Passages de
Graham Bell en France
Pour commencer, c'est un peu avant l'arrivée
de A. G. Bell sur le continent, que son agent
en France Cornelius Roosvelt avait pris
ses marques et ses liens avec l'administration française pour
déposer le premier Brevet 117492
en France le 13 mars 1877 Intitulé Télégraphe
de quartier
Roosvelt était chargé de construire un réseau télégraphique
dans la capitale.
Puis "LA NATURE du 7 AVRIL 1877" publie
un article sur LE TELEGRAPHE PARLANT :
On a vu reparaître dans ces derniers temps un jouet fort simple,
qui peut passer pour lancêtre du télégraphe
parlant. Nous voulons désigner ici les deux tubes de carton ouverts
à une extrémité et fermés à lautre
par un diaphragme de parchemin ; les deux diaphragmes sont reliés
entre eux par une ficelle d'une longueur de 7 à 10 mètres.
Si lon vient à parler à voix basse dans lun
des tu- bes , linterlocuteur qui place lautre à son
oreille entend très-distinctement la conversation, dont les éléments
sont transmis par la ficelle. Lanalyse de cette transmission montre
que les vibrations de lair for niant la voix mettent en mouvement
la première membrane, les ondulations de celle-ci produisent
dans la ficelle des vibrations longitudinales qui influencent à
leur tour la seconde membrane, et arrivent finalement au tympan de lauditeur
par la couche dair de l'intérieur du second tube. Il sagit
là dun phénomène qui nous est familier, et
dont lexplication nous paraît peu embarrassante. Cependant
à y regarder de plus près, et demandant à la physique
si elle rend compte de tous les détails, on apprendra bientôt
que bien des points restent obscurs pour les savants.
La voix est plus complexe quun air de musique;
déjà la transmission dun air, et, même pour
réduire la question à ses éléments, la transmission
dune note nest pas chose si facile à comprendre.
On distingue, on le sait, dans une note musicale trois qualités
: la hauteur, lintensité et le timbre. La hauteur est donnée
par le nombre de vibrations effectuées dans lunité
de temps, cest la qualité la mieux étudiée
et à laquelle conviennentles deux épithètes de
note grave ou aiguë, suivant que les vibrations sont longues ou
courtes, lentes ou rapides. Lintensité et le timbre dépendent
de circonstances moins connues, et lanalyse ne sait pas encore
préciser les causes qui les modifient. Ce nest pas pour
décourager le lecteur que nous insistons sur la complexité
du sujet qui avait semblé au premier aspect parfaitement expliqué.
Nous voulons ménager la transition pour donner la description
du télégraphe parlant, auquel l'électricité
prête ses ressources merveilleuses de propagation à toutes
distances. Pour une explication en bloc, ce nouvel appareil paraîtra
aussi simple que le joujou à la ficelle. Nous aurons une membrane
vibrant sous limpulsion de la voix, un relais électrique
franchissant létape, et à lautre bout un répercuteur
apportant à la membrane de réception londe sonore
du départ. Ainsi formulée, lexplication se tient
debout et satisfait les gens peu difficiles; mais en pareille matière
les savants arrivent avec leur loupe et demandent à pénétrer
plus avant le mystère. Il en est de linvention nouvelle
comme de toutes celles qu on a vues poindre depuis lorigine
du monde. Il est souvent plus malaisé den rendre compte
en suivant le langage de lécole, que den exposer
les résultats. Cela vient de ce que les chercheurs, ou pour mieux
dire les trouveurs, procèdent dans leurs élucubrations
par une voie qui leur est personnelle, et où les théories
régnantes nont pas toujours accès. Mais linvention
acquise, il faut, fou gré mal gré, quelle sintercale
dans le cadre des opinions classiques ; il est bon dajouter que
celles-ci prennent toujours à temps l'élasticité
quil faut pour admettre la nouvelle venue. Ce serait un curieux
travail, digne de tenter un philosophe, détudier à
ce point de vue la physique moderne; nous avons aujourdhui une
tâche plus modeste. Il nous faut dire comment on parle à
distance par le moyen de lélectricité, comment le
nouvel appareil de M. Bell se distingue de ses devanciers, et réalise
ce quon a pu appeler sans exagération une véritable
merveille. Notre enthousiasme ne sera pas suspect, nous ne dirons pas
tout ce que nous espérons de cette invention qui se présente
encore à nous sous une forme embryonnaire ; nous nous bornerons
à la produire en la rattachant à ses aînées.
Peut- être si nous éprouvons quelque réserve, cela
tient-il à ce que les descriptions les plus complètes
que nous possédons renferment des lacunes, sans doute voulues
dans un intérêt dexploitation que nous navons
point à discuter.
Lappareil de M. Bell, tel que nous allons lindiquer daprès
le témoignage des personnes qui lont vu fonctionner, ne
ressemble point aux téléphones qui ont été
produits antérieurement et dont nous avons décrit ici
même le type le plus parfait imaginé par M. Reuss.
Le téléphone chante un air de musique à distance;
cest déjà beaucoup, et nous nous sommes suffisamment
extasiés sur ce progrès de la science. Mais enfin, nous
avons indiqué que le récepteur de linstrument transmet
seulement des vibrations dont la durée est identique à
celle des vibrations émises. Nous avons même reconnu quil
est apte à reproduire un ensemble de notes, autrement dit leffet
dun orchestre. Si lon se reporte à la description
du mécanisme de linstrument, on verra quil na
que la prétention de transmettre une seule des trois qualités
du son : la hauteur, sans souci de ce qui peut arriver pour lintensité
et le timbre. Quon nous permette de rappeler que le transmetteur
du départ établit et interrompt le courant lancé
dans le fil, sur un rhytme concordant exactement avec celui de lémission,
mais il na pas souci des nuances, il donne le nombre des vibrations
et la mesure, voilà tout.
Loriginalité de lappareil de M. Bell réside
dans une conception nouvelle. Ainsi que la dit M. Thomson, si
lélectricité doit convoyer toutes les délicates
qualités qui distinguent le langage articulé, elle doit
varier continuellement la force de son courant, et, cela autant que
possible, en proportion simple avec la vitesse dune particule
dair engagée dans la constitution du son. Pour réaliser
cette conception mathématique, linventeur a songé
à utiliser lune des propriétés des courants
induits. On sait que lorsquon approche ou quon éloigne
d'un barreau aimanté, entouré dun circuit isolé,
une armature de fer doux, il naît dans le fil des courants instantanés,
dont les changements dintensité successifs suivent exactement
les phases du mouvement matériel de larmature. Cest
une loi constatée, que lintensité du courant est
à chaque instant proportionnelle à la vitesse de larmature.
Voilà donc lorgane principal et nouveau du télégraphe
parlant; nous allons aborder la description. Nous retrouvons, comme
dans tous les.téléphones, deux organes distincts : le
transmetteur et le récepteur.
Fig 1 Fig 2
Le transmetteur, représenté figure 1, consiste en un électro-aimant
horizontal, fixé à une colonne portée sur un socle
en bois. Devant les pôles de cet aimant, ou pour parler exactement,
de cet inducteur magnéto-électrique, est fixé au
socle et dans un plan vertical un anneau circulaire en laiton, sur lequel
est tendue une membrane ; elle porte à son centre une petite
pièce allongée de fer doux qui oscille devant laimant
toutes les fois que la membrane est dans un état de vibration.
Cette membrane se tend comme une peau de tambour au moyen des vis indiquées
sur le dessin.
Les deux extrémités du circuit qui entoure laimant
aboutissent à deux vis de pression, servant à établir
la communication avec le récepteur que lon voit figure
2. Celui-ci nest autre quun électro-aimant tubulaire
du type indiqué par M. Nicklès en 1852, et reproduit plusieurs
fois depuis cette époque sous divers noms. Il consiste en une
barre verticale entourée de fil et renfermée dans un tube
de fer doux qui condense le champ magnétique, et augmente dans
cette aire la force dattraction. A ce tube est fixée par
une vis, et contre la circonférence, une mince armature en tôle,
de lépaisseur dune feuille de papier fort ; sous
linfluence des courants transmis, cette armature agit en partie
comme un vibrateur, et en partie comme un résonnateur. Laimant
avec son armature est monté sur un petit pont fixé au
socle en acajou, pareil au socle du transmetteur.
Laction de lappareil est la suivante : lorsquune note
ou une parole retentit dans lembouchure du transmetteur, la membrane
vibre à lunisson et fait ainsi avancer et reculer le fer
doux inducteur devant lélectro-aimant, le fer induit ainsi
une série de courants magnéto-électriques dans
lhélice qui lentoure, et ces courants sont transmis
par le fil conducteur à linstrument de réception.
Une vibration correspondante est donc produite dans la mince armature
en fer, et celle-ci suffit à donner des ondes sonores qui permettent
de reconnaître distinctement et clairement des mots articulés.
Dans tous les essais antérieurs, ainsi que nous lavons
dit, pour produire ce résultat, les vibrations étaient
obtenues par le jeu dun interrupteur, de sorte que si le nombre
des vibrations par seconde et les mesures du temps étaient correctement
transmises, par contre il ny avait pas de variation dans la force
du courant, variation qui eût permis de reproduire en même
temps la qualité du ton. Ce défaut nempêchait
pas la transmission de notes purement musicales, mais les variations
compliquées du ton, de la qualité, de la modulation qui
constituent la voix humaine, exigeaient quelque chose de plus que le
simple isochronisme dimpulsions vibratoires.
Dans lappareil de M. Bell, non-seulement les vibrations du récepteur
sont isochrones avec celles de la membrane du transmetteur, elles sont
encore semblables en qualité au son qui les produit, car les
courants étant induits par un inducteur qui vibre avec la voix,
les différences damplitude des vibrations donnent des différences
dans la force des impulsions, et un son articulé, le son de la
voix dune personne qui parle, est produit à lautre
extrémité du conducteur.
Quant aux relations dexpériences faites avec cet appareil,
nous ne pouvons faire mieux que de citer les paroles dun témoin
oculaire, sir William Thomson. Voici ce quil dit dans son adresse
à la réunion de lAssociation britannique à
Glasgow :
« Au département Canadien jai entendu : To be
or not to be... Theres the rub, par un fil télégraphique.
Des monosyllabes de mépris, larticulation
électrique les donnait par élans, haussait la portée
du ton. Elle me donnait au hasard des passages tirés des journaux
de New-York. : « S. S. Cox bas arrived (jenai pas distinctementperçu
S. S. Cox) , the city of New York.Senator Morton.The senate
bas resolved to printa thousand extra copies; the Americansin London
have resolved to celebrate the coming 4 th of July. »
Tout cela je lai de mes propres oreilles entendu, dit à
moi avec une netteté qui ne permettait aucune méprise,
par larmature alors en forme de disque dun petit électro-aimant,
pareil exactement à celui que jai dans la main. Les paroles
étaient proférées dune voix claire et sonore
par mon collègue du jury, le professeur Watson, à lautre
extrémité du fil télégraphique ; il avait
la bouche contre la membrane tendue, pareille à celle que vous
avez devant vous. Elle portait une petite pièce de fer doux,
construite de façon à donner dans le voisinage dun
électro-aimant en circuit avec la ligne des mouvements proportionnels
aux mouvements sonorifiques de lair.
Cette merveille, certainement la plus grande de la télégraphie
électrique, notre jeune compatriote M. Graham Bell d'Édimbourg,
qui va se faire naturaliser citoyen des États- Unis, la
réalisée. »
Ch. BONTEMPS.
Depuis mai 1877 commence l'essor du téléphone aux
USA quand Bell présente au public son invention sous une nouvelle
forme imaginée par le professeur W.H Preece
: "the Hand Telephone"
ou "Téléphone à Main" aussi appelé
"butterstamp" aux
Usa.
À la mi-août 1877,
Alexander Graham Bell entama un séjour en Grande-Bretagne qu'il
avait initialement prévu de courte durée, mais qui se
prolongea finalement jusqu'à la fin octobre de l'année
suivante. Malgré une reconnaissance scientifique générale
et des engagements constants pour présenter son invention, il
souhaitait, au début de cette période, travailler personnellement
sur les aspects commerciaux de son introduction en Europe. Cependant,
de plus en plus désenchanté par les difficultés
rencontrées avec ses brevets, il finit par confier entièrement
la gestion de son invention aux concessionnaires. A cette date, les
téléphones fabriqués par la société
de Bell sont les box ("LA NATURE
du 7 AVRIL 1877").
En septembre 1877 arrivé en Angleterre Graham. Bell,
est invité par "La Société des ingénieurs
télégraphistes" de Londres, à la réunion
annuelle de l'association Britanique à Plymouth au mois
de septembre 1877, on apprit les progrés fait depuis et
WH Preece, avec la participation de Bell, ils firent la première
démonstration pratique avec la nouvelle version le Hand-Téléphone
amené par Preece.
  
Le "Scientific Américan" d'Octobre 1877, dans la
presse américaine, présente au monde le nouveau téléphone.
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A cette réunion de Plymouth
étaient présents
: Alfred Niaudet, neveu de Mr Louis Bréguet (père)
et célébre constructeur de matériel électrique
chez Bréguet, qui parle couramment l'Anglais et qui est
aussi membre de la "Society of telegraph Engineers",
le lendemain Niaudet reçoit des mains même de l'inventeur
deux paires de téléphones (dont une est au musée
du cnam, photo ci contre) pour les amener en France.
Niaudet est aussi membre de la Société Française
de Physique dès sa fondation et deviendra administrateur
de la Société Générale
des Téléphones à sa création.
Rentré à Paris, plein denthousiasme, Antoine
déclare à des collègues « Depuis que
jai ce magique petit appareil entre les mains, je ne dors
plus ! »
Ces deux téléphones traversèrent la Manche,
dans une boite fermée à clef. Ils étaient
en bois de frêne blanc tout à fait rustique et assez
semblable à un bilboquet, la paire sera par la suite, donnée
par la veuve A.Breguet au Musée des arts et métiers
à Paris en 1884 et y sont toujours visibles.
Breguet sans tarder fit une présentation devant un petit
comité appartenant à l'institut et Collège
de France.
Fin septembre 1877 Niaudet et Breguet organisent une présentation
à l'Académie des Sciences à Paris.
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Le mémoire lu par Bell
à la société des ingénieurs télégraphistes
de Londres le 31 octobre 1877 et a été reproduit
clans le journal de la société.
sommaire
S'appuyant notamment sur des lettres
familiales mises à disposition sur Internet par la Bibliothèque
du Congrès, ces informations démontreront que Bell s'est
rendu à Paris au moins trois fois depuis Londres, chaque voyage
correspondant à une situation et une attitude différentes
face à celle-ci. Cette recherche permettra également de
mettre en lumière trois phases initiales de l'histoire du téléphone
en France : le travail précurseur d'Alfred Niaudet et de la Maison
Bréguet ; leurs efforts, conjugués à ceux du concessionnaire
Cornelius Roosevelt, pour lutter contre les imitateurs et développer
des émetteurs plus puissants ; et enfin l'arrivée de l'ami
de Bell, Frédéric Allen Gower, qui mènera à
la création de la première compagnie de téléphone.
Le 2 Novembre 1877,
en FRANCE , Alfred Niaudet et Antoine Breguet
expérimentent " le téléphone" devant
des membres de l'institut et du collège de France.
Voici un extrait
de l'exposé de A. Niaudet "Mémoires de la Société
des ingénieurs civils" : Volume 30 année 1877.
Ci dessous deux lettres de correspondance entre Bell et Niaudet sont
échangées, la première rédigée par
Alfred Niaudet, le 8 novembre 1877, quelques jours après la première
démonstration dun téléphone en France ;

« Cher Monsieur, merci infiniment pour votre intéressante
lettre et pour les journaux que vous mavez transmis. Je serai
à Paris pendant six ou huit jours et jespère vous
y rencontrer. Je vous envoie un journal contenant les comptes rendus
de ma conférence ici. Les remarques de Sir William Thomson ont
été si brillantes quelles devraient certainement
être traduites en français et auront un grand poids.
En hâte, vôtre, sincèrement. Alexander Graham Bell.
»
La seconde écrite par Alexander Graham Bell le lendemain, 9 novembre,
à Alfred Niaudet. Lettre autographe signée au physicien
Théodore Schneider.
  
« Monsieur, Pourriez-vous menvoyer une douzaine de brochures
(éclairage industriel par la lumière électrique
Heilmann et Schneider) ou plutôt pourriez-vous me les faire
envoyer par limprimeur Vve Bader et Cie à qui il me serait
agréable den envoyer le prix. Cette brochure mest
quelque fois demandée et je voudrais pouvoir la faire lire aux
personnes qui la désirent.
Vous aurez vu par les petits imprimés de la Soc. de Physique
que jai eu le plaisir dy montrer le 2 novembre dernier,
les deux premiers téléphones qui aient été
introduits en France.
Cest une invention bien extraordinaire, dans son état actuel
; elle se perfectionnera certainement, mais dès à présent,
on ne peut se défendre dune certaine émotion quand
on entend la voix dun ami au travers dun fil télégraphique.
Hier soir, nous avons essayé entre Paris et St Germain et malgré
un temps affreux, nous avons entendu bien des mots, reconnu la voix
de notre correspondant, entendu chanter Au Clair de la Lune. Jétais
saisi comme si je navais jamais entendu le téléphone.
Croyez, Monsieur, à mes sentiments dévoués. Alf.
Niaudet. 6 rue de Seine »
Au moment de son mariage, Bell avait fait de son beau-père le
seul dépositaire de ses droits de brevet dans les cinq pays européens
(Grande-Bretagne, France, Belgique, Allemagne et Autriche) où
il avait déposé ou était sur le point de le faire.
Une fois en Grande-Bretagne, où un agent avait déjà
été nommé, il devint de plus en plus préoccupé
par le développement du secteur téléphonique sur
le continent, en partie parce qu'il pensait que si Hubbard le plaçait
sous sa supervision, il pourrait obtenir un revenu supplémentaire
face à l'augmentation des dépenses familiales. Mabel était
certainement du même avis, comme le montre une lettre du 25 octobre
à sa belle-mère, Eliza Symonds Bell « Ensuite, il
y a ses brevets en France, en Belgique, en Allemagne, en Autriche et
en Italie. Tous sauf le dernier sous le contrôle de mon père
en tant qu'administrateur, mais bien sûr, quand il est si loin
et qu'il a tant de choses à occuper à la maison, il ne
peut pas gérer l'entreprise aussi bien que quelqu'un ici pourrait
le faire
Trois jours plus tard, Bell a référé l'affaire
à Hubbard : Il m'a semblé qu'il serait peut-être
possible de faire en sorte que les brevets continentaux nous profitent
maintenant comme demain si un arrangement pouvait être pris pour
me nommer agent général pour ces brevets jusqu'à
l'organisation des sociétés. là avec une commission
[...] Il faut faire quelque chose ici tout de suite sur le continent
si j'avais le pouvoir en la matière je pourrais négocier
avec profit je pense.
sommaire
Telle était la situation lorsque
Bell fit son premier voyage à Paris.
Bell arrive à PARIS le 21
novembre, le soir tout juste arrivé de Londres, Bell s'assoit
dans sa chambre de l'hôtel Wagram pour écrire une lettre
à sa femme. Il avait à peine eu le temps de lui raconter
la mer agitée qu'il avait rencontrée entre Folkstone et
Boulogne, qu'à huit heures il fut interrompu par la visite de
Niaudet. Après un entretien de deux heures et demie, il reprend
sa lettre : Niaudet se chargera de traduire et de publier en France
une conférence non précisée de Bell.
Le lendemain, Bell devait voir Le Gay et un autre marchand appelé
Aymler, ainsi que le chef des Télégraphes français,
Pierret, et le ministre de la Guerre, à qui il
comptait donner des téléphones à des fins expérimentales.
Bell et Pierret conviennent de faire des essais sur les lignes télégraphiques
de l'état.
Dès le lendemain A.G Bell communique sur une ligne
spéciale de son domicile de Paris avec Léon
Say au ministère des finances et des postes et télégraphes
puis avec le ministre de la guerre.
Bell a notamment rencontré Antoine Breguet et son
père, Louis F. C. Breguet et ils obtiennent quatre licences
pour la production de postes téléphoniques en France
.
Lettres de G.Bell à Hubbard,
du 28 octobre et 1er novembre 1877.
Dans la première, Bell écrit : « J'ai envoyé
des téléphone à Paris pour qu'ils soient exposés
», et dans la seconde, il précise : « J'ai donné
à M. Niaudet des téléphonesà exposer
en France.»
Ceci concorde avec la déclaration de Niaudet lors de sa présentation
du 7 décembre à la Société des Ingénieurs
Civils : « Une circonstance fortuite m'a conduit à
Londres le mois dernier [erreur de transcription ou confusion de
l'orateur : cela s'est produit en octobre, et non en novembre].
Je fus mis en rapport avec l'inventeur. » Je lui proposais
de faire connaître son invention en France. Il me confia les
deux premiers éléphones qui ont touché le continent
européen, et que voici ». Bell appelle à tort
la Maison Breguet « Frères Breguet ». Le propriétaire
actuel était Louis François Clément Breguet,
assisté de son fils Antoine et de son neveu Alfred Niaudet
Une correspondance de fin octobre et début novembre 1877
indique que son beau-père (G.Hubbard) en avait envoyé
un carton à un certain Chal Le Gay, au 3, rue Scribe à
Paris, destiné aux « agences scandinaves et autres
». Mais ni Niaudet ni Breguet n'était au courant de
cette livraison.
(Dans la lettre de Hubbard à Bell, 2 novembre 1877. Ce
« Chal Le Gay, pour lequel Hubbard avait demandé à
Bell le 13 novembre d'envoyer cinquante appareils supplémentaires,
pour fournir à plusieurs personnes des téléphones
pour essai, est peut-être le marchand parisien Charles
Le Gay, mentionné , en ce qui concerne les exportations
de vin vers les États-Unis, dans le livre Franco-American
Commerce / Statements and Arguments in Behalf of American Industries.
Against the Proposed Franco-American Commercial Treaty, San Francisco,
1879. Il peut également être le même personne
dont le décès a été rapporté
par le New York Times du 10 janvier 1909 : « Paris 9 janvier
Charles Le Gay, ancien Américain, qui vivait à
Paris depuis quelques années, et qui est décédé
). |
Entre temps le beau père de Bell
G. Hubbard envoi à A. Graham
Bell qu'il surnommait Alec, un courrier de recommandations.
|
Lettre
de Gardiner Greene Hubbard à Alexander Graham Bell. Washington,
D. C., 30 novembre 1877.
Cher Alec :
Vos deux "gribouillis"
sont arrivés hier. M. Pollok
dit de ne pas retirer de brevets à l'étranger avant
d'en faire la demande ici, car ce faisant, vous faites dépendre
ce brevet de la durée de vie du brevet anglais et raccourcissez
sa durée de vie de trois ans. Nos brevets durent dix-sept
ans l'anglais pour quatorze ans seulement.
Ne souscrivez pas de brevet conjoint avec Varley,
car vous ne pouvez pas être co-inventeurs des deux côtés
de l'Atlantique, mais il peut être délivré
au nom de vous et de Varley, le but est d'empêcher
Varley d'utiliser le brevet sauf avec votre consentement.
J'envoie également par ce courrier un certain nombre de
pétitions pour des brevets.
Vous pouvez remplir cette pétition puis rédiger
la spécification qui vous convient.
Celui-ci peut être déposé, modifié
et retiré chaque fois que vous êtes prêt.
Vous devez prêter serment à la pétition devant
le conseil américain. M. Pollok m'a donné le nom
de son correspondant à Londres mais j'ai oublié.
Je pense que c'était Johnson Lincolns ? Sur le terrain,
il dit qu'il est le meilleur d'Angleterre, mais que l'on peut
mieux dessiner une spécification que n'importe quel agent
de brevets.
Nous nous en sortons très bien avec les téléphones.
De nouvelles commandes arrivent tous les jours.
J'ai écrit par ce Steamer au Col. Fahland, inspecteur
militaire des télégraphes de Berlin, en réponse
à une demande et lui ai envoyé des téléphones.
J'ai également écrit à James Pond,
à Bismarck Platz, Dresde, lui demandant d'agir temporairement
comme notre agent en Allemagne.
Il est fortement recommandé par M. Landenand Judge
Home. Nous lui avons envoyé quatre téléphones
il y a deux semaines.
Veuillez correspondre avec lui. Je lui ai demandé d'aller
à Berlin et de voir Siemens, de savoir ce qu'ils font et
s'ils veulent agir comme nos agents. S'il vous plaît ne
soyez pas trop pressé, si vous le faites, vous ferez une
grande erreur... ni Siemens ni personne d'autre ne fera grand-chose
qui les rendra responsables de dommages et intérêts
envers vous.
Profitez de notre expérience ici et de la vôtre en
Angleterre.
Combien avez-vous accompli dans la vente ou la location de téléphones
avec tout en votre faveur.
M. Roosevelt navigue demain. J'espère que
vous n'avez rien fait en France, je pense que vous aimerez
beaucoup M. Roosevelt et que l'arrangement vous plaira.
Il dépend de votre approbation.
Avec tout mon amour pour toi et Mabel.
Je suis toujours à toi.
Gardiner G. Hubbard.
|
Graham Bell charge donc Antoine
Breguet et Cornelius Roosevelt, ingénieur
électricien dorigine américaine, de faire connaître
le téléphone en France. En premier lieu, Antoine Breguet,
soucieux de préserver la réputation de haute qualité
de la Maison, améliore laspect extérieur du téléphone.
nouveau partenaire pour la France .
Le 25 novembre Niaudet transporta
les nouveaux téléphones Breguet à la Société
Française de Physique, où il annonça que Bell «
lui avait promis » formellement de venir prochainement prendre
la parole lors d'une réunion scientifique ». Niaudet a
également fait une démonstration du téléphone
à l'École Polytechnique lors de l'ouverture du cours de
physique de Jules Jamin et, le 7 décembre, à la Société
des Ingénieurs Civils.
Concernant le voyage de Bell, il existe également une lettre
non datée de Mabel à son mari, qu'elle a dû écrire
le jour même de son départ, juste après avoir reçu
un télégramme de lui de Folkstone Harbour demandant, entre
autres, une lettre d'Aymler *. qu'il avait probablement oublié
d'emmener avec lui. Mabel lui dit de manière encourageante que
plus elle y pense, plus il lui semble important qu'il soit à
Paris.
(* Aymler ou le supposé John Aylmer, ingénieur
civil, au 4, rue de Naples, qui fut en 1877 secrétaire honoraire
en France de la Society of Telegraph Engineers de Londres, et fut nommé
en 1881 secrétaire de la commission britannique pour l'Exposition
internationale d'électricité qui devait se tenir, à
Paris cette année-là.)
Dans la lettre datée du 29
novembre, Hubbard félicitait chaleureusement son porteur.
Le lendemain, il écrivit en privé à Bell :
« Je pense que vous aimerez beaucoup M. Roosevelt et que l'arrangement
vous plaira. Cela dépend de votre approbation. Le 11 décembre,
il a insisté uniquement sur la première partie du message
: « J'espère que vous serez satisfait de M. Roosevelt »,
ajoutant : « Il n'a pas autant d'expérience en affaires
que certains, mais il est tout à fait honnête et est plus
capable de organiser une entreprise pour la France que quiconque que
nous pourrions vous envoyer. »
Rien n'indique que Bell ait osé être ouvertement en désaccord
avec Hubbard sur cette question, mais il a certainement pris son temps
pour rencontrer Roosevelt. Il semble que cela ne se soit produit qu'à
l'occasion.
Hubbard n'a pas répondu aux demandes
de Bell pour un rôle plus actif dans la gestion de l'introduction
du téléphone dans les pays où son gendre lui avait
confié le contrôle des droits de brevet.
Dans le cas de la France, il a décidé de son propre chef
de nommer Cornelius Roosevelt comme concessionnaire.
Cousin germain du futur président américain Théodore
Roosevelt, il appartenait à une riche famille new-yorkaise et
était retourné en Amérique après l'échec
de ses initiatives visant à introduire la télégraphie
privée en France ce qu'on appelle le télégraphe
de quartier ou « télégraphe de quartier ».
Son frère Hilborne Lewis, qui était
lun des associés de Hubbard dans
le secteur téléphonique, la peut-être recommandé
en raison de sa connaissance de la langue et des coutumes française.
Le 1er décembre, Cornelius
rentra en France avec une lettre de présentation pour Bell.
Décembre 1877, A.G.Bell réalise une communication
gare Saint Lazare entre Paris et Saint Germain
plus tard dans la presse, voici ce que l'univers illustré du
22 décembre 1877 rapporte sur l'Expériences faites à
Paris avec le téléphone.
 
En même temps Breguet faisait une expérience concluante
entre Mantes la Jolie et Paris.
Aucun autre document na été
trouvé permettant détablir la durée du séjour
de Bell à Paris.
Ce fut vraisemblablement court et malgré sa prétendue
promesse à Niaudet de sadresser à la communauté
scientifique sans aucun engagement public, à en juger
par le silence de la grande presse parisienne.
Néanmoins, certains des cinq journaux examinés, Le Figaro,
La Presse, Le Temps, Le Gaulois et le Journal des Débats, contenaient
des informations sur le téléphone à ces dates.
Ils ont notamment fait état d'une réunion de Louis Breguet
avec des journalistes le 28 novembre, au cours de laquelle il a montré
les appareils et déclaré qu'il les avait essayés
avec succès entre Paris et Mantes-la-Jolie, distantes de 58 km,
et qu'il avait l'intention de répéter l'expérience
avec Nancy.
Étonnamment, le 14 décembre, Le Temps publiait un long
article sur le téléphone sous le titre « Chronique
», écrit à la première personne mais non
signé, dont le dernier paragraphe contient une référence
intrigante à ce qui a pu être l'impression que Bell avait
de son expérience. voyage:
|
Le Temps du 14 décembre
1877
Chronique
On parle beaucoup depuis quelque temps d'un instrument qui transmet
la voix à de grandes distances. Le téléphone
est à peine né et déjà sa renommée
remplit le monde. On ne saurait imaginer, en effet, un appareil
plus simple et en même temps plus ingénieux.
Une figure schématique ou autre en ferait comprendre sans
peine le mécanisme mais avec un peu d'attention le lecteur
le comprendra aisément. On dirait, à voir le téléphone,
un cornet acoustique en bois. Près de l'embouchure se trouve
tendue une membrane métallique d'un cinquième de
millimètre d'épaisseur. Derrière cette plaque
un barreau d'acier aimanté, de la grosseur d'un porte-plume,
suit l'axe du cornet; à l'extrémité voisine
de la membrane, le barreau est coiffé d'une bobine de fil
métallique, et c'est tout.
Or, chaque fois qu'un morceau de fer est approché ou éloigné
d'une tige aimantée entourée d'un fil métallique,
on produit dans ce fil un courant électrique. Il n'est
besoin ni de pile ni de machine électrique. Dès
que la membrane vibre, elle s'approche ou s'éloigne du
barreau aimanté et, à chaque vibration, elle engendre
un courant. De l'intensité des vibrations dépend
l'énergie du courant. Ce principe a été établi
par Faraday, en 1835 il a fallu plus de quarante années
pour en faire
une application industrielle.
Les courants ainsi produits suivent un fil télégraphique
et vont, avec la vitesse de la pensée, aboutir au cornet
récepteur qui, au lieu de se terminer par une embouchure,
finit par un pavillon, semblable à celui d'un tube acoustique.
Les mouvements de la rondelle du cornet initial se transmettent
fidèlement à la rondelle du cornet récepteur.
Au lieu d'approcher sa bouche de ce deuxième cornet, il
suffit pour entendre d'y placer l'oreille.
La chose est, on le voit, d'une simplicité merveilleuse.
M. Graham Bell, dont le nom est dès à présent
célèbre, avait passé une partie de sa vie
à étudier le moyen de faire parler les sourds-muets;
il avait fait un travail approfondi sur les vibrations des corps
sonores. Suivant sa pittoresque expression, il serait possible,
disait-il, de faire parler le fer, et c'est ce prodige qu'il a
réalisé.
C'est en Angleterre que le téléphone a été
utilisé tout d'abord. Chose remarquable, l'instrument est
d'une simplicité telle qu'on ne pourra que le compliquer.
M. William Thompson, qui est un physicien de grand mérite»
a pu dire que la fidélité du téléphone
à transmettre la voix est si parfaite, que, sur les millions
de créatures humaines qui couvrent la surface du globe,
on arriverait à distinguer le timbre de chacune des voix
et à l'attribuer, sans risque de se tromper, à chacun
de ses propriétaires. Le téléphone donne
des aîies à la parole.
Les applicationsdu téléphone sont infinies. A Boston,
chaque quartier possède un poste de police qu'on s'occupe
déjà de relier par des fïls téléphoniques
aux établissements les plus importants de la ville. Il
suffira dès lors que tout habitant se rande à l'un
ou l'autre ce ces postes situés dans les divers centres.
Une bonne, par exemple, fera son marché sans se déranger.
Elle conversera suecessivement avec le boucher, l'épicier
ou la fruitière elle fera la demande et recevra la réponse
elle pourra donner de minutieuses explications et s'assurer que
ses instructions ont été bien comprises.
Ainsi toutes les inflexions de là voix sont transmises
à des distances qui peuvent être de plus de cinquante
kilomètres. On a correspondu de Paris à Mantes et
de Paris à Saint-Germain. A Margaux, une romance chantée
par le chef de gare a été très bien entendue
à la station de Bordeaux. Le rire est perçu avec
toute la netteté cristalline du son. Mais voci qui est
plus curieux encore. L'employé de Saint-Germain, tout en
percevant la conversation de son collègue parisien, a entendu
le son produit par les manipuàateurs du télégraphe
ordinaire, dont les fils avoisinaient le fil attribué au
téléphone.
On sait que les employés exercés devinent le sens
d'une dépêche rien qu'au bruit produit par l'appareil
propulseur. Notre employé distingue donc comme une batterie
de petits coups de marteau, et il recuelliit ainsi l'avertissement
suivant « Formez tout de suite le train n° 117. »
Des communications viennent d'être établies entre
l'Angleterre et Guernesey. Cette expérience est très
intéressante en ce sens qu'elle montre xme le câble
sous marin peut être utilisé. Jusqu'ici le téléphone
Bell transmet les sons avec une pureté inouïe, mais
le volume de la voix est diminué M. Berthelot disait que
c'est comme une image vue par le petit bout de la lorgnette. Un
malade couché dans son lit, et dont l'ouïe ne supporterait
pas des impressions violentes, pourrait entendre un concert comme
adouci à son usage, comme un murmure mélodieux qui
lui permettrait de juger de la qualité des voix des chanteurs,
sans que sa sensibilité fût offensée..
Bien des perfectionnements seront sans doute apportés à
cette admirable découverte.
On arrivera certainement à. renforcer le son en multipliant
le nombre des membranes ou en installant des boites résonnantes
dans le comet récepteur. On a même essayé
de consacrer un appareil unique à plusieurs fils. Le son
est sensiblement diminué, mais encore suffisamment net,
si bien qu'une seule personne parlant dans une station pourra
communiquer à la fois avec des auditeurs différents
dans plusieurs stations. L'imagination ne se lasse pas de rechercher
de nouvelles applications d'un art qui n'en est encore qu'à
son enfance. Il semble qu'on ait affaire à un rêve
et on reste stupéfait en constatant que ce rêve est
aujourd'hui une réalité.
Ces applications sont, en effet, innombrables. Il faut se rappeler
que le téléphone n'exigeant ni piles, ni appareils
électriques spéciaux, est d'un emploi des plus faciles.
L'art militaire l'utilisera certainement. Rien ne sevaplus facile
que d'établir des communications entre les grand'gardes
et les troupes de soutien. Au lieu d'envoyer un aide de camp,
porteur d'un message compliqué, un général
donnera à son collègue, de vive voix, les éclaircissements
nécessaires. A bord d'un grand navire, le commandant n'aura
plus besoin de s'époumonner pour transmettre un ordre d'un
bout du pont l'autre. Il est presque superflu d'insister, la chose
va de soi.
La télégraphie domestique sera ainsi instituée
à peu de frais et dans les conditions les meilleures. Des
voisins de campagne, séparés par la neige ou la
pluie, pourront converser à distance et prendre mutuellement
des nouvelles de leur santé. Les tubes acoustiques, si
insuffisants dans nos vastes bâtiments industriel n'auront
plus de raison d'être les aéronautes en verront du
ciel leurs messages; le préfet d'un département
communiquera avec les sous-préfectures importantes, de
son propre cabinet. M. William Thompson, dans une conférence
sur le téléphone, finit par s'écrier dans
un mouvement d'enthousiasme « En vérité, cet
instrument est la merveille des merveilles, » Il n'était
pas au-dessous de la vérité.
On pourrait se demander maintenant si, avec la routine ordinaire
de nos administrations, nous serons bientôt à même
de jouir de ces précieux bienfaits. J'espère que
la réponse ne se fera pas trop attendre.
Il parait que M.
Graham Bell n'a pas été tout d'abord ravi de l'accueil
qui lui a été fait en France on l'aurait pris pour
un excentrique; c'est la défaite
que la routine oppose d'ordinaire au progrès.
Mais aujourd'hui que le téléphone est justement
célèbre, on peut espérer qu'il fera son chèmin
chez nous comme ailleurs, et que surtout l'administration n'empêcherapas
l'initiative privée d'en user à sa guise.
Dans ce même journal du 14 déc 1877 on lisait :
- Le Times contient un article se plaignant du prix excessifrit
excessif auquel sont livrés les téléphones
et du droit excessivement élevé exigé par
l'inventeur pour autoriser leur usage. Il paraît qu'en Allemagne
les téléphones ne valent pas plus de quelques marks,
non compris, bien entendu, le fil conducteur. La raison de cette
différence provient de ce que le gouvernement allemand
aurait refuse d'accorder un brevet, ce qui arrive souvent, car
les patentes sont, de l'autre côté du
Rhin, soumises à l'examen préalable d'une commission
peu favorable aux inventeurs.
C'est, paratt-il, d'Allemagne que l'on a fait venir la plupart
des téléphones en usage en France; l'inventeur n'ayant,
à notre connaissance, traité encore avec aucune
maison française pour l'ex ploitation de son brevet d'invention
.
|
Graham Bell n'a pas été
enchanté de l'accueil qu'il a reçu en France ; on aurait
pu le prendre pour un excentrique ; c'est l'excuse que la routine
oppose habituellement au progrès.
Cinq jours plus tard seulement,
Bell était de retour à Londres, selon une lettre
datée du 25 janvier de sa femme à sa belle-mère,
qui donne de précieux détails sur ses déplacements
:
"Il a eu un entretien avec les meilleurs avocats parisiens que
M. Roosevelt a engagés pour poursuivre une entreprise qui contrefait
les brevets d'Alec. Ils ont d'abord dit que le brevet ne valait rien
parce qu'il avait été demandé trop tard, mais Alec
a réussi à les convaincre que l'affaire n'était
pas aussi désespérée qu'ils l'avaient pensé
et ils entameront immédiatement la procédure. Il faudra
néanmoins deux ans pour prouver si le brevet est valide ou non,
et les contrefacteurs continueront probablement à se fabriquer.
mais les poursuites en dissuaderont d'autres qui étaient sur
le point de commencer à fabriquer, et dans deux ans M. Roosevelt
aura le temps de s'établir et de faire de bonnes affaires même
si le brevet échoue.
Le gouvernement français reconnaît Alec et c'est une très
bonne chose. M. Roosevelt, qui a consacré il y a quelque temps
de longs mois et d'importantes sommes d'argent à tenter en vain
d'obtenir du gouvernement l'autorisation de construire des lignes privées
et de créer une District Telegraph Co. à Paris, affirme
qu'Alec a accompli en une demi-heure ce que personne d'autre n'a fait.
pourrait faire, à savoir obtenir que M. Perret, sous-ministre
des Télégraphes, offre de construire aux frais du gouvernement
un nombre illimité de lignes téléphoniques privées,
et de lui donner toutes les facilités pour essayer le téléphone
sur toutes les lignes gouvernementales.. M. Roosevelt dit que cela lui
a coupé le souffle. Le gouvernement va ériger une ligne
téléphonique de Paris à Versailles, sur 20 milles,
et, à la demande d'Alec, a commencé dès le lendemain
à installer une ligne pour M. Roosevelt. Alec rendit visite à
M. Léon Say, ministre des Finances, et aux ministres de la Guerre
et de la Marine. Lorsque M. Roosevelt a dit à M. Léon
Say que l'impératrice Eugénie avait demandé à
Alec de lui montrer le téléphone, il a été
d'accord avec M. Roosevelt en pensant qu'il serait bon que le maréchal
Mac Mahon le voie d'abord, et il lui demandera de nommer un jour"
* Depuis l'hôtel Wagram, Bell avait écrit à
sa femme une lettre décontractée, non datée, portant
uniquement la mention « samedi », et qui contient une description
amusante de ses compagnons de voyage dans le train de Londres à
Douvres. Il lui raconte également que sa première démarche
à Paris a été d'envoyer une note informant Roosevelt
de son arrivée.
Selon la lettre de Mabel du 25 janvier, Bell était absent depuis
six jours et est revenu le 24, ce qui concorde avec le fait qu'il soit
parti le 18 et soit arrivé à Paris le 19, un samedi.
Un deuxième voyage plus tôt à Paris devrait
être écarté, entre autres raisons parce que la mère
de Bell lui a écrit ainsi qu'à Mabel le 25 février,
leur disant que Mme Hubbard lui avait envoyé certaines de leurs
lettres : « nous sommes donc assez bien au courant de vos actions.
, jusqu'à ce que vous partiez une seconde fois pour Paris, d'où
nous espérons que vous êtes déjà revenu.
Il est probable que deux lettres non datées de Mabel à
son mari correspondent à ce voyage.
Ces lettres pourraient avoir été envoyées les 20
et 23 janvier et commencer respectivement par « J'imagine que
vous travaillez dur avec M. Roosevelt... » et « Je n'écrirai
qu'une courte note cette fois-ci... »
Dans cette lettre du 25 janvier, écrite juste après le
retour de Bell de Paris, Mabel dit à sa belle-mère qu'«
il devra y retourner dans quinze jours ».
Bell s'était certainement senti obligé de réagir
aux appels de détresse venant de France.
Son instrument était simple et facile à copier, si bien
qu'au moins un commerçant parisien avait réussi à
avoir des téléphones prêts à être vendus
à Noël. Il s'agissait de Guillaume Walcker, propriétaire
du Bazar du Voyage, un grand magasin place de l'Opéra. (Voir,
par exemple, Le Figaro du 25 décembre 1877, Le Temps du 30 décembre
1877 et Le Gaulois du 27 janvier 1878. L'annonce du Figaro a probablement
été motivée par la publicité du téléphone
de Walcker que le journal diffusait la veille)
Roosevelt a immédiatement commencé à annoncer dans
la presse que la Maison Breguet avait été choisie comme
fabricant exclusif et à avertir les fabricants sans licence qu'ils
seraient poursuivis en justice. Mais en vain. Selon une source, Walcker
« fabriquait et vendait environ deux ou trois mille » téléphones
« au mépris des brevets de Bell ». (George Lewis
Gower, frère de Frederick, pionnier du téléphone,
dans une lettre au Chicago Daily Tribune, 3 septembre 1879)
Cette fois, le séjour de Bell à Paris lui valut quelques
articles payants dans au moins deux journaux de la ville.
Les rapports retrouvés se ressemblent, bien qu'ils diffèrent
sur les dates, et font état de manifestations téléphoniques
chez Say ainsi que d'un dîner offert à Bell par son concessionnaire,
en présence de « plusieurs savants français ».
Il est étonnant que Mabel, toujours si désireuse de vanter
les exploits de Bell auprès de sa mère, n'ait pas fait
référence à cette rencontre dans la lettre citée
ci-dessus.
Le dernier voyage : lobtention de récompenses scientifiques
La Maison Breguet et Niaudet ripostèrent aux faussaires en développant
des versions modifiées et améliorées du téléphone.
Celles-ci furent présentées à lExposition
universelle, qui ouvrit ses portes à Paris le 1er mai 1878. Outre
la description des modifications apportées à la construction
de lappareil conventionnel, les revues firent état dun
modèle de poche en forme de montre ou de tabatière, dun
modèle de boîtier modifié pour les longues lignes
et dun dispositif relativement simple permettant dappeler
la station correspondante en chantant dans le téléphone.
modèle Bell tabatière
En juin, lancien assistant de Bell, Frederick Allen Gower, arriva
dAngleterre, rejoignit Roosevelt et commença lui aussi
à travailler sur le téléphone.
Sa première réalisation fut probablement une nouvelle
modification du modèle de boîtier, quil breveta avec
son nouveau partenaire en septembre.
Ce même été, à loccasion de lExposition
universelle, Roosevelt et Gower furent très préoccupés
par lintérêt suscité à Paris par les
travaux sur le téléphone de Thomas Alva Edison et dautres
inventeurs américains, tels quElisha Gray et George May
Phelps.
Le 7 septembre, après que Roosevelt eut tenté en vain
de rencontrer Bell à Londres, ils lui écrivirent conjointement
une lettre l'invitant à se tenir prêt pour un « coup
de maître » : une « grande démonstration »
de ses téléphones améliorés, qui devait
avoir lieu entre Paris et Versailles. Cependant, Bell ne s'y rendit
pas. Son état d'esprit à cette époque transparaît
clairement dans une lettre qu'il envoya à sa femme le 9 septembre
depuis Greenock, en Écosse, où il avait brièvement
repris avec joie ses cours d'orthophonie pour sourds :
« Je suis fermement résolu à une chose : ne plus
gaspiller de temps ni d'argent pour le téléphone. Si je
dois consacrer davantage de mon temps, ce sera pour la cause qui me
tient le plus à cur. S'il est absolument nécessaire,
pour les intérêts de M. Roosevelt, que j'aille à
Paris, il doit prendre en charge mes frais de voyage aller-retour et
me rémunérer pour mon temps ; sinon, je ne bougerai pas
d'un pouce. » Je suis allée deux fois à Paris pour
M. Roosevelt, à grands frais et au prix de nombreux désagréments,
et ma présence n'était absolument pas indispensable, même
s'il m'a laissé entendre le contraire. Je n'ai pas l'intention
d'y retourner une troisième fois. J'en ai assez du téléphone
et je n'y ai plus recours pour de bon sauf comme petit jouet
pour agrémenter mes moments de loisir.
En février 1878 G.A.Bell
encore en Angleterre, repasse en France et offre à Léon
Say ministre des finances et des Postes et Télégraphes,
un appareil identique à celui qui servit à St Lazare .
Cet appareil nommé "the William's coffin" a
été donné au musée des postes et télégraphes
puis au musée des arts et métiers en 1920. Appareil avec
un ou deux récepteur/émetteur (sans microphone)
Lire aussi dans la nature
Étant donné que, lors
du premier voyage de Bell à Paris en novembre 1877, Roosevelt
n'était pas encore apparu, ses propos laissent supposer qu'il
y retourna dans l'intérêt du concessionnaire après
son premier entretien avec lui en janvier 1878.
Aucune correspondance familiale ni aucun article de presse ne font référence
à ce troisième voyage mais un quatrième est bien
documenté. Cette fois, la priorité de Bell dans l'invention
du téléphone était en jeu, comme Hubbard l'avait
exprimé sans détour dans une lettre du 26 septembre, au
sujet de l'Exposition universelle.
Le 31 octobre 1878, Bell embarqua à Liverpool pour Québec,
où il dut faire face à une longue période de litiges
en matière de brevets aux États-Unis. Gower, qui déclara
plus tard dans une interview qu'en France, le brevet de Bell était
« malheureusement arrivé trop tard pour avoir une valeur
juridique », poursuivit ses travaux sur l'invention de son ami,
publiant ses résultats et déposant de nouveaux brevets
avec Roosevelt, le dernier le 18 juin 1879.
Le 6, le gouvernement français lança un appel d'offres
pour la mise en place de réseaux téléphoniques
publics. Trois entreprises furent autorisées à opérer
à Paris, utilisant respectivement les équipements de Gower,
Edison et Francis Blake. Fin 1880, elles fusionnèrent.
1880 La même année, Bell retourna à Paris
pour recevoir le prix Volta (50 000 francs), décerné
par le gouvernement français pour l'invention du téléphone.
En contraste frappant avec les visites décrites dans cette page,
il a assisté cette fois à une session de l'Académie
des Sciences le 11 octobre, visité d'autres institutions pertinentes
et rencontré un certain nombre de scientifiques et d'ingénieurs
français.
sommaire
LA NATURE du 23 Mars 1878
On se rappelle peut-être que lors des premières publications
de M. Elisha Gray,
M. Du Moncel
fit remarquer quen 1854 un inventeur qui se dissimulait sous la
signature Charles B*** avait annoncé la possibilité de
correspondre à laide dun appareil formé dun
fil et de deux lames vibrantes. M. Du Moncel fait savoir que depuis
hier il connaît ce précurseur de la retentissante invention.
Cest M. Charles
Bourseul le, sous-inspecteur des lignes télégraphiques
à Auch. Si celui-ci na pas donné suite à
son ingénieuse idée, cest, dit-il, quil en
a été détourné par son entourage auquel
il navait pas su communiquer sa conviction sur la résolubilité
du problème quil sétait posé.
LA NATURE 27 AVRIL 1878.
Il y a bien des années, mon père, Alexandre Melville-Bell,
dEdimbourg, appelait mon attention sur le mécanisme de
la parole; il avait fait de longues études sur ce sujet. Plusieurs
d'entre vous peuvent se rappeler linvention de mon père;
elle consistait en un moyen de représenter dune manière
admirablement exacte les positions des organes vocaux, dans la formation
des sons. Nous entreprîmes ensemble de nombreuses expériences
nous cherchâmes dabord à découvrir le mécanisme
des éléments anglais et étrangers de la parole.
Je me souviens surtout dune recherche dans laquelle nous nous
trouvâmes engagés, concernant les relations musicales des
sons de voyelles. Quand des sons de voyelles sont
émis, il semble que chaquevoyelle possède une hauleur
de ton propre; en prononçant certaines voyelles successivement,
lon peut distinctement percevoir une échelle musicale.
Nous nous proposâmes de déterminer la hauteur de ton naturelle
à chaque voyelle. Des difficultés inattendues nous firent
obstacle; plusieurs voyelles semblaient posséder une double hauteur;
probablement la hauteur de la résonnance de lair dans la
bouche, et la hauteur de la résonnance de lair contenu
dans la cavité postérieure de la langue, cavité
comprenant le pharynx et le larynx.
Jimaginai un expédient pour déterminer
la hauteur, et crus posséder la priorité de la découverte,
qui consistait à faire vibrer un diapason devant la bouche durant
les accommodations des organes vocaux prises silencieusement. Il fut
constaté que chaque position de voyelle
renforçait tel ou tel diapason ou plusieurs diapasons spécialement.
Jécrivis une relation de ces recherches à M.
Alex. J. Ellis, de Londres. Sa réponse minforma que
les expériences relatées avaient déjà été
faites par Helmholtz
(Die Lehre von den Tonempfindungen traduction anglaise par Alexandre
J. Ellis. Theory of tone, Théorie de la perception des
sons.) et dune manière beaucoup plus parfaite que je
ne lavais fait. M.
Ellis me dit, en effet, que Helmholtz, non-seulement avait analysé
les sons de voyelles en leurs éléments musicaux constitutifs,
mais qu'il avait réalisé la synthèse de ces éléments.
Helmholtz avait réussi à produire artificiellement certains
sons de voyelles en faisant vibrer simultanément, par un courant
électrique, des diapasons de différentes hauteurs. M.
Ellis eut la bonté de maccorder une entrevue dans le but
de mexpliquer la disposition des appareils employés par
Helmholtz, pour produire ces effets extraordinaires et je consacrai
la plus grande partie dune journée avec lui à létude
de ce sujet.
A cette époque, cependant, je nétais pas assez familiarisé
avec les lois de lélectricité pour comprendre parfaitement
les explications qui me furent données, mais lentrevue
eut pour effet dappeler toute mon attention sur les sujets du
son et de lélectricité, et je neus pas de
repos avant dêtre entré en possession dun exemplaire
du grand traité de Helmholtz, et davoir essayé,
dune manière rudimentaire et imparfaite, il est vrai, de
reproduire les mêmes résultats.
En réfléchissant aux possibilités de production
du son par des moyens électriques, je fus comme frappé
par lidée que le principe de faire vibrer un diapason par
lattraction intermittente dun électro-aimant pouvait
sappliquer à la production électrique de là
musique. Jimaginai donc une série de diapasons de différentes
hauteurs dintonation, et les disposai de façon à
les faire vibrer automatiquement de la manière indiquée
par Helmholtz, chaque diapason interrompant à chaque vibration
un courant voltaïque. Et pourquoi, pensai-je, labaissement
dune clef, telle quune touche de piano, ne dirigerait-elle
point le courant dinterruption de lun quelconque de ces
diapasons, au travers dun fil télégraphique, jusquà
une série délectro-aimants actionnant les cordes
dun piano ou dun autre instrument de musique? Ainsi une
personne pourrait jouer du piano-diapason en un lieu, et la musique
pourrait sentendre en un autre lieu, en une ville lointaine, sur
un piano électro-magnétique.
Plus je réfléchissais à cet arrangement, plus il
me paraissait réalisable. Je ne voyais en effet nulle raison
pour laquelle labaissement dun certain nombre de clefs au
point de départ du diapason ne serait pas accompagné,
dans le circuit, de la production, au lieu darrivée, dun
plein accord perceptible sur le piano à lunisson.
Lattrait que moffrait alors létude de lélectricité
me conduisit à létude des divers systèmes
en usage en Angleterre et en Amérique. Jadmirai surtout
la simplicité de lalphabet Morse et ce fait que cet alphabet
pouvait être lu par la perception du son que produit son fonctionnement.
Au lieu de se reporter sur les points et les traits enregistrés
sur le papier, les opérateurs contractent lhabitude dobserver
la durée de tic-tac des appareils, et ainsi de distinguer à
loreille les divers signaux. La possibilité de représenter,
dune manière analogue, le point et le trait du code Morse
par la durée dune note musicale, sempara de mon esprit.
Une personne pourrait agir sur lune des clefs du piano-diapason,
dont nous avons plus haut vu larrangement, et la durée
du son émis par la corde correspondante du piano lointain y pouvait
être observée par une autre personne.
Il me sembla quainsi plusieurs messages télégraphiques
distincts pouvaient être simultanément transmis dun
piano-diapason jusquà lautre extrémité
du circuit, par des opérateurs manipulant chacun une clef différente
de linstrument. Ces messages seraient lus, me disais-je, par des
opérateurs placés auprès du piano darrivée,
chacun deux écoutant des signaux dune hauteur définie
de ton et ignorant tous les autres. Lon pouvait ainsi réaliser
la transmission simultanée de plusieurs messages télégraphiques
par un seul fil, le nombre de ces messages nétant limité
que par la délicatesse doreille de celui qui écoutait.
Lidée daccroître la puissance
de transmission dun fil télégraphique de cette manière
me vint à lesprit, et ce fut ce but pratique que jeus
en vue, en commençant mes recherches sur la téléphonie
électrique. Il se trouve généralement que dans
le progrès de la science la complication conduit à la
simplification, et quen faisant lhistoire dune découverte
scientifique, il est souvent utile de commencer par la fin. Lorsque
je porte un regard rétrospectif sur mes recherches, je reconnais
la nécessité de désigner, par des noms spéciaux,
une variété de courants électriques qui peuvent
produire des sons. Jappellerai votre attention sur plusieurs espèces
distinctes de courants délectricité que lon
pourrait appeler téléphoniques . Afin que les particularités
de ces courants soient bien comprises, je prierai M. Frost de projeter
sur lécran une illustration graphique de ces différentes
variétés. La méthode graphique de représenter
des courants électriques, et que nous voyons ici, est la meilleure
que lon puisse imaginer pour étudier exactement les effets
produits par diverses formes dappareils téléphoniques.
Elle ma fait concevoir cette sorte particulière de courant
téléphonique que jappellerai ici courant ondulatoire,
et qui rend possible la production artificielle du langage articulé
par des moyens électriques.

Une ligne horizontale g g (fig. 1) est prise comme ligne du courant
à zéro ; les impulsions délectricité
positive sont représentées au-dessus de cette ligne, celles
délectricité négative au-dessous ou bien
vice versa. Lépaisseur verticale dune impulsion électrique
quelconque (b ou d) mesurée à partir de la ligne de zéro,
indique lintensité du courant électrique au point
observé, et l'extension horizontale de la ligne électrique
(b ou d) indique la durée de limpulsion. Il y a neuf variétés
de courants téléphoniques; il me suffira de vous en indiquer
six. Les trois variétés primaires, désignées
sous les noms dintermittentes, de pulsatoires et dondulatoires,
sont représentées par les lignes 1, 2 et 3. Des sous-variétés
peuvent être distinguées sous les désignations de
courants directs, ou de courants inverses, selon que les impulsions
électriques sont toutes dune sorte, ou alternativement
positives et négatives. Les courants directs peuvent encore se
distinguer comme positifs ou négatifs suivant que les impulsions
sont dune sorte ou de lautre. Un courant intermittent est
caractérisé par la présence et labsence alternatives
de lélectricité dans le circuit. Un courant pul-
satoire résulte de changements instantanés dans lintensité
dun courant continu, et un courant ondulatoire est un courant
délectricité, dont lintensité varie
dune manière proportionnelle à la vitesse du mouvement
dune particule dair durant la production du son.
Ainsi la courbe représentant graphiquement le courant ondulatoire
pour un simple ton musical est celle qui exprime une oscillation simple
du pendule, cest-à-dire une courbe sinusoïdale.
Je dois faire ici la remarque que si la théorie du courant ondulatoire
délectricité est une conception dont je puis revendiquer
lorigine, on connaît néanmoins des méthodes
de produire des sons au moyen de courants intermittents et pulsatoires.
Par exemple, il y a longtemps que lon a fait la découverte
quun électro-aimant émet un son lorsquil est
subitement aimanté ou désaimanté. Lorsque le circuit
dans lequel est placé cet électro aimant est rapidement
fermé et ouvert, une succession de crépitations partent
de laimant. Ces bruits produisent à loreille leffet
dune note musicale, lorsque le courant est interrompu un nombre
suffisant de fois par seconde.
La découverte de la musique galvanique par Page (1) , en 1837,
conduisit les recherches faites en différentes parties du monde,
presque simultanément dans le domaine de la téléphonie.
Les effets dacoustique produits par laimantation furent
soigneusement étudiés par Marrian (2) , Beatson (3) ,
Gassiot (4) , de la Rive (5) , Matteucci (6) , Guillemin (7) . Vertheim
(8) , Wartmann (9) , Janniar (10) , Joule (11) , Laborde (12) , Légat
(13) Reis (14) , Poggendorf (15) , du Moncel (16) , Delezennes (17),
et dautres encore (18) .
Il faut aussi mentionner que Gore (19) obtint des notes musicales claires
par le mercure ; ces notes étaient accompagnées de rides,
singulièrement belles à la surface durant le cours des
expériences électrolytiques. Page (20) produisit des tons
musicaux dans les barres de Trevelyan par laction du courant galvanique.
Sullivan découvrit plus tard quun courant délectricité
est engendré par la vibration dun fil composé partie
dun métal et partie dun autre.
1 C. G. Page, la Production de la musique galvanique.
Journal de Sillimann, 1857, XXXIII, p.396; Journal de Silli- man, 1858,
xxxiii, p. 118; Bibl. univ. (nouvelle série, 1859, n, p. 598).
2 J. P. Marrian, Phil. Mag., xxv, p. 382; Inst., 1845, p. 20; Arch.
de l'électricité, voy. p. 195.
3 Beatson, Arch. de l'électricité, voy. p. 197 ; Arch.
des Sc. phys. et nat. (2 e série), n, p. 115.
4 Gassiot, voy. Preatise on Electricity, par de la Rive, i, p. 500.
5 De la Rive, Treatise on Electricity, i, p. 500; Phil. Mag., xxxv,
p. 422; Arch. de lélect.,-voy. p. 200; Inst., 1846, p.
85; Comptes rendus, xx, p. 1287; Compt. rend., XXII, p. 452; Pogg. ann.,
p. 657 ; ann. de chim. et de phys., xxvi, p. 158.
6 Matteucci, Inst., 1845; Arch. de lélect., voy.p. 389.
7 Guillemin, Compt.rend., xxii, p. 264; Inst., 1846, p. 30; Arch. des
sc. phys. et nat. (2 e série), i, p. 191.
8 G. Wertheim, Compt. rend., xxn, p. 356-544; Inst., 1846, p. 65, 100;
Pogg. ann., t. XVIII, p. 140; Compt. rend., xxvi, p. 505 ; Inst., 1848,
p. 142 ; Ann. de chim. et dephys., xxm, p. 305 ; Arch. des sc. phys.
et nat., vin, p. 206 ; Pogg. ann., t. xxvn, p. 45; Berl Ber., IV, p.
121.
9 Elle Wartmann, Compt. rend., xxn, p. 544; Phil. Mag. (3 e série),
xxviii, p. 544 ; Arch. des sc. phys. et nat. (2 e série), i,
p. 419; Inst., 1846, p. 290; M. natschr. d. Ber Rad., 1846, p. 111.
10 Janniar, Compt. rend., XXIII, p. 519; Inst., 1846, p. 269; Arch.
des sc. phys. et nat. (2 e série), p. 394.
11 J. P. Joule, Phil. Mag., xxv, p. 76-225; Berl Ber., m, p. 489.
12 Laborde, Comptes rendus, i, p. 692; Cosmos, XVII, p. 154.
13 Legal, Brix, ZS, ix, p. 125.
14 Reis, Téléphonie Polytech. Journ., c. t. xvm, p. 185,
Bôttger's notiz, b., 1863, no 6. 5 J. C.
15 Poggendorff Pogg., Ann., XCVIII,p. 192, Berliner Monatsbar, 1856,
p. 133; Cosmos, ix, p.49; Berl Ber., XII, p. 241 ; Pogg. ann., t. xxxvii,
p. 159.
16 Du Moncel, Exposé, n, p. 125, et in, p. 85.
17 Delezenne, Sound produced by magnetization; Bibl. univ. (new-series),
1841, xvi, p. 406.
18 Voy. London Journ., XXXII, p. 402; Polytech. Journ., ex, p. 161;
Cosmos, iv, p. 45; Gl sener, Traité général, et
c. p.550; Dove, Repert., vi,p. 58; Pogg., Ann., xm, p. 411; Berl. Bern,
1, p. 144; Arch. des sc. phys. et nat.; xvi, p. 406; Khuns Encyclopédie
der Physik, p. 1014-1021.
19 Gore, Proceedings of Royal Society, xn, p. 217. 8
20 C. G. Page, Vibration of Trevelyans bars by the galva- nic
current; Sillimans Journal, 1850, ix, p. 105-108; Sullivan ; Currents
of Electricity produced by the vibration of mêlais: Phyl. Mag.,
1845, p. 261; Arch. de lélect., x, p.480.
Le courant durait aussi longtemps que lémission
duné note musicale et sarrêtait immédiatement
après la cessation du son. Pendant plusieurs années, mon
attention se porta presque exclusivement sur les moyens dobtenir
un instrument interrupteur extrêmement rapide de circuit voltaïque
et destiné à prendre la place du diapason transmetteur
employé dans les recherches de Helmholtz. Cest un fait
singulier que dimportantes découvertes sont souvent faites
presque simultanément par plusieurs personnes en différentes
parties du monde, et que lidée de la télégraphie
multiple, telle quil la développée dans les
divers diagrammes montrés à la Société,
paraît sêtre présentée isolément
tant en Amérique quen Europe à quatre inventeurs
différents. Les détails eux-mêmes des arrangements
en circuit ont une très-grande ressemblance avec ceux quont
proposés M. Cromwell Varley, de Londres, M. Elisha Gray, de Chicago,
M. Paul Lacour, de Copenhague, et M. Thomas Edison, deRewark dans lÉtat
de New-Jersey. Quant à la question de priorité dinvention,
je ne me propose pas de la discuter.
Pour faire mieux comprendre la difficulté de lusage dun
courant intermittent, je vous prierai de me suivre dans l'application
de l'effet produit quand deux signaux musicaux de hauteurs dintonation
différentes sont simultanément dirigés le long
dun même circuit.
La figure 2 fait voir un arrangement dans lequel les tiges aa de deux
transmetteurs interrompent le courant de la même pile B.

Supposons que lintervalle musical entre les deux tiges soit une
tierce majeure. En ce cas leurs vibrations sont dans la proportion de
4 à 5, cest-à-dire que 4 vibrations de a sont faites
dans le même temps que 3 vibrations de A1. A2 et B 2 représentent
les courants intermittents produits, 4 impulsions de B2 étant
produites dans le même temps que 5 impulsions de A2 . La ligne
A2 et B2 représente leffet résultant sur la ligne
principale de la simultanéité daction des tiges
a et b , interrompant et rétablissant le même circuit.
Vous voyez par le dessin que le courant résultant, tout en conservant
une intensité uniforme, est moins interrompu lorsque les deux
tiges sont en opération, que lorsquune seule tige est employée.
Continuant dapprofondir la question, vous reconnaissez que si
un plus grand nombre de tiges de différentes hauteurs de tons
ou de différentes vitesses de vibration sont occupées
simultanément à interrompre et à rétablir
le même circuit, leffet résultant sur la ligne principale
est réellement léquivalant dun courant continu.
Vous comprenez aussi que le nombre maximum de signaux musicaux pouvant
simultanément être dirigés le long dun seul
fil sans confusion, dépend beaucoup delà proportion de
durée du rétablissement quant à celle de linterruption.
Plus le contact est court, en même temps que plus linterruption
est longue, plus le nombre des signaux pouvant se transmettre sans confusion
est grand, et vice versa. Lappareil au moyen duquel cette conclusion
théorique a été vérifiée se trouve
devant vous. Il consiste en une boîte ordinaire d'harmonium, dont
les tiges sont actionnées par lair de la manière
habituelle. Devant chaque tige est une vis métallique contre
laquelle la tige frappe en vibrant. En ajustant la vis on rend le contact
long ou court. Les tiges sont reliées à lun des
pôles dune pile, et les vis contre lesquelles elles frappent
communiquent avec la ligne; des impulsions partent ainsi de la pile
dans la ligne durant la vibration des tiges. Sans entrer dans des détails
de calcul, vous voyez quavec un courant pulsatoire leffet
de transmission simultanée de signaux musicaux est presque léquivalent
dun courant continu d'intensité minima, comme lindique
la figure 3. Si des courants ondulatoires sont employés, leffet
est différent (voyez la figure 4).

Le courant qui vient de la pile B, est formé en ondulations à
la suite de faction inductive des tiges de fer ou dacier MM',
lesquelles vibrent devant les électro-aimants ed mis dans le
circuit de la pile. A2 et B2 représentent les ondulations causées
dans le courant par la vibration des corps aimantés et lon
voit quil y a quatre ondulations de B2 pour cinq de A2 . La résultante
deffet sur la grande ligne est exprimée par la courbe A2
- B 2 , somme algébrique des courbes sinusoïdales A2 et
B2 . Un semblable effet est produit quand des courants ondulatoires
inverses sont employés comme on le voit en la figure 5 où
le courant est produit par la vibration daimants réunis
en circuit sans une pile voltaïque.
Par les figures 4 et 5, on peut voir que leffet de la transmission
de sons musicaux de différentes hauteurs simultanément
le long dun seul fil, nest point deflaccr le caractère
vibratoire du courant comme dans le cas des courants intermittents et
pulsatoires, mais de changer les formes des ondulations électriques.
En effet, le courant est influencé précisément
dune manière analogue à celle de lair par
la vibration des corps inducteurs MM'. Il devrait donc être possible
de transmettre simultanément autant de tons musicaux par un fil
télégraphique que par lair.
La possibilité de se servir de courants ondulatoires, dans un
but de télégraphie multiple, ma permis de laisser
de côté tous les arrangements compliqués de circuit
et demployer une seule pile pour tout le circuit, en ne conservant
que les récepteurs qui mavaient précédemment
servi.
Jai dit que Helmholtz avait pu produire artificiellement des tons
de voyelles en combinant des tons musicaux de différentes hauteurs
et intensités. Nous voyons son appareil en la figure 6.

Des diapasons de différentes hauteurs sont placés entre
les pôles délectro-aimants (a1 , a2, etc.), et maintenus
en vibration par laction dun courant intermittent qui part
du diapason g. Des résonnateurs 1, 2, 3, etc , sont placés
de façon à renforcer les sons, plus ou moins, selon que
les orifices extérieurs sont plus ou moins élargis. On
voit que dans le procédé de Helmholtz, les diapasons eux-mêmes
produisent des tons dintensité uniforme, et dont la sonorité
varie par un renforcement externe. Ce qui me frappa, cest que
les mêmes résultats pouvaient être obtenus, et dune
manière beaucoup plus parfaite, en faisant vibrer les diapasons
à différents degrés damplitude.
Jimaginai alors lappareil de la figure 7 ; ce fut ma
première forme de téléphone articulé.
Dans cette figure, une harpe à tiges dacier est attachée
aux pôles dun aimant permanent N S. Lorsque lune quelconque
des tiges est mise en vibration, un courant ondulatoire est produit
dans les bobines de lélectro-aimant ; l'électro-
aimant correspondant E attire les tiges de la harpe IT avec une
force variable, et met en vibration celle des tiges qui se trouve à
lunisson de la tige qui vibre à lautre extrémité
du circuit. Ce nest pas tout ; lamplitude de vibration dans
lune des tiges détermine lamplitude de vibration
dans lautre, car lintensité du courant induit est
déterminée par lamplitude de la vibration inductrice,
et lamplitude de la vibration à lextrémité
de réception dépend de lintensité des impulsions
attractives. Lorsque nous chantons dans un piano, certaines cordes de
linstrument sont mises en vibration avec sympathie par laction
de la voix, et, à différents degrés damplitude,
un son approché de la voyelle proférée part du
piano. La théorie nous fait voir que si le piano avait un nombre
beaucoup plus considérable de cordes, à loctave,
les sons de voyelles seraient parfaitement reproduits.
Mon idée de laction de lappareil, action indiquée
en la figure 7, était la suivante : proférer un son dans
le voisinage de la harpe H, et certaines tiges seraient mises en vibration
à des amplitudes différentes. A lautre extrémité
du circuit, les tiges correspondantes de la harpe H' vibreraient avec
leurs relations propres de force, et le timbre du son serait reproduit.
La dépense de la construction dun semblable appareil mempêcha
de mengager dans cet ordre de recherches. Jai déjà
parlé d'une invention de mon père, dun système
de symboles physiologiques, pour représenter laction des
organes vocaux, et javais été invité par
le Conseil de linstruction publique de Boston, à faire
une série dexpériences sur ce système dans
lÉcole des sourds et muets. Lon sait que les sourds-muets
sont muets parce quils sont sourds, et que dans leurs organes
vocaux il ny a aucun défaut qui les empêche de parler.
Lon avait donc pensé que le système de mon père,
système de symboles illustrés et depuis longtemps connu
sous la désignation vulgaire de langage visible, pourrait être
le moyen dapprendre à un sourd-muet à se servir
de ses organes vocaux et à parler. Le grand succès de
ces expériences me porta vers la recherche de méthodes
de représentation graphique et optique des vibrations du son,
pour lenseignement des sourds-muets. Pendant quelque temps, je
poursuivis mes expériences avec la capsule manométrique
de Koenig, et avec le phonautographe de Léon Scott.
Les appareils scientifiques de lInstitut de technologie de Boston
furent généreusement mis à ma disposition pour
ces expériences, et il se trouva quà cette époque,
un étudiant de lInstitut de technologie, M. Maurey, venait
dimaginer un perfectionnement du phonautographe.
Il avait réussi à faire vibrer par la voix un style de
bois de la longueur environ dun pied, fixé à la
membrane du phonautographe. Par cette disposition il avait obtenu des
traces agrandies sur une surface plane et noircie à la fumée.
Avec cet appareil, je réussis à mon tour à produire
de très-belles traces des vibrations de lair par les vibrations
de voyelles. Quelques-unes de ces traces sont indiquées dans
la figure 8. Mon esprit fut frappé par cette forme perfectionnée
de lappareil, et je vis là une ressemblance remarquable
entre la manière dont la pièce de bois vibrait sous laction
de la membrane du phonautographe, et celle dont les osselets de loreille
humaine obéissaient au mouvement de la membrane du tympan. Je
résolus donc de construire un phonautographe plus exactement
modelé sur le mécanisme de loreille humaine, et,
dans ce but, jeus recours aux lumières dun spécialiste
distingué, du docteur Clarence J. Blake. Celui-ci me suggéra
lidée demployer loreille humaine comme phonautographe,
au lieu den faire une imitation artificielle. L'enclume fut retirée,
et, à lextrémité du marteau fut fixé
un style en brin de foin, de la longueur denviron un pouce. En
mouillant la membrane du tympan et les osselets avec une mixture de
glycérine et deau, on obtenait la mobilité nécessaire
des parties. En chantant dans loreille externe, on mettait en
vibration le style, et lon obtenait des traces sur une surface
plane en verre recouvert de noir de fumée, placée au-dessous
du style (fig. 9).
 
Tandis que jétais livré à ces expériences,
je fus surpris à la vue de la disproportion remarquable qui existait
entre la membrane et les os quelle faisait vibrer. Je pensai que
si une membrane aussi mince quun tissu de papier pouvait gouverner
la vibration dos, qui, comparés à cette membrane,
étaient dune dimension et dun poids immense, à
plus forte raison une membrane plus grande et plus épaisse ferait-elle
vibrer un morceau de fer contre un électro-aimant, et dans ce
cas, la complication des tiges dacier, que nous voyons dans ma
première forme du téléphone (fig. 7), serait écarté.
Un simple morceau de fer, fixé à la membrane, serait alors
placé à chaque extrémité du circuit télégraphique.
Al. GRAHAM Bell.
Dans LA NATURE 4 MAI 1878.
HISTOIRE DU TÉLÉPHONE RACONTÉE PAR SON INVENTEUR.
Suite et fin
La figure (1) fait voir la forme dappareil que
jemployai pour produire des courants ondulatoires délectricité
dans un but de télégraphie multiple.

Une tige dacier A fut fixée solidement par lune de
ses extrémités à la branche h non recouverte dun
électro-aimant boiteux E, lextrémité libre
de la tige étant en saillie au-dessus de la branche non recouverte.
Quand la tige A se mettait à vibrer mécaniquement, le
courant de la pile se formait en ondes, et les ondulations électriques
traversaient le circuit BEWE', en mettant en vibration la tige correspondante
A' à lautre extrémité du circuit. Je songeai
aussitôt à mettre en pratique mon idée nouvelle,
et dans ce but, je fixai la tige A (fig. 2), en lui laissant un peu
de jeu, à la branche découverte h de l'aimant boiteux
; lautre extrémité fut assujettie au centre dune
membrane en baudruche n. Je présumai quen parlant dans
le voisinage de la membrane n, on la mettrait en vibration en faisant
également mouvoir la tige dacier A, ce qui produirait des
ondulations sans le courant électrique. Ces ondulations correspondraient
aux changements de densité de lair durant la production
du son. Ce changement dans lintensité du courant devait,
selon moi, déterminer à lextrémité
de réception lattraction de la tige A' ou par laimant,
de façon que le mouvement de cette tige copiât exactement
celui de la tige A. Dans ce cas, le mouvement traduit procurerait un
son dans la membrane n, son du même timbre que celui de la vibration
originale. Cependant les résultats, loin dêtre satisfaisants,
furent au contraire décourageants. Mon ami, M. Thomas A. Watson,
qui me seconda dans cette première expérience,prétendit
avoir entendu un faible son du téléphone, à lextrémité
du circuit, mais il me fut impossible de vérifier lexactitude
du fait. Après maintes expériences, qui ne furent accompagnées
que des mêmes résultats partiels, je résolus de
diminuer autant que possible la grandeur et le poids du ressort. Dans
ce but jappliquai au centre du diaphragme un morceau de ressort
démontre, de la grosseur de longle de mon pouce, et à
lautre extrémité jeus un instrument nouveau
.
Nous pûmes alors obtenir des sons distinctement perceptibles.
Je me rappelle une expérience faite avec ce téléphone,
et qui causa une grande satisfaction. Lun des téléphones
était placé dans une salle de cours à lUniversité
de Boston, et lautre, au rez-de-chaussée du bâtiment
adjacent. Lun de mes élèves se rendit vers ce dernier
téléphone, pour y observer les effets du langage articulé.
Lorsque je dis cette phrase : Do y ou understand what I say, par
le téléphone placé dans ma salle de cours, la réponse
arriva, à ma grande joie, dans linstrument lui-même
; des sons articulés partaient du ressort fixé à
la membrane. Jentendis: Yes, I understand you perfectly. Mais
cest une erreur de supposer que larticulation lut absolument
parfaite. Je devais mattendre à cette réponse, et
assurément cela facilita beaucoup sa réception. Toujours
fut-il bien établi ainsi que larticulation avait existé,
et que si elle avait été indistinctement perçue,
ce nétait quà cause de limperfection
de linstrument lui-même. Je vous épargnerai la description
de toutes les phases de transformation de lappareil; je me bornerai
à vous dire quau bout dun certain temps je produisis
une première forme dappareil qui remplit parfaitement les
fonctions d'un téléphone récepteur. (Ce modèle
de transmetteur est celui qui a été indiqué dans
la Nature (no 201, du 7 avril 1877).
Dans cette condition, mon invention parut à lexposition
du centenaire à Philadelphie.
Ainsi la communication vocale nétait établie que
dans un sens. Une autre forme de téléphone transmetteur
exhibé à Philadelphie, et destiné à correspondre
au récepteur, est représentée en la figure 3.
Un fil en platine, attaché à une membrane tendue, complétait
un circuit voltaïque en plongeant dans leau.
Lorsquon parlait contre la membrane, on faisait partir, dun
téléphone placé dans un autre compartiment de lExposition,
des sons articulés. Les sons que donnait le téléphone
saccentuaient lorsque leau était remplacée
par de lacide sulfurique dilué ou une dissolution de sel
à saturation. Des sons articulés furent également
obtenus par la vibration de la plombagine dans le mercure, dans une
dissolution de bichromate de potasse, dans une eau saturée de
sel, dans lacide sulfurique dilué, et, dans leau
pure. Larticulation produite par linstrument primitif était
singulièrement distincte, mais le grand défaut consistait
dans ce fait que linstrument ne pouvait servir de transmetteur,
ce qui faisait que deux téléphones étaient nécessaires
à chaque station, lun pour transmettre et lautre
pour recevoir.
Je résolus donc de changer la construction ; je cherchai à
modifier la dimension et la tension de la membrane, le diamètre
et lépaisseur du ressort en acier, la dimension et la puissance
de laimant, les spires de fil isolé entourant les pôles,
afin de découvrir par voie dexpérience leffet
exact de chaque élément de la combinaison, et de trouver
ainsi une forme plus parfaite dappareil. Jobtins une augmentation
marquée de sonorité en raccourcissant les spires du fil,
en élargissant le diaphragme en fer appliqué contre la
membrane. Cette dernière circonstance corrigeait aussi la netteté
de larticulation. Finalement je supprimai la membrane en baudruche,
et une simple plaque de fer fut seule employée.
Cette fois larticulation était devenue parfaite. Cette
nouvelle forme de linstrument est indiquée par la figure
4, et, comme on lavait prévu depuis longtemps, il fut bien
constaté que la pile navait dautre but que daimanter
le noyau de fer doux de laimant, car les effets étaient
les mêmes avec la suppression de la pile et le remplacement du
fer doux par une tige dacier aimanté.
 
Mon intention première, cétait que dans sa forme
définitive, le téléphone devait fonctionner à
laide dun aimant permanent, et non par une pile. M. Watson
dune part, et moi de lautre, nous fîmes de nombreuses
expériences pour obtenir ce résultat. Lintérêt
que causa la première publication de nos essais de téléphone
engagèrent beaucoup de personnes à étudier ce sujet,
et je ne doute pas que plusieurs dentre elles naient individuellement
découvert que des aimants permanents pouvaient remplacer des
piles. En effet, M. le professeur Dolbear, de Tufts Collège,
non-seulement prétend avoir inventé le téléphone
magnéto-électrique, mais maccuse de lavoir,
moi, inventé en memparant de son idée, que maurait
confiée un ami commun. Un modèle dappareil puissant
fut construit au moyen dun fort aimant composé, en fer
à cheval, remplaçant la tige droite jusque-là en
usage (voy. la figure 5).
Les sons obtenus par cet instrument sont en effet dune étendue
assez puissante pour se pouvoir entendre, faiblement, il est vrai, par
une nom- nreuse assistance, et ce fut dans cos conditions que parut
linstrument à lInstitut dEssex, à Salem,
dans le Massachusetts, le 12 février 1877.
A cette occasion, un discours fut transmis de Boston, distant de seize
milles de Salem, et fut distinctement entendu au téléphone
correspondant dans cette ville. Le ton de la personne qui parlait fut
nettement apprécié par six cents auditeurs, mais seulement
à la distance de deux mètres de linstrument. A la
même occasion, le compte rendu dune conférence fut
transmis verbalement de Salem à Boston, et publié dans
les journaux du lendemain. (1 Voy. 5° année 1877, 1 er semestre,
p. 528)
Daprès la forme du téléphone que représente
la figure 4, on voit quil ny a plus quun pas à
faire pour arriver à la forme définitive. Cest larrangement
la figure 4 rendu portatif. Laimant est placé dans lintérieur
de la poignée, et lembouchure est plus commode (Voy. 5e
année 1877, 1 er semestre, p. 289) .
Je dois ici exprimer ma reconnaissance à plusieurs amis, savants
dAmérique, pour leur concours et leur coopération
à ces perfectionnements. Je veux surtout nommer le professeur
Peirce, et le professeur Blake, de Brown University, le docteur Channing,
M. Clarke etM. Jones. A Providence, dans le RhodeIs- land, ces messieurs
ont faitdes expériences pour trouver la forme la plus convenable
à donner au téléphone, et je suis heureux de pouvoir
dire quils mont com- muniqué chaque expérience
nouvelle à mesure quelle a été faite, et
quils mont signalé chaque pas nouveau dans la recherche
de ces perfectionnements. Inévitablement ces physiciens devaient
se retrouver sur le terrain que javais déjà parcouru
dans mes recherches, et en effet, plusieurs de leurs découvertes
avaient déjà été faites par moi. Mais la
manière si honorable dont ils me communiquèrent leurs
résultats mérite mes plus chaleureux remerciments et ma
plus haute estime.
J'ai toujours pensé quune certaine proportion devait exister
entre les différentes parties dun téléphone,
et que la dimension elle-même de linstrument navait
point dimportance. Le professeur Peirce fut le premier qui démontra
que les aimants à employer devaient avoir une extrême petitesse.
Ici, pour indiquer le sens parallèle que nous avons suivi dans
nos recherches, je dirai que deux ou trois jours après que jeus
construit le téléphone portatif, contenant laimant
à lintérieur de la poignée, le docteur Channing
eut lobligeance de menvoyer une paire de téléphones,
du même type, inventés par les expérimentateurs
de Providence. La forme commode que jai adoptée a été
inventée par mon ami Je professeur Peirce seul. Jexprime
encore ma reconnaissance à mon ami et associé, M. Thomas
A. Watson, de Salem, dans le Massachusetts, qui ma prêté,
il y a deux ans, son concours dans mes recherches téléphoniques.
En poursuivant ces recherches, je nai jamais perdu de vue lunique
but du perfectionnement pratique de la télégraphie électrique,
mais jai rencontré un grand nombre de faits, qui, sans
se rattacher directement à mon but, offrent néanmoins
un certain intérêt. (Rescarches in Telephnny, Tract. of
American Academie Arts and Sciences, vol. XII, p. 1 )
Par exemple, jai trouvé quun ton musical est émis
par un morceau de plombagine ou de charbon de cornue, lorsquun
courant intermittent délectricité les traverse.
Jai observé les effets curieux daudition que produisait
le passage dun courant intermittent au travers du corps humain.
Plaçant un rhéotome dans le circuit dune bobine
dinduction, les fils primaires reliés au rhéotome,
les petits fils à deux bandes de laiton, je mis lune de
celles ci contre loreille, et jentendis quelle donnait
un son clair chaque fois que de lautre main je touchais lautre
bande. Ensuite, je tins une bande dans chaque main ; les courants induits
donnaient un tremblement musculaire dans les doigts. Mettant lindex
contre loreille, je perçus un bruit de crépitation,
qui semblait sortir du doigt lui-même. Un ami présent plaça
mon index contre son oreille, mais nentendit rien. Je le priai
de tenir lui-même les bandes, et alors il entendit distinctement
un bruit (que, partant de son doigt, je ne pus entendre). Dans ce cas
une portion des courants induits traverse la tête de lobservateur
quand il place contre loreille son propre doigt, et il se peut
que le son soit occasionné par la vibration des surfaces de loreille
et du doigt en contact.
Quand deux personnes reçoivent la secousse dune bobine
Ruhmkorff en joignant les mains lune de lautre et chacune
tenant de la main libre un fil de la bobine, un son part des mains jointes.
Cet effet ne se produit pas quand les mains sont humides. Quand chacune
des deux personnes touche le corps de lautre, un bruit sonore
part des points en contact. Quand le bras de lune des personnes
est posé contre le bras de lautre, le bruit produit peut
sentendre à une distance de plusieurs pieds.
Dans tous ces cas lon ressent une légère secousse
aussi longtemps que dure le contact. Lintroduction dun morceau
de papier entre les parties en contact n'empêche pas réellement
la production des sons, mais évite les secousses désagréables.Quand
le courant intermittent dune bobine Ruhmkorff traverse les bras,
une note musicale peut se percevoir à loreille appliquée
contre le bras de la personne sur laquelle se fait lexpérience.
Les sons partent, ce semble, des muscles de lavant-bras et du
biceps.
M. Elisha Gray ( Elisha Gray, Eng. Pat. Spec., n° 2646, août
1875) a également produit des effets perceptibles d'audition
par le passage de lélectricité au travers du corps
humain. Une note musicale très-claire est occasionnée
par létincelle dune bobine Ruhmkorff, lorsque le
circuit primaire est alternativement fermé et ouvert avec une
rapidité suffisante. Lorsque deux rhéotomes de différentes
hauteurs ouvrent et ferment simultanément le circuit primaire,
un son ou ton double part de létincelle.
Une curieuse découverte, qui peut offrir pour vous de lintérêt,
a été faite par le professeur Blake. Il construisit un
téléphone dans lequel, au lieu de laimant permanent,
il employait une tige de fer doux, de la longueur de six pieds environ.
Un ami chanta dun ton musical continu dans lembouchure du
téléphone actuel. Ce téléphone était
relié à la pièce de fer doux dont nous venons de
parler. Lon découvrit que la clarté du son produit
dans ce téléphone variait avec la direction dans laquelle
la tige était tenue ; et que le maximum deffet était
obtenu lorsque la tige était dans la position de laiguille
dinclinaison. Jai constaté moi-même cette curieuse
découverte du professeur Blake.
Lorsquun téléphone est mis dans le circuit dune
ligne télégraphique il semble quil émette
des sons de lui-même. Souvent lon entend les bruits les
plus singuliers, dont la cause est jusquà présent
restée obscure. Il est une sorte de bruits que produit linfluence
inductive de fils voisins et de courants dérivés de ces
fils. Les signaux de lalphabet Morse, lesquels traversent ces
fils, sont entendus dans le téléphone. Une autre sorte
de bruits vient de laction de courants terrestres sur le fil;
cest une modification très-curieuse du son, et que révèle
la présence de jointures défectueuses dans le fil.
Le professeur Blake me dit quil a pu remplacer le fil télégraphique
par le rail de la voie ferrée pour la conversation téléphonique.
Il dit aussi quun seul téléphone relié au
rail fait distinctement entendre les bruits du Morse, quoique les fils
télégraphiques les plus rapprochés soient à
la distance dau moins quarante pieds.
Le professeur Peirce a observé aussi des bruits étranges
produits dans le téléphone relié à un fil
télégraphique durant une aurore boréale, et je
viens dentendre aussi parler dun curieux phénomène
étudié par le docteur Channing. Dans la cité de
Providence, à Rhode-Island, un fil passant au-dessus de la toiture
dune maison, et de la longueur dun mille environ, est muni
dun téléphone à chaque bout. Dans une occasion
lon entendit faiblement dans lun des téléphones
une musique accompagnée de chant. Ce fut comme si quelquun
eût chanté en saccompagnant du piano. Naturellement
lon fit la supposition que des expériences étaient
faites avec le téléphone à lautre extrémité
du circuit, mais, vérification faite, la supposition se trouvait
fausse.
Lattention se porta donc sur le phénomène, les appareils
furent surveillés, et dans une autre occasion, le même
fait se reproduisit aux deux extrémités de la ligne, et
fut reconnu par le docteur Channing et ses amis. Il fut bien constaté
que ces bruits persistaient pendant deux heures et ordinairement commençaient
à la même heure. Des recherches faites le long de la ligne
ne révélèrent rien danormal, et je suis dans
limpossibilité de vous donner une explication de ce curieux
phénomène. Cependant le docteur Channing adresse sur ce
sujet une lettre à léditeur de lun des journaux
de Rhode-Island lui donnant les titres des chants, tels quils
avaient pu être connus, et beaucoup de détails dobservation
dans lespoir que la publicité pourra conduire à
la découverte du musicien, et donner ainsi la clef du mystère.
Mon ami M. Frederic A. Gower ma communiqué une observation
non moins curieuse quil avait faite sur la faible communication
de terre requise pour établir un circuit téléphonique.
Nous fîmes ainsi une série dexpériences, qui
nous donnèrent des résultats surprenants. Nous prîmes
donc deux téléphones adaptés à un fil isolé
de la longueur de 100 yards environ dans un jardin, et nous pûmes
engager une conversation avec la plus grande facilité, en tenant
en main ce qui remplaçait le fil de terre, de façon à
former à chaque bout la communication avec le sol au travers
de nos corps et ayant aux pieds des chaussettes en coton et des bottes
en cuir. Il faisait beau temps, et lherbe que nous foulions était,
en apparence, parfaitement sèche. Nous tenant sur une allée
sablée, les sons vocaux, quoique diminués, étaient
toujours parfaitement intelligibles; le même résultat se
produisait quand on était sur un briquetage de la hauteur de
un pied, mais, lorsque lun de nous se tenait sur de la pierre
de taille, nous nobtenions plus aucun son.
Une expérience que nous fîmes fut si intéressante,
que je dois en parler en détail. A lextrémité
de sa position M. Gower établit une communication entre la ligne
et la terre en se maintenant sur une pelouse, tandis que de mon côté
jétais sur une planche. Je priai M. Gower de chanter une
note musicale continue, et à ma grande surprise le son dans mon
téléphone fut parfaitement distinct ; examinant la place
de mon pied, je vis quil touchait un brin dherbe recourbé
à cette place. Jécartai cette herbe, et nentendis
plus rien du téléphone. Touchant du bout de la botte une
herbe ou le pétale dune pâquerette je percevais de
nouveau le son.
La question qui se place ici naturellement est celle-ci : au travers
de quelle longueur de fil le téléphone peut-il être
employé ?
Je réponds à cette question que le maximum de résistance
traversée par un courant ondulatoire reste à déterminer
pour conserver une puissance qui suffise à produire au point
darrivée un son perceptible. Cependant, dans des expériences
de cabinet, nulle difficulté na été rencontrée
à parler au travers dune résistance de 60 000 ohms;
cest la plus grande résistance que jai eue à
ma disposition. La longueur la plus grande de ligne télégraphique
réelle au travers de laquelle jaie essayé de conversera
été de 250 milles. En cette occasion nulle difficulté
na été rencontrée tant que des lignes parallèles
ne fonctionnaient point. Lon choisit comme jour le dimanche, où
dautres lignes pouvaient ne pas être occupées, et
une conversation fut échangée entre M. Thomas-A. Watson
à Boston et moi à New-York, et elle dura jusquà
louverture du trafic sur les autres lignes. Quand ce trafic commença,
les sons vocaux diminuèrent considérablement, mais cependant
furent encore perceptibles, et ressemblaient au bruit dune conversation
échangée durant un orage. Dailleurs, une conversation
était devenue difficile, à cause de la confusion quy
apportaient les courants perturbateurs.
Mon ami M. Preece ma informé quune conversation a
été échangée avec succès au moyen
de téléphones portatifs au travers dun câble
de la longueur de 60 milles sétendant de Dartmouth à
lîle de Guernesey.
Al. GRAHAM Bell.
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