatif de la pile du poste, ce qui fait que ce fil
de terre est commun à trois circuits:
1o Au circuit des téléphones;
2o Au circuit de la sonnerie;
3o Au circuit de la pile locale.
La seconde fourche qui sert de support au téléphone de droite
est fixée sur la planchette et n'a aucun rôle électrique à remplir.
|
Il est facile de comprendre que ce dispositif
peut être varié de mille façons différentes, mais nous nous bornerons
au modèle que nous venons de décrire qui est le plus pratique.
 |
Cette affichette annonce une conférence
sur le téléphone et le phonographe donnée
par Antoine Bréguet le 12 mai 1878 à Bernay.
On doit à ce brillant physicien
la construction de la machine de Gramme, des travaux sur le téléphone
et l'invention, avec Clément Ader, du Théâtrophone.
Antoine Bréguet fût le premier à annoncer
dès le 1° janvier 1878 qu'un appareil capable d'enregistrer
les sons de la voix humaine était sur le point de faire
son apparition en France.
L'article très intéressant, qu'il publia le 1°
août 1878
dans la Revue des deux mondes (La transmission
de la parole / Le Phonographe, le microphone, l'aérophone)
parait correspondre à cette la conférence.
|
Brevet
122 452 déposé pr M.Brandon au nom de Cornelius Roosevelt
et Louis François clément Breguet le 5 février
1878. Cette coopération Breguet Roosevelt dura jusqu'à
la fin de 1878, date à laquelle Roosevelt racheta à Breguet
ses droits sur les brevets déposés en commun au cours
de l'année contre une somme de 5000 francs.
(consultez
le document INPI)
Donc
- Les grandes villes sont reliées par le télégraphe,
mais il reste à établir les communications entre les bourgs
et les villages
- Les installations téléphoniques nécessaires aux
particuliers servent avant tout pour des communications locales.
- Les postes et Télégraphes considèrent que ce n'est
pas à eux de créer des réseaux de communications
téléphoniques urbains et locaux. L'administration des Télégraphes
a déjà bien du mal à faire face aux nombreux problèmes
que suscite son rattachement à celle des Postes.
La diversité des techniques qui apparaissent sur le marché,
depuis le télégraphe électrique au téléphone
en 1875, traduit lattitude de lÉtat de ne pas développer
les innovations lui-même et de laisser linitiative privée
sen charger. Le cas de figure du réseau téléphonique
est en ce sens exemplaire.
L'Exposition
universelle de Paris de 1878
Placée sous le signe de la réconciliation nationale
elle rassemble 16 millions de visiteurs. Lancien Palais du Trocadéro
est construit et six allégories des différents continents
bordent la terrasse surplombant le jardin détruit en 1935. Les
bronzes animaliers, dont le fameux rhinocéros, se trouvent aujourdhui
devant le musée dOrsay. Du côté des inventions,
on honore la machine à coudre de Benjamin Peugeot et le praxinoscope
dÉmile Reynaud. C'est dans le domaine des techniques
de communication que sont présentées pour la première
fois au public deux innovations appelées à un grand avenir.
La CLASSE 65 présente principalement la lélégtaphie
et les éléphones Bell, l, rue de la Bourse, Paris.
A l'occasion de l'exposition le public parisien découvre le téléphone
et le phonographe .
Dans L'Exposition Universelle de 1878 illustrée, Jules Brunfaut
les décrit : «Deux merveilleuses inventions ayant pour
but les transmissions du son et de la voix humaine: le téléphone
et le phonographe, marqueront notre siècle comme une des plus
grandes victoires de la science. . .»
1er mai 1878 : le Maréchal Mac Mahon, président
de la République inaugure l'Exposition universelle de
Paris
Se trouvant en rapport avec les membres
d'une commission officielle qui s'occupait d'organiser la section d'électricité,
pour l'Exposition universelle de 1878, au palais du Champ de Mars, Don
Pedro Empereur du Brésil, fit connaître à cette
commission le téléphone magnétique du physicien
de Boston.
L'impériale majesté eut beaucoup de peine à faire
admettre aux membres de ladite commission l'existence réelle
et les prodigieux effets du nouvel appareil ; mais il leur répéta
tant de fois et avec tant d'insistance les vers de Molière :
Je l'ai vu, dis-je, vu. de mes propres yeux, vu, Ce qu'on appelle vu
! qu'il finit par les convaincre.
Les électriciens de Paris se firent alors les admirateurs sincères
et les sympathiques propagateurs de l'invention américaine.
La Maison Breguet et Niaudet contre-attaquent
les faussaires en développant des versions modifiées/améliorées
du téléphone.
Ils furent présentés à l'Exposition universelle
qui s'ouvrit à Paris le 1er mai 1878.
En plus de décrire les changements dans la construction de
l'appareil conventionnel, les journaux rapportèrent un modèle
de poche de « montre » ou de « tabatière
», un type de boîte modifié. pour les longues lignes
et un arrangement assez simple pour appeler le poste correspondant en
chantant dans le téléphone.
modèle Bell
tabatière
|
Pour l'exposition universelle
de Paris en 1878, la presse écrivait :
Cet instrument, ayant fait son apparition récemment, est
appèllé à une réelle utilité
pour communiquer la parole à une grande distance.
A dix kilomètres, on peut entendre exécuter
la musique. Son prix est tellement réduit que personne
ne peut s'en dispenser.
Les collèges, les usines, les grands ateliers ainsi
que les pensions, trouveront avantage à notre instrument
pour transmettre des ordres d'un point à un autre.
PRIX des Téléphones. En zinc, distance 10
mètres, 3 fr. en nickel, distance 10 mètres,
5 fr. Fil supplémentaire pour prolonger la communication,
10 centimes le mètre. Expédition franco, arec guide
d'installation contre mandats-poste.
Adresser les demandes à MM, M.-P. Benoni, 71, Faubourg
du Temple. à Paris.
On demande dés représentants et des dépositaires.
Bonne remise.
Dans "Le Patriote albigeois" du 27 juillet 1878
il était précisé ;
TÉLÉPHONE MONTEILLET
Cet instrument, dorigine américaine, navait
pas à sa première apparition, toutes les qualités
désirables; par tous les perfectionnements que jy
ai apportés, il atteint maintenant le but désiré
: la preuve, cest que mon téléphone permet,
à une distance de 60 kilomètres, de reconnaître
la voix de la personne qui parle et que lon perçoit
à cette même distance tous les sons dun morceau
de musique. Son utilité est incontestable pour transmettre
des ordres dun endroit à un autre, et son prix est
si réduit que toute personne voudra en faire lacquisition.
Le prix du Téléphone Monteillet perfectionné,
modèle déposé, garanti à 50 kilomètres
sur facture, est de 10 fr. lappareil, et Je fil double conducteur
à raison de 15 centimes le mètre.
Le Téléphone de poche qui transmet les sons à
une distance de 400 mètres est de : en zinc, la pièce
1 fr. 50 ; en nickel (riche), la pièce 3 fr., avec une
longueur de 40 mètres de fil conducteur pour chacun, le
fil pour prolonger la communication est tarifé au prix
de 1 fr. les 30 mètres.
Expédition franco avec notice contre mandat-poste, pas
de timbres.
Toutes les demandes doivent être adressées
à M. MONTEILLET, fabricant dappareils électriques,
430, Boulevard Richard-Lenoir.
Pour.la vente en gros une forte remise est offerte sur tousi ces
articles.
Le catalogue des cent mille articles est expédié
franco.
On constate déjà
que Bell n'ayant pas obtenu l'exclusivité des ventes comme
en amérique, en allemagne ... beaucoup d'électiciens
de cette époque ont fabriquer et commercialiser leur production.
(pour le bonheur des collectionneurs)
|
 |
En juin 1878, Frederick Allen Gower,
ancien assistant de Bell, arriva d'Angleterre, rejoignit Roosevelt et
commença également à travailler sur le téléphone,
sa première réalisation étant probablement une nouvelle
modification du modèle de la Box qu'il avait breveté avec
son nouveau partenaire en septembre.
Gower Brevet français 126
511, déposé le 12 septembre 1878, « Perfectionnements
dans le téléphone appelé la BOX»
Dans la lettre, Roosevelt faisait également appel à l'honneur
de Bell : "Les Edison et Gray avec Phelps ont combiné leurs
intérêts et ont fait beaucoup de bruit ici en exposant à
l'Exposition, devant la presse, etc. à en juger par leur ton, on
pourrait imaginer que Bell était un imposteur et un tricheur".
Ce même été, à l'occasion de l'Exposition universelle,
Roosevelt et Gower s'inquiétaient beaucoup de l'intérêt
suscité à Paris par les travaux téléphoniques
de Thomas Alva Edison et d'autres inventeurs américains, comme
Elisha Gray et George May Phelps.
Le 7 septembre 1878 , après que Roosevelt eut tenté
en vain de voir Bell à Londres, ils lui écrivirent ensemble
une lettre lui demandant d'attendre « un coup écrasant »
: « une grande exposition » de ses téléphones
améliorés, qui aurait lieu entre Paris-Londres-Versailles.
Cependant, Bell n'y est pas allé. Son humeur de cette époque
se reflète clairement dans une lettre qu'il a envoyée à
sa femme le 9 septembre depuis Greenock, en Écosse, où pendant
une courte période il a repris avec plaisir l'enseignement de la
parole aux sourds :
"Une chose, je suis tout à fait déterminé,
c'est de ne plus perdre de temps ni d'argent au téléphone.
Si je dois donner encore plus de mon temps, ce doit être pour l'objet
qui me tient le plus à cur. Si c'est absolument Il est nécessaire
pour les intérêts de M. Roosevelt que j'aille à Paris,
il doit payer mes frais de Greenock à Paris et retour et
me rémunérer pour mon temps sinon je ne songerai
pas à bouger. Je suis allé deux fois à Paris pour
M. Roosevelt à. des dépenses et des désagréments
considérables pour moi et ma présence n'était pas
absolument nécessaire, bien qu'il me l'ait laissé croire,
je n'ai pas l'intention d'y aller une troisième fois, j'en ai assez
du téléphone et j'en ai fini avec ça sauf
pour jouer. chose pour amuser mes moments de loisirs"
Si lon considère que lorsque Bell effectua son premier voyage
à Paris en novembre 1877, Roosevelt nétait pas encore
entré en scène, ses propos suggèrent quil revint
dans la ville dans lintérêt du concessionnaire après
son premier entretien avec lui en janvier 1878. Aucune correspondance
familiale ni article de presse faisant référence à
ce troisième voyage n'ont été retrouvés, mais
un quatrième est bien documenté. Cette fois, la priorité
de Bell dans linvention du téléphone était
en jeu, comme Hubbard lavait exprimé sans ambages dans une
lettre du 26 septembre, faisant référence à lExposition
universelle.
" Les journaux de ce pays ont été remplis d'annonces
et d'annonces indiquant que des médailles d'or ont été
décernées à M. Gray et à M. Edison et aucune
à vous. Cette annonce nous fait un grand préjudice, et nous
pensons qu'elle a été obtenue grâce à des représentations
frauduleuses, et que l'attribution finale ne sera décernée
que le 21 octobre. Le président du jury estime que l'invention
est si merveilleuse qu'elle n'a pu être réalisée que
par un scientifique et un électricien. Les agents de Gray ont prétendu
que Gray était un scientifique et un électricien, alors
que vous ne l'étiez pas ; et que vous lui avez volé
l'invention. Maintenant, nous voulons que vous vous rendiez immédiatement
[à] Paris à nos frais, que vous emmeniez les lettres de
Gray avec vous, que vous voyiez le président et le jury et que
vous fassiez votre propre explication. Cela suffira, n'importe qui lors
d'une petite conversation verra que vous en savez assez pour avoir inventé
le téléphone et que vous êtes à la fois scientifique
et électricien. J'ai également envoyé par la poste
le livre de Prescott du téléphone qui contient la mise en
garde de Gray, montrant à quel point il en savait peu, et une copie
de votre brevet pour montrer qu'il était disponible deux semaines
avant son dépôt28. Votre intérêt pécuniaire
dans cette affaire est trop grand pour être négligé,
et votre honneur est également quelque peu en jeu.".
Les informations de Hubbard nétaient pas tout à
fait exactes. Ce que le jury a réellement fait n'a pas été
de priver Bell d'un prix mais de le mettre au même niveau que ses
rivaux Gray et Edison en décernant à chacun d'eux la plus
haute distinction, une « grande médaille », pour leur
travail téléphonique, qui chez Edison Le cas de Reconnaissait
également son invention du phonographe. Edison fut d'ailleurs fait
Chevalier de la Légion d'Honneur. Bell semble avoir pris la décision
de manière plutôt sportive.
Le 20 octobre, il se trouve de nouveau à l'Hôtel Wagram,
prêt à assister le lendemain à la cérémonie
officielle de remise des prix, après quoi il partira immédiatement
pour Londres puis pour Oxford, où le philologue Max Müller
l'a invité à donner une série de conférences
sur discours, son dernier engagement scientifique avant de partir pour
l'Amérique.
(Bell a dû donner une idée de ses intentions, car dans une
courte lettre datée du 9 octobre, Roosevelt lui a dit poliment
que le jour qu'il fixerait lui conviendrait, et il a ajouté avec
un certain ressentiment : « Mais je dois vous dire que votre
visite, à part le plaisir de vous voir ne nous sera plus d'une
grande valeur maintenant, car le temps est passé et il est trop
tard. Que Gray et Edison aient porté atteinte à votre réputation,
cela ne fait aucun doute, comme je vous lai écrit à
plusieurs reprises, et même si vous parvenez à « démolir
efficacement leurs affirmations », le temps est passé.)
Le seul document retrouvé de ce voyage à Paris est une lettre
datée du 20 octobre écrite à Mabel par Adam Scott,
l'un des compagnons de voyage de Bell, et continuée sur la même
feuille de papier par Bell lui-même. Après avoir fait un
reportage en plaisantant sur un dîner chez Roosevelt la veille au
soir, Scott continue avec une nouvelle importante :
"Ce matin (dimanche) Alec a été présenté
au comte du Moncel et l'a complètement converti à ses vues".
Ceci est particulièrement important parce que du Moncel est une
grande autorité ici et s'est laissé induire en erreur par
le parti Gray et Edison. » Il est vexé d'avoir ainsi fait
une injustice à Alec, et arrangera les choses. " La deuxième
édition de son Livre sur le téléphone serait publiée
cette semaine, et Alec était arrivé juste à temps
pour arrêter les épreuves " Du Moncel corrigera les
vues données dans le livre, et j'irais plus loin sans la prudence
de garder les preuves réelles sous silence "
Il a donné à Alec un exemplaire de la première édition
et Alec est en train de la lire, pour prendre connaissance de son contenu,
car les épreuves de la deuxième édition doivent lui
être envoyées ce soir..."
Bell, écrivant après Scott, confirme la bonne nouvelle
et ajoute :
" Mon arrivée ici est des plus heureuses en ce moment.
La Western Union publiera probablement des extraits de l'ouvrage de Du
Moncel " mais quel triomphe ce sera pour ton père de pouvoir
descendre sur la Western Union avec la deuxième édition
!! "
Une lecture comparée des deux premières éditions
de Le téléphone, le microphone et le phonographe de Du Moncel
montre bien le dénouement de cet épisode, en effet très
favorable à la prétention de Bell.
Des changements majeurs apparaissent à deux endroits dans la
deuxième édition : les paragraphes traitant de la question
de priorité entre Gray et Bell dans le point « Un coup d'oeil
historique » qui ouvre l'ouvrage (pp. 7-9, correspondant à
8- 10 dans la première édition), et tout le point «
Part de M. Elisha Gray dans l'invention du téléphone »
(pp. 57-61, correspondant aux 56-60 de la première édition.Septembre
1878 Letter from Cornelius Roosevelt & Frederic Gower to Alexander
Graham Bell
Octobre
1878 Lettre de Cornelius Roosevelt à Alexander Graham Bell,
9 octobre
Bell de son côté
se montre visionnaire, voici le texte d'une conférence faite en
Angleterre fin 1878 :
| La nature simple et économique
du téléphone rend possible la mise en relation
de chaque domicile, bureau ou usine avec un bureau central,
de façon à lui donner le bénéfice de
communications directes avec ses voisins pour un prix n'excédant
pas celui du gaz ou de l'eau on peut concevoir que les câbles
des fils téléphoniques pourront être posés,
souterrainement ou suspendus en l'air, communiquant par des fils
de branchement avec des domiciles privés, maisons de campagne,
magasins, usines, les réunissant ainsi par des fils principaux
au bureau central où les fils pourront être connectés
suivant la demande, établissant ainsi des liaisons directes
entre deux lieux quelconques de la ville je crois même que,
dans l'avenir, les fils réuniront les bureaux centraux d'une
ville à l'autre, et qu'un homme pourra converser d'un bout
du pays à l'autre ". |
Après lexposition universelle
de 1878 Cornélius Roosevelt et Frederic Allen Gower,
décident de travailler ensemble.
Automne 1878 les deux Américains venus en France pour développer
les interêts de Bell, deviennent associés dans le but d'accélérer
la mise en place de réseaux téléphoniques.
Arrivé vers octobre ou novembre 1878, Gower s'installe d'abord
chez Roosvelt. ils se mirent à la tâche, déposant
4 brevets en quelques mois pour tous les accessoires utiles à une
utilisation commerciale : sonnerie, câbles ...
Gower s'occupa de racheter et développer des ateliers de construction
pour la production d'appareils téléphoniques.
Le 31 octobre 1878, Bell a navigué de Liverpool à Québec,
pour ensuite faire face à une longue période de litige en
matière de brevets aux États-Unis. Gower, qui a déclaré
plus tard dans une interview qu'en France, le brevet de Bell « était
malheureusement trop tard pour avoir une valeur juridique ». »,
continua à travailler sur l'invention de son ami, publia les résultats
et déposa de nouveaux brevets auprès de Roosevelt, le dernier
le 18 juin 1879. Le 6, le gouvernement français avait lancé
un appel à propositions pour établir des réseaux
téléphoniques de service public. Les démonstrations
faites par Alexander Bell en Angleterre et les développements
commerciaux qui en ont résulté ont montré que le
téléphone, bien qu'encore un produit immature essayant de
trouver son application, avait un grand potentiel commercial. Pour Bell
et ses associés, il était clair qu'après avoir obtenu
les brevets américains, leur invention devait également
être protégée en Europe.
Le premier pays à déposer une demande de brevet fut la Grande-Bretagne,
un choix évident pour de nombreux inventeurs américains
de lépoque. Pour Bell, c'était très intéressant,
car les droits étrangers n'étaient pas inclus dans l'accord
d'association et pouvaient constituer pour lui une source de revenus supplémentaires.
Pour obtenir son brevet britannique, affaire compliquée et comportant
toujours le risque d'une publication préalable, il passe un accord
avec les frères canadiens Brown. Cependant, cet effort a échoué
et cest par une voie différente que Bell a obtenu le brevet
britannique 4 765 en 1876. Ce brevet ne contrôlait cependant
que le récepteur téléphonique, alors que le brevet
britannique dEdison contrôlerait lémetteur.
Bientôt, Bell s'est organisée pour obtenir des droits de
brevet dans d'autres pays européens. Là encore, il a rencontré
les mêmes problèmes. Obtenir un brevet en Europe était
compliqué car chaque pays avait sa propre loi sur les brevets.
En novembre 1877, il écrivit à Hubbard : J'ai déposé
des brevets en Italie, en Norvège, en Suède et au Danemark,
mais aucun brevet n'est accordé aux Pays-Bas ou en Suisse et si
je ne vends pas rapidement ici, l'Europe sera inondée de téléphones
bon marché en provenance de Hollande et de Suisse. .
Les brevets scandinaves ont été obtenus grâce au fait
quun ingénieur civil norvégien nommé Jens Hopstock
a, de sa propre initiative, déposé des brevets scandinaves
au nom de Bell. Le reconnaissant Bell lui a donné une licence de
deux ans . Cependant, le brevet allemand avait été perdu
parce que Bell était arrivé trop tard selon les règles
de la loi allemande sur les brevets.
Et en effet, la société allemande Siemens & Halske,
déjà un fabricant électrique dominant actif dans
le domaine de la télégraphie entre autres moteurs
électriques et dynamos , a rapidement produit des téléphones
bon marché. Obtenir un brevet aux Pays-Bas était impossible
car le droit des brevets y avait été suspendu en 1869. Et
en France, la demande de brevet était menacée parce que
la téléphonie menaçait le système télégraphique
gouvernemental.
Faire des affaires dans tous ces différents pays s'est avéré
encore plus difficile. Les gouvernements ont agi différemment et
les partenaires commerciaux locaux potentiels nont pas toujours
été choisis judicieusement. Et Edison était un adversaire
sérieux en Grande-Bretagne en raison de sa position en matière
de brevets, et non en raison du succès de son entreprise. Puis,
après pas mal de difficultés, Edison et Bell unissent leurs
forces et créent la « United
Telephone Company Ltd. » (brevet de Bell et Edison) le 13 mai
1880.
Dans l'ensemble, le voyage en Europe aurait pu sensibiliser le public
au nouveau phénomène de la téléphonie, mais
d'un point de vue commercial, il n'a pas été très
réussi. Pour Alexander Bell personnellement, faire des affaires
ne faisait pas partie de ses meilleures capacités, comme il le
reconnut quelques années plus tard lorsqu'il écrivait :
Je ne suis pas un homme d'affaires et je dois admettre que les relations
financières me déplaisent et ne correspondent pas du tout
à mon métier.
Cependant, dautres ont désormais compris le potentiel commercial
du télégraphe parlant. Pas seulement en Angleterre, mais
dans toute l'Europe du Nord.
sommaire
Si quelques effets du microphone ont été découverts
à différentes époques avant M. Hughes, on n'y avait
prêté qu'une médiocre attention, puisque la plupart
n'ont même pas été publiés.
Après les travaux de Hughes, c'est
un autre américain Thomas
Edison, fin 1877 qui va apporter les premières évolutions
nécessaires au téléphone de Bell : le microphone
à charbon et la bobine d'induction
 |
En 1877, Thomas
Edison (1847-1931) a été invité par la
Western Union Telegraph Company à développer
et améliorer les méthodes de transmission de
la parole.
En 1878 L'émetteur à poudre de carbone est l'un
des développements qui en résulte, il est très
similaire aux microphones conçus par David Edward Hughes
(1831-1901) qui reste l'inventeur du microphone à charbon.
Son premier brevet de micro à charbon est déposé
en avril 1877 aux USA. |
Edison avait compris que le
téléphone devait communiquer à grande distance,
ce que ne faisait pas le système Bell, alors il employa l'énergie
de "la pile" et conçu un transmetteur (microphone)
à variation de résistance.
30 juillet 1877 Edison
dépose un deuxième brevet qui montre l'utilisation
de la bobine d'induction pour amplifier le courant microphonique.
Avec les téléphones à pile, le problème est plus complexe,
à cause de l'emploi d'une pile qui doit être commune à deux systèmes
d'appareils, et de la bobine d'induction qui doit être intercalée
dans deux circuits distincts.
Dans ce dispositif, la planchette d'acajou porte au milieu une petite
étagère C pour y poser les deux téléphones par leur partie plate.
La sonnerie S est mise en action par un parleur électromagnétique
P qui peut servir, par l'adjonction d'une clef Morse M au système,
à l'échange d'une correspondance en langage Morse, si les téléphones
faisaient défaut, ou pour l'organisation de ces téléphones eux-mêmes.
Au-dessous de ce parleur, est disposé un commutateur à bouchon D
pour mettre la ligne en transmission ou en réception, avec ou sans
sonnerie, et enfin au-dessous de la planchette étagère C, est disposée,
dans une petite boîte fermée E, la bobine d'induction destinée
à amplifier les courants voltaïques. Quand le commutateur est placé
sur réception, la ligne correspond directement soit au parleur,
soit au téléphone récepteur, suivant le trou dans lequel le bouchon
est introduit; quand, au contraire, il est placé sur transmission,
la ligne correspond au circuit secondaire de la bobine d'induction.
Dans ces conditions, la manœuvre ne peut plus être automatique;
mais comme ce genre de téléphone ne peut être appliqué avec avantage
que pour la télégraphie et que ce sont alors des personnes habituées
aux appareils électriques qui en font usage, cette complication
ne peut présenter d'inconvénients.
19 décembre 1877 Edison
dépose un brevet à Paris no 121 687 pour "des
perfectionnements dans les instruments pour contrôler par
le son, la transmission des courants électriques et de la
reproduction des sons correspondants au lointain"
30 juillet 1877 Edisson dépose un brevet de microphone.
Il se compose d'un bouton de poudre de carbone molle comprimée,
de la taille d'une pièce de dix pence, placée entre
deux disques de laiton, contre l'un desquels appuie un diaphragme
de fer.
La parole dans l'embouchure fait vibrer le diaphragme et produit
des variations de la résistance.
(photos de l'original).
|
  |
Edison ayant revendiqué la
priorité de la découverte du Microphone, sir William
Thomson; un des plus grands physiciens d'Angleterre, membre de la Société
royale de Londres, trancha le différend par une lettre dont nous
extrayons les passages suivants :
« Au plaisir que le public a éprouvé en prenant connaissance
de ces magnifiques découvertes qui, sous le nom de téléphone,
de microphone et de phonographe, ont tant étonné le monde
savant, est venu se mêler dernièrement, très inutilement,
j'ai besoin de le dire, un des incidents les plus regrettables qui puissent
se produire. Il s'agit d'une réclamation de priorité accompagnée
d'accusation de mauvaise foi, qui a été lancée par
M. Edison contre une personne dont le nom et la réputation sont
depuis longtemps respectés dans l'opinion publique.
« Avant de faire intervenir le public dans une semblable affaire,
M. Edison aurait dû, évidemment, établir sa réclamation
en montrant avec calme la grande similitude qui pouvait exister entre
son téléphone à charbon et le microphone de M. Hughes
qui l'avait suivi. Mais par son attaque violente contre M. Hughes, par
son accusation de piraterie, de plagiat, d'abus de confiance, il a ôté
tout crédit à sa réclamation aux yeux des personnes
compétentes. Rien d'ailleurs n'est moins fondé que ces accusations.
Les magnifiques résultats présentés par M. Hughes,
avec son microphone, ont été décrits par lui même
sous une .forme telle qu'il est impossible de mettre en doute qu'il n'ait
travaillé sur son propre fonds et en dehors de toutes les recherches
de M. Edison qu'il n'avait pas le
plus petit intérêt à s'approprier.
« Il est vrai que le principe physique appliqué par M. Edison
dans son téléphone à charbon, et par M. Hughes dans
son microphone, est le même, mais il est également le même
que celui employé par M. Clérac dans son cylindre à
charbon, qu'il avait donné à M. Hughes et à d'autres,
en 1866, pour des usages pratiques importants, appareil qui, du reste,
dérive entièrement de ce fait signalé, il y a longtemps,
par M. Du Moncel, que l'augmentation de pression entre deux conducteurs
en contact produit une diminution dans leur résistance électrique.
Ce principe du microphone et de la bobine d'induction va se généraliser
et contribera au développement du téléphone dans
le monde entier.
Schéma de la batterie locale et bobine d'induction pour
amplifier le courant microphonique

A termes tous les téléphones du monde entier seront équipés
de la bobine d'induction et du micro à charbon .
En dehors de Edison et Navez, nous
avons découvert dans la rubrique Le microphone
de Hughes les revendications et les polémiques que cela
engendre , les autres plus importantes réclamations sont celles
de Berliner, Donough, Dutertre,
Wcntwork-Lacelles-Scott, Weyher,
"Microphone" et " transmetteur téléphonique"
La question des téléphones semble maintenant s'être
éclaircie dans ce sens que tout téléphone d'avenir
doit être muni d'un transmetteur spécial.
C'est la question du transmetteur qui est la principale et celle du téléphone,
c'est-à-dire du récepteur, est devenue secondaire. L'on
peut employer presque indifféremment l'un quelconque des divers
systèmes de téléphone, sous condition d'avoir un
bon transmetteur. Telles sont les raisons qui ont, dans ces derniers temps,
amené les inventeurs à se préoccuper, pour ainsi
dire, exclusivement de perfectionner le transmetteur.
Les formes les plus diverses furent données par la suite, aux microphones
à charbon. On peut citer les microphones de: Crossley (1878), Gower
(1878), Ader (1899), Baillehach'e (1880), Locht-Labyc (1880), Paterson,
Boudet, Maiche,
dArsonval (1880), dArgy (1882),Berliner
(1887), White (1897), dont le système est connu sous le nom de
solid-back.
Les premiers dispositifs de M.
Dutertre se rapprochent du microphone de Hughes, et les expériences
auxquelles ils ont donné lieu sont rapportées dans
les journaux de Rouen de février 1878 ; mais à cette
date, M. Hughes avait déjà fait voir les siennes,
et d'ailleurs, jusqu'aux communications de ce dernier savant à
la Société Royale de Londres, on n'avait prêté
aucune attention aux travaux entrepris dans cet ordre d'idées.
| 10 avril 1876 Le transmetteur
de M.Donough présente une disposition qui, dans
une certaine mesure, se rapproche de celle du microphone,
bien qu'à vrai dire la principale condition pour l'amplification
du son ne s'y rencontre pas. Il est constitué en effet
par deux plaques métalliques à surface rugueuse
C C adaptées sur un diaphragme, et sur ces plaques
appuient les deux extrémités relevées
d'une sorte d'arc métallique D' en argent allemand
guidé par un pivot vertical D T fixé sur le
diaphragme. Les surfaces de contact de cet arc sont aussi
rugueuses. Bien que le rôle de ces surfaces rugueuses
ne soit pas indiqué dans le brevet, il est présumable
que c'était pour rendre le contact moins parfait et
plus susceptible de fournir des variations dans sa résistance,
sous l'influence des trépidations causées par
les vibrations du diaphragme |
 |
16 octobre 1877 Le microphone
Berliner n'est à proprement parler qu'un transmetteur
téléphonique du genre de celui de Pollard
dont la lame vibrante est constituée par une lame de charbon
sur laquelle viennent appuyer, du côté opposé
à l'embouchure, une ou deux vis métalliques en rapport
avec le circuit téléphonique, et qui constituent les
pièces fixes du contact. On mentionne dans le brevet que
ces pièces peuvent être constituées avec du
charbon; de sorte que l'on pourrait admettre que ce serait M.
Berliner qui aurait le premier combiné les transmetteurs
à charbon.
Les brevets de M. Donough et de M. Berliner, sont
plutôt des parleurs microphoniques que des microphones
basés sur les variations de résistance du circuit
téléphonique, suivant l'amplitude des vibrations d'un
diaphragme, |
|
Des microphones à poudre de Lippens,
Hughes et Trouvé que l'on pouvait déjà
trouver dans les catalogues :

Le brevet de microphone Anglais d'Edison, qui est le plus ancien date,
en effet, du 30 juillet 1877, et son brevet Américain du 15 décembre
1877.
Mais ce qui est surtout curieux dans le brevet de Berliner,
c'est qu'il indique aussi l'emploi des bobines d'induction pour
augmenter l'intensité des sons téléphoniques et qu'il
montre que le récepteur peut n'être autre qu'un appareil
exactement semblable au transmetteur.
Nous ferons toutefois remarquer que cet appareil, comme le précédent,
était un transmetteur microphonique et non un microphone, du moins
dans le sens que M. Huges avait donné à ce mot dans l'origine.
En plus du microphone à charbon , il y eut le microphone
à condensateur de Varley, de Pollard de Herz
qui n'ont pas étés exploités, le microphone à
charbon étant bien plus simple et performant.Dès lapparition
du téléphone, Siemens sintéresse à cette
nouvelle technique, il a alors plus de 63 ans ! Il dépose un premier
brevet à Paris dès le mois de janvier 1878 pour un appareil
utilisant la même technique que celui de Bell.
En 1878 Bourseul dans son Lot natal, travaille
aussi sur le microphone à charbon :
|
1878 : RAPPORT
SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES,
...
Je ne veux pas sortir du domaine de la science sans vous rappeler
les belles expériences faites au sein de de notre Société
par M. Bourseui, directeur des postes et télégraphes
du Lot. M. Bourseul nous a d'abord montré, dans une première
séance, les applications du téléphone et
du microphone ; mais de nouvelles recherches lui ayant permis
d'inventer cet autre appareil, auquel il a donné le nom
d'électrophone, il s'empressa, dans une séance
ultérieure, d'expérimenter devant vous sa découverte
; vous avez pu constater combien, au moyen du nouvel appareil,
les paroles prononcées étaient exactement reproduites
par le fil conducteur, intermédiaire fidèle des
nombreux admirateurs de M. Bourseul, réunis les uns dans
notre salle des séances, les autres au Château d'eau.
L'ingénieux inventeur de l'électrophone se propose,
nous assure-t-on, d'apporter de nouveaux perfectionnements à
son appareil. Nous espérons que ses efforts mettront enfin
en lumière les mérites de M. Bourseul et que nous
finirons par nous apercevoir que les inventeurs américains
n'ont pas seuls l'initiative de ces découvertes qui, depuis
quelques années, occupent à si juste titre le monde
savant. ...
Séance du 2 décembre
1878 : OBJET DE LA SÉANCE :
Expérience de l'électrophone, nouvel
appareil inventé par M. Bourseul, Directeur des
Postes et Télégraphes à Cahors.
L'assistance est divisée en deux groupes : l'un est placé
à la Mairie, dans la salle des séances de la Société;
l'autre s'est rendu au Château d'eau distant de la Mairie
d'environ 1 kilomètre.
Les deux stations sont reliées par le fil télégraphique
de secours en cas d'incendie. Ce fil est transformé pour
la circonstance en fil électrophonique.
Avant l'ouverture de la séance plusieurs assistants engagent
spontanément entre les deux stations des conversations
suivies.
M. le Président profite d'un instant de suspension pour
déclarer la séance ouverte. Il ajoute que les assistants
n'étant pas tous présents dans la salle, la lecture
du procès-verbal de la séance précédente
et les communications de M. le secrétaire général
sont remises à la prochaine réunion.
M. Bourseul, au Château d'eau, et M. Pelet, à la
Mairie, expliquent le jeu des appareils;
Un courant électrique de quelques couples passe dans le
fil unique qui relie la Mairie au Château d'eau. La terre
complète le circuit.
A chaque station sont deux appareils à travers lesquels
passe le courant : un appareil expéditeur devant lequel
on parle, et un appareil récepteur que
l'on tient constamment à l'oreille.
L'appareil récepteur est encore le téléphone
de M. Bell qui dans la séance de juillet, porté
successivement de la bouche à l'oreille, tenait lieu des
deux appareils. Cette disposition avait l'inconvénient
de ne rien transmettre chaque fois que l'un des deux interlocuteurs
changeait trop tôt ou trop tard son instrument de position.
La présence de deux appareils à chaque station fait
disparaître cet inconvénient. La personne qui a la
réplique plus prompte peut interrompre
l'autre aussi facilement que dans un tête à tête.
Le téléphone de M. Bell est aussi trop sensible
aux bruits étrangers, sa suppression partielle remédie
en partie à cet autre inconvénient.
L'appareil expéditeur est la partie nouvelle de la découverte
de M. Bourseul. Cet appareil exécuté par M. Sarcos
se compose d'une boîte verticale
en bois de placage. Cette boîte a environ dix centimètres
de hauteur, dix centimètres de largeur et un centimètre
d'épaisseur. Elle est fixée sur
un socle en bois que l'on place sur un coussinet destiné
à intercepter les vibrations sonores étrangères.
La boîte est remplie de poudre de coke très fine.
Ses deux faces principales, au-devant de l'une desquelles on parle,
sont percées d'un trou d'en-
viron un centimètre carré. Chacun de ces trous est
fermé par un morceau de charbon.
Les deux charbons pénètrent dans la boîte
jusqu'à la distance de quelques millimètres l'un
de l'autre ; l'intervalle qui les sépare est occupé
par la poudre de charbon ; extérieurement, ils communiquent
avec deux boutons à vis de pression fixés sur le
socle par lesquels ils sont maintenus en contact avec les électrodes.
La voix fait vibrer les parois et le contenu de la boîte,
d'où résultent des variations qui modifient le courant
jusqu'à l'appareil récepteur. Là elles produisent
des vibrations qui reproduisent les sons articulés et même
le timbre de la voix assez fidèlement pour qu'on reconnaisse
quelle est la personne qui a parlé.
L'interposition de la poudre de charbon entre les deux conducteurs
est un perfectionnement très important. Sans cette poudre,
il n'est pas impossible, il est vrai, de régler la distance
et la mobilité des conducteurs de manière que le
courant soit affecté convenablement par les vibrations
sonores ; mais ce réglage qui dépend de l'intensité
des sons à transmettre, de la distance de la station et
de plusieurs autres causes accidentelles est très difficile
à obtenir et à conserver. L'électrophone
de M. Bourseul n'a point besoin d'être réglé.
M. Bourseul travaille à d'autres perfectionnements. Le
fil électrophonique de l'expérience longe sur une
partie de son parcours les fils du télégraphe.
Aussi jusqu'à neuf heures du soir des courants induits
accidentels s'y développent au point que le bruit des appareils
télégraphiques est transmis en
même temps que la voix, ce qui occasionne, par moments,
quelque trouble dans l'auditoire et nécessite des répétitions.
Mais après la fermeture des
bureaux télégraphiques, les conversations les plus
animées s'établissent entre les deux stations avec
autant de facilité et d'entrain que si l'on eût
été dans une salle unique.
L'heure à laquelle se terminent d'ordinaire les séances
de la Société étant arrivée, M. Arnault,
président, transmet à M. Bourseul, au Château
d'eau,
les félicitations et les remerciements de la réunion
de la Mairie, et, après un échange d'adieux entre
les deux stations, chacun se retire.
Ce travail se concrétisera
en 1879, Bourseul imagine un
microphone à grenaille : "deux charbons de cornue
cylindriques sont enfoncés dans un manchon de caoutchouc
très souple.
Le manchon serre les deux charbons qui s'y trouvent placés
à 1/2 mm l'un de l'autre. Il se forme ainsi un petit espace
clos que je remplis de poudre de coke"
Bourseul après plus de 200 essais n'est toujours pas satisfait,
c'est A.C. d'Argy
qui en 1882 réussi à le faire fonctionner puis c'est
CC. Mildé en 1884 qui le rendra plus fiable.
Micro
d'Argy
|
Parallèlement en 1878, Breguet continu ses travaux, que
l'on peut lire dans un Comptes rendus hebdomadaires des séances
de lAcadémie des sciences, ou il publia :
| PHYSIQUE APPLIQUÉE. Sur
quelques modifications nouvelles apportées au téléphone.
« J'ai l'honneur de présenter
à l'Académie les intéressants résultats
que j'ai obtenus d'après les indications de MM. Garnier
et Pollard, ingénieur des constructions navales
à Cherbourg.»
Ayant entendu parler des travaux de M.Edison relatifs à
la téléphonie voltaïque, M.Pollard a cherché
à réaliser les expériences de ce savant,
en employant, comme lui, de la plombagine pour constituer un conducteur
à résistance variable.
Une petite plaque de fer-blanc, tout à fait analogue à
celle du tétéphone de Bell, est mise en contact
avec l'extrémité d'un crayon ordinaire à
la mine de plomb, cette extrémité exerçant
une légère pression sur la partie centrale de la
plaque. Le crayon, d'une part, et la plaque, de l'autre, sont
reliés par des fils de lignes ordinaires aux deux extrémités
du fil de la bobine d'un téléphone de Bell, et la
tige aimantée du tétéphone est remplacée
ici par une tige de fer doux. Une pile de dix éléments
Leclanché est interposée dans le circuit.
Lorsque, en parlant, on met en vibration la plaque de l'appareil
transmetteur, l'extrémité du crayon de plombagine
subit une série de modifications dans son contact avec
la plaque, sans que ce contact soit jamais rompu. Ces modifications
se traduisent par des variations dans la résistance du
circuit, au point de contact même, et par conséquent
par des variations dans l'intensité du courant permanent
de la pile.
On conçoit dès lors que ce courant, dont l'intensité
ne varie que d'après les mouvements élémentaires
de la plaque vibrante, produise, dans l'électro-aimant
du téléphone récepteur, des alternatives
d'attraction et de non-attraction. Celles-ci agissent absolument
à la- manière ordinaire de l'appareil de Bell, et
permettent par conséquent d'entendre la voix d'une personne
parlant au loin dans le transmetteur.
Outre que l'expérience est intéressante par elle-même,
nous croyons que ces expérimentateurs s'engagent dans une
voie qui pourra les mener à un accroissement de l'intensité
de la voix perçue dans les téléphones ordinaires.
»
Autre Note :
Pendant que MM Garnier et Pollard répétaient en
France les expériences de M. Edison; M.Salet, du laboratoire
de M.Wurtz, était arrivé dans la même voie,
à des résultats qui intéresseront peut être
l'Académie.
Il avait déjà, en inversant l'application du principe
de M.Edison, constitué un téléphone fondé
sur les variations de conductibilité au contact entre un
morceau de graphite et une ou plusieurs pointes mousses métalliques.
Ses expériences avaient aussi porté sur différents
corps médiocrement conducteurs, entre autre le charbon
de cornue.
A l'aide de cette dernière substance, M.Salet, en la faisant
communiquer par un large contact avec la membrane vibrante, a
obtenu de notables variations d'intensité dans le courant
d'une pile, variations plus considérables qu'avec les graphites.
Il est donc permis d'espérer que c'est encore là
un résultat qui doit amener à la réalisation
d'un téléphone à plus grande intensité.
|
Poste
Trouvé après 1878 Les
prix d'époque.
1878 à 1880 Les trois premières années de
l'arrivée du téléphone en France, font l'objet de
dépôt de nombreux brevets.
|
De 1878 à 1880
les trois premières années de l'arrivée
du téléphone en France, voici la liste des documents
accéssibles numérisés.
- 1878
Pour chaque ligne est noté : LeNuméro Brevet
(cliquez sur le lien), Durée du brevet, Nom du déposant
(et lien), et Titre du brevet.
121965
B. de 15 ans, 7 janvier; WALCKER
Wilhelm; système avertisseur applicable aux communications
téléphoniques, domestiques et autres.
122046.
B. de 15 ans, 10 janvier; Pelletier
aîné, Amavet frères et comp. (Société).
Système de téléphone à commutateur
adhérent.
122074.
B. de 15 ans, 12 janvier; Tighe.
Perfectionnements dans la production de lélectricité
magnétique, et son application aux téléphones
ou télégraphes parlants.
122125.
B. de 15 ans, 16 janvier; Siemens
et Halske. Perfectionnements dans la téléphonie
électrique et dans les appareils téléphoniques.
122212.
B. de 15 ans, 22 janvier ; Arger
et companie. (Société). Système
perfectionné de téléphone.
122322.
B. de 15 ans, 29 janvier; Biloret
et Mora. Perfectionnements apportés à
la téléphonie électrique.
122416.
B. (brevet anglais devant expirer le 27 novembre 1891) pris
le 2 février, par
De Bejar OLawlor. Perfectionnements dans les
appareils pour la transmission électrique des communinications
téléphoniques
122452.
B. de 15 ans, 5 février ; Roosevelt
et Bréguet. Perfectionnements aux téléphones
122580.
B. de 15 ans, 12 février; Bell.
Perfectionnements dans les appareils téléphoniques.
122709.
B. de 15 ans, 15 février ; Fichét
et société Arger et comp. Perfectionnements
dans létablissement des lignes téléphoniques
et dans la construction des téléphones
122717.
B. de 15ans, 19 février; Bablon.
Perfectionnements à la téléphonie
ou transmission des sons à distance par lélectricité.
122898.
B. de 15 ans, 28 février ; Secretan.
Avertisseur électrophonique.
122927.
B. de 15 ans, 1 er mars ; Richmond.
Perfectionnements dans les téléphones ou
instruments pour transmettre et recevoir des sons articulés,
transportés télégraphiquement, dits : télégraphes
parlants.
122955.
B. de 15 ans, 2 mars ; Breguet.
Téléphone capillaire.
123108.
B. de 15 ans, 9 mars ; Trouvé.
Système de téléphone transmetteur.
123277.
B. de 15 ans, 18 mars ; Trouvé.
Perfectionnements dans les téléphones.
123441
B. de 15 ans, 1 avril ; GOUAULT
Alexandre DUTERTRE Georges; commutateur automatique avertisseur
pour téléphone ;
124406.
B. de 15 ans, 10 mai; Gray.
Perfectionnements dans les téléphones et
leurs appareils accessoires.
124600.
B. (brevet anglais devant expirer le 2 mai 1892) pris le 20
mai, par Bailey.
Perfectionnements dans les téléphones parlants
et leurs accessoires.
124763
B. de 15 ans, 21 mai ;
PARIS
LANGE; disposition des signaux destinés aux téléphones
125018
B. de 15 ans, 11 juin;
SAINT-GEORGE Arthur-French - perfectionnements apportés
dans les appareils servant à produire les courants induits
d'électricité, et à transmettre des signaux
aux téléphones
125565.
B. de 15 ans, 11 juillet ; Rodde.
Perfectionnements dans les téléphones.
119626.
B. de 15 ans, 25 juillet; Bell.
Perfectionnements dans la téléphonie électrique
ou la transmission des sons comme dépêches télégraphiques,
ainsi que dans les appareils téléphoniques
126074.
B. de 15 ans, 12 août ; Righi.
Perfectionnements aux téléphones.
126389.
B. de 15 ans, septembre; Roger
Edouard. Système de téléphone
à sons amplifiés, dit: téléphone-trompette.
126511.
B. de 15 ans, 12 septembre; Roosevelt
et Gower. ¦ Perfectionnements dans le téléphone
à boîte.
126686.
B. de 15 ans, 25 septembre ; Mandroux
et Bailey. Avertisseur électrique applicable
aux transmissions téléphoniques et autres.
126697.
B. de 15 ans, 26 septembre ; Gower
et Roosevelt. Téléphone à signal
pneumatique.
127071.
B. de 15 ans, 22 octobre; Janssens,
représenté par Desnos. Perfectionnements
aux microphones.
127383.
B. de 15 ans, 12 novembre ; Stein.
Appareil électrotéléphonique destiné
à explorer les mouvements du cur et du pouls.
127390.
B. de 15 ans, 12 novembre ; Bailey.
Perfectionnements dans les téléphones électriques
et dans les appareils qui sy rattachent.
127417.
B. de 15 ans, 13 novembre ; Gower
et Roosevelt. Signal magnétique pour téléphone.
127733.
B. de 15 ans, 3 décembre; Gower
et Roosevelt. Nouveau téléphone dit
: téléphone-chronomètre.
127860.
B. de 15 ans, 10 décembre; Boudet
de Paris. Perfectionnements au micro-téléphone.
- 1879
128324.
B. de 15 ans, 6 janvier ; Roger
et Magnier. Système de téléphone-signal,
dit : téléphone-Roger et Magnier.
128393.
B. de 15 ans, 10 janvier ; Dufort
et Humblot. Genre de microphone.
128550
Brevet de 15 ans, 20.janvier BARRAULT Emile Déposant
1 : GOWER
Frédéric-Allen
128583.
B. de 15 ans, 21 janvier ; Gower
et Roosevelt. Système de téléphone
à signal mécanique.
129212
B. de 15 ans, 20 février ; GOWER:
nouveau système de transmission et de réception,
par fils métalliques sans isolateurs, de la parole et
des sons confiés à des appareils téléphoniques,
magnophoniques,
129320.
B. de 15 ans, 27 février; Ader.
Récepteur téléphonique à
vibrations moléculaires électro-magnétiques.
129897.
B. de 15 ans, 1 er avril; Dunand
et Chevrant. Microphone à torsion.
130464.
B. de 15 ans, 3 mai; Keenan.
Perfectionnements dans les avertisseurs téléphoniques.
130489.
B. de 15 ans, 5 mai ; Dumoutier
et Grenier. Téléphone à avertisseur
magnéto-électrique.
131271.
B. de 15 ans, 18 juin; Gower
et Roosevelt. Système de câble pour
relier les appareils téléphoniques ou télégraphiques.
131387.
B. de 15 ans, 23 juin ; Bréguet.
Système de transmission téléphonique
avec sonnerie avertisseur.
131914.
B.de 15 ans, 24 juillet ; Soulerin.
Système perfectionné de transmetteur téléphonique.
131974.
B. de 15 ans, 26 juillet; Ader.
Système de téléphone à pôles
magnétiques concentrés.
132137.
B. de 15 ans, 7 août; Bailey
Composition pour confection de boîtes de téléphones
132155
B. de 15 ans, 8 août; Bailey
Système perfectionné d'électromotographe
132357
B. de 15 ans,: 21.août. Bailey
Perfectionnements apportés dans la disposition et l'agencement
des postes en communication téléphonique
132270.
B. de 15 ans, 16 août; Bailey.
Perfectionnements dans les téléphones magnétiques.
132315.
B. de 15 ans, Bailey.
Perfectionnements dans les téléphones à
pile.
132454.
B. de 15 ans, 29 août; Short.
Perfectionnements apportés au téléphone.
132477.
B. de 15 ans, 1 er septembre;
dArsonval. Nouveau microphone.
132618
B. de 15 ans, 6 septembre;
HAHN
station centrale avec maniement hydraulique ou pneumatique des
aiguilles, des signaux et des barrières, avec communication
téléphonique ambulante de tous les points d'une
gare
132640.
B. de 15 ans, 8 septembre; Francis.
Perfectionnements dans les signaux pour téléphones
et lignes télégraphiques .
132944.
B. de 15 ans, 30 septembre; Ader.
Système davertisseur téléphonique
sans pile, à signal visible.
133092.
B. de 13 ans, 10 octobre; Buchin.
Système de téléphone à deux
diaphragmes à réglage indépendant, dit
: téléphone Buchin.
133337.
B. de 15ans, 24 octobre; Ader.
Téléphone récepteur à pôles
magnétiques surexcités.
133637.
B. de 15 ans, 13 novembre ; Holmes
et Greenfierd. Perfectionements dans les câbles
ou conducteurs téléphoniques.
133653.
B. de 15 ans, 14 novembre ; Brown
et Bailey. Système téléphonique
central, système Brown.
134222.
B. de 15 ans, 18 décembre ; Connolly
(les sieurs) et Mac-Tige. Procédés et appareils
perfectionnés pour faciliter la communication téléphonique.
134325.
B. de 15 ans, 29 décembre ; Bède.
Perfectionnements aux appareils de transmissions téléphoniques
- 1880
134481.
B. de 15 ans, 8 janvier ; Berliner.
Perfectionnements aux microphones et transmetteurs téléphoniques.
134596
. de 15 ans, 16 janvier ;SCRIBNER
P perfectionnement dans la pose des câbles souterrains
et dans les appareils et les mécanismes pour faciliter
la conversation par téléphones
134734.
B. de 15 ans, 26 janvier ; Bramao.
Améliorations apportées aux téléphones.
134838.
B. de 15 ans, 31 janvier; Watson
et Eldred. Perfectionnements apportés aux
relais des systèmes télégraphiques ou téléphoniques.
134858.
B. de 15 ans, 4 février; Godefroy.
Avertisseur téléphonique.
135067
B. de 15 ans, 14 février;
KLINKERFUES
Wilhelm téléphonographe ou porte-voix
perfectionné
135119.
B. de 15 ans, 17 février; Société
dite : The Chinnock Electric Company. Perfectionnements
dans les conducteurs électriques pour lignes télégraphiques,
téléphoniques, etc., empêchant les troubles
provenant des courants induits.
135120.
B. de 15 ans, 17 février ; Société
dite : The Chinnock Electric Company. Perfectionnements
apportés aux conducteurs électriques pour lignes
télégraphiques et téléphoniques,
en vue dempêcher les courants induits de troubler
la transmission des messages.
135667.
B. de 15 ans, 28 février; Ader.
Système de poste téléphonique et
appareils employés à cet effet.
141875.
22 mars; Maiche.
Pour un système de transmission télégraphique
et téléphonique.
141998.
20 mars; Dolbear.
Pour des perfectionnements dans les appareils téléphoniques.
135873.
B. de 15 ans, 2 avril ; Maiche.
Nouveau téléphone, dit : téléphone
Louis Maiche.
142169.
6 avril; Brasseur
et Déjart. Pour un commutateur pour assurer
le secret des communications téléphoniques.
142645.
12 avril; Barbier
et Lartigue. Pour un système de câbles
ou de lils conducteurs pour télégraphie, téléphonie,
sonneries électriques, et
142423.
20 avril; Currier
et Rue. Pour perfectionnements dans les appareils
électriques ayant pour but dappeler ou de signaler,
et pouvant être appliqués aux appareils télégraphiques
et téléphoniques.
136391.
B. de 15 ans, 28 avril ; Bourdin.
Dispositif général de bureau central téléphonique
ou télégraphique, faisant usage de conducteurs
doubles
136420.
B. de 15 ans, 29 avril ; Lartigue.
Perfectionnements aux appareils téléphoniques.
136471.
B. brevet anglais ; pris
le 1 er mai, par Eaton. (devant expirer le 20 février
1894) Perfectionnements apportés aux aimants,
aux téléphones et aux combinaisons des aimants
avec téléphones.
136593.
B. de 15 ans, 10 mai; Klemm,
Marx et Kayser. Appareil téléphonique
perfectionné.
136812.
B. de 15 ans, 22 mai ; Dunand
et Ciievrant. Système de téléphone
à électro-aimant.
136892.
B. de 15 ans, 25 mai; Eaton.
Perfectionnements dans les appareils dappel ou
à signaux pour des buts téléphoniques ou
télégraphiques.
136471
B. de 15 ans, 25 mai; Eaton.
Perfectionnements apportés aux aimants, aux téléphones
et aux combinaisons des aimants avec téléphones
136896.
B. de 15 ans, 25 mai ; Aboilard.
Microphone perfectionné.
136988.
B. de 15 ans, 1 er juin; Anders
et Watson. Perfectionnements apportés aux appareils
signaux employés dans les communications téléphoniques.
136989.
B. de 15 ans 1 er juin; Anders.
Perfectionnements apportés aux commutateurs employés
dans les échanges téléphoniques.
136996.
B. de 15 ans 1 er juin ; Russell.
Perfectionnements dans les aimants composés permanents
et dans les électro-aimants, dans les téléphones
électriques et les circuits téléphoniques.
137121.
B. de 15 ans, 8 juin ; Anders.
Perfectionnements apportés aux appareils-signaux
employés dans les communications téléphoniques.
137172.
B. de 15 ans, 9 juin; Herz.
Nouveau système téléphonique.
137258.
B. de 15 ans, 15 juin ; Lockwood
et Bartlett. Perfectionnements apportés aux
transmetteurs pour téléphones ou télégraphes
à son articulé.
137430.
B. de 45 ans, 24 juin; Gower.
Perfectionnements : dans les appareils et transmissions
téléphoniques.
137259.
B. de 15 ans 25 juin; Lockwood
et Bartlett. Perfectionnements apportés aux
récepteurs pour téléphones ou télégraphes
à son articulé.
137439.
B. de 45 ans, 25 juin; Le
Goarant de Tromelin. Nouveau système d'avertisseur
téléphonique fonctionnant sans pile.
137473.
B. de 15 ans, 26 juin ; Bourdin.
Perfectionnements dans les téléphones à
source électrique.
137514.
B. de 15 ans, 29 juin ; Bell
et Tainter. Perfectionnements dans les appareils
denregistrement employés dans les systèmes
de communication téléphoniques.
137521.
B. de 15 ans, 29 juin ; Lamb.
Perfectionnements dans les conducteurs pour télégraphes,
téléphones et autres fils souterrains.
137645.
B. de 15 ans, 7 juillet; Johnson.
Perfectionnements dans les appareils employés
pour les signaux téléphoniques.
137803.
B. de 15 ans, 15 juillet; Herz.
Système téléphonique ou télégraphique
fondé sur lemploi de diffuseurs pour déterminer
le mouvement électrique dans des circuits ouverts.
137931.
B. de 15 ans, 24 juillet; Westinghouse
jeune. Système et appareils perfectionnés
pour relier les conducteurs pour communications téléphoniques.
138097.
B. de 15 ans, 4 août; Bartelous.
Système de communications électriques pouvant
sappliquer aux installations téléphoniques
ou télégraphiques.
138227.
B. de 15 ans, 12 août; Davis
et Dowü. Perfectionnements dans les appareils
télégraphiques et téléphoniques.
138921.
B. de 15 ans, 29 septembre; Havard.
Système de communication téléphonique
au moyen de stations publiques.
138963
B. de 15 ans, 2 octobre; TROUVE
Gustave Système
d'appareil avertisseur pour téléphones
139029.
B. de 15 ans, 7 octobre ; Boudet
de Paris. Nouvel appareil microphonique.
139164
B. de 15 ans, 15 octobre ; GAUTHIER
poteaux et supports
d'isolateurs pour fils télégraphiques et téléphoniques,
neutralisant les effets de la vibration
139684.
B. de 15 ans, 17 novembre ; Gros
et Carpentier. Télégraphie et téléphonie
à grandes distances.
139755.
B. de 15 ans, 29 novembre ; de
Nottbeck. Perfectionnements dans les téléphones.
139809.
B. de. 15 ans, 23 novembre ; Haskins.
Perfectionnements dans les appareils employés
au service téléphonique.
139777.
B. de 15 ans, 23 novembre ; POUGET
para-foudre perpétuel
électrodiérétique, destiné à
protéger notamment les lignes et les appareils télégraphiques,
téléphoniques et autres contre les atteintes de
la foudre.
139921.
B. de 15 ans, 30 novembre; Ranoall.
Perfectionnements apportés aux appareils téléphoniques.
140065
B. de 15 ans, 3 décembre ; Bell
Système dit le photophone, permettant d'envoyer
des signaux et de communiquer à distance au moyen de
de la lumière solaire ou autre
139997.
B. de 15 cns, 6 décembre ; Culbertson
et Brown. Perfectionnements dans les communications
électriques, téléphoniques et autres.
140015.
B. de 15 ans, 7 décembre; Rossetti.
Perfectionnements aux téléphones parlants
magnéto-électriques.
140017.
B. de 15 ans, 7 décembre ; Crossley.
Perfectionnements dans les appareils et les dispositions
pour lusage des téléphones et des microphones.
|
En 1881 ce sera le microphone Dolbear
à condensateur . brevet US 239 742 A, 5 avril 1881 qui restera
sans succès.
sommaire
D'autres améliorations du
microphone qui sont les plus anciennes plus ou moins connues seront celles
de Ducretet, Bonis, Crossley,
Gaiffe,
Trouvé, Lippens et de Courtois, Breguet, D'Arsonval,
Maiche, Berthon, Mildé, Ochorowicz , Abdank
... et Clémént Ader :
Clément
Ader, comptera beaucoup pour le développement du téléphone
en France et en Europe.
Né le 2 avril 1841 à Muret 
il obtint à Toulouse, son baccalauréat à
15 ans.
C'est un élève très sérieux, particulièrement
doué en mathématiques. En 1857 s'ouvre une nouvelle
section dans l'établissement : une école industrielle
amenant un diplôme d'ingénieur équivalent aux
Arts et Métiers.
Ader fait partie de la première promotion, d'où il
sortira diplômé en 1861.
On pense qu'il prépara les concours d'entrée aux Grandes
Écoles, mais soit il ne se présenta pas aux concours,
soit il échoua. Ses études terminées, il se
mit en quête d'une situation stable. |
Lorsque
la guerre de 1870 éclate et sil
ne participe pas aux combats, Ader prend contact avec le ministre
de la Guerre afin de mettre ses compétences dinventeur
au service de la nation, notamment au travers dun projet de
cerf-volant conçu pour emporter un être humain dans
les airs afin dobserver les positions ennemies. Satisfait
davoir obtenu lautorisation dutiliser le polygone
de Toulouse pour ses expérimentations,
Ader na pas le temps de rendre opérationnel son prototype,
et le tumulte politique de laprès-conflit coupe court
à ses recherches.
Après la guerre, il travaille dans une entreprise de céramique
(Douarche, à Castelnaudary), où il profite du matériel
et du personnel pour perfectionner un planeur de son invention.
Linventeur fait jouer le réseau de son correspondant
afin dobtenir à Paris une salle pour montrer au public
son « planeur en plumes », espérant ainsi attirer
lattention dun investisseur. Malgré ses efforts,
lexposition du planeur en 1874 dans les salons de latelier
de photographie où Nadar immortalise les personnalités
à la mode ne lui apporte aucun soutien financier, et suscite
parfois même des sarcasmes.
Ader décide néanmoins de rester à Paris
le seul endroit où il peut mettre en uvre ses
projets et réussit à convaincre son père
de venir sinstaller avec lui.
Il tente alors de publiciser un brevet quil a déposé
en 1866 pour un « système de chemin de fer, dit rail
amovible.
Avec laide de son père qui se fait cocher intermittent,
il construit son prototype et dépose un nouveau brevet, puis
promène son attelage à Paris, au jardin des Tuileries
ou au parc des Buttes-Chaumont, où il conduit parfois jusquà
trente enfants.
Malgré les recensions enjouées de la presse, il ne
trouve toujours pas dacquéreur pour son invention. |
Clément Ader peut sembler
nêtre quun bricoleur de talent, sans réelles
préoccupations scientifiques. En réalité, il
sintéresse de près aux récentes avancées
et communications de lAcadémie et des revues spécialisées
quil lit afin de se tenir informé : ses inventions
sont pour la plupart directement liées aux derniers progrès
savants et industriels. Mais au-delà de ces préoccupations
concrètes, il ambitionne lui aussi de participer à
lavancée de la science, même lorsquelle
nest pas en lien direct avec ses activités techniques.
Ainsi, ses carnets (Carnets intitulés « Recherches
» : Fonds ADER, doc. 2349) portent la trace de questionnements
liés au rayonnement solaire, à lélectricité
spatiale, à l« obscure action du magnétisme
sur la gélatine », à linduction magnétique
terrestre, et même à léther, dont la preuve
de lexistence est alors au cur du débat scientifique
international, puisque les expériences dAbraham Michelson
et Edward Morley interrogeant la réalité de la notion
(jusquà ce quAlbert Einstein, expert au bureau
des Brevets à Berne, publie en 1905 un article remettant
en cause lidée déther et de temps absolu).
Dans les années 1880, Ader ne possède pas de formation
scientifique suffisante pour résoudre définitivement
la question, bien quil sy essaie, comme en témoignent
plusieurs pages de calculs et croquis dans ses carnets.
La communauté savante lui reconnaît certains mérites
: deux de ses mémoires sont présentés et lus
à lAcadémie des sciences
Ader a ainsi conservé plusieurs cartes de visite obtenues
auprès de scientifiques plus ou moins influents (comme Jules
Janssen, académicien et directeur de lObservatoire
de Paris, ou Gabriel Lippmann, maître de conférences
à la Faculté des sciences), griffonnées de
quelques notes de circonstances sur lintérêt
de leur rencontre. On perçoit ainsi le travail quAder
réalisait pour constituer et entretenir ses contacts jusque
dans les enceintes de lAcadémie.
Désormais inventeur-entrepreneur à plein temps, Ader
organise son travail autour de sa demeure parisienne, rue de lAssomption,
qui lui sert datelier pour la plupart de ses projets. Ses
correspondants sadressent à lui en tant quingénieur,
comme le montrent ses échanges épistolaires avec clients
et fournisseurs auprès desquels il possède
une réputation, puisque certains dentre eux connaissent
la nature particulière et parfois hors du commun de ses exigences,
et linvitent à ajouter des plans précis à
plusieurs de ses commandes. Ader possède ainsi tout un réseau
de relations professionnelles dans le milieu des artisans et constructeurs
dinstruments.
Par ailleurs, il salarie un petit groupe douvriers, relativement
fidèle à son service sur le long terme, pour réaliser
certains projets. Enfin, il travaille avec le cabinet dagents
de brevets Armengaud jeune, après avoir quitté son
ancien agent Émile Barrault le centralien, visiblement
chagriné par la rupture de leur collaboration une fois la
réputation dAder établie et ses affaires florissantes,
lappelle « mon cher ami » et tente visiblement
de le circonvenir par ses flagorneries (Lettre dÉmile
Barrault à Clément Ader, 31 décembre 1881)
. Le statut et lactivité dAder témoignent
donc dun milieu dinventeurs-entrepreneurs suffisamment
vivace pour faire vivre plusieurs agents de brevets sur la place
de Paris, et illustrent bien ce moment précis (avant que
la grande entreprise nabsorbe ces vocations au siècle
suivant) où les avancées conjointes de lindustrie
et des savoirs scientifiques rendent possible lexistence dune
profession libérale (parfois abusivement qualifiée
dingénieur-conseil) qui produit de linvention
en continu en vue de bénéfices le plus souvent industriels,
mais parfois aussi militaires ou administratifs. La liste de brevets
déposés par Ader et gérés par le bureau
Armengaud jeune est impressionnante, et senrichit de plus
dune centaine de dépôts et additions de modifications
en lespace de quelques années seulement.
Cest par ailleurs au cours des années 1880-1890 quAder
se consacre en grande partie à son projet davion, lÉole
tout dabord puis lAvion II et lAvion III. Les
archives contiennent lintégralité de son échange
de lettres, souvent estampillées « Secret défense
» ou « Confidentiel », avec le ministère
de la Guerre, suite aux contrats quil signe avec lÉtat
en 1892 et 1894 et aux difficultés dexécution
qui sensuivent. Cette histoire a été amplement
documentée et nous en apprend peu sur le statut dentrepreneur
dinvention à la fin du siècle : nous nous permettons
donc de renvoyer à la bibliographie en ce qui concerne les
échecs dAder en matière aéronautique.
La dernière partie de lactivité inventive dAder
sorganise autour de la télégraphie et de la
télégraphie sans fil, puisquil participe à
la mise en place de communications longue distance,
Le dernier succès dAder concerne la propulsion automobile,
à laquelle il consacre ses recherches dès lors que
lengouement pour ce moyen de transport se généralise,
ce qui lui permet de réinvestir certains résultats
de travaux effectués pour les moteurs de ses avions. Il dépose
plusieurs brevets, et signe initialement un nouveau contrat avec
la Société générale des téléphones
devenue Société industrielle des téléphones,
avant que ses moteurs ne soient repris par une société
anglaise, qui commercialise les voitures Ader dont plusieurs
modèles de course qui obtiendront des prix, lingénieur
sétant toujours passionné pour la vitesse. |
Revenons au téléphone
et abordons le sujet qui peut déranger certaines personnes :
Ader poursuit un but: se consacrer à la construction d'un appareil
volant. Il en possède les données, il a une confiance absolue
dans la réussite, (depuis 1871...) mais il sait aussi que la réalisation
de ses machines exigera des moyens financiers considérables. Il
va les demander à une invention susceptible de les lui procurer
en lui apportant une fortune.
Là aussi il a vu juste. Il s'agit du téléphone
. Nous sommes quelques mois avant l'Exposition de 1878 , Ader reçoit
la visite d'un savant de ses amis, Du Moncel, et, comme la conversation
se porte sur la chronique d'une revue américaine qui parle vaguement
d'une nouvelle invention, le téléphone de Graham Bell,
il est amené à faire part au visiteur de ses propres travaux
sur le même sujet.
Ader qui n'avait jamais rien écrit sur le téléphone
commence un récit en 1921, alors qu'il avait 80 ans et que les
faits qu'il relate datait de plus de 40 ans...
Ader évoque son intérêt pour la téléphonie
: Jétais un ami de Du Moncel ; un jour, cétait
quelques années avant lexposition de 1878, il me montra un
article dune revue américaine où on parlait vaguement
pour la première fois de téléphone. En même
temps, il mapportait un de ces livres: Exposé de lélectricité.
Tome III, Hachette 1856. ouvert à la page 110 Transmission
électrique de la parole Pour votre édification, il
est indispensable que vous lisiez cet ouvrage dans lintérêt
de lhonneur français. Vous voyez, me dit-il, on y pensait
avant vous et avant les américains.
Selon les textes, la rencontre avec Du Moncel date "de quelques mois"
ou "des quelques années" avant l'exposition de 1878,
mais comme Ader dit : "Le récepteur ne ressemblait en rien
à celui que Bell venait d'imaginer", on peux supposer raisonnablement
que le téléphone avait déjà été
inventé et que Du Moncel, avec la curiosité scientifique
qu'il avait, en connaissait le fonctionnement... Il est peu probable que
Du Moncel ait seulement montré à Ader son vieux livre alors
qu'il en écrivait un nouveau, très documenté, dont
la deuxième édition fut publié en novembre 1878.
Dans les papiers d'Ader, après sa mort un dossier que nous devons
à M. Georges de Manthé (gendre d'Ader) dans son livre "Le
père de l'aviation"., on y trouve : un chapitre "Commencement
de mon futur ouvrage sur les origines du téléphone"
ou Ader, écrit
"... Au milieu d'une planchette j'avais enfoncé une pointe
qui venait s'appuyer contre une deuxième semblable plantée
sur un bout de buis, le tout formant pupitre avec les deux pointes reliées
à un circuit.
"Le récepteur ne ressemblait en rien à celui que Bell
venait d'imaginer (nous serions donc après 1876), ni comme principe,
ni comme forme. Il se composait simplement d'une autre plaquette de cinq
à six centimètres de longueur, dans laquelle j'avais plaqué
un fil de fer doux de un millimètre de diamètre et de quarante
environ de longueur qui prenait dans l'intérieur d'une petite bobine
dont il formait le noyau et qui, de l'autre bout, était soudé
à une petite masse de cuivre (le hasard avait voulu que ce fut
un bouton de porte ... première pièce venue).
"Transmetteur et récepteur avec une pile Leclanché
étaient dans le même circuit.
"Mon père, installé dans une chambre, m'aidait et parlait
sur le transmetteur avec une inlassable patience. Le récepteur
à l'oreille, j'écoutais ... C'était un bruit de vibrations
informes accompagnées de crépitements que les interruptions
de contact des pointes produisaient. Cela dura quelques jours et même
quelques semaines.
"J'accusais le contact de s'oxyder sous l'étincelle de retour,
mais, après nettoyage, polissage et même platinage, l'effet
n'était pas meilleur.
"J'avais un crayon de charpentier sous ma main. L'idée me
vint de détacher un bout de sa mine et de l'interposer entre les
contacts du transmetteur.
"Aussitôt que l'expérience fut reprise j'entendis clairement
la voix de mon père qui récitait pour la centième
fois le même conte ou la même fable.
"Mes instruments très rudimentaires n'étaient guère
présentables; à peine les fis-je voir à des amis
de la maison ... qui d'ailleurs, eux, n'y comprirent rien.
"Je ne pris aucun brevet, ajournant cette dépense pour
plus tard, lorsque j'aurais perfectionné mes appareils,
et le temps s'écoula.
Cependant ..." Et, comme dans un feuilleton, le manuscrit s'arrête
sur ce mot. Son livre sur "son" invention du téléphone
était terminé....
Et il n'avait pris aucun brevet, dommage !
Ses carnets portent la trace des très nombreuses expériences
quil réalise et qui aboutissent en 1878 au dépôt
dun nouveau brevet pour un procédé téléphonique
de son invention.
|
Les expériences de C.
Ader en 1878 : Téléphones sans diaphragme
et sans aimant
  
La présence d'un noyau aimanté dans le téléphone
récepteur n'est pas indispensable, et nous avons vu que
l'électrophone de M. Ader emploie de petits électro-aimants
microscopiques en fer doux. En faisant des expériences
sur ces appareils, M. Ader a été conduit à
construire un récepteur composé d'une simple
tige de fer de un millimètre de diamètre, enroulée
d'une bobine de fil fin, et il a pu transmettre la parole dans
ces conditions avec une très grande netteté. Le
petit fil de fer était piqué sur une planche, et
il constata qu'en appliquant contre le second bout libre de cette
petite tige de fer une masse pesante, l'intensité des sons
était plus que doublée.
Il construisit alors le simple téléphone récepteur
représenté figure 101, formé d'un loquet
de porte B, une tige de fer doux d'un millimètre de diamètre
CC, planté dans une planchette carrée de sapin de
5 centimètres de côté et une petite bobine
A roulée sur un tuyau de plume d'oie.
Le transmetteur employé par M. Ader était celui
de son électrophone , mais tous les transmetteurs à
charbon peuvent faire parler le téléphone ainsi
constitué. On peut, avec ce petit instrument, faire une
expérience de spiritisme assez amusante en fichant le fil
de fer CC sur une table par dessous, en dissimulant habilement
les conducteurs et en faisant parler dans le transmetteur un compère
placé dans une pièce un peu éloignée.
Si l'expérience est faite dans le silence, à une
heure avancée de la nuit, par exemple, toute la table parle,
on peut l'entendre en se plaçant assez près tout
autour, et cette expérience produit l'effet le plus singulier
sur les personnes crédules ou impressionnables.
M. Ader en continuant ses expériences a construit un
second téléphone encore plus simple fig. 102;
 |
il
est formé d'une planchette AB et d'une bobine C sur
laquelle est roulé un fil fin avec des spires très
peu serrées collée sur la planchette.
L'appareil parle dans ces conditions sous Faction d'un transmetteur
à charbon et de trois piles Leclanché. Si les
spires sont trop serrées ou noyées dans la gomme
laque, le téléphone ne parle plus, mais en introduisant
dans la bobine un clou D, un petit fil de fer ou une aiguille
aimantée Tenant appuyer contre la planchette, aussitôt
on perçoit très distinctement la parole. £n
retirant le clou, le téléphone redevient muet.
|
Puis Ader construit un téléphone
sans diaphragme, sans aimant et sans bobine.
 |
Le téléphone récepteur suivant est encore
plus simple. Il se compose d'une tige de fer doux A (fig.
103) et d'une planchette de bois B. En appliquant la planchette
B contre l'oreille et une masse métallique pesante
à l'autre extrémité du fil A,
M. Ader a pu reproduire la parole en employant un transmetteur
à charbon.
De la Rive, en 1846, avait constaté les sons produits
dans des conditions analogues avec des courants interrompus
mais M. Ader est le premier qui ait reproduit les sons articulés
par des moyens aussi simples.
Il faut ajouter cependant que ces sons sont très faibles,
mais ils sont néanmoins très distincts et nous
devons remercier ici M. le comte du Moncel qui a bien voulu
nous répéter toutes les expériences que
nous venons de signaler, et dont nous garantissons la parfaite
exactitude.
Ce système pourtant ultra simple restera dans le domaine
des expériences. |
sommaire
Puis le 23 juillet 1878, Ader obtiendra le brevet 125
782 d'un électrophone à main ou Système
de correspondance vocale,
Dans une lettre écrite en 1921, Ader évoque son
intérêt pour la téléphonie : Jétais
un ami de du Moncel ; un jour, cétait quelques années
avant lexposition de 1878, il me montra un article dune
revue américaine où on parlait vaguement pour la
première fois de téléphone. En même
temps, il mapportait un de ces livres : Exposé de
lélectricité. Tome III, Hachette 1856. ouvert
à la page 110 Transmission électrique de
la parole Vous voyez, me dit-il, on y pensait avant vous
et avant les américains.
L'électrophone à main :
 
brevet 125 782 |
Cet appareil
se distingue des autres téléphones à
pile par quelques dispositions nouvelles et intéressantes.
Le transmetteur est constitué par une sorte de porte-crayon
mobile en bois terminé par une soucoupe devant laquelle
on parle. L'extrémité de ce porte-crayon se
termine par un petit cylindre de charbon arrondi à
son extrémité et qui appuie sur un second morceau
de charbon fixe de plus grande section. Le courant traverse
le charbon fixe, le petit crayon mobile et sort par un fil
très fin et très élastique pour rejoindre
la ligne.
En maintenant l'appareil vertical, on rompt le circuit; en
l'agitant, on produit des chocs qui se traduisent sur le récepteur
par des bruits intenses pouvant être entendus à
une assez grande distance; en tenant l'appareil un peu incliné,
il y a un léger contact entre les deux charbons et
la transmission téléphonique directe, sans bobine
d'induction, s'effectue très nettement et avec une
grande puissance. |
Le récepteur est un tambour
de basque (!) de 15 à 18 centimètres de diamètre,
tendu d'une feuille de parchemin, sur lequel sont fixées
six petites armatures en fer-blanc très minces et très
étroites disposées sur un cercle de 6 centimètres
de diamètre.
En face de ces armatures sont placés six petits électro-aimants
microscopiques, chacun d'eux pouvant être réglé
séparément à l'aide d'une vis.
C'est M. Marcel Deprez qui a employé, le premier, ces petits
électro-aimants dans ses enregistreurs pour éviter
l'inertie magnétique des électro-aimants plus gros,
inertie qui produit un retard dans l'aimantation et par suite dans
l'inscription des phénomènes.
Les six petits électro-aimants sont tous disposés
en tension et agissent simultanément sur leurs armatures
dans le même sens avec une très grande rapidité.
Avec ce récepteur, la parole peut être entendue à
5 ou 6 mètres de distance en employant le transmetteur que
nous avons décrit, mais le réglage en est fort difficile,
car la membrane est trop sensible à la chaleur et à
l'humidité.
brevet N°127 180, du 28 octobre 1878 "Récepteur
électrophone parlant à haute voix"
Nous gardons le souvenir d'une conférence dans laquelle l'appareil,
parfaitement réglé quelques heures auparavant, a complètement
refusé de se faire entendre devant un public aussi attentif
que bienveillant, comme doit le faire tout instrument bien élevé
dans une expérience publique.
Aujourd'hui (1881) M. Ader emploie de préférence son
téléphone à surexcitation magnétique
(p. 247) comme récepteur, les résultats sont presque
aussi puissants et beaucoup plus sûrs qu'avec l'électrophone. |
Depuis les expériences de M. Ader,
M. Boudet de Paris a construit un téléphone récepteur
analogue dans lequel la planchette de bois est remplacée par un
diaphragme d'acier. Cet appareil reproduit la parole avec le parleur microphonique
du même auteur en employant un seul élément Leclanché.Le
développement du téléphone et sa commercialisation
peut commencer :
Jusqu'au tout début des années 1880, le modèle dominant
: celui de la télégraphie, ne permit pas aux innovateurs
de penser en d'autres termes.
Le télégraphe et ses usages étaient ancrés
dans un système simple et transparent. Les messages écrits
étaient portés dans les bureaux ouverts, publics. On ne
pouvait se défaire tout de suite de l'idée que c'était
là le seul mode pratique de télécommunications.
Alors qu'en Allemagne, Von Stephan utilisa d'emblée le téléphone
comme un simple auxiliaire du télégraphe, y compris aux
Etats-Unis, l'idée de réseau organisé n'a pas été
envisagée immédiatement. Ce ne sera pas le cas en France.
sommaire
Voici raconté dans les grandes lignes les moments les plus importants,
mais il faut aussi raconter la petite histoire de ceux qui ont poussés
au développement du téléphone en France :
A Cherbourg en janvier deux
ingénieurs en construction navale avaient mis au point un téléphone
selon le principe d'Edison. Les essais ont étés fait à
la préfecture maritime .
D'autres expériences ont lieu comme à Nantes, à
Clermont Ferrand, à Lyon à La Chapelle St
Mesmin c'était l'abbé Godefroy qui avait équipé
son séminaire de 4 postes .... , la plupart par des bricoleurs
en quête d'amélioration des appareils. C'était empirique,
chacun dans l'espoir de déposer un brevet et permettre de développer
un commerce.
Des particuliers ou des services furent les premiers à s'équiper
de téléphones (reliés point à point) pour
un usage privé sans pouvoir communiquer avec l'extérieur.
Cependant il devint possible de louer une ligne télégraphique
pour relier deux appareils téléphoniques
Le Figaro déjà pourvu d'un réseau à tubes
acoustiques pour communiquer en interne s'équipa en 1879 du téléphone
pour communiquer à l'extérieur.
De même certains journaux Le temps, Le Moniteur ... s'équipèrent
de réseau similaires.
Dans l'industrie les installations sont nombreuses. Antoine Bréguet
va beaucoup contribuer à faire connaître le téléphone
en France.
Il fait des démonstrations à l'Institut, à la Société
des Ingénieurs Civils et installe dans ses ateliers le téléphone
Bell afin que tout le monde puisse l'essayer : " beaucoup de hauts
personnages, de magistrats, de littérateurs, de généraux,
furent reçus par Monsieur Bréguet. Ils s'en allaient satisfaits
et émerveillés " (le Téléphone expliqué
à tout le monde, Giffard, 1878).
Voici à ce propos ce que nous lisons dans Lécho
du Nord rendant compte d'expériences téléphoniques
faites dans les mines de Ferfay le 5 mars 1878 :
« Il s'agissait principalement d'étudier l'emploi possible
des téléphones dans les charbonnages.
L'essai a pleinement réussi. Les interlocuteurs placés les
uns au haut, les autres au fond d'un puits, ont pu correspondre aisément
à une distance de 350 mètres ; un air de musique a été
joué et aucune note n'a échappé aux oreilles qui
devaient le recueillir.
Toutefois on a constaté qu'on entendait beaucoup mieux sur le sol
que en sous le sol.
La cause de cette déperdition du son est expliquée par la
submersion du câble qui, dans les mines, reçoit perpétuellement
l'eau des cuvelages. »
Enfin, à la suite d'expériences faites le 31 mars
dernier, la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) décidait
l'installation d'appareils téléphoniques dans toutes les
gares importantes de son réseau.
En Fevrier 1878 on pouvait lire dans le "Journal Télégraphique"
| Note de M. L. DE CHAMPVALLIER.
(Extrait dei Comptes-rendus de l'Académie dei seteneet de
Farii, T. LXXXVI, N° 5).
L'hôtel de l'Ecole de l'artillerie,
à Clermont, est relié au village de la Fontaine-du-Berger
(champ de tir) par un fil télégraphique de 14 kilomètres;
ce fil passe par le bureau central télégraphique
de Clermont sans entrer dans l'intérieur de ce bureau
(les poteaux qui supportent le fil de l'Ecole portent en tout
: du bureau télégraphique central au pont de Jaude,
distance 300 mètres environ, huit fils; le fil de l'Ecole
est le quatrième en partant du haut)
A cette distance de 14 kilomètres, un service téléphonique
fonctionne parfaitement : le téléphone employé
est le téléphone ordinaire, petit modèle.
Ce service n'est établi du reste qu'à titre d'expérience.
Egalement à titre d'expériences, un service téléphonique
a été établi entre l'observatoire de Clermont
et celui qui est situé au sommet du Puy-de-Dôme
; la distance est de 15 kilomètres.
Le fil qui relie ces observatoires est porté par les mêmes
poteaux que le fil de l'Ecole, depuis le bureau télégraphique
central jusqu'au col des Riarneaux, c'est-à-dire pendant
une longueur de 10 kilomètres; ce fil passe dans l'intérieur
du bureau télégraphique central; la communication
téléphonique entre les deux observatoires se fait
aussi parfaitement. Ces conditions exceptionnelles nous ont permis
de faire quelques observations intéressantes.
° On communique téléphoniquement entre les deux
stations de l'Ecole, distance 14 kilomètres, même
lorsque des dépêches sont lancées sur les
fils voisins par les appareils Morse.
° On entend très distinctement et on lit couramment
au son toutes les dépêches Morse qui passent sur
les fils, voisins du fil de l'Ecole et même les dépêches
qui passent sur des fils séparés de lui par un autre
fil: celles-ci donnent seulement un son beaucoup plus faible.
° Quand on parle, au moyen du téléphone, du
sommet du Puy-de-Dôme à l'observatoire de Clermont,
nous entendons très-nettement la voix, de manière
à en reconnaître le timbre, et à distinguer
si c'est un homme ou une femme qui parle ; parfois, nous pouvons
même entendre la dépêche et la comprendre,
quand aucun bruit étranger ne vient contrarier l'audition.
Ce fait démontre la prodigieuse sensibilité du merveilleux
instrument de M. Graham Bell.
En effet, le fil des observatoires est porté, pendant 10
kilomètres, par les mêmes poteaux que le nôtre;
mais il en est séparé par une distance de 85 centimètres
au moins, car un autre fil, celui de Rochefort, est placé
entre ces deux fils sur les mêmes poteaux.
Ainsi le courant d'induction lancé, par le téléphone,
du sommet du Puy-de-Dôme, peut déterminer un nouveau
courant induit sur un fil placé à près de
1 mètre de distance; ce nouveau courant induit suffit pour
déterminer des vibrations perceptibles à l'oreille.
Nous avons remarqué que nous entendions bien plus distinctement
.
° Du pont do Jaude au col de Riamaux, distance 50 kilomètres,
les poteaux portent trois fils; le fil de l'Ecole est le troisième
ou le plus bas;
° Enfin du col des Riamaux à la Fontaine-du-Berger,
distance A kilomètres, le fil de l'Ecole est seul sur les
poteaux qui le supportent.les dépêches lancées
du sommet du Puy-de-Dôme que celles qui partent de Clermont
: ce fait, qui tient peut être à la nature de la
voix de la personne qui parle au Puy-de-Dôme, provient aussi
peut-être de la position respective de notre station à
Clermont par rapport aux deux observatoires.
Quoi qu'il en soit, il résulte de nos expériences,
faites par plusieurs officiers et par des professeurs, les conclusions
suivantes.
° On lit les dépêches Morse qui passent sur des
fils distants de notre fil de 45 ou 90 centimètres, même
quand ces fils n'accompagnent le nôtre que sur une longueur
de 300 mètres, et cette addition ne gêne en rien
si ce n'est par un petit bruit dont on fait facilement abstraction,
le passage et l'audition des dépêches téléphoniques.
Ainsi, au moins jusqu'à 10 kilomètres, et très-probablement
beaucoup plus loin, on peut correspondre avec des fils portés
sur des poteaux qui supportent des fils livrés au passage
des dépêches ordinaires. Nous allons prolonger jusqu'à
leur limite ces expériences.
° Deux lignes télégraphiques voisines, mais
sans communication, mélangent leurs dépêches,
et il nous est arrivé de répondre au Puy-de-Dôme
et d'en recevoir une dépêche, sans que nos fils soient
nulle part. rapprochés de plus de 85 centimètres.
Ajoutons que nous avons mis dans le même circuit sept téléphones
et que sept personnes pouvaient entendre à la fois la même
dépêche, soit Morse, soit téléphonique,
et même une dépêche induite téléphoniquement,
sans affaiblissement appréciable de l'intensité
du son, malgré les résistances occasionnées
par les jonctions de fils.
Il semble que le nombre d'auditeurs d'une même dépêche
passant par un même fil peut être très considérable,
et nous regrettons de n'avoir pas un nombre plus grand de téléphones
pour en faire l'expérience.
Toutes nos expériences
sont faites avec un seul fil, avec communication à la terre
aux deux extrémités de la ligne.
|
En même temps dans Comptes rendus
hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences de
1878 on peut aussi y lire :
|
ÉLECTRICITÉ.
Sur le téléphone. Note de M. IZARN.
« J'ai installé,
depuis quelques semaines, au lycée de Clermont,
un téléphone dans un fil unique d'une cinquantaine
de mètres, qui, traversant la grande cour du lycée,
va du laboratoire de Physique, où il s'accroche à
un bec de gaz, à une pièce placée près
de la loge du concierge, où il s4accroche à un autre
bec de gaz.
Cette disposition améliore la perception des sons dans
mon appareil et m'a permis de constater un fait que je crois intéressant.
En appliquant l'oreille au téléphone, j'entends
très nettement les signaux télégraphiques
Morse ou autres, qui proviennent, soit du bureau télégraphique
de Clermont, soit du bureau téléphonique fonctionnant
entre l'École d'artillerie de Clermont et le polygone
de tir établi à 14 kilomètres de la ville,
au pied du Puy-de-Dôme. J'entends même des paroles
et surtout des commandements militaires, émis dans le téléphone
du polygone et destinés à être entendus à
l'École. Or mon fil est absolument indépendant de
ceux où circulent ces signaux, il en est même très
éloigné, et il est impossible d'invoquer pour l'explication
du phénomène une induction quelconque, s'opérant
entre fils attachés sur une longueur quelconque aux mêmes
poteaux.
Mais, comme les prises de terre du bureau télégraphique
et de l'École d'artillerie se font à une petite
distance des tuyaux de gaz, il n'est pas douteux que le phénomène
ne soit du à une dérivation de courant produite
dans mon fil par l'intermédiaire du sol humide et du réseau
métallique des tuyaux. Ce qui confirme cette explication,
c'est que, pendant le jour, j'entends dans mon téléphone
tous les grattements qui se produisent quand j'envoie mon aide
installer un autre téléphone à l'autre bout
du fil, et qui sont la traduction de toutes les petites variations
d'intensité produites par cette opération dans le
courant qui traverse le fil. Pendant la nuit, lorsque les dépêches
de la station télégraphique ou de l'École
se font rares ou ont cessé, on n'observe plus rien de pareil,
ce qui éloigne l'idée d'attribuer le phénomène
aux courants telluriques.
Quoi qu'il en soit, l'Administration
des télégraphes aurait intérêt à
établir ses prises de terre à une distance aussi
grande que possible des tuyaux de gaz, pour ne pas être
exposée à voir ses correspondances saisies au passage,
dans certains cas, par tout particulier ayant le gaz à
sa disposition. »
|
Ces expériences se font par dizaine dans tout le pays, tout le
monde veut éxpérimenter ce nouvel instrument merveilleux
capables de transporter la voix.
| Application du téléphone
à bord du croiseur le Desaix. Note de M. TREVE.
Dans une de ses dernières
sorties, le Desaix avait à la remorque un vieux
navire, l'Argonaute servant, dans l'escadre d'évolution,
au tir des torpilles d'exercice.
Un fil conducteur fut enroulé autour de l'un des câbles
remorques; l'un des bouts du fil était à bord du
Desaix, l'autre à bord de l'Argonaute. Le circuit était
fermé par la mer au moyen des doublages en cuivre des deux
navires. Un téléphone fut interposé de part
et d'autre dans ce circuit, et les communications furent aussitôt
établies entre les deux navires.
Pendant tout le temps de notre navigation, nous pûmes causer
de navire à navire aussi facilement que si nous nous fussions
trouvés dans le même cabinet. Nous croyons même
avoir remarqué que le retour par la mer donnait plus de
netteté au son.
Depuis, un des officiers du Desaix, M. le lieutenant de vaisseau
Des Portes, a eu la très heureuse pensée d'appliquer
le merveilleux instrument à la manuvre des scaphandres.
On a remplacé une glace du casque par une plaque en cuivre
dans laquelle est enchâssé le téléphone;
ce qui fait que le scaphandrier n'a qu'un léger mouvement
de tête à faire, soit pour recevoir des communications
de l'extérieur, soit pour en adresser.
On comprend tout l'avantage d'un pareil dispositif.
Nous avons à visiter nos carènes; les scaphandriers
descendent et peuvent nous rendre compte de tout ce qu'ils voient
ou font, sans qu'il soit besoin de les ramener hors de l'eau,
comme cela s'est fait jusqu'à ce jour.
Grace au téléphone, un homme parcourant les profondeurs
des mers peut rester constamment en communication parlée
avec son semblable resté à la surface.
Note de M. Gm Essnm, présentée par M. Faye.
L'appareil dont j'ai fait usage sur la ligne de Pontivy
à Loudéac (25 kilomètres) est de petit
modèle et ne coûte que 13 francs.
Le téléphone était relié dans chaque
poste par deux fils, d'une part à la terre, de l'autre
à une borne isolée que l'on mettait à volonté
en communication avec le fil de ligne au moyen d'un commutateur.
Le circuit formé par le fil de ligne et les fils du téléphone
ne comprenait les bobines d'aucun électroaimant et ne pouvait
recevoir aucun courant, conditions qui me semblent indispensables.
J'ai constaté, comme toutes les personnes qui se sont servies
de fils télégraphiques pour réunir deux téléphones,
un bruit de grésillement, dû à des courants
induits dans le fil téléphonique par des influences
extérieures. Mais ces influences me semblent être
de deux natures bien distinctes. Un premier grésillement
assez net est dû à l'induction des courants passant
par les autres fils, alternativement fermés et rompus par
un manipulateur quelconque. On distingue alors parfaitement les
coups du manipulateur, et même de plusieurs manipulateurs,
fonctionnant en même temps dans différents bureaux,
pourvu que le fil téléphonique suive, .sur un parcours
même très-restreint, les fils de lignes de ces différents
manipulateurs.
J'ai fait, à l'occasion de cette espèce de grésillement,
une observation qui m'a paru intéressante. Avec une seule
pièce du téléphone, reliée, comme
il a été dit plus haut, à un des fils de
ligne inactif, des mots d'une dépêche, envoyée
de Saint-Brieuc à un bureau voisin sur un fil qui côtoyait
le nôtre sur une très-petite distance, ont été
clairement saisis à Loudéac par le directeur du
bureau télégraphique, habitué à lire
une dépêche au son. Cette observation a été
répétée à plusieurs reprises par le
directeur du poste télégraphique de Pontivy, et
il ne peut y avoir aucun doute à cet égard. Seulement
la perception n'est pas facile pour tout le monde; et la multiplicité
des appareils, qui fonctionnent presque toujours en même
temps, produit un grésillement plus compliqué, où
il est alors impossible de rien démêler.
Indépendamment de ce grésillement, il se produit
dans le téléphone un bruissement très-confus,
un froissement assez intense parfois pour croire que la plaque
vibrante va se déchirer. C'est: plutôt le soir que
dans le jour qu'on entend ce bruissement, qui devient même
insupportable et empêche de se comprendre au téléphoné,
alors qu'on n'est plus troublé par le travail des bureaux.
On entend aussi ce bruit quand on fait usage d'une seule pièce
du téléphone; et nous l'avons constaté, dans
la nuit, au bureau télégraphique de Pontivy, sur
les différentes lignés de Guémené,
de Loqueminé, de Loudéac, de Lorient. Pour nous-assurer
que ce bruit était. du également à des courants
d'induction, nous avons interposé dans le circuit du téléphone
un bon galvanomètre et nous savons constaté en même
temps des déviations très sensibles, tantôt
dans un sens, tantôt dans l'autre.
J'avais cru d'abord que ce bruissement confus était du
au vent ou à la pluie, et qu'il n'était qu'un écho
des vibrations des fils télégraphiques, qu'on entend
facilement près des poteaux. Mais les déviations
simultanées du galvanomètre me portent à
attribuer ce bruit à été que notre fil est
placé en différents endroits dans des couches d'air
dont le potentiel subit des variations notables et rapides, d'où
résulte la production de courants d'intensité et
de directions variables, sensibles au galvanomètre et plus
encore au téléphone. Les différents fils
dont nous nous servions passent sur des points élevés,
c'est-à-dire dans des couches d'air ou le potentiel électrique
est notablement plus fort qu'à là hauteur habituelle
des fils télégraphiques. De plus, 1e soir, ces mêmes
couches sont plus chargées d'électricité
que dans la journée.
Peut-être pourrait-on, à l'aide du téléphone,
constater, suivre et étudier exactement les variations
de l'électricité atmosphérique, en reliant
à la terre, par l'intermédiaire d'un téléphone,
soit un fil isolé placé à une grande hauteur,
soit une pointe avec ou sans flamme.
Et si, au moyen de la plaque vibrante et d'nn styte, on parvenait
à inscrire les vibrations dues àux variations de
l'électrîcité atmosphérique, on réaliserait
peut-être aussi un moyen commode pour étudier ces
variations.
Je chercherai a déterminer avec plus de certitude encore
la causée de la production de ce bruissement, en l'absence
de-toute transmission télégraphique par les fils
voisins, et je serai heureux de communiquer à l'Académie
les résultats dermes recherches.
|
sommaire
Même après un an et
demi après l'invention, il n'y a guerre que la presse scientifique
qui relate ces événements, il n'y a pas encore de débouché
pour cet instrument qui ne sert que pour converser de point à point
entre de rares utilisateurs.
L'un des premiers réseau en France : Retournons en Normandie,
la ou la première liaison a été établie en
décembre 1877.
En juillet 1878, M. Dutertre
installe un fil téléphonique entre sa demeure particulière
et la mairie de la petite commune de La Vaupalière dont il
est le maire.
Puis peu à peu, il ajoute de nouveaux fils: il relie le garde
champêtre distant de 1600 mètres, le receveur des contributions,
distant de 2000 mètres.
Et en mai 1879, il fait la demande officielle pour un réseau
avec 6 stations : j'ai l'intention de faire construire un
réseau complet de lignes aériennes qui relieraient
à la Mairie la recette des contributions indirectes, dont
le receveur est un conseiller municipal et le domicile du garde-champêtre.
Les mêmes poteaux serviraient à supporter des fils
spéciaux mettant en communication la Mairie avec le presbytère
et la maison de l'adjoint au maire plus le prolongement de la ligne
vers ma demeure particulière.
Les avantages généraux de cette installation seraient
de relier les extrémités de la commune avec la Mairie
d'où seraient expédiés des ordres, il serait
facile d'obtenir promptement les secours des sapeurs pompiers ou
de la gendarmerie.
En mai 1880 M. Dutertre obtient du Ministre, avec avis favorable
du préfet, l'autorisation de relier son réseau à
Maromme, le chef lieu de canton situé à 4 km de La
Vaupalière.
Voici la description du réseau : "l'appareil
choisi est celui de Gower (système de Bell perfectionné).
Des études comparatives ont fait reconnaître que le
système Bell est encore celui qui a la supériorité
pour transmettre les caractères distinctifs de la voix M.
Dutertre a ajouté un ingénieux petit système
avertisseur, pour qu'il fût possible de savoir sans retard
si quelqu'un se trouvait à l'appareil sollicité pour
répondre immédiatement. Le fil est supporté
à l'aide d'isolateurs mobiles dits à queue. La portion
du fil susceptible d'être en contact avec le support est entourée
d'un morceau de caoutchouc vulcanisé. Dans une grande étendue
du parcours, les supports-isolateurs sont piqués aux arbres
de la forêt le long de la route qui conduit à La Vaupalière.
Une fois en haut de la côte, les isolateurs sont apposés
contre les maisons; puis, sur un espace d'environ deux kilomètres,
ils sont attachés à des poteaux placés de 90
mètres en 90 mètres. En face de la mairie, un certain
nombre de fils devant provenir de différentes directions
et attendant une destination sont réunis dans un tuyau, traversent
le chemin sous terre et arrivent au système receveur. Pendant
ce cours trajet les fils sont chacun revêtus d'une couche
de gutta-percha ; cet enduit a pour but d'isoler les courants.
Là, chaque fil est mis en rapport avec un commutateur
suisse.
Par le moyen de cet appareil, on établit la communication
avec le point téléphonique avec lequel on doit correspondre.
Les essais sont tout à
fait concluants et certifiés par le docteur Laurent, membre
de la Société Industrielle de Rouen, qui rapporte:
j'ai entendu distinctement les paroles et les phrases émises
par les personnes qui ont communiqué avec moi par le téléphone
administratif de M. Dutertre.
Le son de la voix arrive à l'oreille, de manière
à comprendre très clairement. Le timbre présente
même des différences caractéristiques qui
permettent de reconnaître la voix des personnes qui parlent
".
De son côté, M. Dutertre écrit au Directeur
ingénieur des télégraphes de Rouen : "ce
fil a fait ses preuves; gendarmes, contrôleur des contributions
directes et indirectes, percepteur, agent-voyer, l'ont tous employé
pour avoir des renseignements plus prompts; des malfaiteurs, des
conducteurs de voiture ivres ou sans lanterne, ont pu être
arrêtés, signalés au passage par le secrétaire
de la mairie' (juin 1881).
En novembre 1880,
M. Dutertre présente à ses collègues de la
Société Industrielle, un projet de "téléphonie
administrative dans les communes rurales et de son application
au service public". II montre tout d'abord la supériorité
du téléphone sur le télégraphe : "pour
un service télégraphique il faut un employé
spécial, un employé initié aux difficultés
de la marche de l'appareil télégraphique. Avec l'appareil
téléphonique, point de complications semblables.
Tout le monde est apte à parler dans un cornet téléphonique,
à mettre le cornet à l'oreille, à écouter.
Il suffit d'une explication fort simple, d'une démonstration
élémentaire pour permettre à même une
personne dont l'instruction est très restreinte, pour ne
pas dire nulle, de correspondre par le téléphone.
".
M. Dutertre insiste ensuite sur
les profits que chaque commune rurale doit retirer du téléphone
: "je mentionnerai tout d'abord les communications qui doivent
avoir lieu dans la commune. Quand il est nécessaire de
recourir au garde champêtre, il faut avoir sous la main
quelqu'un à envoyer chez ce fonctionnaire, il faut écrire
l'ordre à transmettre, remarquez la vitesse d'exécution
avec l'emploi du téléphone. Une communication verbale
est rapidement faite et allège le fardeau bureaucratique.
Actuellement, il faut de trois à cinq jours pour les communications
de commune à commune.
Les intérêts agricoles
eux mêmes ont une part considérable à attendre
du téléphone administratif. Les dépêches
astronomiques, le cours des denrées, certains conseils
urgents, etc... pourront être propagés dans un bref
délai parmi les habitants. Il n'est pas jusqu'à
l'administration militaire pour le recrutement; lors d'une levée
d'hommes, en cas de guerre, et même la stratégie
qui n'aient à profiler largement de linstallation
en question.
En cas d'incendie, on ne saurait
encore contester qu'il soit du devoir de l'autorité municipale
de recourir le plus promptement possible, à tous les moyens,
pour faire appel aux personnes capables de porter secours. II
en sera de même s'il arrive un accident.
Un aune point essentiel que je
ne puis passer sous silence, c'est l'assistance médicale
dans les campagnes. Vous remarquerez que notre petite commune,
comme bien d'autres, est trop petite pour posséder un médecin
et un pharmacien. Les habitants sont obligés, pour se faire
soigner, de sadresser à un praticien domicilié
à une distance plus ou moins gronde ; le médecin
n'est pas chez lui, est en tournée, quelquefois dans une
commune avoisinant La Vaupalière ; il retourne fort tard
à son domicile où il trouve l'adresse du malade
de La Vaupalière. Le médecin, harassé de
fatigue renverra au lendemain matin la visite à faire.
Avec l'installation d'un appareil téléphonique quelle
différence ! Un appareil serait placé chez le médecin
cantonal chargé de la médecine chez les indigents
et le médecin le plus voisin de la commune. Le médecin
pourrait être prévenu par le téléphone,
chez lui et dans les communes où il est en tournée,
Il pourrait en passant à chaque station téléphonique,
s'informer s'il est demandé. On peut dire de même
pour ce qui concerne le pharmacien et l'obtention de médicaments
urgents.
Ainsi encore, au moment des élections,
pour les renseignements nombreux que les autorités réclament
,cette installation sera on ne peut plus utile.
M. Dutertre propose ensuite la
formation dun réseau plus complet qui relierait 13
communes du canton de Maromme.
Il prévoit même des lignes supplémentaires
qui fonctionneraient dans le cas où une ligne du réseau
serait interrompue pour une cause ou pour une autre".
Après avoir pris contact avec les deux compagnies qui exploitent
le téléphone â Paris, il évalue le
coût total à 6.500 Fr dont 150 Fr par km de fil et
100 Fr pour chaque station téléphonique.
Enfin, pour rentabiliser le réseau,
M. Dutertre propose que le téléphone administratif
soit autorisé à servir les particuliers pour les
communications privées Cela créerait une source
de revenus qui pourrait être employée : premièrement
à la défalcation des premières dépenses
d'installation , deuxièmement à la satisfaction
des frais d'entretien , troisièmement à la rémunération
des employés ou des personnes employées à
la manipulation et au soin des appareils.
Est-il nécessaire de préciser
que ce projet fut présenté au Conseil Général
et au préfet, qu'il fut jugé intéressant
mais que, personne n'y donna suite mis à part une
demande d'enquête du Ministre en juin 1881 qui écrivait
alors : 'j'ai tout lieu de craindre aujourd'hui que la ligne ne
serve à tout autre chose qu'à l'usage auquel elle
était primitivement destinée." Heureusement
pour M.Dutertre, une discrète vérification des gendarmes
permet au préfet de répondre : "le fil ne sert
que dans un intérêt administratif et général".
Malgré le support du docteur
Laurent, membre de la Société Industrielle de Rouen,
qui argumenta sur la supériorité dun réseau
téléphonique entre communes rurales par rapport
au télégraphe, Louis Dutertre qui avait construit
et entretenu ce réseau à ses propres frais dans
le souci de lintérêt administratif et général
dut se résoudre à en arrêter les améliorations
en labsence de certitudes durables de la part des autorités.
|
De la Téléphonie administrative dans les communes
rurales et de son application au service public. septembre 1881
RAPPORT sur l'installation faite par M. Dutertre, maire de La Vaupalière,
membre de la Société industrielle, etc PAR M. le D''
LAURENT.
SEANCE DU 2 SEPTEMBRE 1881. (
que vous trouverez à cette adresse https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1225841/)
MESSIEURS,
Dans la séance de novembre 1880 du comité d'utilité
publique, M. Dutertre a appelé l'attention des membres
présents sur l'application qu'il avait faite de la téléphonie
à La Vaupalière, commune dont il est maire, et M.
Mairesse a été choisi pour rapporteur. Mais des
occupations nouvelles et non prévues ont obligé
cet honorable collègue de renoncer à l'élaboration
de ce travail. C'est ainsi que, dans la séance du 20 juillet
dernier, j'ai été désigné pour vous
exposer l'organisation téléphonique installée
à la mairie de La Vaupalière.
Vous vous rappelez les conférences faites à l'Hôtel-de-Ville
de Rouen, en décembre 1877, par notre collègue,
M. Gouault. Après avoir démontré les principes
essentiels sur lesquels était basé le téléphone,
le conférencier nous a parlé des détails
de sa construction et des services que cet instrument était
appelé à rendre dans un avenir plus ou moins prochain.
Je n'ai donc pas à m'occuper de la description du téléphone
ni de sa théorie. Je ne crois pas non plus qu'il m'incombe
de vous signaler dans ce rapport les améliorations successives
apportées aux appareils téléphoniques, depuis
décembre 1877. D'ailleurs, une exposition industrielle
réservée à l'électricité est
ouverte à Paris depuis le 1er août, et je suis persuadé
que chacun des membres de la Société industrielle
de Rouen sera désireux d'examiner les merveilleux petits
instruments dont l'usage se répand si rapidement depuis
la découverte de Graham Bell. Tout ami du progrès
ne peut manquer de reconnaître la nécessité
de s'initier aux améliorations qui vont permettre de généraliser
de plus en plus ce moyen de communication.
Il appartenait à notre distingué collègue,
M. Dutertre, de nous faire apprécier par la pratique quelques-uns
des services que peut procurer la téléphonie. J'ai
dit appartenait; en effet, Messieurs, la science télégraphique
est redevable à cet électricien de perfectionnements
importants, qui ont même été adoptés
par l'Administration des Télégraphes. C'est vous
faire remarquer, dès le début, quelle compétence
possède le créateur du service téléphonique
administratif dans les communes rurales.
Dès le mois de février
qui suivit la conférence (février 1878), M. Dutertre
a installé un fil entre sa demeure particulière,
à La Vaupalière, et la mairie. Puis, peu à
peu, il a ajouté de nouveaux fils à La Vaupalière
même plus tard, en avril 1880, il a relié cette commune
avec le chef-lieu du canton.
J'ai vérifié à différentes reprises
le fonctionnement de la ligne téléphonique dont
j'ai à vous entretenir. Ce fonctionnement avait été
examiné précédemment par plusieurs membres
de notre compagnie, et notamment par MM. Besselièvro, Mairesse,
Bernardini et Deshays. Ces messieurs pourraient donc vous confirmer
les résultats qui seront consignés par moi dans
ce rapport. J'ai entendu distinctement les paroles et les phrases
émises par les personnes qui ont communiqué avec
moi par le téléphone administratif de M. Dutertre.
Etant à Maromme, j'ai conversé à La Vaupalière
avec M. Quibel, receveur des Contributions, avec M. Dutertre,
avec M. Manneville, secrétaire de la mairie. J'ai entendu,
de Maromme même, la conversation qui avait lieu à
La Vaupalière entre deux points téléphoniques
à l'un était M. Dutertre, à l'autre M. Manneville.
A La Vaupalière, je me suis entretenu avec le secrétaire
de la mairie de Maromme, M. Morel, avec le garde champêtre
et le receveur des Contributions. Le son de la voix arrive à
l'oreille, de manière à comprendre très clairement.
Le timbre présente même des différences caractéristiques
qui permettent de reconnaître la voix des personnes qui
parlent. Il faut se rendre compte par soi-même de ces phénomènes
réellement curieux pour croire qu'il n'y a rien d'exagéré
dans les résultats publiés par les expérimentateurs.
Comment se figurer que la voix parvienne si distinctement, après
avoir parcouru une distance plus ou moins considérable,
passant par un fil très mince ? Les physiciens ont trouvé
que la vitesse de propagation du son dans le fer peut être
évaluée à 5 kilomètres par seconde.
Ici, il ne s'agit plus du son seulement, mais bien de rélectricité,
dont la vitesse de propagation est de 120,000 lieues par seconde.
Les paroles parties du point le plus éloigné du
réseau actuel mettent donc bien moins d'une seconde à
se rendre à l'autre extrémité. Leur transmission
a lieu instantanément. Enfin, étant à Rouen,
j'ai eu recours aux deux voies télégraphique et
téléphonique pour correspondre avec M. Dutertre.
Le secrétaire de la mairie de Maromme a bien voulu servir
d'intermédiaire. La dépêche télégraphique
étant adressée à M. Morel, cet employé
l'a transmise téléphoniquement, à La Vaupalière,
à M. Dutertre. Cette combinaison des deux moyens nous a
permis de correspondre plus facilement; par la voie télégraphique
seule, qui s'arrête à Maromme, on eût été
contraint d'envoyer ensuite un express à la commune de
La Vaupalière.
Mes essais ont donc été
aussi variés que possible pour m'éclairer sur les
avantages de cette installation.
La ligne téléphonique, dont il est question ici,
est constituée en ce moment par un réseau partant
de la mairie de La Vaupalière et s'étendant par
des ramifications :
1° Chez le garde champêtre de La Vaupalière son
habitation est à 1,600 mètres de la mairie
2° Chez le receveur des Contributions, dont le domicile est
à 2 kilomètres de la mairie
3° A la mairie de Maromme, chef-lieu du canton, située
à 4 kilomètres de la mairie de La Vaupalière.
Ce réseau est incomplet. Dans ses essais primitifs, limités
dans la commune seule, M. Dutertre avait installé quelques
lignes supplémentaires qu'il a été obligé
de supprimer. L'installation a donc dû rester jusqu'à
présent bornée aux ramifications précédentes.
La téléphonie administrative
dans les communes rurales est une innovation. Malheureusement,
dans notre beau pays, tout ce qui est innovation rencontre le
plus souvent des entraves diverses et puissantes. On a à
compter avec la routine, l'ignorance, les préventions,
les superstitions, etc. Aussi, dois-je dire qu'il a fallu la force
de conviction et la méritante persévérance
de notre collègue pour ne pas être rebuté
et ne pas renoncer entièrement à cette entreprise
d'utilité publique. Car, il ne s'agit pas d'une exploitation
privée, mais bien d'un réseau qui a pour but les
intérêts de la commune, les intérêts
du canton et les intérêts départementaux.
Je dois ajouter que c'est à ses frais, avec ses propres
deniers, que M. Dutertre a installé et entretient ce service
administratif. Ne sachant pas si la ligne téléphonique
serait autorisée à fonctionner, et si, par conséquent,
elle avait l'espoir d'une existence plus ou moins durable, notre
collègue a cru devoir s'arrêter dans la voie des
améliorations. Cette ligne marche aujourd'hui telle qu'elle
a été disposée tout d'abord. A La Vaupalière,
sous la main du secrétaire de la mairie, dans la maison
commune, est placé un appareil téléphonique.
A chaque point avec lequel a lieu la communication existe un autre
appareil téléphonique.
L'appareil choisi est celui de Gower (système de Bell perfectionné).
Des études comparatives ont fait reconnaître à
notre collègue que le système Bell est encore celui
qui a la supériorité pour transmettre les caractères
distinctifs de la voix. Mais peu importe, an point de vue qui
nous occupe, l'appareil mis en usage. Il n'est pas douteux que
les progrès de la construction téléphonique
feront adopter successivement le mécanisme le plus approprié.
M. Dutertre a ajouté un ingénieux petit système
avertisseur, pour qu'il fût possible de savoir sans retard
si quelqu'un se trouvait à l'appareil sollicité
pour répondre immédiatement.
Un petit bouton à ressort donne lieu à une première
sonnerie (sonnerie d'appel), qui transmet l'avis du désir
de correspondre. Dans le système employé par M.
Dutertre, une seconde sonnerie renfermée dans une petite
boîte superposée à l'appareil fondamental,
informe de la présence d'un auditeur. On n'a pas besoin
d'attendre longtemps pour s'assurer s'il y a, oui ou non, quelqu'un
qui répondra à l'appel du point de départ.
Le fil est supporté à l'aide d'isolateurs mobiles
que l'on peut facilement fixer soit contre le tronc d'un arbre,
soit contre une maison, soit sur des poteaux. Ce sont des isolateurs
dits à queue, et dont la tige terminale s'implante très
facilement dans le bois. La portion du fil en contact et susceptible
d'être en contact avec le support est entourée d'un
morceau de caoutchouc vulcanisé. On évite ainsi
l'usure résultant du frottement que produit l'agitation
du fil par le vent.
J'ai constaté que, dans une grande étendue du parcours,
les supports-isolateurs étaient piqués aux arbres
de la forêt, le long de la route qui conduit à La
Vaupalière. Une fois au haut de la côte, les isolateurs
sont apposés contre les maisons puis, sur un espace d'environ
deux kilomètres, ils sont attachés à des
poteaux placés de 90 mètres en 90 mètres.
En face de la mairie, un certain nombre de fils devant provenir
de différentes directions et attendant une destination
sont réunis dans un tuyau, traversent le chemin sous terre
et arrivent au système receveur. Pendant ce court trajet,
les fils sont chacun revêtus d'une couche de gutta percha
cet enduit a pour but d'isoler les courants. Là, chaque
fil est mis en rapport avec un commutateur suisse. Par le moyen
de cet appareil, on établit la communication avec le point
téléphonique avec lequel on doit correspondre. M.
Dutertre a appelé tout particulièrement mon attention
sur la commodité des isolateurs qu'il a employés.
C'est ainsi que notre collègue a pu, dans l'espace de deux
heures et demie au plus, établir tous les fils sur la partie
du réseau qui va de la mairie de Maromme à la Maine.
La promptitude d'une installation a une valeur dont il est bon
de tenir compte pour la pose première ou les réparations
ultérieures.
M. Dutertre considère encore comme très important
l'état de relâchement du fil de fer dans l'intervalle
d'un support isolateur à l'autre. La tension aussi exacte
que possible n'est nullement nécessaire, quoiqu'elle soit
exigée pour les lignes télégraphiques. C'est
là un résultat pratique démontré par
une expérience suffisante, puisqu'il en est ainsi depuis
la pose du fil qui va de Maromme à La Vaupalière,
c'est-à-dire depuis avril 1880 jusqu'à ce jour,
fin juillet 1881, seize mois environ.
En examinant la disposition des supports-isolateurs sur les arbres
d'une certaine hauteur, on constate facilement que lorsqu'il fait
du vent, des ouragans, les arbres sont mis en mouvement, s'écartant
et se rapprochant plus ou moins sous l'sinfluence des perturbateurs
atmosphériques sur la cime et les branches. Un étirement
exact tend infailliblement à amener la rupture du fil,
soit par la force soutenue, soit par la brusquerie de l'effort.
On explique de cette façon la rupture assez fréquente
des fils télégraphiques soumis aux révolutions
aériennes. Or, comme M. Dutertre l'a vérifié,
l'in extension des fils téléphoniques ne gêne
en rien la transmission, et on aurait tort de croire à
une déperdition capable d'interrompre la circulation vocale.
Elle offre même un certain avantage, en ce que la transmission
téléphonique n'est pas gênée par le
bruit que le vent détermine, lors des ouragans, dans les
fils fortement tendus.
J'ai même vu que quelques poteaux avaient été
renversés dans une partie du trajet. Le 61 porte simplement
sur une haie d'épine et il n'existe pas d'interruption.
Les poteaux n'ont pas été relevés jusqu'à
présent. Ce fait est une preuve de plus de l'effet de l'in
extension du fil téléphonique.
Ces détails pratiques méritent d'être appréciés,
et tendent à démontrer la facilité de la
pose d'un trajet téléphonique. Il convient toutefois
d'isoler le fil de tout corps susceptible de propager le courant
transmis. Les corps qu'il importe d'éviter sont ceux dénommés
conducteurs de l'électricité.
Les fils installés par M. Dutertre passent dans la forêt,
à travers les feuilles, et même, sont plus ou moins
en rapport avec des ramifications de petite dimension. Jusqu'ici
on n'a pas accusé la moindre viciation dans la transmission.
J'ai parlé plus haut de préventions et superstitions
contre lesquelles tout inventeur a à lutter. Il ne faudrait
pas croire que M. Dutertre, tout maire qu'il était, n'a
eu qu'à prier ses administrés pour être autorisé
à poser ses supports-isolateurs contre les maisons ou à
la proximité des propriétés. Un certain nombre
avaient peur que les fils n'attirassent le tonnerre. Notre collègue
a dû parlementer à maintes reprises, et tâcher
de les persuader de toutes les manières, que les voisins
de fils téléphoniques ne devaient pas redouter plus
que les autres la chute de la foudre. Les événements
sont même venus favoriser les efforts de M. Dutertre. Depuis
l'installation téléphonique, la foudre n'est tombée
qu'une fois à La Vaupalière, mais à une distance
assez grande d'une maison supportant un de ces fils, à
quarante mètres environ. Ce fait n'a pas peu contribué
à rassurer les voisins des isolateurs.
Messieurs, je ne sais si je vous ai tracé d'une façon
suffisamment explicite les traits qui doivent reproduire dans
votre esprit l'organisation téléphonique due à
l'initiative de M. Dutertre.
Notre collègue a été amené à
cette installation, la première qui existe sur tout le
territoire français, par le désir de satisfaire
à certaines parties du service administratif, et, ici,
Messieurs, je tiens à vous faire reconnaître la supériorité
réelle d'un service téléphonique pour faire
communiquer les communes rurales sur un service télégraphique
employé au même objet.
Rendons-nous bien compte des exigences d'un poste télégraphique
et comparons-les à celles d'un poste téléphonique.
Pour un service télégraphique, il faut un employé
spécial, un employé initié aux difficultés
de la marche de l'appareil télégraphique, un employé
que vous devez payer dans une certaine proportion, en raison de
ses études préliminaires. Malgré la diffusion
de plus en plus grande de l'instruction, vous recruterez rarement
cet employé parmi les habitants de la commune rurale.
Avec l'appareil téléphonique, point de complications
semblables. Tout le monde est apte à parler dans un cornet
téléphonique, à mettre le cornet à
l'oreille, à écouter, à interrompre un trajet,
une communication à l'aide du commutateur. Il suffit d'une
explication fort simple, d'une démonstration élémentaire
pour mettre à même une personne dont l'instruction
est très restreinte, pour ne pas dire nulle, de correspondre
par le téléphone.
Veuillez approfondir toutes les conséquences de cette facilité
du fonctionnement téléphonique. De quel prix n'est
pas la simplicité de manipulation ?.
Mais voici un autre avantage non moins précieux qu'il convient
de vous signaler.
Tandis qu'avec le télégraphe vous ne pouvez faire
passer qu'un nombre de mots très limité dans un
temps donné, dans le même temps, si l'on a recours
au téléphone, on aura conversé très
longuement, et des réponses nombreuses auront été
échangées de part et d'autre; une quantité
presque incalculable de mots aura circulé. En outre, remarquez
à ce sujet ce qui a lieu dans les campagnes pour le fonctionnement
télégraphique.
Une dépêche arrive pour une commune située
à deux ou trois lieues du bureau. Les dépêches
sont assez rares. On n'a pas immédiatement à sa
disposition, comme dans les grandes villes, un employé
ou un commissionnaire pour porter la dépêche. Ce
n'est qu'après un temps plus ou moins long qu'on se procure
quelqu'un qui consente à aller remettre une lettre. Ce
commissionnaire met un certain temps à parcourir la distance
nécessaire et arriver chez le destinataire, même
quand il y met toute la célérité possible.
Que sera-ce dans le cas où le commissionnaire fera certaines
rencontres, s'arrêtera chez un ami, prendra un rafraîchissement,
etc.? Il faut ensuite rapporter la réponse au bureau et
expédier télégraphiquement cette réponse.
Quand on réfléchit à ces lenteurs obligées
d'un service télégraphique dans les communes rurales,
n'est-il pas opportun de constater au contraire, avec l'adoption
du système téléphonique, des avantages multiples,
avantages de temps, avantages d'argent ?
Je vais insister sur les profits que chaque commune rurale doit
retirer du téléphone administratif.
Si nous examinons les nécessités spécialement
administratives, je mentionnerai tout d'abord les communications
qui doivent avoir lieu dans la commune seule.
Quand il est nécessaire de recourir au garde champêtre,
il faut avoir sous la main quelqu'un à envoyer chez ce
fonctionnaire, il faut écrire l'ordre à transmettre,
il faut donc en plus le temps d'écrire cet ordre. On peut
en dire autant pour le receveur des Contributions directes et
indirectes, l'agent voyer, le commissaire. Remarquez la vitesse
d'exécution avec l'emploi du téléphone. Une
communication verbale est rapidement faite et allège le
fardeau bureaucratique. Actuellement, il faut de trois à
cinq jours pour les communications de commune à commune.
J'extrais d'une lettre officielle, adressée par M. Dutertre
à M. le Directeur, ingénieur des Télégraphes,
à Rouen, le passage suivant M. le Directeur contestait
au garde champêtre le rang de fonctionnaire et voulait,
pour la ligne qui va de la mairie de La Vaupalière chez
ce fonctionnaire, exiger une rétribution comme n'étant
pas une communication administrative.
« Le garde champêtre, écrit M. Dutertre, insuffisamment
payé est obligé d'avoir recours à un travail
manuel et ne peut être astreint à venir tous les
jours à la mairie (son habitation est à 1,600 mètres
de la maison commune). Faudra-t-il, lorsqu'il arrivera une demande
de renseignements ou un ordre, courir le chercher à près
de deux kilomètres? (Ma commune a près de six kilomètres
de longueur.) Le secrétaire de la mairie, instituteur,
ne peut ni ne doit se déranger. »
« Ce fil a fait ses preuves; gendarmes, contrôleurs
des contributions directes et indirectes, percepteur, agent-voyer,
l'ont tous employé pour avoir des renseignements plus prompts;
des malfaiteurs, des conducteurs de voitures ivres ou sans lanterne,
ont pu être arrêtés, signalés au passage
par le secrétaire de la mairie. » (Lettre du 7 juin
1881.) Les intérêts agricoles eux-mêmes ont
une part considérable à attendre du téléphone
administratif. Les dépêches astronomiques, le cours
des denrées, certains conseils urgents, etc pourront être
propagés dans un bref délai parmi les habitants.
Il n'est pas jusqu'à l'administration militaire pour le
recrutement, lors d'une levée d'hommes, en cas de guerre,
et même la stratégie qui n'aient à profiter
largement de l'installation en question.
En cas d'incendie, on ne saurait encore contester qu'il soit du
devoir de l'autorité municipale de recourir, le plus promptement
possible, à tous les moyens, pour faire appel aux personnes
capables de porter secours. Le téléphone administratif
sera encore là dans son rôle. Il en sera de même
s'il arrive un accident. Un autre point essentiel que je ne puis
passer sous silence, c'est l'assistance médicale dans les
campagnes.
Pour ne parler que de La Vaupalière, vous remarquerez que
cette petite commune, comme bien d'autres, est trop petite pour
posséder un médecin et un pharmacien. Les habitants
sont obligés, pour se faire soigner, de s'adresser à
un praticien domicilié à une distance plus ou moins
grande. Actuellement, il faut aller à Maromme, à
Notre-Dame-de-Bondeville, à Déville, etc. Il faut
un certain temps pour se rendre à la demeure du médecin
le médecin n'est pas chez lui, est en tournée, quelquefois
dans une commune avoisinant La Vaupalière. La personne
envoyée ne peut revenir assez tôt pour l'atteindre
dans cette autre commune, d'où le praticien, continuant
ses visites dans une autre direction, est parti pour retourner
fort tard à son domicile où il trouve l'adresse
du malade de La Vaupalière. Le médecin, harassé
de fatigue, renverra au lendemain matin la visite à faire.
Quel est celui qui souffre le plus de tous ces retards ? C'est
le pauvre malade.
Avec l'installation d'un service téléphonique, quelle
différence Un appareil serait placé chez le médecin
cantonal, chargé de la médecine chez les indigents
ou le médecin le plus voisin desservant la commune de La
Vaupalière. Le médecin pourrait être prévenu
par le téléphone, chez lui et dans les communes
où il est en tournée. Il pourrait, en passant à
chaque station téléphonique, s'informer s'il est
demandé.
On peut en dire de même pour ce qui concerne le pharmacien
et l'obtention des médicaments urgents.
Je n'ai pas la prétention d'avoir énuméré
tous les services que le téléphone administratif
est appelé à rendre dans les communes rurales. Ainsi
encore, au moment des élections, pour les renseignements
nombreux que les autorités réclament, cette installation
sera on ne peut plus utile.
Comme vous pouvez vous en rendre compte, elle facilitera considérablement
les relations de commune à commune et les relations de
chaque commune avec le chef-lieu de canton. Il y aura évidemment
plus de célérité dans l'envoi des documents
et des rapports, etc.
Messieurs, notre collègue,
M. Dutertre, en établissant le téléphone
administratif de La Vaupalière à Maromme, s'est
surtout préoccupé de servir les intérêts
de sa commune et de la région qu'il habite. Il a étudié
la formation d'un réseau qui comprendrait tout le canton
de Maromme.
Je mets sous vos yeux le tracé de ce réseau qui
intéresse treize communes, dont Maromme qui est le chef-lieu
de canton des douze autres.
(Voir pl. XIX.) représente la ligne téléphonique
qui fonctionne actuellement entre la Vaupalière et Maromme.
Les tracés indiquent les communications projetées
avec les autres communes.
Les lignes représentent des lignes supplémentaires
qui fonctionneraient dans le cas où une ligne du réseau
serait interrompue pour une cause ou pour une autre.
Le tracé proposé par M. Dutertre paraît à
notre collègue constituer ce qu'il y aurait de plus économique
et ce qui répondrait le mieux à toutes les exigences
des relations administratives. La longueur du tracé est
d'environ 36 kilomètres, l'évaluation maximum de
la dépense est de 150 fr. par kilomètre. Il faut
ajouter 100 fr. par chaque station téléphonique.
Ce serait un total d'environ 6,500 fr.
Les lignes pointillées ne sont pas comprises dans les frais.
Chaque commune pourrait ensuite compléter les lignes ci
dessus, suivant les différents besoins, au point de vue
de la bienfaisance ou assistance (service médical, service
des incendies, etc.), au point de vue de la sécurité
(gendarmerie, garde champêtre, etc.), etc.
Je croirais sortir du cadre de
cet exposé en essayant d'esquisser les ramifications que
réclameraient ces divers services dans chaque commune.
Après ce que je viens de dire, il suffit de les énoncer
pour avoir une idée satisfaisante de leur utilité
et de la facilité de leur établissement.
Avant de clore ce rapport, permettez-moi
de vous lire un passage emprunté à un livre paru
récemment (1881) sur les télégraphes, par
Ternant (Bibliothèque des Merveilles), page 54.
« Alors qu'en France, le service des communications téléphoniques
se limite à Paris, en ce moment on compte actuellement
dans le nouveau monde quatre-vingt-cinq villes qui se servent
de ces installations. A Chicago, il y a 3,000 abonnés,
600 à Philadelphie, autant à Cincinnati, un nombre
sans cesse croissant à New-York, et le chiffre des personnes
abonnées aux compagnies téléphoniques en
Amérique dépasse 70,000. »
Ce passage n'est pas, je crois, tout à fait exact quant
à la France. Si je suis bien informé, nous avons
dans notre département quelques installations téléphoniques
privées. Si les nouvelles inventions y rencontrent un nombre
considérable de sceptiques, nous possédons des amis
du progrès qui sont bien aises d'encourager les inventeurs.
Il y a aussi des industriels qui s'empressent d'expérimenter
les innovations. Ils sont en petit nombre, il est vrai, mais il
en existe et il importe de stimuler leurs idées généreuses.
Si le téléphone administratif était autorisé
à servir les particuliers pour les communications privées,
on créerait une source de revenus qui pourraient être
employés à : 1° la défalcation des premières
dépenses d'installation; 2° à la satisfaction
des frais d'entretien; 3° à la rémunération
des employés ou personnes préposées à
la manipulation et au soin des appareils. Mais à ces résultats
qu'il est nécessaire d'envisager quand une organisation
est à fonder et qui constituent la partie matérielle
de l'uvre, viennent s'en adjoindre qu'on ne peut passer
sous silence.
En facilitant les communications
entre les communes d'un même canton, en facilitant les communications
entre les habitants de ces communes, on multiplie les éléments
de progrès, on augmente les moyens de développement
de l'intelligence, et par cela même de développement
du commerce et de l'industrie, on ouvre la véritable voie
de prospérité d'un pays quel qu'il soit, tout en
contribuant aussi à assurer son bien-être.
Si l'établissement d'un téléphone administratif
est déjà une amélioration considérable
pour une population, l'adjonction de la téléphonie
privée est un complément nécessaire et je
ne doute pas que les hommes qui ont souci de l'intérêt
général ne s'efforcent de concourir à un
but aussi louable, en contribuant de leur influence et même
de leurs capitaux.
CONCLUSIONS.
Pour résumer les développements donnés dans
le cours de ce rapport, me servant des expressions citées
précédemment, je puis dire sans crainte d'être
démenti le téléphone administratif de La
Vaupalière à Maromme a fait ses preuves.
Je dois en même temps faire ressortir :
1° Les avantages inhérents au fonctionnement d'un service
téléphonique dans les communes rurales;
2° La supériorité du téléphone
sur le télégraphe pour les communications des habitants
des campagnes;
3° Enfin, l'initiative de notre collègue, M. Dutertre.
L'installation dont je vous ai entretenu est due à sa spontanéité.
C'est la première de ce genre sur le territoire français
et je crois qu'il importe de lui donner tout le développement
que mérite son utilité incontestable.
Le comité d'utilité
publique a l'honneur de proposer 1° De solliciter le concours
de la Société industrielle en faveur d'un projet
qui, d'ailleurs, émane d'un de ses membres; 2° Que
MM. les membres de la Société veuillent bien inviter
son Bureau à prier M. le Préfet de soumettre à
l'approbation de MM. les membres du Conseil général
l'achèvement du réseau téléphonique
du canton de Maromme.
Le fonctionnement de ce réseau
servirait de type à l'établissement de réseaux
semblables dans les autres cantons de la Seine-Inférieure.
|
sommaire
Beaucoup de constructeurs et d'ingénieurs réaliseront
de merveilleux sytèmes, des téléphones plus ou moins
astucieux, élégants ... pour le bonheur des collectionneurs
d'aujourd'hui, retenons les principaux :
Aboillard - Ader - Atea
- Bailleux -Berliner - Berthon
- Blake - Bourseul
- Breguet - Burgunder - Charron-Bellanger -
Crossley - D'Arsonval
- Delafon - Digeon - Duchatel - Ducousso - Dunyach-Leclerc - Edison-
Eurieult - Gallais - Grammont - Jacqueson -
La Séquanaise - Maiche - Milde - Morlé-Porché
- Morse - Albank - Nee - Ochorowiz - Pasquet
- Pernet - Picart-Lebas - Radiguet - Roulez
- Rousselle-Tournaire - S.I.T - Tavernier - Vande-Meerssche - Wery -Wich
.... (voir la page les téléphones)
En premier on trouve dans le livre "Le
téléphone expliqué à tout le monde"
de Giffard en février 1878, un bon aperçu des faits,
des discours, des croyances .... de l'état de l'art à cette
date.
Dans la presse scientifique dès 1878 et 1879 comme dans le premier
numéro de "La lumière électrique" de 1879",
on trouve la description du dispositif Ducretet , Perrodon,
Siemens ... Récits de Th Dumoncel
Modèle Ducretet
Du catalogue Ducretet, 30 Francs de l'époque.
 
....
...
...Cet appareil
sera déployé en Allemagne et ses colonies, aujourd'hui ils
sont rares.
sommaire
Ader continue ses expérimentations et déposa plusieurs
brevet dont :
Brevet du 02 décembre 1879 US222118
MAGNET-TELEPHONES.
Brevet du 27 février
1879 Récepteur téléphonique à vibration
moléculaire électro-magnétique, vue dans le Scientific
American Supplément 178
Récepteur téléphonique à vibrations moléculaires
électromagnétiques de Ader :
Principe de 1878 et
au Musée de Muret
Cornelius Roosevelt et Frederic Gower, deux représentants dAlexander
Graham Bell à Paris, vont avoir connaissance du brevet Electrophone
dAder et proposer à linventeur de sassocier avec
eux dès 1879 . Brevet du 26 juillet 1879 n° 131974,
Système de téléphone à pôles magnétiques
concentrés
Avec Gower Ader collabore et invente un dispositif de signal d'appel
pour bureau central de la Compagnie des téléphones Gower.
Brevet du 30 septembre 1879 n° 132944, Système d'avertisseur
téléphonique sans pile, à signal visible, l'exploitation
fugace de cet appareil fonctionnait assez mal dans le central téléphonique
Gower,
 
Et aussi un Système d'étude expérimental de Ader
sensé démontrer l'existence de la "surexcitation",
il est composé d'un aimant, d'une plaque de tôle retenue
par deux clous et en avant, d'une pièce de fer qui doit être
le "surexcitateur"
vu au Musée de Muret
Par la suite, son récepteur à gros anneaux remplacera les
téléphones Trouvé (de type Bell) et équiperont
les transmetteurs Crossley déjà installés
sur les premiers réseaux de Province de Gower.
Brevet
du 28 févier 1880 n° 135667, Système de postes
téléphoniques et appareils employés à
cet effet.133337
Brevet du 24 octobre 1879- Téléphone récepteur
à pôles magnétiques surexcités.
30 mai 1882- Addition.
19 avril 1883- Addition.
9 mai 1883- Addition.
13 septembre 1883- Addition.
27 février 1884- Addition.
12 mai 1884- Addition.
21 avril 1885- Addition
En fait on a reconnu que l'utilité de cet anneau était
mal démontrée par l'expérience : |
 |
Sur ses controverses, le "surexcitateur"
d'Ader d'une efficacité douteuse, mais fortement "médiatisé",
serait une invention politique ?Ader reçu le prix de physique
assorti d'une somme de 3000 fr par l'Académie des sciences.
Puis il mettra au point le premier téléphone mobile , micro
fixe à charbon, pour mettre sur une table ou un bureau 
Brevet du 20 avril 1880 US226584
"Visible Signal for Telephones" 
Le téléphone de Bell a été conservé
comme récepteur. Il ne faut pas, en effet, se laisser tromper par
l'apparence.
Dans le récepteur Ader comme dans le récepteur Gower, on
fait usage d'un barreau aimanté d'une plaque vibrante en tôle
de fer et d'une bobine d'induction. Seulement, dans le récepteur
Ader, le barreau aimanté est replié en arc de cercle, pour
que les deux pôles de l'aimant agissent sur la membrane vibrante.
Mais, qu'il soit droit ou circulaire, c'est toujours le barreau aimanté
du récepteur M. Graham Bell.
ADER s'attacha tellement à sa première découverte
que, la perfectionnant sans cesse, il ne prit pas moins de cinquante brevets
successifs entre 1878 et 1884.
Nous le relirons un peu plus tard que Ader écrivit à M.
Chaumet, sous-secrétaire aux postes, pour l'informer qu'il était
disposé à donner à l'État la marque des récepteurs-Ader
"dont il pourrait exclusivement se servir". La réponse
vint à quelque temps après sous la sous forme d'un avertissement
de l'administration des P.T.T. lui réclamant le paiement de sa
ligne téléphonique personnelle. Ader, inventeur des
appareils téléphoniques français, répondit
qu'il ne paierait pas, laissa couper sa ligne et jamais plus de sa vie
n'eut de téléphone à son domicile.
sommaire
A cette Période dans la presse locale on peut découvrir
à cette même période l'invention de Edison
le PHONOGRAPHE
Dans La
Semaine du Clergé
du 10 Octobre 1877 figure le premier article relatif à l'invention
du phonographe, signé Le Blanc.
Sous le pseudonyme de ce chroniqueur scientifique se cache l'abbé
Lenoir, un ami de Charles Cros.
Pour la première fois, le mot phonographe est employé pour
désigner l'invention décrite quelques mois plus tôt
par le poète dans son pli cacheté adressé le 18 avril
1877 à l 'Académie des Sciences.
Ouvrons une parenthèse sur le phonographe d'Edison :
la même année que Charles Cros, le 17 juillet 1877, Thomas
A Edison décrit un appareil qui enregistre un message télégraphique
sur du papier qui ensuite pouvait être envoyé de nouveau
par télégraphie. Il en conclut qu'un message téléphonique
peut être enregistré de la même manière.
On a là l'exemple d' une fécondation croisée de deux
techniques, celle du télégraphe et du téléphone.
(clic surimage pour voir le document origine).
Le matin suivant, il se rend compte qu'il n'enregistre pas seulement un
message mais un son.
18.- Juillet 1877 - Esquisse d'un " appareil parlant " 
Une fois esquissé, il fera réalisé le prototype par
son assistant John Kruesi du 4 au 6 décembre 1877. Thomas A Edison
teste alors la nouvelle machine en chantant "Mary had a little lamb."
A sa grande surprise, la " machine parlante " répèta
la chanson.
Il en fit ensuite la démonstration dans les bureaux du Scientific
American à New York City qui relate l'évènement dans
son édition du 22 décembre 1877. Auparavant, Thomas A Edison
avait déposé sa demande de brevet le 19 décembre
1877 pour son "phonographe".
Le brevet fut accepté le 17 fèvrier 1878 et décrivait
un appareil très simple.

Archives Edison "
The Edison papers " Antoine Bréguet, dans la Revue des
deux mondes de juillet-août 1878 sur « La Transmission
de la parole : le phonographe, le microphone, laérophone
», insiste sur laptitude du Nouveau Monde à concevoir
mais surtout mettre en uvre les avancées du progrès
technique.
" Aux Etats-Unis, tout devient franchement commerce
Thomas Edison est peut-être lexemple le plus frappant de notre
époque dun physicien prodigieusement fécond qui nest
jamais tenté de recherches abstraites
Nous avions annoncé, il y a déjà plus de six mois,
quun appareil capable denregistrer les sons de la voix humaine
était sur le point de faire son apparition. Cette prophétie,
alors presque téméraire, sest réalisée
aujourdhui. Plusieurs esprits distingués soccupaient
à la fois de trouver une solution de ce séduisant problème.
Cest à lAmérique que revient la gloire davoir
présenté le premier phonographe, le seul encore pour le
moment. Il est difficile de concevoir un appareil plus simple que celui
dEdison."
A propos de ces deux inventions le Téléphone et le
Phonographe il y a un beau récit d'un journaliste Maurice
Dreyfous à Paris, en 1913
" Ce
qu'il me reste à dire : un demi siècle de choses vues
et entendues (1848-1900)" :
...
J'étais installé rue de la Bourse depuis fort peu
de temps, lorsque je reçus la visite d'un jeune journaliste
prodigieusement débrouillard, qui était accompagné
d'un Américain à grosses lunettes d'or, parlant fort
mal le français, lequel avait nom Roosevelt.
Tous deux m'invitèrent à venir voir, dans une boutique
située juste en face de chez moi, un instrument bizarre,
que Roosevelt désignait sous le nom de plume électrique.
(Il prononçait « le ploume électric ».)
C'était la plus stupide de toutes les inventions. Elle consistait
en une sorte de petite batterie électrique actionnant une
aiguille, prise dans un tube. On écrivait en tenant le tube
comme un porte-plume. L'aiguille toujours en mouvement piquait d'une
série de petits trous un papier sur lequel, on étendait,
au moyen d'un. rouleau de l'encre d'imprimerie. Grâce à
ce dispositif, on pouvait faire un nombre indéfini de copies.
C'est cet objet inepte que le groupe d'Américains installé
rue de la Bourse considérait comme des plus extraordinaires
et destiné à les enrichir.
Ce groupe d'Américains comportait trois personnages principaux
: Roosevelt déjà nommé, Graham Bell, que les
autres avaient l'air de considérer comme un personnage de
médiocre importance, et enfin, un homme actif, insinuant,
toujours en vedette, aimable, empressé, qui n'était
ni grand ni petit, plutôt gras que maigre.
Alors que les autres jargonnaient à peine le français,
il le parlait à peu près bien, mais avec un accent
difficile à définir, ni anglais, ni allemand, ni français
non plus. Il parlait pour eux tous, il était le metteur en
uvre de toute l'aventure.. Il n'avait pas le sol, et il eût
été très difficile de lui assigner une profession
définie. Il se targuait vaguement du titre de docteur en
médecine, mais il ne se parait jamais de ce titre dans ses
relations qui, alors, n'étaient pas très étendues.
Il se contentait de s'appeler, avec une aimable simplicité,
Cornélius Herz.
A côté de la plume électrique, il y avait trois
inventions :
1 - Une lampe électrique au charbon dont l'un des charbons
était en forme de tige comme celui des appareils de démonstration,
en usage dans les laboratoires d'étude, tandis que l'autre,
là résidait la nouveauté était en forme
de pion de damier. Un mouvement d'horlogerie l'animait d'un va-et-vient
et la largeur de la surface productrice d'étincelles multipliait
les ressources d'incandescence. Nos inventeurs comptaient beaucoup
sur cette lampe je crois que leurs espoirs ont été
déçus. Tout au moins a-t-elle eu l'avantage de servir
de guide aux ingénieurs qui ont créé les lampes
électriques au charbon encore en usage aujourd'hui.
2 - Il y avait bien aussi, dans la boutique où nos inventeurs
exhibaient la plume électrique, un drôle de joujou,
une drôle de mécanique.
Au moyen d'un cornet, d'une sorte de porte-voix retourné,
on envoyait des paroles sur un petit appareil posé sur un
cylindre bardé comme un perdreau d'une pâte sur laquelle
on collait une feuille d'étain très mince.
Tout en parlant dans le cylindre, on tournait une petite manivelle
qui faisait reculer le cylindre à mesure qu'on parlait. Puis,
cette première manuvre étant terminée,
on actionnait la manivelle dans le sens opposé, et la mécanique
répétait, avec une voix de polichinelle essoufflé,
ce qu'on venait de dire dans le cornet récepteur.
Ces messieurs comptaient sur cette amusante machine pour l'exploiter
sur les champs de foire.
Ils l'avaient, dès le premier jour, appelée phonographe.
3 - Enfin, dans la même boutique, se trouvait un petit appareil
dont ses importateurs voyaient vaguement l'application pratique.
Il se composait d'une paire de tubes de bois surmontés d'une
rondelle qui leur donnait l'aspect d'une patère de rideaux.
Tout un mécanisme spécial s'y trouvait enfermé,
les deux appareils étaient reliés entre eux par un
fil métallique, recouvert de soie.
On mettait l'un d'eux devant sa bouche, et l'autre à l'oreille
du voisin, le voisin, alors, entendait ce qui avait été
dit dans l'autre tube.
C'était encore un joujou. Toutefois ce joujou, présenté
à l'Académie des Sciences par l'illustre Bréguet,
avait déjà été pris au sérieux
dans le monde savant. Lorsque l'Académie des Sciences fut
appelée à le voir, il n'en existait que deux exemplaires.
C'était le téléphone de Graham Bell.
Elle le reçut avec une curiosité froide et défiante.
Au sortir de la séance, Graham Bell n'eut rien de mieux à
faire que de le replacer dans la boutique de la rue de la Bourse,
où il fonctionna pour la joie des voisins.
A quelques jours de là, Graham Bell et Cornelius Roosevelt,
flanqués de l'inévitable Cornelius Herz, tout joyeux,
me racontaient le succès d'une première expérience
qu'ils venaient d'exécuter entre une maison de la rue Vivienne,
et une maison de la place de la Bourse située à une
centaine de mètres de celle-ci.
C'est là que fut donné le premier coup de téléphone
qui ait retenti en France, et peut-être même en Europe.
Cornélius Herz se démena, intrigua jusqu'à
ce qu'il eût abordé le ministre compétent, et
obtenu de lui l'autorisation de se servir des lignes télégraphiques
pour faire un essai de conversation entre Versailles et Paris.
L'expérience réussit, on causa entre le palais de
Versailles, et le cabinet du Ministre.
Le lendemain, l'invention. du téléphone était
lancée.
Il ne restait plus qu'à la vulgariser pour arriver à
l'exploiter. C'était là une grosse affaire.
Cornelius Herz s'y employa, avec intelligence et ténacité.
Il ne se faisait point faute de chercher, partout où il le
pouvait, les gens qui consentiraient à s'abonner au téléphone,
même en payant très bon marché. Il n'en trouvait
guère.
Le phonographe réussit beaucoup plus facilement que le téléphone.
Le jeune journaliste qui marchait de pair avec la troupe d'Américains,
eut l'idée ingénieuse d'organiser des auditions du
phonographe dans une salle du boulevard des Capucines, ordinairement
consacrée à des conférences. La première
représentation du phonographe est restée pour lui
et pour moi quelque chose de mémorable.
La stupéfaction des invités, en entendant cette mécanique,
qui parlait toute seule, fut bien l'une des impressions les plus
bouffonnes que jamais des hommes aient ressenties.
Un employé spécial faisait un boniment qu'il commençait
chaque fois en ces termes
« Monsieur le phonographe, parlez-vous français ? »
L'appareil ripostait en nasillant Oui,monsieur. Oui, oh! alors c'est
très bien! » Nos auditeurs se tordirent de rire, mais
leur gaîté devint délirante lorsqu'on eut placé
des chanteurs de l'Opéra devant l'appareil et quand la mécanique
proclama, sur l'air de Guillaume Tell, et avec des accents de baryton
traduits par Polichinelle A mon pays je dois la vie, Il me devra
la liberté
Le tout se terminait par un couac et par un bruit de friture spécial
et jusqu'alors inconnu.
Pendant tout l'hiver, chaque soir, moyennant dix ou vingt sous par
personne, le phonographe proclama, devant des salles pleines, qu'il
parlait français ; qu'il était très bien et
qu'il avait été inventé par Edison.
Puis chose assez curieuse pendant bien des années, les représentations
de phonographes furent abandonnées aux seuls tenanciers des
baraques foraines.
Quant au téléphone, il a subi bien des transformations,
mais il n'en reste pas moins que l'appareil de Graham Bell, en sa
forme primitive ou à peu près, existe encore d'une
façon courante dans certains postes téléphoniques.
On eut bien vite oublié la quasi indifférence qui
l'a accueilli à son début au temps où Roosevelt
et ses partners coiffés de leur idée « du ploume
électric» ne le présentaient qu'en seconde ligne.
Maurice Dreyfous Paris, 1913 |
sommaire
C'est Tivadar
Puskas, Hongrois et collaborateur favori
d'Edison, qui inspiré
par les commutateurs télégraphiques à barres, conçut
le premier l'idée du commutateur téléphonique central,
ainsi que l'atteste le témoignage d'Edison, en possession de la
famille de Puskâs
Le 5 décembre 1878 Puskas représentant des
intérêts de Thomas Edison en Europe, fonde La
Société du Téléphone Edison
.
Cest la deuxième société de téléphonie
en France, Puskas dans une maison de l'avenue de l'Opéra, ouvre
le premier central téléphonique parisien.
Sur les téléphones du début, le courant microphonique
ne parcourait pas de grandes distances, c'est Edison qui trouva le moyen
de solutionner ce handicap en introduisant la bobine d'induction
permettant de franchir de grandes distances.
La bobine schéma
de connexion entre deux postes avec piles
La sonnerie Dans
un premier temps les vibrations faites par l'appareil suffisait pour se
manifester comme sur l'appareil Gower ou Siemens,
En 1878 C'est Watson qui adapta la sonnerie au besoin du téléphone
pour appeler le correspondant. Les sonneries d'appel appliquées aux services
téléphoniques ont été combinées de diverses manières. Quand on emploie
les sonneries trembleuses, il devient nécessaire d'employer une pile,
plus tard en 1879 Edison Brevetea
la "Magnéto Electric Machine", la fameuse "magnéto"
qui équipera beaucoup d'appareils dans le monde. Relier les abonnés
entre eux : en 1878 c'était la prochaine étape a franchir.
Un récepteur, un transmetteur,
une pile, une bobine, une sonnette, un bouton ou une magnéto
et des fils : nous
avons tous les ingrédients pour pouvoir communiquer d'un
point à un autre, et pour communiquer à travers un
réseaux de personnes, il ne manquait plus qu'un organe central
pour mettre en connexion les abonnées.
C'est le début des centraux manuels gérés
par des opérateurs. (Voir la rubrique
Bell son invention, le premier switchbord de New Haven ... )
Communément appelé RTC, le « Réseau Téléphonique
Commuté », est la technologie historique utilisée
pour fournir un service de téléphonie fixe. Il
est à différencier du réseau physique en cuivre
(la boucle locale cuivre) qui est le support physique et qui aboutit
le plus souvent à une prise physique dans les locaux des
abonnés. La boucle locale cuivre permet la transmission de
la téléphonie via le RTC, |
.jpg) Ader
Gower 
Les commutateurs (switchboard) des premiers bureaux centraux téléphoniques
à PARIS étaient identiques aux commutateurs utilisés
par le télégraphe.
Les lignes étaient unifilaires et reliées à
l'une des barres du commutateur, les barres de l'autre série communiquaient
«chacune avec un appareil».
Un bouchon (bâton de cuivre) établissait la connection entre
les barres métalliques.
C'était la terre qui bouclait le circuit et reliant les
abonnés deux à deux.
En même temps en 1878, M.Bourbouze publiait le résultat
de ses expérimentations : Suppression du fil de retour dans l'emploi
du téléphone.
Note de M. Bourbouze.
J'ai l'honneur de faire connaître à l'Académie
les résultats que j'ai obtenus en appliquant au téléphone
la disposition qui est employée en télégraphie.
Hier, dans l'ancien collège Rollin, j'ai fait une série
d'expériences qui peuvent se résumer ainsi. Mon collaborateur,
M. Barraud, et moi, nous étant placés aux extrémités
du jardin, c'est-à-dire à 70 mètres de distance,
nous avons d'abord, pour nous assurer du fonctionnement du téléphone,
correspondu au moyen du double câble; puis, nous avons supprimé
un fil, et nous avons, chacun de notre côté, fermé
le circuit par la terre, au moyen de lames de cuivre doré d'environ
1 mètre de long et 2 centimètres de large, enfoncées
dans le sol du jardin à 40 o u 50 centimètres de profondeur.
Nous avons pu constater que les sons se produisaient alors avec bien plus
de netteté. Lorsqu'on supprimait la communication avec la terre,
aucun son n'était perceptible.
Guidé par les résultats que j'ai obtenus pour la télégraphie
sans fils, je me propose de répéter ces expériences
dans les conditions où je me suis déjà placé;
j'aurai l'honneur de présenter à l'Académie le résultat
de ces nouvelles recherches. »
Tivadar Puskás Ingénieur et inventeur Hongrois
qui après avoir étudié le droit à Vienne,
des études d'ingénieur à l'université
de Budapest, émigre en 1866 à Londres, puis en 1873
part travailler aux États-Unis, où il collabora avec
Thomas Edison et son équipe, pour créer le
« Telegraph Exchange », un multiplex qui aboutit à
la construction du premier centre manuel expérimental,
il fut inauguré par la Bell Telephone Company à Boston
en 1877.
En février 1878, en collaboration avec Edison,
il introduit le phonographe en Europe puis décide
de s'installer à Paris.
Après lexposition universelle de 1878, il se rapproche
de Josuah Franklin Bailey qui représente
les intérêts dElisha Gray.
Les deux hommes sassocient avec Georges Alexis Godillot qui
leur amène le capital nécessaire pour créer
une nouvelle société.
En contrepartie, ce dernier impose un de ses jeunes ingénieurs,
Louis Alfred Berthon, pour le poste
de directeur technique.
La société A. Berthon et Compagnie, dite Société
du Téléphone Edison, a pour objet « lexploitation
des brevets français apportés à la Société
pour les téléphones parlants et leurs accessoires
En 1879 Puskás reviendra en Hongrie et, en collaboration
avec son frère (Ferenc), il construisent des centraux
manuels sur le territoire de l'empire austro-hongrois, ainsi
que le premier véritable centre téléphonique
manuel de grande envergure à Paris en premier, en
Europe, à Marseille, à Budapest ... . |
La légende raconte que le mot « Allô
! » (ou « ha-lo ! ») utilisé internationalement
pour les appels téléphoniques vient du hongrois, parce que
le pionnier du téléphone Tivadar Puskás lors de son
premier essai répondit : « Je vous entends », ce qui
se dit en hongrois : hallom, et les étrangers qui assistaient
à cette expérience reprirent ce mot sous la forme d'une
onomatopée, qui devint internationale à l'exception
des Italiens qui disent pronto!, des Portugais qui disent estou?/estou,
sim?, ou des Japonais qui disent mushi mushi.
Selon une autre source, ce mot viendrait du terme anglais, «
haloo » utilisé par les bergers normands installés
en Angleterre après linvasion de Guillaume le Conquérant
au XIème siècle, pour sappeler ou pour rassembler
leurs moutons.
Selon les dictionnaires le mot proviendrait dune salutation
que les marins anglais échangeaient d'un bateau à l'autre
et qui sapellait « Hallow ».
«allô » est la version française de «hello
»
La forme écrite de « Hello » nest apparue qu'après
1880 alors que le mot est devenu la salutation la plus courante au téléphone
en Amérique et par la suite dans le monde entier.
Le 21 août 1879, le premier central téléphonique européen,
The Telephone Company Ltd, ouvre à Londres. Il est situé
au 36 Coleman Street. The Telephone Company Ltd avait une capacité
de 150 lignes et a ouvert avec environ 8 abonnés.
sommaire
1878-79
LE TÉLÉPHONE EN FRANCE : MONOPOLE OU CONCESSION
?
|
1878, création de lÉcole Supérieure de Télégraphie
Ou lémergence dun nouveau métier : ingénieur
des télégraphes.
Les modalités dintégration à lÉcole
sont quasiment identiques à celles en vigueur aujourdhui.
Il y a bien sûr les élèves de lÉcole
Polytechnique, classés daprès leur rang de sortie
dans les télégraphes. Il existe également un concours
externe, ouvert aux licenciés ès sciences, aux anciens de
lÉcole Polytechnique, de lÉcole Normale
Mais lÉcole est aussi destinée à offrir des
chances de promotion au personnel télégraphiste. Ils doivent
réussir un concours interne.
 |
Louis-Adolphe
Cochery, président du Congrès de l'Union
postale à Paris en 1878, fut le fondateur de lÉcole,
il en attend deux effets de cette sélection.
Le premier est social : si lorigine des candidats est variée,
leur avancement dans le service après leur sortie a lieu
dans des conditions identiques. Les distinctions dorigine
disparaissent définitivement.
Le second effet sera denrichir le corps des ingénieurs
: « donner à lÉtat, des fonctionnaires,
non seulement au courant de la science actuelle, mais prêts
encore à en hâter les progrès ». |
Le premier directeur de lÉcole
fut Edouard Blavier, secondé par Ernest Mercadier
qui devait par la suite sillustrer comme directeur des études
de lÉcole Polytechnique.
Cest lui qui y fit installer lélectricité, dimportation
toute récente en Europe.Cest pourquoi largot de lX
a désigné cette lumière par le terme de « merca
». Avec linvention du télégraphe électrique
par Samuel Morse en 1837 et la mise au point du téléphone
par Alexander Graham Bell aux États-Unis en 1876, les premiers
besoins en formation se font rapidement et cruellement sentir.
Le lundi 4 novembre 1878 souvre lÉcole Supérieure
de Télégraphie, ancêtre de lENST,
le Service des Télégraphes vient dêtre uni à
celui des Postes au sein dun Sous-secrétariat des Finances.
Sur le plan administratif on est
en pleine réorganisation : l'heure n'est peut-être pas bien
choisie pour prendre en charge une invention nouvelle.
Puis le
1er mars 1878, Adolphe Cochery
fut nommé, au sein du sous-secrétariat d'État
aux Finances, directeur du service des Postes et Télégraphes,
fonction qui fut transformée en ministère à
part entière le 5 février 1879.
Il occupera ce poste dans huit gouvernements successifs jusqu'au
30 mars 1885.
Il fut à l'origine de l'Exposition internationale d'Électricité
(Paris, 1881) et présida la première Conférence
pour la protection des câbles sous-marins.
Ci-contre : gravure représentant M. le Ministre des Postes
& Télégraphes - Adolphe Cochery - par Néraudau
- Musée de la Poste.
|
agrandir |
La diversité des techniques qui
apparaissent sur le marché, depuis le télégraphe
électrique au téléphone en 1875, traduit lattitude
de lÉtat de ne pas développer les innovations lui-même
et de laisser linitiative privée sen charger. Le cas
de figure du réseau téléphonique est en ce sens exemplaire.
Adopter le modèle du télégraphe et développer
un grand réseau public ?
Ou bien en concéder l'exploitation à des compagnies autorisées
? En ce début d'année
1879 la balance penche plutôt
en faveur de la concession pour bien des raisons. La
concession ne représenterait pas une innovation absolue. Il y a
des précédents.
C'est une procédure prévue par la loi de 1851 qui régit
le monopole des communications en France et elle a été abondamment
utilisée pour le développement des lignes de télégraphie
sous-marine. Sur le plan juridique, il n'y a donc pas de problème.
L'exploitation sous forme de concession est à la mode dans les
milieux économiques.
Les capitaux français se désengagent peu à peu des
grosses opérations du type compagnie de Chemin de fer et se portent
volontiers vers des secteurs à mi-chemin de l'industrie et des
services souvent protégés par des monopoles comme les Compagnies
urbaines du gaz, de l'eau ou des omnibus qui se multiplient alors.
Enfin l'application stricte du monopole d'exploitation des réseaux
de communications par l'État ne semble pas indispensable dans le
cas du téléphone.
Elle se justifie surtout (pour des raisons de sécurité)
dans le cas des grands réseaux capables de couvrir l'ensemble du
territoire.
Or le téléphone en 1879 est bien loin de prétendre
à de semblables performances. Au cours de l'année 1878 on
s'est enquis des possibilités réelles de la nouvelle technique
: elles semblent minces.
En pratique, jusqu'en 1884, date de l'ouverture de la première
« ligne longue » entre Boston et Baltimore, on ne saura pas
réaliser de liaison intermédiaire.
Dès lors la sécurité de l'État ne semble pas
exiger que l'administration, qui a d'autres chats à fouetter, se
réserve l'exploitation des réseaux locaux.
|
La décision du ministre
est prise : on procédera par concessions, mais par concessions
provisoires de cinq ans renouvelables.
Le 26 juin 1879, est publié le cahier des charges
fixant les conditions auxquelles les compagnies candidates pourront
exploiter des réseaux téléphoniques urbains.
Commencent alors 10 ans d'expérience libérale.
Adolphe Cochery autorise les entrepreneurs
de l'industrie privée (qualifiés dans le texte de
Permissionnaires) à construire et à exploiter dans
certaines villes des réseaux téléphoniques
en fixant ses clauses et conditions.
Cet arrêté en substance :
- précise la durée des autorisations concédées
à l'industrie privée pour 5 années. Autorisations
éventuellement renouvelables.
- précise que lÉtat peut racheter de plein droit
les équipements de l'industrie privée quand il le
souhaite, à un prix négocié par les deux parties,
ou en cas de désaccord par des experts.
- ajoute que l'exploitation sera soumise au contrôle de lÉtat
: les agents du Service du Télégraphe désignés
par le Ministre pourront pénétrer dans les locaux
téléphoniques à toute heure du jour ou de la
nuit pour y exercer le contrôle qu'il appartiendra d'accomplir.
- fixe les conditions, notamment financières d'entrée
dans le dispositif, de versement de cautions pour couvrir leur faillite
éventuelle, droit d'usage annuel, redevances régulières
de l'industrie privée.
- précise que les tarifs et les conditions tarifaires seront
fixés par le Ministre des P&T à sa volonté.
- ajoute que les tarifs proposés aux clients devront être
les mêmes pour tous (dans le réseau considéré),
les tarifs de faveur étant strictement interdits. |
Le monde scientifique fut informé
par "Le journal télégraphique du 25 octobre 1879"
Trois Compagnies téléphoniques
exploitant, l'une le système Bell, l'autre le système
Edison, la troisième le système Gower, sont actuellement
établies à Paris, pour desservir les communications
spéciales qui seraient demandées par des établissements
ou des particuliers. Un arrêté récent du Ministre
des postes et des télégraphes (le France a réglé
les clauses et conditions auxquelles les communications pourraient
être installées et exploitées.
Nous résumons ici les principales dispositions de cet arrêté.
Les fils extérieurs de communication sont établis
et entretenus par le service télégraphique, aux frais
exclusifs des permissionnaires et à la charge par eux de
se munir des autorisations nécessaires auprès des
municipalités ou des propriétaires d'immeubles qui
seraient affectés par la présence des fils et de payer
les indemnités voulues. Aucune responsabilité n'incombe
à l'Etat à raison de l'exécution des travaux
ni des dérangements ou interruptions éventuelles qui
pourraient se produire. Les concessionnaires restent chargés
de l'introduction des fils dans l'intérieur des immeubles
et de l'installation des bureaux et des appareils dont le système
employé devra avoir reçu l'approbation du Ministre
des postes et télégraphes.
L'autorisation implique le droit, pour les permissionnaires, de
mettre, selon le cas, pour l'usage des correspondances, chacun des
établissements reliés aux différents bureaux
centraux en communication directe, soit avec ces bureaux, soit entre
eux; mais, en aucun cas, ces correspondances ne pourront avoir d'autre
objet que les usages personnels des clients de l'entreprise, toute
communication faite par ces clients au profit de tiers étant
rigoureusement interdite.
Les tarifs à percevoir par abonnement seront soumis à
l'approbation du Ministre. Is devront être établis
sur des bases uniformes pour tous les clients de l'entreprise, tout
tarif de faveur étant interdit, sauf pour les établissements
publics de l'Etat ou de la Ville qui seraient desservis par l'entreprise,
en faveur desquels le Ministre se réserve le droit de déterminer
une réduction dans les limites de 50 pour cent du tarif applicable
aux particuliers.
L'exploitation sera soumise au contrôle de l'Etat. L'entrepreneur
paiera à l'Etat, à titre de droit d'usage du téléphone,
une redevance annuelle égale au dixième des recettes
brutes encaissées par l'entreprise, cette redevance ne pouvant,
pour une année entière, être moindre de cinq
mille francs.
Comme garantie des dépenses d'établissement et d'exploitation
de l'Etat et des redevances à lui dues, l'entrepreneur doit
déposer:
1° avant la délivrance de l'autorisation, un cautionnement
de 20 mille francs jusqu'à l'entier achèvement des
travaux et un second cautionnement de
5 mille francs jusqu'à la fin de l'entreprise;
2° dans le mois qui suit la date de l'autorisation, un cautionnement
de 20 mille francs, jusqu'à la fin de l'entreprise.
Les autorisations sont personnelles et ne peuvent être transférées
sans l'autorisation expresse du Ministre.
Elles ne confèrent aucun privilège pour l'entrepreneur,
ni aucune obligation pour l'Etat, en matière d'autorisation
ou d'exploitation concurrente. Elles sont annulées ou peuvent
être retirées, sans indemnité, de la part de
l'Etat, faute par l'entreprise d'avoir satisfait aux clauses et
conditions de l'acte de concession ou en cas de faillite.
L'Etat se réserve la faculté de racheter, à
toute époque, les droits des concessionnaires ou de faire
l'acquisition des systèmes d'appareils exploités par
eux, sans surélévation provenant des droits de brevet.
... |
A la demande du ministre A. Cochery,
le 5 juillet 1879 des expériences sont réalisées
sur le réseau télégraphique civil de Paris à
Versailles, puis d'Asnières à Sceaux.
Elles et se sont révélées peu concluantes, le système
Allemand Siemens-halske est définitivement écarté
au profit du système Edison.
Les expériences de transmission téléphonique de l'armée
n'ont pas été plus encourageantes. Le
Téléphone offre incontestablement le plus frappant exemple
de la rapidité avec laquelle, de nos jours, se propagent dans le
monde entier les inventions réellement utiles.
Accueilli d'abord avec une certaine défiance, considéré
tantôt comme un instrument de laboratoire, tantôt comme un
jouet scientifique, grâce à des perfectionnements de détail,
il ne tarde pas à s'imposer, non seulement aux savants, mais encore
à tous ceux qui s'intéressent aux applications de la science,
comme la solution parfaite du problème de la transmission instantanée
de la parole.
Les chiffres nous démontre qu'aujourd'hui les capitales et les
villes, qui se font remarquer par l'activité de leur commerce ou
leur industrie, possèdent des réseaux de communication téléphonique
dont le développement s'est accru d'une manière surprenante.
Le succès de celle découverte, unique dans l'histoire des
conquêtes de la science, s'explique par les facilités que
le public trouve à leur emploi pour l'expédition des affaires
courantes, les économies de temps qu'il permet de réaliser,
etc., etc.
Les différents régimes sous lesquels fonctionne l'exploitation
des réseaux téléphoniques sont les suivants :
1° Régime de la liberté absolue, sous la seule
observation des règlements de police ou de voirie. Dans ce régime,
les réseaux téléphoniques sont assimilés à
une industrie quelconque. l'État n'intervient aucunement dans l'exploitation.
C'est le système adopté aux États-Unis, en Suède
et en Norvège, et dans la plupart des colonies anglaises.
2° Régime de l'exploitation par l'État. Ce
mode d'exploitation est établi en Europe, en Allemagne en Suisse
et en France (du 1er septembre 1889).
3° Régime d'exploitation définitive, c'est-à-dire
l'organisation sous le contrôle de l'État, dans des conditions
de durée assez étendue, et suivant une réglementation
offrant assez de garantie et de stabilité
4° Enfin le Régime d'exploitation provisoire, ou les
concessions ne sont accordées que pour un nombre d'années
très limitées et insuffisantes, où la réglementation
administrative n'a pas encore un caractère définitif et
pourrait être modifiée d'un jour à l'autre par les
pouvoirs constitués.
Ce système d'exploitation provisoire a été appliqué
en France pendant dix ans, mais on en a reconnu les inconvénients,
aussi le gouvernement a-t-il renoncé à un provisoire qui
n'a plus de raison d'être pour les téléphones au degré
de perfectionnement où déjà ils sont parvenus; il
est revenu au régime d'exploitation par l'État à
la date du 1" septembre 1889
En France, nous avons toujours la déplorable habitude de nous montrer
méfiants pour les nouvelles inventions, ou trop légers à
leur égard, et de ne songer à les adopter qu'après
une longue application à l'étranger; nous perdons toujours
ainsi un temps précieux.
Lexemple de la France sera rapidement suivi,
en1880, par l Angleterre, la Belgique, le Danemark, la Hollande,
la Norvège, la Suède, lAllemagne;
en 1881 par l'Autriche, l Italie, le Portugal, la Suède;
en 1872 par la Hongrie, la Russie;
en 1883 par la Chine;
en 1885 par l Espagne.Alors que les premiers centraux manuels
s'installent, en 1879 Daniel et Thomas Connolly avec J.McTighe
Américains de Grande Bretagne, mettent au point le premier commutateur
téléphonique automatique au monde, il sera perfectionné
en 1881, et breveté en 1883
Il sera présenté à l'exposition universelle de 1881
à PARIS
|
1879 Le combiné
téléphonique. c'est un perfectionnement qui
se fait naturellement .
Le concept d'un appareil portatif
monobloc qu'un utilisateur de téléphone tiendrait
contre son oreille et devant sa bouche est apparu à Londres
peu après l'invention officielle du téléphone.
Bien que les premiers brevets de CE McEvoy et GE Pritchett n'aient
pas donné lieu à des appareils commerciaux en 1877,
RG Brown de New York a réussi l'année suivante
à concevoir un combiné émetteur-récepteur
combiné, qu'il a utilisé dans un central téléphonique
local dans le district. de la "Bourse de New York".
Ayant peu de succès dans la promotion de l'appareil ailleurs
aux États-Unis, Brown partit pour la France pour devenir
ingénieur électricien à la Société
Générale des Téléphones à
Paris. Là, ses créations trouvèrent un écho
et leurs adaptations furent largement utilisées en Europe,
où elles devinrent connues sous le nom de téléphones
français .
BROWN a été précédé par les
inventeurs britanniques, McEvoy et Pritchett qui
reçurent des brevets en 1877 pour les combinés.
McEvoy a décrit un récepteur "Butterstamp"
avec un tube parlant attaché qui descendait devant la bouche
de l'utilisateur. Le tube attaché à un autre émetteur
Bell du côté du téléphone. Pritchett
a décrit un combiné au son plutôt moderne
en termes généraux, mais comme le matériel
pratique n'existait pas à l'époque pour le construire,
son brevet n'a pas suscité d'intérêt.
 |
L'Américain
Brown dit: "Je ne revendique pas globalement la combinaison
dans un instrument de deux téléphones de manière
à ce que lorsque l'un est appliqué à
la bouche, l'autre soit appliqué à l'oreille
... un tel objet n'est pas nouveau ". Son brevet concernait
un agencement du récepteur qui permettait de l'ajuster
à la longueur de la tête de l'utilisateur et
un émetteur semi-pivotant dont l'angle s'ajusterait
quelque peu pour faire face à la bouche de l'utilisateur.
Brown a construit certains de ses téléphones
pour la Western Union's Gold and Stock Exchange, pour laquelle
il travaillait.
Nous n'avons aucune information sur qui a suggéré
pour la première fois de joindre deux instruments,
mais le concept était bien connu de Brown.
C'est tardivement le 3 février 1880, que Robert
G Brown reçu un brevet américain pour
un "téléphone parlant électrique"
qui était simplement un combiné. (voir
brevet ci contre)
L'invention de Brown a été vu avec un
manque total d'intérêt aux USA, alors Brown
est allé en France et est devenu ingénieur
général pour la Société Générale
des Téléphones qui aimé l'idée
du combiné et ils ont produit leur premier modèle
en 1879. |
  
Principalement utilisés par les opératrices de centre
manuel, afin de se libérer une main. Le Combiné
Berthon
Pour
opératrice. Autre
Modèle Plus tardif, qui équipera des téléphones
mobiles Ader et Berthon.
L'inventeur français Mercadier a montré qu'un
récepteur pouvait être réduit à une
taille assez petite, si certains rapports critiques tels que l'écart
entre le diaphragme et l'assemblage magnétique étaient
maintenus.
Modèle
Radiguet
Ces premiers modèles sont appelés "Poêle
à frire" par les collectionneurs.
Cela a permis à Ader, en particulier, de développer
un récepteur de boîtier de montre qui était
assez efficace et assez petit pour être utilisé sur
un combiné.
L'Europe avait l'avantage d'avoir de nombreux inventeurs et de
sociétés travaillant sur les problèmes les
perfectionnements, mais aux États-Unis, en raison des protections,
des brevets, des exigences en capital d'un système téléphonique
en constante évolution, les fonds de recherche étaient
limités.
Les émetteurs de carbone Hunnings, Berliner et Edison,
bien qu'ignorés par Bell aux États-Unis, ont été
transformés en petits émetteurs pratiques en Europe.
Même l'émetteur crayon carbone de Berthon a été
miniaturisé à la taille du combiné.
Il était plutôt sensible aux vibrations, mais cela
a aidé à réduire le tassement des granules
de carbone, ce n'était donc pas autant un inconvénient
qu'il n'y paraissait.
Les américains l'appelèrent le French Phone.
En France cette disposition en combiné restera jusqu'à
aujourd'hui (même sur nos smartphones) alors qu'aux Usa
il faudra attendre les années 1910, jusqu'alors tous les
téléphones américains avaient un micro fixe
et un écouteur tenu par une main.
|
sommaire
En 1879, le ministre des Postes et Télégraphes, Albert
Cochery, décide de créer une commission dexamen
pour tenter de savoir ce que valent vraiment les différents systèmes
téléphoniques.
Lexpérience a lieu le 5 juillet 1879, dans la salle 25 du
bureau central des Télégraphes entre Paris, Versailles,
Asnières et Sceau.
Le système allemand Siemens est alors définitivement écarté
au profit du système américain dEdison : «
On a essayé les téléphones Siemens et Halske.
Ce dernier ne portait pas jusquà Versailles et lappel
nétait même pas entendu ! ».
L'arrêté relatif aux autorisations d'établissements
de communications téléphoniques le 26 juin 1879 (BO P&T
1879 n° 17 page 585), le Ministre des Postes et des Télégraphes
Adolphe Cochery autorise les entrepreneurs de l'industrie privée
(qualifiés dans le texte de Permissionnaires) à construire
et à exploiter dans certaines villes des réseaux téléphoniques
en fixant ses clauses et conditions.
Il y aura trois demandes de concessions, pour l'organisation de réseaux
téléphoniques formulées par des sociétés
présentant des garanties suffisantes et furent admises , trois
sociétés détentrices de brevets américains
chargés d'établir et d'exploiter pendant cinq ans des réseaux
dans quatre importantes villes de France : Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux.
Les centres manuels avec opératrices étaient déjà
largement utilisés aux Usa, en France sauf dans quelques rares
d'installations privées, il n'y avait encore pas de standard manuel
pour interconnecter les utilisateurs du téléphone.
L'usage jusqu'à maintenant était de relier deux points,
deux téléphones par une liaison privée ou une liaison
télégraphique louée.
|
La première société
à demander une concession est la Compagnie du Téléphone
Gower Roosvelt la CdTG Gower à cette date avait
racheté les ateliers Rodde du 9 boulevard Magenta,
ainsi que la collaboration de Rodde qui lui aussi avait
cherché à mettre au point un nouveau téléphone.
Gower installa aussi un atelier et des bureaux près
de la place Vendôme, 66 rue des petits champs.
 |
La CdTg obtient l'autorisation le 29 juin 1879 pour
les villes de Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes et
Lille grâce à Gower qui avait le soutient du
Sénateur Hébrard.
Le représentant de cette société étant
M. le Sénateur Adrien Hébrard.
Elle ouvre son Central 66 Rue Neuve des Petits Champs à
Paris en décembre 1879.
Ce fut le premier central téléphonique français,
on y raccorda les 42 premiers abonnés au réseau
Parisien fin 1879 et 60 personnes ont signé une promesse
dabonnement.
Restait un problème
à résoudre, le financement. La banque"
le crédit mobilier" pris le contrôle de
la CdTG en obtenant le transfert de la conession le août
1879.
L'abonnement a été fixé à 1000
frans par an.
|
Cornélius Rossvelt
qui possède les droits d'exploitation Bell , et Gower,
avaient déjà en décembre 1878 brevetés
une modification du téléphone Bell " le téléphone
chronomètre" : brevet du 3 décembre
1878. C'est l'appareil qui est présenté à
la l'Académie des sciences du 27 janvier 1879.
Appareil très performant et n'utilisant pas d'électricité.
Gower, réalisa une des premières modifications du
téléphone Bell, il eut l'idée de replier
l'aimant en arc de cercle, de manière à présenter
ses deux pôles en regard de la membrane de fer sur laquelle
ils doivent agir. L'action doit être plus énergique,
puisqu'elle s'exerce par deux pôles au lieu d'un. En même
temps, M. Gower donna à la membrane vibrante plus de surface,
ce qui accrut l'effet de résonnance.
La membrane de fer circulaire est placée au fond d'une
boîte ronde, en laiton.


Lire "La
Nature de Décembre 1878" qui présente ce
nouveau téléphone magnétique Gower (photo
Cnam à Paris)
Le
commutateur suisse
" M. Stroh a appelé
l'attention des membres de la Société des ingénieurs
télégraphistes et électriciens de Londres
sur les difficultés qu'on avait à fabriquer du bon
acier à aimants en Angleterre . Deux morceaux coupés
dans la même barre donnent des résultats différents
.
En France , d'autre part , il a trouvé que les aimants
puissants de bonne qualité étaient en acier fondu
de MM . Charrière et Cº . La puissance remarquable
du téléphone Gower - Bell est due en grande partie
à l'emploi d'acier français . Avec du bon acier
le mode d'aimantation n'a aucune influence .
En réponse à M. Stroh , M. Le Neve Foster a dit
qu'il se sert d'acier français à Silvertown depuis
un an et que ses excellentes propriétés magnétiques
provenaient de sa composition dans laquelle le tungstène
entre dans la proportion d'environ trois pour cent ".
Paris offrait un espace excellent
car il ny avait pas besoin de creuser des tranchées
ou de créer une canalisation spéciale : on utilisa
le réseau dégouts dont la Ville de Paris a
été dotée par Belgrand pour la construction
des lignes téléphoniques souterraines. De plus,
lune des spécificités de la ville (et de la
préfecture) de Paris est davoir imposé à
la compagnie de renoncer aux fils aériens et demprunter
le réseau des égouts. Ceci se révéla
fort utile au niveau de la connectivité, étant donné
quil fallait relier plusieurs points diversement espacés
par des lignes disposées de manière à permettre
le plus grand nombre de liaisons directes, avec une longueur la
plus petite possible. Le réseau dégout sy
prêtait justement. Nous pouvons imaginer le visage quaurait
eu Paris, si la ville avait été quadrillée
par des fils aériens à limage de New York
ou de San Francisco du début du 20e siècle.
Le 30 septembre 1879,
le premier central téléphonique manuel de France
est ouvert à Paris.
Il s'agit du Bureau A, sis 27, avenue de l'Opéra qui compte
454 abonnés au téléphone à sa création.
(Au 31 décembre 1880 : 474 abonnés au téléphone
à Paris).
À la manière des agences bancaires, la Société
des Téléphones Edison (puis la SGT un an plus tard)
attribue une Lettre-indice pour chaque bureau téléphonique
créé.
Le texte dune annonce publiée dans les journaux de
lépoque : Abonnez-vous au téléphone
Il y a déjà à Paris quelques abonnés
au téléphone. La Société des Téléphones
Edison, 45, Avenue de lOpéra, annonce quelle
reçoit les abonnements au tarif de 600 francs payables
50 francs par mois, labonnement comporte la pose et lentretien
des fils et appareils.
Les abonnés, contre toute
attente ne reçoivent pas un numéro. Il faut dire
que le téléphone ne concerne au départ qu'une
élite peu nombreuse, voire même confidentielle...
Ainsi donc, chaque abonné d'un réseau téléphonique
est-il simplement identifié par son Nom de famille ; éventuellement
complété par son Prénom en cas de doublon
; voire par sa profession ! Cet usage peu mathématique,
voire surprenant, perdurera toutefois jusqu'en 1896 !
Premier choix technologique en téléphonie
: choix du nombre de fils par ligne abonnés...
La France, dès le début du téléphone,
retient la solution que chaque poste téléphonique
d'abonnés soit pourvu de 2 fils électriques en cuivre,
et ces deux fils soient reliés par une une paire de fils
cuivre tirée jusqu'au Central desservant la ville ou le
quartier considéré : choix de la technologie de
la ligne téléphonique bifilaire en France. Solution
qui semble évidente, mais qui ne le fut pas pour certains
autres pays, dont certains de nos voisins.
La Suisse, dès le début du téléphone,
adopte une technique directement copiée sur la technique
télégraphique. Ainsi chaque abonné au téléphone
suisse est relié au central par un unique fil électrique
en cuivre, le second pôle électrique du téléphone
étant directement relié à la Terre, et le
Central récupérant la Terre par un pieu métallique
planté... dans la Terre : choix de la technologie de la
ligne téléphonique unifilaire en Suisse. Solution
télégraphique qui s'avérera altérer
la qualité des conversations modulées par la voix
des abonnés, la Terre ayant tendance à "ramasser"
toutes sortes de parasites telluriques, météorologiques
ou d'origine artificielle... Cette technique sera d'ailleurs abandonnée
dès le début des années 1880 par les quelques
pays qui l'avaient adoptée...
Second choix technologique en téléphonie
: comment alimenter les postes téléphoniques d'abonnés
?
En fonction des impératifs techniques de cette lointaine
époque et des possibilités réduites de solutions
à peu près viables, il est décidé
que chaque abonné devra, au moyens de piles électriques
salines à son domicile veiller à l'alimentation
électrique de son poste téléphonique.
Ainsi, les premiers centres téléphoniques ne délivreront
pas aux abonnés le courant électrique nécessaire
au fonctionnement du microphone et de l'écouteur du téléphone
pendant les conversations. Chaque poste téléphonique
d'abonné devra-t-il s'alimenter par lui-même grâce
à des piles électriques dédiées. Le
système initial retenu est dit : à Batterie Locale.
Solution aisée pour les débuts du téléphone,
qui présentera à la longue moult défauts
dans l'exploitation téléphonique et génératrice
de nombreux dérangements : Les piles peuvent couler, les
piles s'usent et il faut savoir les remplacer. Avant d'être
usée, une pile perd sa force électromotrice de manière
progressive, ce qui fait que les téléphones des
abonnés ne sont plus forcément alimentés
convenablement, ce qui aboutit à dégrader la qualité
des transmissions téléphoniques...
Ainsi, un des objectifs prioritaires ultérieurs sera de
remplacer dès que la technologie le permettra, la technique
de la Batterie Locale par une future technologie restant encore
à inventer, puis à déployer...
Troisième choix technologique : comment réaliser
l'opération de Commutation au Central ?
En France, qui fait le choix de la Ligne Bifilaire, les premiers
Tableaux de Commutation retenus sont les Tableaux Jack-Knife.
Chaque ligne d'abonnés se termine au Central sur un organe
de connexion appelé Jack-Knife.
Un Jack-Knife est en fait une prise femelle bipolaire intégrée
dans le Tableau du Commutateur Manuel. Pour chaque abonné
au téléphone, il y a deux trous dans le Tableau,
où, pour chaque trou, les deux pôles du téléphone
de l'abonné sont reliés.
Pour mettre deux abonnés en relation téléphonique,
l'Opératrice doit connecter, avec un cordon souple, chaque
fil de la ligne d'un abonné demandeur sur chaque fil de
la ligne de l'abonné demandé.
Pour ce faire, l'Opératrice enfonce la fiche mâle
du cordon bifilaire dans une des deux prises femelles Jack-Knife
des deux abonnés à relier ensemble.
Pour chaque abonné connecté, en cours de conversation,
une seule prise femelle Jack-Knife est utilisée. L'autre
peut donc être utilisée par l'Opératrice pour
écouter les conversations. Cette possibilité, d'écoute
fera couler beaucoup d'encre, et sera supprimée par la
suite avec l'arrivée des Tableaux de type Bailleux où
seule subsistera une seule prise femelle bipolaire pour chaque
abonné aboutissant dans le Tableau.
Quatrième choix technologique : la signalisation.
- Comment un abonné demandeur entre-il en contact avec
son Central de rattachement au début du Téléphone
en France ?
Dans les tous premiers systèmes manuel, à Batterie
Locale, l'abonné demandeur actionne un bouton réservé
à cet effet, relié à des piles spécifiques
réservées uniquement à cet usage (et non
pas pour la conversation).
Au bout de quelques années, les piles spéciales
utilisées pour "sonner" l'Opératrice du
Central sont supprimées et le bouton du téléphone
de l'abonné remplacé par une dynamo-alternateur
avec une petite manivelle. Cette première évolution
permet de supprimer une partie des piles du domicile des abonnés
et supprima une des causes de dérangements dus aux piles...
Cette action sur un bouton ou sur une manivelle active l'ANNONCIATEUR
au Central Téléphonique. Il s'agit d'un électro-aimant
spécifique (un électro-aimant dédié
par abonné) qui, dès lors qu'il est activé
par l'abonné demandeur, laisse tomber un petit volet basculant.
C'est le basculement de ce volet qui va indiquer à l'Opératrice
du Central téléphonique de rattachement qu'un de
ses abonnés veut lui parler...
Ainsi donc, l'Opératrice doit relever l'appel en connectant,
grâce à une clef d'écoute, son poste d'observation
(un combiné ou un casque) sur l'abonné demandeur
puis, une fois la demande notée par ses soins, doit établir,
à l'aide d'un cordon bifilaire, le branchement sur l'abonné
demandé, en ayant pris soin au préalable de contacter
l'abonné demandé pour vérifier sa présence.
Une fois la conversation terminée, l'abonné demandeur
doit actionner une seconde fois le bouton ou la manivelle ce qui
aura pour rôle d'actionner l'Annonciateur à nouveau,
afin d'avertir l'Opératrice du Central de rattachement
de la fin de la conversation. L'Opératrice relève
une seconde fois n'a plus qu'à retirer le cordon bipolaire
des deux Jack-Knife des deux abonnés en conversation pour
la rompre.
- Comment une Opératrice d'un Central Téléphonique
entre-t-elle en contact avec un abonné demandé ?
L'Opératrice actionne un dispositif générateur
de courant alternatif directement sur la ligne de l'abonné
demandé grâce à une clef spécifique
du Tableau, qui va actionner au domicile une sonnerie magnétique
à timbre(s) métallique (s).
Si l'abonné demandé répond à l'Opératrice,
l'Opératrice peut accomplir la mise en relation de l'abonné
demandeur et de l'abonné demandé...
Le bureau central du réseau de Paris est dirigé
par un jeune ingénieur, Clément Ader, qui ne tardera
pas à faire parler de lui.
Ainsi le 24 septembre 1879 la société Gower a demandé
a la préfecture du département de la Seine l'autorisation
de faire
établir dans les égouts de Paris 101 lignes téléphoniques.
Un plan est joint à la demande.
Cela ne se fera ni sans frais ni sans délais. La société
doit d'abord verser une provision de 20 000 F, un cautionnement
spécial de 5 000 F plus un cautionnement supplémentaire
de 20 000 F.
Ceci fait, le Directeur des travaux de Paris affirme aux gérants
de la Société "je ne vois aucun inconvénient
â ce que vous procédiez, dès â présent,
à l'établissement des fils" sauf bien sûr
â donner avis du début des travaux à au moins
trois ingénieurs détenteurs de l'autorité
sur une parcelle du sous-sol : l'ingénieur de l'assainissement
pour le service des égouts, l'inspecteur des eaux, et 1'ingénieur
de la section intéressée en ce qui concerne les
tranchées sur la voie publiques.
Les premières lignes : Il
y a en tout huit lignes à chacun six conducteurs qui divergent
à partir de la rue Neuve des Petits Champs siège
de la Société. Ceci permet accessoirement de voir
qui étaient les 48 premiers abonnés : des banques
"dont celles qui finançaient la Compagnie (Société
générale, qui utilise le réseau un peu comme
un réseau intérieur entre sespropres bureaux, le
Crédit mobilier, la Société financière,
la banque franco Egyptienne, la Banque générale
de Change) des financiers (Chambre syndicale des agents de Change),
des hommes d'affaires intéressés dans le financement
des sociétés de télégraphie sous-marine
et de téléphone (Erlanger), des journaux (La Lanterne,
le National) , ainsi que l'agence Havas.
Le réseau bénéficie au départ de la
concentration de ce type d'activités autour de la Bourse
et le trajet des fils suit le tracé des rues avoisinantes
.
La prévision d'extension du réseau est réduite
à sa plus simple expression.
Deux jours plus tard, le 29 octobre la Société Gower
dans une nouvelle lettre précise à l'inspecteur
qu'elle "le prie de bien vouloir utiliser le sixième
fil de la sixième ligne (un câble â six conducteurs)
pour le Cercle franco-américain 4, place de l'Opéra.
Le premier modèle de téléphone Gower fut
adopté pendant quelque temps, pour la correspondance téléphonique,
par la Société de Paris, qui ne tarda pas néanmoins
à l'abandonner, vu son prix élevé, son volume
considérable et sa trop faible portée.
Un autre modèle fut créé et utilisé
principalement en Angleterre.
Modèle Anglais
Gower-Bell
et Gower Bell Français
|
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La deuxième société
à demander une concession est la "Société
Française de Correspondance Téléphonique",
elle obtient une autorisation pour la seule ville de Paris. Son
représentant est M. le Sénateur Louis-Alexandre
Foucher de Careil.
Le siège social était au 7 avenue de l'opéra,
dirigé par un ingénieur : Léon Soulerin
Soulerin est né le 15 juillet 1844 en Ardèche. D'abord
géomètre en Haute-Savoie, il travailla ensuite comme
ingénieur en Amérique du Nord, de 1867 à
1879. C'est à ce titre qu'il prit part à la construction
du chemin de fer de Milwaukee Manitowoc et Gree-Bay.
Il part aux Etats-Unis en 1868 où il se lance dans la construction
de ponts.
Dès 1877, il sintéresse au téléphone
et devient le vice-président de la Chicago Telephonic Exchange.
Il rejoint alors la France et obtient la concession pour exploiter
le téléphone dans la ville de Paris le 23 juillet
1879.
Le système proposé est le récepteur de
Bell avec le transmetteur microphonique de Francis Blake,
un Américain qui vient de faire breveter son système
et de le vendre à la Bell Telephone Company.

Grâce à une communication habile et une redevance
dabonnement nettement moins chère que ses deux concurrents,
400 frans par an, la société dispose de 72 souscripteurs
à la fin de 1879.
Soulerin ne réussit pas à installer un bureau central
capable de relier ses futurs abonnés
Petite annécdote : Article lu dans un article du Figaro
daté du 21 décembre 1884
Il nous apprend dans quelles circonstances M. Soulerin installa
la première ligne de téléphone dans la capitale
en 1878 :
Le téléphone qui alors allait d'une chambre à
l'autre dans un appartement, ne pouvait pas grand chose ; il fallait
le faire fonctionner à une longue distance pour convaincre
les récalcitrants.
Le Ministre ne permettait point la pose d'un câble sur la
voie publique ; la question était à l'étude,
comme on dit. On sait ce que cela signifie le plus souvent, n'est-il
pas vrai ? Une question à l'étude, c'est quatre
vingt dix neuf fois sur cent un enterrement de première
classe pour l'invention qui en est l'objet. Le téléphone
Bell, appareil américain, importé par un Français,
M. Soulerin, était moins appuyé en haut lieu que
ses concurrents. Poussé à bout, cet homme ingénieux
fit un véritable coup d'État... Dans la nuit, sans
permission préalable, il fit établir un téléphone,
partant de la halle aux blés et aboutissant dans la haute
rue Richelieu, et, par une ironie audacieuse..., il attacha le
poteau conducteur sur l'ancien hôtel des Postes, monument
officiel...
Les gardiens de la paix, en voyant les ouvriers affairés
sur la toiture de M. Cochery, ne se doutaient de rien ; au petit
jour, le téléphone clandestin fonctionnait et M.
Cochery fut invité à venir le voir.« Savez-vous
que vous venez de commettre un délit ? » s'écria
M. Cochery, « et que vous pourriez être arrêté
pour avoir établi une ligne télégraphique
en dehors de l'État ? ». « Ce soir, j'aurai
fait enlever votre téléphone ! »Mais la première
colère passée, M. Cochery se ravisa. Non seulement
il ne fit pas enlever le premier fil, mais il existe encore aujourd'hui
(en 1884) ...
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Le 8 septembre 1879 la
troisième société, est la future " Société
Française des Téléphones " SFT, avec
le système Edison.
Son siège était au 45 avenue de l'opéra.
Comme nous l'avons vu, Théodore Puskas né en
Hongrie immigre en Angleterre puis aux Etats-Unis sympathise avec
Thomas Edison.
En février 1878, Edison introduit le phonographe en Europe
puis décide de sinstaller à Paris. Après
lexposition universelle de 1878, il se rapproche de Josuah
Franklin Bailey qui représente les intérêts
dElisha Gray. Les deux hommes sassocient avec Georges
Alexis Godillot qui leur amène le capital nécessaire
pour créer la nouvelle société. En contrepartie,
ce dernier impose un de ses jeunes ingénieurs, Louis Alfred
Berthon, pour le poste de directeur technique.
La société A. Berthon et Compagnie, dite Société
du Téléphone Edison, a pour objet « lexploitation
des brevets français apportés à la Société
pour les téléphones parlants et leurs accessoires
».
La société obtient le 8 septembre 1879 lautorisation
dexploiter un réseau téléphonique à
Paris, Lyon, Bordeaux, Marseille, Nantes et Lille, mais, dans
un premier temps, elle choisit de concentrer ses efforts sur Paris.
Le siège social est situé au 45, rue de lOpéra,
à Paris.
La compagnie installe chez ses abonnés le téléphone
à pupitre imaginé par George Phelps : les récepteurs
sont des Phelps, le microphone à charbon est celui dEdison.
Récepteur à craie
modèle Phelpps
Les téléphonistes du bureau central sont équipés
du premier combiné introduit en France par lAméricain
Brown.
Au mois de mars 1880, 24 abonnés sont raccordés
et 150 ont signé une promesse dabonnement.
La Société des Téléphones Edison,
annonce quelle reçoit les abonnements au tarif de
600 francs payables 50 francs par mois, labonnement comporte
la pose et lentretien des fils et des appareils.
Jeudi 28 août 1880 des expériences fort intéressantes
sont faite sur les téléphones perfectionnés
du système Edison, téléphones destinés
au service de communications quune Société
se propose détablir entre les abonnés de Paris
et de la banlieue.
Voici en quelques mots en quoi consiste ce service. Chaque abonné
reçoit mensuellement une liste de tous les abonnés
avec un numéro dordre correspondant à chacun
deux. Si, par exemple, labonné 107 veut correspondre
verbalement avec labonné 218, il envoie un signal
au poste central établi avenue de lOpéra.
Le poste central ainsi averti demande alors à labonné
107 quelle est la personne avec laquelle il désire que
la communication soit établie. Après que le poste
central a été averti que la communication doit être
établie avec le n° 218, il avertit ce dernier que le
n° 107 demande à lui parler. Le poste central établit
alors la communication entre le no 107 et le n° 218. Lorsque
la conversation est terminée (conversation que le poste
central ne peut entendre), un signal spécial en avertit
le poste central qui supprime alors les communications entre les
n 03 107 et 218 et remet alors les appareils dans la position
d'attente. Il ny a ainsi ni perte de temps ni fausse manuvre.
Ce système fort ingénieux, fonctionne déjà
à New-York, Boston, San Francisco, etc., et y donne les
meilleurs résultats. Le nombre de communications entre
particuliers saugmente de jour en jour, ce qui est la meilleure
preuve du succès.
La Société du téléphone Edison se
propose détendre le réseau téléphonique
aux environs de Paris, de telle sorte quun particulier puisse
correspondre à la fois avec les autres abonnés,
son usine, les usines voisines, sa maison de campagne, etc., etc.
Nous entrerons dans peu de détails relativement aux appareils
employés par la Société Edison. Les abonnés
auront à leur choix deux systèmes de communications
à leur disposition. Le premier, qui garantit le secret
des correspondances, se fera par un téléphone à
charbon transmetteur relié à un téléphone
Phelpps . Ce système oblige le correspondant à approcher
loreille de linstrument ou linstrument de loreille
pour entendre les paroles émises par le correspondant.
Dans le second système, que nous avons vu fonctionner jeudi
avec grand succès à la gare de lOuest, les
paroles se reproduisent avec assez dintensité pour
être perçues à plusieurs mètres de
linstrument.
Ce second système a été décrit dans
le numéro de la Nature du 17 mai 1879, mais nous devons
signaler ici un grand perfectionnement qui lui a été
apporté. Le cylindre composé de chaux, de potasse
et dacétate de mercure na plus besoin dêtre
maintenu humide comme dans le premier modèle que nous avons
décrit, ce qui dispense absolument de toute espèce
dentretien. Lorsque lappareil reste muni dun
mouvement dhorlogerie permettant de supprimer la manivelle
mue à la main, son fonctionnement reste parfait et sera
certainement très apprécié dans le cas où
le secret des communications ne constitue quune condition
secondaire du service téléphonique. Dans les expériences
auxquelles nous avons assisté le loud speaking téléphone,
tel est le nom donné par linventeur à
cet appareil, nous avons pu entendre dans une salle de
plus de 100 mètres carrés de superficie des airs
de flûte joués à Asnières à
dix centimètres de lembouchure du transmetteur. Dans
une autre expérience, des paroles prononcées à
Mantes ont été très distinctement entendues
dans la salle entière. Espérons que ces expériences
ne resteront pas lettre morte et que Paris sera bientôt
doté dun réseau téléphonique
au moins aussi complet que celui de plusieurs villes de lAmérique,
dont linitiative hardie doit nous encourager et nous stimuler
dans la voie du progrès.
Après un désaccord entre ses fondateurs, la Société
du Téléphone Edison sera dissoute et se transforme
en Société Française des Téléphones,
système Edison et autres, le 27 mars 1880.
|
Il s'ensuit un jeu de transfert de capitaux
et de concessions d'exploitation assez compliqué entre hommes d'affaires
:
- Le 21 août 1879, l'État transfère à M. Charles
Wallut, directeur du Crédit Mobilier, l'autorisation en date du
27 juin 1879 accordée initialement à M. Adrien Hébrard,
à la demande de ce dernier.
- Le 23 septembre 1879, l'État transfère à M. Léon
Soulerin, Ingénieur, l'autorisation en date du 12 juillet 1879
accordée initialement à M. Louis-Alexandre Foucher de Careil,
à la demande de ce dernier.
Il apparaît probable que les deux sociétés Compagnie
du Téléphone (Système Gower) et Société
Française de Correspondance Téléphonique, aient employé
les services de deux sénateurs de la République pour négocier
plus aisément l'obtention auprès de lÉtat des
deux concessions (27 juin 1879 et 12 juillet 1879), puis que ces deux
sénateurs se soient ensuite retirés.Les premiers postes
téléphoniques installés par la Société
Générale sont des Gower ou des Edison puis des Crossley
et enfin des appareils Ader de types mobiles ou muraux.
sommaire
Les trois sociétés détentrices de brevets américains
sont donc chargés d'établir et d'exploiter pendant cinq
ans des réseaux dans quatre importantes villes de France : Paris,
Lyon, Marseille et Bordeaux. On s'aperçoit vite que ces trois systèmes
ne sont pas compatibles entre eux (interconnectables).
Vu dans le Journal Télégraphique
de Octobre 1879
T rois Compagnies téléphoniques exploitant, l'une
le système Bell, l'autre le système Edison, la troisième
le système Gower, sont actuellement établies à
Paris, pour desservir les communications spéciales qui seraient
demandées par des établissements ou des particuliers.
Un arrêté récent du Ministre des postes et des
télégraphes (le France a réglé les clauses
et conditions auxquelles les communications pourraient être
installées et exploitées. Nous résumons ici
les principales dispositions de cet arrêté.
- Les fils extérieurs de communication sont établis
et entretenus par le service télégraphique, aux frais
exclusifs des permissionnaires et à la charge par eux de
se munir des autorisations nécessaires auprès des
municipalités ou des propriétaires d'immeubles qui
seraient affectés par la présence des fils et de payer
les indemnités voulues. Aucune responsabilité n'incombe
à l'Etat à raison de l'exécution des travaux
ni des dérangements ou interruptions éventuelles qui
pourraient se produire.
- Les concessionnaires restent chargés de l'introduction
des fils dans l'intérieur des immeubles et de l'installation
des bureaux et des appareils dont le système employé
devra avoir reçu l'approbation du Ministre des postes et
télégraphes.
- L'autorisation implique le droit, pour les permissionnaires, de
mettre, selon le cas, pour l'usage des correspondances, chacun des
établissements reliés aux différents bureaux
centraux en communication directe, soit avec ces bureaux, soit entre
eux; mais, en aucun cas, ces correspondances ne pourront avoir d'autre
objet que les usages personnels des clients de l'entreprise, toute
communication faite par ces clients au profit de tiers étant
rigoureusement interdite.
- Les tarifs à percevoir par abonnement seront soumis à
l'approbation du Ministre. Us devront être établis
sur des bases uniformes pour tous les clients de l'entreprise, tout
tarif de faveur étant interdit, sauf pour les établissements
publics de l'Etat ou de la Ville qui seraient desservis par l'entreprise,
en faveur desquels le Ministre se réserve le droit de déterminer
une réduction dans les limites de 50 pour cent du tarif applicable
aux particuliers.
- L'exploitation sera soumise au contrôle de l'Etat.
- L'entrepreneur paiera à l'Etat, à titre de droit
d'usage du téléphone, une redevance annuelle égale
au dixième des recettes brutes encaissées par l'entreprise,
cette redevance ne pouvant, pour une année entière,
être moindre de cinq mille francs.
Comme garantie des dépenses d'établissement et d'exploitation
de l'Etat et des redevances à lui dues, l'entrepreneur doit
déposer:
1° avant la délivrance de l'autorisation: un cautionnement
de 20 mille francs jusqu'à l'entier achèvement des
travaux et un second cautionnement de 5 mille francs jusqu'à
la fin de l'entreprise;
2° dans le mois qui suit la date de l'autorisation: un cautionnement
de 20 mille francs, jusqu'à la fin de l'entreprise.
- Les autorisations sont personnelles et ne peuvent être transférées
sans l'autorisation expresse du Ministre. Elles ne confèrent
aucun privilège pour l'entrepreneur, ni aucune obligation
pour l'Etat, en matière d'autorisation ou d'exploitation
concurrente. Elles sont annulées ou peuvent être retirées,
sans indemnité, de la part de l'Etat, faute par l'entreprise
d'avoir satisfait aux clauses et conditions de l'acte de concession
ou en cas de faillite. - L'Etat se réserve la faculté
de racheter, à toute époque, les droits des concessionnaires
ou de faire l'acquisition des systèmes d'appareils exploités
par eux, sans surélévation provenant des droits de
brevet. |
En même temps, la Compagnie des Chemins
de Fer du Nord, qui s'intéresse aussi au téléphone
pour remplacer ses télégraphes, se livre à des recherches
et dès 1880 réussit une première transmission entre
Paris et Saint-Quentin (140 kilomètres).
L'amplificateur-répéteur n'existe pas encore et il faut
utiliser du fil à forte section très lourd.
Ce premier essai de liaison interurbaine est réalisé sur
la voie ferrée qui passe entre Marest et Quierzy ... où
il faudra attendre encore 40 ans avant l'arrivée du téléphone.
Le jeu de transfert de capitaux et de concessions d'exploitation bat son
plein.
D'un côté :
- le 2 février 1880, est fondée officiellement la Compagnie
des Téléphones. ex Compagnie du Téléphone
Gower Roosvelt , chargé d'exploiter les réseaux de Marseille
Lyon Nantes Bordeaux Lille et Le Havre et Paris .
Son Président est M. Amédée Jametel, Banquier
du Crédit Mobilier à Paris . Cette société
est créée à l'occasion de l'absorption de la Société
Française de Correspondance Téléphonique en grande
difficulté (alors détenue par M. Léon Soulerin) par
la Compagnie du Téléphone Gower (alors détenue par
M. Charles Wallut) .
A Paris se trouvent le bureau central, situé au siège social
66, rue Neuve-des-Petits-Champs à Paris, et un bureau annexe à
La Villette avec 30 lignes, mais 4 nouveaux bureaux sont en construction.
Au mois doctobre 1880, 200 abonnés sont déjà
reliés et 130 attendent leur tour. La société installe
chez ses abonnés le téléphone Gower.
Son but est « la création et lexploitation en France
et dans les Colonies Françaises de réseaux téléphoniques
».
Au mois doctobre 1880, 200 abonnés sont déjà
reliés et 130 attendent leur tour. La société installe
chez ses abonnés le téléphone Gower.
En province, la compagnie a ouvert un réseau à Lyon avec
23 abonnés « reliés », à Marseille avec
25 abonnés et à Nantes avec 19 abonnés (octobre 1880).
Elle est aussi installée à Bordeaux, Lille et Le Havre où
les discussions sont en cours avec les municipalités, au Havre
c'est la guerre ave la compagnie des téléphones qui demande
des droits trop élevés.
La société installe chez ses clients de province le téléphone
à crayons de charbon de John Crossley
sommaire
Au 2 février 1880, il ne reste plus que deux sociétés
exploitant le téléphone en France.
Le 2 avril 1880, l'État transfère ensuite à M. Amédée
Jametel, fondateur de la Compagnie des Téléphones, les deux
concessions d'exploitation téléphonique accordées
les 27 juin 1879 et 12 juillet 1879 détenues jusques alors par
MM Wallut et Soulerin, à la demande de ces derniers.
Le 23 Avril 1880, l'État transfère ces deux concessions
directement à la personne morale de la Compagnie des Téléphones,
à la demande de son Président, M. Amédée Jametel.
Reste de l'autre côté : la SFT
Le 27 mars 1880,
La Banque Franco-Égyptienne fonde la Société
Française des Téléphones (Système
Edison et autres), en rachetant la Société Berthon
et Cie.
Au mois doctobre 1880, 240 abonnés sont raccordés
et 330 sont en attente de construction ; le bureau central est situé
au 45, avenue de lOpéra, et deux bureaux auxiliaires
fonctionnent. La société installe chez ses clients
lappareil à pupitre Edison-Phelps mais reçoit
de nombreuses plaintes du fait du fonctionnement très délicat
du microphone Edison qui demande de fréquents déplacements
chez les clients pour le remettre en état.
Le 21 avril 1880, l'État transfère à
la Société Française des Téléphones
(système Edison et autres), fondée par la Banque Franco-Égyptienne,
la concession d'exploitation accordée le 8 septembre 1879
détenue jusques alors par M. Alfred Berthon, à la
demande de ce dernier. |
 |
LA Fusion :Trois sociétés, trois systèmes. On
comprend les problèmes dinterconnexion qui surgissent rapidement.
Les deux systèmes trop différents des deux sociétés
restantes n'arrivent pas à raccorder leurs nouveaux abonnés.
De plus la ville de Paris avait donné une autorisation mais provisoire
aux deux sociétés pour utiliser les égouts, envisage
de réglementer la situation et de prélever une redevance
pour cela.
La société Edison tente de rarccorder ses clients en aérien,
mais d'une part cela était trop couteux, et d'autres parts de nombreux
propietaires refusaient la fixation de câbles aux toitures et façades
de leur habitations.
Devant ce problème, John Harjes représentant de la Société
Française des Téléphones, et la banque Franco-Egyptienne
renouent les contacts avec la Compagnie des Téléphones,
contribue au rapprochement des deux sociétés trouvant l'une
et l'autre leur intérêt financier. De plus la Compagnie des
Téléphones trouve intéressant de pouvoir récupérer
les brevets Edison et de pouvoir augmenter sa capacité de production.
Pour la Société Générale des Téléphones
, cette alliance devait lui permettre de se développer en province
et retrouver une existence légale.
Pour ces raisons c'est la Compagnie des Téléphones qui va
absorber l'autre société, bien que cella n'arrangeait pas
Edison.
- Le 16 et 17 août 1880, est fondée officiellement la
Société Générale des Téléphones.
Cette société, présidée par Amédée
Jametel, est créée dans le but prévisionnel de fusionner
la Compagnie des Téléphones (Gower) et la Société
Française des Téléphones (Système Edison et
autres).
Edison tenant à ce que son nom apparaisse dans la nouvelle société,
s'en sort satisfait
- le 7 et 30 octobre 1880, au cours de la première assemblée,
la fusion entre la Compagnie des Téléphones (Gower) et la
Société Française des Téléphones Système
Edison et autres, est officialisée. La Société
Générale des Téléphones est pérennisée.
Le directeur nommé de la SGT est Henri Lartigue, ex directeur de
la Compagnie des Téléphones.
|
Le 10 décembre 1880, l'État
transfère enfin à M. Amédée Jametel,
Président de la Société Générale
des Téléphones, la concession d'exploitation accordée
le 8 septembre 1879 détenue depuis le 21 avril 1880 par
la Banque Franco-Égyptienne, à la demande de cette
dernière.
La formation de cette Société téléphonique
fut accueillie avec joie par les hommes de progrès.
Elle établit son siège social à Paris, 66
rue Neuve-des-Petits Champs, et le transféra plus tard
au 41 rue Caumartin.
Cette Société s'occupa activement et avec un plein
succès de l'établissement de ses réseaux
téléphoniques en province, et de la réorganisation
du réseau de Paris déjà installé depuis
1879.
Cependant cette concession à durée limitée
n'est valable que jusqu'en 1884.
Alfred Niaudet, qui a reçu des mains même
de Bell les deux téléphones importés en France,
aussi membre de la Société Française de Physique
dès sa fondation et devient un administrateur de
la Société générale des Téléphones.
Un autre administrateur redoutable est Jules Armengaud, ingénieur
conseil en brevets d'invention.
La SGT « inaugura le service
téléphonique de Paris avec 400 souscripteurs, le
30 septembre 1879.
Fin 1880 la SGT compte plus de
450 abonnés sur Paris et 460 en attente de raccordement.
Et chaque abonné ne passe pas plus d'un appel par jour
en moyenne.
|
sommaire
le téléphone
acoustique de Mr Léger : Article du 01 janvier 1880 de
la revue "Le Panthéon de l'industrie"
QUEL est le véritable avenir réservé
au téléphone ?
Bien que l'on puisse dire que ses applications en sont encore à
la période d'essai, on peut affirmer, dès aujourd'hui,
sans témérité, que cet instrument n'acquerra
jamais une puissance suffisante pour se substituer au télégraphe
électrique, dans les communications à des distances
dépassant quelques kilomètres, et que, pour les communications
à des distances relativement très-faibles, il ne pourra
remplacer utilement les simples appareils acoustiques, qui sont
infiniment plus commodes.
En somme, il existe actuellement deux grands modes de communication
à distance : l'électricité, qui transmet les
signaux d'une extrémité de la terre a l'autre ; les
ondes sonores, qui les transmettent très-commodément
entre les diverses pièces d'un même édifice.
Le téléphone, appareil mixte, dans lequel le courant
électrique sert à la transmission des ondes sonores,
donne tout naturellement des résultats moyens, transmettant
la parole à des distances médiocres et exigeant quelques-unes
des ressources, comportant quelques-uns des embarras, causant quelques-unes
des dépenses du télégraphe lui même.
On ne peut donc attribuer qu'à un engouement irréfléchi
l'empressement qu'ont mis quelques particuliers à démolir
les tubes acoustiques dans leur hôtel ou leur usine, à
leur substituer les fils du téléphone, et à
installer des piles gênantes, coûteuses, malpropres,
dangereuses même, à la place des simples pavillons
de porte-voix ou des simples embouchures qui leur avaient rendu
jusque-là, sans frais et sans embarras, de si excellents
services.
Mais laissons là cette manie passagère, qu'explique
l'enthousiasme inspiré par tonte nouveauté.
On s'apercevra rapidement qu'on n'a pas absolument besoin d'une
pile voltaïque pour demander ses chaussettes à son valet
de chambre, et que le tube acoustique accomplit plus sûrement
et plus simplement une pareille besogne.
Et pour qu'on n'éprouve aucune hésitation à
y venir ou à y revenir, pour qu'on n'accuse pas, comme on
l'a osé faire, ces tubes d'avoir une trop faible portée,
nous examinerons l'état vrai de la question, en signalant
le point de perfection auquel ces tubes ont été amenés
par l'unique spécialiste de ce genre dé construction,
M. Léger, qui étudie depuis vingt cinq ans les questions
d'acoustique pratique.
Nous demanderons même à nos lecteurs la permission
de ne pas sortir des beaux ateliers de la rue Saint-Denis, 156,
sans signaler à leur attention deux autres créations
de M. Léger, dont une se rapporte également à
l'acoustique.
Notons tout d'abord ce fait que M. Léger, dans la construction
de ses canalisations acoustiques, emploie exclusivement le fer-blanc,
c'est-à-dire, comme on sait, la mince tôle de fer étamée.
Il y a, de ce choix, deux raisons principales : l'économie,
qui condamne les tubes de cuivre, et le besoin d'éviter les
sels vénéneux qui ne tardent pas à se développer
sur la surface du même métal, et, dans le cas actuel,
peuvent nuire gravement à la santé.
Maintenant, on adresse aux tubes acoustiques deux grands reproches
: la faible portée qu'ils auraient et qui limiterait leur
emploi à de très-petites distances, la difficulté
qu'y rencontreraient les ondes sonores à franchir les coudes,
ce qui rendrait leur emploi presque impossible, les communications
en ligne droite étant un fait exceptionnel.
Appliquées aux tubes de M. Léger, ces objections n'ont
aucune portée ; nous ne le prouverons non par des théories,
mais par des faits incontestables, attestés dans des rapports
officiels à la Société d'Encouragement, à
la Société des Sciences industrielles, à l'Académie
nationale, à l'Institut des Arts industriels, etc.
Nous trouvons là l'indication d'un tube acoustique installé
dans un grand hôtel du faubourg Saint Honoré, établissant,
malgré la présence de seize coudes, des communications
parfaitement distinctes, à 135 mètres de distance.
Dans la maison du Bon Marché, qui possède quinze appareils
établis par M. Léger, plusieurs de ces appareils ont
plus de 125 mètres de développement, et l'un d'entre
eux, qui atteint 200 mètres, n'a pas moins de trente-cinq
coudes.
Nous pourrions signaler des circonstances tout à fait semblables
dans les 800 mètres de tubes établis à Noisiel,
dans l'usine de M. Menier, dans les vingt et un appareils que possède
l'hôtel du même industriel au parc Monceaux, etc., etc.
; mais nous pensons, que les exemples précédents suffisent
a éclairer nos lecteurs sur les services que peuvent rendre
es appareils installés par M. Léger dans les hôtels,
les bureaux,, les magasins, les ateliers, les restaurants, sur les
bateaux à vapeur, etc.
N'oublions pas, du reste, que ces appareils ont obtenu, seuls parmi
les appareils acoustiques, six médailles et un diplôme
d'honneur dans les Expositions et à la suite de rapports
entièrement favorables dus à diverses Sociétés
savantes.
Nous avons dit comment M. Léger avait étudié,
pendant un quart de siècle, le perfectionnement des appareils
acoustiques.
Parmi les améliorations qu 'il y a réalisées,
il en est deux qui nous paraissent particulièrement remarquables
:
C'est d'abord' l'emploi d'un système d'embranchement qui
permet de communiquer à la fois, très commodément.
dans diverses directions, et c est ensuite une embouchure en forme
dé conque, qui concentre les paroles émises à
4 ou 5 mètres de distance, et permet, soit de communiquer
sans se déplacer, soit d'entendre la conversation de malfaiteurs
réunis dans un bureau pour le dévaliser.
La construction des porte-voix et des cornets acoustiques, étudiée
par M. Léger avec un zèle non moins persévérant,
s'est enrichie d'une multitude de types très-habilement appropriés
aux divers cas de surdité.
L'idée du plus remarquable de tous a été inspirée
à M. Léger par un hasard heureux.
Mis en possession d'un cornet biauriculaire très défectueux,
sans valeur aucune, mais construit d'après une idée
très juste du docteur Constantin Paul, il l'étudia,
le remania, le transforma, réussit à en faire le plus
merveilleux cornet acoustique qu'on eût connu jusque-là.
Mis au courant: de ce qui s'était passé, le docteur
Constantin Paul, après des expériences multipliées
à l'hôpital Saint-Antoine, encouragea l'habile constructeur
qui-avait si admirablement interprété et développé
sa pensée, l'aida même de ses conseils, et aujourd'hui
le cornet auriculaire dans les mille formes que M. Léger.
lui a données, opère dè véritables miracles.
Nous en citerons deux. Un sourd-muet, qui avait perdu l'oui à
l'âge de deux ans que Hall considérait comme affecté
d'une surdité congénitale. et qui avait été
instruit, comme tel, dans le langage des sourds-muet, qui fut pris
tout à coup d'une stupéfaction voisine de la terreur
lorsque muni du cornet Léger, il entendit parler pour la
première fois de sa vie, sans comprendre (il l'écrivit
lui-même) aucune des paroles qu'on lui adressait. Un autre
exemple attesté par un certificat : une ieune fille du monde,
âgée de seize ans, sourde-muette de naissance, put,
grâce au cornet Léger, assister aux concerts, aux auditions
musicales que son infirmité lui avait jusque-là empêché
de fréquenter.
Dans sa forme la plus complète,
le cornet biauriculaire comprend : deux oreillons en fer-blanc
terminés par des olives en ivoire qu'on introduit dans
le conduit: de chaque oreille; deux tubes en caoutchouc, munis
à l'intérieur d'un ressort à boudin en fil
de fer émaillé, et s'embranchant sur un tube unique
terminé par un pavillon placé devant la poitrine
; une bride passant sur la tète et retenant en place les
deux oreillons, de façon que les mains restent entièrement
inoccupées. Une application très-curieuse de cet
appareil consiste à retourner le pavillon sur la poitrine,
pour s'ausculter soi-même. Le cornet Léger est, du
reste, dans tous les cas, un excellent stéthoscope.
Nous voudrions dire quelques mots d'une autre invention très-remarquable
de M. Léger, dont la description, malheureusement, s'éloignerait
trop de notre sujet. Il s'agit d'un petit appareil domestique
qui, par des transformations très-simples, peut servir
de chaufferette, de bassinoire, de boule pour le lit, de veilleuse,
de réchaud, et qui ne consomme qu'un demi-centime par heure.
Nous n'insistons pas, ne voulant
pas. d'ailleurs, diviser l'attention de nos lecteurs, qui doivent,
à cette heure, considérer, comme nous, les inventions
acoustiques de M. Léger comme un des plus remarquables
progrès' de la science industrielle.
L. B.
|
sommaire
1880 Faisons le point de la situation en Europe Extrait du
Journal Télégraphique de janvier 1880
Le téléphone en ville (Téléphone exchanges),
par M. ROTHEN, Directeur-adjoint des télégraphes Suisse.
On entend souvent les personnes
qui ne s'occupent pas directement des applications de l'électricité,
demander pourquoi le bruit qui s'est fait autour du téléphone
il y a deux ans, a cessé aussi subitement et si de ce silence
on doit conclure que la nouvelle invention a été abandonnée.
Ces personnes oublient que c'est le propre de toute invention, après
avoir au moment de son apparition, surtout si elle présente
des effets aussi merveilleux que le téléphone, surexcité
tous les esprits, d'entrer dans une période de calme
relatif, de recueillement où l'invention se consolide
et se perfectionne. C'est dans cette période que se trouve
aujourd'hui le téléphone.
Toutefois, l'accueil qu'il a reçu du public est bien différent
d'un côté ou de l'autre de l'Atlantique. Bien qu'il
y ait certainement en Europe un nombre assez considérable
de téléphones en activité, il est pourtant
incontestable qu'il ne s'y est pas encore complètement acclimaté
et vulgarisé. Son établissement souvent ne répond
qu'à une satisfaction de curiosité, d'autres fois
qu'à des besoins superflus. La masse du public n'y songe
pas et n'étant sollicitée par aucun désir de
communications plus fréquentes, plus faciles que celles dont
la télégraphie ordinaire la fait jouir, oublie complètement
le téléphone. Il n'est pas rare de trouver des
villes considérables où pas un seul appareil téléphonique
n'est en activité.
En Amérique, les choses sont toutes différentes.
Là, le téléphone est devenu comme une nécessité
de la vie moderne. Dans presque toutes les villes de quelque importance
il existe des réseaux téléphoniques plus ou
moins étendus, établissant entre les clients de l'entreprise
des communications directes. Ainsi à Washington il y a plus
de 200, à Chicago plus de 1200 maisons reliées ainsi
entre elles par des fils téléphoniques. Ce nouveau
système de communication est si apprécié en
Amérique que son extension ne s'arrête pas et que l'on
peut prévoir le moment où la moindre ville aura son
réseau spécial de téléphones.
Le téléphone ainsi appliqué, nous paraît
offrir au commerce et aux relations de famille de tels avantages
qu'au moment où se font aussi, dans quelques grandes villes
européennes, des tentatives pour l'implanter dans les habitudes
de la vie quotidienne, une étude des téléphone
exchanges américains et des moyens de les adapter aux conditions
de nos moeurs et de nos usages européens, nous paraît
présenter un intérêt tout particulier d'actualité.
En Amérique, le réseau téléphonique
d'une ville se compose d'un ou de plusieurs offices centraux d'où
rayonnent dans toutes les directions des fils aboutissant chacun
à la maison d'un des clients de l'entreprise. Tout
possesseur d'un téléphone peut ainsi être mis
en communication directe avec tous les autres. S'il y a
400 abonnés dans une ville, un abonné quelconque a
la faculté d'entrer en communication directe avec les 399
autres. Avec le nombre des abonnés, la valeur du téléphone
s'accroît naturellement pour chacun d'eux, puisque cette augmentation
étend le cercle de ses relations possibles. Une fois le premier
noyau formé, l'augmentation du nombre des abonnés
d'une même ville se produit sûrement comme s'augmente
nécessairement avec le temps la crisetallisation autour d'un
noyau plongé dans une solution saturée et cette augmentation
tend même à progresser par un mouvement accéléré,
jusqu'au jour où il est donné satisfaction à
tous les besoins de communication.
Dès qu'il a atteint une certaine étendue, les services
que peut rendre dans une ville le réseau téléphonique,
sont incomparables.
C'est le malade qui désire à chaque instant conférer
avec son médecin ou c'est ce dernier qui tient à être
constamment informé de la marche de la maladie. Ce sont les
fournisseurs auprès de qui il faut provoquer immédiatement
l'envoi des objets nécessaires pour répondre à
une exigence imprévue; c'est le commissionnaire dont ou a
besoin pour une course, pour le transport de colis ou de malles;
c'est l'intervention de la police ou des pompiers que réclame
un accident ou un commencement d'incendie; c'est le moyen de se
procurer un supplément de marchandises pour satisfaire à
une commande dont l'importance dépasse le stock disponible;
pour le banquier, c'est la facilité d'obtenir immédiatement
la garantie qu'il peut en toute sécurité payer la
traite présentée inopinément à sa caisse,
etc., etc.
On pourrait aisément multiplier le nombre de ces exemples,
mais les quelques-uns que nous venons de résumer suffisent
pour faire ressortir combien les communications téléphoniques
peuvent épargner de temps, de courses et de peines pour atteindre
plus vite et, en supprimant les intermédiaires, plus sûrement
au but désiré. Aussi ne nous étonnerons-nous
pas de trouver dans les journaux américains un concert unanime
d'éloges de la part de ceux qui font usage de ces communications
téléphoniques et l'expression de leur désir
d'en conserver la jouissance, alors même que cette jouissance
leur coûterait beaucoup plus cher.
En dehors des réseaux dont nous venons de parler, il existe
aussi des lignes téléphoniques indépendantes,
par exemple, celles qui relient les bureaux d'un industriel à
son usine, le comptoir d'un, commerçant à sa maison
d'habitation. Or, si l'une de ces deux stations téléphoniques
particulières est en communication avec le réseau
général, l'autre s'y trouve naturellement aussi.
Quelquefois, le réseau général est établi
d'une manière un peu différente.
Du bureau central les fils rayonnent aussi dans toutes les directions,
mais sur chaque fil il y a plusieurs abonnés intercalés.
Ce système revient bien meilleur marché que le premier,
car il demande moins de fils; et ceux-ci étant généralement
des fils souterrains, tiennent une place importante dans l'ensemble
des frais d'installation. Mais il a le grand inconvénient
de ne pas assurer le secret absolu des communications. Le premier
est donc préférable malgré l'augmentation des
dépenses d'établissement.
En se rendant compte des services énormes que peut rendre
dans une ville un réseau téléphonique, l'on
est amené à se demander pourquoi Ton n'a pas songé
plus tôt à en installer dans les villes européennes.
Il y a à cela différentes raisons dont deux nous paraissent
surtout importantes ; la première, c'est que les téléphones
perfectionnés sont encore trop peu connus; la seconde c'est
que les Administrations télégraphiques font obstacle
à l'installation de réseaux téléphoniques
comme entreprises privées.
Occupons-nous d'abord de la première raison.
Il y a beaucoup de personnes qui croient le téléphone
encore dans l'état d'enfance où il se trouvait il
y a deux ans, époque où les résultats obtenus
n'étaient pas, en effet, assez encourageants pour provoquer
sa prompte vulgarisation. La reproduction de la parole était
incertaine, extrêmement faible et n'était saisissable
que par une oreille exercée. L'on entendait bien qu'on parlait,
mais peu de personnes étaient en état de reconnaître
les mots proférés. Même avec les téléphones
perfectionnés, l'on peut observer des faits analogues. Certaines
personnes n'arrivent à saisir les paroles prononcées
à l'extrémité de la ligne qu'à moins
de recourir aux meilleurs téléphones connus.
Depuis sa première apparition, le téléphone
a subi d'innombrables modifications et soi-disant améliorations.
La plupart d'entre elles ont disparu peu de temps après leur
apparition et il n'en a subsisté qu'un petit nombre. On peut
diviser ces dernières en deux catégories : téléphones
sans pile et téléphones avec pile; ou bien encore
les distinguer en téléphones où le même
instrument sert de transmetteur et de récepteur et téléphones
avec transmetteur spécial.
Les spécimens les plus connus des téléphones
perfectionnés sans pile, sont le téléphone
Siemens et le téléphone Gower. Le premier
dont le Journal télégraphique a donné une description
détaillée (vol. IV, page 304) est excellent. Il se
distingue par une reproduction parfaite du son articulé,
par un appel très caractéristique qui peut s'entendre
même d'une chambre voisine et par un réglage facile.
En le réglant il faut seulement avoir soin de ne pas chercher
à atteindre la dernière limite de clarté et
de force, car pour y arriver l'on doit rapprocher l'aimant aussi
près que possible du diaphragme sans toutefois que ce dernier
se courbe sous l'influence de l'attraction. Mais le diaphragme se
trouve presque alors à l'état d'équilibre instable,
et la moindre influence, par exemple un changement de température,
suffit à le dérégler. Avec l'habitude du réglage
du téléphone, un pareil accident est sans importance,
mais entre des mains inexercées il devient, comme nous avons
pu nous en convaincre plus d'une fois, un obstacle sérieux
à l'usage du téléphone.
- Le téléphone Gower se présente sous la forme
d'une boîte cylindrique de peu de hauteur qu'on applique le
long d'une paroi. A l'orifice central est fixé un tube flexible
en caoutchouc avec embouchure en forme d'entonnoir. Un sifflet à
l'intérieur de la boîte tient lieu de la petite trompette
d'appel du téléphone Siemens. L'aimant a la forme
d'un demi-cercle avec pôles recourbés vers le centre
dans la direction du diamètre. Chaque pôle est armé
d'une bobine ovale. Le diaphragme est assez grand et épais.
Les appréciations relatives aux effets du téléphone
Gower sont très contradictoires ; quelques-unes le prônent
comme un des meilleurs sinon le meilleur des téléphones,
tandis que d'autres le considèrent comme ne donnant pas des
résultats satisfaisants. N'ayant pas eu l'occasion de l'expérimenter
personnellement, nous nous abstiendrons de nous prononcer sur sa
valeur.
Quant aux téléphones à pile où à
transmetteur spécial, ils ont, tout d'abord, par rapport
aux autres, un grand désavantage, celui de nécessiter
l'emploi d'une pile; mais cet inconvénient est racheté
par d'autres bonnes qualités. Nous citerons comme spécimens
principaux de ces téléphones, le transmetteur Blake,
le transmetteur Edison et le téléphone électrochimique
du même inventeur.
- Le transmetteur Blake est une sorte de microphone. Extérieurement,
il affecte la forme d'une boîte verticale suspendue à
une paroi, avec embouchure sur la face antérieure et quatre
serre-fils. Derrière l'embouchure se trouve un diaphragme
ordinaire métallique. Quant à l'intérieur de
la boîte, en voici la disposition. En arrière et au
centre du diaphragme est fixée perpendiculairement une tige
en métal ou en charbon de cornue extrêmement courte,
qu'un ressort fait presser légèrement contre le diaphragme.
Derrière la tige et appuyant contre elle au moyen d'un second
ressort, se trouve un cylindre compacte de noir de fumée.
La partie de la petite tige qui touche ce cylindre est appointie
et si la tige est, un charbon de cornue, cette pointe est platinée
pour assurer un bon contact. Quand maintenant le diaphragme est
mis en vibration par la voix humaine ou autrement, la tige exerce,
par secousses, des pressions réitérées contre
le cylindre de noir de fumée et la résistance électrique
de celui-ci varie en conformité de ces pressions. Les deux
ressorts qui soutiennent la tige ^ le cylindre de noir de fumée,
font partie d'un circuit Métrique local où sont en
outre intercalés une pile de quelques éléments,
de préférence Leclanché ou Callaud, et le fil
primaire d'une petite bobine d'induction. Lorsque 'instrument est
intercalé pour la transmission, le courant continu prend
donc le chemin suivant. Partant du pôle positif de la pile
il passe à travers la tige et le cylindre de noir de fumée;
puis il parcourt le fil primaire de la bobine d'induction et retourne
au pôle négatif de la pile. L'intensité de ce
courant continu variant suivant la pression exercée par le
diaphragme sur la tige et le cylindre de noir de fumée, ces
variations produisent dans le fil secondaire de la bobine des courants
d'induction que le fil de ligne conduit à l'autre station
où ils passent par un téléphone Bell ordinaire
ou toute autre espèce de téléphone perfectionné.
L'appel s'effectue au moyen d'une sonnerie qu'actionne un courant
électrique. Dans le système Blake, l'installation
téléphonique exige l'emploi d'un permutateur pour
interrompre le circuit local et intercaler la sonnerie quand les
téléphones sont au repos. Le système du réglage
de la pression est simple et ingénieux.
- Le transmetteur d'Edison ressemblant beaucoup à
celui de Blake, nous nous bornerons à indiquer les parties
par lesquelles il en diffère. Un petit cylindre creux en
laiton est collé par une matière isolante au diaphragme.
Ce cylindre presse en trois points sur un disque en charbon de cornue
d'un diamètre d'environ 16mm, revêtu du côté
du diaphragme d'un dépôt galvanique de cuivre. Ce disque
repose sur un autre disque de noir de fumée, de même
diamètre et d'un millimètre d'épaisseur environ,
lequel à son tour appuie contre une plaque métallique.
Une vis sert à régler la pression. Le récepteur
est un téléphone Bell, de préférence
du système modifié par M. Phelps sous le nom de «
Pony-Crown-Telephone. » Il est très petit et possède
un aimant recourbé en cercle qui sert en même temps
de poignée. Il suffit de un à trois éléments
Leclanché pour produire le courant local qui circule dans
le transmetteur à charbon et le fil primaire de la bobine
d'induction. La « Gold and Stock Telegraph Company»
à New-York qui paraît investie des droits d'exploitation
de ce téléphone, combine les deux instruments avec
une sorte de petit pupitre qui porte, en outre, une sonnette d'appel,
un permutateur automatique et un petit bouton de contact pour l'appel.
Le transmetteur est fixé par un bras à la gauche du
pupitre, ce qui permet de lui donner la position convenable pour
correspondre, tout en laissant les deux mains libres. Au côté
droit du pupitre est suspendu à une corde en double fil métallique
le téléphone Phelps. Le crochet qui maintient ce téléphone
dans les moments de repos, n'est autre chose que le permutateur
automatique. En décrochant le téléphone, le
permutateur se déplace, intercale la pile locale et généralement
établit les communications nécessaires. Quand le téléphone
Phelps est suspendu à son crochet, le transmetteur et le
récepteur sont exclus du circuit, et à leur place
se trouve intercalée la sonnerie d'appel. Nous avons pu nous
convaincre, par notre propre expérience, de l'efficacité
de ce téléphone. C'est le plus parfait que nous connaissions.
La reproduction de la parole y est extrêmement distincte et
n'a rien de confus. Les personnes qui ne sont pas familiarisées
avec les communications téléphoniques et même
celles qui ont l'ouïe un peu dure, saisissent néanmoins
dès le premier moment tout ce qui est transmis par ce téléphone.
Si, au lieu d'un seul récepteur, on en emploie deux, en en
appliquant un à chaque oreille, la conversation n'est pas
troublée par les bruits extérieurs même très-forts.
L'usage de ce téléphone n'est donc pas limité
à des locaux tranquilles. Son prix est, il est vrai, un peu
élevé. Tandis, eu effet, qu'un couple de téléphones
Siemens coûte 87 frs. 50. et un couple de téléphones
Gower 200 frs, deux pupitres Edison-Phelps reviennent à
470 francs.
Depuis bientôt un an, on parle d'un nouveau téléphone
d'Edison, c'est-à-dire d'un récepteur électrochimique
qui, dans l'installation que nous venons de décrire, remplacerait
le récepteur Phelps et qui donnerait de merveilleux résultats.
Ce récepteur est basé sur le principe déjà
appliqué par M. Edison dans son électromotographe.
Comme d'ordinaire, il comporte un diaphragme, mais ce diaphragme
est en mica. Au centre est fixée une tige mince de quelques
centimètres de longueur, dont la pointe recourbée,
repose sur un cylindrique de chaux imbibé d'une solution
d'hydrate de potasse et d'acétate de mercure. Les impulsions
électriques engendrées dans le fil secondaire de la
bobine d'induction à la station correspondante, s'écoulent
à la terre par la tige et par le cylindre de chaux. Quand
on tourne le cylindre, le frottement considérable de la chaux
a pour effet d'avancer un peu la pointe de la tige et le diaphragme
se courbe légèrement vers l'intérieur, prenant
une forme concave; mais chaque courant qui passe de la pointe au
cylindre diminuant le frottement, la tige revient en arrière
et, le diaphragme peut, suivant la force et durée du courant,
arriver à reprendre plus ou moins exactement la forme plane.
Les impulsions du courant se transforment donc mécaniquement
en vibrations du diaphragme de mica. L'inconvénient de ce
téléphone consiste dans l'obligation de tourner le
cylindre avec une manivelle aussi longtemps qu'on doit recevoir.
A la réunion annuelle des naturalistes américains,
à Saratoga en 1879, ce téléphone, exhibé
par M. Edison lui-même, a produit une grande sensation. Nous
avons lu aussi de divers côtés des appréciations
très-enthousiastes, mais ne le connaissant que par les comptes-rendus,
nous ne pouvons juger ce système d'après nos expériences
personnelles. Un fait, toutefois, qui s'est produit récemment,
serait de nature à éveiller nos doutes à son
égard. Une Administration télégraphique ayant,
à notre connaissance demandé l'automne dernier à
un électricien renommé des Etats-Unis, l'envoi d'un
couple des meilleurs téléphones qui existent en Amérique,
cet électricien n'a pas même mentionné le téléphone
électrochimique, et ce sont les transmetteurs à charbon
et les téléphones Phelps qu'il a choisis.
Quoi qu'il en soit, l'inefficacité de tel ou tel système
n'est plus un obstacle à la généralisation
du téléphone. Il existe actuellement des spécimens
assez parfaits pour que, dans toutes les conditions, n'importe qui
puisse s'en servir sans incertitude ni confusion.
Passons maintenant à la seconde raison qui nous paraît
entraver la généralisation rapide des téléphones
en Europe.
En Amérique il n'y a pas de monopole télégraphique.
Les Sociétés téléphoniques n'ont à
compter qu'avec les propriétaires dont elles empruntent le
terrain pour poser leurs lignes. En Europe, le téléphone
est, avec raison, regardé comme relevant du monopole de la
télégraphie. Les intéressés ont bien
cherché à faire placer le téléphone
en dehors des communications i électriques dont l'exploitation
est réservée à l'Etat, mais ces prétentions
ne résistent pas à l'examen impartial de la question.
Il suffit de se demander ce que la loi a, par le monopole de la
télégraphie, entendu attribuer à l'Etat pour
reconnaître de suite que le mode de transmission électrique
n'est pas limité aux communications dont le sens se révèle
par l'intermédiaire de la vue et qu'il s'étend à
celles dont la connaissance parvient à l'esprit par le canal
de l'oreille. S'il y avait là pour le téléphone
un titre à échapper au monopole légal, il en
serait de même pour nombre d'appareils qu'utilise depuis longtemps
la télégraphie électrique, par exemple, les
parleurs, les récepteurs à cloche, etc. Du moment
que le courant engendré à l'extrémité
d'une ligne se traduit à l'autre extrémité
par un langage intelligible, il y a télégraphie électrique.
Or, la fonction du téléphone rentre évidemment
dans les limites de cette conception. Partant de ce point de vue,
les Administrations ne sauraient considérer les installations
téléphoniques privées comme échappant
à leur action et elles doivent ou les prohiber complètement
ou les soumettre à un droit de concession. Admettons même
le cas peu probable où une jurisprudence étroite arguerait,
dans certaines législations, des termes d'une loi qui n'a
pu prévoir le téléphone, Pour contester à
l'Etat ses droits régaliens, il serait toujours facile, ce
semble, d'obtenir des pouvoirs publics une nouvelle loi ou une modification
plus compréhensive de la loi existante, qui soumettrait le
téléphone au monopole qui est à la base du
service télégraphique.
Telle a été, en effet, l'attitude des Administrations
télégraphiques dans tous les pays où le téléphone
a cherché à s'implanter.
En Angleterre, l'Office britannique a paru, d'abord, vouloir interdire
les circuits téléphoniques, et s'il semble maintenant
revenu de cette idée première, ce n'est qu'en imposant
aux établissements de ce genre une redevance assez élevée.
En France, les Compagnies téléphoniques ont dû,
pour pouvoir poser leurs fils et ouvrir leur exploitation, se pourvoir
de concessions de l'Etat, concessions toujours révocables
et soumises aussi à des redevances déterminées.
En Suisse, chaque kilomètre de fil téléphonique
est imposé d'une redevance annuelle de dix francs et la concession
n'est donnée que sous des clauses spéciales garantissant
le secret des dépêches télégraphiques
proprement dites. Les autres Administrations ont, sans doute, garanti
leurs droits par des précautions de même nature. Actuellement
où le téléphone est encore dans son enfance,
ces précautions peuvent suffire ; mais cet enfant grandira
et il y a lieu de craindre qu'en dépit de toutes ces restrictions,
le téléphone ne vienne briser un jour le monopole
télégraphique, si les Administrations ne se décident
pas dès maintenant à le monopoliser complètement,
c'est-à-dire à établir et à exploiter
elles-mêmes les réseaux téléphoniques.
Dans notre opinion, c'est en entrant hardiment dans cette voie que
l'Etat pourra lutter efficacement contre les atteintes à
son monopole, car les circuits téléphoniques nous
paraissent appelés à un tel avenir qu'ils ne tarderont
pas à accaparer toutes les communications intérieures
des villes. Que fera-t-on alors ? Essaiera-t-on de mettre en communication
le bureau central de l'Etat et les bureaux centraux des exploitations
téléphoniques indépendantes ? Mais ne serait-ce
pas là un commencement d'abdication ? Ce résultat
fatal, il faut donc le prévenir à temps, et le moyen
c'est d'englober le téléphone dans la télégraphie
! Il va sans dire que cette absorption n'empêcherait point
d'accorder aux particuliers des concessions pour des lignes téléphoniques
isolées, de même que l'Etat concède actuellement
des lignes télégraphiques d'intérêt privé.
Cette ligne isolée ne porte aucun préjudice au monopole
gouvernemental tant qu'elle reste indépendante du réseau
Public, mais ce qu'il ne faut pas aliéner, même contre
de redevance élevée, ce sont les réseaux urbains,
car c'est toujours chose difficile que de racheter des privilèges
une fois qu'on les a laissés échapper. Ce que butent
aux Gouvernements les rachats des chemins de fer ce qu'a coûté
à l'Office britannique le rachat de ses télégraphes,
est un exemple et une leçon.
Pour nous bien pénétrer de cette vérité
que les «téléphone exchanges » ne sont
que de la télégraphie, jetons un coup d'il sur
la manière dont ces entreprises ont organisé leurs
Offices centraux dans les villes américaines. Tous les fils
qui desservent différents souscripteurs aboutissent à
un centre commun, chacun d'eux passant par un électro-aimant
spécial devant lequel une plaque légère couvre
un numéro qui est le numéro de l'abonné. Quand
celui-ci le client 23, par exemple pousse son bouton
d'appel, le couvercle de l'électroaimant correspondant tombe
et le numéro 23 apparaît. Un certain nombre d'agents,
jeunes garçons et jeunes filles, surveillent continuellement
ces numéros et aussitôt que le couvercle tombe, on
prévient par l'appel « hallo » le client N"
23, celui-ci répond: «je désire être mis
en communication avec tel numéro, par exemple le numéro
47.» Ce désir est communiqué au «switchman»
qui dirige le grand permutateur (switch) qui se trouve au milieu
de la salle. Le switchman (souvent il y en a plusieurs) a à
sa disposition un certain nombre de petites cordes métalliques
se terminant à chaque extrémité par une fiche.
Il prend une de ces cordes, place une des fiches dans le trou 23;
l'autre dans le trou 47 et les deux clients se trouvent en communication
directe. Toutes ces opérations demandent moins de temps que
leur description. Souvent le bureau central est organisé
de façon que le demandeur d'une communication est avisé,
par les mots «ail right», quand l'Office central a établi
la communication demandée et que la fin de l'entretien des
deux interlocuteurs est indiquée à l'Office central
par un nouveau signe qui frappe à la fois l'oreille et l'il
et attire ainsi l'attention des employés sur les deux numéros
dont la communication peut être interrompue.
Les dispositions de détail varient légèrement,
suivant les Sociétés et les instruments qu'elles emploient.
Nous nous bornerons à décrire, dans ses détails,
l'une des méthodes les plus en usage et dont la connaissance
peut donner l'idée du mode de fonctionnement. Supposons que
le nombre de souscripteurs soit assez grand pour qu'ils ne puissent
être tous réunis dans un seul et même permutateur.
On augmente alors le nombre de ces derniers qui s'élève
quelquefois à 10 et même à 20. Au-dessous de
la rangée des permutateurs est disposée une série
de rails métalliques isolés l'un de l'autre et passant
devant chacun d'eux. Au commencement du service, les switchinen
se rangent à l'une des extrémités de la série
des permutateurs. Le premier client demandant une communication,
est desservi par le premier switchman qui, après avoir accompli
sa tâche, vient se mettre à l'extrémité
de la rangée de ses collègues; c'est au second switchman
à desservir le second client et ainsi de suite. I Chaque
switchman reste avec son client jusqu'à ce qu'il se soit
assuré que la communication demandée est bien établie.
Le long des permutateurs sont disposés un certain nombre
de « switchman's téléphones. » Dans
ces téléphones portatifs, le transmetteur et le récepteur
sont réunis en une seule pièce, de sorte que
quand on porte le récepteur à l'oreille, le transmetteur
se trouve devant la bouche. Le switchman met la fiche de la corde
téléphonique dans le trou du client et le prévient
par l'exclamation « hallo » ou « well, sir ? »
Ayant appris avec quel numéro le client désire être
abouché, si ce numéro se trouve dans un autre permutateur,
il détache la corde du téléphone et la fixe
avec l'autre fiche à un rail non encore occupé. Alors
il se rend au permutateur où figure le numéro demandé,
place la fiche d'une corde dans le ti*ou en question et avec une
seconde corde également à fiche, il frappe trois fois
sur une plaque qu'une pile met en communication avec la terre. La
sonnerie de la personne appelée fonctionne et avec son téléphone
le switchman se met en communication avec le client. Aussitôt
cette communication établie, l'autre fiche de la corde est
fixée au rail qui la relie au premier permutateur et le switchman
peut alors correspondre avec les deux clients et les informer qu'ils
sont reliés en circuit direct. Chaque rail communique avec
la terre par l'intermédiaire d'un relais très-sensible.
Quand les deux clients ont fini leur entretien, l'un d'eux presse
son bouton d'appel, le relais réagit, ferme une pile locale
dans l'Office central et un signal très-apparent indique
que tel et tel rail devient libre, sur quoi on retire les fiches.
Avec le nombre des clients, les difficultés de l'Office central
augmentent rapidement, comme on a pu le voir par l'article publié
dans notre dernier numéro, p. 583; mais MM. Haskins et Wilson
seraient, paraît-il, arrivés, par une combinaison ingénieuse,
à triompher de ces difficultés.
Il serait trop long de donner ici la liste de toutes les villes
américaines qui possèdent déjà des téléphone
exchanges avec un nombre plus ou moins grand de souscripteurs. Disons
seulement qu'à Cincinnati où il y a plus de 800 souscripteurs,
les demandes de communications faites à l'Office central
dépassent 6000 par jour;
En Europe, c'est dans les villes anglaises que les communications
téléphoniques semblent prendre le plus facilement.
Londres, Manchester, Liverpool, Glasgow, Shèffield, Hull,
Durham, Birmingham ont déjà leurs télé
phone Compagnies; quelques-unes de ces villes même en ont
deux ou trois se faisant concurrence. A Manchester, on se propose
de relier téléphoniquement entre elles les places
de Boehdale, Oldham, Ashton, Bolton, Bury, Middleton, Stalybridge
et Stockport.
Sur le continent, nous ne trouvons guère encore à
nommer que Paris, où trois Compagnies de téléphones
se sont constituées et ont commencé par se faire la
guerre jusqu'à ce qu'elles aient trouvé plus profitable
à leurs intérêts de s'amalgamer.
Quant à l'application du téléphone
à des lignes particulières, elle est très-répandue.
On en trouve dans les stations de chemin de fer, les hôpitaux,
les châteaux, les grands établissements industriels,
même les églises. Ce sont les célèbres
brasseurs Bass et C° qui ont peut-être le réseau
particulier le plus complet, avec leurs 12 fils partant d'un bureau
central vei-s leurs différents établissements. La
Soufheni-Railroad-Pittsburgh-Washington Gy a remplacé ses
appareils télégraphiques par des téléphones.
Le téléphone est établi à Windsor Castle
et au palais Buckinghnm. Les journaux Le Figaro et Le Temps ont
leurs circuits téléphoniques.
Pour les téléphones exchanges, les fils doivent la
plupart du temps être des fils souterrains, par cette raison
déjà que ces réseaux sont établis à
l'intérieur des villes, et aussi à cause du grand
nombre de fils qui doivent rayonner du bureau central dans toutes
les directions. La nouvelle invention de M. Brooks qui consiste
à réunir les fils dans des tubes à gaz remplis
de pétrole, semble avoir beaucoup facilité l'établissement
de ces réseaux
La règle des Compagnies téléphoniques est de
procéder exclusivement par location. La jouissance des lignes,
des instruments et l'entretien des uns et des autres sont assurés
aux souscripteurs moyennant une redevance annuelle fixe
En Amérique cette location annuelle est de 7.5 à
8 dollars; à Londres, on demande 20 £ si la ligne ne
dépasse pas 1600m de longueur; à Paris le loyer varie
entre 500 et 1000 francs.
Nous avons jeté un rapide coup-d'oeil sur le mouvement
téléphonique qui se prépare à envahir
l'Europe.
Notre génération peut se féliciter d'être
dotée de cette nouvelle facilité de communication
qui, par le temps qu'elle fait gagner journellement, tend à
prolonger la vie, mais, nous le répétons encore une
fois, le moment est venu pour l'Etat de prendre en main l'exploitation
de ce moyen merveilleux de communication, car les telephones
exchanges ne tarderont pas à devenir une puissance qu'il
sera plus tard difficile de déposséder.
sommaire |
Jusquà lannée
1881, année de lExposition universelle qui sest tenue
à Paris, les pouvoirs publics ne portèrent pas attention
à la diffusion du téléphone, ce qui explique quil
ne fut pas une priorité des politiques officielles déquipement.
Entre lalternative dun financement par lÉtat
ou la concession, cest la seconde qui fut choisie. Cest dailleurs
la règle générale depuis Louis Philippe et le télégraphe.
Dautres raisons motivèrent le choix de la concession. La
première raison est que ladministration du télégraphe
est en crise. Le développement dune nouvelle technique nécessite
beaucoup dinvestissements et
ladministration nest pas en mesure de les apporter. «
En 1877, une des premières décisions du gouvernement républicain,
revenu au pouvoir après lintermède Mac Mahon, a été
de provoquer la fusion, au sein dun même ministère
des Postes et Télégraphes, puisque jusqualors la poste
dépendait du ministère des Finances et les télégraphes
du ministère de lIntérieur. (
) Par ailleurs,
la tendance économique générale est à la multiplication
des concessions, en particulier des régies urbaines : compagnies
des eaux ou des tramways électriques ». Or, jusquen
1884, la technique du téléphone nautorise que des
réseaux urbains, il parait logique dadapter le même
système de concession. Ainsi, le ministère des PT laisse
le soin à linitiative privée de développer
lensemble de lexploitation téléphonique de Paris.
Le système de la concession, procédure quont également
connue les chemins de fer, fut par conséquent adopté pour
permettre de garder un certain contrôle.
Revenons sur Clément Ader, devenu l'INGENIEUR-CONSEIL DE
LA SGT qui lui achète les droits d'exploitation de ses brevets
.
Il a innové et construisit ses premiers appareils dans les ateliers
Bréguet, Ils sont équipés d'un microphone
à crayon de charbon de sa conception et de deux écouteurs
aussi de sa conception. Ader ne sera pas salarié de la soiété,
il préféra se contenter d'un intéressement et des
droits d'exploitation négociés avec la SGT. Ceal lui permit
d'acheter un pied à terre sur Paris, 68 rue de l'Assomption ou
il installe son laboratoire.
Ader revenant aux fondamentaux de Hughes et de Crossley, construit
le microphone composé de 10 bâtons en charbon montés
sur 3 traverses.
Il est très simple à fabriquer et pas onéreux, facile
à installer, ne nécessite aucun réglage : il est
donc très avantageux.
Le microphone de Crossley
(à gauche ) et le micro Ader 
 
Brevet US274246A approuvé
le 20 Mars 1883
Le téléphone longue distance dEdison les concurrençait
sur le territoire américain et la conquête du marché
français ouvrait ainsi de nouveaux débouchés.
....
..   
Ces modèles sont aujourd'hui recherchés par tous les collectionneurs
de vieux téléphones . sommaire
En 1880 le système Crossley
est installé sur les réseaux de Lyon, Marseille, Bordeaux
et Nantes, puis sera commercialisé par la SGT jusuq'en 1890
pour la province.

Microphone Crossley à charbon qui inspira Ader.
1880 vu dans Lélectricité N°19 du 5 octobre
1880 Lélectrophone Louis Maiche
(son parcours en détail)
Le système de communications
téléphoniques imaginé par M. Louis Maiche se
compose de deux appareils qui sont tous deux semblables à
celui que nous allons décrire et qui sont mis en rapport
A. une distance quelconque par un fil télégraphique.
 
Lélectrophone de
ce physicien se compose dune boite en bois AA ayant environ
25 centimètres de côté, devant laquelle se
place la personne qui veut parler.
Lintérieur de cette
caisse est doublé dune seconde caisse en verre B,
isolée de la première pur une épaisse couche
de ouate CC ; cest cette caisse en verre qui reçoit
les ondes sonores produites par la parole et transforme le mouvement
vibratoire de lair en action mécanique se résumant
par une différence de pression sur deux billes en charbon
D, qui fixées à deux charnières E E reçoivent
le courant électrique dune pile composée dun
ou deux éléments et transmettent les différences
dintensité résultant des différences
de pression à un téléphone Identique situé
à une distance quelconque et servant de bobine dinduction
au moyen des conducteurs ordinaires.
La bobine dinduction, les
boules en charbon et les conducteurs qui les relient sont disposés
de manière à navoir jamais besoin dêtre
touchés ni réglés. Lappareil, tel quil
est sur le dessin, peut fonctionner indéfiniment sans aucune
espèce de réparation et entre toutes les mains.
A gauche se trouve un petit bouton
G, semblable à ceux des sonneries électriques dappartement.
Quand on parle à une distance
de la cloche en verre, qui peut aller jusquà plusieurs
mètres, celle-ci vibre à lunisson de lair,
et ses vibrations se transforment instantanément et complètement
en effets mécaniques se traduisant par des différences
de pression des deux boules en charbon, lesquelles déterminent
dans la bobine les courants induits qui peuvent être recueillis
à la station darrivée de la même manière
quils ont été produits, cest-à-dire
à laide de la bobine de Ruhmkorff du récepteur.
Les mouvements moléculaires
du verre, dont la surface est cent fois plus grande que celle
du disque vibrant dun téléphone ordinaire,
acquièrent une grande intensité en se concentrant
ou se totalisant sur le point où reposent les boules en
charbon.
Lintensité des effets
ainsi accumulés permet de donner aux boules en charbon
et aux pièces qui les supportent des dimensions et un poids
qui assurent une parfaite stabilité et dispensent de toute
espèce de réglage, en se plaçant bien au-dessus
de toutes les causes de dérangement.
Il ny a plus rien là
qui rappelle le microphone, et cependant la sensibilité
de lappareil est si grande quune résistance
de quinze cents kilomètres nempêche pas dentendre
distinctement les battements dune montre et le souffle de
la respiration.
Parmi les expériences les
plus intéressantes qui ont eu lieu sur lélectrophone,
nous citerons lessai qui a été fait entre
la Chambre des députés et le Sénat ; un autre
entre le Bureau central des lignes télégraphiques
de Paris et celui de Versailles. Deux autres postes sont établis
dans les conditions les moins favorables qui puissent se présenter,
sans que le résultat en soit influencé en quoi que
ce soit. Lun relie les forges dAntoigné (Sarthe)
à la gare de Monbizot ; lautre, partant également
des forges dAntoigné, relie cet établissement
avec les bureaux de M. Chappée, leur propriétaire,
situés au Mans, à une distance de 28 km environ.
Le fil est disposé sur les poteaux ordinaires qui supportent
les fils de lÉtat et ceux de la Compagnie du chemin
de fer de lOuest. Le voisinage de ces fils na rien
de nuisible ; le retour se fait par la terre comme dans les installations
télégraphiques ordinaires.
Dans latelier de M. Louis
Maiche, que nos abonnés pourront visiter, à notre
recommandation, en nous en adressant la demande, nous avons pu
entendre une conversation en intercalant dans le circuit un morceau
de bois blanc dune épaisseur dun décimètre,
et même une cloche de verre, sans que le son de la voix
fût très notablement diminué. Pour exécuter
ces belles et curieuses expériences, il faut appliquer
de chaque côté de la substance intercalée
une feuille détain semblable à celle dun
condensateur. Cette circonstance montre admirablement lextrême
facilité que les courants dinduction ont à
se propager malgré les obstacles dont leur route est semée.
Elle permet de concevoir lespérance
que le courant téléphonique ainsi constitué
puisse être utilisé pour faire franchir à
la parole humaine des mers profondes.
|
Dès que les premiers réseaux
téléphoniques urbains furent installés en France,
la lutte s'engagea entre les constructeurs d'appareils.
Certains réseaux étaient exploités par la Société
générale des téléphones, d'autres restaient
la propriété de l'État,
Évidemment, la Société n'admettait sur ses réseaux
que les appareils dont elle possédait les brevets; mais l'État
restait libre d'adopter pour son service tels appareils qui lui convenaient;
il avait intérêt même, tout en n'admettant que des
instruments de premier choix, à établir la concurrence entre
les fabricants, de façon à faire profiter les abonnés
des perfectionnements que cette concurrence ne manquerait pas de faire
naître.
Pour le bonheur des collectionneurs d'aujourd'hui, le nombre des types
de téléphones, d'abord restreint, augmenta rapidement, à
mesure que la téléphonie elle-même se développait.En
juin 1880, Cornéluis Herz suivant ses travaux
pour la téléphonie il put faire entendre son "condensateur
parlant".
c'est un téléphone à condensateur étudié
pour s'affranchir des longues distances. Mais ce sysème ne sera
jamais adopté en pratique.
En 1881 M. le Dr Herz voulut faire l'expérience de ses appareils
dans des conditions réellement pratiques.
Un certain nombre de lignes télégraphiques de l'État
furent mises à sa disposition, et il put même opérer
sur un câble sous-marin, entre Brest et Penzanec (Angleterre).
Avec ce câble, dans lequel les transmissions télégraphiques
présentent tant de difficultés, on obtint la transmission
assez nette de la parole, Avec les lignes télégraphiques
aériennes la réussite fut plus complète.
Les expériences furent faites, avec succès, d'Orléans
à Blois, puis d'Orléans à Tours. On transmit
ensuite d'Orléans jusqu'à Poitiers, Angoulème,
et enfin Bordeaux, où la distance atteignit 457 kilomètres.
La transmission était parfaitement nette, et les conversations
se faisaient avec la plus grande facilité.
On voulut obtenir davantage; on porta la distance à 1140 Km.
A cet effet, on opéra entre Brest et Tours, en passant par Paris.
A cette distance énorme, on put envoyer et recevoir distinctement
des mots et des phrases.
...
La Compagnie des chemins de fer du Nord fit faire plusieurs expériences
de téléphonie à grande distance entre Paris et Saint-Quentin
et entre Paris et Amiens (retour par Creil). La longueur de la ligne sur
laquelle on opérait dans ces dernières conditions, est de
260 kilomètres environ.
La Compagnie des chemins de fer de l'Est, ainsi que les autres
Compagnies se livrèrent aux mêmes expériences ou se
prêtèrent à celles que l'on voulut faire sur des distances
plus grandes encore.
M. de Parville écrivait à ce sujet : « On a fait au
mois d'août 1880, des expériences intéressantes sur
les transmissions téléphoniques à l'administration
centrale des télégraphes et sur nos principales lignes de
chemins de fer. Après les incertitudes et les tâtonnements
de la première heure, le téléphone entre définitivement
dans le domaine de la pratique.
Déjà, aux États-Unis, on se sert du téléphone
dans les principales grandes villes pour correspondre d'un quartier à
l'autre. Tout porte à croire que Paris va posséder à
bref délai son réseau téléphonique. Chaque
particulier pourra se faire entendre d'un bout à l'autre de la
ville et converser à l'aise à quelques lieues de distance.
Nous croyons bon, à ce propos, de faire connaître sommairement
les résultats des essais qui sont en cours d'exécution.
A l'administration, les expériences entreprises sur l'initiative
du Ministre des Postes et des Télégraphes ont lieu entre
Paris et Versailles, Asnières et Sceaux.
« La distance entre Paris et Versailles est de 21 kilomètres;
entre Paris et Asnières, de 8 kilomètres; entre Paris et
Sceaux, de 10 kilomètres.
Les téléphones sont installés à Paris dans
la salle n° 25 du bureau central, au milieu de laquelle fonctionnent
sans interruption plus de 100 appareils Hughes et Morse. Il était
bon de savoir si, malgré le bruit des manipulations, on pourrait
se servir utilement des téléphones.
« Les téléphones sont en relation avec les fils télégraphiques
ordinaires. Jusqu'aux fortifications, c'est-à-dire sur un parcours
de 4 kilomètres, les fils sont enfermés dans des câbles
; c'est seulement hors de Paris que la ligne devient aérienne jusqu'à
destination. Les transmissions se font par un seul fil. Le retour a lieu
par la terre.
« Dans une première expérience, la communication avec
le sol a été faite en commun avec celle des autres appareils;
dans une seconde, on a relié avec la terre hors de Paris ; dans
une troisième, seulement, à Asnières. Les transmissions
ont été excellentes dans tous les cas, mais naturellement
encore plus accentuées dans la troisième expérience.«
Les essais du bureau central ont été exécutés
avec le téléphone Edison, le seul à à
notre avis, qui, dans l'état, actuel des choses, donne des résultats
satisfaisants aux grandes distances.
Les premières expériences effectuées mettent hors
de doute que l'articulation de la voix est bonne et que les sons se distinguent
nettement avec le téléphone Edison. Pendant plus de deux
heures, les différents employés de l'administration ont
pu communiquer avec leurs collègues des bureaux télégraphiques
de Versailles, Asnières et Sceaux. Les cours de la Bourse ont été
transmis ainsi sans erreur. Les noms propres ont seulement produit de
l'hésitation chez quelques agents. Il semble préférable
de les transmettre lettre par lettre, comme s'il s'agissait de communications
télégraphiques ..............
« Les expériences entreprises par les chemins de fer sont
encore plus concluantes.
Au chemin de fer de l'Ouest, M. Noblet, chef du service télégraphique,
a mis en service un téléphone Edison entre Paris et Saint-Germain
(21 km.), Paris et Mantes (37 km.), Paris et Rouen (140 km.). On se sert
du fil télégraphique aérien sur les poteaux de Saint-Germain;
il est bon de dire toutefois que ce fil est réuni dans un câble,
sur une longueur de 400 mètres environ, avec les autres fils de
la ligne dans la traversée des tunnels.
Les transmissions se font très nettement, plus rapidement et plus
commodément qu'avec les appareils télégraphiques.
Les résultats obtenus de Paris à Mantes ont été
excellents.
De Paris à Rouen la parole arrive nette aussi ; l'intensité
du son est seulement un peu affaiblie ; certains mots doivent être
répétés.
« Sur la ligne du Nord, M. Lartigue a établi un téléphone
Edison, de Paris à Creil (50 km.), de Paris à Creil
par Pontoise (65 km.), de Paris à Amiens avec retour par Creil
(260 km).. Sur les deux premières lignes les communications n'ont
rien laissé à désirer. On a pu parler sans perdre
un mot de la conversation. Sur la troisième, après un parcours
de 260 kilomètres, les sons sont arrivés affaiblis ; pratiquement,
la limite de transmission semble atteinte; il faut élever la voix
et répéter quelquefois le même mot pour pouvoir se
faire entendre. On ne saurait encore dire si l'affaiblissement des sons
est dû à la grande distance franchie ou aux. pertes de courant
résultant des dérivations à la terre.
« Au chemin de fer de l'Est, le téléphone
Edison a été employé entre Paris et Lagny (28 km.)
et Paris et Meaux (40 km.). De l'avis unanime, les transmissions ont été
parfaites........
« En somme, il n'y a aucun doute à avoir maintenant sur ce
point. On peut, en se servant des fils aériens ou souterrains porter
la voix nettement et assez fort à plus de 50 kilomètres
avec le téléphone à charbon et à pile d'Edison;
on peut parler aussi facilement à 5 kilomètres avec le téléphone
magnétique de Phelps, Gray, Gower, en s'isolant du bruit des voitures
et des conversations. Mais le téléphone ne rendra de services
réels aux chemins de fer et aux particuliers que sur des distances
peu grandes; il est évident qu'il y aura surtout avantage à
établir des communications entre les points extrêmes de la
ville et principalement entre le centre de la zone suburbaine et les petites
villes ou les groupes de villas des environs.
Le téléphone Edison reste très pratique dans ces
conditions d'exploitation.
« En résumé, il résulte de ces détails
qu'il est aujourd'hui parfaitement démontré qu'avec des
lignes convenables on peut transmettre la parole à des distances
qui sont, en pratique, largement suffisantes pour assurer le service téléphonique
d'une grande ville. C'est un progrès. »
La même année, le général de Nansouty, qui
a créé au sommet du pic du Midi-de-Bigorre, dans le département
des Hautes-Pyrénées, un observatoire météorologique,
fit installer sur la montagne un téléphone qui met la station
scientifique du pic en communication avec la station télégraphique
de la petite ville do Bagnères-de-Bigorre. La distance est de 26
kilomètres.
D'autres installations téléphoniques particulières
furent également établies à Paris et dans plusieurs
villes de province. sommaireEn 1880 la
« Société Générale des Téléphones
» racheta les divers réseaux,
lexemple de la France sera rapidement suivi
en1880, par : lAngleterre, la Belgique, le Danemark, la Hollande,
la Norvège, la Suède, lAllemagne;
en 1881 par: l'Autriche, lItalie, le Portugal, la Suède;
en 1882 par : la Hongrie, la Russie;
en 1883 par la Chine;
en 1885 par lEspagne
Dès 1880, une prospection commerciale fut entreprise par la
S.G.T. pour constituer des réseaux dans différentes grandes
villes de province.
La S.G.T. mit en service successivement les réseaux de
- Lyon, le 15 octobre 1880,
- Marseille, le 15 décembre 1880,
- Nantes, le 15 janvier 1881,
- Le Havre, le 15 avril 1881,
- et Bordeaux le 30 juin 1881.
Le premier appareil téléphonique
à la Présidence de la République fut installé
en novembre 1880.
On a procédé à l'Elysée, sous la surveillance
du bureau télégraphique, à la pose et installation
d'un téléphone dans le cabinet du président
de la République. Cet appareil est relié par des fils
spéciaux aux bureaux de la présidence de la Chambre,
à ceux de la présidence du Sénat et à
tous les ministères.
Voici comment la presse de l'époque rapporta l'évènement
:
"On a procédé il y a quelques jours à
la pose de l'appareil qui est relié par des fils spéciaux
aux bureaux de la Présidence de la Chambre des Députés,
à ceux de la Présidence du Sénat et aux différents
ministères, de manière que le chef de l'Etat puisse
communiquer verbalement avec tous les membres du gouvernement chaque
fois qu'il sera nécessaire". Mais en fait cette
installation fut réalisée à l'insu du Président.
Le poste "Ader" du Président Grévy
et Monsieur
Cochery Ministre des Postes et Télégraphes
Ecoutons Clément Ader relater dans ses mémoires comment
les choses se sont réellement passées :
"Monsieur Grévy était Président
de la République, Monsieur Cochery Ministre des Postes
et Télégraphes et Monsieur Caël Directeur de
la région télégraphique de Paris. Le téléphone
était peu connu à cette époque. Le Président
ne témoignait aucun désir de l'avoir et cependant
il fallait, dans ses hautes fonctions, qu'il en eût un à
portée de main, sur sa table de travail. Un jour, à
l'insu du Président, nous installâmes une ligne téléphonique
depuis le ministère des Télégraphes jusqu'au
bureau de l'Elysée, aboutissant à un téléphone
placé sur le bureau du Président".
Lorsqu'il entra dans son cabinet, l'appareil attira tout de suite
son attention. Le régisseur, prétextant une raison
de service, s'y trouvait déjà. Le Président
lui demanda : "que signifie cet objet ?, d'où vient-il
? C'est Monsieur Cochery qui a donné l'ordre de le placer
là. Dans ce cas, ce doit être un instrument utile !"
Et aussitôt le régisseur présente l'appareil
au Président en lui expliquant la manière de s'en
servir. Pendant ce temps, Monsieur Caël assurait la communication
avec le Ministre. On devine l'équivoque qui suivit ces préparatifs.
"Mais c'est la voix de Cochery que j'entends, s'écria
le Président... Merci cher ami de m'avoir réservé
cette surprise. Je ne m'attendais pas à une telle satisfaction
!...Merci encore ! "
Et Monsieur Cochery, déconcerté par ces remerciements
inattendus, ne trouvait à répondre que des : "Ah!...Ah!...bien...très
heureux, Monsieur le Président, si j'ai pu vous être
agréable !". |
Fin 1880 La France compte 3039 abonnés au téléphone
sur le réseau public de Paris plus 1812 abonnés hors de
Paris.
En 1880, le réseau téléphonique de Paris n'avait
que 440 kilomètres de développement.Ader continue
ses expérimentations, et dépose de très nombreuses
additions à son brevet initial, ainsi quun nouveau
brevet pour un appareil permettant de retransmettre stéréophoniquement
(cest-à-dire en reproduisant la spatialité de lécoute
grâce à deux micros et deux écouteurs) une représentation
théâtrale
Brevet du 13 janvier 1882 US257453
TELEPHONIC TRANSMISSION OF SOUND FROM THEATERS
sommaire
|
1881 lexposition
internationale délectricité de 1881.
Le directeur de cette exposition
n'est autre que Cornélius Herz .
Le journal La Lumière électrique entama une campagne
en faveur de l'Exposition projetée, et contribua puissamment
à amener son succès.
Au début, l'initiative privée devait se charger
de tous les détails d'exécution et fournir les fonds
nécessaires.
Dans ce but, le docteur Cornélius Herz
avait provoqué la formation d'un comité, composé
notamment de MM. Hébrard, sénateur, directeur du
journal le Temps; Jules Bapst, directeur du Journal des Débats;
baron Jacques de Reinach, Georges Berger, qui devint ensuite le
commissaire général, et le docteur Cornélius
Herz.
Ce comité élabora le plan d'ensemble du projet d'Exposition
internationale d'électricité, et il était
tout disposé à se charger lui-même de son
exécution.
Ce projet, présenté au Gouvernement, ayant été
très chaudement accueilli, par M. Varroy, alors ministre
des Travaux publics, puis par son successeur, M. Sadi Carnot,
fut adopté par le conseil des ministres.
Le Gouvernement, jaloux de s'approprier cette création,
demanda à se substituer à l'initiative privée,
et à faire de l'Exposition d'électricité
une entreprise de l'État. Soutenu par le ministre des travaux
publics Sadi Carnot, le ministre des Postes et Télégraphes,
M. Cochery, fut chargé d'en diriger l'exécution
ainsi que de former un Congrès international d'électriciens.
L'ouverture officielle de cette Exposition, d'un genre absolument
nouveau, se fît le 10 août 1881, en présence
du Président de la République Jules Grévy,
avec une solennité qui convenait à une manifestation
aussi importante, au point de vue des progrès de la science
électrique.
On ne se doutait guère que dans ce vaste Palais de l'Industrie,
construit il y avait trente ans à peine, pour renfermer
des Expositions universelles et générales, s'ouvrirait
un jour une Exposition, non pas même d'une science, mais
d'une branche restreinte d'une seule science.
Ce fut là un phénomène bien remarquable,
et qui montre d'une façon bien frappante le développement
qu'a pris de nos jours l'application des sciences à l'industrie.
Les expositions internationales constituent ces grands rendez-vous
du 19ème siècle entre les états du monde
"développé".
Chacun y expose sa puissance technique et économique dans
une rivalité qui saffirme vouloir nêtre
que "pacifique".
Lélectricité y prend naturellement toute sa
place. Cest le cas à Londres en 1862, à Paris
en 1867 et 1878, à Vienne en 1875 et à Philadelphie
en 1876. Mais lexposition de 1881, à Paris, est
une innovation.
Cest la première fois quune exposition internationale
est entièrement consacrée à lélectricité
et à ses applications. Cette rencontre prendra une importance
particulière avec lorganisation, pendant lexposition,
du premier congrès international des électriciens.
750 000
personnes visiteront lexposition entre le 11 août
et le 20 novembre. Dès lentrée dans le
Palais des Champs-Élysées le spectacle est grandiose.
Au milieu du rez-de-chaussée, un phare électrique,
modèle de ceux qui doivent être installés
sur les côtes, éclaire la salle de ses feux tournants
de différentes couleurs. Ce phare symbolise à
lui seul deux des grandes affaires de cette exposition : léclairage
et lutilisation des génératrices électriques
de forte puissance.
Le Télégraphe :
Le télégraphe occupe nécessairement une
place importante dans cette exposition. Cest en 1838
que Samuel Morse a fait breveter, en même temps que
son alphabet, Depuis cette date le télégraphe
a déjà fait le tour du monde et il sest
amélioré. Le télégraphe à
cadran en usage dans les chemins de fer se lit sur des cadrans
portant les lettres de lalphabet. Le télégraphe
imprimeur de Hughes utilise un clavier du type de celui de
nos actuelles machines à écrire. Le système
Wheatstone utilise des bandes perforées. Le système
Baudot est un concentré dingéniosité.
Il permet dexpédier, ensemble, plusieurs signaux
qui, de plus, sont imprimés à larrivée.
Avec le procédé duplex dEdison les messages
peuvent se croiser sur la même ligne. |
 |
 |
Le Téléphone
Mais lattraction vedette de lexposition
est le téléphone.
Lappareil avait déjà été
présenté en 1876 à lexposition
de Philadelphie.
Le téléphone de Bell et ses variantes, tel
celui de Edison, se répandent avec une extrême
rapidité.
La raison essentielle en est la densité du réseau
de lignes télégraphiques déjà
existantes. Elles sont utilisées par le téléphone
qui a dailleurs souvent été désigné
comme un "télégraphe parlant".
Le problème est cependant celui de la résistance
électrique de ces lignes et la faible intensité
du signal émis.
Les cinq ans qui séparent la découverte de
lexposition de 1881 ont été mis à
profit par Bell lui-même et par dautres ingénieux
techniciens pour trouver des solutions.
Un premier "amplificateur" est utilisé
au niveau de lémetteur. Celui-ci devient un
"microphone" capable de transmettre au loin les
sons les plus faibles.
Sa réalisation met en uvre une propriété
du graphite dont la découverte est attribuée
à lAméricain David Hughes. Lintensité
du courant débité par la pile varie donc au
gré des vibrations et son intensité est bien
plus forte que celle du faible courant produit dans la bobine
inductrice initialement proposée par Bell. Dès
lors la résistance des fils de la ligne télégraphique
nest plus un problème.
Plusieurs microphones sont ainsi présentés
à lexposition dont celui construit par D'arsonval
et Paul Bert (photo ci contre) qui comporte une série
de tubes de graphite soumis à une pression réglable.
sommaire
|
Lexposition de M. Edison
au Palais de lIndustrie, occupe deux salons formant
à eux seuls une exposition complète et unique.
Lélectricité y apparaît sous toutes
ses formes : télégraphes, téléphones,
aimants diviseurs des minerais, phonographe, appareils de précision
pour les expériences de cabinet, électromotographe,
etc. ; et autour de tous ces objets, le long des cloisons, ou
suspendues au plafond, ses lampes isolées sur des genouillères,
des chandeliers, ou groupées dans les cristaux des lustres.
Nous navançons rien de contraire à la plus
stricte vérité, en disant que léclairage
à incandescence de M. Edison, constitue, à cause
de ses dispositions pratiques, industrielles, une véritable
révolution dans l'éclairage de nos immeubles, révolution
que la presse française a unanimement pressentie, et qui
est en voie daccomplissement dans la capitale des États-Unis.
A New-York, les travaux dinstallation sont déjà
faits pour quinze mille lampes; ils se poursuivent activement
dans divers quartiers de cette ville ; lorsquils seront
terminés on dotera les autres villes des États-Unis
et du Canada du système Edison, car pour linstant
il est impossible de répondre à toutes les demandes
qui en sont faites.
M. Edison a exposé une collection de photographies des
fabriques où se construisent le matériel de son
système déclairage, composé non seulement
de sa lampe, mais dune canalisation ingénieuse, dont
tous les organes sont si intimement reliés les uns aux
autres, que, sans elle, lapplication pratique générale
de la lumière élec- tique ne pourrait être
réalisée. Ses barres en matière isolante,
traversées par les conducteurs ; ses boîtes de jonction
doù les barres conductrices se répartissent
dans les rues et dans les maisons ; ses patères dattache
aux cloisons ; ses genouillères semblables à celles
du gaz, sont exposées dans le salon. Il est facile de se
rendre compte que la fabrication de ces objets est du domaine
de lindustrie courante. Une des photographies représente
la première fabrique de lampes établies à
Menlo-Park, la résidence de M. Edison. Elle occupe 150
personnes qui fabriquent 2,000 lampes par jour. On y voit sucessivement
le soufflage du verre, la carbonisation des filaments de bambou,
les pompes à faire le vide dans les lampes, le montage
des lampes et leur emballage. Les machines-outils y sont actionnées
par des machines électro-dynamiques du système Edison.
Auprès de la maison qu'il habite sélève
un laboratoire, subdivisé en sections de physique, de chimie
de métallurgie et de mécanique. Cent personnes environ
y sont actuellement occupées à réaliser,
dans la pratique, les expériences conçues par M.
Edison. Une force motrice de 80 chevaux, disponible nuit et jour,
sert au fonctionnement des machines. Il est aisé de concevoir
quels résultats positifs, sérieux, peuvent être
obtenus par un tel concours defforts réunis sous
la direction unique du savant américain. Ajoutons que sa
bibliothèque est constamment tenue au courant de toute
les publications des sociétés savantes : Comptes
rendus de l'Académie des sciences, Annales de physique
et de chimie, Annales Poggendorf, de Transactions and Proceedings
of the Royal Society of London, Sillimans journal, Il Nuovo
Cimento, etc. A New-York, Goork-Street, la compagnie concessionnaire
du système Edison occupe trois cents ouvriers ; cest
le centre daction actuel. Là, sont rassemblés
tous les moteurs à vapeur, chaudières, machines
dynamo-électriques employés dans le système
Edison et provenant dusines liées à la Compagnie
par un contrat avec cahier des charges.
M. Edison a prévu, pour Paris, le cas où linstallation
de ses deux salons ne suffirait pas à dissiper les préjugés
des personnes que leurs habitudes ou une certaine prévention
desprit, retiennent attachées au système déclairage
au gaz, à lhuile ou au pétrole, etc. Il monte
une chaudière à vapeur pour un moteur de 150 chevaux
; une machine dynamo-électrique à vapeur se composant
dun moteur à vapeur à grande vitesse, parfaitement
équilibré, tournant à 360 tours par minute
et actionnant, à la même vitesse, une armature qui
lui est directement attachée, et dont le poids dépasse
trois tonnes et demie. Cette armature développe une énergie
électrique équivalant à 120 chevaux et est
mise en mouvement par le moteur à vapeur qui en développe
125. Elle doit alimenter sept cents lampes qui serviront à
léclairage du grand escalier du Palais. La quantité
de charbon consommée sous le générateur de
vapeur sera comparée à celle utilisée pour
produire une égale quantité de lumière de
gaz, de façon à établir par une expérience
industrielle, léconomie de la lumière Edison.
Parmi les nombreux appareils du même inventeur, disposés
dans les deux salons du Palais de lIndustrie, fonctionne
le télégraphe quadruplex qui permet denvoyer
à la fois plusieurs dépêches pouvant se bifurquer
dans deux directions par un seul et même fil; le téléphone
à charbon, utilisé actuellement dans le monde entier,
et qui est accompagné de modèles de toutes formes
de cet instrument, depuis la première expérience
avec du charbon en fil jusquau transmetteur de charbon compact
employé pour reproduire les sons de la voie humaine ; tous
ces appareils sont exposés dans une collection historique
qui montre à quel point le sujet a été étudié
par M. Edison.
On voit aussi plusieurs formes de magnéto-téléphones
construits par M. Edison bien avant que cet inventeur ait exécuté
ses premiers essais de téléphone parlant. Citons
également le phonographe qui enregistre la parole humaine,
la reproduit, et qui, par des dispositions toutes nouvelles, la
transmet en outre à distance par le téléphone
; plus loin cest la plume électrique qui permet de
reproduire une lettre, un dessin, à un nombre considérable
dexemplaires. Parmi les appareils servant aux expériences
de laboratoire, se trouvent le microtésimètre avec
lequel, en 1878, M. Edison a pu mesurer les changements les plus
faibles de température. Cet appareil lui a permis de reconnaître
des rayons calorifiques dans les rayons lumineux émis par
la plupart des étoiles fixes: il a aussi démontré
le premier la possibilité denregistrer les phases
de mouvement produites par un rayon de lumière ondulatoire.
Lorodoscope, appareil qui permet de rendre visible la présence
de certaines huiles essentielles et des vapeurs dhydrocarbure,
et denregistrer leur action. Le Webermètre, balance
très délicate qui enregistre la quantité
de courant qui a traversé un circuit pendant un temps donné.
Les avantages de cet instrument seront très appréciés
par les physiciens qui soccupent des quantités électriques
et connaissent la valeur du pont de Wheatstone et du galvanomètre
de Thompson. Le "Webermètre révèle et
permet de mesurer un courant si faible quil ne déposerait
que dix milligrammes de cuivre dans lespace d'un siècle.
L'électromotographe, qui permet de transmettre la parole
au loin comme le télé phone, mais en la reproduisant
avec son intensité naturelle, est lobjet de la vive
curiosité du public.
sommaire
Le Ministère des Postes
et Télégraphes aux commandes.
La mise en uvre de
lexposition de 1881 a été confiée
au Ministère des Postes et Télégraphes
désigné sous le sigle P&T.
Le téléphone c'est la merveille, le grand évènement
de lExposition de 1881 pour le public, et lon
peut ajouter, pour les savants eux-mêmes.
Cest une foule qui se précipite tous les soirs
dans les quatre salles destinées aux démonstrations
du téléphone. Il faut attendre souvent plusieurs
heures avant dentrer, par groupes de vingt, dans une
salle dont les murs sont tapissés de tapis dOrient
et le sol recouvert dun épais tapis. Là,
chacun peut écouter pendant 5 minutes les airs qui
se chantent ou se jouent à lOpéra relié
à la salle par une ligne traversant les égouts.
Laccueil est enthousiaste : " Il faut avoir entendu
dans les téléphones de lExposition dElectricité,
pour se rendre exactement compte de la délicatesse
avec laquelle les sons se trouvent transmis. Non seulement
on entend les artistes, mais on reconnaît leur voix,
on distingue les murmures du public dans la salle, on perçoit
ses applaudissements. |
 |
La plus importante exposition
téléphonique fut celle de la S.G.T .
La Société générale des Téléphones
est propriétaire ou concessionnaire exclusive, en France,
des brevets relatifs aux appareils indiqués dans son catalogue
comme brevetés. Elle entend exercer tous ses droits sur
les appareils et sur leurs dérivés couverts par
ses brevets.
En conséquence, elle seule construit ou fait construire
les appareils faisant lobjet de ses brevets; ils ne peuvent
être vendus que par elle ou par les intermédiaires
auxquels elle en fournit; ils portent tous sa marque et
son poinçon.
Tout appareil qui ne porterait pas cette marque sera réputé
contrefait. La Société poursuivra les constructeurs,
introducteurs, vendeurs et détenteurs dappareils
contrefaits.
M. Ader, qui avait présidé de la manière
la plus intelligente et la plus heureuse à toutes ces installations,
fit ainsi reconnaître la supériorité de son
appareil et les appareils de diverses sortes posés chez
les abonnés furent tous retirés et remplacés
par le téléphone à microphone Ader.
De cette époque date réellement l'extension de la
téléphonie en France.
Elle avait établi dans l'intérieur du Palais de
l'Industrie un bureau central desservant une trentaine de stations
repérées par des numéros et éparpillées
dans toutes les parties du Palais.
Pour diminuer les bruits ambiants, chaque poste téléphonique
était installé dans une sorte de guérite
en bois de chêne dont l'intérieur était capitonné
sur toutes ses faces (en quelque sorte ce furent les premières
cabines téléphoniques publiques).
Ce qui détermina le triomphe
de la téléphonie, à l'Exposition d'électricité,
celui d'abord la distribution, à l'intérieur du
palais, d'un certain nombre
de pavillons téléphoniques, sortes de petits réduits
dans lesquels on avait établi des pupitres de téléphone
Ader, que le public faisait lui-même
parler.
La commission supérieure de l'Exposition avait pensé,
avec raison, que c'était là le meilleur moyen de
convaincre les visiteurs de la valeur et de l'utilité pratique
de la nouvelle invention de la téléphonie.
Mais ce qui fit particulièrement le succès de la
téléphonie, ce fut le coup de théâtre
c'est le cas de le dire des auditions musicales.
M. Ader parvint à résoudre le problème, jusque-là
fort imparfaitement résolu, de faire entendre à
plusieurs kilomètres de distance un orchestre, des churs
et des chants d'opéra.
Déjà sans doute, et dès les premiers temps
de sa découverte, c'est-à-dire en 1877, M. Graham
Bell était parvenu, en modifiant son transmetteur, à
faire entendre, de Boston à Salem, des chants, un solo
d'instrument et même quelques morceaux d'orchestre. Mais
si l'on essayait d'augmenter le nombre des chanteurs et des instruments,
l'audition devenait confuse et incomplète.
M. Ader s'occupa, avec une ardeur sans égale, à
vaincre toutes les difficultés du transport téléphonique
des représentations théâtrales, et il parvint
à en triompher merveilleusement. En disposant sur le théâtre
plusieurs transmetteurs microphoniques, convenablement distribués,
et aboutissant tous au même récepteur, il parvint
à faire entendre au Palais de l'industrie les chants, l'orchestre
et les churs qui composaient une représentation du
Grand Opéra. Le plus grand succès fut l'installation
des auditions téléphoniques
du grand Opéra. désigné sous le nom de
"théatrophone",
et fonctionne en stéréophonie.
Devant la scène de lopéra des "transmetteurs"
(larges plaques posées sur des tiges de graphite), sont
disposées de chaque côté de la loge du souffleur.
Chaque série est reliée à lun des deux
écouteurs dont dispose lauditeur restituant ainsi
le "relief" du son.
Si le téléphone est une révélation
pour la majorité des visiteurs, ce nest pourtant
pas une nouveauté à Paris.
Il y existe un réseau dont ses promoteurs nhésitent
pas à affirmer quil est "le plus parfait de
ceux fonctionnant aujourdhui, tant en Europe quaux
Etats-Unis" .
A cette exposition Louis Maiche
représentait "La société de l'électrophone"
et ses nombreux appareils divers.
SOCIÉTÉ DE
L'ÉLECTROPHONE L. MAICHE & C ie PARIS 3,
RUE LOUIS LE GRAND PARIS
M. L. Maiche, dont les découvertes scientifiques et
industrielles sont bien connues, expose toute une série
dappareils, qui se distinguent par un caractère
de frappante originalité et une grande fécondité
de conception. De nombreux problèmes, parmi les plus
complexes de la science électrique, ont été
abordés par lui avec une véritable hardiesse,
et sont résolus sous nos yeux de la manière
la plus heureuse.
Chacun deux ayant une importance pratique considérable,
nous allons les examiner en détail et séparément
:
Électrophone. (Transmetteur de la parole à
grandes distances.)
Cet appareil est exposé dans la grande galerie du premier
étage, où deux postes ont pu être établis
à chacune de ses extrémités. Il fonctionne
au milieu du bruit des machines, du piétinement et
des conversations des promeneurs, sans quaucune précaution
ait été prise pour se soustraire à ces
inconvénients. Ces conditions fâcheuses ont été
choisies à dessein pour démontrer au public
la supériorité de lappareil. Nous avons
été frappés par la hauteur du ton et
la netteté de la voix transmise; malgré les
bruits environnants, pas un mot dune lecture rapide
à voix basse ne nous a échappé. Il nétait
pas nécessaire de sapprocher de lappareil
pour parler, nous pouvions même lui tourner le dos.
Cest certainement, suivant lopinion de toutes
les personnes présentes, le plus puissant des appareils
connus.
Mais cest surtout en vue des longues distances que M.
Maiche a combiné les différentes parties de
son électrophone. On sait que la transmission de la
parole sur les lignes télégraphiques, présente
des difficultés de toutes natures; M. Maiche les a
surmontées avec un rare bonheur. Les journaux scientifiques
ont relaté les essais de son appareil, faits de Calais
à Douvres et de Douvres à Londres, dans laprès-midi,
à lheure où le service des lignes télégraphiques
est le plus actif : on sait que ces expériences ont
eu le succès le plus complet. La conversation sest
effectuée entre ces points pendant plusieurs heures,
librement, et sans interruption. Pour obtenir ce résultat,
il fallait, entre autres difficultés, supprimer les
bruits dinduction produits parles fils conducteurs les
uns sur les autres, sous linfluence de lenvoi
de dépêches télégraphiques dans
les lignes voisines, bruits qui sont assez hauts pour couvrir
la voix.
Suppression de linduction. Une expérience
extrêmement curieuse est faite sous nos yeux, en vue
de démontrer lefficacité des moyens employés
par M. Maiche pour anéantir ces bruits dinduction,
et laisser subsister la voix dans toute sa plénitude.
On se sert dun câble renfermant trois fils isolés.
Dans lun de ces fils, passe le courant interrompu dune
pile; le deuxième est mis en rapport avec un téléphone
ordinaire, dans lequel on entend un bourdonnement insupportable;
le troisième est celui qui relie, entre eux, deux électrophones.
Le bruit produit par le courant interrompu de la pile, et
qui est entendu avec tant de force dans le deuxième
fil, nest plus perçu dans le troisième
(qui est cependant voisin du premier au même degré
que le deuxième), il se trouve complètement
anéanti, et le tic-tac dune montre, placée
près de lun des électrophones, est clairement
et seul entendu à lautre poste, bien que des
résistances équivalant à plusieurs milliers
de kilomètres aient été interposées
dans le circuit.
Transmission et réception de plusieurs voix sur
un seul fil. M. Maiche nous fait aussi voir la transmission
et la réception simultanée de plusieurs voix
sur une même ligne. Au départ, deux personnes
parlent en même temps. A larrivée, deux
personnes écoutent. Chacune de ces deux personnes entend
séparément la voix quelle veut entendre,
et sans aucun mélange. Dans les appareils télégraphiques
Duplex, on utilise le temps perdu entre lenvoi de chaque
signal. Ici, rien de semblable : les voix sont mélangées
sur la ligne et se séparent à larrivée.
Condensateur expéditeur de la parole.
Lutilisation du condensateur (un simple cahier de papier)
comme expéditeur de la parole est toute une révélation.
Il est employé seul, cest-à-dire sans
le secours daucun téléphone, microphone
ou bobine. On avait déjà réussi à
se servir du condensateur comme récepteur, mais jusquà
présent, personne navait imaginé de lutiliser
comme transmetteur. La découverte de M. Maiche sur
ce point est certainement grosse pour lavenir, le condensateur
présentant sur le microphone des avantages pratiques
marqués. Nous ne nous étendrons pas davantage
sur ce sujet; nous nous contentons den signaler toute
limportance, et de mentionner les résultats très
surprenants obtenus par M. Maiche.
M. Maiche expose aussi, dans cet ordre didées,
une collection des appareils dits « électrophones
», quil a imaginés jusquà
présent, et qui ont subi peu à peu les transformations
qui ont abouti au type actuel. Nous remarquons, entrautres,
lappareil breveté en 1878.
Cest une caisse sonore, transmettant les vibrations
du son à une série de charbons cylindriques
disposés dune manière spéciale.
Cette disposition des charbons multiples avait donné
lieu, dans lorigine, à quelques critiques, cependant
elle forme la base des imitations que constituent certains
appareils actuels très prônés. M. Maiche
y a substitué depuis ses dispositions actuelles qui,
suivant lui, sont bien préférables. Télégraphie.
On sait de quelle utilité sont ces relais qui permettent
lenvoi de dépêches à de très
grandes distances.
Le système exposé par M. Maiche permet la transmission
de ces dépêches à des distances illimitées.
Pour le démontrer, M. Maiche fait fonctionner un récepteur
ordinaire de Morse au moyen dun seul élément
de pile, même le plus faible, en employant pour résistance
le vide dun tube de Geisler. Chaque signal qui simprime
à larrivée paraît dabord sous
la forme dune lueur dans le tube, ce qui permet au public
de « voir passer » la dépêche.
Pile inusable. La pile télégraphique
Maiche a vivement excité lattention des électriciens.
La dépolarisation seffectue par la combinaison
de loxigène de lair avec lhydrogène
de leau, sous l'influence de charbons platinés
humides, renfermés dans un vase en porcelaine plongeant
légèrement dans de leau acidulée.
Une petite coupe en porcelaine, disposée au-dessous
du vase poreux, contient un peu de mercure, sur lequel repose
le zinc. Des conducteurs en platine transmettent le courant
à deux bornes fixées à un couvercle en
ébonite qui recouvre le bocal, et sert de support à
tout le système. Le résultat se résume
ainsi : usure du zinc réduite à ses dernières
limites ; dépolarisation indéfinie ne coûtant
rien ; constance rigoureuse ; grande propreté. Pour
la télégraphie, les sonneries, les signaux,
etc., on peut dire que cest la pile par excellence.
Sa force électro-motrice est égale à
1,250, celle de Daniel étant égale à
1,000.
Lumière électrique à domicile.
Il nous reste à parler du système de régénération
des piles, imaginé par M. L. Maiche.
Ce système nau aucun rapport direct avec les
appareil dits « accumulateurs. » M. Maiche a pour
but de fournir la lumière électrique à
domicile de la manière suivante, qui est des plus simples
: Étant donné une pile capable de produire cette
lumière électrique (500 bougies, par exemple),
cette pile, sans odeur, nayant besoin daucun entretien,
est enfermée dans un endroit quelconque de lappartement,
ou même de la cave. Pour séclairer, il
suffît de tourner un commutateur, et la pile fonctionne
sur toute espèce de lampe électrique. Elle finirait
par sépuiser après huit ou dix heures
de travail, mais un simple fil conducteur la met en rapport
avec une usine électrique, installée plus ou
moins loin, laquelle transmet à la pile, par ce même
conducteur, un courant électrique inverse. Ce courant
régénère la pile, pendant la journée,
la remet dans son état primitif, et la rend ainsi propre
à servir de nouveau sans délai. Cette pile se
régénère ainsi indéfiniment, au
fur et à mesure quon la utilisée.
On voit, par le rapide exposé que nous venons de faire,
tout lintérêt que présente lexposition
de M. Maiche. Cet intérêt explique laffluence
de public que lon remarque dans cette partie du Palais.
Nous regrettons que le cadre qui nous est imposé ne
nous permette pas de nous étendre davantage sur le
côté technique de chacune des inventions que
nous venons dénumérer. Mais nos lecteurs
auront pu néanmoins se rendre compte de la grande importance
pratique de ces travaux considérables, et ceux qui
auront été à même de les examiner
sur place partageront certainement les impressions que nous
avons exprimées au début de cet article. |
Entre le palais du Trocadéro
et un autre palais hâtivement bâti sur le champ de
Mars, la galerie des machines, la galerie du travail, l'exposition
sur l'histoire de l'industrie abritent les merveilles du «
siècle de l'industrie ».
Dans un coin de la section électricité, un petit
dispositif pour le moment n'attire guère l'attention. On
l'appelle le téléphone.
La commission chargée de mettre en place la section d'électricité
de l'Exposition a même failli l'oublier.
Pourtant les représentants commerciaux des inventeurs américains
Bell et Edison
s'activent. Ils ont déposé des brevets en Europe
et rassemblent des capitaux pour monter des sociétés
de Téléphone. Ils adressent au ministre des P. et
T. des demandes de concession en bonne et due forme.
Fort heureusement, Cornelius Roosvelt chargé par
Bell de l'exploitation du téléphone en France avait
profité de cette opportunité pour demander un espace
aménage à l'exposition, car depuis l'exposition
de 1876 à Philadelphie, le téléphone Bell
n'avait pas beaucoup d'audience auprès du public.
Bell n'était pas le seul dans le domaine, il y avait l'italien
Righi avec un téléphone plus abouti ... En
voici une Note de M. Righi, présentée par M. du
Moncel. (Extrait) lors des Comptes rendus hebdomadaires des séances
de l'Académie des sciences
« Le récepteur
de ce téléphone est, à peu près,
un téléphone Bell; seulement, la lame de fer
est fixée sur une membrane de papier parchemin, tendue
au fond d'un entonnoir, et l'aimant est plus gros qu'à
l'ordinaire. Le transmetteur se compose d'une planchette dé
bois, ou d'une lame métallique, ou encore d'une membrane
tendue, au- milieu de laquelle est fixée une pièce
métallique dont la surface inférieure est plane.
Cette pièce s'appuie sur de la poudre conductrice contenue
dans un dé métallique, qui est porté
par une lame élastique pressée par une vis.
La poudre peut être formée d'argent, de cuivre,
de fer, de charbon, de plombagine, ou mieux encore d'un mélange
d'une des dernières substances avec de l'argent. »
Le courant dune pile passe par la poudre et par la bobine
du récepteur. Les trépidations de la pièce
métallique qui touche la poudre produisent dans celle-ci
des variations notables de conductibilité, qui donnent
lieu à des variations d'intensité dans le courant,
et enfin à des vibrations dans la membrane du récepteur,
L'avantage qu'il y a à faire usage d'une poudre au
lieu de corps solides, tels que le charbon ou le graphite,
c'est qu'avec ces corps, qui sont friables, des parcelles
se détachent et donnent lieu à des sons discordants
qui empêchent de bien comprendre les mots.
Pour correspondre entre deux postes, il faut placer, à
chacun, un transmetteur et un récepteur. Une boussole
indique le passage et l'intensité du courant, et un
commutateur permet d'enlever du circuit le transmetteur dans
le poste où l'on écoute. Ou peut faire fonctionner
l'appareil avec des lignes d'une grande résistance,
en adaptant des bobines d'induction. A chaque poste, on a
une pile dont le courant se ferme, en passant par le gros
fil de la bobine d'induction, dans le récepteur et
dans le transmetteur (lorsque l'on transmet). - On a ainsi
deux circuits indépendants dans les deux postes. Un
troisième circuit est formé par la ligne de
terre et le fil fin des ,deux bobines. On a pu intercaler
des bobines de résistance représentant 2000
kilomètres, sans que les sons aient été
sensiblement affaiblis. Enfin, celui qui écoute dans
un des postes peut, à tout moment, parler à
son tour et interrompre, s'il le faut, son correspondant.
» |
A l'exposition universelle
de 1881, on pourra voir fonctionner le premier commutateur
téléphonique automatique au monde. (brevet automatic
telephone-exchange 22.458 de 1979 ).
Une invention de Daniel et Thomas Connolly
et J.McTighe Américains de Grande Bretagne en 1879
inventent le , il sera perfectionné
en 1881, et breveté en 1883.
L'utilisation d'un cadran est beaucoup plus ancienne que le téléphone.
il a été suggéré par William F.Cooke
en 1836 en liaison avec la télégraphie et a été
utilisé pour la première fois dans le télégraphe
à cadran de 1839 du Professeur Wheatstone. Au cours des
années suivantes, il a fait l'objet de nombreuses améliorations
et a été utilisé non seulement dans les systèmes
de télégraphie à cadran, mais aussi dans
les systèmes d'alarme d'incendie et de messagerie de district.
Le premier cadran de téléphone pour le système
Connolly est alors inspiré
du système télégraphique Froment de 1851
Le cadran
Connoly
le cadran Froment
|
Trente postes téléphoniques
à pupitre Ader sont disponibles sur l'exposition pour communiquer
sur l'ensemble de l'exposition.
Afin de s'isoler du bruit ambiant ils étaient installés
dans des guérites en bois, capitonné à l'intérieur
. Ce sont ces même premières cabines téléphoniques
que l'on commencera à installer sur les réseaux en 1885
!
On découvre ainsi dans les allées de l'exposition les nouveaux
appareils de Wheatstone destinés à la transmission automatique
des dépêches par l'appareil Morse et «augmentant donc
dans une large proportion la capacité des lignes.
Une grande place est accordée également aux appareils imprimeurs
de Dujardin, D'Arlincourt, Bijeon, Digney ou bien encore Hughes. Ces appareils,
ainsi que les appareils autographiques de Meyer et Lenoir issus des travaux
de Caselli, posent les jalons des futurs développements du télex
à partir de la fin des années 1920 et de la télécopie
dans la première moitié des années 1970. Outre les
progrès techniques, l'exposition laisse entrevoir l'importance
croissante de la télégraphie électrique. Depuis l'exposition
de 1867, la télégraphie a confirmé et accentué
son rôle économique et stratégique. Le réseau
des câbles sous-marins dépasse alors la longueur totale de
60 000 milles marins. De réelles évolutions se sont manifestées
dans les modes de réalisation des câbles. De véritables
progrès ont vu le jour dans la technique de pose dans les fonds
sous-marins. Quant aux tentatives de transmissions stimultanées
sur un même fil (transmissions en temps partagé), elles viennent
d'aboutir avec les travaux de Wheatstone, de Meyer et surtout avec les
recherches accomplies par le télégraphiste français
Emile Baudot.
Le téléphone, quant à lui, n'occupe qu'une place
médiocre à l'exposition. L'accueil qui lui a été
fait en 1877 quand Antoine Bréguet l'a présenté à
l'Académie des sciences, est loin d'être enthousiaste. Ce
n'est que discrètement et après bien des pressions
dont celle de l'empereur du Brésil qu'il trouve une modeste
place, «perdu» dans des collections d'appareils télégraphiques.
Si le télégraphe et les techniques qui s'y rapportent (dont
le «télégraphe parlant» de Graham Bell) occupent
donc en 1878 un certain espace, nombreux sont les chroniqueurs qui se
plaignent du peu de place accordée aux autres applications de l'électricité
:
Les démonstrations emportèrent l'adhésion des journalistes
mais pas celui du public qui était plutôt interessé
par le phonographe d'Edison.
Le résultat obtenu fut l'inverse de celui attendu.
L'autre succès est le Théatrophone
de Ader , sous l'initiative de Antoine Breguet il réalisa l'installtion
de transmetteurs Ader à l'Opéra de Paris. Des récepteurs
étaient disponibles dans un salon de l'exposition pour pouvoir
écouter à distance ce qui était joué à
l'Opéra.
La maison Breguet et la SGT reçurent un diplôme d'honneur
à l'issue de l'exposition. Clément Ader reçu une
médaille d'or.
Avec plus de 900 000 visiteur, l'Exposition de 1881 réussit,
comme on le sait, au delà de toutes les espérances.
Aussi, dans l'année qui suivit, le Gouvernement français
voulut-il témoigner sa reconnaissance à l'initiateur d'une
manifestation si heureuse pour notre pays, en nommant M. le docteur Herz
officier de la Légion d'honneur. M. LARTIGUE donne quelques renseignements
sur l'installation des lignes téléphoniques à Paris
.
Les fils sont partout doubles , pour éviter l'induction . Pour
les auditions de l'Opéra , il existait dix microphones de chaque
côté de la rampe ; les récepteurs étaient divisés
en 10 séries , de 8 chacune ; chaque microphone correspondant à
8 téléphones , places en tension , destinés chacun
à l'oreille droite d'un auditeur , et le microphone symétrique
à 8 téléphones destinés à l'oreille
gauche . Le récepteur était le téléphone Ader
å surexcitateur . Le courant était fourni à chaque
microphone par 15 éléments Leclanché fonctionnant
successivement par séries de 3 : la bobine intercalée dans
le circuit avait un circuit inducteur dont la résistance était
1 ohm,5 et un circuit induit de 150 ohms . Chaque bobine du récepteur
avait une résistance de 40 ohms : la résistance totale de
chaque récepteur est de 80 ohms . sommaire
La société SGT lance en
1881 le Théâtrophone,
sur une idée de C.Ader. Ecouteurs
à l'exposition Transmetteurs
à l'Opéra
La SGT se distingua lors de lexposition internationale délectricité
de 1881, avec la mise en place dans lenceinte de lexposition
du « théâtrophone»
permettant dentendre les spectacles donnés à lOpéra
ou à la Comédie française.
Des micros sont installés de chaque côté de la scène
de l'Opéra Garnier et permettent découter lopéra
en restant chez soi. Il s'agit de simples micro au carbone à simple
phase, une technologie ancienne qui ne permettait pas un très bon
rendu acoustique et musical. Même si les micros sont installés
de chaque côté de la scène cela ne signifie pas que
le spectacle était retransmis en stéréo.
Le système sera rapidement étendu à d'autres salles
de spectacle. Le Tribut de Zamora de Charles Gounod fut le premier opéra
de lhistoire à être retransmis via des fils téléphoniques
dans un autre immeuble. Au lendemain de la quinzième représentation,
on pouvait lire dans Le Ménestrel du 22 mai 1881 : « [Le
téléphone] a été mis en communication avec
la salle de lOpéra, à lheure même des
représentations. Réussite complète ! On entendait
parfaitement, rue Richer [dans les magasins de lOpéra], les
voix de Mmes Krauss, Dufrane, Janvier, celles de MM. Sellier, Melchissédec
et Lorrain, dans Le Tribut de Zamora. » « C'est très
curieux. On se met aux oreilles deux couvre-oreilles qui correspondent
avec le mur, et l'on entend la représentation de l'Opéra,
on change de couvre-oreilles et l'on entend le Théâtre-Français,
Coquelin, etc. On change encore et l'on entend l'Opéra-Comique.
Les enfants étaient charmés et moi aussi »
...
Inventeur et maître duvre de ce système qui fut
lun des clous de cette exposition, Clément Ader fut récompensé
par une médaille dor
Ce succès contribua à renforcer les liens entre Ader et
la Société générale des téléphones.
Cest au cours de lannée 1881, en effet, que cette dernière
devint propriétaire des inventions de Clément Ader et quelle
sassura sa collaboration exclusive en matière de téléphonie.
On pouvait lire dans la revue "L'Electricien" de 1881, l'article
de A. NIAUDET .
Il a été fait ces
jours derniers entre l'Hippodrome et les bureaux de la Compagnie
internationale des Téléphones , 15 , place Vendôme
, une expérience intéressante . L'orchestre de l'Hippodrome
, qui joue dans la journée et le soir pour les deux représentations
quotidiennes , a été entendu par de nombreux invités
réunis place Vendôme . Il y avait là 96 récepteurs
téléphoniques ; chaque auditeur en ayant deux , 48
personnes pouvaient entendre à la fois .
Nous allons entrer dans quelques détails sur les dispositions
prises par le docteur J. Moser pour obtenir ce résultat .
Grâce à la complaisance de l'administration de l'Hippodrome
et à celle de la Société générale
des Téléphones , on a pu faire usage des deux fils
qui servent habituellement à la direction de l'Hippodrome
qui compte parmi les abonnés du réseau de Paris .
Mais de ces deux fils , il en fallait un pour l'échange des
conversations , ordres donnés , avis transmis , etc. , etc.
, tout à fait indispensables pour mener à bien une
opération exécutée , comme celle - ci , entre
deux points éloignés .
Il ne restait donc plus qu'un seul fil pour l'audition musicale
. Voici comment les appareils étaient disposés à
l'Hippodrome .
Il y avait 25 transmetteurs microphoniques montés sur une
planche unique , placée elle - même un peu inclinée
sur l'horizon tale et au - dessus du chef d'orchestre . Les microphones
étaient , bien entendu , au - dessus de la planche , protégés
de la poussière par une boîle légère
. La planche elle - même était suspendue par quatre
cordes . La pile agissant sur ces microphones était composée
de 5 accumulateurs Reynier - Faure au début ; l'intensité
du courant était indiquée par un galvanomètre
Deprez placé dans le circuit ; on la maintenait sensiblement
constante en ajoutant à ces 3 accumulateurs un autre , puis
un autre , jusqu'au nombre total de 9. Le résultat aurait
pu être obtenu également avec 5 éléments
Danvell modèle Reynier , qui ont une très faible résistance
et une constance absolue . Le courant de la pile est dérivé
entre les 25 microphones , puis dans les 24 fils primaires de 24
bobines d'induction , montés par 2 en série et 12
en dérivation . L'intensité du courant est de 12 ampères
environ .
Les 24 circuits secondaires des 24 bobines d'induction sont groupés
par 4 en série et 6 en dérivation . La résistance
de chacune est de 300 ohms , soit pour leur ensemble 1200 ohms .
La ligne de l'hippodrome , de 3512 mètres de longueur , aboutit
66 , rue des Petits - Champs , à l'un des bureaux de la Société
générale des Téléphones auquel aboutit
également la ligne de la place Vendôme qui est très
courte . Avec le raccordement à la rue des Petits - Champs
, la communication était établie . Les récepteurs
du type Ader étaient groupés par 16 en série
et 6 en dérivation .
La netteté de l'audition a été parfaite et
il a paru que tous les auditeurs , ceux de l'après - midi
et ceux du soir , partaient satisfaits .
Nous ne croyons pas qu'on puisse
contester qu'il y ait là un progrès sensible sur
le mode d'installation mis en uvre entre l'Opéra
et le palais de l'Industrie , lors de l'Exposition d'électricité
de 1881. Il y avait d'un côté 10 microphones et de
l'autre 80 récepteurs ; mais la moitié seulement
des récepteurs était en service à la fois
; il y avait donc en fait 4 récepteurs par microphone avec
2 fils , soit en tout 20 fils . La réduction du nombre
des fils facilitera la pose ; elle diminuera le coût de
l'installation , et par suite permettra un plus grand nombre d'applications
.
L'expérience de M. Moser
a été faite avec un seul fil , parce que le second
avait un autre usage ; mais nous ne prétendons pas que
, dans d'autres cas , il faille n'employer qu'un fil ; tout au
contraire , nous pensons qu'il conviendra généralement
d'unir ainsi deux fils pour éviter les bruits d'induction
.
Nous dirons en terminant que dans
les dispositions de M. Moser la principale nouveauté consiste
dans l'association en dérivation des 25 microphones , dans
l'association des 24 fils secondaires des bobines d'induction en
tension et en quantité comme on fait avec des éléments
de pile .
P.-S. Nous apprenons au
moment de mettre sous presse que la Société technique
russe a été chargée , par la Direction de
l'Exposition d'électricité à Saint - Pétersbourg
, d'établir entre l'Exposition et le Grand Opéra
des auditions téléphoniques .
Il y avait 8 téléphones Blake , placés
dans les loges , parce que des difficultés assez grandes
s'opposaient à ce qu'on les mit devant la rampe . Chacun
d'eux n'avait qu'un seul élément Leclanché
, mais on le remplaçait de temps à autre par un
second de rechange , au moyen d'un commutateur .
Les fils secondaires des transmetteurs étaient groupés
par 4 en tension , de sorte qu'il y avait deux circuits allant
à l'Exposition , composés chacun d'un fil isolé
et de la terre pour le retour . On plaça les deux fils
, chacun d'un côté du canal , pour éviter
l'induction ; c'était là un avantage , mais payé
par une double dépense de poteaux .
Chacune de ces lignes , y compris les appareils , avait une résistance
de 1171 ohms .
Les récepteurs étaient au nombre de 20 pour chaque
circuit , soit 40 en tout , ou 20 auditeurs simultanés
.
Cette expérience pratique
est intéressante , mais on voit qu'elle a été
dépassée par celle de Paris .
|
Antoine Breguet avec Clément Ader,
qui présentent le « théâtrophone », audition
téléphonique de lOpéra, ce qui constitue le
plus grand succès de lExposition internationale. En même
temps, il lance la construction de nouveaux ateliers au 19, rue Didot
dans le quartier de Plaisance (14e arrondissement) dont il ne verra pas
lachèvement. Surmené, Antoine Breguet succombe à
31 ans, le 8 juillet 1882, à un accident cardio-vasculaire. Il
est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.
sommaire
Durant la première moitié des années 1880, cette
collaboration fut intense et, en 1884, Clément Ader était
à lorigine de près de 74 brevets et certificats daddition.
Limplication de Ader dans la téléphonie lui permet
par ailleurs délargir son réseau dinfluence
: impressionné par le succès de linstallation au Palais
de lindustrie, Adolphe Cochery, ministre des Postes et Télégraphes,
le fait nommer chevalier de la Légion dhonneur :
Pendant près de vingt ans, Clément Ader fut donc un collaborateur
essentiel de la Société des téléphones.
Ader écrivit à M. Chaumet, sous-secrétaire aux postes,
pour l'informer qu'il était disposé à donner à
l'État la marque des récepteurs-Ader "dont il pourrait
exclusivement se servir". (Ader fournira dans sa vie d'autres marques
de désintéressement).
La réponse vint à quelque temps après sous la sous
forme d'un avertissement de l'administration des P.T.T. lui réclamant
le paiement de sa ligne téléphonique personnelle. Ader,
inventeur des appareils téléphoniques français, répondit
qu'il ne paierait pas, laissa couper sa ligne et jamais plus de sa vie
n'eut de téléphone à son domicile.
Le succès général de la téléphonie
à l'Exposition d'électricité de Paris détermina
la création de la correspondance téléphonique en
France.
Déjà l'Amérique avait pris les devants, et appliqué
sur une assez grande échelle cette invention au service du public,
pour remplacer le télégraphe électrique. On mit plus
de temps en France à l'adopter. L'administration des télégraphes
suscitait toutes sortes de difficultés et d'obstacles à
une méthode de correspondance rapide, dont elle redoutait, à
bon droit, la concurrence pour la télégraphie électrique.
Ces résistances, toutefois, ne pouvaient durer. Trois compagnies
s'étaient créées à Paris, pour exploiter les
correspondances par le téléphone, et chacune avait adopté
des appareils différents.
Devant se développer après le succès de l'exposition,
les demandes abondent et pour faire face la SGT doit quitter son petit
atelier qui ne prduit qu'une centaine de poste par mois. Celle i décide
alors à procéder à une augmentation de capital et
pour aller plus vite il est nécessaire de dissoudre la société
et d'en recréer une autre . Ce sera fait le 4 novembre 1881 lors
d'une assemblée extraordinaire.
Les nouveaux statuts de la " Société Générale
des Téléphones, Réseaux téléphoniques
et Constructions électriques" sont déposés le
16 novembre.
(Les noms de Gower et Edison ont disparus !!)
Son siège social rue Neuve-des-Petits-Champs est transféré
au 41 rue Caumartin en 1882.
Les activités de la SGT sont alors :
- L'exploitation des réseaux téléphoniques de Paris
et des plus importantes villes.
- La construction et la vente des appareils électriques
- Les industries se rapportant à la fabrication de câbles
électriques et à l'emploi du caoutchouc et de la gutta percha.
Le nombre des abonnés inscrits à Paris, à la Société
générale des Téléphones, qui n'était
que de 1602 vers la fin de 1881, était un an plus tard de 2394.
C'était une augmentation de 792 abonnés en un an; en province,
l'augmentation était de 664 dans le même laps de temps; ce
qui formait un total de 3846 abonnés au 30 septembre 1882.
Nantes : Un appareil téléphonique affecté au service
des abonnés (cabine publique) fut installé à cette
époque à l'hôtel de la bourse, ainsi qu'à la
préfecture.
L'ancienne société des téléphones
est liquidée : Extrait dans "Le Courrier du Finistère"
du 10 décembre 1881, on y lisait :
Le Journal général
d'Affiches publie l'avis suivant :
La Société générale des Téléphones,
systèmes EDISON, GOWER et autres, en liquidation, a l'honneur
d'inviter MM. les actionnaires à déposer leurs actions
au siège social, 66, rue des Petits-Champs, à Paris,
en exécution de la délibération de l'assemblée
générale extraordinaire du 4 novembre courant, à
l'effet :
1° D'échanger ces actions contre des récépissés
provisoires, contre lesquels il leur sera délivré
un nombre identique d'actions, entièrement libérées,
de la Société générale des Téléphones
(réseaux téléphoniques et construction électriques)
société anonyme au capital de 45 millions de francs,
en formation, dont les statuts sont aux minutes de Mr DUP0UR, notaire
à Paris, à la date du 8 aovembre 1881, ??? la constitution
définitive de cette Société.
2° De recevoir, sur les actions de la Société
en liquidation, les intérêts calculés à
raison de cinq pour cent l'an, du l er janvier au 31 octobre 1881,
sur les sommes dont les actious étaient libérées,
sous déduction des impôts résultant des lois
de finance.
3° D'user du droit de préférence qui leur est
réservé jusqu'au 10 décembre inclusivement,
à la souscription au pair, de 17300 scions de la Société
générale des Téléphones (réseaux
téléphoniques et constructions électiriques)
avec irréductibilité, à raison d'une action
de la nouvelle Société pour une action de la Société
en liquidation.
MMrs actionnaires devront accompagner le dépôt de leurs
titres du premier versement de 125 franc sur chaque action de la
Société générale des Téléphones
(réseaux téléphoniques et constructions électriques)
qu'ils ont l'intention de souscrire, versement à opérer
an crédit de la Société en formation.
Dans le cas où à l'expiration du délai qui
leur est réservé pour user de ce droit de souscription,
soit après le 1er Décembre, les 17.300 actions n'auraient
pas toutes été souscrites, MM. les actionnaires souscripteurs
en seront prévenus par un avis inséré au Journal
des annonces légales et par lettre recommandée, et
ils devront déclarer, dans le délai de trois jours,
s'ils entendent souscrire les actions ainsi disponibles, et ce,
an prorata des actions possédées par eux, sinon, ils
seraient considérés somme ayant abandonné leurs
droits. |
sommaire
D'autres innovations : 1880-1882 Paul
Bert et d'Arsonval
Le premier modèle
février 1880 construit par Ducretet
Téléphone magnétique
à pôles concentriques La Lumière Electrique,
12 août 1882, et Académie des Sciences, 7 août
1882
 |
Cet appareil
constitue un perfectionnement important du téléphone
de Bell, au double point de vue de la simplicité de
construction et des effets obtenus. Jai démontré,
contrairement aux idées reçues alors, que la
force portante de laimant nentre pour rien dans
les effets obtenus au point de vue de la netteté et
de la force de la production de la parole par cet instrument.
La seule chose qui ait de linfluence, cest la
longueur du fil noyé dans le champ magnétique,
et le nombre de lignes de force qui coupent la bobine normalement
son axe.
Par conséquent, pour obtenir le maximum de force, il
faut noyer complètement bobine dans un champ magnétique
aussi intense que possible.
Je suis arrivé à ce résultat en faisant
un aimant annulaire dont un des pôles occupe le centre
et dont le second se recourbe autour du premier ; la bobine
se place entre les deux et tout le fil qui la garnit se trouve
ainsi soumis laction 4u champ magnétique. |
Ainsi que le montre la figure 49,
laimant se compose dun élément de spire
A dont une extrémité porte le pôle central n
sur lequel sq place la bobine B, lautre extrémité
porte un cylindre de fer T, enveloppant, de toute part, cette bobine
qui se trouve ainsi noyée dans un champ magnétique
annulaire très condensé. Ce modèle a été
adopté exclusivement sur les réseaux téléphoniques
de l'Etat et pour les postes destinés à notre artillerie.
Il a reçu différentes formes et différentes
dimensions, suivant la destination
Voici lopinion du célèbre électricien
anglais M. Preece, au sujet de cet instrument (congrès de
Sou» thampton) :
« DArsonval a, de son coté,
perfectionné le récepteur Bell. Il a placé
la bobine dans'un puissant champ magnétique de forme annulaire,
de façon à concentrer sur elles les lignes de force.
La bobine induite est noyée entièrement dans le champ
magnétique. Les effets sont considérablement augmentés.
Laugmentation de lampleur de la voix ne saccompagne
nullement de la perte darticulation, comme cela a lieu dordinaire,
la parole est reproduite sans aucun changement du timbre »,
Daprès l'éminent directeur du post-office de
Londres, cet appareil était le seul, transmettant avec une
parfaite netteté, les consonances si variées du the
anglais .
Nouveaux microphones En commun avec Paul Bert (Biologie et
journal « La Nature », 1879)
Au cours des recherches sur la
surdité, je fus amené, avec Paul Bert, à
moccuper du microphone pour essayer dutiliser les
propriétés amplificatrices de linstrument
primitif de Hughes. Comme il arrive en bien des cas, nous avons
trouvé autre chose que ce que nous cherchions. Par des
perfectionnements successifs de notre premier appareil, nous arrivâmes
à combiner différents instrument qui donnèrent
dexcellents résultats pour la téléphonie
pratique. Les premiers en date sont fondés sur le groupement
des contacts microphoniques en quantité.
La figure représente
un microphone composé dune sérié
de crayons de charbon C, enfilés verticalement dans
deux plaques percées de trous qui leur servent de guide.
Leur partie inférieure trempe dans un bain de mercure,
contenu dans le tyibe, et ce liquide, en exerçant une
poussée, égale sur
chacun deux, constitue un ressort dune grande
douceur. La partie supérieure de ces mêmes charbons
vient appuyer légèrement sur un diaphragme portant
un disque de charbon et qui reçoit les vibrations de
la voix. La pression des charbons contre le diaphragme et,
par conséquent, la sensibilité de linstrument
est facilement réglée en faisant varier le niveau
de mercure dans le tube,
Dans les modèles, ci contre, nous avons supprimé
le mercure et utilisé simplement la pesanteur comme
force appuyant les contacts microphoniques. |
 |
Microphones à réglage
magnétique, en commun avec Paul Bert (Académie des
Sciences, i 5 mars 1880 et « La Lumière Electrique
», ti novembre 1882)
Dans tout appareil microphonique, les contacts doivent être
appuyés lun sur lautre, avec une force plus
ou moins grande, suivant le degré de sensibilité
quon veut donner à lappareil. Dans nos précédents
appareils nous avions, Paul Bert et moi, employé, soit
la poussée dun liquide, soit la pesanteur, Ce système
de réglage ne permet pas de placer indifféremment
lappareil dans toutes les positions.
En 1879, nous en avons trouvé un qui a le double
avantage d'agir dans toutes les positions et à distance
c'est 1'attraction magnétique.
Le réglage de leffort exercé est rendu
des plus précis et peu sappliquer à nombre
dinstruments. Le premier dispositif de ce réglage
ne nous donna pas, en pratique, de bons résultats. Pensant
bien que cela tenait, non au principe, mais au mode dapplication,
je me suis attaché ultérieurement à varier
les les modèles et jai complètement réussi
en adoptant la disposition suivante :
   
1881 Brevet N° 140 690 construit par Ducretet
Le microphone est un simple microphone Hughes vertical à
quatre crayons de charbon montés sur pointes.
Ces charbons sont entourés ainsi que le montre le dessin,
dune chemise de fer blanc.
Derrière eux se trouve un aimant en fer à cheval,
quon peut approcher plus ou moins, et dont lattraction
magnétique règle à distance la pression de
charbons.
  
Des modèles spéciaux de ces appareils ont été
étudiés pour résister aux chocs des plus
violents ; et comme, grâce à leur réglage
magnétique, ils fonctionnent dans toutes les positions,
on a pu introduire le microphone dans le service des forts, des
écoles à feu, des polygones dartillerie, etc.
Jai combiné ces différents modèles
sur la demande de mon éminent ami le général
Brugère pour ses expériences de tir.
Malgré le mauvais état des lignes ils ont donné
aux polygones de Vincennes, de Châlons et de Cercottes.
des résultats complètement satisfaisants. Ces mêmes
appareils fonctionnent également au palais de la Bourse
pour les transmissions téléphoniques à grande
distance (Paris-Bruxelles, Paris- Reims, etc.).

Modèles différents du même appareil, adoptés
pour les réseaux de lÉtat. La figure ci dessous
est un modèle à pied se posant sur une table ou
un bureau.

Combiné d'opération pour bureau central. Il se compose
dun microphone et dun téléphone accouplés
sur le même manche, on a ainsi une main libre.
|
sommaire
Dès 1880 le standard téléphonique : l'organe
central ou sont raccordés toutes les lignes de téléphone
des clients pour pouvoir les mettre en relation est expliquée dans
cette rubrique Réseaux et Centraux
manuels. qui décrit l'aspect technique du centre, des raccordements
et aussi des conditions de travail des opératrices à l'époque.
Quant au mot standard téléphonique, il vient certainement
de l'anglais stand (debout), position des opératrices
devant le tableau (switchbord).Centre urbain ,
petit centre à 25 lignes
Dans les premiers centraux, les demoiselles étaient debout pendant
de longues heures.Le 1er décembre 1880, le service téléphonique
des premiers bureaux téléphoniques parisiens exploités
par la Société Générale des Téléphones
devient permanent, 24 heures sur 24.
La récupération et l'ouverture des Centraux Téléphoniques
Manuels à Paris, par la Société Générale
des Téléphones (notamment telles qu'annoncées dans
la presse d'époque) :
Bureau A : 27, avenue de l'Opéra (premier central mis en service
en France, le 30 septembre 1879, par la société des Téléphones
Edison), 1er bureau.
Bureau S : 66, rue Neuve-des-petits-champs (mis en service le 3 octobre
1879, par la Compagnie des Téléphones Système Gower
- hors service le 26 août 1882), 2ème bureau.
Bureau B : 4, rue de Logelbach (mis en service en 1880), 3ème bureau.
Bureau C : 2, quai de Seine / 204, boulevard de la Villette (mis en service
en 1880), 4ème bureau.
Bureau D : 10, place de la République (mis en service le 1er décembre
1880), 5ème bureau.
Bureau G : 62, rue du Bac (mis en service le 20 décembre 1880 -
hors service avant Novembre 1884), 6ème bureau.
Bureau I : 80, rue de Passy (mis en service le 10 février 1881),
7ème bureau.
Bureau L : 42, rue Lafayette (mis en service le 20 août 1882), 8ème
bureau.
Bureau M : 25, rue Étienne Marcel (mis en service le 28 juin 1883),
11ème bureau.
Bureau O : 65, rue d'Anjou-Saint-Honoré (mis en service le 8 novembre
1883), 12ème bureau.
Bureau E : 24/26, rue de Lyon (déjà en service en 1883),
Bureau F : 20, avenue des Gobelins (déjà en service en 1883),
Bureau G : 183, boulevard Saint-Germain (déjà en service
en 1883),
Bureau H : 123, rue Lecourbe (déjà en service en 1883),
Bureau Provisoire : Champs de Mars (Exposition Universelle - mis en service
du 1er mars au 31 octobre 1889). Le
réseau de 430 Km au moment de la fusion des compagnies sagrandit
rapidement pour atteindre 820 Km en 1881.
Cette extension a permis de nouveaux points daccès se traduisant
par de nouveaux abonnés.
Au commencement de 1881, la SGT comptait déjà sept bureaux
centraux desservant son réseau de Paris et avait construit plus
de trois cents lignes.
« Le nombre des abonnés sest élevé de
454 à 1240, sur lesquels 905 sont reliés. Le nombre de communications
demandées en une semaine, qui était de 4000 en octobre,
a atteint 45 000 la semaine dernière ; il a plus que décuplé.
Dès le début des années 1880, des évolutions
vinrent améliorer le fonctionnement des Tableaux d'abonnés
et faciliter le travail des Opératrices.
De nouveaux Tableaux à Cordons Monocordes font leur apparition.
- Sur un Tableau à Monocorde, chaque ligne bifilaire d'abonné
aboutit désormais d'une part sur un cordon bifilaire pourvu en
son extrémité d'une fiche mâle à deux pôles
et d'autre part, en parallèle, un Jack-Knife (femelle) à
simple rupture toujours encastrée dans le Tableau, couplé
avec l'annonciateur et sa clef d'écoute reliée au poste
de l'Opératrice si elle est actionnée.
- Lorsqu'un Annonciateur bascule, l'Opératrice actionne désormais
seulement la clef d'écoute de l'abonné demandeur qui met
directement son combiné ou son casque d'observation en conversation
avec l'abonné demandeur (sans avoir désormais besoin de
brancher son combiné ou son casque avec sa fiche dans une prise
différente à chaque prise d'appel.... Simplification des
tâches)
- Puis l'Opératrice actionne la clef d'écoute de l'abonné
demandé pour rentrer en relation avec lui, et s'il répond,
l'Opératrice relie le cordon monocorde de l'abonné demandeur
avec la fiche mâle dans le Jack-Knife (femelle) de l'abonné
demandé.
- En fin de conversation, l'abonné demandeur actionne à
nouveau l'Annonciateur, qui fait basculer à nouveau le volet, et
qui donne le signal au tableau à l'Opératrice pour retirer
le cordon monocorde de l'abonné demandeur du Jack-Knife de l'abonné
demandé.
Schéma général de fonctionnement du bureau central,
afin de mettre en communication deux abonnés.

Rappel : il n'y a pas encore la batterie centrale à cette
époque. Les postes d'abonnés sont équipés
de piles (batterie)
Vers la moitié des années 1880, des évolutions vinrent
améliorer le fonctionnement des Tableaux d'abonnés et faciliter
le travail des Opératrices.
De nouveaux Tableaux à Cordons Dicordes font leur apparition.
Directement inspirés des Tableaux Monocordes, les Tableaux Dicordes
en reprennent le principe en l'améliorant... En effet, dans un
Tableau Monocorde, il faut autant de cordons Monocordes munis de fiches,
autant de clefs d'écoute et autant de boutons d'appel qu'il y a
d'abonnés sur un Tableau.
Aussi, les Tableaux Dicordes remplacèrent rapidement les Tableaux
Monocordes qui étaient, au niveau de leur architecture technique,
désormais simplifiés :
- Désormais, il n'y avait plus que le nombre d'organes nécessaires
à la liaison des différents Jack-Knife d'abonnés,
correspondant au nombre maximal possible de liaisons à l'heure
de la journée la plus chargé.
Ce qui amène à une réduction du prix de fabrication
par l'élimination d'organes redondants, une simplification de leur
maintenance, et de leur utilisation facilitée pour les Opératrices.
- Sur un Tableau à Dicordes, chaque ligne bifilaire d'abonné
aboutit désormais seulement à un Jack-Knife (femelle) à
double rupture toujours encastré dans le Tableau, couplé
avec un annonciateur d'appel.
- Lorsqu'un Annonciateur bascule, l'Opératrice, munie d'un cordon
Dicorde, n'a qu'à brancher une première fiche d'un cordon
Dicorde disponible sur le Jack-Knife de l'abonné demandeur et actionner
la clef d'écoute dans une première position, clef d'écoute
qui équipe désormais ce cordon Dicorde pour relever l'appel
et noter la demande de l'abonné.
- Puis, une fois la demande notée, de brancher la seconde fiche
de ce même cordon Dicorde sur le Jack-Knife (femelle) de l'abonné
demandé, puis d'actionner à nouveau la clef d'écoute
dans une seconde position pour rentrer en contact avec l'abonné
demandé par un bouton d'appel relié à ce même
cordon Dicorde.
- Si l'abonné demandé répond, l'Opératrice
remet dans sa position d'origine la clef d'écoute du cordon Dicorde,
ce qui met en relation les deux abonnés, et déconnecte l'Opératrice
de la conversation en cours.
- En fin de conversation, l'abonné demandeur actionne à
nouveau l'Annonciateur, qui fait basculer à nouveau le volet, et
qui donne le signal au tableau à l'Opératrice pour retirer
le cordon monocorde de l'abonné demandeur du Jack-Knife de l'abonné
demandé.
En fait, il a été conçu un nouveau type de cordons,
le Cordon Dicorde, d'un modèle très élaboré,
qui permet de simplifier à la fois les opérations à
accomplir par les Opératrices ainsi que la construction de ces
nouveaux Tableaux.Le 26 août 1882, la Société Générale
des Téléphones quitta son siège du 66, rue neuve-des-petits-champs,
pour le 41, rue Caumartin, à Paris.
En cette occasion, le Bureau S, sis au 66, rue neuve-des-petits-champs,
est mis définitivement hors service à cette même date.
sommaire
A l'Exposition internationale d'électricité de 1881
était exposé les Commutateurs manuels, qui ont servis à
concevoir ceux utilisés en France à cette l'époque
par Tivadar Puskás (voir plus haut) Dès
le début, dans les bureaux centraux téléphoniques
urbains , devenus déjà assez importants, on reconnut la
nécessité de permettre à une seule opératrice,
malgré le nombre élevé des abonnés, de terminer
seule l'établissement d'une communication demandée.
Avec la croissance des abonnés et des centraux manuels, d'ingénieux
systèmes permettaient d'établir des connections entre abonnés
de bureaux différents avec le concours d'opératrices pour
manuvrer. Cela allongeait les temps d'établissement des mises
en relation et amenait de l'affaiblissement sur les communications.
Plus tard pour y remédier, Scribner inventa le «
multiplage » des jacks terminaux des lignes d'abonnés,
c'est-à-dire la dérivation sur chaque ligne d'abonné,
à intervalles réguliers, d'un nombre de jacks égal
au nombre des opératrices du central téléphonique.
Ce concept s'appliqua aux grandes villes comme Paris.
La demoiselle du téléphone
appelé téléphoniste ou opératrice à
l'extérieur de la France, était une personne, presque toujours
féminine sauf au tout début, qui actionnait un standard
téléphonique pour établir les communications entre
usagers dans les premières décennies de la téléphonie,
jusque dans les années 1960 en France..
L'expression demoiselle du téléphone, caractéristique
de la téléphonie française, remonte à une
période où le réseau téléphonique commuté
n'était pas automatisé. Les plus célèbres
figures de ce microcosme sont les « demoiselles du téléphone
», ainsi appelées parce que cette catégorie de personnel
était recrutée exclusivement parmi des jeunes filles célibataires,
dont l'éducation et la morale sont irréprochables.
Durant les premières décennies de la téléphonie,
elles perdaient généralement leur emploi lorsqu'elles se
mariaient.
Leur fonction est de prendre les demandes d'appel des abonnés,
puis de les mettre en relation. Leur poste de travail est constitué
d'un tableau à prises jack et de cordons appelés dicordes,
servant à connecter les abonnés entre eux.
Regardons la face cachée , côté
Bureau central manuel , installation
des câbles, des lignes avec les étapes de déploiement
du réseau de Paris.
Le travail des demoiselles du téléphone était
réputé éprouvant pour les nerfs, particulièrement
en heure de pointe où malgré le faible nombre d'abonnés,
les appels pouvaient être incessants. Cependant, dès les
années 1900, elles disposaient de congés payés d'un
mois, de tarifs réduits pour les billets de train et d'un médecin
du travail. À Paris, en plus de leur salaire, elles recevaient
une prime pour couvrir leurs frais de logement et une indemnité
de repas.
Ces demoiselles sont aussi des cibles parfaites pour les clients mécontents
du service. On leur reproche leur mauvaise humeur ainsi que la lenteur
d'établissement des communications.
Dans le contexte du début du XXe siècle, les abonnés
sont surtout des gens fortunés qui ne supportent pas que le «
petit personnel » ait autant d'influence sur leurs affaires. Pourtant,
des concours d'efficacité sont organisés pour améliorer
la qualité du service : on met en compétition des opératrices
pour assurer le maximum de connexions à l'heure. Les records sont
de l'ordre de 400 établissements de connexion à l'heure,
qui correspond à une communication toutes les dix secondes.
Dans une de ses Chroniques au Figaro, Marcel Proust
décrit sa fascination pour le travail des «Demoiselles du
téléphone», ces «vierges vigilantes par qui
les visages des absents surgissent près de nous», qu'il reprend
presque littéralement dans Le côté de Guermantes
à propos de la conversation téléphonique du Narrateur
et de sa grand-mère,
| Un matin, Saint-Loup mavoua
quil avait écrit à ma grandmère
pour lui donner de mes nouvelles et lui suggérer lidée,
puisquun service téléphonique fonctionnait entre
Doncières et Paris, de causer avec moi. Bref, le même
jour, elle devait me faire appeler à lappareil et il
me conseilla dêtre vers quatre heures moins un quart
à la poste. Le téléphone nétait
pas encore à cette époque dun usage aussi courant
quaujourdhui. Et pourtant lhabitude met si peu
de temps à dépouiller de leur mystère les forces
sacrées avec lesquelles nous sommes en contact que, nayant
pas eu ma communication immédiatement, la seule pensée
que jeus, ce fut que cétait bien long, bien incommode,
et presque lintention dadresser une plainte : comme
nous tous maintenant, je ne trouvais pas assez rapide à mon
gré, dans ses brusques changements, ladmirable féérie
à laquelle quelques instants suffisent pour quapparaisse
près de nous, invisible mais présent, lêtre
à qui nous voulions parler et qui, restant à sa table,
dans la ville quil habite (pour ma grandmère
cétait Paris), sous un ciel différent du nôtre,
par un temps qui nest pas forcément le même,
au milieu de circonstances et de préoccupations que nous
ignorons et que cet être va nous dire, se trouve tout à
coup transporté à ces centaines de lieues (lui et
toute lambiance où il reste plongé) près
de notre oreille, au moment où notre caprice la ordonné.
Et nous sommes comme le personnage du conte à qui une magicienne,
sur le souhait quil en exprime, fait apparaître dans
une clarté surnaturelle sa grandmère ou sa fiancée
en train de feuilleter un livre, de verser des larmes, de cueillir
des fleurs, tout près du spectateur et pourtant très
loin, à lendroit même où elle se trouve
réellement. Nous navons, pour que ce miracle saccomplisse,
quà approcher nos lèvres de la planchette magique
et à appeler - quelquefois un peu trop longtemps, je le veux
bien - les Vierges Vigilantes dont nous entendons chaque jour la
voix sans jamais connaître le visage, et qui sont nos Anges
gardiens dans les ténèbres vertigineuses dont elles
surveillent jalousement les portes ; les Toutes-Puissantes par qui
les absents surgissent à notre côté, sans quil
soit permis de les apercevoir ; les Danaïdes de linvisible
qui sans cessent vident, remplissent, se transmettent les urnes
des sons ; les ironiques Furies qui, au moment que nous murmurions
une confidence à une amie, avec lespoir que personne
ne nous entendait, nous crient cruellement : « Jécoute
» ; les servantes toujours irritées du Mystère,
les ombrageuses prêtresses de lInvisible, les Demoiselles
du téléphone !
Et aussitôt que notre appel
a retenti, dans la nuit pleine dapparitions sur laquelle
nos oreilles souvrent seules, un bruit léger - un
bruit abstrait - celui de la distance supprimée - et la
voix de lêtre cher sadresse à nous.
Cest lui, cest sa
voix qui nous parle, qui est là. Mais comme elle est loin
! Que de fois je nai pu lécouter sans angoisse,
comme si devant cette impossibilité de voir, avant de longues
heures de voyage, celle dont la voix était si près
de mon oreille, je sentais mieux ce quil y a de décevant
dans lapparence du rapprochement le plus doux, et à
quelle distance nous pouvons être des personnes aimées
au moment où il semble que nous naurions quà
étendre la main pour les retenir. Présence réelle
que cette voix si proche - dans la séparation effective
! Mais anticipation aussi dune séparation éternelle
! Bien souvent, écoutant de la sorte, sans voir celle qui
me parlait de si loin, il ma semblé que cette voix
clamait des profondeurs doù lon ne remonte
pas, et jai connu lanxiété qui allait
métreindre un jour, quand une voix reviendrait ainsi
(seule, et ne tenant plus à un corps que je ne devais jamais
revoir) murmurer à mon oreille des paroles que jaurais
voulu embrasser au passage sur des lèvres à jamais
en poussière.
Extrait de Le côté
de Guermantes (À la recherche du temps perdu de Marcel
Proust)
|
La difficulté à établir
les communications a inspiré Fernand Raynaud qui en a fait un sketch
comique, Le 22 à Asnière.
...
On était, dès cette époque, accoutumé à
construire dans les grandes villes des centraux téléphoniques
urbains pouvant recevoir chacun jusqu'à 10000 abonnés. Pour
desservir un tel central, il fallait un minimum d'une centaine de positions
de dames employées, et encore davantage s'il y avait à prévoir
dans une très grande ville des intercommunications entre plusieurs
centraux, la réalisation de ces intercommunications diminuant évidemment
le rendement de chaque opératrice.
Dans les années 1880-1930, la tendance a été
d'augmenter la commodité des manuvres de l'opératrice,
de façon à augmenter son rendement.
Les clés d'appel et d'écoute dont elle se sert ont été
rendues plus ou moins automatiques, de telle sorte que le temps pris pour
servir chaque appel soit réduit au minimum. Les cordons de l'opératrice
d'une position urbaine sont devenus très compliqués, et
toute une série d'électro-aimants, avec des câblages
enchevêtrés, viennent jouer en temps utile sur chaque cordon
pour permettre à la téléphoniste de ne pas s'immobiliser
sur un appel qu'elle a commencé à servir. D'autres électros,
montés également sur chaque cordon, comptent les conversations
de chaque abonné, en discernant si la conversation a été
efficace ou non. Chaque cordon est enfin muni d'électros et de
lampes de signalisation spéciales pour que l'opératrice
soit avertie du raccrochage de l'appareil chez chaque abonné en
conversation.
Dans une grande ville comme Paris, nous sommes arrivés à
faire assurer par des téléphonistes l'écoulement
de 160 demandes de communication à l'heure. C'est un chiffre tout
à fait remarquable, surtout si l'on songe qu'à Paris, il
y a une quarantaine de séries téléphoniques différentes,
et que presque toujours une demande de communication émanée
d'une série est à destination d'une autre. A
la fin de l'année 1891, 812 demoiselles du téléphone
sont comptabilisées en France.
sommaire
1881 La compagnie de téléphone européenne Edison
Gower-Bell d'Europe a été créée le
28 octobre 1881.
Ses zones d'opérations couvraient toute l'Europe continentale,
à l'exception de la France, de la Turquie et de la Grèce.
Elle a été créée pour contrôler
les brevets et les intérêts commerciaux dAlexander
Graham Bell , de Thomas Edison et de Frederic Allan Gower, des États-Unis,
qui détenait auparavant une franchise de la Bell Telephone Company
en Nouvelle-Angleterre au début des années 1880.
En France au commencement de 1881, la Société générale
des Téléphones comptait déjà 7 bureaux centraux
desservant son réseau de Paris,
et avait construit plus de 300 lignes.
Cette Société avait en plus établi des réseaux
téléphoniques dans de Grandes villes de province.
Le prix de l'abonnement avait été fixé par un arrêté
ministériel à 600 francs par an pour le réseau de
Paris et à 400 francs pour les réseaux de province.
- A Lyon, le réseau a progressé assez rapidement.
Depuis 1881, les habitants de cette ville peuvent en cas d'accident grave
ou d'incendie, prévenir instantanément le bureau central
de police. Cinq bureaux de police étaient reliés à
cette époque avec le bureau central : le bureau du 2° arrondissement,
rue Sorbier; du 3° arrondissement, rue Annonay ; du 4e arrondissement,
rue Soleysel ; du 5e arrondissement, rue Bourgneux, et à l'abattoir
de Mattetières.
- A Nantes, le téléphone fut reçu avec faveur.
Dès le mois de mai 1881, c'est-à-dire quelques mois à
peine après son ouverture, le réseau de la Société
générale avait atteint un développement de 20 kilomètres
et desservait plus de 40 abonnés dans cette ville
- Au Havre, le réseau téléphonique établi
en 1881, atteignit rapidement 100 abonnés; la Société
des Téléphones inaugura au mois d'août 1881, un service
de petits facteurs ou commissionnaires pour courses, ou port de petits
paquets, dépêches télégraphiques, échantillons,
etc. Mais ce service ne dura que quelques jours ; il fut supprimé
sur l'injonction du ministre des postes et des télégraphes.
- A Bordeaux, le réseau téléphonique,
installé en 1880, se développait rapidement. En juillet
1881, la Société générale des Téléphones
desservait déjà dans cette ville plus de 50 abonnés.
La Chambre de commerce de Bordeaux fit relier plusieurs locaux, dépendant
de son administration, au bureau central. Elle permit aussi l'organisation
à la Bourse, d'un bureau spécial d'où chaque abonné
du réseau, sur la présentation de sa carte d'abonnement,
pouvait être mis en communication avec les autres abonnés.
Plusieurs industriels sont, depuis 1881. reliés directement avec
leurs succursales situées dans un autre quartier de la ville que
la maison-mère.
En raison du développement rapide de son réseau téléphonique,
la Société générale des Téléphones
décida qu'à partir du 15 novembre 1881, le service aurait
lieu à Bordeaux, sans interruption, nuit et jour.
- A Paris, à l'Institut, quai Conti, les salles des diverses
académies sont, depuis le mois de décembre 1881, reliées
entre elles par des appareils téléphoniques, et les bureaux
des diverses sections en séance sont en relation directe avec le
personnel des secrétariats perpétuels pour demander les
renseignements ou les manuscrits dont ils peuvent avoir besoin.
- A Saint-Etienne (Loire), des postes téléphoniques
furent établis en 1881, reliant entre eux les bureaux de police.
Le téléphone fut également installé dans d'importantes
maisons de cette localité, des fabriques de rubans, d'armes à
feu, de quincaillerie, de verrerie, de coutellerie, et surtout dans toutes
les grandes exploitations houillères de la ville et des environs.
- A Angoulême, un service téléphonique entre
l'École d'artillerie, l'arsenal de la Madeleine et les autres établissements
militaires fut établi au commencement de 1881. Soit par suite de
l'indifférence du public, qui regardait le téléphone
comme un simple jouet sans utilité pratique, soit surtout par suite
des nombreuses difficultés élevées par l'administration,
qui craignait l'absorption du télégraphe par le téléphone,
jusqu'en 1882, ce nouveau mode de transmission avait, en somme, fait peu
de progrès en France.
sommaire
A l'époque, une prodigieuse confusion régnait, non dans
la question scientifique , mais dans l'exploitation industrielle du téléphone.
Plus de deux cents appareils avaient été décrits,
construits, brevetés, pour assurer la transmission de la parole
à de grandes distances.
Les compagnies exploitant les brevets Graham Bell, Edison, Elisha Gray,
Gower, Blake, Crossley, Ader, etc., se disputaient le privilège
d'exploiter les correspondances par le téléphone. Cent et
un inventeurs réclamaient leur part au soleil de la gloire, ou
plutôt de l'argent, et personne n'était en état de
voir juste dans cette véritable tour de Babel de l'électricité.
Les savants, égarés au milieu de cette nuée de perfectionnements
ou prétendus tels, étaient dans l'impossibilité de
porter un jugement à leur sujet.
Il fallait qu'un grand coup fût porté, pour faire jaillir
la lumière au milieu des ténèbres de ces questions,
pour apporter l'équité, la justice, dans tant de controverses
intéressées.
Ce grand coup fut frappé, cet événement désiré
se produisit, et ses conséquences ne se firent pas attendre.
Au mois de juillet 1881, s'ouvrit à Paris, le concours universel
d'électricité auquel étaient conviées toutes
les nations des deux mondes.
Comme l'imposant aréopage de ses jurys internationaux comptait
la fine fleur de la science européenne, on put examiner avec connaissance
de cause et avec maturité toutes les questions que soulevait la
téléphonie au point de vue scientifique ou industriel, et
la lumière ne tarda pas à se faire.
Les divers systèmes de téléphonie à l'Exposition
d'électricité de Paris en 1881,
Succès du téléphone de M. Graham Bell.
Les auditions de l'Opéra et leur influence pour la vulgarisation
de la téléphonie.
Établissement de la correspondance par le téléphone
en Amérique et en Europe.
Le transport à grande distance reste le seul desideratum
de la téléphonie.
Limites actuelles de la portée du téléphone.
Les appareils téléphoniques du Dr Herz pour les transmissions
à grandes distances.
Système de M. Van Rysselberghe, de Bruxelles.
Le système Hopkins et les expériences de transmission
à grande distance faites en 1883, de New- York à Chicago
et Cleveland.
Au moment où s'ouvrit, à Paris, l'Exposition internationale
d'électricité, les systèmes électriques en
compétition étaient à peu près les suivants
:
1° Le téléphone magnétique de M. Graham Bell,
avec son transmetteur et son récepteur identiques, fonctionnant
sans pile électrique et seulement par les courants ondulatoires
provoqués par un aimant, appareil
2° Le téléphone musical de M. Elisha Gray;
3° Le téléphone à transmetteur de charbon de
M. Edison, avec son récepteur particulier.
4° Le téléphone Gower, constitué essentiellement
par la disposition circulaire de l'aimant et la large surface vibrante
du transmetteur; appareil
5° Le téléphone Crossley, peu différent du téléphone
Ader et qui avait fait ses preuves en Angleterre;
6° Le téléphone Ader, résultant de la réunion
du microphone de Hughes et du récepteur Gower, avec addition de
certains procédés reconnus avantageux pour renforcer le
courant électrique.
« J'en passe et des meilleurs, » ainsi que dit don Ruy Gomez
au roi d'Espagne, au 5ème acte à'Hernani. L'épithète
élogieuse que nous fournit le poète nous permet de passer
courtoisement sous silence une nuée d'appareils qui, par leur variété
et leur complication, jetteraient le plus grand trouble dans l'esprit
du lecteur, si nous voulions les étudier de près.
A l'Exposition universelle d'électricité, le téléphone
musical de M. Elisha Gray, le téléphone à transmetteur
de charbon de M. Edison, et le téléphone
Gower, furent absolument distancés par le téléphone
Ader.
sommaire
Le récepteur "Ader à petit anneau" deuxième
version
Impossible de retracer d'une façon précise la genèse
de ce récepteur, les médias d'époque consultés
sont tous restés silencieux à ce propos, mais il a des pistes
à suivre...En abandonnant le "surexcitateur" (partie
essentielle de l'appareil...), Ader aurait donc "proposé"
un second type de récepteur.
Toujours dans le "Cours d'installations téléphoniques"
de H. Milon de 1923, on trouve les dessins et la description de ce récepteur
Ader :
Dans les types
Ader plus récents (fig.7), la poignée est indépendante
de l'aimant, et celui-ci est constitué par des barreaux demi-circulaires
disposés à plat dans le boîtier. Deux séries
de ces barreaux superposés sont placés en regard l'une de
l'autre, avec les pôles de même nom en opposition, de façon
à former une sorte d'aimant circulaire avec deux pôles diamétralement
opposés.
Sur ces pôles on fixe les équerres de fer doux qui doivent
supporter les noyaux des bobines. Cette forme a l'avantage d'être
peu encombrante, et de permettre de donner à la poignée
ou au support une forme quelconque, adaptée au mode d'emploi de
l'appareil et à la convenance de la personne qui l'utilise; mais
elle ne permet pas l'emploi d'aimants aussi puissants. (Que le modèle
à surexcitateur).
Comme le récepteur "Ade r" n'a donné lieu à
aucun brevet de la part d'Ader, on peut supposer qu'il a été
développé par le bureau d'étude de la Société
générale des téléphones
sommaire
Après la création de SGT en 1880, comment se passe un projet
de réseau pour les villes qui en ont l'intention ?
A savoir : c'est en mai 1880 que la première demande a été
déposée à la Compagnie des Téléphones
de PARIS avant la création de la SGT.
voici l'exemple de LILLE, renouvelant sa demande à la SGT,
débattue par le Conseil Municipal à la Séance du
Mardi 7 Juin 1881
|
M. Rochart présente
le rapport suivant au nom de la Commission des travaux :
Messieurs, La question dinstallation à Lille , dun
réseau téléphonique, que vous avez renvoyée
le 6 Mai courant, se limite à une demande dautorisation
faite par la Société générale des
téléphones.
Cette question paraît donc très simple et , dans
une certaine mesure, il aurait pu nous suffire peut-être
de vous rapporter quaprès étude , nous étions
daccord avec lAdministration, et quen conséquence
nous vous priions daccorder lautorisation demandée.
Votre commission, toutefois, ne la pas pensé ainsi
et elle a cru, au contraire, devoir vous retracer les efforts
et les travaux de lAdministration de telle sorte que, par
eux, la question vous fut plus intimement connue et que votre
discussion, sil sen établit une à ce
propos , fût plus facile et plus précise.
Depuis un an déjà la ville de Lille était
sollicitée par plusieurs Compagnies pour autoriser létablissement
dun réseau téléphonique.
Les premières demandes remontent en effet aux 4 et 14 Mai
1880. Elles étaient produites alors par :
1.° La Société des téléphones
de Paris, devenue la Société générale
des téléphones, et combinée à
2.° La Compagnie téléphonique du Nord qui postulait
également et dont les principaux membres se sont aujourdhui
fondus dans la Société générale.
A cette époque, et étant donné lintérêt
de ce service, notre honorable Maire dabord , M. DUTILLEUL
, visita pour renseignements M . le Ministre des postes et télégraphes.
M. le Ministre linvita à attendre que la Société
générale actuelle se fût formée, car
elle le devait faire à un capital considérable ;
elle devait se nantir de tous les brevets spéciaux et jouir
de lautorisation du Ministre spécial.
Cette Société sest formée en effet
et sest constituée en assemblée générale,
le 3o Octobre dernier, au capital de 8,65o,ooo fr. suivant document
acquis au dossier. Elle est autorisée à établir
des réseaux téléphoniques par bureaux centraux
aux charges dun cahier créé le 26 Juin 1879,
par le Ministère des postes et télégraphes
quii, assimilant les téléphones aux télégraphes,
prentd à sa charge la pose et lentretien des réseaux
extérieurs, moyennant les conditions quil impose
à la Société.
Proposition de M. A. Jametel .
Le 10 Décembre dernier, M. A , JAMETEL, Président
de cette Société, renouvelait la demande faite précédemment
à lAdministration municipale. Il rappelait les charges
qui lui avaient été verbalement réclamées
et donnait le mode et la mesure de son intervention gratuite.
Il proposait deux moyens, dont le premier consistait en létablissement
d'un réseau spécial aux services municipaux , et
le second en le raccordement de ces services au bureau central
de la Société , comme lavaient fait, disait-il,
plusieurs municipalités belges.
Dans le premier cas , la Ville devait se pourvoir des autorisations
gouvernementales, faire construire ses lignes et fournir le personnel
nécessaire à son service. La Société
offrait, mais avec conservation de la propriété,
les appareils nécessaires à quatorze postes et lentretien
constant à titre gratuit.
Dans le second cas , la Société sengageait
à installer à ses frais quatorze lignes reliées
son bureau central et à assurer le bon fonctionnement,
dans les termes de larrêté ministériel
du 26 Juin 1879 , que nous avions au dossier.
Si des dispositions prises par lAdministration et le service
des travaux municipaux ne réduisaient pas à néant
ces deux présentations , il y aurait eu , pour votre Commission
des travaux, à étudier de très près
les conséquences introduites par le choix de l'un ou lautre
moyen et à vous le présenter avec détails
et conclusions.
Premières dispositions de lAdministration
.
Cette étude a été faite ,mais une acceptation
ultérieure de la gratuité absolue en rend la présentation
inutile. Vous connaîtrez un peu plus loin la modification
acceptée par la Société. LAdministration
envoya à létude du service des travaux, la
demande de M. JAMETEL, et M. MONGY lui adressa le 20 Décembre
un rapport aux termes duquel on demandait à la Société
les deux sacrifices suivants :
1 ° Relier par un réseau téléphonique
lHôtel-de-Ville avec les postes de police, les postes
de pompiers, le réservoir de lArbrisseau et le réservoir
dEmmerin ;
2 ° Payer une taxe de 10 f,. par chaque kilomètres
de fil traversant la Ville et la banlieue.
On demandait donc létablissement gratuit dun
poste à lHôtel-de-Ville ;
Huit postes de police pour les huit arrondissements ;
Plus deux pour les nouveaux récemment établis ;
Quatorze postes de pompiers, dont les fils sont déjà
établis pour leur télégraphie actuelle ;
mais dont les détails devront être revus et sans
doute modifiés comme isolateurs particulièrement
et généralement appropriés à leur
double fonction future ;
Deux postes aux établissements hydrauliques , soit vingt-sept
postes au lieu de quatorze offerts ;
Nous pouvons aussi juger, si vous le voulez bien, de l'importance
de la taxe que lon se proposait dappliquer.
L a Société compte, dans un temps assez rapide,
posséder environ cinq cents abonnés dont la moyenne
de longueur de fils serait de deux kilomètres. Le produit
de la taxe devrait donc être de : 5oo X 2 X 10 = 10 000
fr. Par abonné 20 fr.
Cette taxe devait porter en effet sur les abonnés, car
la Société avait déjà alors obtenu
lhomologation dun tarif que nous vous dirons plus
loin et dailleurs ... Elle se refusait très absolument
à supporter aucune taxe.
Dans ces conditions le service des travaux propose à lAdministration
de remplacer les conditions ci-dessus par les suivantes déclarant
en passant quétant donné larrêté
dassimilation des fils téléphoniques aux fils
télégraphiques, il ne paraissait pas en effet, y
avoir plus de raisons dimposer les uns que les autres.
Voici quelles furent les conditions modifiées :
1.° Etablissement dun réseau téléphonique
complet pour relier lHôtel-de-Ville avec les postes
de police, les postes de pompiers, létablissement
hydraulique dEmmerin et le réservoir supérieur
de lArbrisseau ;
2.° Installation dun indicateur magnétique permettant
de Connaître à chaque instant le niveau deau
du réservoir supérieur de lArbrisseau ;
3.° Obligations de placer les fils aériens du réseau,
en suivant pour la traversée des voies publiques, les indications
qui seront données par lAdministration municipale
;
4.0 Obligation par la Compagnie dopérer, à
première réquisition de lAdministration municipale
, toutes les modifications qui pourraient être réclamées
dans la hauteur et la direction des fils.
L Administration, à ce moment, avant que de vous
présenter son sentiment, voulut encore léclairer
par la recherche de précédents quavaient déjà
créés dautres villes. C est ainsi quà
sa demande il lui a été répondu par les villes
de: 1.° Nantes, 2.° Bordeaux, 3.° du Havre.
Enquête ouverte par
ladministration
Tarif dabonnement
Il est peut être intéressant de vous faire connaître
ces réponses ; nous allons vous les indiquer sommairement
:
Il fut répondu de Nantes :« Quil avait
été donné autorisation à la Société
des téléphones, autorisée par le Ministère»
des postes et télégraphes, de manière précaire
et révocable, la Ville réservant tous ses»
droits. »
De Bordeaux : Par lexposé de conditions particulières
aux poses souterraines et aériennes et par cette réflexion
que « dans lintérêt de la propagation
des communications téléphoniques , la Ville »
de Bordeaux renonçait, quant à présent du
moins, à frapper la Société d'une taxe ou
» redevance. »
Du Havre enfin : « Que la Ville avait autorisé
la Société à ses risques et périls,
sous privilège et aux » conditions du n.° 18
du tarif de ses droits de voirie, et que jusquà présent
la Compagnie » navait pas, malgré ses efforts,
commencé à fonctionner. » Le n.° 18 du
tarif de voirie de la ville du Havre, Messieurs , frappe les fils
ou cables de télégraphie et de téléphonie
particulières soit aériens, soit souterrains, dune
taxe de :
0.10 fr le mètre courant pour réseaux de 1 mètre
à 5oo par an ;
0.05 fr pour longueur de 501 à 1,000 mètres;
0.25 fr pour longueur de plus de 1,000 mètres ;
Ces droits poursuivant les abonnés jusquà
leurs appareils.
Au compte dabonnés que nous avons supposé
à Lille et pour leur longueur moyenne également
supposée, limposition au taux du Havre, serait à
Lille de 5oo X 2000 X 0,25=3 25,000 fr. Soit par abonné
25,000/500 = 5o francs.
Cette taxe est, sans aucun doute, la raison qui fait que la Société
réunit très peu dabonnés au Havre,
car déjà le tarif homologué dabonnement
à ladite Société est assez lourd. Il est
en effet de :
400 fr. par an et par ligne ou de
375 fr. par an pour deux lignes à la même personne,
ou de
35o fr. par an pour trois lignes à la même personne.
Vous pouvez voir maintenant, Messieurs, par cet exposé,
sans doute très long pour une question paraissant aussi
simple, toute léconomie de la demande d'autorisation.
Avant que de vous dire quelles sont les conclusions de votre Commission
, nous allons vous rappeler quelles sont les dernières
demandes de lAdministration et quelle est la valeur de laccord
que la Société générale des téléphones
paraît être disposée à nous faire. Voici
dabord cet accord :
Daprès une discussion verbale qui a eu lieu en derniers
contacts entre lAdministration municipale représentée
par son Directeur des travaux et M. LARTIQUE , Directeur général
des téléphones (Société générale)
M. MONGY aurait dit à M. LARTIGUE : Nous sommes disposés
à vous donner lautorisation que vous recherchez,
sauf approbation par le Conseil municipal aux conditions que nous
vous avons dites déjà, mais à condition aussi
, que vous nous établirez notre réseau et nos services
sans que nous intervenions pour quoi que ce soit. M. LARTIGUE
aurait promis de faire accepter ces conditions par la Société
générale des téléphones .
Cest à cette déclaration que nous faisions
allusion alors que nous vous disions quil était devenu
inutile de vous présenter létude que nous
avions faite des dispositions du cahier des charges.
La Société nous constitue par là des bénéfices
de services que nous pensons estimables et assez coûteux
pour elle.
En effet : En établissant le réseau à ses
frais, la Société peut avoir à payer à
lEtat, service des télégraphes, une redevance
immédiate de 260 fr. par kilomètre de fil, et, étant
données les dernières demandes de lAdministration
, sans y comprendre les fils des pompiers qui ne sont quà
approprier , ni le fil dEmmerin qui doit aussi exister ,
il y a environ 40 kilomètres municipaux à faire
établir présentement.
Cela fait un sacrifice denviron 40 x 25o = 10.000 fr. plus;
pour entretien annuel à 20 fr. = 800 fr.
En nous constituant labonnement gratuit sur 27 postes ,plus
deux réclamés par lAdministration en dernier
lieu, soit sur 29 ; en distrayant lHôtel-de-Ville
, considéré comme un bureau central municipal, soit,
au plus juste , 28 postes ou réseaux , il en vient un abandon
de 28 x 35o, tarif inférieur réduit au terme du
cahier des charges (article 6) à 175, cest-à-dire
à 5o pour 100 , doù somme annuelle de 4,900
fr.C est donc un sacrifice de 10 000 fr. une fois payés
et une somme de 4,900 x 800 = 5,700 fr. abandonnée annuellement.
Dans ces conditions donc, il paraît à votre Commission
superflu de gêner lessor de la Société
par laddition dune taxe quelconque , du moins appliquée
présentement.
Dans ses conclusions , votre Commission réserve dailleurs
tous vos droits à cet égard. Nous vous demandons
la permission de vous répéter maintenant les demandes
de lAdministration municipale à la Société
générale des Téléphones :
1.° Etablissement dun réseau téléphonique
complet reliant lHôtel-de-Ville avec la Préfecture
, les postes de police, les postes de Pompiers , labattoir,
lusine hydraulique dEmmerin et le réservoir
supérieur de lArbrissean ;
2.° Installation d'un indicateur magnétique permettant
de connaître à chaque instant le niveau de leau
du réservoir supérieur de lArbrisseau ;
3.° Obligation de placer les fils aériens du réseau
, en suivant, pour la traversée des voies publiques , les
indications qui seront données par lAdministration
municipale ;
4.° Obligation par la Société dopérer
à première réquisition toutes les modifications
qui pourraient être réclamées dans la hauteur
et dans la direction des fils.
Réflexions de la Commission.
Sur le premier point : Nous sommes daccord avec lAdministration;
mais nous proposons dy ajouter létablissement
, aux mêmes conditions , des postes futurs de pompiers et
de police. Ces postes additionnels devant en effet correspondre
à une augmentation de population provoquée par nos
efforts et nos dépenses , constituent pour la Compagnie
des chances de sûre clientèle dont elle nous doit
reconnaissance.
Sur le second point : Nous sommes daccord également
et demandons quil soitajouté à lindicateur
un appareil denregistrement automatique. C est dailleurs
sans importance.
Sur les troisième et quatrième points : Nous ferons
observer quaux termes des rapports créés par
le cahier des charges du 26 Juin entre l Etat et la Société
, les obligations réclamées par lAdministration
municipale doivent porter, non sur la Société téléphonique,
mais bien sur le service détat des télégraphes
; toutefois , la Société générale
des Téléphones se déclarant certaine de lagrément
de lEtat, nous pensons suffisant de lui réclamer
ces dites obligations, quitte à elle de les obtenir de
ses contractants, et rien , du reste, nempêche lAdministration
municipale de rechercher conjointement cette même acceptation
du service dEtat.
Demande de la commission
Votre Commission, sortant maintenant du cadre de lAdministration
, vous demande de réclamer avec elle le raccord du bureau
central municipal indispensable à la rapidité des
communications, comme aussi à leur toute entière
discrétion ... avec le « bureau central de la Société.
»
Voici pourquoi : Il se peut très bien que des rapports
en quelque sorte directs sétablissent entre ladministration
et certains abonnés , et même tous les abonnés
, et quinversement, des rapports sétablissent
des abonnés aux services municipaux.
Supposez , par exemple , des appels aux pompiers ou aux postes
de police pour cause dincendie ou de meurtre. Ces communications
deviennent précieuses .
Il est facile de réaliser cette communication. On le pourrait
faire par un seul fil ; mais il aurait le désagrément
de rendre les communications limitées à un seul
service à la fois.
On le peut faire avec deux fils et jouir dune réduction
de tarif déjà indiquée.
Votre Commission a pensé que trois fils seraient le nombre
à choisir pour la plus grande facilité de tous rapports
de lAdministration à abonnés, ou de tous rapports
inverses, dautant que le tarif, qui sapplique à
trois fils pour une même personne (collective ou non), est
encor einférieur et vous le connaissez à
celui de deux fils.
Ce service, dailleurs très peu coûteux, quoique
très agréable , doit être payé par
nous cependant, car la Société et lEtat nous
démontrent ici que le service nest plus exclusivement
municipal, mais est au moins mi privé. Toutefois, nous
ne le paierions pas au tarif ordinaire, car nous vous prierions
de réclamer de lAdminisjration quelle veuille
bien solliciter lapplication du tarif réduit indiqué
à larticle 6, § III et IV , du cahier des charges
du 26 Juin 1879, qui stipule :
« Quil sera (toutefois) accordé un tarif réduit
aux établissements publics de lEtat ou municipaux
qui seraient desservis par une entreprise. »
E t que :
« Le taux de la réduction sera déterminé
par le Ministre des Postes et Télégraphes , sans
» pouvoir dépasser la moitié de la taxe applicable
aux particuliers. »
Notre sacrifice annuel
Donc , le taux pour trois lignes à une même personne
sera pour nous , sans nul doute , de 35o f r . x 0,5, = 175 fr.
par ligne, soit de 175 x 3 = 525 fr. par an, comprenant linstallation
à faire par la Société téléphonique
, comme aussi lentretien.
Soins municipaux.
Quant au service municipal, il sera très bien assuré
par le personnel actuel organisé, s dépenses pour
cela, à la condition peut-être de quelques soins
supplémentaires . II réclame un service nocturne,
déjà assuré par les pompiers.
En résumé, Messieurs , votre Commission des
travaux vous propose :
1.° Le vote des conclusions de lAdministration
municipale;
2.° Le vote des conclusions de votre Commission des travaux
;
3.° Le vote, par suite, dune imputation annuelle de
525 fr. pour le service conjugué du public et de lAdministration
.
En appuyant toutefois sur ce point que votre autorisation est
accordée sans privilège, ni monopole.
Elle vous demande par surplus et à titre de vu :
Dexprimer le désir de voir à lavenir,
et le plus tôt possible , opérer par le consentement
du Ministre des Postes et des Télegraphes , le raccord
entre les abonnés des lignes téléphoniques
et les services télégraphiques spéciaux,
pour lexpédition directe des télégrammes
et vice-versa , pour leur directe réception.
M. MARSILLON sétonne de voir figurer, parmi les conditions
réclamées par la Ville , la pose dun indicateur
magnétique, destiné à indiquer le niveau
deau dans le réservoir de lArbrisseau. Ce nest
pas là de la téléphonie.
M. le RAPPORTEUR répond quétant donnée
la nécessité détablir un fil le long
de la distribution deau, il devenait facile dobtenir
lindication électrique du niveau des bassins , et
que lAdministration a agi véritablement dans un intérêt
municipal en réclamant cet indicateur.
Les conclusions du rapport de la Commission sont ensuite mises
aux voix et adoptées.
|
Pour Lille, l'aventure commence, le bureau est installé
au 3 de la place de la gare, les lignes sont construites sur le toit des
immeubles, le réseau est inauguré le 1er mai 1882 avec 26
lignes et 94 demande sont en attente. Le 1er avril 1883 se sera le tour
de de Roubaix-Tourcoing qui ouvrira son réseau. sommaire
Le "Dictionnaire de la
conversation et de la lecture.. de 1882 a édité
un état des lieux sur le téléphone :
... Mais les plus belles découvertes de ce siècle
daus le domaine du son, on les doit aux Américains Bell et
Edison (1877), inventeurs du téléphone et du phonographe,
et à l'Anglais Hughes, qui a trouvé le microphone
(1878)...
TÉLÉPHONE, instrument ayant pour objet de transporter
à une distance aussi grande qu'on le voudra les effets produits
par les vibrations du son. Jusqu'en 1876, l'appareil n'existait
qu'à l'état rudimentaire. Le porte-voix à ficelle,
qui se vend depuis trois quarts de siècle chez tous les marchands
de jouets, et le fonoscopio, beaucoup plus ancien, des indigènes
de la Nouvelle-Grenade et de l'Équateur sont assurément
les ancêtres du téléphone de M. Grabam Bell
; mais c'est au professeur de Boston qu'on doit d'avoir fait entrer
cette découverte méconnue dans une phase aussi nouvelle
que pratique. Son instrument, qui fit sensation à l'exposition
de Philadelphie, est des plus simples. Il se compose de deux parties
identiques : le transmetteur où l'on parle, le récepteur
où l'on entend, l'un et l'autre composés de deux cornets
dont le fond est une membrane en fer très mince et très
élastique. On parle devant l'embouchure du cornet, et la
membrane reçoit la série des vibrations successives
qui constituent la parole. Il faut les transmettre et les reproduire
: mais, pour les transmettre, au lieu de ficelle on emploie l'électricité.
Derrière la membrane se trouve une tige d'acier aimantée
perpendiculairement à cette même membrane, et autour
de la tige est enroulée une petite bobine de fil de cuivre
dont l'extrémité se relie à une bobine semblable
dans l'autre partie de l'appareil. Or, entre l'aimant et la membrane
en fer il y a des rapports intimes, comme une sorte de parenté
: s'approche-t-ellede l'ainaant, le magnétisme de celui-ci
est attiré ; s'en éloigne-t-elle, son magnétisme
recule ; enfin, chaque mouvement de la membrane et, par conséquent,
chaque vibration de la parole se traduit par un déplacement
de l'aimantation de l'acier. Ainsi la série des courants
induits produits par les vibrations de la membrane est lancée
dans l'appareil récepteur qui se trouve à l'autre
station ; ils y produisent des variations de magnétisme identiques
à celles qui leur ont donné naissance ; ces variations
produisent, dans la membrane du récepteur, des mouvements
identiques à ceux de la membrane du transmetteur. La répétition
des mêmes mouvements vibratoires entraîne la répétition
des mêmes sons. L'invention de M. Bell fit immédiatement
fureur en Amérique, où les administrations s'empressèrent
de la mettre en pratique. En Angleterre, on essaya mieux : dès
novembre 1877, on réussit, en se servant du câble sous-marin
de Douvres à Calais, à transmettre des paroles d'une
extrémité à l'autre du détroit : ce
fut l'événement scientifique à sensation de
cette année.
Par malheur, on a beau crier dans
le téléphone, il ne parle que bas, et très
bas. Au début, c'était comme une voix venant des
profondeurs d'une cave, une voix de ventriloque, incomplète,
avec un timbre aigre et criard. On a donc dû se préoccuper
de le perfectionner, et on y est arrivé, de manière
à le rendre plus sonore. Le téléphone de
M. Gower (1879) constitue, entre autres, un véritable perfectionnement.
La membrane étant beaucoup plus large et l'aimant plus
fort, il entend mieux, il parle mieux, il chante très bien.
De plus, il est muni d'un avertisseur, c'est-à-dire d'un
système destiné à appeler l'attention ; car
il est de toute nécessité de prévenir son
correspondant qu'on a quelque chose à lui dire, et il faut
être prévenu qu'on va vous parler pour se mettre
le cornet à l'oreille et se préparer à écouter.
Le système d'avertisseur consiste en une des sonneries
électriques qui sont en usage dans la télégraphie
ordinaire.
Trois autres modèles de téléphones sont encore
à signaler. Le téléphone à mercure
de M. Antoine Bréguet est une application du principe de
l'électromètre capillaire de M. Lippmann. L'appareil
consiste en un système de deux de ces électromètres
rudimentaires recouverts chacun d'une membrane élastique
et associés l'un à l'autre par deux fils conducteurs.
Si l'on parle devant la membrane (hl premier tube qui sert de
transmetteur, la membrane vibre, et ses vibrations produisent
des déplacements correspondants du mercure dans la pointe
capillaire : ces mouvements du mercure engendrent des courants
qui sont transmis à l'appareil récepteur, où
ils reproduisent les phénomènes réciproques,
c'est-à-dire desmouvements du mercure, des vibrations de
la membrane et les sons correspondants. Ce téléphone,
aussi simple que celui de M. Bell, fonctionne sans pile, et le
récepteur est identique au transmetteur. Les deux instruments
doivent leur simplicité à la réversibilité
des phénomènes, principe sur lequel ils sont l'un
et l'autre fondés.
Autre chose est, au contraire, le téléphone inventé
par M. Edison, où l'appareil récepteur est essentiellement
différent de l'appareil transmetteur, chacun d'eux étant
basé sur des principes distincts. Les deux parties sont
réunies par deux fils conducteurs, constituant les fils
de ligne. Le transmetteur fait partie d'un circuit fermé,
dans lequel passe, d'une manière continue, le courant d'une
pile locale : il se compose d'une membrane élastique, superposée
à un couple de lames de platine pressant entre elles une
rondelle de charbon. Ce système constitue un conducteur,
dont la résistance varie avec la pression et, par suite
avec le nombre de points de contact du métal et du charbon.
Si l'on parle devant la membrane, elle vibre, et ces mouvements
vibratoires, se communiquant à cet organe, en modifient
les contacts et, en conséquence, la résistance.
On sait qu'à chaque variation de résistance correspond,
une variation dans l'intensité du courant qui traverse
le circuit. Dans ce même circuit se trouve une bobine d'induction,
où le courant de la pile sert de courant inducteur. On
sait aussi que, dans ces conditions, chaque variation d'intensité
du courant inducteur produit un courant induit. Ce sont ces courants
induits successifs qui sont envoyés dans le récepteur
par l'intermédiaire d'un fil de ligne qui revient à
la bobine. Le téléphone de M. Bell sert généralement
de récepteur pour le transmetteur à charbon : cependant,
M. Edison a, de son côté, imaginé un système
récepteur qu'il a appelé l'électromotographe.
Ce récipient est formé aussi d'une membrane élastique,
qui peut être mise en vibration par un procédé
extrêmement curieux. Un petit ressort d'acier, fixé
d'un côté à la membrane, se termine de l'autre
côté par une pointe mousse en platine, laquelle s'appuie
à la surface d'un cylindre métallique recouvert
d'une couche d'une substance particulière à base
de phosphate de chaux : ce cylindre est mobile autour de son axe;
on le fait tourner à la main à l'aide d'une manivelle.
Le frottement de la surface du cylindre contre la pointe mousse
suffit pour entraîner légèrement celle-ci,
ainsi que le ressort, ce qui imprime une impulsion à la
membrane. M. Edison a découvert que si un courant électrique
passe par le cylindre, par le point de contact et par le ressort,
le frottement pendant ce mouvement est considérablement
modifié. Plus de frottement, plus d'entraînement
du ressort, plus d'impulsion communiquée à la membrane.
Si donc on lance une série de courants instantanés
dans le cylindre pendant qu'on le fait tourner, on imprimera à
la membrane une série d'impulsions successives qui la feront
vibrer. C'est ce qui se passe dans cet instrument. On a déjà
vu comment les vibrations de la membrane du transmetteur produisent
une série de courants induits; ces courants passent par
le cylindre, impriment à la membrane du récepteur
une série d'impulsions qui la font vibrer, de manière
à reproduire les sons comme dans le téléphone
de M. Bell. L'appareil de M. Edison est vulgairement connu sous
le nom de téléphone à charbon.
Le troisième modèle a été appelé
condensateur chantant ; mais il est inférieur, à
certains points de vue, aux deux précédents. Le
transmetteur est relié à plusieurs récepteurs,
composés de petites boites aplaties en carton, à
surface découpée, suspendues de distance en distance.
Chacune de ces boîte est un condensateur formé par
des feuilles de papier d'étain séparées par
d'autres feuilles intactes de papier minca : les feuilles métalliques
de rang pair sont réunies entre elles; celles de rang impair
le sont également. On reconnaît bien là la
constitution d'un condensateur ordinaire multiple. C'est M. Varley
qui a construit cet appareil en utilisant ce fait, découvert
par Foucault, qu'une succession decourants induits, alternativement
direcls et inverses, envoyés dans un condensateur, lui
fait rendre un son. Mais, si l'appareil chante juste, il nasille,
ce qui constitue son infériorité: cela tient à
ce que le timbre de la voix. est altéré par la superposition
du timbre particulier aux vibrations des feuilles de papier. L'essai
n'en a pas moins son mérite.
En 1878, M. Auguste Trève
a appliqué le téléphone à la transmission
des ordres à une escadre ou, plus simplement, d'un navire
à l'autre : en outre, il a été constaté
que cet appareil est un excellent moyen de correspondance entre
bâtiments remorqueurs et remorqués. En même
temps, le lieutenant de vaisseau Desportes imaginait de l'utiliser
pour la manuvre des scaphandres et pour les opérations
des plongeurs, en substituant une plaque de cuivre à l'une
des glaces du casque et en enchâssant un téléphone
dans cette plaque : ce second essai a également bien réussi.
Dans l'été de 1879, MM. Jovis et Langlois ont reconnu
que la transmission du son s'opérait non moins facilement
par le téléphone entre un ballon et la terre. L'instrument
peut donc être appliqué dans tous les milieux.
Peut-il être employé dans la pratique médicale
? M. d'Arsonval a démontré, en 1878, que le téléphone
constitue le rneilleur, le plus sensible des galvanoscopes, qu'il
peut rendre des services notoires pour étudier le tétanos
électrique des muscles, qu'il permet de constater l'existence
des courants hydro-électriques ou thermo-électriques
les plus faibles. A la date du 7 janvier 1882, le Médical
Record de New-York annonçait qu'un médecin du Massachussetts
venait de diagnostiquer et de traiter heureusement un cas de croup
à deux milles de distance à l'aide du téléphone
; la toux croupale de l'enfant malade était transmise distinctement.
Dès son apparition, le
téléphone est entré dans la voie pratique
aux États-Unis : des compagnies téléphoniques,
moyennant une redevance de 12 fr. 50 par mois, se sont mises à
installer dans chaque maison des appareils de transmission. Au
10 janvier 1880, on comptait déjà 130,000 téléphones
Bell fonctionnant dans l'Union; l'Angleterre, en même temps,
suivait cet utile élan. En France, une Société
téléphonique s'est formée à Paris
en août 1879, et 20,000 appareils fonctionnaient en janvier
1880. Il est à supposer que ce mouvement va progresser
rapidement chez nous : le grand prix Volta, de 50,000 fr., décerné
à M. Bell par notre Académie des sciences, puis
les expériences faites au palais de l'Exposition d'électricité,
que l'on avait relié téléphoniquement à
l'Opéra et à la Comédie-Française,
expériences reprises à j'Élysée et
dans divers ministères, ces témoignages publics
de l'intérêt officiel ont ouvert les yeux au public
qui s'est laissé convaincre. A Paris les fils des téléphones
sont envoyés et distribués par les canaux des égoûts.
Une fois le problème de
la parole transmise à distance résolu, on tenta,
naturellement, davantage, c'est-à-dire de recueillir, d'écrire
et de fixer le discours afin de le reproduire mécaniquement
au moment où on le voudrait. En 1878, M. Edison fit cette
nouvelle découverte en produisant le phonographe. Cet instrument
écrit tout à la fois et parle; il est son propre
traducteur, et, de plus, il garde fidèlement inscrite la
phrase qu'on lui a confiée. Il se compose d'un cylindre
en cuivre placé horizontalement, soutenu par un axe que
l'on fait manuvrer avec une vis, laquelle tourne dans un
écrou qui fait avancer ou reculer le cylindre. Une manivelle
permet de faire tourner celui-ci, qui alors, tout en tournant,
avance ou recule suivant le sens dans lequel on fait agir la manivelle.
Près de l'extrémité du cylindre opposé
à cette manivelle est fixée une embouchure, dont
l'orifice renferme un diaphragme métallique : le centre
de ce diaphragme porte une pointe, également en métal,
regardant le cylindre et peu distante de celui-ci. Sur ce cylindre
est tracé un filet de vis en creux et par-dessus une feuille
d'étain enroulée. Le style le touche aux endroit
qui sont au-dessus du sillon ; il s'y appuie, il l'écrase
il y fait des creux, et ceux-ci persistent. C'est bien une sorte
d'écriture du discours parlé, gravée en creux
sur une feuille d'étain qui la garde. Pour éviter,
néanmoins, une lecture compliquée, il s'agira de
retrouver mécaniquement la parole même. On tourne
le cylindre en sens inverse on mène le style à son
point de départ, et on recommence le mouvement direct.
Le style qui touche la feuille en suis désormais la surface
jusque dans les cavités que lui même a creusées;
il se relève aux points qu'il n'a pas toucher il recommence
tous les mouvements que lui avait imprimés la voix. Dès
lors, il les rend à la membrane ; celle-ci exécute
à nouveau ses vibrations, elle reproduit la voix. Pour
donner un mouvement, régulier au cylindre, c'est-à-dire
pour le faire chanter juste, M. Hardy s'est avisé, en 1879
d'y adapter un mouvement d'horlogerie, ce qui a convenablement
perfectionné le résultat.
Si extraordinaire qu'il soit, on avait beaucoup exaéré
les mérites de cet instrument. Il ne reproduit exactement
d'ailleurs, ni le timbre ni les intonations. « Tout au plus
a dit M. Jamin, le phonographe pourrait-il être un excellent
sténographe; mais il faudrait un cylindre énorme
une feuille d'étain immense, et cela jusqu'ici est absolument
impossible à réaliser. Gardons-le donc pour ce qu'il
est pour un appareil de simple curiosité scientifique,
d'une curiosité de premier ordre, il est vrai; mais ne
lui demandons pas de réaliser tout ce qu'on a pu en espérer
lors de son apparition. » Il en est, on le comprend, tout
autrement du téléphone, dont l'invention restera
une gloire du siècle comme la télégraphie
électrique elle-même, qu'il continue et perfectionne,
qu'il a simplifiée.
|
1882
Antoine Breguet décédera en 1882, son partenaire Alfred
Niaudet en 1883, et Louis Breguet, a près de 80 ans
est incapable de supporter ces malheurs, il meurt une quinzaine de jours
après Niaudet. Il semble que l'usine de production de téléphone
de Breguet ait été reprise par Clément Ader.
En juillet 1882, le Ministre des
Postes et Télégraphes obtint un crédit de 250 000
Francs destiné à expérimenter l'exploitation de réseaux
téléphoniques dans certaines villes de province.
A. Cochery émet un décret qui permet l'établissement
et l'usage des lignes télégraphiques d'intérêt
privé.
Ce qui permet de pouvoir relier des lignes privées au réseau
télégraphique de l'état ou bien de relier entre eux
deux établissements privés.
Les frais d'établissement sont de 250 francs par km de ligne, les
frais d'entretien sont de 20 francs par an et par km de ligne et
l'état prélève un droit d'usage de la ligne de 15
francs par an et par km de ligneDès 1882
- la Société Générale des Téléphones,
la souveraine, s'inquiète des trop nombreux constructeurs qui commençaient
à proposer des téléphones pour les installations
domestiques et à lui faire de l'ombre
- la Société général des téléphones
obtint du gouvernement de pouvoir relier sur un même fil à
abonnement réduit, deux abonnés habitant un même immeuble.
Un appareil spécial installé à chaque étage
permet à chacun des locataires de communiquer avec tous les abonnés
du réseau et réciproquement.
Dans les administrations importantes, la Société générale
des Téléphones a eu l'idée d'installer des petits
réseaux téléphoniques destinés à desservir
tous les services intérieurs. De petites lignes, partant des bureaux
des différents chefs de services d'une même administration,
viennent aboutir à un tableau central à plusieurs directions
; ces lignes peuvent être en nombre illimité. Le tableau
central étant relié lui-même au bureau central du
réseau de la Société, il s'ensuit que chaque chef
de service peut, de son bureau, être directement mis en communication,
non seulement avec ses collègues, mais avec tous les abonnés
du réseau.
 |
La figure gauche représente
un de ces tableaux à plusieurs directions, qui est la réduction
d'un bureau central d'administration.
Le nombre des directions est variable
La figure droite est un poste
central mobile composé d'une planchette horizontale supportant
une boîte forme pupitre, en acajou, noyer ou bois noir,
sur laquelle sont montés des leviers qui font office de
commutateurs Jack-Knives, et qui contient la bobine d'induction,
les communications et le crochet commutateur automatique pour
mettre le poste sur sonnerie ou sur téléphone, crochet
auquel on suspend l'appareil téléphonique combiné.
Le tout est monté sur un pied en fonte.
A droite un autre modèle Berthon-Ader
|
 |
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Ce poste central est composé d'une
planchette verticale munie de bornes, avec annonciateurs à disque
et commutateurs Jack-Knives, grand modèle, cordon avec fiche, repos
de fiche, crochet pour suspendre les cordons de communication à
deux fiches et place réservée pour un appareil transmetteur
Ader, ou pour un appareil transmetteur Berthon; le tout monté au
double fil.
La Société a donné une forme encore plus pratique
aux postes centraux destinés à desservir ces réseaux
locaux; elle a construit des postes mobiles, aussi gracieux que commodes,
comportant chacun un nombre plus ou moins grand d'annonciateurs et de
commutateurs et qui permettent à chaque chef de service d'être
relié directement aux autres chefs de service ou à leurs
subordonnés sans passer par un poste central commun. Tous les services
si nombreux de la Compagnie générale Transatlantique, dans
son hôtel de la rue Auber, sont ainsi reliés entre eux et
de plus sont, mis en communication, par un poste central spécial,
avec le réseau de Paris. C'est le type parfait de ces d'installations.
Outre que cette prodigalité de lignes, dont l'utilité n'est
pas toujours démontrée, est une charge pécuniaire,
elle est surtout une grande source d'embarras pour les personnes qui ont
à s'adresser à ces administrations. On ne sait sur quelle
ligne on doit sonner pour avertir la personne avec laquelle on a besoin
de s'entretenir. Il arrive souvent qu'un chef de service se trouve dérangé
pour un autre, ce qui est un ennui pour lui et une perte de temps pour
celui qui demande.
Remarquons en passant que dans plusieurs administrations un certain nombre
de lignes téléphoniques relient différents services
directement avec le réseau de Paris.
Ces inconvénients sont dus à l'incompétence pratique
des personnes qui sont chargées de faire faire ces installations.
Il est facile de les éviter, en concentrant sur un même point
toutes les lignes appartenant à une même administration.
C'est d'ailleurs ce qu'ont fait plusieurs administrations bien avisées,
sur les conseils de personnes compétentes.
Toute personne ayant à s'adresser à ces administrations
correspond directement avec un fonctionnaire chargé spécialement
de ce service.
Selon la nature du renseignement demandé, celui-ci le fournit immédiatement
ou met le demandeur en communication directe avec le service ou la personne
intéressée.
De la sorte, nul n'est dérangé inutilement et toute demande
reçoit une prompte solution. Economie de temps et d'argent.
sommaire
 |
Beaucoup de maisons
de commerce un peu importantes, à Paris et dans les grandes
villes de province, possédaient déjà le
téléphone.
Les municipalités de Marseille, de Lyon, de Bordeaux
organisèrent des réseaux dits municipaux.
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Les postes de pompiers, les bureaux d'octroi,
les commissariats de police et les divers grands services de l'administration
de chaque ville furent reliés à un poste central placé
à la mairie. Les villes du Havre, de Rouen, suivirent cet exemple
, d'autres moins importantes s'y rallièrent. La province devança
Paris dans cette voie.
Mais ces réseaux municipaux, sauf deux ou trois, comme ceux de
Marseille, de Lyon, de Calais, sont absolument fermés et, contrairement
à ce qui existe dans tous les autres pays, il serait difficile
de trouver dans la liste des abonnés des réseaux urbains,
une ligne téléphonique pouvant permettre au public de
se mettre en rapport, soit avec un poste de police, soit avec un poste
de pompiers, en cas de sinistre ou d'incendie .C'est seulement en 1889
que fut établie une ligne téléphonique reliant
le réseau de Paris avec l'état-major des sapeurs-pompiers
,quartier général d'incendie).
Vers la fin de 1882, en même temps que l'on s'occupait de l'installation
d'un réseau téléphonique à Nice, on établissait
un poste de téléphone près de cette ville, au sommet
du Mont-Vinaigre, le point le plus central des montagnes de l'Estérel.
On a construit sur le Mont-Vinaigre une maisonnette où se tiennent
deux gardiens chargés de donner le signal lorsque des incendies
se déclarent dans la forêt de l'Estérel. Toutes
les maisons forestières de l'Estérel sont reliées
entre elles par un réseau téléphonique qui communique
avec l'inspection centrale dont le siège est à Fréjus
A PARIS : A partir de 1882 cependant le réseau se structure
et ses caractéristiques techniques se mettent en place. Borné
par les fortifications le réseau téléphonique parisien
s'organise autour de 9 puis 12 bureaux "centraux". Ceux-ci
sont bien entendu manuels.
L'établissement des communications se fait ainsi : Quant
un abonné veut parler à un autre il peut se présenter
deux cas :
1° le second abonné habite le même arrondissement téléphonique,
c'est le cas le plus simple ;
2° le second abonné habite un autre arrondissement ; la téléphoniste
du bureau À, appelée par le premier abonné, appelle
le bureau D, qui appelle à son tour le second abonné".
Hormis l'adoption précoce des circuits â deux fils, choix
"moderniste" dont on ne cessera par la suite de féliciter
la S. G. T. les caractéristiques du réseau sont encore
très frustes. Tous les câbles sont isolés, sur le
modèle des câbles sous-marins, â la gutta percha*
II n'existe que deux types de câbles. D'une part les lignes auxiliaires
qui relient entre eux les bureaux. D'autre part les câbles qui
desservent les abonnés : les deux fils constituant chaque circuit
sont réunis dans les égouts en câbles de sept paires
toronnées et protégées par une enveloppe de plomb.
Le reseau a cependant fait l'objet de quelques choix de structure déliberès.
Ainsi la société explique que "tous les fils qui
joignent les divers bureaux centraux de Paris passent tous par un point
central situe 27 avenue de l'Opéra. On aurait pu établir
des lignes allant par le chemin le plus court du bureau A a chacun des
autres, du bureau B a tous ceux des lettres suivantes, du bureau C aux
suivants etc. Cette méthode aurait même diminué
la longueur totale de câble employé a ce service. On a
cependant preferé le système du point central d'ou rayonnent
les fils venant de tous les bureaux" .
Cela permet de tirer parti des rosaces sur lesquelles les fils correspondant
a chaque abonné sont disposés a l'aboutissement des câbles
"si on reconnait que le bureau C fait un usage peu actif de ses
fils auxiliaires avec D tandis que les communications entre D et I sont
actives et sont quelquefois retardées par le manque de lignes,
la manuvre a faire est facile... On disjoint un fil double CD
a son extremite C dans la rosace et on le relie a un cable libre venant
du
bureau I.
Cette adaptation du réseau au trafic observe ne vaut pas seulement
pour les lignes auxiliaires. Pour faciliter le travail des opératrices
"il y a lieu de réunir (sur les tableaux) autant que possible,
les abonnes en groupes sympathiques, si on nous permet cette expression,
c'est-a-dire en groupes de personnes causant le plus habituellement
ensemble. Cette distribution des abonnes n'est pas une chose une fois
faite ; il y a des mutations fréquentes pour diverses raisons
changement, de domicile d'un abonné, arrivée d'un nouvel
abonné, etc.
Ce type de gestion du réseau correspond à un petit réseau.
Parallèlement , après Cornéluis Herz, des travaux
sont repris et développés par un électricien belge,
M. Van Rysselberghe, directeur du service météorologique
de Bruxelles, ils ont donné des résultats dans le monde
scientifique , mais l'idée et les études préliminaires
sont entièrement dues au docteur Herz.
Les essais de M. Van Rysselberghe furent faits entre Paris
et Bruxelles, le 17 mai 1882, à une distance de 544
kilomètres.
M. Van Rysselberghe, outre qu'il supprime l'induction dans les fils
voisins, comme l'avait fait son prédécesseur, est arrivé
à ce résultat remarquable, de pouvoir faire fonctionner
en même temps, et sur un même fil, un appareil téléphonique
et un appareil télégraphique.
La revue "L'Electricen" nous raconte :
Des expériences téléphoniques très intéressantes
, et qui peuvent avoir des conséquences praliques importantes
, ont été faites , le mois dernier , entre Paris et Bruxelles
. M. van Rysselberghe , directeur du service météorologique
de Belgique , inventeur du nouveau procédé , a , d'une
part , perfectionné le téléphone , et de l'autre
, il a trouvé un système faisant disparaitre l'induction
occasionnée par les lignes télégraphiques . Enfin
, il a atteint ce résultat remarquable de pouvoir faire travailler
, en même temps , sur un même fil , un appareil télégraphique
et un appareil téléphonique , en sorte que l'on peut à
la fois sur ce fil faire passer une conversation et un échange
de dépêches .
Voici , par exemple , deux messages qui ont été envoyés
simultanément le 17 mai 1882 .
Par le Morse on a transmis ce qui suit :
A Monsieur Call , directeur - ingénieur des télégraphes
. Je prie monsieur le directeur - ingénieur Caël de recevoir
par Morse , de Bruxelles à Paris , mes compliments les plus affectueux
; la présente dépêche passée , en même
temps qu'un télégramme téléphonique , à
M. le ministre Cochery , sur l'unique fil qui nous relie en ce moment
.
En même temps le téléphone dictait le message
suivant :
A Monsieur COCHERY , ministre des postes et des télégraphes
. Je suis heureux de transmettre à M. le Ministre des postes
et des télégraphes de France , au nom de l'administration
des télégraphes de Belgique , la première dépêche
téléphonique Transmise entre Bruxelles et Paris , par
une méthode due à M. van Rysselberghe et permettant de
transmettre par un même fil des télégrammes ordinaires
en même temps que des dépêches parlées .
Je suis certain d'être l'interprète de M. le Ministre des
travaux publics de Belgique en exprimant à M. le Ministre des
postes et des télégraphes de France toute la satisfaction
que nous éprouvons en constatant la possibilité d'augmenter
encore les relations entre les deux pays .
Dans d'autres expériences, faites avec beaucoup d'attention,
par l'administration française, en 1882, entre Paris et Nancy,
on a fait franchir à la
voie 555 kilomètres. Pendant une heure les ingénieurs
conversèrent entre eux d'une gare à l'autre, au moyen
du fil de la ligne télégraphique.
Bien mieux que les Américains avec le système
Hopkins à la même époque, des expériences
faites en France, avec le téléphone de M. le Dr Cornélius
Herz, on a pu transmettre la parole beaucoup plus loin, puisqu'on
a pu parler de Tours à Brest, en passant par Paris, sur
une longueur de circuit de 1140 kilomètres, avec le fil
de fer de 4 millimètres des télégraphes
.1882-1883 Evolution du téléphone dans le monde en
nombre d'abonnés
Derrière les Etats unis, la France est plutôt bien équipée.sommaire1883
la SGT décide de leur faire un procès
pour contrefaçon pour essayer d'enrayer cette concurence.
La SGT est représenté par Armengaud
Jeune, ingénieur conseil et administrateur de la société,
et J.E.Engrand avoué de 1ere instance auprès du
tribunal de la Seine. Suivirent des saisies descriptives chez certains
constructeurs et fait assigner devant le tribunal de la Seine des sociétés
dont : La Société anonyme Maison Bréguet; Maiche,
Lenczewski, Journaux, De Locht-Labye , Beillahache, M portevin fils...
Mildé fils, la Société du gaz de nice , Bert et
D'Arsonval, D'Argy ...
A.Jeune expert en brevet tend à prouver que les appareils dérivent
des brevet français d'Edison pour l'emploi du micro à
charbon et de la bobine d'induction.
Le régime des réseaux exploités par l'Etat fut
également fixé par un arrêté en date du 1er
janvier 1883.
Pour diminuer la dépense à la charge de l'Etat, l'Administration
admit le principede la contribution de l'abonné en vue de l'établissement
de la ligne : l'abonné avance une certaine somme et l'Etat le
rembourse en ne lui faisant pas payer ses futures redevances annuelles.
L'abonnement est moins élevé que celui de la S.G.T., il
est de 200 Francs pour les réseaux de moins de 200 abonnés
et 150 Francs pour les autres mais contrairement à la S.G.T qui
fournit le poste, les abonnés doivent acheter leurs appareils.
L'Etat installe le poste et fournit les piles et les accessoires moyennant
une redevance supplémentaire de 75 Francs. Pour la même
prestation et pour un réseau de plus de 200 abonnés, le
coût à la S.G.T est donc de 400 Francs et 425 Francs pour
un réseau d'Etat.
l'État qui a certes concédé les réseaux
de certaines villes à l'industrie privée, n'en a pas pour
autant renoncé à ses droits, et décide d'ouvrir
en propre des réseaux téléphoniques dans d'autres
villes, moins peuplées, donc moins favorables à l'essor
du téléphone.
Ainsi, le 1er avril 1883, l'Administration ouvre-t-elle à l'exploitation
téléphonique les réseaux téléphoniques
des villes de Reims et de Roubaix-Tourcoing puis Saint
Quentin le 31 décembre 1883.
De son côté la Société Générale
mettait en service ses derniers réseaux :
- Calais le 1er juillet 1883,
- Rouen le 15 juillet 1883,
- Alger le 26 juillet 1883,
- et Oran le 10 août 1883.
 |
En 1883, larchitecte
du nouvel Hôtel de ville de Paris ouvre un marché
pour linstallation dun service complet de 400 sonneries
électriques dalarme, dun service dincendie
de 45 postes et dun système de 100 porte-voix pour
la correspondance des cabinets.
Charles Mildé remporte la totalité du marché
en proposant dinstaller, au même prix, un service
téléphonique complet à la place des porte-voix.
Il sassocie alors avec Arthur dArgy qui vient
de mettre au point un microphone à poudre de charbon et
ils déposent ensemble un brevet pour « un nouveau
poste téléphonique à bon marché »
En 1884, Charles Mildé
a lidée daméliorer légèrement
le microphone dArgy et dépose un brevet à
son seul nom, spoliant alors linventeur
|
sommaire
Au 1er janvier 1883, la Société
générale des Téléphones comptait 2.692 abonnés
à Paris et 1.500 dans les autres départements.
En septembre de la même année, le nombre total des
abonnés de la Société s'élevait à 4.739,
répartis de la manière suivante :
Paris, 2.992; Lyon, 528 ; Marseille, 336 ; Bordeaux, 280; le Havre, 191;
Lille, 128; Nantes, 89; Saint-Pierre-lès-Calais,85; Rouen, 62;
Oran, 30; Alger,18.
A Rouen, le réseau ne put être établi qu'en 1883.
Une des causes du retard qu'a subi l'établissement définitif
des lignes dans cette ville provient de la difficulté qu'éprouva
la Société à obtenir des propriétaires l'autorisation
de poser les supports sur les toits de leurs immeubles.
Saint-Pierre-les-Calais (Calais-Saint-Pierre depuis la fusion des deux
municipalités), aujourd'hui le premier centre manufacturier du
Pas-de-Calais, est une des villes de France où le téléphone
a pris le plus rapide accroissement.
Au 1er décembre 1883, son réseau téléphonique
comptait 87 abonnés, tandis que Rouen n'en avait à la même
époque que 63 pour une population plus que triple.
Un certain nombre d'installations téléphoniques furent faites,
dans le courant de cette année, chez des propriétaires d'usines
de Paris et des environs qui ont leurs fabriques et leurs maisons reliées
par une ligne téléphonique privée.
Au 31 décembre 1883, la SGT compte 3 039 abonnés.
|
A PARIS, Le plus gros central,
Opéra, a 603 abonnés ; le plus petit rue
Lecourbe en a 50.
les canalisations souterraines : A partir de 1882,
le réseau se structure, et ses caractéristiques
techniques se mettent en place.
Borné par les fortifications, le réseau téléphonique
parisien s'organise autour de huit, puis de douze bureaux «
centraux ».
RÉPARTITION DES BUREAUX CENTRAUX de PARIS.
Les chiffres placés au-dessous du nom de chaque bureau
indiquent la classe d'abonnés desservis par ce bureau ;
l'abonné 728-43 sera relié au 43e Jack de la 28e
section du multiple de Saxe ;
l'abonné 1018-24 sera relié au 24e jack de la 18e
section du nouveau multiple des Archives
Mais la répartition par
centraux a évolué. Le quartier de l'Opéra
y compris le secteur de la rue Lafayette compte toujours un fort
pourcentage d'abonnés mais le coeur du système s'est
déplacé vers les quartiers industriels et commerciaux
de la rue Etienne Marcel et de la place de la République.
Plus
de détails sur les Réseaux et Centraux manuels.
|
|
Le musée Grévin fut mis en
communication avec le concert de l'Eldorado. Tous les soirs des auditions
téléphoniques théâtrales avaient lieu au musée.
Plus tard ce musée fut également relié aux théâtres
des Nouveautés et des Variétés. En
1883, l'État qui a certes concédé les réseaux
de certaines villes à l'industrie privée, n'en a pas pour
autant renoncé à ses droits, et décide d'ouvrir en
propre des réseaux téléphoniques dans d'autres villes,
moins peuplées, donc moins favorables à l'essor du téléphone,
mais à des conditions tarifaires et de services proposés
plus avantageuses que ne l'offre la S.G.T dans les villes concédées.
Ainsi, le 1er avril 1883, l'Administration ouvre-t-elle à l'exploitation
téléphonique les réseaux téléphoniques
des villes de Reims et de Roubaix-Tourcoing !
sommaire
En juillet 1883, l'hôtel
et la maison de banque de M. le baron de Rothschild, rue
Laffitte, à Paris, furent mis en communication téléphonique
avec le château de Ferrières, une des résidences
du baron Alphonse de Rothschild ,dans le département de Seine-et-Marne.
Cette installation comprend 90 kilomètres de fils doubles.
A l'aide d'un commutateur spécial, M. de Rothschild peut
communiquer à tous les instants du jour et de la nuit, de
son château de Ferrières, avec tous les abonnés
du réseau de Paris.

C'est le 21 mars 1885 que fut créé la Compagnie
des signaux magnétiques et communications téléphoniques.
Siège à Paris au 51rue Vivienne par Cornéluis
Herz et Adren François Hebrard

Il a été construit un poste à appel magnétique
et à transmetteur microphonique par la Compagnie des signaux
magnétiques et communications téléphoniques.
ce poste a été expérimenté entre les
bureaux de MM. Rothschild frère rue Laffitte et le château
de Ferrières, distance de 38 kilomètres, qui a donné
les résultats les plus satisfaisants.
Ce poste est représenté dans les figures ci dessus.
Le microphone est du système Hughes et chaque poste possède
deux éléments Lalande et Chaperon fixés au
dos des parois latérales de la boîte. Cet appareil
est dune sensibilité excessivement grande. La figure
gauche donne une vue extérieure du poste complet; la figure
droite montre la disposition des organes intérieurs. |
Dans le département de Seine-et-Oise,
12 postes téléphoniques reliaient entre eux les établissements
des grandes fabriques Decauville.
Les fils aboutissent à Petit-Bourg, Évry et Corbeil; de
sorte que les chefs de gare de ces trois localités peuvent prévenir,
par le téléphone, M. Decauville de l'arrivée en gare
de ses marchandises.
Depuis le l° septembre 1883, les grandes compagnies de chemins de
fer de France ont adopté le téléphone comme appareil
avertisseur concurremment avec le télégraphe.
A cette époque, la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest reliait
par une ligne téléphonique ses deux grandes gares de Paris,
Montparnasse et Saint-Lazare.
Des postes téléphoniques dits postes de secours furent posés
à la gare Saint-Lazare, ainsi que dans les stations de Bois-Colombes
et Colombes embranchement.
sommaire
Le succès qui venait de couronner les efforts de la Société
générale des Téléphones, avait fait comprendre
aux plus incrédules toute la valeur de la nouvelle invention et
l'avenir qui lui était réservé.
Aussi, dans la session ordinaire de 1882, le ministre des postes et des
télégraphes demanda aux Chambres et en obtint un crédit
de 250.000 francs destiné à expérimenter l'exploitation
de réseaux téléphoniques dans certaines villes de
province.
Pour diminuer les dépenses de premier établissement, l'administration
fit participer l'abonné aux frais de construction de la ligne;
voici les bases du régime sous lequel les réseaux de l'État
sont exploités d'après l'arrêté du 1er janvier
1883.
La part contributive de l'abonné aux frais d'installation est :
Pour les lignes aériennes dans le périmètre de distribution
gratuite des télégrammes par kilomètre de fil simple
de.................................. 150 francs
Pour les lignes souterraines : En câble multiple............. 500
francs, En câble simple............... 900 francs
En dehors du périmètre de distribution gratuite, les fils
sont considérés comme des lignes privées, et soumis
aux règlements spéciaux. Les appareils sont également
fournis par l'abonné.
Ainsi un abonné, relié au bureau central par un fil de 1
kilomètre, aura à payer au moment de la mise en service
de sa ligne :
Pour 1 kilomètre de ligne....... 150 francs
Pour achat d'appareil............. 133 francs
Pour piles et installations........ 75 francs
Soit un total de...................... 300 francs
sommaire
Juste pour le plaisir de raconter, 1883 est aussi une date
importante pour ce siècle des découvertes :
 |
- Le 24 décembre 1883,
lingénieur allemand Paul Nipkow, alors étudiant
à Berlin, réalise pour la première fois
dans une chambre dhôtel le balayage dune image
à laide dun disque percé de trous
: le principe de la télévision naissait, avant
dêtre breveté en 1884.
Se basant sur ce procédé, ainsi que sur les travaux
notamment de Herz, de Marconi et de Braun
(tube cathodique), linventeur écossais John Baird
présente en 1926 son procédé de
réception dimages, quil nomme « Televisor
».
Le public voit apparaître sur lécran la première
émission télévisée : le visage de
deux ventriloques.
|
Le chant du téléphone. On découvre ce qu'on
appellera plus tard le "larsen" , phénomène
redouté ds acousticiens et musiciens.
On désigne ainsi un phénomène
très curieux que plusieurs expérimentateurs ont déjà
signalé, et sur lequel de récentes observations de
M. Deckert, de Vienne, attirent plus particulièrement l'attention.
Il consiste dans ce fait qu'un téléphone placé
dans des conditions déterminées, peut, en quelque
sorte, entretenir sa propre vibration et faire entendre un son indéfiniment
prolongé. Les dispositions à prendre pour réaliser
l'expérience sont très simples en elles-mêmes,
ne demandent qu'un peu de soin et de bons appareils : un microphone
de grande sensibilité étant mis en court circuit sur
sa batterie et le fil primaire de sa bobine d'induction, on place
un téléphone, de préférence bipolaire,
de construction soignée, en face et à faible distance
du microphone. Si, dans ces conditions, on vient, en soufflant ou
en sifflant, à ébranler la couche d'air qui sépare
les deux appareils, le récepteur téléphonique
rend un son qui pourra ne cesser que lorsque le courant qui actionne
le microphone aura pris fin.
Le son émis est assez intense et de hauteur variable, selon
les appareils utilisés; il persiste lorsqu'on intercale un
diaphragme de faible épaisseur; un tube de même diamètre
que l'intervalle le renforce, de même que l'adjonction de
quelques éléments de pile. Avec des appareils de précision,
le téléphone chante dès qu'on le touche légèrement,
ou même parfois spontanément.
On a donné diverses explications de ce phénomène
: une l'attribue à l'action du courant dont les variations
se traduiraient par des effets calorifiques, puis acoustiques, la
fréquence des vibrations allant en s'affaiblissant ; une
autre en fait une théorie purement acoustique. La plus plausible
et la plus complète de ces théories paraît être
celle qu'en donne M. A.-W. Lamberg; elle repose sur ce fait connu,
que le passage d'un courant constant par un contact imparfait, mobile
et élastique, met en vibration le conducteur lui-même,
qui produit une sorte de bourdonnement : ce serait le cas du microphone.
Pour expliquer le chant du téléphone, M. Lamberg distingue
trois périodes : la première impulsion part de la
membrane du microphone, dont le mouvement vibratoire est modifié
par suite du mouvement de l'atmosphère ambiante; le contact
des charbons devient plus parfait et la résistance diminuant,
le courant primaire acquiert plus d'intensité : cela se traduit
dans la deuxième période par des courants induits
qui influencent le magnétisme du téléphone;
enfin le troisième terme de cette série est le phénomène
acoustique de la vibration de la. colonne d'air qui se trouve entre
les diaphragmes des deux appareils. Entre ces trois moments il s'exercerait
une action réciproque, analogue k celle qui se produit entre
le système inducteur et l'induit d'une dynamo qui s'amorce
et qui tendrait à renforcer le phénomène jusqu'à
son maximum d'intensité.
Quoi qu'il en soit de l'exactitude de ces causes, le chant du
téléphone, ainsi provoqué par le seul rapprochement
convenable des deux principaux organes téléphoniques,
serait susceptible d'être transmis à distance et deviendrait
le sujet d'applications nouvelles très intéressantes
, dont quelques-unes sont déjà brevetées. |
sommaire
En 1884, au 31 mars, la S.G.T dessert en tout et pour tout
11 villes avec un total de 5.079 abonnés en France+Algérie,
dont 3.227 pour Paris.
(Nous parlons bien d'abonnements réels 1 abonnement=1 ligne téléphonique
reliée au central, et non pas du nombre de "postes de toute
nature", notion flatteuse qui permettait de doubler artificiellement
le nombre d'abonnés au téléphone, en comptant les
multiples téléphones souvent branchés en parallèle
sur les lignes... Ces deux notions étant souvent confondues par
erreur dans les divers ouvrages rédigés a postériori).Les
11 villes desservie sont : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes, Lille,
le Havre, Rouen, Saint-Pierre-lès-Galais, Alger et Oran.
En 1884 furent mis en service les réseaux de Halluin, Troyes, Nancy,
Dunkerque et Elbeuf.
La concession accordée à la S.G.T. en 1879 arrivant à
terme en 1884, cette expérience avait pour but de fournir de précieux
renseignements sur l'un ou l'autre mode d'exploitation, le 19 juin
1884, paraît au Journal Officiel, page 3187, un Rapport
daté du 4 mai 1884 adressé au Président de
la République, sur l'organisation des services des Postes et des
télégraphes avant et depuis l'année 1878. Ce rapport
est chargé de faire le point, notamment sur le développement
téléphonique en France depuis 1879.
Les termes de la nouvelle concession furent consignés dans le cahier
des charges du 18 juillet 1884. Ils reproduisaient les principales clauses
de celui de 1879 :
- La concession est accordée pour cinq ans,
- Le permissionnaire paie à l'Etat, à titre de droit d'usage,
10 % des recettes brutes,
- L'Etat construit et entretient les réseaux aux frais des concessionnaires
et peut à tout moment racheter le matériel de l'entreprise.
De son côté le permissionnaire est chargé de l'introduction
des fils à l'intérieur des immeubles, d'installer les téléphones
chez les souscripteurs, d'assurer le service téléphonique
en installant les centraux et en rémunérant les techniciens
et les demoiselles du téléphone.
Il y est détaillé qu'en seulement une année d'exploitation,
la ville de Reims compte une densité d'abonnés par habitants
supérieure à celle des villes placées sous concession
privée de la S.G.T depuis 4 années. (23 abonnés pour
10.000 habitants pour Reims) supérieure à la meilleure densité
d'une ville sous concession de la S.G.T (allant de 3 à 22 abonnés
pour 10.000 habitants)
En conclusion, en une seule année d'exploitation, l'Administration
des Postes et Télégraphes fait mieux que la S.G.T en 4 années
d'exploitation...L'arrêté du 26 juin 1879 est remplacé
par l'arrêté du 18 juillet 1884 (BO P&T 1884 n°20
page 845) autorisant à nouveau l'industrie privée à
demander, à partir du 8 septembre 1884, une nouvelle autorisation
d'exploitation, et fixant le cahier des charges.
Dans la foulée, la seule société privée qui
exploite encore des réseaux téléphoniques en France,
la Société Générale des Téléphones,
parvient à faire renouveler sa concession pour 5 années
de plus.LEtat crée la première ligne importante, reliant
le réseau de la ville de Reims au palais de la bourse de
Paris, quil équipe de cabines téléphoniques.
Jugeant certainement la situation précaire, la S.G.T. diminua ses
investissements. Elle céda à l'Etat le réseau de
Lille et mit en service son dernier réseau à Saint-Etienne
le 15 juillet 1884.Par contre les affaires de l'Etat devenaient florissantes
et en 1884 furent mis en service les réseaux de Halluin, Troyes,
Nancy, Dunkerque et Elbeuf.
Le premier réseau Normand fut celui d'Elbeuf mis en service
le 25 novembre 1884 avec 46 abonnés.
sommaire
 |
LES CABINES TÉLÉPHONIQUES
Avant la fin de 1884, on commença l'installation de cabines
téléphoniques publiques à Paris et dans quelques
villes de province.
Ces cabines, qui rendent tant de services, existent actuellement,
à Paris, dans tous les bureaux de postes et télégraphes
et les bureaux centraux de la Société générale
des Téléphones, au nombre de 82 à Paris,
et 77 dans les villes de province. |
Ce service fut ouvert au public le 1er janvier 1885.
Fin 1885, Paris compte 35 cabines enregistrant chacune une trentaine
de communications hebdomadaires
Le régime de
ces communications a été fixé par décret
du 31 décembre 1884, dont voici les termes
|
Le Président de la République
française.
Vu l'article 2 de la loi du 2l mars 1878 ;
Vu la loi du 5 avril 1878;
Sur le rapport du Ministre des Postes et des Télégraphe
;
Décrète :
|
|
Article
premier.
|
Toute personne peut, à
partir des cabines téléphoniques mises par l'Étatà
la disposition du public, correspondre, soit avec une autre personne
placée dans une cabine téléphonique de la même
ville, soit avec un abonné du réseau.
La taxe à percevoir pour l'entrée dans les cabines
publiques est fixée, par cinq minutes de conversation : A
Paris, à 0 fr. 50
Dans toutes les autres localités de France, d'Algérie
et de Tunisie, à 0 fr. 25 |
|
Article 2.
|
|
Des communications téléphoniques
à distance peuvent être mises à la disposition
du public.
Les lignes auxquelles est appliquée cette mesure sont indiquées
par décision ministérielle.
La taxe à percevoir par cinq minutes de conversation de
ville à ville est fixée :
Pour toute distance inférieure à 100 kilomètres,
à 1 franc.
Cette taxe peut être réduite à 50 centimes
lorsque les deux villes entre lesquelles l'échange des
conversations par téléphone a lieu, ont été
classées, par décision du Ministre des Postes et
des Télégraphes, comme faisant partie d'un seul
et môme groupe téléphonique.
Les conditions dans lesquelles cette taxe est perçue, soit
sur la personne qui demande la communication, soit par moitié
sur chacune des deux personnes en correspondance, et en général
toutes les conditions d'exécution du service sont déterminées
par arrêtés du Ministre des Postes et des Télégraphes.
Fait à Paris, le 31 décembre
1884. Signé : JULES GRÉVY.
Par le Président de la République,
Le Ministre des Postes et des Télégraphes,
Signé : AD. COCHERY.
sommaire
|
Depuis cette époque toute personne
est admise à communiquer avec n'importe quel abonné au réseau
de Paris aux conditions suivantes :
Les personnes non abonnées au service téléphonique
du Paris, payent une taxe de 50 centimes pour cinq minutes de conversation.
Dans toutes les autres localités de France, d'Algérie et
de Tunisie, 23 centimes.
Le gouvernement délivre aux abonnés de Paris, sur
la présentation de leur contrat, une carte d'abonnement,
dont le prix est de 40 francs par an, et qui leur permet de communiquer
dans tous les bureaux téléphoniques et bureaux de quartiers
de la Société générale des Téléphones
indistinctement.
La Société générale des Téléphones
remet à tous ses abonnés, sur la présentation de
leur contrat d'abonnement, des cartes de communication, leur donnant droit
de communiquer gratuitement dans tous les bureaux de quartiers de la Société
générale des Téléphones, mais dans ses bureaux
seulement.
Chaque abonné a droit à autant de cartes qu'il a d'abonnements.
Les cercles et les établissements publics, tels que cafés,
restaurants, hôtels, etc, abonnés aux réseaux téléphoniques
concédés à l'industrie privée, sont autorisés
à mettre le téléphone à la disposition de
leurs membres ou clients, moyennant le payement d'un abonnement double
de celui qui est fixé par le tarif applicable aux abonnés
ordinaires.
Le deuxième abonnement perçu par le permissionnaire revient
intégralement à l'État.
Le produit des communications par cabine publique est entièrement
acquis à l'État dans les réseaux de l'État
; dans les réseaux de la Société, il se partage entre
l'État et la Société.
Après neuf heures du soir, le public n'était pas admis toutefois
àtéléphoner dans les cabines de Paris; depuis le
1er avril 1887, un certain nombre de cabines ont été mises
à sa disposition après neuf heures dans les bureaux suivants
:
Toute la nuit : bureau n° 44, rue de Grenelle ;
Jusqu'à minuit : bureau n° 92, rue Boissy-d'Anglas .
...................................... 11, avenue de l'Opéra;
.......................................89, au Grand-Hôtel;
11 heures du soir: bureau n° 5, place de la République;
.......................................17, rue des Halles ;
.......................................26, gare du Nord ;
.......................................33, boni, de l'Hôpital;
.......................................45, av. des Ch.-Elysées
:
.......................................91, boul. Saint-Denis.

sommaire
1883 - 1885 à NICE
jeudi 14 juin 1883 Le Petit Niçois nous apprend quune
entreprise de la ville vient d'installer un téléphone, qui
serait le troisième à Nice.
À noter quil sagit encore de liaisons point à
point et que, dun poste dappel, on ne peut joindre que le
seul correspondant auquel le câble vous relie.
« Téléphones. Un troisième téléphone
a été établi hier à. Nice.
Cest la Société générale de transports
qui la fait établir pour mettre en communication ses bureaux
de la rue Gubernatis avec ses remises situées au quartier Riquier.
On sait quil existait déjà deux téléphones
dans notre ville : lun entre la Caisse de Crédit et la Villa
de M. Sicard à Saint-Jean ; lautre entre le Théâtre
Français et le café de la Maison Dorée. »
Un autre article du Petit Niçois paru le 6 mars 1885 écrit
« Téléphone. À la suite dune
démarche auprès de M. le ministre des postes et télégraphes,
des avantages plus sérieux viennent dêtre accordés
à notre ville pour létablissement dun réseau
téléphonique. M. Cochery persiste toujours il est
vrai à refuser une exploitation quelconque des téléphones,
exploitation quil ne saurait concéder à une cité
sans être immédiatement assiégé de demandes
analogues, mais il consent, en faveur de Nice, à une nouvelle réduction
dans le chiffre des abonnements pour commencer les travaux.
Ce chiffre, qui avait déjà été réduit
à 80 au lieu de 200, se trouve maintenant fixé à
50. Dans ces conditions excellentes nous espérons que nos concitoyens
sempresseront de profiter des faveurs accordées par le gouvernement
à la ville de Nice et que prochainement fonctionnera parmi nous
cet utile et rapide moyen de communication. »1885
L'affaire de contrefaçon de 1882 intentée par la SGT
refait surface.
Les avocats de la SGT produisent un document pour instruire le futur procès
( à lire dans la lumière électrique du 21 mars 1885),
pour Louis Maiche la conclusion est sans appel "Ce parleur de M.Maiche
reproduit tous les caractères distinctifs du système Edison";
L.Maiche ne peut pas luter contre la mauvaise foi de la puissante et souveraine
SGT. Et c'est pareil pour les autres sociétés poursuivies
: La Société anonyme Maison Bréguet; Lenczewski,
... Bert et D'Arsonval, d'Argy, Mildé ....
Cela entraina la faillite de Locht Labye ainsi que d'autres constructeurs.
1885 Avec la constructions des appareils télégraphiques
et des progrès ininterrompus, les lignes aériennes n'avaient
pas évoluées depuis plus de trente ans sous le règne
des télégraphes jusqu'à ce que Lazare Weiller,
Ingénieur chercheur et inventeur se livre dans l'atelier de son
usine à des expériences sur la conductivité de l'électricité
par les métaux et lorsqu'il est à Paris, travaille dans
un laboratoire du Collège de France. Il met au point un alliage
qu'il nomme "bronze siliceux" ou "bronze phosphoreux"
et qui allait révolutionner le transport du courant électrique
car le bronze siliceux est bien plus avantageux sur tous les plans
pour construire nos réseaux téléphoniques.
On peut lire l'étude de 1885 "Construction
des réseaux électriques aériens en fils de bronze
siliceux" de Vivarez, Henry.
1885 Conformément aux conventions passées entre le
ministre des postes et télégraphes et la Société
générale des Téléphones, les abonnés
du réseau téléphonique de Paris pourront prochainement
expédier et recevoir leurs dépêches télégraphiques
par le téléphone. A cet effet, on procède actuellement
à l'établissement, dans le bureau télégraphique
central de la rue de Grenelle-Saint-Germain, d'un service téléphonique
qui fonctionnera de jour et de nuit.
Les télégrammes échangés dans ces conditions,,
seront soumis à la taxe du tarif en vigueur ; mais les abonnés
qui voudront profiter de cette nouvelle mesure, devront contracter un
abonnement supplémentaire, dont le ministre a fixé le montant
à la somme de 50 francs par an.
Toujours en 1885 , en revenant du Portugal où il a effectué
des expériences à grande distance, M. Van Rysselbergh
a eu une entrevue avec M. Cochery au sujet de l'installation
des communications téléphoniques entre Rouen et le Havre,
Les travaux sont déjà commencés dans les bureaux
télégraphiques de ces deux villes et, d'ici peu de temps,
les abonnés des réseaux pourront correspondre entre eux,
comme le font déjà ceux d'Anvers et de Bruxelles.1885
Le gouvernement s'occupa de la réception et de la transmission
des dépêches télégraphiques par téléphones.
Conformément à une convention passée entre le Ministre
des Postes et des Télégraphes et la Société
générale des Téléphones, depuis le 15 février
1885, les abonnés du réseau téléphonique de
Paris peuvent expédier et recevoir leurs dépêches
télégraphiques par le téléphone. Un service
téléphonique qui fonctionne de nuit et de jour est établi
à cet effet dans le bureau télégraphique central
de la rue de Grenelle.
Les télégrammes échangés dans ces conditions
sont soumis à la taxe du tarif en vigueur ; mais les abonnés
qui veulent profiter de cette mesure doivent contracter un abonnement
supplémentaire, dont le montant fixé par le ministre, est
de 50 francs par an.
Le texte des dépêches adressées aux abonnés
de ce service doit être précédé du mot : TÉLÉPHONE.
Toute dépêche téléphonée est en même
temps confirmée par écrit par le service ordinaire des tubes
pneumatiques.
La Société générale des Téléphones,
étant responsable vis-à-vis de l'État de l'acquittement
des taxes à percevoir pour les dépêches transmises
par téléphone, peut exiger que chaque abonné à
ce service spécial lui constitue une provision eu rapport avec
l'usage qu'il compte en faire.
Les dépêches en langues étrangères ne peuvent
être transmises par téléphone.
L'administration supérieure a pris les dispositions suivantes concernant
la façon d'utiliser les bons de réponses payées dans
le cas des télégrammes téléphonés à
domicile :
1° L'autorisation de conserver et utiliser les bons de réponse
sera donnée au receveur du bureau n° 44, au lieu et place des
agents de la Société.
2° Toute dépêche avec réponse payée, restituée
au poste central après avoir été transmise par téléphone
à l'abonné, sera envoyée au bureau n° 44.
3° Le bureau n° 44 établira le bon de réponse dans
tous les cas de dépêches téléphonées,
le conservera s'il en a l'autorisation, et l'appliquera eh établissant
les taxes à un télégramme expédié par
le bénéficiaire
du bon.
4° Si l'autorisation n'a pas été donnée, le bon
sera inséré dans le télégramme à expédier
par les tubes au destinataire. Sur l'adresse du télégramme
et sur le reçu, il sera fait mention de l'envoi du bon.
Nota. L'abonnement annuel de 50 francs, mentionné ci-dessus,
donne, en même temps, le droit d'user du service des communications
interurbaines, c'est-à-dire de communiquer avec tous les réseaux
téléphoniques reliés ou à relier à
celui de Paris, dans les conditions prévues par l'arrêté
ministériel du 2 février 1887.
Par suite de cette convention, il fut décidé que la transmission
des télégrammes par téléphone pourrait être
faite clans plusieurs villes, notamment à Bordeaux et à
Marseille. Il fut décidé, en outre, que des cabines téléphoniques
publiques seraient placées dans certains bureaux des postes et
télégraphes de ces villes. En 1885, l'Administration
ouvre la première liaison grande distance entre Rouen et
Le Havre En 1885 Edouard ESTAUNIÉ ingénieur
des télégraphes, réalise avec son collègue
Émile Brylinski le premier dispositif permettant de mesurer les
courants électriques dans les lignes téléphoniques.
Ce système obtiendra une médaille de bronze à l'Exposition
Universelle de Paris en 1889.
sommaire
À partir des Tableaux Monocordes puis Dicordes à Batterie
Locale, la fabrication se normalise. On les appelle usuellement les Tableaux
Standards à Batterie Locale. Les Tableaux Standards à Batterie
Locale sont fabriqués pour 10, 25, 50, 100 voire 200 abonnés...
Lorsque l'on dépassait ce nombre d'abonnés, l'on pouvait,
sans trop de gêne pour l'Opératrice "du meuble",
en accoler un second contre le premier, étant donné que
les cordons avaient une longueur suffisante pour raccorder deux abonnés
de deux meubles différents.
Il n'en allait pas de même dans les grandes villes, où l'on
se heurtait au nombre élevé d'abonnés rattachés
à un seul Central Téléphonique... Ce qui amenait
à accoler un nombre élevé de Tableaux Standards au
fur et à mesure de l'accroissement du nombre de lignes d'abonnés...
Pour contourner cette difficulté, il était nécessaire
de créer entre les différents meubles, des lignes auxiliaires,
sorte d'intermédiaires électriques disponibles entre deux
meubles...
Du coup, deux Opératrices étaient désormais nécessaires
pour établir une conversation entre deux abonnés rattachés
au même Central Téléphonique mais sur des meubles
éloignés... Ce qui nécessitait plus de personnel,
plus de manuvres, plus de délai pour établissement
de la conversation et plus de risques d'erreurs...
Ce sont dans les grandes villes (Paris ou Marseille, par exemple) que
le travail d'Opératrice s'avère alors le plus pénible,
le plus stressant, le plus usant... N'est pas Opératrice pendant
plusieurs années qui le veut, mais qui le peut...
Parfois, aux heures les plus chargées, plus aucune ligne auxiliaire
entre certains meubles d'un même Central Téléphonique
n'était disponible, et il était nécessaire de différer
les appels, source de limitation et de fort mécontentement des
usagers...
Avec l'expérience, il a été constaté qu'au
delà de 500 abonnés, l'exploitation des Tableaux ainsi regroupés
devenait particulièrement lourde et pénible pour les Opératrices.
Il était donc nécessaire, pour les grandes villes de trouver
de nouveaux procédés de Commutation...C'est en 1883 que
la Western Electric Company invente une technique révolutionnaire
: le Multiplage.
Le Multiplage est un mode de conception et de raccordement qui permet
de créer un Tableau pouvant regrouper et commuter jusqu'à
10.000 abonnés !
Sans aucun intermédiaire, une Opératrice peut désormais
relier chaque abonné demandeur de sa section avec n'importe quel
abonné demandé du même Tableau Multiple, directement,
sans aucun intermédiaire.
Cette évolution majeure va autoriser l'amélioration de l'exploitation
téléphonique manuelle dans les grandes villes, pour un certain
temps.
Les premiers Commutateurs Multiples, construits à partir de 1885,
sont des Commutateurs Multiples en Série, à Batterie Locale.
Un Commutateur Multiple en Série est donc un Commutateur de grande
capacité, qui est exploité par plusieurs Opératrices
simultanément.
Mais comme pour un Commutateur de petite capacité, une Opératrice
ne s'occupe que de 100 ou 200 abonnés...
Chaque Opératrice est donc en charge de "ses" abonnés,
sur la partie du meuble qu'elle exploite.
Pour "ses" abonnés dont elle est en charge, l'Opératrice
dispose sur sa partie de meuble d'un Jack dédié à
chaque abonné, comme pour les centres de petite capacité.
Mais dans un Centre de grande capacité, chaque Opératrice
dispose en plus de Jacks Généraux et d'un nombre de clefs
de manuvres suffisant qui lui permettent de joindre, pour "ses"
abonnés demandeurs n'importe quel abonné demandé
de ce même Central, directement, sans avoir besoin de faire appel
à une seconde Opératrice intermédiaire.
Cette solution, qui sera déployée dans le monde à
partir de 1885 permettra une meilleure exploitation téléphonique
dans les grandes villes, et de moins pénibles conditions de travail
pour les Opératrices.
De surcroît les Commutateurs Multiples en Série à
Batterie Locale les plus récents voient leurs Annonciateurs à
volet basculant remplacés par des ampoules à incandescence,
qui en s'allumant signalent à l'Opératrice que tel ou tel
abonné demandeur souhaite joindre le Central, et s'éteignent
lorsque les conversations téléphoniques sont terminées
et que les abonnés demandeurs ont renvoyé un appui sur le
bouton d'appel ou un tour de manivelle.
L'opératrice n'a désormais plus à relever physiquement
le volet basculant à la fin de chaque conversation, ce qui permet
une économie de gestes pour l'Opératrice.
En revanche, les Commutateurs Multiples en Série, s'ils offrent
une réelle amélioration dans l'exploitation téléphonique,
sont porteurs de certains défauts de conception.
En effet, avant d'utiliser un Jack Général, il est d'abord
nécessaire d'effectuer un test d'occupation, pour savoir si un
Jack Général est libre ou déjà occupé
par une conversation en cours.
Ce test se fait par le deuxième fil de l'abonné (fil b)
au moyen d'une seule et même pile de test commune à tout
le bureau.
Or, en cas de mauvais isolement de certains abonnés, le résultat
des tests s'en trouve souvent faussé, ce qui entraîne des
erreurs d'exploitation et des fausses manuvres par les Opératrices
ainsi induites en erreur.
De plus, les Commutateurs Multiples en Série souffrent de câblages
et de contacts très nombreux, très complexes, ce qui entraîne
beaucoup de temps perdu dans la maintenance et la recherche des pannes.
Enfin, leur défaut majeur réside dans le fait qu'en cas
d'extension nécessaire, lorsque l'on souhaite rajouter un ou plusieurs
meubles dans le Commutateur Multiple en Série déjà
en service, il faut obligatoirement couper l'ensemble des lignes générales,
pendant toute la durée des travaux, ce qui rend le Commutateur
Multiple en Série à peu près inutilisable jusqu'à
la fin de tout travail d'extension...
Affublés de ces défauts, les Commutateurs Multiples en Série
sont remplacés à partir de 1892 aux USA par de nouveaux
Commutateurs Multiples en Parallèle
sommaire
LES COMMUNICATIONS INTERURBAINES
C'est aussi en 1885, que le gouvernement entreprit l'établissement
des lignes téléphoniques interurbaines.
Le 16 janvier de cette année, deux communications à longue
distance furent mises à la disposition du public entre Rouen et
le Havre (192 kilomètres).
Les abonnés du réseau téléphonique de ces
deux villes peuvent correspondre entre eux à partir de leur domicile,
en payant une taxe de 1 franc par cinq minutes de conversation.
Entre Auxerre et Clamecy, sur le canal de l'Yonne, une installation téléphonique
établie par l'administration des ponts et chaussées, avec
des appareils du système Ader, relie, entre elles, toutes les écluses
sur une longueur de 63 kilomètres. 40 postes fonctionnent parfaitement
bien depuis 1883.
Du reste, depuis 1882, la direction technique des télégraphes,
des départements du Nord et du Pas-de-Calais, avait appliqué
ce système de communication aux canaux de ces deux départements.
Aux mines d'Anzin, une installation analogue de 38 postes téléphoniques,
faite par la Société générale des Téléphones,
en 1883, relie toutes les gares de la Compagnie et toutes les fosses de
la région. En
janvier 1886, le nombre total des abonnés, en France, était
de 7.173. répartis sur 22 réseaux.
Onze de ces réseaux, exploités par la Société
générale des Téléphones, formaient un total
de 6.180 abonnés.
A cette époque l'État fit construire des lignes téléphoniques
entre Paris et Reims, Rouen et le Havre, Lille et Roubaix-Tourcoing.
En juillet de la même année le téléphone fut
substitué au télégraphe pour relier les différentes
stations du chemin de fer à voie étroite de Vahnondois (Aisne)
Le 24 février 1887,
à huit heures du matin, a été inauguré le
service de la correspondance téléphonique entre Paris
et Bruxelles.
La distance est de 333 kilomètres.
A la Bourse de Paris, le public a l'usage de deux cabines dont l'une est
affectée aux communications d'une façon permanente.
A Bruxelles, une cabine accessible jour et nuit est installée au
bureau du dépôt des télégrammes. Une seconde
cabine, établie près de la grande salle des réunions,
est ouverte au service pendant les heures de la Bourse seulement.
Extrait du journal La Nature, n°714 du 21 février 1887 :
Samedi dernier, 29 janvier, a eu
lieu linauguration officielle de la ligne téléphonique
de Paris à Bruxelles. Toutes les personnes invitées
à cette cérémonie ont été vivement
frappées de la netteté et de la clarté des
communications. On a mis aussi à létude les
moyens à adopter pour
relier la ligne aux postes dabonnés des deux réseaux
ce qui lui donnerait une valeur considérable. On a également
essayé, la semaine dernière, de transmettre à
Bruxelles la musique de lOpéra de Paris ; lexpérience
a bien réussi et Sa Majesté la Reine a pu entendre
de son palais tout un acte de Faust. Actuellement la ligne relie
deux cabines respectivement placées dans les bourses des
deux capitales. Elle est aérienne sur tout son parcours,
sauf dans lintérieur de Paris, depuis la porte de la
Villette jusquà la Bourse ; dans cette partie elle
est faite suivant le système Fortin Hermann, qui, comme on
le sait, supprime les effets de retardation présentés
par les lignes souterraines ordinaires et place celles-ci dans des
conditions analogues à des fils aériens. La ligne
comprend deux fils, aller et retour, de bronze siliceux de 3 millimètres
de diamètre, se croisant à chaque poteau. Cest
à cette disposition, ainsi quà lemploi
dun métal de haute conductibilité, quest
due la netteté de la transmission. Les appareils placés
dans les cabines des deux bourses, sont ceux qui sont employés
dans tous les postes dabonnés ; on nà
pas eu besoin davoir recours à des téléphones
très sensibles, comme sur la ligne de Paris à Reims. |
Quelques mois plus tard, un second article
nous en dévoile les aspects techniques La Nature, n°756 du
26 novembre 1887 :
Il y a aujourdhui neuf mois
que louverture du service téléphonique de Paris
à Bruxelles a eu lieu : les résultats obtenus ont
dépassé les espérances, et lencombrement
de cette ligne est devenu tel à certaines heures de la journée,
quil a fallu songer à doubler le service en établissant
une seconde ligne dont la construction, est, ou va être terminée.
Nous croyons donc intéressant de résumer les conditions
dinstallation techniques qui ont permis de réaliser
effectivement ces communications, et dutiliser la ligne aux
communications télégraphiques et téléphoniques
simultanées. Disons tout dabord que la netteté
des transmissions téléphoniques entre Paris et Bruxelles
nemprunte absolument rien aux vertus particulières
des transmetteurs et récepteurs téléphoniques
employés. Tous les microphones et téléphones
expérimentés ont donné sensiblement les mêmes
résultats satisfaisants. La facilité relative des
transmissions tient simplement à la nature de la ligne, à
double fil, en bronze phosphoreux ou siliceux de très grande
conductibilité et aérienne, dans la plus grande partie
de sa longueur qui est de 320 km, soit 640 km de fil total. Cette
ligne comporte trois tronçons distincts, lun en bronze
phosphoreux, le deuxième en bronze siliceux, le troisième
en câbles enfermés, système Fortin-Hermann,
de la Chapelle à la Bourse de Paris. La résistance
totale de la ligne ne dépasse pas 1 600 ohms, ce qui, joint
à lemploi du double fil contribue à assurer
une excellente transmission téléphonique. La ligne
est anti-inductée par un croisement des deux fils à
chaque poteau ; ils se substituent lun à lautre
dans le prolongement de chaque ligne et égalisent les effets
dinduction des nombreux fils télégraphiques
parallèles voisins par une succession de boucles dans lesquelles
ces effets dinduction étant égaux et de signes
contraires, sannulent à peu près complètement.

Les appareils employés à Paris sont des microphones
dArsonval avec des récepteurs dArsonval ou Aubry.
À Bruxelles on fait usage des microphones Berliner ou Dejongh
avec des récepteurs Bell. Les piles qui desservent le circuit
microphonique (les deux postes fonctionnent avec des bobines dinduction)
sont à Paris, les éléments de Lalande et Chaperon
; à Bruxelles des piles Leclanché, modèle à
sac de M. Warnon.
Les combinaisons des circuits assez complexes exigés aux
deux bureaux où aboutissent les lignes, Bourse de Paris et
Bourse de Bruxelles, sont toutes faites à partir dun
tableau général. La figure montre les dispositions
densemble de ce tableau pour le poste de la Bourse de Paris
: toutes les communications des circuits entre eux sétablissent
à laide de crochet Sieur, dont la manuvre est
très rapide et qui donnent des contacts très sûrs. |
Une seconde ligne téléphonique directe, de Paris
à Bruxelles, a été ouverte au public le 13 mars
1888.
Le nombre des cabines aux Bourses des deux villes a été
doublé.
Aux termes d'une convention établie entre les gouvernements français
et belge, le tarif d'abonnement des correspondances téléphoniques
entre Paris et Bruxelles est établi ainsi qu'il suit :
Mensuellement, pour un usage quotidien
de 10 minutes consécutives ou moins........ 100 fr.
plus de 10 minutes jusqu'à 20 minutes........200 fr.
plus de 20 minutes jusqu'à 30 minutes....... 300 fr.
plus de 30 minutes jusqu'à 40 minutes....... 400 fr.
plus de 40 minutes jusqu'à 60 minutes ...... 300 fr.
plus de 60 minutes jusqu'à 70 minutes....... 530 fr.
plus de 70 minutes jusqu'à 80 minutes....... 600 fr.
et ainsi de suite en augmentant de 30 francs par période de 10
minutes.
Voici le régime des abonnements :
Les correspondances de plus de 10 minutes s'opèrent en une ou plusieurs
séances de 10 minutes au maximum; la communication n'est maintenue
à l'expiration de chaque période de cette durée que
s'il n'y a aucune autre demande en instance. Le montant des taxes est
perçu par anticipation.
La durée de l'abonnement est d'un mois au moins; elle se prolonge
de mois en mois par tacite reconduction. L'abonnement peut être
résilié de part et d'autre moyennant avis donné quelques
jours à l'avance.
Il n'est fait aucun décompte de taxe à raison d'une interruption
de service d'une durée de 2 heures au moins. Passé ce délai
de 24 heures, il est remboursé à l'abonné, pour chaque
période nouvelle de 24 heures d'interruption, un trentième
du montant mensuel de l'abonnement.
Jusqu'à disposition contraire à concerter entre les administrations
des postes et télégraphes, les correspondances du régime
de l'abonnement ne sont point admises durant les heures de la tenue des
Bourses de Bruxelles et de Paris.
Les communications d'État jouissent de la priorité attribuée
aux télégrammes d'État.
La date de la mise en vigueur du régime d'abonnement n'est pas
encore fixée.
Voici les documents officiels concernant ce nouveau service :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
MINISTÈRE DES POSTES ET DES TÉLÉGRAPHES
Le Président
de la République,
Vu l'article 2 de la loi du 21 mars 1878 ;
Vu la loi du 5 avril 1878;
Vu l'article 17 de la convention télégraphique
internationale de Saint-Pétersbourg et l'article
67 du règlement de service annexé à
cette convention et révisé à Berlin
;
Décrète : |
| Article premier. |
| La taxe à percevoir
pour les communications téléphoniques entre
Paris et Bruxelles est fixée à 3 francs par
cinq minutes de conversation |
|
Article
2.
|
| Les produits de ces taxes
seront répartis entre la France et la Belgique dans
la proportion déterminée, pour le partage
des produits des taxes télégraphiques, par
l'arrangement conclu entre les deux pays à la date
du 22 juin 1886. |
|
Signé
: JULES GRÉVY
Par le Président de la République,
le Ministre des Postes et Télégraphes.
Signé : F. GRANET.
Pour ampliation :
Par le Chef de bureau du Personnel.
Signé : LEROY
|
REPUBLIQUE FRANÇAISE
MINISTÈRE DES POSTES ET DES TÉLÉGRAPHES
Le Ministre des Postes et des Télégraphes,
Vu le règlement de service arrêté, en
exécution de l'article 9, de la convention internationale,
le 1er décembre 1886;
Vu l'article h de ce règlement;
Arrête : |
|
Article
premier.
|
| Les abonnés au réseau
téléphonique de Paris, qui en feront la demande
au Ministre, pourront être autorisés à
communiquer avec Bruxelles à partir de leurs domiciles. |
|
Article
2.
|
| Les modifications qu'il
pourrait être nécessaire d'apporter aux postes
téléphoniques de ces abonnés seront
faites par les soins de la Société concessionnaire
du réseau de Paris aux frais des abonnés. |
|
Article
3
|
| La liste de ces abonnés
sera tenue au bureau de lu Bourse et un compte sera ouvert
à chacun d'eux. |
|
Article
4
|
|
Chacun
de ces abonnés devra verser une provision de soixante
francs (60 francs) représentant vingt communications
de cinq minutes sur laquelle sera prélevé
le montant des taxes à percevoir pour les communications
données avec Bruxelles.
|
|
Dès
que ces prélèvements auront réduit
la provision d'un abonné à 20 francs ou
au-dessous, cet abonné sera invité à
compléter sa provision normale de 60 francs.
Il est interdit aux agents des cabines d'accorder des
communications aux abonnés dont la provision serait
épuisée.
|
|
Article
5.
|
|
Les conditions
applicables à ces communications seront celles
qui sont en vigueur pour les conversations échangées
à partir de la cabine de la Bourse, c'est-à-dire
que les cinq minutes de conversation commenceront à
partir du moment où les deux correspondants sont
mis en relation effective.
|
|
Article
6.
|
| Le présent arrêté
sera déposé au cabinet du Ministre bureau
du Personnel) pour être notifié à qui
de droit. |
|
Fait
à Paris, le 23 février 1887.
Signé : F. GRANET.
|
|
sommaire
CONSTRUCTION DE LA LIGNE DE PARIS A MARSEILLE
Nous donnons ci-après la description de l'installation de la ligne
téléphonique qui relie Paris à Marseille.
En raison des distances considérables que l'on est parvenu à
franchir, cette ligne fait, en quelque sorte, époque dans l'histoire
de la téléphonie.
Le lecteur aura ainsi un aperçu de la construction des lignes
téléphoniques interurbaines.
De la Bourse de Paris, elle est souterraine jusqu'à la gare de
Vincennes, place de la Bastille; elle devient aérienne sur le reste
du parcours. Elle suit le chemin de fer de Vincennes jusqu'à la
ligne de Grande Ceinture, par laquelle elle rejoint le chemin de fer de
Paris à Mulhouse.
Elle quitte cette ligne à Troyes, et va rejoindre, à Dijon,
la ligne de Marseille.
Son développement est. en chiffres ronds, y compris les croisements,
changements, etc., de 1.000 kilomètres, soit pour le circuit complet,
de 2.000 kilomètres.
S'écartant quelque peu de la ligne principale de Paris à
Marseille, les fils téléphoniques passent par Troyes, Dijon,
Arles, Marseille. Ils sont en cuivre de haute conductibilité. Leur
diamètre est de 4,Smm. Le poids est d'environ 146 kilogrammes par
kilomètre et le prix de 2 fr. 30 le kilogramme.
La construction de la ligne téléphonique de Paris à
Marseille a coûté près d'un million.
La longueur moyenne des couronnes est de 200 mètres.
Le raccordement s'opère suivant le mode de jonction adopté
pour les lignes télégraphiques, à l'aide de manchons
et non de ligatures, le tout recouvert d'une soudure spéciale.
Il se trouve donc une soudure tous les 200 mètres de fil courant
; il faut ajouter à ce nombre considérable de points de
jonction, les soudures placées aux croisements des conducteurs,
supérieurs et inférieurs.
Les conducteurs placés en tète des appuis, sont posés
ainsi : le premier fait face à la voie, le second est fixé
du côté opposé à 50 centimètres au-dessous
de l'autre. En ligne, c'est-à-dire hors des villes et en libre
parcours, ils sont alternés de kilomètre en kilomètre,
pour l'atténuation des effets d'induction.
Sur certains points où les dispositions du réseau ordinaire
le permettent, les croisements n'ont été faits que de deux
en deux kilomètres. Ce cas se présente pour quelques départements.
Par contre, à proximité des grandes nappes de fils des lignes
principales des départements du Rhône ou des Bouches du-Rhône,
l'alternat des fils de bronze se trouve beaucoup plus rapproché.
Pour la traversée de certains tunnels qu'il n'était pas
possible d'éviter, on a raccordé les sections aériennes
à l'aide de câbles du type Fortin-Hermann, composés
de fils de cuivre de haute conductibilité, enfilés séparément
dans des chapelets de petits cylindres en bois paraffiné, puis
tordus ensemble au nombre de six, permettant d'établir deux autres
circuits téléphoniques. La torsade entière est contenue
dans un tube de plomb très épais, dont les sections sont
réunies à l'aide de manchons spéciaux
sommaire
 |
On a enfin,
il n'est fait usage comme supports, et pour assurer un isolement
parfait, que d'isolateurs grand modèle double cloche.
adopté la disposition suivante : soit A l'appui,
B le fil supérieur placé face à la
voie, C le fil inférieur regardant l'extérieur
de la voie. On place en avant du poteau un isolateur double
aa' ; puis toujours en avant, un isolateur simple b à
0,25m au dessous du précédent. |
On fixe en arrière du poteau
un second isolateur simple V à la hauteur de b et, à
0,25m au-dessous de lui, un isolateur double cc' séparé
ainsi verticalement du premier support aa' par une distance de
0,20m. Le fil supérieur antérieur Best arrêté,
comme il est dit plus loin, sur l'isolateur a, passe sur l'isolateur
b et de là sur le fil inférieur postérieur
C'. Inversement, le fil B' supérieur descend en arrière
du poteau sur le support postérieur b' et se rattache en
c au fil postérieur inférieur C..
Les figures ci contre montrent le mode de raccord par manchons
employés dans la construction des lignes en fil de bronze.
|
 |
Manchon de ligne
Les deux brins passent dans le manchon et, au
lieu de se couder simplement sur une longueur de quelques
millimètres, le dépassent de chaque côté
de plusieurs centimètres. Les fils de bronze devenant
aigres et cassants quand ils sont
chauffés et refroidis trop vivement, ce qui peut
se produire lors de la confection des manchons, pour éviter
une rupture du crochet et, par suite, du fil, on roule,
à droite et à gauche sur le fil opposé,
les brins laissés en excédent (fig. 118).
Le tout est noyé dans la soudure. Le manchon viendrait-il
à se rompre, les torsades se serrent en glissant
l'une vers l'autre et la communication n'est pas interrompue.
 |
Manchon de croisement. -
- Les deux fils traversent le manchon et se recouvrent comme ci-dessus.
Mais, en outre, un fil de bronze de 1 millimètre de diamètre
passe entre les brins principaux et s'enroule ensuite d'un côté
sur le fil de ligne, de l'autre sur la tringle de croisement.
Le tout, d'une grande solidité, est noyé ensuite
dans la soudure.
|
Ainsi établie, la ligne offre une
résistance électrique moyenne de 1.08 ohm par kilomètre
L'oeuvre des ambulances urbaines a décidé,
au commencement de 1887, d'employer le téléphone pour mettre
l'hôpital Saint-Louis, où est établi le premier poste
de secours, en communication avec les postes avertisseurs destinés
à signaler les accidents et à demander des secours. Ces
postes, au nombre de vingt-neuf, pour le moment, sont placés chez
les pharmaciens et dans les bureaux de police et reliés par des
lignes souterraines spéciales : ils fonctionnent actuellement et
rendent les plus grands services.
Au Havre, les grands paquebots sont souvent obligés de rester plusieurs
heures en rade en attendant l'heure de la marée pour pouvoir entrer,
et lorsqu'ils arrivent pendant la nuit ou par un temps brumeux, il est
impossible de les signaler à la Compagnie Transatlantique, qui
ne peut, par conséquent, prendre les dépêches ou les
passagers.
Aussi cette Compagnie a fait relier téléphoniquement, en
1888, la rade du Havre avec la ville et, par suite, avec Paris, puisqu'il
existe déjà une communication téléphonique
entre les deux villes.
La Compagnie a mouillé en rade une bouée téléphonique
de forme cylindro-conique, qui est reliée par un câble avec
la terre.
Tous les grands bateaux de la Compagnie étant pourvus d'une installation
téléphonique, il suffit de relier le téléphone
à bord avec la bouée.
Le nombre des abonnés reliés aux différents réseaux
de la Société générale des Téléphones
était :
1880 de 537 en 1881 -- 1 893
1882 -- 3 519 en 1883 -- 4 804
1884 -- 5 636 en 1885 -- 5 694
1886 -- 6 748 en 1887 -- 7 588
1888 -- 8 549
répartis dans onze réseaux.
La Société générale des Téléphones
paye à l'État une redevance de 10 % sur les recettes brutes
de tous les réseaux qu'elle possède en France. Elle paye
également, à la ville de Paris, un droit de passage des
fils téléphoniques dans les égouts, qui est calculé
à tant par mètre de fil. Ce droit augmente dans la même
proportion que la longueur des câbles.
Les redevances payées à l'État et à la ville
de Paris se sont élevées pour
1879 à la somme de fr. . .2.424.70
1880 ............................16.082.30
1881.............................79.463.72
1882...........................277.502.94
1883...........................417.384.19
1884...........................523.637.06
1885...........................543.718.46
1886...........................659.324.99
1887...........................717.804.23
1888...........................813.415.92
Pendant la période de 1880 à 1888, l'État a reçu
pour prélèvements divers........ 3.729.422 fr. 47En 1887,
arrive la première liaison internationale entre Paris et Bruxelles.
Il en coute une taxe de 3 Francs pour cinq minutes de conversation.
sommaire
1888En octobre 1888, le gouvernement,
préoccupé d'assurer l'extension des communications téléphoniques,
étudie une combinaison nouvelle.
Cette combinaison est destinée à permettre l'établissement
de réseaux téléphoniques dans les villes qui n'en
sont pas encore dotées, sans obliger l'État à immobiliser
un capital, et à lui assurer en outre, au bout d'un petit nombre
d'années, sans qu'il ait eu à s'exposer à aucun risque
ni à supporter aucune charge, la valeur importante que représente
un réseau téléphonique.
Elle fit l'objet d'un projet de loi qui fut voté par les deux Chambres
et promulgué le 22 décembre 1888.
Voici la convention passée entre l'État et la ville de Limoges,
qui doit servir de base à l'établissement de tous les réseaux
urbains
Entre les soussignés :
M. le Directeur général des Postes et des Télégraphes,
agissant au nom et pour le compte de l'État, sous la réserve
de l'approbation de II. Le Ministre des Finances, d'une part,
Et M. Fourneau (Léon), chevalier de la Légion d'honneur,
adjoint, agissant aux lieu et place de M. Tarrade (Adrien), maire,
absent, au nom et pour le compte de la ville de Limoges, en vertu
d'une délibération du conseil municipal en date du
dix octobre mil huit cent quatre-vingt-huit, d'autre part, il a
été convenu et stipulé ce qui suit : |
|
Article premier.
|
Un réseau téléphonique
sera établi par les soins de l'administration des Postes
et Télégraphes pour l'usage des habitants de la ville
de Limoges, dans un délai de quatre mois à partir
du jour où le présent traité sera devenu définitif.
La ville de Limoges avancera à l'État :
1° Toutes les dépenses de premier établissement;
2° Les frais d'entretien et d'exploitation du réseau.
Celle double obligation prendra fin lorsque la Ville sera remboursée
de ses avances, en exécution des articles 3 et 4 ci-après. |
|
Article 2.
|
Les dépenses d'établissement
afférentes à la construction et à l'installation
du poste central téléphonique et des appuis nécessaires
pour recevoir quatre cents fils sont fixées à forfait
à la somme de dix-huit mille quatre cent cinquante-sept francs
(18.457 fr.).
Celles afférentes à la construction des lignes sont
fixées à cent cinquante francs (150 fr.) par kilomètre
de fil.
Les sommes avancées à titre de dépenses d'établissement
seront versées avant l'exécution des travaux.
Les frais d'entretien seront calculés à raison de
vingt francs (20 fr.) par an et par kilomètre de fil.
Les frais d'exploitation seront calculés à raison
de deux mille francs (2.000 fr.) par an et par cinquante abonnés
ou fraction de cinquante abonnés, et d'une somme complémentaire
de mille francs (1.000 fr.) par an et par vingt-cinq abonnés
on fraction de vingt-cinq abonnes en plus des cinquante premiers
abonnés. |
Les sommes avancées à
titre de frais d'entretien et d'exploitation seront versées
avant la mise en exploitation des lignes.
Tous les versements seront faits à titre de fonds de concours
à la caisse du trésorier général du
département. |
|
Article 3.
|
| L'État sera propriétaire
des lignes construites, mais il délègue, dès
à présent, à la ville, le droit d'encaisser
à son profit toutes les sommes qui seront dues par les abonnés,
soit comme contribution aux frais d'établissement de leurs
lignes, soit comme abonnement pour l'usage de ces lignes, jusqu'à
concurrence des sommes avancées à l'État pour
dépenses de premier établissement, d'entretien ou
d'exploitation. |
|
Article 4
|
L'État se réserve
la faculté de mettre à toute époque fin à
la dite délégation en remboursant à la Ville
les sommes dont elle sera restée à découvert
du chef des versements effectués à l'État.
Si ce remboursement était rendu nécessaire par l'adoption
d'un projet confiant à l'industrie privée l'exploitation
des réseaux téléphoniques appartenant à
l'État, il pourrait n'être effectué qu'en prenant
pour bases les termes et conditions auxquels se ferait la concession
de cette exploitation; mais, dans ce cas, les avances faites par
la Ville produiraient intérêts au taux de quatre pour
cent. |
|
Article 5
|
| La ville de Limoges s'engage
par avance à adopter les mesures de comptabilité usuelles
qui seraient jugées nécessaires pour assurer le contrôle
des recettes dont le recouvrement lui est attribué par la
présente convention. |
|
Article 6
|
| Toute disposition résultant
d'actes législatifs ou réglementaires, ou de décisions
administratives en vigueur ou à intervenir en ce qui concerne
les réseaux téléphoniques de l'État,
s'appliquera de plein droit an réseau téléphonique
de Limoges. |
|
Article 7
|
| La présente convention sera
soumise à l'approbation des Chambres. |
|
Article 8
|
| Les frais de timbre et d'enregistrement
sont à la charge de la ville de Limoges.Fait double à
Limoges le 14 octobre mil huit cent quatre-vingt-huit. |
|
Signé
: L. POUMEAU, adjoint.
Signé : G. COULON.
|
sommaire
1887 Pour la première
fois un réseau téléphonique vient d'être
établi en France pour relier entre elles les stations d'une ligne
de chemin de fer. Il s'agit de la ligne à voie étroite
de Valmondois, inaugurée récemment. Voilà
un premier pas qui en appelle d'autres.
En 1887, en France, l'exploitation
interurbaine manuelle est complètement généralisée
entre toutes les villes qui sont équipées d'un réseau
téléphonique urbain déjà en service.
1888 SITUATION DES LIGNES TÉLÉPHONIQUES INTERURBAINES
|
VILLES
on sont établis
les réseaux
|
DATE
de la mise en
service
|
NOMBRE D'ABONNÉS
EN
|
| 1880 |
1881 |
1882 |
1883 |
1884 |
1885 |
1886 |
1887 |
1888 |
|
PARIS
|
Septemb. 1879
|
479
|
1245
|
2347
|
3039
|
3784
|
3983
|
4548
|
5276
|
6120
|
|
LYON
|
Octobre...1880
|
33
|
216
|
356
|
498
|
582
|
344
|
694
|
730
|
755
|
| MARSEILLE
|
Décembre.1880
|
25
|
142
|
257
|
359
|
386
|
397
|
391
|
407
|
421
|
| BORDEAUX |
Juin............1881
|
..
|
114
|
232
|
298
|
323
|
352
|
371
|
403
|
431
|
| NANTES |
Janvier......1881
|
..
|
67
|
78
|
87
|
90
|
91
|
105
|
104
|
113
|
| LE
HAVRE |
Avril..........1881
|
..
|
109
|
155
|
188
|
196
|
199
|
191
|
237
|
271
|
| LILLE |
Février......1882
|
..
|
..
|
94
|
134
|
'1'
|
<<
|
<<
|
<<
|
<<
|
| ROUEN |
Juillet .......1883
|
..
|
..
|
..
|
65
|
98
|
103
|
113
|
118
|
148
|
| CALAIS |
Juillet .......1883
|
..
|
..
|
..
|
89
|
107
|
107
|
107
|
82
|
58
|
| St-ETIENNE
|
Octobre....1885
|
..
|
..
|
..
|
..
|
..
|
26
|
96
|
105
|
104
|
| ALGER |
Juillet........1883
|
..
|
..
|
..
|
17
|
21
|
33
|
77
|
88
|
92
|
| ORAN |
Août ........1883
|
..
|
..
|
..
|
30
|
49
|
59
|
55
|
38
|
36
|
| |
TOTAUX |
537
|
1893
|
3519
|
4804
|
5636
|
5694
|
6748
|
7588
|
8549
|
|
(1) I,c réseau
de Lille a été repris par l'état
à la fin de 1884.
|
|
|
VILLES
on sont établis
les réseaux
|
DATE
de la mise en
service
|
NOMBRE D'ABONNÉS
EN
|
| 1883 |
1884 |
1885 |
1886 |
1887 |
1888 |
|
Amiens
|
01 Mai
|
.. |
.. |
.. |
38 |
48 |
53 |
|
Armentieres
|
01 Juin 1885
|
.. |
.. |
12 |
13 |
15 |
13 |
|
Boulogne.sur.Mer....
|
16..février..1886
|
.. |
.. |
.. |
27 |
27 |
25 |
|
Caen
|
16....Novembre
|
.. |
.. |
.. |
23 |
26 |
25 |
|
Cannes
|
01 Mars 1986
|
.. |
.. |
.. |
68 |
94 |
126 |
|
Dunkerque
|
15 Oct 1984
|
|
46 |
79 |
90 |
103 |
120 |
|
Elbeuf
|
25 Nov 1884
|
.. |
47 |
52 |
52 |
57 |
56 |
|
Fourmies
|
01 Fev 1887
|
.. |
.. |
.. |
.. |
116 |
122 |
|
Halluin
|
11 Fev 1884
|
.. |
9 |
10 |
11 |
11 |
11 |
|
Lille
|
11 Fev 1884
|
.. |
149 |
159 |
232 |
295 |
352 |
|
Nancy
|
17 Déc 1884
|
.. |
68 |
104 |
119 |
138 |
156 |
|
Nice
|
22 Déc 1886
|
.. |
.. |
.. |
7 |
19 |
62 |
|
Reims
|
01 Avr 1883 |
206 |
235 |
256 |
289 |
342 |
382 |
|
Roubaix-Tourcoing
|
01 Avr 1883 |
172 |
244 |
297 |
381 |
451 |
530 |
|
Saint-Quentin
|
31 Déc 1883 |
36 |
49 |
64 |
88 |
96 |
106 |
|
Troyes
|
01 Avr 1884 |
.. |
125 |
130 |
137 |
145 |
149 |
| |
TOTAUX |
414 |
972 |
1163 |
1575 |
1983 |
2288 |
|
|
DESIGNATION DES LIGNES
|
Distance en Km
|
Date de la mise en service
|
| Rouen-Havre |
90
|
01 Jan
1885
|
| Paris-Reims |
172
|
01 Dec
1885
|
| Elbeuf-Louviers |
20
|
01 Fev
1886
|
| Rouen-Elbeuf |
20
|
01 Fev
1886
|
| Rouen-Louviers |
40
|
01 Fev
1886
|
| Paris-Havre |
228
|
08 Mai
1887
|
| Paris-Rouen |
140
|
25 Juin
1887
|
| Paris-Lille |
250
|
01 Dec
1887
|
| ParisBruxelles.1ecircuit |
335
|
24 Fev
1887
|
| ParisBruxelles.2.circuit |
|
15 Mars1888
|
| Paris-Lyon |
512
|
06 Août
1888
|
| Paris-Marseille |
863
|
06 Août
1888
|
|
Marseille-Lyon
|
352
|
06 Août
1888
|
| Paris-Versailles |
19
|
18 Nov
1889
|
| (1) Réseau tout
à fait local et limité. |
|
|
L'expérience de l'industrie privée,
sévèrement encadrée par lÉtat, n'a pas
été une réussite en terme de développement
du nombre de réseaux, d'accroissement des réseaux, de souscription
de nouveaux clients et encore moins de leur satisfaction.
À cet échec, deux explications sont avancées. Suivant
ses propres opinions de pensée, l'on pourra choisir celle qui nous
satisfera le mieux, mais peut-être la vérité est-elle
située quelque part entre ces deux options :
1) la Société Générale des Téléphones
accuse lÉtat d'avoir dès le départ entravé
la libre entreprise administrativement par une sur-réglementation
et surtaxé de manière trop lourde et inconséquente
les recettes, sans considérer les dépenses d'investissement
et les frais d'exploitation à engager avant de pouvoir produire
des profits taxables.
2) lÉtat accuse la S.G.T de plus penser à rétribuer
grassement ses actionnaires, plutôt que d'investir dans l'ouverture
de nouveaux réseaux, dans leur développement et dans l'embauche
de personnel en nombre suffisant pour faire évoluer les réseaux
et le service.Les centraux manuels ont atteint les bornes de leurs
possibilités.
Les gains de productivité se font essentiellement en augmentant
la productivité du personnel (rationalisation du travail des opératrices,
chronométrage) ce qui conduira d'ailleurs aux grandes grèves
de 1906-1909.
L'autre possibilité d'obtenir les gains de productivité
porte sur l'organisation du réseau. C'est pourquoi paraissent les
premiers articles théoriques sur l'organisation des réseaux
des grandes villes et du réseau parisien en particulier.
Il faut par exemple tenir compte dans la prévision du nouveau réseau
de la longueur des fils. Plus il y a de centraux, moindre est la longueur
de chaque ligne d'abonné et on obtient donc un coût d'établissement
moins élevé ainsi qu'une meilleure qualité de transmission
puisque, en l'absence de tout dispositif d'amplification dans le réseau
de Paris, l'affaiblissement est directement proportionnel à la
longueur du câble.
En revanche avec les centraux manuels que l'augmentation du nombre des
abonnés a amenés à la limite supérieure de
leurs capacités, la nécessité ,inhérente au
réseau de la S. G. T, de passer au moins par deux centraux pour
la majorité des communications devient un obstacle considérable
â la rapidité d'établissement des communications.
En outre, le passage par deux centraux fait perdre en affaiblissement
ce que l'on, gagnait en raccourcissant les lignes d'abonnés. Enfin
la multiplication des centraux multiplie les opératrices dont le
salaire est devenu le poste le plus lourd dans l'exploitation du réseau.
La S. G. T. palliait ces inconvénients en bricolant les lignes
auxiliaires ou en groupant les abonnés par affinité. Dans
un réseau â 10 000 abonnés, il n'en est plus question.
1888 : lÉcole Professionnelle des Postes et Télégraphes
évolue.
Dix ans après sa création, lÉcole Supérieure
de Télégraphie accomplit sa première transformation
en devenant lÉcole Professionnelle des Postes et Télégraphes.
Elle comporte donc deux sections : à la section des élèves-ingénieurs
sétait ajoutée une section délèves-administrateurs.
Plus dun demi-siècle avant la création de lÉcole
nationale dadministration (ENA), on avait jugé que la gestion,
elle aussi, réclamait une formation supérieure et des techniques
propres.
Parmi les directeurs de lÉcole, on remarque Léon
Thévenin, dont le nom reste associé au célèbre
théorème quil énonça et qui constitue,
encore de nos jours, un outil danalyse des systèmes électriques
linéaires.
Édouard Estaunié lui succèdera en 1901. Célèbre
à plus dun titre, il a largement marqué lévolution
de lÉcole. Ce polytechnicien, grand commis de lÉtat
et romancier connu, inaugura des cycles de leçons données
par des conférenciers extérieurs à ladministration
; Henri Poincaré et Pierre Curie en firent partie. Il introduisit
également des cours de culture générale, emmenant
même les élèves au Louvre le dimanche matin ; comme
quoi la question des humanités ne date pas dhier ! É.
Estaunié donna ainsi à lÉcole cet élan
de haute université quelle na cessé de présenter
et de développer depuis lors. Cest lui qui, en 1904, forgea
le terme de « télécommunication » en voulant
faire la synthèse de tous les « appareils » et de toutes
les disciplines enseignées sous sa responsabilité.
sommaire
C'est en 1889 que se déroule le processus de nationalisation du
Téléphone français et son assimilation au sein de
l'Administration des P & T .
En 1889, le 26
mars, la Chambre des Députés forme une Commission
pour examiner un projet de loi autorisant entre autre, le rachat, via
le financement de la Caisse des Dépôts, des réseaux
exploités par la Société Générale
des Téléphones.
Le 10 avril 1889, une lettre ministérielle de M. le Président
du Conseil des Ministres - Pierre Tirard (également en charge
de l'Administration des P & T) avertit le Président de la
Société Générale des Téléphones
de l'intention de lÉtat de mettre fin à la jouissance
de l'autorisation accordée à la SGT à compter du
1er septembre 1880. Le Ministre demande en outre au Président
d'évaluer la valeur totale des biens de la société.
Le 23 avril 1889, le Président de la Société Générale
des Téléphones rejette en bloc les demandes formulées
dans la lettre ministérielle en s'y opposant clairement.
16 Juillet 1889 : Nationalisation du Téléphone
Français
Le dimanche 1er septembre 1889, douze Ingénieurs (ou
sous-Ingénieurs) des P & T, mandatés par M. le Directeur-Ingénieur
de la région de Paris - Caël, prennent possession au nom
de lÉtat des douze Centraux Téléphoniques
de Paris.
Chaque ingénieur est accompagné par un Commissaire de
Police et d'une ordonnance du Président du Tribunal de Commerce
de Paris. Il en sera de même pour toutes les villes de province
ou des colonies concernées par cette nationalisation.
 |
Chaque Commissaire de police lit l'arrêté du 30 août
1889 à haute voix, puis chaque responsable local de la Société
Générale des Téléphones remet une protestation
écrite, le tout en présence d'huissiers de justice.
À la reprise par l'État, le Réseau de Paris
compte 6.504 abonnés au téléphone.
Les douze centraux téléphoniques de Paris alors exploités
par la SGT à la veille de la nationalisation sont :
Bureau A : 27, avenue de l'Opéra (premier central mis en
service en France, le 30 septembre 1879).
Bureau B : 4, rue de Logelbach (mis en service en 1880)
Bureau C : 2, quai de Seine / 204, boulevard de la Villette (mis
en service en 1880)
Bureau D : 10, place de la République (mis en service le
1er décembre 1880)
Bureau E : 24/26, rue de Lyon (déjà en service en
1883),
Bureau F : 20, avenue des Gobelins (déjà en service
en 1883),
Bureau G : 183, boulevard Saint-Germain (déjà en service
en 1883 ; hors service en 1900 - transféré sur Saxe),
Bureau H : 123, rue Lecourbe (déjà en service en 1883
; hors service en 1900 - transféré sur Saxe),
Bureau I : 80, rue de Passy (mis en service le 10 février
1881),
Bureau L : 42, rue Lafayette (mis en service le 20 août 1882),
Bureau M : 25, rue Étienne Marcel (mis en service le 28 juin
1883),
Bureau O : 65, rue d'Anjou-Saint-Honoré (mis en service le
8 novembre 1883),
Bureau Provisoire : Champs de Mars (Exposition Universelle - mis
en service du 1er mars au 31 oct 1889) |
Le 16 juillet 1889 la loi votée
qui en découle est promulguée le jour même et publiée
au JORF le 27 juillet 1889 (page 3685). Un décret d'application
du 14 septembre 1889 qui débloque les fonds nécessaires
au rachat suit (BO P&T 1889 n°9 page 543).
LÉtat est autorisé à racheter, en 10 annuités,
les réseaux téléphoniques appartenant à la
Société Générale des Téléphones.
À compter de cette date, lÉtat engage la nationalisation
du Téléphone, et les crédits de fonctionnement et
de développement nécessaires seront ouverts pour 1889 et
1890 au budget ordinaire du ministère nouvellement en charge du
Téléphone : le Ministère du Commerce, de l'industrie
et des Colonies.
La concession faite à la Société générale
des Téléphones en 1879, pour une durée de 5 ans,
en vertu de laquelle elle exploitait les réseaux téléphoniques
de Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Rouen, Le Havre, Nantes, Saint-Etienne,
Alger, Oran et Saint-Pierre-les-Calais, a été renouvelée
en 1884 pour une nouvelle période quinquennale ; elle atteignait
le terme fixé à sa durée le 8 septembre 1889.
Dès 1886, M Granet, ministre des Postes et des Télégraphes,
s'était préoccupé de trouver un régime définitif.
Le 18 janvier 1887, il déposa à la Chambre des députés
un projet de loi accordant le monopole de l'exploitation de tous les réseaux
téléphoniques pendant trente-cinq ans, à la Société
générale des Téléphones, qui devait se constituer
sous le nom de Société fermière, à charge
par celle-ci de payer une redevance à l'État, qui serait
devenu seul propriétaire à l'expiration de la concession.
La Chambre repoussa sans débat le projet de convention, le 19 mars
1889.
La situation étant devenue entière, le gouvernement dut
se préoccuper de présenter un nouveau projet ayant pour
base l'exploitation des réseaux téléphoniques par
l'État. D'après l'enquête effectuée par le
Secrétariat des Postes (*), l'installation de réseaux téléphoniques
est en cours dans 18 départements situés pour la plupart
dans le Nord, la Région Parisienne et la Basse-Normandie.
Partout ailleurs, les réseaux départementaux restent à
l'état de projet ou sont carrément repoussés comme
dans la Manche, lé Finistère, les Côtes-du-Nord, la
Vendée et les Basses-Alpes.
(*) « Le grand réseau téléphonique »,
Le Journal de Montmédy, 21/9/1899. L'article entrevoit pour le
téléphone en France un avenir radieux... Le 21 septembre
1889, un rapport du Ministre du commerce, de l'industrie et des colonies,
suivi d'un décret (BO P&T 1889 n°9 page 550) fixe les nouvelles
conditions d'abonnement des réseaux rachetés en propre par
l'État.
Le 13 août 1889, le Président du Conseil de Préfecture
de Police de la Seine publie une Ordonnance mandatant M. Jousselin, expert,
pour procéder à l'inventaire complet des valeurs immobilières
et mobilières (matériels) de la SGT.
Le 21 août 1889, une nouvelle lettre ministérielle
confirme au Président de la Société Générale
des Téléphones confirme l'intention du Ministre chargé
des P & T de mettre fin à l'autorisation d'exploitation ; de
désigner d'un commun accord l'expert mandaté par le Conseil
de Préfecture de Police de la Seine pour établir la valeur
de l'entreprise ; de se préparer à remettre à disposition
de l'Administration des P & T l'intégralité des locaux
et des équipements de la Société Générale
des Téléphones.
Le 23 août 1889, le Président de la Société
Générale des Téléphones rejette en bloc pour
la seconde fois les demandes formulées dans la lettre ministérielle.
Le 24 août 1889, dans une ultime lettre ministérielle
adressée au Président de la Société Générale
des Téléphones, M. le Président du Conseil des Ministres
- Pierre Tirard le met en demeure de remettre à disposition de
l'Administration des P & T l'intégralité des locaux
et des équipements de la Société Générale
des Téléphones à la date du 1er septembre 1889, et
ce, au nom de la continuité du service des téléphones
qui ne sauraient être interrompus.
Le 30 août 1889, un arrêté de M. le Président
du Conseil des Ministres autorise l'utilisation de la force publique pour
prendre possession de tous les locaux de la Société Générale
des Téléphones à la date du 1er septembre 1889.
Nous donnons ci-après le texte d'un décret du 20 octobre
1889 (l'État ayant pris possession de tous les réseaux
téléphoniques le 1er septembre) paru au Journal officiel
du 23 du même mois ayant pour objet d'autoriser et de réglementer
la transmission téléphonique des télégrammes.
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Article premier.
|
Les abonnés aux réseaux
téléphoniques urbains peuvent expédier et recevoir
des télégrammes par la ligne qui les rattache à
ces réseaux.
La transmission de ces télégrammes est effectuée
gratuitement, sauf l'exception visée ci-après ; mais
elle est subordonnée au dépôt préalable
d'une provision destinée à garantir le remboursement
de la taxe télégraphique.
Dans les villes comportant un réseau souterrain, l'abonné
qui se propose d'user de la disposition qui précède
est tenu de verser annuellement, et d'avance, une redevance de 50
francs. |
|
Article 2.
|
Les localités autres que
les chefs-lieux de canton peuvent être reliées à
un bureau télégraphique au moyen d'un fil téléphonique.
Ce fil et le bureau téléphonique qui le dessert sont
établis avec la participation des communes intéressées.
La part contributive de ces communes aux frais de premier établissement
est fixée à 100 fr. par kilomètre de ligne
neuve à construire, ou à 50 fr. par kilomètre
de fil à établir sur appuis déjà existants
et à 300 fr. pour fournitures d'appareils et installation
du poste téléphonique. |
|
Article 3.
|
|
Dans les localités
possédant une recette des postes, le service téléphonique
est confié au receveur.
Dans toutes les autres, le gérant des bureaux téléphoniques
et son suppléant sont désignés par le maire
après avoir été agréés par
le directeur départemental. Ils devront être remplacés
sur la demande de l'administration.
Ils bénéficient sur la transmission des télégrammes
des mêmes remises que les gérants des bureaux télégraphiques
municipaux.
Ils prêtent le même serment professionnel.
|
|
Article 4.
|
Toute personne peut expédier
et recevoir des télégrammes par une ligne téléphonique
municipale.
La transmission de ces télégrammes est effectuée
gratuitement, mais elle est subordonnée au payement de la
taxe télégraphique.
Le payement de cette taxe est effectué entre les mains du
gérant du bureau téléphonique. Si ce gérant
n'est pas en même temps receveur des postes, ses recettes
et ses dépenses sont comprises dans la comptabilité
du bureau télégraphique avec lequel il communique. |
|
Article 5.
|
| Tout télégramme destiné
à être distribué par un bureau téléphonique
municipal est soumis à des frais d'exprès à
moins que la municipalité n'ait pris ses dispositions pour
que cette distribution puisse s'effectuer gratuitement. |
|
Article 6.
|
| Un télégramme ne
peut être téléphoné, soit par une ligne
urbaine, soit par une ligne municipale, que s'il est écrit
en français, en langue claire et si son texte n'excède
pas cinquante mots. |
|
Article 7.
|
| .Le président du conseil,
ministre du commerce, de l'industrie et des colonies, est chargé
de l'exécution du présent décret qui sera inséré
au Journal officiel et au Bulletin des lois. |
Fait à Paris,
le 20 octobre 1889
Déposé le 23 mars 1889,
ce projet de loi fut voté par la Chambre et définitivement
adopté par le Sénat le 13 juillet 1889.
Nous le reproduisons ci-après :
|
PROJET
DE LOI ADOPTÉ PAR LE SÉNAT ET LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS
; TEXTE DÉFINITIF
|
| Portant autorisation
au gouvernement de traiter avec les villes pour rétablissement
de réseaux téléphoniques d'intérêt
local, et d'emprunter à la Caisse des dépôts
et consignations les sommes nécessaires pour effectuer le
rachat des réseaux exploités par la Société
générale des Téléphones. |
|
Article
cmier.
|
Le gouvernement est autorisé
à accepter au nom de l'État les offres qui pourront
être faites par les villes, établissements publics
ou syndicats de verser au Trésor, à titre d'avance
sans intérêts, les sommes nécessaires à
rétablissement, à l'entretien et à l'exploitation
de réseaux téléphoniques urbains, et à
affecter les produits de chaque réseau ainsi créé
au remboursement des avances dont il aura été l'objet,
sans autre engagement de la part de l'État.
Il sera rendu compte chaque année au Parlement des traités
passés en exécution de cette disposition et de la
situation de chacun des réseaux ainsi établis. |
|
Article
2.
|
Le gouvernement est autorisé
à effectuer au rachat, à la mise en état de
bon fonctionnement et au développement des réseaux
téléphoniques appartenant à la Société
générale des Téléphones, une avance
pouvant s'élever à 10 millions qui sera faite au Trésor
par la Caisse des dépôts et consignations.
Le remboursement de cette avance aura lieu en dix annuités
au plus, calculées au taux d'intérêt de 4 % |
|
Article
3
|
Les avances versées
au Trésor par la Caisse des dépôts et
consignations seront inscrites au budget des recettes des
exercices 1889 et 1890 au titre du paragraphe 7 (Ressources
exceptionnelles).
Il sera l'ait emploi de ces avances en vertu de crédits
inscrits à un chapitre spécial du budget du
ministère du commerce, de l'industrie et des colonies
^2" section, Postes et Télégraphes).
Ces crédits pourront être ouverts par décrets
pendant la prorogation des Chambres, dans les conditions
de l'article 5 de la loi du 4 décembre 1879. |
|
Article
4
|
| Pendant les exercices 1889
et 1890, les crédits nécessaires seront ouverts
au budget ordinaire du ministère du commerce, de
l'industrie et des colonies (2e section, service
des Postes et des Télégraphes). |
|
Article
5
|
| A partir de l'exercice
1891, les recettes et les dépenses du service téléphonique,
y compris les annuités de remboursement à
la Caisse des dépôts et consignations, feront
l'objet d'un budget annexe rattaché pour ordre au
budget général de l'État, ministère
du commerce, de l'industrie et des colonies, -- service
des Postes et dos Télégraphes. |
En vertu de celte loi, autorisant
le rachat et l'exploitation des réseaux téléphoniques,
l'administration des Postes et Télégraphes prit
définitivement possession des différents bureaux
de tous les réseaux de la Société générale
des Téléphones, le dimanche 1er septembre 1889 à
minuit.
La prise de possession des téléphones par l'État
a eu pour premier et heureux résultat la réduction
de l'abonnement aux réseaux téléphoniques
urbains.
sommaire
|
Un
décret du 19 octobre 1889
(l'État
ayant pris possession de tous les réseaux téléphoniques
le 1" septembre) paru au Journal officiel du. 23 du même mois,
fixe la taxe des conversations téléphoniques sur les
réseaux urbains et interurbains, quand elles ne sont pas soumises
au régime de l'abonnement. :
Voici le texte de ce décret
|
Article
premier.
|
|
La
taxe à payer à l'entrée d'une cabine téléphonique
publique pour obtenir la communication avec un réseau urbain
est fixée à 50 centimes à Paris, à
25 centimes dans toutes les autres villes
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|
Article
2.
|
|
La
taxe élémentaire à payer par conversation
téléphonique interurbaine est fixée à
50 centimes par 100 kilomètres ou fraction de 100 kilomètres
de distance entre les points reliés par la ligne téléphonique.
La distance est calculée d'après le parcours réel
de chaque ligne.
|
|
Article
3.
|
Pour
l'application des taxes ci-dessus indiquées, la durée
normale de la conversation téléphonique est fixée
à 5 minutes.
Cette durée peut être réduite à trois
minutes sur les lignes et dans les conditions déterminées
par arrêté ministériel.
Si les besoins du service l'exigent, une conversation ne peut pas
être prolongée au delà d'une durée double
de sa durée normale. |
|
Article
4.
|
| Sont
abrogées toutes les dispositions contraires au présent
décret, sauf celles du décret du 28 décembre
1885 fixant la taxe à percevoir pour les communications téléphoniques
échangées entre Paris et Bruxelles |
|
Article
5.
|
| Les
taxes ci-dessus fixées seront appliquées à
partir du 1er novembre prochain. |
|
Article
6.
|
|
Fait
à Paris, le 19 octobre 1889.
Le Président du conseil, Ministre du commerce, de l'industrie
et des colonies, est chargé de l'exécution du présent
décret, lequel sera inséré au Journal officiel
et au Bulletin des lois.
|
Le réseau de Limoges
a été livré au public le 1er juillet 1889
En France, le service téléphonique
était concédé depuis 1879 à l'industrie
privée, mais les réseaux exploités par la Société
générale des téléphones n'étaient
établis que dans les plus grandes villes, le Gouvernement désira
par conséquent doter aussi de ce service les villes moins importantes
et le Parlement lui alloua
à cet effet, en 1882, un premier crédit de 250 000 fr.
Les résultats de cette mesure furent excellents : le produit
des abonnements fut suffisant pour amortir le capital engagé
dans la construction et pour donner un
nouveau développement à ces réseaux secondaires.
C'est ainsi que l'Administration a pu établir successivement
des systèmes téléphoniques à Reims, Roubaix,
Tourcoing, Troyes, St-Quentin, Elbeuf et dans d'autres villes, sans
demander des crédits supplémentaires.
Une comparaison entre la situation des réseaux téléphoniques
de l'Etat et celle des réseaux exploités par la Société
générale des téléphones, montre que les
systèmes établis par cette dernière entreprise
dans les Départements se sont péniblement développés
et que le nombre de leurs abonnés s'est lentement accru, tandis
que les réseaux de l'Etat se sont rapidement étendus.
Dans son rapport à la Chambre des députés à
Paris séance du 28 Mai 1889 sur le projet de loi
concernant le rachat des réseaux téléphoniques
privés et l'établissement de réseaux téléphoniques
d'intérêt local, l'honorable député, M. George
Cochery, donne le tableau comparatif ci-après de la situation
des réseaux de l'Etat et de ceux de la Société
générale:
VILLES. Nombre d'habitants par abonné.
1. Fourmies . . . ....................... 123 Etat.
2. Cannes ................................ 198 ,
8. Reims .................................. 243 ,
4. Roubaix-Tourcoiug .............. 268 ,
5. Dunkerque . . ....................... 308 ,
6. Troyes ................................. 308 ,
7. Paris .................................... 370 Société.
8. Le Havre . . .......................... 344.
9. Saint-Quentin . ..................... 396 Etat.
10. Elbeuf .................................410 ,
11. Nancy .................................468 ,
12. Lyon ..................................498 Société.
13. Lille ....................................605 Etat.
14. Bordeaux . . .......................512 Société.
15. Alger ................................. 619 ,
16. Rouen ............................... 716 ,
17. Calais ............................... 798 ,
18. Marseille . . ....................... 862 ,
19. Saint-Etienne . ....................1.057 ,
20. Nantes ...............................1.094 ,
21. Nice ..................................1.241 Etat.
22. Halluin .............................. 1.273
23. Amiens ..............................1.396 ,
24. Oran ..................................1.472 Société.
25. Caen ................................. 1 644 Etat.
26. Boulogne-sur-Mer ..............1.760
27. Armentières. . ................... 1.923
Le même rapporteur fait ressortir que le réseau principal
de la Société générale, celui de Paris,
figure dans ce tableau au septième rang et que les réseaux
des centres de population les plus importants, où les distances
sont plus grandes, où il règne une plus grande activité
et où le téléphone peut rendre par conséquent
le plus de services, sont desservis par les Sociétés concessionnaires;
néanmoins, malgré les conditions moins favorables des
réseaux de l'Etat, ces derniers ont eu un développement
plus intense que les systèmes téléphoniques de
la Société. Les résultats obtenus par l'Administration
ont été si satisfaisants que le Parlement français
a accueilli avec faveur et adopté à une grande majorité,
par la loi du 26 Juillet 1889, le rachat des concessions téléphoniques
privées.
sommaire
Du 6 Mai 1889
au 31 Octobre 1889 s'ouvre l'Exposition Universelle de Paris
Centenaire de la Révolution française.
Au pied de la Tour Eiffel, entre le pavillon finlandais et celui
de la Compagnie du gaz, la Société des téléphones
a installé un pavillon, qui contient en même temps
son exposition et le bureau du service téléphonique
de l'Exposition universelle.
Comme construction, ce pavillon représente le type de la
bâtisse par excellence ; il est en bois armé de fer
ou, si l'on aime mieux, en fer armé de bois. Par exemple,
les montants principaux sont formés de quadruples madriers
de sapins, reliés par des boulons, tandis que les poutres
sont formées de fer en I, garnies de deux madriers de sapin,
un sur chaque face. L'extérieur est en panneaux de bois,
montés sur des fers à T... Toutes les pièces
transversales, ayant rigoureusement la même dimension (3m,30),
sont pour ainsi dire interchangeables, et tout l'ensemble, vissé,
fer sur bois ou bois sur fer, peut se régler à l'aide
de tournevis ou de clés anglaises, si les variations de l'atmosphère
font gonfler ou gondoler le bois, ou dilatent le métal. Ce
n'est presque plus une maison, c'est un coucou de la Forêt
Noire.
Mais il faut rendre cette justice à ce genre de construction,
qu'elle est parfaitement d'accord avec la nature du téléphone
lui-même. Qu'est-ce en effet qu'une installation téléphonique?
Un ensemble d'appareils, de conducteurs, de postes, etc., qu'il
s'agit d'accoler par application et par superfétation à
des immeubles déjà existants, en les dégradant
le moins possible, et en dépensant fort peu de temps et d'argent.
Quoi de mieux, par conséquent, pour synthétiser le
système téléphonique, que ce pavillon que l'on
eût pu élever eu quelques heures, s'il n'avait fallu,
pour trouver un sol propice, se livrer à des travaux de fondations
qui rendent le sous-uvre bien pi us important que la construction
extérieure.
La Société des téléphones a fait édifier
ainsi un pavillon, composé d'une partie centrale et de deux
ailes.
La partie centrale est surmontée d'une tourelle téléphonique,
dite de concentration. Cette tourelle est sur le modèle de
celles qui surmontent les stations centrales des téléphones,
dans les villes où l'on n'a pas cru devoir imposer aux sociétés
téléphoniques les ruineuses installations souterraines.
J'ai dit ruineuses; ces installations le sont surtout pour les consommateurs,
parce que les compagnies, qui n'entendent pas y perdre, ce
en quoi elles ont, du reste, bien raison, sont forcées
de surélever, d'une manière véritablement exorbitante,
le prix des abonnements. Ainsi nous payons à Paris 600 francs
par an, pour un abonnement au seul réseau urbain, tandis
que l'on paie en Belgique 60 francs, dix fois moins, pour avoir
la jouissance du réseau belge, qui comprend plusieurs villes,
et par conséquent une étendue très considérable.
C'est peut-être afin de décider le gouvernement à
autoriser ces installations aériennes que la Société
des téléphones a montré sa tourelle flanquée
de herses, qui remplissent le même but de réunir les
fils aboutissant, par exemple, sur la même maison.
Pénétrons dans le pavillon, examinons-le en détail.
Constatons d'abord que l'idée première du téléphone
revient à un Français, M. Bourseul, qui publia ses
idées en 1854. Malheureusement il s'en tint là.
Ce n'est qu'en 1876, que Bell installa le premier téléphone
et c'est en novembre 1877 que ce téléphone fut introduit
pour la première fois en Europe, où il excita la curiosité
et l'admiration la plus grande. De son côté, Edison
chercha à perfectionner cet appareil et pensa y faire intervenir
le courant de piles électriques.
Pendant quelques temps les perfectionnements apportés furent
nuls, mais ils devinrent importants, quand l'invention du microphone
donna une impulsion nouvelle à la question.
Combien sommes-nous loin déjà des téléphones
à ficelle, véritables jouets d'enfants, qui cependant
auraient dû depuis longtemps tenter l'esprit de perfectionnement
de nos physiciens, mais ils n'ont pas daigné s'en occuper,
c'était trop vieux, il remontait à 1667.
Le principe général des téléphones est
le suivant. Les vibrations de la voix sont communiquées à
une plaque vibrante placée devant un aimant. L'extrémité
de l'aimant est enveloppée d'un long fil de cuivre entouré
de soie. Voilà le transmetteur.
Le récepteur est identiquement semblable, sinon comme forme,
mais comme construction et c'est le même fil qui, formant
bobine au transmetteur, s'enroulera aussi autour de l'aimant du
récepteur, en bobine également, de sorte que ce fil
de cuivre est sans fin. Et le transmetteur pourra être très
éloigné, pourvu qu'il soit relié au récepteur
par le même fil.
Si l'on parle devant la plaque vibrante, ses mouvements de va-et-vient
réagissant sur la force magnétique de l'aimant, engendrent
un courant électrique dans le fil qui se transmettra au récepteur.
Sous l'influence de ce courant, l'aimant de ce dernier subira les
mêmes variations de force magnétique que le premier,
et la plaque plus ou moins attirée, entrera en vibrations
pour reproduire la voix. Ce qui se trouve transmis, ce n'est donc
pas, à proprement parler, la voix, mais une série
de courants ondulatoires électriques qui la reproduisent.
Pour augmenter la portée des téléphones, on
leur a adjoint des microphones. Leur forme est des plus variables,
ce sont de petits bâtonnets ou des boules de charbon de cornue,
qui entrant aussi en vibration, accroissent l'intensité du
son.
En 1879, trois sociétés avaient l'autorisation d'installer
le service téléphonique. Elles exploitaient trois
systèmes différents; les appareils Grower, Edison,
Blake.
L'année suivante les trois sociétés ayant fusionné,
constituèrent la : Société générale
des téléphones.
Les premières autorisations données furent renouvelées
jusqu'en septembre 1889. Et aujourd'hui la Société
devient, pour l'exploitation des lignes, propriété
de l'Etat, non sans protestations de la part de la Société,
qui est propriétaire de ses appareils, ateliers et magasins
de vente. Car la Société s'était adjoint la
fabrication en grand des câbles. A cet effet, elle avait acquis
les établissements Rattier à Bezons, qui étaient
une manufacture de caoutchouc.
Au centre du Pavillon des Téléphones, au premier étage
est un bureau, tout installé et fonctionnant pour assurer
le service de l'Exposition.
Chaque abonné a une ligne spéciale, aboutissant à
un bureau central, où les employés donnent les communications
demandées. Mais comme on ne peut mettre une sonnerie par
abonné, il y a un système spécial représenté
dans le haut du commutateur central. Lorsqu'on veut appeler, une
petite plaque se renverse, et montre le numéro de l'abonné
et, en tombant, ferme le circuit delà sonnerie qui marche.
Au-dessous des séries de numéros, on voit les commutateurs,
disposés en Jack-Knifs. Ce nom provient de ce qu'à
l'origine, le ressort de contact était comme une lame de
couteau, et que cette disposition était due à un Canadien
nommé Jack. C'est par ces commutateurs que s'établissent
les relations des abonnés du bureau, entre eux.
La troisième partie, la plus inférieure, comporte
encore du Jack-Knifs, mais pour les abonnés de bureaux différents.
De nombreuses fiches sont suspendues tout le long du bureau pour
agir sur les Jack-Knifs, elles sont composées de deux parties
métalliques, isolées l'une de l'autre, et adaptées
au même manche.
Donc, si un abonné veut une communication, il prévient,
une plaque tombe qui montre son numéro, en même temps
que la sonnerie marche.
Les demoiselles, chargées du service du bureau, se mettent
en communication avec l'abonné pour lui demander à
qui il veut parler, l'employée prévient la personne
indiquée qu'on la demande et quand il lui est répondu,
elle met les deux abonnés en relation par une fiche.
Ceci est très simple en apparence, mais exige une habitude
excessivement grande.
Les fils des téléphones sont souterrains. Ils traversent
les égouts pour arriver au grand bureau central, 27, avenue
de l'Opéra, au nombre de plusieurs mille. Ils sont recouverts
de gutta-percha, et réunis par faisceaux d'une dizaine, dans
des tubes de plomb. Ces fils arrivent dans la cave et sont épanouis
circulairement autour de quatre grands trous pratiqués sur
les quatre faces d'une chambre, située au milieu de la cave.
Cette disposition est représentée à la partie
inférieure du pavillon du Champs de Mars. Puis les fils remontent
au bureau, pour se distribuer aux commutateurs divers. On réunit
autant que possible entre eux, les abonnés qui sont le plus
souvent en rapport.
Le poste installé à l'Exposition, donne la communication
immédiate avec un abonné quelconque du bureau central.
Quant aux lignes auxiliaires des villes où il y a plusieurs
bureaux, elles sont considérées comme une ligne ordinaire.
Enfin, un avantage que les employés apprécient beaucoup,
ils sont assis.
L'appareil Berlhon-Ader, composé d'un récepteur Ader
et d'un microphone Berthon, exclusivement employé par la
Société, disposé sur une poignée métallique,
permet d'avoir à la fois le récepteur à l'oreille
et le transmetteur devant la bouche. Cette disposition en fait l'appareil
de bureau par excellence, qui permet de parler, d'entendre et d'écrire
au besoin.
Une forme commode encore, est le poste Ader avec magnéto
pour l'appel et sonnerie électrique. Là, la sonnerie
marche, grâce à un courant déterminé
par la rotation d'une bobine devant un aimant. Le transmetteur est
un petit pupitre portant en son milieu une plaque de bois mince,
faisant fonction de plaque vibrante, le microphone est sous cette
plaque. Cet appareil est très répandu sur les réseaux
étrangers.
Enfin, le même poste Ader simple, sans la sonnerie magnéto,
de la forme que nous représentons, ou de la forme à
colonne, est très apprécié, pour sa justesse,
sa régularité et sa commodité.
Le poste militaire portatif, est la forme réduite du poste
Ader avec sonnerie d'appel, magnéto-électrique, mais
le transmetteur et le récepteur sont de la forme Berthon-Ader
combiné. Il pèse 7 kilogrammes.
Près de ces appareils se trouvent encore, dans l'exposition,
des postes-centraux fixes ou mobiles, à plusieurs directions;
ainsi que les nouvelles piles à l'agar-agar. Ce sont des
piles sèches, dans lesquelles le chlorhydrate d'ammoniaque
est en suspension dans de la gélatine de varech ou agar-agar.
Ces piles sont très employées.
On trouve aussi les formes les plus fantaisistes de boutons de sonnerie.
Dans la vitrine sont des télégraphes, des relais,
destinés à augmenter l'intensité des courants
à certains moments.
Adroite du bureau central, se trouve tout le matériel construit
par la Société.
D'abord le caoutchouc et tous ses emplois divers, soit en caoutchouc
souple, soit en caoutchouc dur : courroies, tuyaux, clapets, tissus.
Et une exposition de câbles des plus intéressantes.
Les câbles téléphoniques sont surtout isolés
au caoutchouc vulcanisé. Qu'ils soient aériens ou
souterrains, ils sont cordés par paire, pour éviter
les effets d'induction.
Il y a aussi des câbles à lumière électrique
et des câbles transatlantiques.
La Compagnie possède des réseaux téléphoniques
à Paris, Calais, Saint-Étienne, le Havre, Rouen, Lyon,
Marseille, Nantes, Alger, Oran.
La ligne de Paris à Bruxelles a 314 kilomètres. Il
y a un double fil conducteur en bronze siliceux de 3 millimètres
de diamètre. Ce double conducteur est fixé sur les
mêmes poteaux que les fils télégraphiques, ce
qui créait une difficulté assez grande, car les courants
télégraphiques nuisent beaucoup aux courants téléphoniques.
Pour parer à cet inconvénient, les fils téléphoniques
sont croisés entre eux de distance en distance, de sorte
que c'est alternativement le fil d'aller et le fil de retour qui
se trouvent le plus près du fil télégraphique,
et cela suffit pour que les courants induits se trouvent annulés.
La ligne de Paris à Marseille a 800 kilomètres, elle
passe par Troyes, Dijon, Bourg, Lyon, Valence, Avignon, Arles. C'est
aussi une ligne aérienne à double fil, en bronze siliceux
de 4 millimètres 1/2. Les fils sont croisés comme
sur la ligne de Bruxelles. Il y a interruption à Lyon. La
correspondance se fait de Paris à Lyon, et Lyon donne la
communication sur Marseille.
On a renoncé aux fils de cuivre ou de fer, qui n'offraient
pas assez de résistance. On adopte exclusivement maintenant
du bronze phosphoreux ou siliceux. Aussi, avec des fils semblables
de 1 millimètre 1/4 de diamètre, on a pu espacer les
poteaux de 270 mètres supportant 40 fils, à Anvers
il y a une portée de 275 mètres pour 125 fils, à
Gand une portée de 340 mètres avec 3 fils. Enfin la
ligne du château de Laeken au théâtre de la Monnaie,
a une portée de 700 mètres.
Les plus violentes tourmentes de neige n'abîment pas ces fils,
et de plus, le bronze ne s'oxyde pas comme le fer.
N'oublions pas de parler des auditions
téléphoniques théâtrales, qui, au début,
ont tant émerveillé le public. Elles ont lieu dans
le bas du pavillon. Et ce qui intrigue le plus, c'est que non
seulement on entend parfaitement l'orchestre et les acteurs, mais
on a même la sensation du déplacement de l'acteur
sur la scène. Voici comment ce résultat est atteint
:
Ce sont les téléphones Ader qui servent à
ces auditions. A cet effet, un certain nombre de téléphones
sont disposés sur le devant de la scène parallèlement
à la rampe, et de chaque côté du trou du souffleur.
Supposons qu'il y ait dix téléphones le long de
la rampe, de chaque côté du souffleur. Prenons par
exemple le dernier téléphone de gauche près
des décors, et le premier téléphone de droite,
près du souffleur, et supposons que ces deux téléphones
soient reliés de telle façon que le téléphone
de droite arrive à l'oreille droite. Si l'acteur est au
milieu de la scène, le téléphone de droite
plus proche, sera plus influencé que celui de gauche et
les sons seront plus intenses dans l'oreille droite que dans l'oreille
gauche. Si l'acteur s'éloigne, le son s'affaiblit naturellement,
s'il s'approche à gauche, c'est l'oreille gauche qui entendra
le mieux. Ce procédé bien simple est des plus remarquables.
Il y a aussi les auditions de concert, aux quatre coins du grand
bureau du premier étage du pavillon. En mettant une pièce
de 50 centimes, on met en mouvement un téléphone
qui vous fait entendre un morceau du concert.
Ce pavillon est vraiment organisé comme un vrai théâtre,
avec des dessous, des acteurs, invisibles, mais que l'on entend
parfaitement. Assis tranquillement dans un fauteuil, on pourrait
assister à nos diverses représentations théâtrales,
s'offrir une revue tous les soirs.
|
sommaire
Revenons sur l'illustre Lazare Weiller :
A partir d'octobre 1886, Weiller est impliqué dans la préparation
de l'Exposition universelle de Paris (1889), dont il est membre du comité
technique d'électricité. Est-ce dans ce contexte qu'il commence
à s'intéresser à la problématique de la vision
à distance, alors que circulent des rumeurs sur les téléphotes
de Thomas A. Edison et de Courtonne ? A-t-il eu, l'occasion de rencontrer
Edison lors de son passage à l'Exposition universelle ? Toujours
est-il qu'en octobre 1889, alors que se termine l'Exposition, il publie
dans Le Génie civil un article majeur "Sur la vision à
distance par l'électricité" proposant un appareil,
le phoroscope, dont une des composantes, la roue à miroirs, va
jouer un rôle éminent dans les expériences de télévision
des quatre premières décennies du vingtième siècle.
Lazare Weiller est un homme habile dans les relations sociales et qui
base sa stratégie sur des réseaux d'alliances. Comme la
Société des Téléphones est un des principaux
clients de la tréfilerie, il l'a fait entrer au capital de sa société
et lui-même Il entre au Conseil d'administration de cette entreprise,
"On peut donc dire que Lazare Weiller fut, à ce titre, un
des premiers introducteurs du téléphone" conclut son
fils. Après la nationalisation des réseaux téléphoniques
en 1889, l'administration des Postes et Téléphones devient
un de ses principaux clients.

Compte rendu de l'article de Lazare Weiller "La suppression des distances",
in La Revue des Revues, 1er août 1899.
Après
La nationalisation, 1890 Il y a, cette année : 10 000
abonnés au téléphone en France
Au 1er septembre 1889, date de la reprise
par l'État de l'exploitation des réseaux concédés,
l'administration a laissé les choses dans le statu quo mais elle
a décidé qu'en raison de l'insuffisance de l'outillage
du réseau de Paris, il ne serait plus jusqu'à nouvel ordre
accordé de concessions d'appel direct entraînant l'usage
d'un fil auxiliaire.
Cet état de chose ne devant être que provisoire, le décret
du 14 Mars 1890 a fixé les tarifs auquel l'usage de ses lignes
doit être soumis à partir du 1er janvier 1890; ce tarif
est le suivant : 150 francs dans les réseaux souterrains et 37
fr 50 dans les réseaux aériens.
Ce tarif kilométrique ,calculé sur la longueur réelle
des lignes auxiliaires, est perçu d'avance en deux termes égaux,
au 1 er janvier et au 1 er juillet de chaque année, en même
temps que l'abonnement urbain.
L'abonnement souscrit pour l'usage d'une ligne auxiliaire ne peut être
moindre d'une année.
Il se renouvelle d'année en année par tacite reconduction
s'il n'a pas été dénoncé au moins un mois
avant son expiration.
Le décret du 31 Mars 1890 modifie celui du 21 septembre 1889.
Les principales dispositions en sont reportées sur le modèle
de police d'abonnement que nous donnons ci-après, modèle
réglé par l'arrêté du 11 juin 1890.
Modèle de Police.
.......DIRECTION
GENERALE .........ABONNEMENT
PRINCIPAL No.......... DES POSTES ET DES TÉLÉGRAPHES
RÉSEAU TÉLÉPHONIQUE,
D.............
Je soussigné
....................................................................................................................................................................................................
dans le but de relier ...............................................................................
situé à .............. ................:........ rue
........................................... n" ....
au réseux téléphonique d........................................................................
Déclare contracter un abonnement principal d'UN an, moyennant
le prix de ....................................cent francs par an
et aux clauses et conditions énumérées dans
le règlement ci-dessous.
.................................................. , le..................
.......... 18
|
|
Des
abonnements. Article
premier.
|
Les
abonnements à un réseau téléphonique
urbain sont de deux sortes : l'abonnement principal et l'abonnement
supplémentaire.
L'abonnement principal comporte l'usage d'une ligne reliant l'établissement
de l'abonné à un bureau central et d'un poste téléphonique.
L'abonnement supplémentaire comporte l'usage d'un poste téléphonique
desservi par une ligne greffée sur la ligne de l'abonné
principal, avec l'autorisation de l'Administration et de cet abonné
principal.
Le poste téléphonique se compose, outre les générateurs
d'électricité, d'un appareil récepteur et transmetteur
et d'un dispositif d'appel. |
| Droits
de l'abonné. Article 2. |
|
L'abonnement
confère à l'abonné le droit de correspondre
au moyen da son poste avec tous les abonnés du même
réseau.
Ce droit ne peut être exercé que par le titulaire
de l'abonnement, ses employés et les personnes habitant
avec lui.
Les personnes fréquentant un cercle ou établissement
public peuvent faire usage de l'appareil téléphonique
dont il est pourvu, mais il est formellement interdit au titulaire
de l'abonnement de percevoir une redevance quelconque.
|
| Article
3. |
|
Pendant
toute la durée de l'abonnement, l'abonné peut, avec
l'autorisation de l'administration, céder à des
tiers les droits qu'il tient soit de l'abonnement principal, soit
des abonnements supplémentaires, à charge par lui
de rester responsable du payement intégral du montant des
abonnements pendant toute la durée du contrat.
|
| Article
4. |
| Les
noms des abonnés ou de leurs concessionnaires sont inscrits
sur une liste qui leur est distribuée périodiquement. |
|
Installation
et entretien de la ligne et du poste.
Article 5.
|
|
Le
matériel de la ligne et les générateurs d'électricité
sont fournis par l'État. Les divers appareils composant
un poste téléphonique et les accessoires qui seraient
demandés par l'abonné sont fournis par lui. Il est
tenu de les choisir parmi les modèles types indiqués
par l'Administration et de pourvoir à leur renouvellement
quand ils seront devenus impropres au service. Ces appareils,
avant d'être mis en place, doivent avoir été
vérifiés et acceptés par les agents de l'Administration.
La ligne, les postes téléphoniques et les accessoires
sont installés et entretenus par l'Administration et à
ses frais.
Mais l'entretien des meubles et objets de luxe (pupitres, accoudoirs,
etc.}, dont l'abonné complète l'installation du
poste pour ses facilités ou ses convenances personnelles,
reste à la charge de cet abonné.
Quand les postes sont situés en dehors du périmètre
du réseau urbain, cet entretien donne lieu au remboursement
par l'abonné des frais de transport et de séjour
des agents qu'il aura appelés.
Toutes les détériorations qui seraient le résultat
d'un fait extérieur ou d'un usage anormal de l'appareil
resteront à la charge de l'abonné.
|
| Article
6. |
|
Le
poste de l'abonné est établi à l'endroit
désigné par lui dans les locaux qu'il occupe.
L'abonné doit obtenir du propriétaire l'autorisation
de faire les installations nécessaires. Il prend à
sa charge les diverses réparations qu'entraînerait
l'établissement ou la suppression de ces installations.
Dès que les travaux sont commencés, l'abonné
ne peut obtenir l'installation du poste dans un autre immeuble
ou à une autre place du même immeuble que celle qu'il
aura d'abord désignée s'il ne s'engage à
payer les frais qu'entraînerait ce changement.
|
| Article
7. |
|
Il
est interdit à l'abonné de greffer aucun fil sur
celui dont l'usage lui est concédé, de démonter
ou de déplacer les fils, appareils ou accessoires, ni de
faire aucune modification dans son installation.
L'administration se réserve la faculté d'introduire
dans son installation tous les changements qu'elle croira utiles
au fonctionnement du service.
|
| Article
8. |
|
L'abonné
doit accorder aux agents de l'Administration, chargés du
service téléphonique, qui justifient de leur qualité,
l'accès, à des heures convenables, des locaux où
sont installés la ligne et le poste.
|
|
Article
9.
|
|
Abonnement
principal..
. Le montant annuel de l'abonnement principal est fixé
:
. Dans le périmètre du réseau :
à 400 francs à Paris et 300 francs dans les départements,
pour les réseaux souterrains;
à 200 francs pour les réseaux aériens.
Il peut être fixé par décret à 150
francs ou 100 francs, dans certains cas particuliers.
Il est réduit de 50 pour 100 pour les services publics
de l'Etat et de 25 pour -100 pour les services publics des départements
et des communes.
Les abonnés des réseaux classés dans
la catégorie des réseaux annexes peuvent à
leur gré contracter soit un abonnement au réseau
local dans les conditions du tarif ordinaire, soit un abonnement
au réseau principal auquel est rattaché le réseau
annexe.
Les abonnés de cette dernière catégorie acquittent
l'abonnement principal ou supplémentaire tel qu'il est
fixé par le présent article aux paragraphes 1 et
2 ci-dessus (A) augmenté d'un supplément d'abonnement
de 10 francs par kilomètre de ligne reliant le bureau central
annexe au bureau central du réseau principal.
Les cercles et établissements accessibles au public
acquittent l'abonnement principal augmenté de la moitié
de cet abonnement lorsqu'ils mettent leur poste téléphonique
à la disposition de leurs clients.
Dans certaines villes, des abonnements dits de saison seront
admis, pour une période de six mois, pour la totalité
ou pour partie des abonnés. Dans ce cas, le montant de
l'abonnement réduit à la moitié de l'abonnement
normal annuel doit être versé au commencement de
chaque période semestrielle; en outre, la contribution
aux frais de premier établissement dos ligues doit être
versée en une seule, fois en même temps que le premier
terme, d'abonnement. Une interruption d'une année entière
dans l'usage du poste entraînerait la résiliation
de l'abonnement.
Les accessoires installés sur la demande de l'abonné
entraînent un supplément d'abonnement égal
à 15 pour 100 de la valeur de ces accessoires mis en place,
sans que ce supplément puisse être inférieur
à 5 francs, toute fraction de franc étant d'ailleurs
comptée pour 1 franc.
|
| Durée
de l'abonnement. Article 10. |
| L'abonnement
court à partir du jour où l'inslallation du poste
permet la communication avec le réseau. |
| Article
11. |
|
L'abonnement principal
ou supplémentaire, ne peut être consenti pour moins
de une année calculée à partir du 1er janvier
ou du 1er juillet qui suit ladite installation.
|
| Article
12. |
|
Après la
première période d'une année, l'abonnement
se renouvelle de trimestre en trimestre par tacite reconduction.
|
| Article
13 |
|
En cas de décès
de l'abonné, la durée de son abonnement n'est pas
interrompue et ses héritiers sont solidairement tenus de
son exécution.
|
|
Article 14.
|
|
L'administration
peut à toute époque mettre lin au contrat, à
charge par elle de rembourser à l'abonné les sommes
imputables sur la période restant à courir.
|
| Article
15. |
|
L'abonnement est
versé à la caisse du Receveur du bureau de poste
et de télégraphe de la localité desservie
par le réseau. II est payé eu deux termes égaux,
sauf le cas de résiliation, dans la première quinzaine
de janvier et de juillet de chaque année. Toutefois, le
premier semestre est payé au moment de la signature du
contrat. En outre, la partie de l'abonnement correspondant à
la période comprise entre la date où le poste peut
être utilisé par l'abonné et le commencement
du premier semestre est versée au moment de la mise en
service.
Le défaut de paiement aux dates indiquées tient
lieu de demande de résiliation. Sur la demande des abonnés
et moyennant le paiement d'une indemnité de 0 fr. 25 pour
quittance, le montant de l'abonnement sera recouvré à
leur domicile.
|
| Lignes
auxiliaires. Article 16. |
|
Les lignes auxiliaires
des réseaux téléphoniques urbains peuvent
être mises, par voie d'abonnement, à la disposition
des abonnés pour leur permettre de communiquer entre eux,
deux par deux, d'une manière permanente.
Le tarif d'abonnement est fixé à cent cinquante
francs (150 fr.) dans les réseaux souterrains et à
trente-sept francs cinquante centimes (37 fr. 50) dans les réseaux
aériens, par an et par kilomètre de ligne, à
calculer d'après la longueur réelle. II est
perçu d'avance on deux termes égaux au 1er janvier
et au 1er juillet de chaque année, en même temps
que l'abonnement au réseau urbain.
|
| Télégrammes
téléphonés. Article 17. |
|
Les abonnés
peuvent expédier et recevoir des télégrammes
par la ligne qui les rattache au réseau.
La transmission de ces télégrammes est effectuée
gratuitement, sauf l'exception visée ci-après; mais
elle est subordonnée au dépôt préalable
d'une provision destinée à garantir le remboursement
de la taxe télégraphique.
Dans les villes comportant un réseau souterrain, l'abonné
qui se propose d'user de la disposition qui précède
est tenu de verser, annuellement et d'avance, une redevance de
50 francs.
|
| Correspondance
à partir des cabines publiques. Article 18. |
|
Les abonnés
peuvent obtenir, sur leur demande et moyennant la justification
de leur identité, la faculté de correspondre gratuitement
dans les limites du réseau, par l'intermédiaire
des cabines publiques qui y sont reliées.
|
|
Droits de l'État.
Article 19.
|
|
L'État n'est
soumis à aucune responsabilité à raison du
service de la correspondance privée par voie téléphonique.
Tous travaux exécutés par l'Administration qui auraient
pour conséquence une interruption du service de plus de
quinze jours, entraîneraient une diminution correspondante
dans le montant semestriel de l'abonnement.
|
| Article
20. |
|
La correspondance
téléphonique peut être suspendue par le Gouvernement,
soit sur une ou plusieurs lignes du réseau séparément,
soit sur toutes les lignes à la fois.
|
| Article
21. |
|
L'étendue
du réseau urbain, sa nature, la durée quotidienne
du service et toutes les mesures que son exécution rendra
nécessaires, sont déterminées par des décisions
administratives auxquelles l'abonné est tenu de se conformer
|
| Sanctions.
Article 22. |
|
En cas d'inexécution
des dispositions qui précèdent, spécialement
lorsque la ligne est utilisée dans des conditions autres
que celles déterminées eu l'article 2, l'Administration
peut suspendre provisoirement la communication téléphonique.
Si, huit jours après une mise en demeure notifiée
par lettre recommandée, les irrégularités
signalées n'ont pas cosse, l'Administration peut retirer
définitivement à l'abonné l'usage de sa ligue.
|
| Dispositions
transitoires. Article 23. |
|
Les tarifs d'abonnement
déterminés par la présente police ne sont
pas applicables aux abonnés des réseaux do l'État
qui payaient une redevance inférieure.
Ces abonnés pourront renouveler leur abonnement aux conditions
de prix antérieurement fixées; mais s'ils cèdent
leur droit à l'abonnement, leurs cessiounaires devront
acquitter intégralement le montant des taxes.
|
| Ordre
et durée des conversations. Article 24 |
|
Les communications
sont données suivant l'ordre strict des demandes. Deux
correspondants ne peuvent occuper une ligne auxiliaire pendant
plus de dix minutes, lorsque d'autres personnes attendent leur
tour de communiquer.
Dans ce dernier cas, si, à l'expiration des dix minutes
réglementaires, les correspondants ne se conforment pas
à l'invitation qui leur est faite de cesser la conversation,
la communication leur est retirée d'office.
|
|
Article 25
|
|
Les clauses de
la présente police recevront leur exécution à
partir du 1 er juillet 1890.
|
| Article
26 |
|
Les frais de timbre
et ceux d'enregistrement auxquels pourrait donner lieu le contrat
d'abonnement sont à la charge de l'abonné.
NOTA. L'abonné soussigné demande que le montant
de son abonnement soit recouvré à son domicile.
(Art. 15.)
|
| Signature
: |
sommaire
Après 1889, le financement
des réseaux n'a pas été assuré de façon
massive et centralisé comme cela avait été le cas
pour la télégraphie. L'administration semble avoir sous-estimé
l'importance des investissements à effectuer.
Le jeune ministère des P & T se heurte au ministère
des finances. Grand maître des crédits, dépendent
de lui aussi bien le montant des investissements que celui des effectifs
et donc l'entretien qu'il sera possible de réaliser. Dans l'incapacité
d'être maîtresse de ses investissements (la demande d'un
budget annexe est repoussée en 1891/1892), l'administration fait
appel aux "avances remboursables". En vert de la loi du 20
mai 1890, les conseils généraux , municipalités,
chambre de commerce et autres personnes morales, sont conviés
à faire au monopole l'avance sans intérêt du capital
nécessaire à la construction des lignes, sauf à
être remboursés petit à petit sur les produits ultérieurs
. Ainsi l'Administration n'installera de téléphones que
la ou les collectivités locales assureront le préfinancement
de l'opération. La puissance publique donne ainsi une représentation
de sa toute puissance par la voie royale de la nationalisation. Et s'empresse
bine vite, par le biais du financement des réseaux, de se rendre
impuissante.
Outre qu'ainsi les notables (ils détiennent les cordons de la
bourse) sont dorénavant maître du réseau, ce type
de financement ne permet pas de poser la question majeure du développement
des liaisons interurbaines. Mais plus grave et plus aberrent sur le
plan économique , ce type de financement provoque l'éparpillement
des réseaux car les organismes prêteurs exigent souvent
en échange de leur avance, l'installation d'un central.
Les avances remboursables ont provoqués une véritable
prolifération de centraux. La France accuse, par rapport à
ses principaux voisins, un réel retard.
Une circulaire, adressée le
9 août 1890 aux préfets par le Ministre du Commerce,
de l'Industrie et des Colonies, appelle leur attention sur l'importance
qu'il y aurait à développer sans retard le réseau
téléphonique municipal.
Cette circulaire n'est que le développement de la loi votée
le 20 mai 1890 et du décret du 9 juillet 1890; elle fait ressortir
les conditions auxquelles peuvent être établis les bureaux
téléphoniques municipaux.
Les communes feront à l'État l'avance entière des
frais de premier établissement; mais cette avance leur sera,
par la suite, intégralement remboursée, sans intérêts,
sur les produits réalisés par l'application d'une surtaxe
fixe de 25 centimes par chaque télégramme téléphoné
à leur bureau ou par leur bureau.
Ces principes s'appliquent également aux établissements
publics et particuliers et aux syndicats d'intéressés,
à condition toutefois que le téléphone, installé
sur leur demande, soit à la disposition du public; dans le cas
contraire, ce bureau rentrerait dans la catégorie des postes
d'intérêt privé prévus par les règlements
antérieurs.
En 1890, avec les appareils mis en service, le prix de premier établissement
d'un bureau téléphonique peut être fixé :
1° A 130 francs en moyenne et à 230 francs au plus par kilomètre
de ligne;
2° A 300 francs au plus pour l'installation du bureau et des appareils.
Dans certaines circonstances, lorsqu'il s'agira, par exemple, de l'installation
de deux bureaux téléphoniques employant le même
fil, cette dépense pourra même être réduite.
L'entretien des appareils et des fils ainsi établis, et l'indemnité
allouée à l'agent chargé de transmettre les télégrammes
téléphonés (15 centimes au départ et 10
centimes à l'arrivée par télégramme téléphoné)
ainsi que de percevoir la taxe ordinaire et la surtaxe spéciale,
demeureront à la charge de l'Etat.
L'Administration se préoccupe d'une organisation de service qui
permettrait d'échanger des conversations téléphoniques
entre la commune dotée du téléphone et le bureau
télégraphique auquel elle se trouvera rattachée,
et même entre plusieurs communes reliées au même
bureau télégraphique.
Un décret du 31 décembre 1890, suivi d'une longue instruction,
règle la comptabilité téléphonique à
dater du 1er janvier 1891.
L'article 9 du décret du 31 mai 1890 permet de réduire,
par décret, à 130 ou 100 francs, dans certains cas particuliers,
les abonnements aux réseaux aériens, dont le taux normal
est de 200 francs.
Par décret du 7 novembre 1890, cette mesure est rendue applicable
à tous les réseaux dont la population ne dépasse
pas 25 000 âmes. L'abonnement à ces réseaux est
réduit à 150 francs. Toutefois, les localités de
cette catégorie, déjà pourvues d'un réseau,
ne sont admises à bénéficier de cet abaissement
de tarif qu'autant que le nombre des abonnés n'est pas supérieur
à 100.
Jusqu'à ce jour (31 octobre 1890), les circuits téléphoniques
à longue distance, sauf celui de Paris-Bruxelles, dont le service
est permanent, et celui de Paris-Havre, dont le service vient d'être
prolongé jusqu'à minuit, ne sont mis à la disposition
du public que pendant les heures du service de jour, c'est-à-dire
de 7 heures du matin en été et de 8 heures en hiver à
9 heures du soir.
Le trafic est très actif sur ces lignes, à certaines périodes
de la journée, et notamment pendant la durée de la Bourse,
mais il faiblit ensuite. Pour accroître le rendement, il a semblé
possible d'appliquer des réductions de taxe à des circuits
spécialement désignés, et durant les heures de
service pendant lesquelles le trafic normal est à peu près
nul. En conséquence, il est créé, pour les heures
de nuit, un tarif de conversation à prix réduits, fixé
par unité de conversation interurbaine et par 100 kilomètres
ou fraction de 100 kilomètres à 30 centimes pour les conversations
ordinaires et à 20 centimes pour les conversations par abonnement.
A dater du 3 novembre 1890, toute personne pourra, à partir de
l'une quelconque des cabines téléphoniques publiques du
réseau de Paris, expédier par téléphone
un message, dans le rayon de distribution compris entre la Seine et
les grands boulevards (suivent les noms des bureaux distributeurs).
La transmission
des messages n'est autorisée provisoirement que de 10 heures
à 6 heures du soir.
La remise d'un ticket de conversation donne accès dans
la cabine dont l'occupation est limitée à cinq minutes
et qui peut être étendue à dix, moyennant
une nouvelle taxe de 50 centimes.
La période de conversation commence au moment où
le préposé a établi la communication avec
le bureau télégraphique destinataire du message.
L'indication lui en est fournie par l'expéditeur qui lui
fait connaître le nom et le numéro de la rue.
Le message doit être téléphoné en français
et en langage clair; il doit être dicté lentement
et très distinctement, pour permettre à l'employé
de la cabine destinataire de le transcrire facilement.
L'agent chargé de la réception doit collationner
l'adresse, les mots qui lui paraissent douteux et le texte in
extenso, si l'expéditeur l'exige. Le message est, dès
sa réception, remis au service de distribution.
Les abonnés du réseau téléphonique
de Paris peuvent, de leur domicile, expédier des messages,
sous la réserve du versement d'une provision au bureau
des postes et des télégraphes qui dessert leur domicile.
Le décret du 23 mars 1891 crée des abonnements spéciaux
comportant l'usage d'une ligne destinée à relier
un établissement public ou privé à un ou
plusieurs circuits téléphoniques interurbains. L'abonnement
confère à l'abonne, moyennant payement des taxes
réglementaires, le droit de correspondre à partir
de son domicile :
1° De réseau à réseau par les lignes
interurbaines ;
2° Avec les abonnés de même catégorie
aboutissant au même bureau, lorsqu'il n'existe pas dans
la ville de réseau téléphonique urbain.
sommaire
|
Un des grands avantages qui résulteront de cette innovation, sera
notamment, pour les transmissions commerciales, la suppression des intermédiaires
entre maisons de commerce; les négociants pourront s'entretenir
de leurs bureaux avec leurs correspondants et traiter directement, de
patron à patron, les affaires.
Il suffira de l'envoi d'albums de dessins reproduisant par la photographie
les dimensions réduites des modèles, de carnets d'échantillons,
pour permettre de conclure les marchés et entretenir à l'avenir
les relations commerciales, débarrassées de tout leur cortège
d'intermédiaires qui surchargent de frais le prix des marchandises.
Les prix seront débattus de vive voix et l'affaire sera terminée
par une conversation de quelques minutes, au besoin confirmée par
la correspondance, nous l'admettons, mais faisant gagner un temps précieux
pour l'exécution de la commande.
Ainsi donc, économie de temps, réduction de frais, par conséquent
réduction du prix et accroissement de la consommation, tels seront
les résultats généraux de l'application de la téléphonie
à grande distance aux transmissions commerciales de ville à
ville, de pays à pays.
Quant aux expériences de téléphonie a grande distance
par câble sous-marin, elles n'ont données jusqu'ici que des
résultats peu satisfaisants ; entre autres celles qui furent tentées
entre Douvres et Ostende, par M. Van Rysselberghe.
Ces insuccès qu'il est fort important de signaler, assurent à
la France, sur le continent, une prépondérance sur l'Angleterre.
La distance de Paris, par câble télégraphique
aux principales places commerçantes de l'Europe les plus
éloignées est de :
Naples................ 2032 kilomètres
Lisbonne............ 2124
Bucharest............2560
St-Petestburg......2719
Odessa................2760
Constantinople...3230
Toutes ces distances sont inférieures à trois mille
deux cent cinquante kilomètres, limite admise provisoirement
pour la conversation par un fil de cinq millimètres.(Il parait
certain qu'avec un fil équivalent à 5mm on correspondrait
à trois mille deux cent cinquante kilomètres).
La France doit donc profiter de l'insuccès de la téléphonie
par câble sous-marin pour faire prévaloir la prépondérance
de son commerce sur le commerce anglais en Europe.
Il appartient à l'Etat, dans la période de crise commerciale
que traverse la France à cette époque, de marcher
pour ainsi dire à la conquête de ces succès
pacifiques qui sont le privilège du plus hardi et surtout
du plus diligent. |
 |
sommaire
Dans les réseaux aériens,
l'abonné doit, en outre, comme part dans les frais de premier
établissement, une somme de 15 francs par 100 mètres ou
fraction de 100 mètres de fil simple.
Toutefois, les frais d'établissement des lignes présentant
des difficultés spéciales sont remboursés intégralement
à l'Administration, d'après les dépenses de matériel
et de main-d'uvre, y compris 5 pour 100 à titre de frais
généraux.
Le montant de cette redevance peut, sur la demande de l'abonné,
être réparti sur toute la période de l'abonnement
et perçu semestriellement par parties égales.
En dehors du périmètre du réseau, l'abonnement
principal, tel qu'il est fixé aux paragraphes ci-dessus, est
augmenté d'un supplément d'abonnement de 30 francs par
kilomètre de fil simple souterrain, et 15 francs par kilomètre
de fil simple aérien, pour la section de ligne comprise entre
le domicile de l'abonné et le périmètre du réseau
urbain.
L'abonné doit, en outre, participer aux frais d'établissement
de cette section de ligne d'après le tarif adopté pour
les ligues d'intérêt privé.
Abonnement supplémentaire.
Le montant de l'abonnement supplémentaire est fixé ainsi
qu'il suit :
Quand le poste, supplémentaire est installé dans le même
immeuble que le poste principal :à 160 francs à Paris,
à 120 francs dans les départements.
Quand le poste est installé dans un immeuble différent,
situé soit dans le périmètre, soit en dehors du
périmètre du réseau, l'abonnement supplémentaire
fixé par le paragraphe précédent est augmenté
d'un supplément d'abonnement de 30 francs par kilomètre
de fil simple souterrain et 15 francs par kilomètre de fil simple
aérien, pour la section de ligne reliant le poste supplémentaire
au fil de l'abonné principal. L'abonné doit, en outre,
participer aux frais d'établissement de cette section de ligne
d'après le tarif adopté pour les lignes d'intérêt
privé.
Les postes téléphoniques desservis par des lignes d'intérêt
privé aboutissant au domicile d'un abonné peuvent être
mis en communication avec le réseau moyennant le payement de
l'abonnement supplémentaire fixé ci-dessus. Les appareils
composant ces postes doivent être choisis parmi les modèles
admis par l'Administration.
Le titulaire d'un abonnement principal on supplémentaire peut
demander l'installation d'appareils téléphoniques destinés
à doubler, pour ses besoins personnels, le poste pour lequel
il a contracté son abonnement. Cette installation ne peut avoir
lieu que dans le même immeuble et après vérification
des conditions dans lesquelles il sera fait usage des appareils. Une
redevance de 50 francs à Paris et de 40 francs dans les départements
est perçue pour chaque appareil installé dans ces conditions.
En 1890 débute l'ouverture
au téléphone manuel de la banlieue parisienne. 48 réseaux
annexes de Paris seront créés jusqu'en 1893.
Puteaux (+ Suresnes) - 1er juillet 1890 - (Seine)
Montmorency - 9 août 1890 - (Seine)
Enghien-les-Bains - 13 août 1890 - (Seine-et-Oise)
Choisy-le-Roi - 4 septembre 1890 - (Seine)
Saint-Denis - 15 octobre 1890 - (Seine)
Ivry-sur-Seine - 20 décembre 1890 - (Seine)
Asnières - 1er janvier 1891 - (Seine)
Clichy - 1er janvier 1891 - (Seine)
Saint-Germain-en-Laye - 18 janvier 1891 - (Seine-et-Oise)
Issy-les-Moulineaux - 6 février 1891 - (Seine)
Fontenay-sous-Bois - 11 février 1891 - (Seine)
Juvisy-sur-Orge - 23 mars 1891 - (Seine-et-Oise)
Nogent-sur-Marne - 25 mars 1891 - (Seine)
Bellevue-Meudon - 27 mars 1891 - (Seine-et-Oise)
Saint-Cloud - 24 avril 1891 - (Seine-et-Oise)
Charenton - 27 avril 1891 - (Seine)
Créteil - 27 avril 1891 - (Seine)
Rueil - 27 avril 1891 - (Seine-et-Oise)
Argenteuil - 23 mai 1891 - ( Seine-et-Oise)
Montreuil - 19 juin 1891 - (Seine)
Corbeil - 23 juin 1891 - (Seine-et-Oise)
Le Vésinet - 15 juillet 1891 - (Seine-et-Oise)
Sèvres - 18 juillet 1891 - (Seine-et-Oise)
Saint-Ouen - 26 août 1891 - (Seine)
Bondy - 16 septembre 1891 - (Seine)
Boulogne-sur-Seine - 27 septembre 1891 - (Seine)
Gonesse - 10 octobre 1891 - (Seine-et-Oise)
Neuilly-sur-Seine - 12 octobre 1891 - (Seine)
Fontainebleau - 21 octobre 1891 - (Seine)
Pantin - 11 décembre 1891 - (Seine-et-Marne)
Courbevoie - en 1891 - (Seine)
Le Raincy - en 1891 - (Seine-et-Oise)
Marly - 1er janvier 1892 - (Seine-et-Oise)
Maisons-Laffitte - 17 mars 1892 - (Seine-et-Oise)
Livry-en-Aulnoye - 7 avril 1892 - (Seine-et-Oise)
Vincennes - 7 avril 1892 - (Seine)
Saint-Mandé - 15 avril 1892 - (Seine)
Aubervilliers - 25 avril 1892 - (Seine)
Gentilly - 25 avril 1892 - (Seine)
Le Pré-Saint-Gervais - 25 avril 1892 - (Seine)
Saint-Maur - 25 avril 1892 - (Seine)
Montrouge - 12 juillet 1892 - (Seine)
Clamart - 19 juillet 1892 - (Seine)
Bry-sur-Marne - 6 décembre 1892 - (Seine)
Nanterre - 10 mars 1893 - (Seine)
Arcueil-Cachan - 22 avril 1893 - (Seine)
Joinville-le-Pont - 22 juin 1893 - (Seine)
C'est également le 1er janvier
1890 que les premières positions de travail assises des Opératrices
sont mises en service pour la première fois en France, par l'Administration,
dans le Bureau Téléphonique du 27, avenue de l'Opéra
à Paris.
En 1891 l'administration décide
de modifier le réseau de Paris.
L'idéal serait de relier tous les abonnés de Paris à
un central unique.
Le nombre des abonnés et la longueur des lignes alors nécessaires
empêchent de recourir à cette solution. On adopte alors
une solution médiane.
Le nombre des bureaux de quartier sera réduit â quatre
seulement dont l'un beaucoup plus important que les autres.
Le grand bureau central sera localisé rue Gutenberg près
des Halles pour tenir compte du déplacement du centre de gravité
du trafic et desservira les 6 000 abonnés du centre. Un autre
bureau avenue de Wagram desservira les 3 000 abonnés d'Auteuil,
Passy et des Batignolles ; un troisième bureau rue de Belleville
reliera les 6 000 abonnés de Ménilmontant , la Villette,
Belleville etc.; un quatrième bureau desservira la rive gauche.
Le tout devrait permettre d'atteindre 20 000 abonnés
L'administration abandonne les câbles sous plomb de la SGT car
l'expérience a montré que la gutta percha qui servait
d'isolant, si elle est pratiquement inaltérable en milieu sous-marin,
perd ses propriétés lorsqu'elle est exposée â
l'air.
Les nouveaux câbles sont isolés au papier et à circulation
d'air.
En même temps le réseau est systématiquement hiérarchisé
et de nouvelles notions comme les manchons de jonction ou les chambres
de coupures sont introduites.
En 1891 l'organisation du réseau est la suivante :
"La ligne double sans fils de plomb isolé à la gutta
percha, partant de l'appareil d'un abonné arrive à l'égout
où elle rencontre d'autres lignes doubles et suit parallèlement
ces autres lignes jusqu'à un manchon de jonction qui sert â
relier 7 abonnés â un câble sous plomb â 14
fils isolés au papier.
Sept câbles semblables correspondant à 49 abonnés
aboutissent à une chambre de coupure d'où part un câble
à 104 conducteurs (49 lignes plus 3 de réserve). Ces câbles
à 104 conducteurs arrivent directement dans le, bureau central**.
Hiérarchiser ainsi le réseau permet de disposer de réserves
de transmission, seule la dernière partie de la ligne devant
être construite pour raccorder un nouvel abonné. Cela permet
aussi de procéder plus rapidement aux réparations.
Enfin en 1891, l'administration se préoccupe de la qualité
de la transmission et donc de la longueur des lignes : si la longueur
moyenne des câbles â 2 fils reliant chaque abonné
â un manchon de jonction est faible, la longueur moyenne des câbles
de 7 abonnés est de 2 km et celle des câbles de 49 abonnés
de 1 600 m, ce qui correspond à une qualité de transmission
assez médiocre.
En outre l'évolution technique des câbles et l'augmentation
de leur capacité commence à poser le problème de
la localisation du réseau dans les égouts. L'encombrement
à proximité des centraux est excessif. A partir de 1891
l'administration des téléphones tente, non sans de grosses
difficultés d'établir quelques liaisons en tranchées.
II faudra une dizaine d'années pour appliquer réellement
ce plan . Tous les bureaux crées par la S. G. T. â l'exception
de celui de Passy seront successivement fermés : 3 en 1894, 3
en 1895 et 2 en 1900, et remplacés par d'autres . Le central
Gutenberg, le plus important sera commencé dès 1893..
En 1891, à partir du 1er janvier, par le décret
du 31 décembre 1890 (BO P&T 1891 n°1 page 31), la
séparation comptable des dépenses entre services des télégraphes
et des téléphones entre en vigueur.
Un Budget Annexe des Téléphones est créé.
Mais ceci ne durera que 2 petites années.
Les dépenses afférentes :
1) à la construction des circuits téléphoniques
interurbains;
2) au rétablissement, à l'extension, à la mise
en bon état de fonctionnement ainsi qu'à l'entretien des
réseaux téléphoniques urbains,
devront être liquidées sur les fonds d'un budget annexe
des téléphones.
Toutefois, au niveau organisation, le téléphone est encore
accolé au télégraphe.
 
En 1891, la Poste Britannique annonce le lancement imminent du service
téléphonique public Londres-Paris. 8 s pour 3 minutes,
d'une valeur de 40 £ d'aujourd'hui.
Dans les essais de télégraphie et de téléphonie
simultanées, effectués entre Paris et Londres, au mois
d'avril 1893, l'office anglais réalisait une importante
amélioration. sur l'emploi du système duplex Wheatstone
et Hughes.
Cette dernière application fut même l'objet d'expériences
si variées et d'observations si minutieuses qu'elle ressortit
bientôt comme l'une des plus importantes du programme. En même
temps un service pratique en duplex Hughes fut étudié
et organisé successivement sur les câbles de Calais-Douvres,
Boulogne-Folkestone et Dieppe-Newhaven. Le câble du Havre, ne
pouvant fournir le rendement normal, avait été, dès
le début, complètement éliminé. Les résultats
acquis pendant la période d'essais furent tels que l'administration
française et l'office anglaise résolurent de maintenir
provisoirement en service régulier une installation duplex Hughes,
Quand se produisit l'interruption du câble de Boulogne à
Folkestone, le 14 février, il y avait près de deux ans
que le poste central de Paris et le post-office de Londres utilisaient
journellement, dans des conditions très satisfaisantes, ce système
de transmission télégraphique.
Aussi, lors de l'interruption du 14 février, le premier soin
des correspondants fut-il de constituer d'autres installations duplex
.
 |
Le bi-telephone
dErnest Mercadier (1891)
Avec linnovation technologique
de lingénieur français Ernest Mercadier et
le développement dun appareil quil nomme bi-téléphone,
le casque audio commence à sapprocher de la forme
que nous lui connaissons aujourdhui : deux écouteurs,
un câble les reliant de part et dautre du visage,
et un poids permettant un port prolongé sans fatigue excessive.
Destiné aux opérateurs
téléphoniques, le bi-téléphone est
conçu pour maintenir les pièces en position
opérative sans quil soit nécessaire duser
de la main pour les supporter, et par là même libérer
les mains afin deffectuer dautres tâches.
(traduction de la rédaction, contenu du brevet déposé
en 1891
Ci contre, le schéma issu
du brevet
US Patent N°US454138, du 16 juin 1891.
|
Toujours en 1891 les résultats pratiques obtenus en télégraphie
et de téléphonie simultanées, et en service régulier
de entre Paris et Bruxelles ne laissent subsister aucune objection contre
ce système. Les Hughes installés fonctionnent dans des conditions
pratiques aussi normales que sur un fil ordinaire; L'adjonction du télégraphe
au téléphone n'entrave en aucune façon les communications
téléphoniques, celles-ci restent aussi silencieuses que
de coutume.
A titre d'essai, pendant la journée du 4 mai , un circuit Paris-Anvers
est mis en service sur un fil de circuit téléphonique; il
a assuré le service télégraphique de Paris central
avec Anvers tandis que fonctionnaient régulièrement les
deux communications téléphoniques Paris-Bruxelles et Bruxelles-
Anvers. D'autre part, il a été relié aussi à
Lyon, de manière à constituer sur le circuit télégrapho-téléphonique
Paris-Bruxelles et Bruxelles-Anvers une communication directe télégraphique
Lyon- Anvers. L'expérience, concluante quoique de peu de durée,
montre qu'on pourrait réaliser, sur un triple circuit
1891 Etat des réseaux téléphoniques en France
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sommaire
En 1892, le 1er juillet, par
le décret du 20 juin 1892 (BO P&T n°7 page 591), le Service
Téléphonique de la région de Paris est constitué
en une direction a la tête de laquelle est placé un Directeur-Ingénieur.
La Direction du service téléphonique de la région
de Paris comprend, comme la Direction Régionale, de Paris, les
départements de la Seine, de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne.
(Ce qui représente actuellement la totalité de la région
Île-de-France.)
Monsieur Jean Baptiste Pol BERTHOT est le premier Directeur du Service
Téléphonique de la région de Paris nommé
au 1er juillet 1892. (décret du 20 juin 1892 (BO P&T n°7
page 591)). Il le restera jusqu'à son départ en retraite
le 15 juillet 1894.
En dehors de la région de Paris, seuls des Directeurs des Postes
et Télégraphes (les Télégraphes incluant
les Téléphones sans qu'il en soit fait mention) sont nommés.
C'est donc à Paris (et uniquement à Paris) qu'est nommée,
en la personne du Directeur du Service Téléphonique, la
première autorité qui ne va s'occuper que de téléphone.
(restant pourvue d'une autonomie budgétaire plus symbolique que
réelle).
La loi de finances du 26 décembre
1892 supprime le Budget Annexe des Téléphones, après
seulement deux exercices annuels.
Normalisation de la fabrication des appareils de téléphone
:
L'abaissement des taxes après la nationalisation de 1889, eut pour
conséquence une augmentation considérable dans le nombre
des abonnements.
Chaque constructeur d'appareils électriques voulut avoir son modèle
de téléphone. Beaucoup cherchèrent à produire
à bon marché. Il en résulta que, si les appareils
avaient bel aspect, si les parties visibles étaient soignées,
les organes cachés n'étaient pas toujours d'un fini irréprochable.
« Du moment que l'appareil fonctionne bien, disait-on dans Les milieux
intéressés, cela suffit. » Non, cela ne suffit pas,
et l'Administration chargée des réparations, tant pour son
compte que pour celui des abonnés, ne pouvait se désintéresser
de la question.
Aussi, le 10 juin 1892, adressait-elle aux constructeurs un programme
auquel ils devaient se conformer, à dater du 1er janvier 1893,
sous peine de voir prononcer l'interdiction de l'emploi de leurs appareils
sur le réseau.
« 1° Toutes les vis
entrant dans la construction des appareils téléphoniques
devront être faites avec des tarauds fabriqués avec
un jeu qui sera établi par les soins du Dépôt
central des Télégraphes et dont un exemplaire sera
remis aux constructeurs qui en feront la demande.
« 2° Les contacts à butée seront absolument
proscrits et remplacés par des contacts à frottement.
« 3° Il y aura lieu de supprimer les boudins qui sortent
des joues des bobines d'induction. Noyer dans ces joues des plots
métalliques sur lesquels on prendra les communications avec
les circuits de la bobine.
« 41 Ne faire usage que de paillettes d'acier, avec contacts
platinés, pour les ressorts de communication.
« 5° Le ressort antagoniste du crochet mobile devra fonctionner,
d'une façon normale, sous des poids de 200 à 600 grammes
attachés au crochet.
« 6° Les vis à bois seront remplacées par
des vis à métaux ou par des boulons. Les têtes
des boulons seront munies d'un pied et les écrous refendus,
pour permettre le serrage au tournevis.
« 7° Toutes les communications seront établies
en fil de cuivre, recouvert d'un isolant avec tresse de coton ou
de soie et terminé par des poulies en laiton. La tresse sera
rouge pour le circuit primaire, bleue pour le circuit secondaire,
jaune pour le circuit d'appel et des trois couleurs pour les fils
communs à plusieurs circuits.
« 8° Les bornes auront la disposition et porteront les
indications : L1+L2 pour les fils de lignes, S1+S2 pour
la sonnerie d'appel, ZS+CS aux pôles - et + de la pile d'appel,
ZM+CM aux pôles - et + de la pile du microphone.
« 9° On n'emploiera, pour les joues des bobines d'induction,
que du bois de buis, bien sec et bien sain. (Depuis, l'emploi de
l'ébonite a été autorisé.)
« 10° Les cordons souples seront attachés sur les
récepteurs à des bornes extérieures.
« 11° Les membranes des récepteurs seront vernies.
» Enfin, l'Administration, sans en faire une obligation, conseille
l'adoption des dispositions suivantes :
11 - 1° Fendre les têtes des boutons pour permettre le
serrage au tournevis.
11 - 2° Placer le crochet commutateur à gauche, ce qui
permet à la personne qui se sert du téléphone
d'avoir la main droite libre..
11 - 3° Ne plus faire usage, pour les bobines des récepteurs,
de bobines en bois qui se fendent, et employer, au contraire, des
joues métalliques soudées sur le noyau, en veillant
à ce que cette carcasse métallique soit bien isolée
du fil qu'elle supporte.
|
|
Marquages attestant
de la conformité des appareils se présente
sous la forme de 3 groupes de lettres et chiffres apposés:
soit au fer rouge au dos ou sous les appareils en bois
soit sous forme de 3 poinçons sur les parties métalliques.
Le premier poinçon
est composé des lettres "LT" au
centre d'un ovale, un losange, etc...
LT étant le sigle du service chargé de vérifier
la conformité des appareils (Lignes Téléphoniques).
Le second est un groupe de 1 ou 2 chiffres représentant
le mois du contrôle,
Le troisième poinçon représente l'année
du contrôle.
|

 |
Il est donc normal que la date mentionnée
par ces poinçons soit postérieure à la date
de marché ou d'adjudication apparaissant sur la plaque constructeur.
Depuis tous les appareils ayant accès au réseau de
l'état sont dotés d'un numéro de série
constructeur.
La plupart des constructeurs d'appareils téléphoniques
se sont conformés à ces prescriptions et ont présenté
des appareils répondant aux nouvelles exigences ; quelques-uns
se sont abstenus, et leurs appareils ne sont plus admis sur les
réseaux français ; d'autres, enfin, en ont profité
pour apporter à leurs systèmes des améliorations
plus étendues que celles que l'Administration réclamait,
et qui avaient principalement pour but de diminuer les chances de
dérangements et de faciliter l'entretien.
Nous nous plaisons à reconnaître que le programme de
l'Administration a provoqué une sorte d'émulation
entre les constructeurs, et que les nouveaux types de récepteurs
et de transmetteurs sont beaucoup plus soignés que les anciens.
A titre d'exemple de changement
en 1893 :

En 1893 Breguet dans son nouveau modèle de récepteur
à manche à placé à l'extérieur
les bornes (auparavant à l'intérieur), puis
a adopté un aanneau (plutôt que la barre de fer
doux droite). A l'intérieur du boitier en laiton est
placé une cuvette FF au centre de laquelle est calée
une bobine à joues métalliques dont le fil recouvert
a une résistance de 320 ohms. Les extrémités
du fil de la bobine, soudées à la poulie en
laiton, sont pincées sous des vis qui soutiennent en
même temps les bornes DD. Vis et bornes sont isolées
du boitier et de la cuvette par des rondelles en ébonite.
Un anneau A sert de poignée.
La plaque vibrante N a un diamètre do 50 millimètres
et une épaisseur de 0,2 millimètre. |
|

Par suite des modifications provoquées par l'Administration
dans la construction des appareils téléphoniques,
l'installation des postes simples d'abonnés se
réduit aujourd'hui à deux types : l'un pour
le modèle mural (ftg. 52); l'autre pour le modèle
portatif (fig. 53).
Pour cette dernière installation, on a admis que,
dans tous les postes, les brins du cordon souple seraient
attachés à la planchette de raccordement,
de la manière suivante :
le brin bleu à la première traverse,
rouge seconde
blanc troisième
vert quatrième
jaune cinquième
marron sixième
noir septième
|
 |
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Changement pôur les
transmetteurs Ader numéros 1, 2, 3, 4, 7.
La figure ci contre représente le mécanisme
du nouveau levier-commutateur.
Changement du Transmetteur
Sieur : Le mécanisme du levier-commutateur de l'appareil
Sieur a été complètement changé
Récepteur Sieur : Le récepteur Sieur est resté
simple, comme il l'était au début, toutefois,
en raison des modifications apportées au système
de bascule du levier mobile du transmetteur, il a fallu
changer la forme de l'anneau de suspension, pour que le
récepteur puisse indifféremment s adapter
aux transmetteurs de l'ancien et du nouveau modèle.
.....
|
|
Décembre 1893 Création
de la Société Industrielle des Téléphones
(SIT) suite à la fusion des usines de câbles et
caoutchouc Menier et de la Société Générale
des Téléphones (SGT).
Son capital est de 18 millions de francs et son siège social
est situé au 25, rue du 4 septembre, à Paris.
Elle possède la quasi-totalité des brevets en matière
de téléphonie : Gower, Edison, Blake, Crossley, Ader
Le nouveau directeur technique spécialisée en téléphonie,
est Gérard Bailleux. Celui-ci met rapidement au point
un nouveau transmetteur à grenaille à base de parcelles
danthracite concassées. Il équipe bientôt
une nouvelle gamme de téléphones de luxe.
Sit mural Sit
sur pieds
Berthon-Ader
« Le transmetteur vertical porte une embouchure permettant de
parler à voix basse, même à grande distance, et
les récepteurs sont munis dune poignée évitant
la fatigue dans les conversations un peu longues ».
Les financements du téléphone sont alors reversés
au budget général de lÉtat. La situation
va ainsi s'étendre sur une durée de 31 ans...
En province, organisation des bureaux
interurbains, avec le système Mandroux :
En France, antérieurement au 1er janvier 1890, les communications
interurbaines ne pouvaient s'échanger, en principe, qu'entre
les deux points extrêmes d'une même ligne.
Depuis cette époque, le réseau téléphonique
interurbain a été constitué de manière à
permettre aux réseaux d'une même région de communiquer
entre eux par l'intermédiaire d'un poste central. De plus, ce
poste central peut mettre tous les réseaux urbains de sa région
en communication avec les autres régions.
C'est ainsi que Rouen sert de poste central à tous les réseaux
de Normandie; de même, Lille est le centre des communications
interurbaines du Nord.
Des bureaux centraux analogues ont été également
installés à Reims, Nancy, Lyon, Marseille, Nice, Bordeaux,
etc.
Cette organisation a pris un développement d'autant plus
considérable que le réseau téléphonique
interurbain s'étendait davantage.
La table de coupure et de jonction, imaginée par M. Mandroux,
a pour objet de rendre faciles et rapides les opérations que
le personnel des bureaux centraux interurbains est appelé à
exécuter.
Un certain nombre de ces tables sont déjà en service,
notamment à Bordeaux, Orléans, Nimes,
Montpellier, Béziers, Limoges ; elles fonctionnent
très régulièrement.
D'ailleurs, par des modifications de détail, l'inventeur a adapté
chacune de ses tables aux besoins locaux du poste qu'elle est appelée
à desservir.
Avant le téléphone
automatique qui arrivera en 1913 pour Nice et 1928 pour Paris Carnot
, c'était le règne des centres manuels
Divers modèles de commutateurs des bureaux centraux téléphoniques
se sont succédés. je vais vous en faire une très
rapide esquisse.
Phase préhistoire
« Dans les premiers bureaux centraux les lignes étaient
unifilaires et reliées à lune des barres dun
commutateur suisse, les barres de lautre série
communiquaient «chacune avec un appareil ». On se servit
bien vite des jacks-knives qui furent dailleurs bientôt
remplacés par divers systèmes.
On ne pouvait, certes, pas établir plus de cinquante à
soixante communications environ, à l'heure comme les premiers
modèles de Paris vus juste avant.
lère phase. Au montage en moncorde qui exigeait
autant de clés découte, de boutons dappel
et de fiches quil y avait de jacks dans le tableau, on substitua
le montage en dicorde ou en standard. Les tableaux standards pouvaient
être, exceptionnellement, construits pour 200 abonnés
au maximum.
2ème phase. Dans les bureaux importants, le
nombre des abonnés devenant de plus en plus considérable,
on dut rechercher un mode de groupement plus commode. Survint alors
le commutateur multiple, grâce auquel chaque opératrice
peut, sans quitter sa position, atteindre la totalité des
lignes des abonnés du réseau, puisque chacune des
lignes est représentée : par un jack général
placé à portée de sa main. Comme ce jack général
se reproduit autant de fois qu'il le faut, Le long du meuble, et,
, toujours à la même place, par rapport aux : positions
successives des opératrices, on dit qu'il est disposé
en multiple, d'où le nom de multiple donné à
l'ensemble du système.
Cest la « Western Electric Cy » qui en 1883 installa
les (premiers tableaux multiples).
Le multiple en série constituait un grand progrès
et permettait d'atteindre environ cent communications à l'heure
pour chaque position d'opératrice.
3ème phase. Le montage en série présentait
cet inconvénient quun seul contact mal assuré
isolait de la ligne tous les jacks défectueux.
En 1892, on vit apparaître, dabord à Albany (New-
York), puis à Zurich les multiples en dérivation dans
lesquels chaque ligne était dérivée sur les
différents jacks, sans que linterruption de lun
puisse gêner les autres.
Un nouveau pas en avant fut constitué par la découverte
du multiple en dérivation, dont les signaux d'appel,
a relèvement automatique, sont situés à la
partie supérieure du meuble, ce qui force la téléphoniste,
à chaque appel, à fixer son regard d'abord vers le
haut du meuble pour lire le numéro d'appel, de transcrire
mentalement ce numéro dans celui du jack local correspondant
situé à la partie inférieure du meuble et d'enfoncer
ensuite une fiche de réponse dans ce jack local. Malgré
cet inconvénient, qui était la cause d'une grande
fatigue pour la téléphoniste, ce meuble fut considéré,
à ce moment, comme un progrès réel, car il
permettait d'élever le nombre des communications à
l'heure à 125 environ par opératrice.
4ème phase. Quelques années après,
on remédie aux inconvénients des signaux à
relèvement placés à la partie supérieure
du meuble, en les remplaçant par les lampes minuscules associées
aux jacks locaux. Ceci permit de réduire en un faible espace
la surface occupée par ces jacks et ces lampes, à
la partie inférieure du meuble, bien à portée
de la main de l'opératrice. De ce fait, le service était
très notablement amélioré et facilité,
ce qui permettait à l'opératrice d'établir
environ 150 commutations à l'heure.
5ème phase. Vers 1896, apparurent les premiers
multiples à batterie centrale. J'insiste tout particulièrement
sur l'immense progrès que représente l'application
du système dit à batterie centrale, car, c'est grâce
à lui que les autocommutateurs, déjà inventés
depuis 1887, purent ensuite atteindre leur degré de développement
et de perfection actuels. La batterie centrale concentre, en un
point unique, la source d'énergie électrique destinée
à remplacer la totalité des piles primaires qui jadis
étaient éparpillées chez tous les abonnés
du réseau. Ceci représente également une grande
économie d'entretien, une plus grande sécurité
de fonctionnement et une meilleure distribution de l'énergie
électrique pour l'ensemble de tous les abonnés. Cela
permet également de simplifier les installations des postes
et des tableaux chez les abonnés, à cause de la suppression
de toutes les piles microphoniques, dé la suppression de
toutes les magnétos d'appel et enfin de la réduction
à deux fils de tous les circuits de connexion chez les abonnés.
Il y a, en même temps, grâce à la batterie centrale,
une simplification énorme dans les manuvres imposées
aux abonnés, car ceux-ci, pour appeler, n'auront plus qu'à
décrocher leur récepteur et pour donner le signal
de fin, n'auront plus qu'à le raccrocher.
En effet, la remise au crochet du récepteur donne automatiquement
ce signal de fin au bureau central, grâce au fonctionnement
du signal de supervision réservé à chacun des
2 deux abonnés. Vous savez, en effet, qu'au bureau central
la communication est établie par une paire de cordons, or,
chacun des abonnés est représenté dans le cordon
qui lui correspond par une lampe de supervision qui ne s'éteint
que lorsque l'abonné a son récepteur décroché,
c'est-à-dire pendant toute la durée de la conversation.
Donc, à la fin de la conversation, Lorsque l'abonné
raccroche son récepteur, la lampe de supervision, qui le
représente, s'alllume. Lorsque les deux lampes de supervision
sont simultanément allumées, il en résulte
un signal de fin de communication tellement précis que la
téléphoniste n'a nul besoin de rentrer sur la ligne
pour s'assurer que les abonnés ont bien terminé leur
conversation. Il en résulte, pour la téléphoniste,
une très grande sécurité dans ses manuvres
et un gain de temps énorme, ce qui lui permet d'établir
: environ 200 communications à l'heure. Au moyen du signal
de supervision, un des deux abonnés peut appeler l'attention
de la téléphoniste et lui donner l'ordre de rentrer
en écoute sur la ligne, en faisant produire par cette lampe
des éclats lumineux, éclats qui résultent du
fait que l'abonné soulève et rabaisse, dans un mouvement
lent, le crochet de son récepteur.
L'ensemble des progrès réalisés par la batterie
centrale permit d'améliorer considérablement le service
téléphonique.
6ème phase. Mais le progrès ne s'arrêta
pas là, c'est à partir de ce moment que se fait sentir
l'évolution vers l'automatisme, et quoique la batterie centrale
fût déjà très automatique en certaines
de ses opérations, elle se transforma néanmoins en
un commutateur perfectionné, par l'adoption des relais dont
le fonctionnement permet de supprimer les clés d'appel et
les clés d'écouté. Ceci réduit les manuvres
de l'opératrice au simple geste de l'enfoncement de la fiche
de réponse dans le jack local associé à la
lampe d'appel et d'introduire ensuite la fiche d'appel dans le jack
général de l'abonné demandé. Lorsque
les deux lampes de supervision s'allument, l'opératrice retire
les deux fiches, ce qui remet aussitôt tous les organes au
repos, prêts à être réutilisés
pour une nouvelle communication.
7ème phase. 14 ans environ, après que
la Batterie Centrale eut été bien mise au point, les
ingénieurs de la Western Electric Company se mirent à
l'uvre pour développer un nouveau système automatique
basé sur des principes entièrement nouveaux. Cette
étude fut terminée vers 1910 et l'on aménagea
à cette époque, à New-York, un bureau' central
semi-automatique desservant 45o postes d'abonnés pouvant
être reliés au réseau général.
Jusqu'à ce jour, ce bureau a donné toute satisfaction
et il a permis de garantir l'excellence du système; non seulement
au point de vue de la rapidité et de la sécurité
des communications, mais encore au point de vue de l'économie
de l'entretien. Ce système est remarquable par la robustesse
i et la simplicité de son mécanisme absolument indéréglable.
Il est identique à celui de la Batterie Centrale sauf que
certaines machines y font, le travail des opératrices; Au
début , avec un commutateur semi-automatique il puvait assurer
5oo communications à l'heure. |
A
PARIS Il y a en 1893, environ 23.000 abonnés, qui sont
répartis entre huit centraux dont voici la nomenclature
:
-- Les abonnés dont le numéro commence par un 1,
sont reliés au 2e étage de la rue Gutenberg
-- Ceux dont le numéro commence par un 2, sont reliés
au 3e étage de la rue Gutenberg
-- par un 4, à la rue Chaudron,
-- par un 5 à la place Vagram et à la
rue Desrenaudes
-- par un 6, à Passy
-- par un 7, rue Lecourbe et boulevard Saint-Germain
-- par un 8, boulevard Port-Royal
-- par un 9, rue de la Roquette.
Le poste le plus important est celui de la rue Gutenberg
qui réunit à lui seul 14000 abonnés
sur 23000 : ce n'est pourtant ni le mieux installé, ni le
plus perfectionné.
Il tient le milieu entre le poste du boulevard Saint-Germain où
sont les plus anciens appareils, et celui de la rue Desrenaudes
où nous trouverons les innovations dernières.
Au boulevard Saint-Germain l'installation est déplorable,
dans une salle obscure, insalubre, où une cinquantaine de
jeunes filles sont empilées, manquant d'air, obligées
de se tenir continuellement debout.
Hâtons-nous de dire, d'ailleurs, que ce bureau disparaîtra
d'ici quelques mois, ainsi que celui de la rue Lecourbe, et que
tous deux seront remplacés par celui de l'avenue de Saxe
qu'on est en train de construire. |
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1893 l'Hôtel central des téléphones, GUTEMBERG
le système dit multiple constitue une amélioration
considérable.
Cliquez
sur un étage pour voir en détail
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Le
journal illustré du 3 septembre 1893
Enfin l'hôtel des
téléphones est achevé et il faut espérer
que les abonnés cesseront de gémir sur la lenteur
et la difficultés des communications provenant de ce qu'a
chaque station, chaque fil devait être embranché, ce
qui faisait perdre beaucoup de temps.
Cet Hotel des téléphones est un magnifique monument
situé rue Gutemberg.
Il a été bâti sur la petite bande de 1000 mètres
de terrain qui resta à l'Etat, entre la rue du Louvre et
la rue Jean-Jacques Rousseau, après l'édification
de l'hotel des Postes.
Commencé en Avril 1891 sous la direction de JM. Boussard,
architecte, auquel on devait dèjà les plans de la
Caisse d'Epargne Centrale, située rue Saint Romain, ul présente
un aspect entièrement nouveaux, tant par l'emploi presque
exclusif de la brique vernissée et du fer, que par la prédominances
des vides sur les pleins, ce qui lui donne l'aspect d'une vaste
ruche vitrée. La grande façade, tout en fer, fait
preuve d'une hardiesse inaccoutumée dans l'emploi du métal
; le complément est en brique émaillées de
couleur blanche veinées de vert, suivant des procédés
qu'on dit restitués de l'industrie persane.
Il en résulte pur l'ensemble un aspect de légèreté
et un éclat qu'on est plus habitué à trouver
aux constructions orientales qu'a celles de l'occident. La moindre
pluie lavera spontanément toute cette faïence et la
fera paraitre éternellement neuve.
De l'aveu de personnes autorisées, ayant visité la
plupart des installations téléphoniques de l'Europe
et de l'Amérique, les salles de l'hôtel des Téléphones
de Paris sont les plus belles qui existent au monde.
Plus de détails sur les Réseaux
et Centraux manuels. |
Vers 1895 : COMMENT SE FAISAIT LA TAXATION TÉLÉPHONIQUE
Voici ce que l'on pouvait lire dans les annales télégraphiques
de 1895 : ou nous étions à l'étude de solution comme
l'exemple de l'Autriche ci dessous.
Les taxes globales, actuellement appliquées par la plupart
des administrations en ce qui concerne le service téléphonique
local, se distinguent par la simplicité
toute particulière que comporte leur décompte. Aux débuts
de la téléphonie, elles ont répondu pleinement aux
besoins du public et des entreprises; mais, en l'état actuel, il
sera difficile de les appliquer pendant longtemps encore.
Tant qu'on n'a pas possédé d'expérience sur le service
téléphonique pratique, sur l'extension et l'intensité
qu'il acquerrait, tant que les frais d'exploitation ont échappé
à toute évaluation même approximative, tant qu'on
a dû procéder à des changements incessants pour obtenir
un service irréprochable, et enfin tant qu'on a pu considérer
l'usage du téléphone comme un objet de luxe accessible seulement
aux classes aisées, il a paru juste de fixer les tarifs d'abonnement
à un chiffre uniforme pour tous les abonnés en élevant
suffisamment ce chiffre de manière à pouvoir assurer le
service, dans toutes circonstances, en réalisant un bénéfice
suffisant.
Mais le téléphone a conquis droit de cité dans le
monde des affaires, et il est devenu un véritable besoin pour un
grand nombre de classes; les dispositifs adoptés ont acquis un
certain degré de stabilité ; et, en même temps, on
a la possibilité de déterminer d'avance, avec un certain
degré d'exactitude suffisant, l'augmentation des frais d'exploitation
qui est la conséquence de l'accroissement du nombre des abonnés
d'un réseau. Un état de choses si profondément modifié
est aussi peu compatible avec le tarif actuellement en vigueur qu'un système
exclusivement global de droits le serait avec les conditions présentes
des services des chemins de fer, des postes et des télégraphes.
La tarification téléphonique actuelle offre les défauts
suivants :
1** Pour les abonnés faisant fréquemment usage du téléphone,
les droits actuelâ sont trop bas, par rapport aux économies
que leur fait réaliser ce nouveau moyen de communication ; par
contre, pour les abonnés qui ne font que modérément
usage du téléphone, les mêmes droits sont trop élevés.
En outre, les abonnés d'un grand réseau payent trop peu
en comparaison des abonnés d'une petite ville. Il en résulte
que les abonnés au téléphone se recrutent actuellement
surtout dans les cercles qui font un usage très intensif de la
correspondance téléphonique et qui, par suite, formulent
des exigences élevées au sujet de la capacité de
service des dispositifs d'exploitation^ et cela sans fournir en retour
de compensation correspondante ; par suite, le chiffre des abonnés
aura atteint son maximum, lorsque tous les membres de ces cercles se trouveront
reliés aux réseaux locaux ; quant aux grandes masses des
centres de population, l'on ne parviendra jamais, avec le tarif uniforme
actuel, à leur rendre accessibles les importants avantages offerts
par le trafic téléphonique;
2** Le rendement des réseaux téléphoniques ne peut
pas s'accroître dans les proportions désirables, proportions
effectivement atteintes par les autres services de communications, parce
que, avec l'accroissement du nombre des abonnés, les frais d'exploitation
augmentent beaucoup plus vite que les recettes résultant d'un tarif
global ;
3** Les réclamations relatives à l'imperfection du service
ne cesseront jamais sur les grands réseaux, malgré l'adoption
des dispositifs les plus parfaits , tant que chaque abonné pourra
faire usage du téléphone sans restriction aucune, c'est-à-dire
tant que, par la graduation des droits, on n'aura pas donné au
téléphone le caractère d'un moyen public de communication.
Ces défauts qui, avec le temps, entraveront le développement
ultérieur de la téléphonie et empêcheront sa
vulgarisation, l'on ne peut les éliminer qu'en créant un
système de tarif naturel, dans lequel il y aura un rapport exact
entre le service effectué et la compensation donnée en retour.
Ce qui distingue les correspondances téléphoniques locales
du service postal, du service télégraphique et même
du service téléphonique interurbain, c'est que, dans ces
trois derniers services, toutes les facilités offertes sont accessibles
à tous contre versement de certaines taxes, tandis que l'abonné
au téléphone, lui, dispose à l'exclusion de toute
autre personne d'un appareil particulier et d'un fil de raccordement avec
le bureau central.
C'est là le seul trait qui différencie le service téléphonique
local ; et on peut en tenir compte en astreignant l'abonné soit
à rembourser les dépenses faites pour son usage exclusif
sous forme d'une taxe de construction perçue une fois pour toutes,
soit à acquitter chaque année une taxe principale. Nous
n'examinerons pas ici lequel, de ces deux modes de paiement, est préférable.
D'après les idées émises jusqu'ici à ce sujet,
on semble d'accord pour admettre comme préférable la perception
annuelle, sur les abonnés, d'une taxe fondamentale représentative
du service des intérêts et de l'amortissement des frais d'installation.
Par le paiement de la taxe fondamentale, laquelle sera plus ou moins élevée
suivant la longueur du fil de raccordement et la nature des appareils
mis à la dis-
position des abonnés, l'abonné s'est seulement donné
la possibilité de correspondre, à partir de son domicile,
avec d'autres abonnés. Si l'abonné fait plus ou moins fréquemment
usage de l'installation mise à sa disposition exclusive, s'il réclame
dans une mesure plus ou moins grande les services du bureau téléphonique
central, les faits doivent trouver leur expression dans une deuxième
taxe, la taxe d'exploitation.
Il s'agit donc de trouver la méthode la plus convenable afin de
pouvoir contrôler exactement l'emploi des téléphones
par les divers abonnés sans accroître le
travail du bureau central et de pouvoir déterminer en conséquence
la taxe d'exploitation à percevoir.
La méthode la plus simple pour atteindre ce résultat est
sans doute celle expérimentée depuis quelque temps en Suisse
et qui consiste à faire prendre note, par les employés du
bureau central, du nombre des conversations provoquées par chaque
abonné. Mais un pareil procédé impose au bureau central
un surcroit de travail qu'il n'est guère facile de tolérer
à la longue, il complique extraordinairement la comptabilité
et, en outre , il a le défaut de ne pas donner à l'abonné
intéressé la possibilité de contrôler, en tout
temps, ses dépenses de correspondance téléphonique
et de mettre un terme aux abus éventuellement commis par son personnel.
Une autre proposition a été formulée, d'après
laquelle on déterminerait, à certaines dates, le nombre
des conversations téléphoniques tenues, dans la journée,
par l'abonné. Des chiffres obtenus, on déduirait une moyenne
annuelle et, sur la base des relèvements ainsi effectués,
on classerait les abonnés en différentes catégories.
Mais un pareil système laisse la porte ouverte à des éventualités
accidentelles et à des inexactitudes qui pourraient amener des
contestations délicates entre l'administration publique et les
particuliers.
La même observation s'applique aux propositions faites de classer
les abonnés d'après leurs professions, leur importance dans
le monde des affaires, etc. Pour ce qui est des dispositifs d'enregistrement
automatiques, remarquons que l'on a imaginé quantité dé
compteurs automatiques, de compteurs de conversations, d'enregistreurs
du temps employé, mais qui, d'une construction rudimentaire, enregistrent
uniformément tous les appels faits au bureau central ou bien encore
enregistrent la durée pendant laquelle les téléphones
ont cessé d'être accrochés. Sans parler des autres
désavantages que comportent les appareils précités
et que nous examinerons plus loin, la dernière particularité
que nous venons de signaler suffit à elle seule pour faire écarter
ces compteurs et chronomètres. L'application d'une taxe d'exploitation
ne se justifierait que si la détermination de l'emploi fait du
téléphone repose sur des bases absolument justes et inattaquables
et si l'abonné n'est astreint à un paiement qu'au cas où
il aura reçu la contre-partie de son débours. L'abonné
paiera volontiers pour une conversation qui aura eu lieu effectivement,
mais non pour un appel demeuré sans résultat.
Enfin, si l'on tient compte d'une autre proposition, d'après laquelle
on fixerait le prix de la conversation à un chiffre assez bas pour
que l'abonné reste indifférent à la taxation d'une
conversation en plus ou en moins, alors la détermination d'une
taxe par conversation n'a pas grand objet et, dans ce cas, mieux vaut
maintenir les taxes globales actuelles.
Les dispositifs techniques, qui permettront d'amener une solution de la
question des taxes téléphoniques et cela sans accroître
le travail du bureau central, doivent donc satisfaire aux conditions ci-après
:
« On peut adopter pour mesure de l'usage d'un poste téléphonique
soit le nombre des conversations effectives, soit leur nombre et leur
durée simultanément ». Il ne suffit pas d'enregistrer
seulement la durée des conversations, car il n'y a pas égalité
dans le travail réclamé du bureau lorsque l'abonné
maintient longtemps la même communication ou bien lorsque, durant
le même laps de temps, il demande dix ou vingt communications différentes.
Dans le service local, il y a avantage à tenir compte non seulement
du nombre, mais encore de la durée des conversations, car par là
on rappelle, en tout temps, l'attention de l'abonné sur la nécessité
de donner le signal de fin de conversation. En outre, il est de toute
justice de tenir compte de la durée des
conversations; car une longue conversation permet de régler plus
d'affaires qu'un court entretien, en sorte que, dans le premier cas, on
rend à l'abonné un plus
grand service que dans le second. Par suite, l'adoption d'un système
tenant compte de la durée des conversations aura pour conséquence
d'encourager les abonnés à abréger, autant que possible,
leurs entretiens et à donner en temps voulu le signal de fin de
conversation, ce qui entraînera, dans le service général,
une exactitude plus grande, au grand avantage de tous les abonnés.
Une autre question qu'il convient d'examiner brièvement, c'est
celle de savoir s'il faut porter une seule conversation au compte des
deux correspondants ou
simplement au compte de l'abonné appelant. Il est de toute justice
de ne faire payer que l'abonné qui a demandé la communication,
car rarement l'abonné
appelé se trouvera en mesure de se refuser de prime abord à
correspondre avec d'autres abonnés et par suite on ne peut songer
à lui faire acquitter une taxe
pour des communications peut-être importunes.
Quand même une grande partie du trafic téléphonique
consisterait en conversations dans lesquelles ce serait l'abonné
appelé, et non le demandeur, qui y aurait le plus d'intérêt,
néanmoins, il faudrait maintenir le principe d'après lequel
l'abonné appelant acquitte la taxe voulue, tout en laissant aux
intéressés le soin de régler leurs comptes ensemble.
C'est là d'ailleurs le principe aujourd'hui en vigueur dans les
relations postales et télégraphiques; dans ces cas, c'est
l'expéditeur qui, le plus souvent, acquitte la taxe prescrite.
Il découle de ces observations que la solution technique de la
question des taxes téléphoniques consiste à construire
des appareils susceptibles d'enregistrer automatiquement et exactement
toute conversation réellement effectuée et même encore
la durée de la mise en communication chez l'abonné qui aura
provoqué l'entretien.
Nous décrivons ci-après un Système de compteur qui
répond à ces desiderata, qui peut s'appliquer même
sur les plus grands réseaux sans entraîner beaucoup de frais,
et qui permet l'enregistrement automatique des conversations, soit quant
à leur nombre et à leur durée, soit ce qui simplifie
considérablement les dispositifs à introduire dans le bureau
central quant à leur nombre seulement, sans égard à
la durée.
Le principe adopté consiste en ce que les courants, partant du
bureau central pour actionner les compteurs, sont émis sur la ligne
d l'abonné appelant dès que la communication se trouve réellement
établie, et qu'en outre, si la durée des conversations doit
être notée, cette émission se renouvelle ultérieurement
d'elle même à des intervalles de temps déterminés.
Pour l'enregistrement des émissions de courants marquant le nombre
des unités de conversation, on dispose de petits compteurs électriques
placés dans le bureau central ou dans les postes d'abonnés.
INSTALLATION DANS LE BUREAU CENTRAL.
Pour l'enregistrement des conversations comme nombre et comme durée.
Pour le double enregistrement précité, le système
repose sur les principes suivants :
a) Chaque conversation, jusqu'à concurrence d'une
durée déterminée, par exemple 6 minutes, est notée
comme une unité de conversation et chaque nouvelle période
commencée de 6 minutes se compte comme une autre conversation
;
b) Le comptage automatique des unités de conversation n'a jamais
lieu que pour l'abonné appelant ;
c) Le comptage a lieu dès que l'opérateur a effectué
la mise en communication de deux abonnés ;
il ne s'effectue pas si l'agent de service constate que la communication
demandée ne peut avoir lieu immédiatement pour un motif
quelconque.
On atteint cet objectif multiple au moyen d'un jeu de clés
installé dans une partie quelconque du bureau et relié,
par des conducteurs, aux commutateurs centraux. Ce dispositif de contacts
comporte tout d'abord un arbre de transmission W [fig. 1 et 2), lequel
tourne constamment et lentement sous l'action d'un mécanisme d'horlogerie
et qui, durant le laps de temps sus-mentionné de 6 minutes, opère
une révolution complète ; cet arbre porte autant de roues
à rochet qu'il existe de paires de fiches de communication dans
le commutateur central en cause.
A côté de chaque roue d'accouplement, on voit, sur l'arbre
W, un disque fou sur l'arbre ar, lequel porte une encoche 1 et une came
n (qui ne se trouve pas dans le même plan que l'encoche ) , ainsi
qu'un cliquet K, avec son ressort correspondant . Contre le disque fou
sur l'arbre x s'appuie l'extrémité recourbée
ô, du levier d'armature H, grâce à la pression du ressort
lame f . L'électro-aimant M, dont les bobines ont environ 25 ohms
de résistance, se trouve intercalé dans
le circuit d'une pile locale B et le circuit de cet électo peut
être fermé en faisant basculer à l'intérieur
du meuble le levier de la clé correspondante
L 'opérateur faisait tourner le levier bascule correspondant
de sa table d'opérateur, comme on peut le voir sur le schéma
de conception, la bascule enlève ainsi la communication de la terre,
et établit le contact en E, en sorte que le courant de la pile
B s'écoule par l'électro-aimant M qui alors attire son armature,
et par là le comptage d'une unité se trouve obtenu chez
l'abonné appelant.
Dans la position de repos, le ressort-lame presse l'extrémité
du levier d'armature et la maintient dans l'encoche du disque mobile x
alors b appuie sur le
bras h du cliquet K et maintient ce dernier éloigné de la
roue à rochet r, en sorte que les disques a: et r ne sont pas solidaires,
mais si on manuvre, après avoir établi une communication,
le levier de la clé qui correspond à la paire de fiches,
alors on enlève la communication avec la terre et on ferme le circuit
local en E (fig. 3); et l'armature A de l'électro-aimant M (fig.
1) se trouve attirée; l'extrémité recourbé
A, de l'armature, dans ces conditions, sort de l'encoche, et
le cliquet K est amené par le ressort / en prise avec la roue r,
en sorte que le disque monté sur l'arbre W est entraîné
par lui.
Dans le fascicule XXII de la Zeitschrift fur Elektrotechnik de Vienne,
1893, nous avons décrit un dispositif de contacts avec lequel la
numération des unités de conversation commence au moment
où la seconde fiche du fil souple de communication se trouve être
levée. Ce dispositif, sur les commutateurs simples, répondrait
parfaitement au desideratum en vue. En d'autres termes, il permettrait
de ne compter que les seules conversations effectuées, parce que
l'opérateur voit d'un coup d'il que la communication demandée
est libre ou occupée. Sur les commutateurs multiples naturellement
le même dispositif enregistrerait les appels au sujet desquels l'opérateur,
seulement après essai du fil demandé, constate que la communication
ne peut être pour le moment établie, mais cela à la
condition d'utiliser la seconde fiche. Comme il importe de n'imputer aux
abonnés que les seules conversations réellement survenues,
de manière à éviter des réclamations justifiées
de la part du public, et en outre afin d'obtenir la possibilité
de séparer complètement le dispositif de contacts du commutateur,
ce qui facilitera grandement l'emploi du compteur sur les réseaux
déjà existants, nous avons depuis apporté k notre
appareil la modification ci-après : le disque de contact x est
accouplé k l'arbre principal au moment où l'opérateur.
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Pendant
cette rotation, comme on voit sur la. fig 1, la came n rencontrant
la dent m, soulèvera un moment le ressort de contact c^ du
point de contact c^, et l'appliquera contre le ressort de contact
c^. Les pièces de contact c, et c^ sont intercalées
dans le fil souple qui relie les deux fiches d'une paire. Dans le
schéma de la partie figurée à titre d'exemple
d'un panneau d'annonciateurs pour fils simples (voir fig, 3), les
pièces c^ et c, se trouvent placées entre l'annonciateur
de fin de conversation A et le contact de repos de la clé
d'écoute T, affectés à l'abonné appelant.
Ce ressort de contact c^ se trouve relié avec une pile B,
ayant un pôle à la terre, laquelle doit actionner le
compteur central du poste d'opérateur en cause , ainsi que
les compteurs de conversations installés dans les postes
d'abonnés. Lorsque deux abonnés ont été
reliés ensemble au moyen des fiches S 5 du conducteur , les
compteurs se trouvent actionnés par le fait que la came n
applique le ressort de contact c^ contre c,; le courant de la pile
B, se rend alors d'un côté à la terre, et de
l'autre côté il traverse, le compteur principal Z en
passant par Cg et c^, les clés T^ et T,, le conducteur ,
pour se rendre au compteur de l'abonné appelant puis à
la terre, tandis que le conducteur de l'abonné demandé
demeure isolé pendant ce court laps de temps.
La construction
de la clé à levier se trouve représentée
à la fig. 4.
Le levier-bascule K, qui doit, sur les panneaux d'annonciateurs
en usage en Autriche, assurer, lorsqu'il se trouve dans sa position
normale , la communication de l'âme du fil simple des fiches
avec la terre, est pourvu d'une deuxième pièce de
contact. Cette deuxième pièce est formée du
levier h mobile autour de l'axe a et du butoir c dans la position
normale indiquée, il interrompt le circuit local de l'électro-aimant
correspondant; dans la position de conversation, par contre, il
ferme ce circuit et, conséquemment, provoque l'attraction
de l'armature A (fig- 1).
Il est maintenant facile de s'expliquer comment fonctionne le compteur
au cas d'une conversation.
Supposons que l'unité de conversation soit fixée à
6 minutes. Quand un abonné appelle, l'opérateur de
service, après avoir enfoncé sa fiche de droite (la
blanche), prend le numéro de l'abonné appelé,
puis il insère sa fiche de gauche (la noire) dans le jack
de l'abonné demandé et appelle ce dernier. S'il est
impossible d'éveiller l'attention de l'abonné demandé
ou, pour un motif quelconque, d'établir la communication
désirée (par exemple parce que l'essai, sur les commutateurs
multiples, démontre que le fil demandé est déjà
occupé), l'opérateur avise l'abonné appelant
en conséquence et l'appel n'est pas compté. Si au
contraire l'abonné appelé répond à l'appel
et que la conversation puisse avoir lieu, l'opérateur fait
tourner le levier bascule correspondant, enlève ainsi la
communication à la terre, et établit le contact en
E, en sorte que le courant de la pile B s'écoule par l'électroaimant
M qui alors attire son armature, et par là le comptage d'une
unité se trouve obtenu chez l'abonné appelant.
Si la communication persiste encore
après 6 minutes, on obtient le comptage d'une nouvelle
unité; car les deux ressorts de contact c, et c sont pressés
de nouveau l'un contre l'autre pendant un instant par la came
revenue dans sa position normale ; par suite de cette manuvre
, un courant de courte durée se trouve envoyé au
travers du compteur central et du compteur individuel; pendant
ce temps, l'autre conducteur demeure isolé un court instant,
et la deuxième unité de conversation est enregistrée
sur le compteur de l'abonné appelant, etc.
De cette manière, les unités de conversation se
trouvent comptées automatiquement, sans intervention de
l'opérateur jusqu'à ce que le signal de fin de conversation
soit donné par les abonnés et que la communication
se trouve interrompue dans le bureau central.
Quand la communication est interrompue, le retour du levier-bascule
dans sa position normale entraîne le désembrayage
du disque x. De temps à autre, tous les trois mois ou six
mois, on relève les chiffres marqués par les compteurs
et on détermine, d'après ces chiffres, la somme
à payer par l'abonné à titre de droit d'exploitation.
Le même dispositif de contacts peut s'installer sans difficulté
sur tous les commutateurs dicordes; mais naturellement, dans chaque
cas, la construction des pièces détachées
et leur insertion doivent avoir lieu en conformité avec
réorganisation particulière et le schéma
des communications du commutateur en cause.
Avec les commutateurs monocordes, ce n'est pas un dispositif de
contacts pour chaque fil d'abonné, mais bien seulement
dix ou vingt de ces dispositifs par poste d'opérateur que
l'on doit installer sur l'arbre; puis, au moyen de commutateurs
spéciaux, lorsqu'on établit une communication, on
introduit un de ces dispositifs alors inoccupé sur le conducteur
de l'abonné appelant, et cela pour la durée de la
conversation.
Sur les panneaux d'annonciateurs du système dicorde, on
atteint facilement le but en vue en doublant le dispositif de
contacts qui est composé des pièces et en disposant
les ressorts c à
côté l'un de l'autre de manière qu'ils soient
tous les deux simultanément séparés des pièces
de contact c, par la came n faite suffisamment large à
cet effet, et qu'ils soient amenés en contact avec les
ressorts c, qui se trouvent également placés à
côté l'un de l'autre.
Les deux ressorts c, et les. deux pièces de contact correspondantes
c, s'intercalent sur le cordon double de la paire de fiches; un
ressort c, est relié avec la pile mise à la terre
et l'autre ressort de même nom est mis en communication
directe avec la terre. En faisant tourner le levier-bascule comme
précédemment, on ferme le circuit local et, par
suite, on embraye sur l'arbre le disque de contact.
La came latérale w réunit les ressorts c, et les
ressorts Cj.
Par suite, le courant compteur va de la pile dont un pôle
est mis à la terre à l'un des ressorts c et au ressort
correspondant c, il pénètre sur le conducteur de
l'abonné appelant, dans l'appareil compteur de ce dernier,
il passe sur le conducteur de retour et se rend à la terre
en traversant le deuxième couple de ressorts c, et c^.
D'autre part, en utilisant la terre pour le courant de comptage
même sur les conducteurs dicordes, il devient possible d'employer
une pile commune dans chaque bureau central.
L'application de notre système aux commutateurs multiples
n'entraîne aucune complication; car, quelle que soit la
construction du commutateur, toujours une
paire de fiches est reliée par un cordon souple contenant
le conducteur dans lequel les contacts c^, c, et c, peuvent être
insérés; en outre, d'ailleurs, le dispositif de
contacts peut être installé en demeurant complètement
séparé du panneau d'annonciateurs.
Sur les grands réseaux qui comptent plusieurs bureaux centraux
et dans lesquels, pour l'établissement de certaines communications
, le concours de deux opérateurs ou d'un plus grand nombre
est nécessaire, il importe d'adjoindre, à chaque
panneau, qui contient des jacks de conducteurs d'intercommunication
entre les bureaux, un nombre de connecteurs sans dispositif de
contacts, correspondant au nombre de ces conducteurs.
Ce chiffre doit être indiqué nettement, faute de
quoi une seule et même unité de conversation pourrait
se compter deux ou trois fois.
Sur les grands réseaux, l'opérateur, appelé
par l'abonné, aurait à employer un fil souple avec
fiche pourvu d'un dispositif de contact, à introduire la
fiche blanche dans le jack de l'abonné appelant et la fiche
noire dans le fil d'intercommunication allant au bureau central
intéressé, mais cela tout en différant l'emploi
du levier bascule jusqu'à l'arrivée de l'avis de
l'autre bureau central que la communication désirée
est établie.
Quant à l'opérateur du second bureau central, il
doit effectuer la mise en communication avec les fiches spécialement
réservées pour ne pas donner de contact. Si alors
on fait tourner les leviers-bascules dans les deux bureaux centraux,
le comptage d'une unité aura lieu chez l'abonné
appelant. On évitera complètement les erreurs dans
le choix des vraies paires de fiches, si les fils d'intercommunication
entre les bureaux centraux se trouvent amenés à
chaque panneau comme les fils d'abonnés et si les jacks
locaux de ces fils, dans chaque bureau, sont attribués
exclusivement à un agent, de sorte que les divers agents
n'aient à manipuler qu'une seule espèce de fils
souples avec fiches.
Dans les bureaux centraux importants, il sera préférable
de réunir les dispositifs de contact dans un seul endroit,
de les relier par des câbles aux commutateurs , d'accoupler
tous les arbres entre eux, ainsi qu'avec l'arbre principal, et
d'actionner ce dernier par un petit moteur tournant à un
nombre déterminé de tours.
A un poste d'opérateur, on ne peut lancer simultanément
deux émissions du courant de comptage, car l'opérateur
ne peut jamais, juste au même moment,
établir deux communications.
Par suite, si un compteur totalisateur spécial (Z dans
la fig. 3) est intercalé sur le fil de mise en communication
entre la pile de compteur commune pour tout le bureau central
et les ressorts de contact d'un poste, ce compteur principal enregistrera
toutes les conversations qui seront transmises de ce poste dans
un certain laps de temps, résultat précieux pour
les opérations statistiques et pour le contrôle.
Comme, dans un bureau central, il ne peut se faire qu'autant d'émissions
dé courant simultanées qu'il y a de postes, la force
à donner à la pile de compteur se
déterminera d'après les principes que l'on applique
pour les piles télégraphiques communes.
Quant aux frais occasionnés par le dispositif de contacts
etpar abonné. même sur les petits réseaux,
ne sont pas très élevés.
Sur un grand réseau, les mêmes frais seront relativement
moindres et ils seront d'autant moindres que le bureau central
aura plus d'importance.
Ainsi que la description ci-dessus permet de le constater, le
mécanisme du dispositif de contacts proposé est
assez simple pour donner le résultat que l'on
en attend, c'est-à-dire pour pouvoir fonctionner exactement
durant des années, sans exiger la moindre réparation,
à condition toutefois que la construction
soit parfaite. Notre dispositif présente, en outre, cet
avantage qu'il peut s'adapter à des réseaux déjà
existants sans entraîner le moindre arrêt dans le
service, attendu qu'il suffit simplement de modifier quelques
communications de fils et de changer les leviers à bascule,
ce qui peut se faire de nuit et sans interrompre le travail.
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Installation à effectuer
dans le bureau central pour compter simplement les unités
de conversation sans avoir égard à leur durée.
Si l'on veut renoncer aux avantages, énumérés
au début, d'une taxation différente pour les conversations
courtes et longues, le système de contacts dans le bureau
central n'a plus de raison d'être. Dans ce dernier cas,
il suffit, en effectuant la dernière manuvre destinée
à l'établissement d'une communication, de lancer
un courant sur le fil de l'abonné appelant, ce par quoi
l'appareil enregistreur de ce dernier se trouvera actionné.
On arrive à cette fin de différentes manières
également avec les différentes espèces de
commutateurs. S'il s'agit des panneaux d'annonciateurs généralement
employés en Autriche, on tourne le levier-bascule (commutateur
à levier) déjà mentionné plusieurs
fois, aussitôt que les deux abonnés
attendent leurs appels réciproques ; il faut donc donner
à ce levier une forme telle que, pendant qu'il passe de
sa position normale à la position de conversation, pendant
un instant, le fil de l'abonné appelé se trouvé
isolé et que celui de l'abonné appelant soit en
communication avec la pile du compteur. Un commutateur de ce genre,
devant se mouvoir dans une seule direction, aurait en conséquence,
pour les conducteurs bifilaires par exemple, à prendre
les positions suivantes durant une révolution complète
:
a) Position normale. Les deux conducteurs bifilaires à
la terre;
b) Après une rotation de 90°. Les deux fils
du circuit de l'abonné appelé sont isolés,
tandis qu'un fil du circuit de l'abonné appelant est relié
à la pile du compteur et que le second fil communique avec
la terre.;
c) Après une rotation de 180°(position de conversation),
Les deux circuits sont directement reliés ensemble
sans participation de la terre. Si le mouvement rotatoire de ce
commutateur a lieu autour d'un axe vertical, un mouvement par
trop rapide devient alors impossible, en sorte qu'on a la certitude
d'obtenir un contact compteur d'une durée suffisante. Suivant
les apparences, cette sorte de compteur offre une simplification
sensible des dispositifs nécessaires, dans le bureau central,
pour obtenir le même résultat. Mais si Ton songe
que même les frais résultant du dispositif de contacts
décrit sous A reviendront à un chiffre très
minime par abonné, que ce dernier n'exigera que fort peu
d'entretien et que d'ailleurs les travaux d'adaptation nécessaires
sur les commutateurs déjà en service seront à
peu près les mêmes, on reconnaîtra que la première
forme, c'est à-dire celle qui enregistre la durée
des conversations, mérite la préférence,
étant donné qu'elle donne la possibilité
d'astreindre le public à une observation
rigoureuse des règles de service.
APPAREILS ENREGISTREURS.
Pour l'enregistrement des courants compteurs, on peut employer
utilement tout compteur électrique susceptible de réglage
et qui se met en mouvement assez lentement pour obéir à
des courants intenses et continus, mais non aux courants alternatifs
des appels magnéto. La différence de notre système
avec tous les autres compteurs de conversations ou enregistreurs
chronométriques, consiste en ce que la partie la plus importante
du dispositif enregistreur se trouve dans le bureau central tandis
qu'il suffit de pourvoir les nombreux postes d'abonnés
de compteurs simples
et à bon marché circonstance qui faciliterait
dans une large mesure, au point de vue du prix de revient, l'application
du dit système. Comme type de compteur simple, à
bon marché et de fonctionement sûr, on peut citer
l'appareil construit par la maison 0. Schâffler de Vienne.
Il peut enregistrer jusqu'à 10.000 conversations.
On obtiendra un appareil enregistreur encore moins volumineux
en appliquant le principe adopté dans l'horloge électrique
d'Arzberger , principe au sujet duquel nous n'avons pas à
entrer ici dans des détails. Le
compteur peut être intercalé dans le conducteur aussi
bien au bureau central que dans le poste de l'abonné et,
pour prévenir complètement tout affaiblissement
de l'effet acoustique, il est possible d'installer son électro-aimant
en pont, au moyen d'un condensateur à fil placé
en dérivation. Si l'on dispose les compteurs dans le bureau
central, on a l'avantage de ne pas se trouver dans la nécessité
de modifier les appareils d'abonnés déjà
en service qui appartiennent aux types les plus divers. Avec une
pareille innovation il serait tout indiqué d'installer
dans un local spécial, accessible au public, les enregistreurs
pourvus du numéro de chaque abonné et
disposés sur les fils d'abonnés entre le paratonnerre
et le panneau d'annonciateurs de manière que chaque
abonné eût en tout temps la possibilité de
constater les indications fournies par son compteur.
En outre, il faudrait adopter un dispositif permettant, en cas
d'orage, de mettre hors circuit tous les compteurs ou, en d'autres
termes, de mettre à la terre en avant des compteurs tous
les fils d'abonnés, ainsi que la chose est déjà
possible avec la plupart des paratonnerres présentement
en usage. Quant à insérer sans plus le compteur
sur les appareils de l'abonné entre le paratonnerre et
le commutateur à crochet, la chose est impraticable pour
plusieurs motifs. Dans ce cas, il peut arriver que le compteur
ne fonctionne pas par suite d'un accident ou d'une manuvre
volontaire, ou encore que le compteur
soit mis en mouvement bous l'action d'un coup de foudre ou de
courants qui pénètrent sur la ligne lors d'un essai
ou d'un contact de fils. Pour rendre ces éventualités
impossibles, il faut insérer le compteur derrière
l'appareil sur le conducteur qui va à la terre ou sur le
fil de retour. En outre, il faut compléter le commutateur
automatique conformément aux indications données
par les schéma des fig. 5 et 6 (ces schémas ont
été établis en prenant comme point de départ
les types de téléphone utilisés en Autriche),

de manière que le compteur ne se trouve intercalé
sur le circuit que pour la durée de la conversation, c'est-à-dire
à partir du moment où le téléphone
se trouve détaché, jusqu'au moment du signal de
fin de conversation et soit mis en court circuit pendant le reste
du temps.
Cette installation (fig. 5) consiste en principe en un levier
de détente L à trois branches, mobile autour de
la goupille (Zapfen) a, lequel, dans la position normale, s'applique
contre le levier à ressort de rappel J mobile autour de
g; ce dernier levier est isolé de la ligne. Alors le bras
W du levier de détente L presse le ressort et établit
un contact entre L et la borne K ce par quoi le compteur
Z (fig. 6) arrive à former un court circuit, si bien que,
quand le téléphone se trouve suspendu, ce compteur
ne peut être actionné. Lorsqu'on enlève le
téléphone, le levier J du commutateur à crochet
s'éloigne du butoir c relié à la sonnerie
et à l'appel magnéto, et il s'applique contre le
buttoir d qui conduit au téléphone T. Le ressort
y fait alors tourner le levier de détente; par suite le
contact entre ce levier et le ressort est interrompu et le court
circuit du compteur est supprimé. L'abonné peut,
même dans cette position, faire à loisir usage de
son appareil; il peut appeler, recevoir des appels ou parler;
seulement, il lui est impossible d'arrêter le fonctionnement
normal du compteur, tant qu'il ne donne pas, au moyen de son appel
magnéto, le signal de clôture. Si, après avoir
accroché le téléphone, l'abonné tourne
la manivelle de son appel magnéto, il fait en même
temps tourner l'exentrique G qui est accouplé par un engrenage
avec l'appel magnéto et qui agit sur la branche Wg du levier
de détente en relevant ce dernier, de manière qu'il
reprend sa position primitive derrière le levier automatique
J; par suite, le contact entre le levier de détente et
le ressort est rétabli et le compteur se trouve de nouveau
mis en court circuit. L'excentrique G est agencé de manière
que l'action de son point le plus élevé coïncide
avec le changement de pôle de l'armature de l'appel magnéto
; il s'ensuit que l'excentrique ne peutprendre uoe position de
repos directement au-dessous de l'extrémité du levier
de détente. Dans le schéma ci-joint des fils du
poste d'abonné {fig. 6), A indique le levier de contact
pour la pile du microphone , M le microphone, Q la bobine d'induction
, Z le compteur (à ce dernier , comme nous l'avons déjà
dit , pour éliminer l'influence de ses bobines sur la transmission
des sons , on peut adjoindre, disposés en parallèles,
un petit condensateur à fil (C) et E la borne de terre
ou la borne du fli de retour. Dans la position normale telle qu'elle
est indiquée, le compteur Z se trouve en court circuit
par a, L. Si l'on enlève le transmetteur téléphonique,
le contact
entre L et est interrompu avec le téléphone décroché,
le courant compteur part de c et traverse IrfQ; quand le téléphone
est de nouveau accroché , le courant compteur part de c
et traverse Icgi pour passer au travers du compteur et se rendre
eu à la terre ou sur le fil de retour. Si l'on enferme
toutes les bornes d'entrée, de même que le compteur
, dans de petites boites qui sont ensuite plombées , il
devient impossible d'empêcher, par quelque artifice, le
fonctionnement du compteur. Même la mise hors circuit de
l'ensemble des appareils microtéléphoniques obtenu
en enfonçant la fiche de mise à la terre en cas
d'orage (K fig, 6) n'empêche pas le fonctionnement du compteur,
tant que l'abonné ne met pas aussi en court circuit le
compteur, en faisant tourner l'appel magnéto. Sans parler
de la sécurité que l'on peut ainsi obtenir dans
le pointage des conversations, ce dispositif complémentaire
qui n'entraîne que des frais insignifiants, peut être
adapté aux appareils neufs, étant donné qu'il
fonctionne automatiquement , et aura en outre cet avantage que
les intéressés, dans leur propre intérêt,
donneront plus d'attention aux signaux de fin de conversation.
En imaginant le système de compteur ci -dessus décrit,
on a eu pour principal objectif dobtenir un comptage absolument
certain et effectué avec le contrôle de l'abonné
des conversations effectives et de rendre par suite possible une
tarification absolument juste de la taxe d'exploitation. Avec
le système ci-dessus, on n'a pas à craindre de complication
dans le service ; car les opérations à effectuer,
pour établir les communications, restent les mêmes
et, d'autre part , l'opération de comptage s'effectue sans
la coopération de l'opérateur. Même dans les
relations interurbaines ou quand il s'agit de l'acheminement de
télégrammes par téléphone, il ne peut
se produire d'erreur dans le comptage, si l'opérateur n'oublie
pas que, avec le dispositif indiqué, pour les appels venant
du dehors, il doit toujours utiliser la fiche de droite et, pour
les appels venant du bureau, la fiche de gauche.
Sur l'ordre du Ministère Royal Impérial du Commerce,
le système de compteurs que nous venons d'exposer se trouve
appliqué actuellement au réseau téléphonique
de Stockerau, près de Vienne, où on enregistre les
conversations comme nombre et comme durée.
Le système en question fonctionne dans la ville précitée
depuis le 18 décembre 1894 et y donne toute satisfaction.
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