Antoine BREGUET et le téléphone
HISTORIQUE DE LA "MAISON BREGUET"
Malgré les troubles de la Révolution et
les guerres de Napoléon, Abraham Louis Breguet
avait réussi avec l'aide de son fils Antoine Louis,
de sa belle-sur Suzanne L'Huillier, et d'une petite équipe
remarquable d'ouvriers, à créer la première marque
d'horlogerie d'Europe .
Abraham Louis Breguet mourut en 1823, laissant une maison en pleine
prospérité, mais son fils Antoine Louis, depuis1812, date
de la mort de son épouse, pensait de plus en plus à se
retirer à la campagne pour y vivre comme un 'gentleman farmer'
britannique. Fort heureusement, il avait lui-même un fils unique
qu'il forma pour le remplacer et continuer la tradition de la maison.
Ce fils, Louis François Clément, né en 1804, avait
dix-neuf ans au moment de la mort de son grand-père. Depuis deux
ans il était revenu de Neufchâtel (Suisse), où il
vivait chez son parrain J.F. Huguenin, pour terminer son apprentissage
à Versailles chez Perrelet, habile horloger et maître sévère.
Enfin il avait travaillé à l'atelier familial, astreint
à un horaire rigoureux établi par son père: de
5 heures 30 à 10 heures du soir dimanches compris, pour rattraper
les années "trop buissonnières" de Neufchâtel.
Il put ainsi compléter sa culture et ses connaissances autant
théoriques que pratiques.
Concurremment, Antoine Louis Breguet dirigeait, avec son cousin Lassieur,
l'équipe d'ouvriers horlogers qui travaillent dans l'atelier
situé quai de l'Horloge. Et le "petit Louis " - appelé
longtemps ainsi car sa taille ne dépassait pas 1 mètre
55 - fut envoyé à Genève, où il travailla
comme simple ouvrier de 1824 à 1827. À son retour à
Paris, il se consacra à la construction des chronomètres
de marine. Il écrira en 1847 dans la notice sur ses travaux présentée
à l'Académie des Sciences: "Il n'y a pas dans les
montres marines et dans les pendules astronomiques de pièces
délicates que je n'ai exécutées de mes mains ".
La Révolution de 1830 passa
devant les fenêtres de
la maison du quaide l'Horloge. Louis Breguet était alors garde
national.
Les pièces marines accaparaient tout le temps du jeune homme.
Il gagna l'estime d'Arago, en mettant au point des compteurs à
pointage, qui furent utiles pour le progrès des astronomes. Mais
le 7 mars 1832, survint un événement qui aura une importance
primordiale pour l'avenir de la maison.
Le petit Louis , ayant vu chez Arago une démonstration d'unélectro-aimant
à base d'un fer à cheval, décida de devenir électricien
!
Le 14 mai 1833, Louis épousa sa cousine Caroline Lassieur, la
fille de Louis Lassieur et de Sophie Courbin. Louis Lassieur était
le fils de Marie-Louise une sur cadette d'Abraham Breguet. Louis
Breguet et Eugénie Caroline Lassieur eurent trois enfants :
- Louise (1847-1930), mariée en 1868 avec Ludovic Halévy
- Antoine (1851-1882), marié
en 1877 avec Marie Dubois
- Madeleine (née en 1853), mariée en 1872 avec Jules Antoine
Charles Taschereau
Le 20 mai 1833, Antoine Louis Breguet signait l'acte de vente de sa
maison à Breguet, neveu et Cie, formée par Louis Breguet,
Louis Lassieur et Trédos, le comptable et ami fidèle.
Le prix en était de 270.000 francs, payés par les trois
sociétés, mais Louis était considéré
comme ayant déjà payé 50.000 francs, son père
reconnaissant dans l'acte que son salaire avait été anormalement
bas depuis son entrée dans la maison
Peu à peu, Louis Breguet va laisser les activités horlogères
à un chef d'atelier pour se consacrer aux applications de l'électricité.
Remarquons que les horloges électriques ne furent qu'un épisode.
Il inventa un compteur d'effets mécaniques en 1841. C'est cette
année que fut publié son " Mémoire sur
l'induction " qui rapporte ses expériences réalisées
avec Masson et Savart (paru dans les Annales de Physique IV 129, 1841).
Ce travail servit à Ruhmkorff pour construire sa fameuse bobine.
Cette année 1841 fut propice : 37.000 francs de bénéfices,
hélas rapidement perdus à la suite de la faillite des
banquiers Parisiens. À cette époque Louis Breguet réalisa
un thermomètrographe horaire qui enregistra à l'Université
de Kasan en Russie des températures de -42 degrés centigrades
: il sera nommé membre de cette université en 1843.
Toujours en 1843, Louis Breguet mit au point, sur demande d'Arago et
en utilisant une méthode attribuée à Wheatstone,
un appareil à miroirs tournants, où l'on voit trois miroirs
combinés faire chacun plus de 2.000 tours par seconde, entraînés
uniquement par des engrenages.
Louis Breguet déclara avoir atteint en enlevant les miroirs,une
vitesse de près de 9.000 tours seconde, soit 540.000 tours minutes
!
Ce miroir tournant, fut utilisé par Léon Foucault et par
Hippolyte Fizeau pour mesurer la vitesse de la lumière (1850).
sommaire
Le télégraphe Foy et Breguet à aiguille(s).
Cette époque fut pleine d'activité, car le télégraphe
électrique se développait en France, après sa découverte
par les Anglais, il faut le reconnaître !!. Louis Breguet sur
les instigations d'Alphonse Foy, directeur général des
télégraphes, inventa un appareil qui reproduisait les
signaux Chappe et fut chargé de surveiller la construction de
la première ligne télégraphique de Paris à
Rouen (1845).
Appareil N°1 à deux aiguilles
En 11 juin 1845 on fait des essais, le long de la ligne de chemin de
fer Paris-Rouen, avec le premier télégraphe électrique
en France: le "Foy et Breguet". Alphonse Foy, administrateur
en chef des télégraphes (aérien) avait demandé
à Louis Breguet (1804- 1883) de fabriquer un appareil qui devrait
reproduire, d'une façon simplifiée, les mouvements du
télégraphe aérien. Ainsi, espérait l'administrateur
en chef, les stationnaires n'auront pas à refaire un apprentissage.
Cet appareil une merveille de mécanique, n'en demeure pas moins
un " monstre " technologique abandonné au bout de quelques
années. On ne simulait pas les positions du régulateur
mais uniquement celles de ses deux indicateurs. On était donc
limité à 8 x 8 = 64 positions. Un inconvénient
de ce modèle était dû au fait qu'il nécessitait
deux fils (un fil par aiguille) avec le retour du courant par une connexion
à la terre, alors que ses concurrents à cette époque
n'avaient besoin que d'un seul fil (plus retour par la terre): p.ex.
le télégraphe de Wheatstone à une aiguille et son
télégraphe à cadran, ainsi que le système
de Morse.
Alors Louis Breguet présentait le modèle 'Foy et Breguet'
à une seule aiguille. Avec cet appareil on transmettait d'abord
la position de l'aiguille gauche de l'ancien modèle et ensuite
celle de l'aiguille droite. La vitesse était par conséquent
réduite mais l'avantage était la diminution importante
des frais des lignes.
Appareil N°2 à
une aiguille.
Ce télégraphe à signaux, type Foy-Breguet
ne peut être que dun emploi transitoire car il cumule nombre
de handicaps : il limite le développement de la télégraphie
en la rendant tributaire du vieux système de vocabulaire de Chappe,
spécial à la France, et ne peut donc pas participer à
un réseau international ; dautre part, il ne laisse aucune
trace matérielle des signaux et ne permet aucun contrôle.
11 août 1846: La compagnie de chemin de fer Paris à
Saint-Germain est autorisée à utiliser le télégraphe
électrique.
Vers 1848 Louis Breguet mettait au point.
le télégraphe à cadran
Sur le récepteur les lettres, chiffres et quelques
signes sont inscrits sur une circonférence de cercle et forment
un cadran analogue à celui dune horloge Une aiguille est
mobile au centre du cercle ; chaque passage ou chaque interruption de
courant la fait tourner dun pas et donc passer dune lettre
à la suivante. Lorsquelle sarrête pendant un
certain temps dans une de ses positions, elle indique la lettre transmise.
Laiguille peut tourner par lintermédiaire dun
mouvement dhorlogerie (dans les systèmes Wheatstone et
Siemens cest sous linfluence du courant du signal reçu).
Le manipulateur (émetteur) porte sur le pourtour de son cadran
en laiton les mêmes caractères dans le même ordre
Une manivelle est articulée au centre. En la tournant lon
ferme dabord le circuit électrique en avançant dun
caractère (dun pas) pour fermer le circuit en passant au
caractère suivant et ainsi de suite. Et comme on a vu, cest
ce train dimpulsions de courant qui fait avancer laiguille
du récepteur.
"Notons quexistait déjà depuis plusieurs années
des télégraphes à cadran, comme par exemple celui
de Wheatstone (Angleterre, déjà en 1839 !), Fardely (Allemagne
en 1843) et celui de Siemens & Halske (Allemagne 1847)".
sommaire
La révolution de 1848 passa. Lassieur mourut
en 1851. Le fils Antoine comme son grand-père écrivait
cette année-là les lignes suivantes qu'il est amusant
de reproduire aujourd'hui : "Il faut convenir que nous avons
bien du bonheur de nous trouver en ce moment témoin de tant de
miracles, par ce que le mot progrès ne me semble pas convenir
à la rapidité avec laquelle les découvertes se
succèdent. La politique,seule de toutes les connaissances humaines
ne paraît pas avoir fait un pas ".
C'est à cette époque que se plaça la malheureuse
affaire Mouilleron, à l'occasion de laquelle une trop grande
légèreté de gestion de la part de Louis Breguet
faillit provoquer sa ruine. Mouilleron, son chef d'atelier, intelligent
et entreprenant, était devenu à son insu son principal
créancier et le propriétaire de la plupart des machines.
Il était également locataire d'un étage de la maison
du quai de l'Horloge, qui venait d'être ajouté pour la
télégraphie. L'affaire fut arrangée par des compensations
financières, dont la plus grande partie fut fournie par Antoine
Louis Breguet, au prix de sacrifices importants.
Notons au passage qu'une nouvelle faillite de banquiers lui coûta
plus de 150.000 francs. Vers 1855, la maison Breguet construisait des
télégraphes pour toute l'Europe, et même pour le
Brésil et le Japon. D'autres fabrications furent adjointes, ce
qui entraîna la location d'un atelier plus grand à Montparnasse.
Cet agrandissement motiva une lettre du vieux Breguet qui écrivai
à un ami le 5 mars 1855 :" Mon fils a loué un
superbe atelier,où il pourra placer plus d'ouvriers que dans
le sien. Je ne goûte pas autant que lui d'avoir tant d'ouvriers".Et
pourtan t,il n'y en avait que cinquante-cinq ! Parmi les nouvelles fabrications
apparurent des exploseurs coup-de-poing pour l'armée et la marine,
invention de Louis Breguet. Il lui fut demandé de résoudre
le problème de la transmission de l'heure à distance.
En 1856 il créa pour Lyon, un système qu faisait marcher72
cadrans par un courant inversé à chaque minute. En 1857,
ce fut la réalisation de la remise à l'heure des horloges
mécaniques à distance. En 1876, celle des centres horaires,
qui recevaient à la seconde près, l'heure de la pendule
mère de l'Observatoire de Paris.
Des ateliers Breguet virent le jour également: le sphygmographe
de Marey, le régulateur d'Yvon Villarceau pour les équatoriaux
de l'Observatoire, l'oscillomètre de Berlin, le sismographe de
Bouquet de la Grye, le chronographe du capitaine Fleuriais, et beaucoup
d'autres réalisations, parmi lesquelles les accumulateurs de
Planté et diverses lampes à arc, sans oublier l'hélicoptère-jouet
de Pénault. Citons un exemple de feed-back: un régulateur
pour la vitesse d'écoulement de gaz dans une usine, en rapport
avec lesbesoins de la consommation.
Louis Breguet obtint les plus hautes récompenses
lors des expositions mondiales, mais ce qui lui procurât le plus
grand plaisir fut d'être nommé membre du Bureau des Longitudes
(1862) puis d'être élu à l'Académie des Sciences
en 1874, places qu'avait également occupé son grand-père
Abraham, qui, comme lui, avait fait toute son éducation à
l'établi, sous la blouse d'ouvrier.
1856 Finalement cest le système
morse qui va gagner la bataille commerciale et devenir lappareil
« standard » en Europe.
Morse avait déjà construit un grossier appareil en 1837
mais se présentait ici avec un modèle beaucoup plus pratique.
Lémetteur de ce télégraphe comprend un manipulateur
(clef), qui permet de mettre la pile dans le circuit. Ce circuit est
formé par un seul fil, la terre fonctionnant comme deuxième
fil. Le récepteur est essentiellement un électro-aimant
qui entraîne le système décriture. Si lon
appuie sur le manipulateur, le circuit est fermé et la pile envoie
le courant dans lélectro-aimant du récepteur. Celui-ci
attire le stylet qui est normalement retenu en position de repos par
le ressort. La bande de papier est entraînée par un mécanisme
de ressort. Au fur et à mesure que lon appuie plus au moins
longtemps sur le manipulateur, on griffe des points ou des traits dans
la bande de papier.

Télégraphe Morse de construction Breguet
et à droite l'appareil de ladministration.
Il sagit dun système entraîné par des
poids et le signal est griffé dans la bande de papier à
laide dune pointe métallique. Il est équipé
dun relais afin « damplifier » les signaux électriques
reçus.
La figure montre un « vrai » télégraphe morse
de Breguet, toujours à impression « en relief ».
La figure à droite montre un modèle ancien à encre
de la maison Digney avec son relais. Le système qui imprimait
les points et les traits sur la bande avait été introduit
au début des années 1850 par ce constructeur.
sommaire
Horlogerie, télégraphie, téléphonie,
aviation : ce sont les domaines où les Breguet brillent.
Le fils Antoine Louis a inventé la première montre à
remontoir sans clef, le petit-fils Louis-François Clément,
celui qui a vendu lentreprise, est intéressé par
lélectricité, larrière-petit fils,
Antoine Breguet se rend célèbre avec la dynamo électrique
et le téléphone.
Le premier appel téléphonique fait en France sest
fait entre le 1er et le 3e étage au 39 Quai de lHorloge
! Ce nest pas rien ; et Louis-Charles Breguet, fils dAntoine,
(on est donc dans la cinquième génération) est
lingénieur du premier hélicoptère volant
(cela se passe en 1907 il a alors 27 ans) ! il est aussi le fondateur
de la « Compagnie des messageries aériennes », origine
d « Air France » dont il est aussi le fondateur !
En 1930, le premier trajet Paris-New York est effectué par un
avion Breguet, le Breguet 19TR Super Bidon (allusion à son grand
réservoir et décoré de deux points dinterrogation
dans son fuselage, en 37 h 18 min.
En 1976 cest un avion militaire Breguet deux-ponts qui permet
à Ramsès ii. daller à Paris pour son traitement
de beauté à Paris ! Par ailleurs, jai une relation
particulière avec le journal Le Figaro et il se trouve quil
appartient au groupe Dassault, que jai rencontré Serge
Dassault et que cest son père, Marcel Dassault qui a acheté
en 1967 la Breguet Aviation avant de lintégrer à
sa propre entreprise sous le nom Avions Marcel Dassault- Breguet Aviation,
ou Dassault- Breguet.
sommaire
Revenons après la guerre de 1870, le fils
Antoine, à l'âge de vingt-cinq ans, entra à
son tour dans la maison; son père le chargea de mettre au point
avec Graham Bell venu des USA, la fabrication
des premiers téléphones à Paris. Il devait
également réaliser avec Ader
les premières transmissions théâtrales
stéréophoniques dans le cadre de l'Exposition d'électricité
de 1881 à Paris, dont il fut, à trente ans, le Secrétaire
général des installations.
En parlant du quai de lHorloge, les enfants diront
plus tard que cette maison familiale était un paradis.
Lharmonie et laffection y règnent, mais aussi la
discipline, et une rigoureuse éducation calviniste qui mobilise
le sens de leffort dans ce lieu qui est dédié au
travail ; les ateliers Breguet sont tout proches, dans les étages
supérieurs. Si les enfants sont raisonnables, cest parce
que la confiance des parents a développé leur esprit de
responsabilité et de solidarité.
Les soirs sans visiteur, on dîne tôt, puis les enfants envahissent
la grande chambre des parents, située au midi, pour faire durer
les soirées familiales ; outre les parents et leur tante, il
y a les trois grands cousins Niaudet : Alfred
qui travaille déjà avec Louis-Clément, Sophie et
Alice les deux cousines qui font leur ouvrage ou jouent avec les petits
Breguet, Louise, Antoine et Madeleine. La tante Mathilde fait parfois
la lecture à haute voix, de façon un peu décousue
à cause dune surdité naissante. Après Edgar
Degas, ami de lycée dAlfred Niaudet, ce sont ses surs,
Thérèse et Marguerite qui sont devenues les grandes amies
des filles Niaudet et viennent fréquemment passer un moment au
Quai. ; cette jeunesse contribue à entretenir un climat de gaieté
et démulation dans la vénérable maison.
Le jeune Antoine, qui est plutôt bon élève, fréquente
très tôt le lycée Saint Louis où il est suivi
par M. Rabec, un vieux professeur de mathématiques ami de la
famille. Seul garçon au milieu de quatre filles, il est lobjet
dune véritable adoration, en particulier de sa cousine
Alice Niaudet, parce quil se montre toujours généreux,
enjoué, enthousiaste et plein de bonnes idées. Aux heures
où ils nont pas à travailler, les enfants sont très
libres et passent souvent leur dimanche à courir dans les ateliers
vides. A moins quils ne profitent des outils, des tours dont ils
ont appris à se servir et récupèrent des morceaux
de bois qui traînent pour bricoler.
Les grandes vacances, se passent pour lessentiel chez Antoine-Louis
au Buisson, lieu familier où les enfants retrouvent avec enthousiasme
toutes les joies de la campagne, dans une liberté totale à
condition que la maison ne soit jamais troublée par des cris,
des disputes ou même une quelconque musique que ne supporte pas
leur grand-père.
La mort par épuisement d'Antoine en 1882,
puis celle d'Alfred Niaudet, son collaborateur
proche (et fils de son neveu Alfred Niaudet) le 11 octobre 1883, furent
des coups terribles pour Louis Breguet qui décéd à
son tour dans sa maison du quai de l'Horloge le 27 octobre 1883, il
est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Il était
alors âgé de79 ans.
La maison Breguet, devenue l'année précédente une
société anonyme, au capital de trois millions, grâce
à des apports extérieurs, put continuer mais sans Breguet
à sa tête; ses petits-fils Louis et Jacques n'ayant que
trois et deux ans.
1883 - Cent ans s'étaient écoulés
depuis la fondation de l'atelier d'horlogerie du quai de l'Horloge:
on pouvait donc mesurer les changements survenus au cours de quatre
générations de Breguet. La section horlogerie avait quitté
définitivement le quai de l'Horloge en 1870, à la suite
de sa cession à Edward Brown, son chef d'atelier. Elle ira suivre
sonpropredestindanslequartierdu commerce de luxe, celui de la rue de
la Paix et de la Place Vendôme, conservant le nom prestigieux
de son fondateur.
La télégraphie et la téléphonie venaient
de quitter aussi la vieille maison ; n'y restaient qu'un bureau commercial
et un laboratoire, depuis la création de l'annexe du boulevard
Montparnasse, qui s'était avérée à son tour
trop petite. La jeune société anonyme Maison Breguet avait
alors construit des ateliers modernes sur une superficie de près
d'un hectare dans le sud du même quartier, rue Didot, en utilisant
pour leur charpente les fermes métalliques de l'Exposition Universelle
de 1878. Inaugurés le 1er septembre 1882 - deux mois après
la mort d'Antoine - ils allaient subsister plus de quatre-vingt ans.
Avec un personnel de près de 250 personnes, on y construisait
des appareils mécaniques et électriques d'une grande diversité,
mais en très petites séries, et de plus en plus importants
par la taille. Machines électriques et àvapeur, pompes,
engrenages, projecteurs et appareils d'éclairage, monte-charges,
appareils spéciaux pour la marine, mines sous-marines, etc.
Ces ateliers ayant vieillis, et à leur tour, devenus trop petits,
disparurent après que la Maison Breguet fut absorbée par
la société Fives-Lille-Gall, et devinrent des immeubles
d'habitation. Les habitants du quartier
- les plus âgés - se souviennent-ils encore de la façade
des bureaux, sur laquelle avaient été placés les
bustes des quatre générations de Breguet, mécaniciens
du XIXème siècle, qui en cent ans, d'ouvriers étaient
devenus des industriels? C'est peu probable, tant les changements ont
été rapides ces années-là.
Revenons à Antoine Breguet
(1851-1882), citoyen français, polytechnicien, il succède
à son père à la tête de la Maison Breguet

Antoine Bréguet est le premier membre de cette lignée
familiale à faire des études supérieures.
Au début de 1870, Antoine a dix-huit ans lorsquil
subit une violente attaque de rhumatisme articulaire qui compromet gravement
sa santé en lui laissant le germe dune maladie de cur.
Après sa convalescence à Etretat chez sa soeur, Louise
Halévy, il rentre à Paris alors que la guerre menace.
Depuis la victoire des prussiens à Sadowa, les maladresses de
Napoléon III vis-à-vis de la politique de Bismarck ont
contribué au succès dune Allemagne unifiée
et forte qui cherche un prétexte pour que senflamme la
discorde. La candidature de Léopold de Hohenzollern au trône
dEspagne apparaît comme une machination de Bismarck et,
comme telle, une menace contre la France qui déclare la guerre
à lAllemagne le 19 juillet 1870.
Antoine, qui veut participer à la défense de Paris, senrôle
dans le bataillon des mineurs auxiliaires du génie dont il sera
rapidement nommé sous-
lieutenant. Il faut dire quil connaît « lexploseur
» * inventé par son père et quil en
a appris le fonctionnement, ce qui rendra de grands services pendant
le siège de Paris.
En moins de deux mois, le monde chavire. La France capitule à
Sedan le 31 août ; Napoléon III, fait prisonnier, est emmené
en captivité. Le 4 septembre, un gouvernement de Défense
nationale est formé et la IIIe République proclamée
à lHôtel de Ville par Léon Gambetta.
*Appareil électrique employé pour mettre à
grande distance le feu aux mines, et que lon fait agir par un
coup de poing ou une percussion vive. Le « coup-de-poing Breguet
» utilise le courant induit que provoquent la séparation
brusque et la remise en place de larmature dun puissant
aimant.
coup-de-poing
Breguet
Le 18 septembre commence le siège de Paris ; la capitale
est cernée par les prussiens. La population manque de tout. Antoine
décide de tenir un journal de crise ... Paris bombardé
et affamé capitule le 29 janvier 1871. Larmistice est signé
à Versailles. A la fin du mois de février ...
Au 39 quai de lHorloge la vie sest rapidement mise au ralenti
pendant cette période troublée. Peu avant la défaite
de Sedan, Marcellin Berthelot
avait persuadé sa tante, Caroline Breguet, déloigner
de Paris sa fille, Louise Halévy, sur le point daccoucher.
Elles sont accueillies toutes les deux chez les Maupassant à
Etretat où va naître son premier fils, Elie Halévy,
le 6 septembre 1870.
Comme elles, de nombreux amis et clients sont partis se mettre à
labri en province. Les rues de Paris sont désertes, la
population réduite de moitié : un véritable exode.
Sortir de Paris, pour quelque raison que ce soit, y compris pour se
ravitailler, nest pas absolument impossible mais plutôt
dangereux. On profite de cette période pour réorganiser
la Maison Breguet après que Louis-Clément eût décidé
de la consacrer exclusivement à lélectricité
et quil eût cédé la branche horlogerie à
son chef datelier, Monsieur Brown. Moment capital où Louis-Clément
rencontre Zénobe Gramme qui vient dinventer la dynamo électrique.
Dorigine belge, venu sinstaller en France comme ouvrier
ébéniste chez Christofle, Zénobe Gramme sest
trouvé dans un environnement stimulant en étant en contact
avec les problèmes délectricité industrielle
de son temps (Christofle était un gros consommateur délectricité
pour argenter ses couverts par galvanoplastie et ses installations de
piles sont immenses). Gramme est un bricoleur de génie et au
fur et à mesure que ses connaissances saffinent, il se
rend compte, lui un homme pratique, que lélectricité
et ses lois sont bien connues, mais que les applications ne suivent
guère. Que cette étonnante énergie, il faudrait
la transformer en énergie mécanique, combiner la force
motrice et lélectricité. Zénobe Gramme fait
des essais, bricole chez lui, dans sa cuisine, avec une plaque de gutta-percha
(forme de latex naturel), des aimants et du fil de cuivre.
Il va faire franchir un pas décisif à la production délectricité
en inventant et mettant au point le prototype de la dynamo industielle
en 1869. Avancée scientifique considérable car la «
machine magnéto-électrique » peut générer
un courant puissant sur une longue durée, alors que la pile,
seule source délectricité disponible jusque là,
ne peut produire quun courant peu durable, pas toujours fiable
et demandant un entretien constant.
La Maison Breguet, spécialisée dans la fabrication de
toutes sortes de matériel électrique, sintéresse
immédiatement à cette découverte avec laquelle
elle imagine remplacer totalement les piles.
La vraie révolution provoquée par la dynamo vient de deux
de ses propriétés essentielles : son adaptabilité
à de nombreuses applications due au fait que lintensité
du courant produit varie en fonction de sa vitesse de rotation; et sa
réversibilité, que lon peut mettre en évidence
de la façon suivante : «..en mettant deux dynamos dans
le même circuit, si lon fait tourner la première
à la main, la seconde se met aussitôt à tourner
».
Dès leur première rencontre, entre Antoine Breguet, le
futur brillant polytechnicien passionné de théories scientifiques
et Zénobe Gramme, le technicien autodidacte un peu fruste et
bourru, le courant passe... La Maison Breguet achète le brevet
de la dynamo électrique et Louis-Clément soutient les
efforts de Gramme en lui finançant les premières annuités
du dépôt de son brevet. La machine initiale est rustique
et dun rendement
médiocre. Plus tard, Antoine en détaillera les éléments,
les étudiera méthodiquement de façon scientifique
pour améliorer ses performances. En 1881, il publiera un fameux
mémoire, «La Machine de Gramme, sa théorie et sa
description ».
Quand Gramme verra son invention mise en équations, il sécriera
: «Si javais su quil me faudrait savoir tout celà,
je ne laurais jamais inventée»
1873 Antoine, à peine remis dune crise de rhumatisme articulaire,
prépare le concours de lécole Polytechnique auquel
il est reçu dans la moyenne.
Maintenant, il doit effectuer trois années détudes
très prenantes pendant lesquelles ses principales distractions
se trouvent dans le laboratoire
délectricité de la Maison.
1874 est une année glorieuse pour la Maison du quai de lHorloge.
Le 30 mars, toute la famille descend à pied le quai Conti pour
assister à la réception de Louis-Clément à
lInstitut de France. Le cousin Marcellin, qui lui a repassé
lhabit familial, est là pour laccueillir au milieu
de ses amis académiciens : le président, Jules Jamin,
le secrétaire perpétuel, Joseph Bertrand, Ferdinand de
Lesseps, Jules Marey, Victor Régnault
Quelle émotion pour Louis de se retrouver en cette place dans
lhabit de ce grand-père auquel il voue une telle admiration
!
En juillet, cest au tour dAntoine dêtre lobjet
de la fierté familiale ; il est le premier de la famille à
sortir de lécole Polytechnique, après trois générations
de Breguet, horlogers et savants, qui, sans titre universitaire, ont
fait toute leur éducation à létabli sous
la blouse douvrier .
Nous sommes en 1877. Antoine a vingt-six ans, et pour sa sur Louise
Halévy qui veille toujours sur lui avec sollicitude, il est temps
de penser sérieusement à fonder une famille. Or, ce nest
pas dans ses fréquentations daffaires ou de sociétés
savantes quil peut espérer trouver un parti.
Un beau soir daoût, Louise et Ludovic passent au quai de
lHorloge avec un de leurs amis, Monsieur Gendron. Ils entraînent
Antoine dans une promenade parisienne ; jardin des Tuileries, place
de la Concorde, rue saint Honoré ; ils atterrissent au cercle
de lUnion, chez les Dubois.
Louise connaît bien Madame Dubois, née Camille OMeara,
réputée comme ayant été la meilleure élève
de Chopin, qui maintenant enseigne le piano au Gotha parisien. Deux
filles ravissantes et douces apparaissent : Marie, bientôt dix-neuf
ans et Henriette, quatorze ans.
Dans son agenda personnel à la date du 15 août 1877 Marie
Dubois écrit : « Monsieur et Madame Ludovic Halévy
sont venus le soir avec MM. Gendron et Breguet. Joué à
quatre mains et seule : Romance de Rubinstein et Etude de Chopin »
On voit sur la page quelle a rajouté plus tard «Cest
la première fois que je Lai vu ». Comme dans un grand
nombre de familles bourgeoises, le clan Halévy a sa « marieuse
», Madame Brun. Dès la belle saison, celle-ci organise
dans sa propriété du Pecq des réunions dominicales
que fréquentent jeunes gens et jeunes filles de la bonne société.
On y fait connaissance en jouant au croquet sur la pelouse. Dans le
carnet de Marie, les
dimanches se suivent avec : « Partie de croquet avec Madame Halévy
et son frère », puis : « Partie de croquet avec M.
Breguet »...
Dernière indiscrétion dans son intimité, elle écrit
le 26 septembre : « Voilà juste six semaines que je lai
vu pour la première fois. Maman me parle de lui à mon
grand étonnement, car jétais arrivée à
me persuader que je le désirais trop pour quil puisse penser
à moi ».
Le 2 octobre, ils sont fiancés et cest la naissance dun
grand amour. Marie est de souche irlandaise, profondément catholique
et les Breguet,
calvinistes, devront une fois encore faire preuve de leur tolérance
cuménique... Mais tout se passe bien et le mariage est
célébré en léglise de la Madeleine
le 15 décembre 1877, quatre mois seulement après leur
première rencontre. Le ménage sinstalle non loin
du Quai, 4 rue Perrault, où naît leur premier enfant, Madeleine,
le 19 décembre 1878.
Antoine sera le plus prolifique des inventeurs de sa lignée et
bien que décédé jeune, il égalera et surpassera
même ses prédécesseurs.
Il est aussi inventeur dans de nombreux domaines : il est spécialiste
de la dynamo électrique et du téléphone et par
ailleurs enseignant à la Sorbonne et à l'EPHE ainsi que
directeur de la Revue Scientifique. En 1875, il confectionne
un anémomètre ingénieux.
À tout juste trente ans Antoine Bréguet est nommé
chef du Service des Installations à la première Exposition
Internationale de lÉlectricité et au Congrès
des Électriciens qui se tiennent à Paris en 1881.
Le 3 mars 1976, le brevet du
téléphone n° 174 465 est délivré à
A.G. Bell ... puis Le
15 Mai 1877 - Bell Présente le téléphone
à main (hand telephone) avant d'entreprendre son voyage de promotion
en Europe en commencant par la Grande Bretagne.
En Septembre 1877 A la réunion annuelle de l'association
Britanique (BAAS) à Plymouth, on apprit les progrés fait
depuis et WH.Preece,
avec la participation de Bell, ils firent la première démonstration
pratique avec la fameuse paire de Hand-Téléphones amené
par WH Preece.
Antoine, qui parle couramment langlais, est membre de la Society
of Telegraph Engineers, et à ce titre il se rend à Plymouth
pour faire la découverte de ce « télégraphe
parlant ». Il est tout de suite subjugué par le téléphone
dont il se plait à imaginer le développement, et il se
fait confier par Bell une paire dappareils. Rentré à
Paris, plein denthousiasme, Antoine déclare à des
collègues :
A cette réunion assiste son
cousin Alfred Niaudet,
neveu de Mr
Louis Bréguet (père) et célébre
constructeur de matériel éléctrique chez Bréguet,
qui parle couramment l'Anglais et qui est aussi membre de la "Society
of telegraph Engineers".
Le lendemain Niaudet recoit des mains même de l'inventeur
une paire de téléphones (photo ci contre au musée
du cnam) pour les amener en France.
Ces deux téléphones traverserent la Manche, dans une
boite fermée à clef. Ils étaient en bois de
frêne blanc tout à fait rustique et assez semblable
à un bilboquet, la paire sera par la suite, donnée
par la veuve A.Breguet au Musée des arts et métiers
à Paris en 1884 et y sont toujours visibles.
Breguet sans tarder fit une présentation devant un
petit comité apartenant à l'institut et Collége
de France.
Fin septembre 1877 Niaudet et Breguet organisent une présentation
à l'Académie des Sciences à Paris.
|
 |
Cest Monsieur Breguet qui a joui du précieux
avantage de tenir entre ses mains et dessayer, à son aise,
le téléphone. Pareil à saint Thomas, il a pu croire
parce quil a vu et touché. Aussi sest-il empressé
de faire part à lAcadémie des Sciences de létonnement
que lui a inspiré le merveilleux appareil américain, non
seulement par les résultats incroyables obtenus, mais aussi par
la simplicité des organes qui le composent. La pureté de
la voix humaine et ses nuances sont si bien conservées que lon
peut reconnaître la voix de la personne qui parle.
Puis A. Niaudet fait ses premières expériences et une présentation
à Paris début novembre 1877 et termine en annonçant
que M. Bell lui avait formellement promis de venir bientôt à
Paris et dy prendre la parole dans une réunion scientifique.
Ce sera une fête pour les admirateurs de lheureuse invention
du téléphone.
Le 2 Novembre 1877
, Alfred Niaudet et Antoine Breguet expérimentent
" le téléphone" devant des membres de l'institut
et du collége de France.
Le
3 Novembre 1877 dans Les Tablettes des Deux Charentes,
on lisait :
A la dernière séance de lAcadémie des
Sciences, M. Bréguet a soumis à la docte compagnie
un appareil nouveau, dont lapparition a fait, en
Europe, une sensation profonde. Il sagit du téléphone,
ou télégraphe parlant, inventé, en Amérique,
par M. Graham Bell.
Avant dentretenir ses collègues de cet appareil, si
simple dans sa construction et dans la combinaison des différents
organes qui le composent, mais qui produit des résultats
si merveilleux, M. Bréguet a voulu en faire lessai.
Les expériences ont eu lieu en présence de quelques
membres de lAcadémie des sciences et du Bureau des
Longitudes, parmi lesquels MM. Faye,et le commandant Périer.
Les résultats ont été merveilleux : à
une distance de 30 kilomètres,les sons se trouvaient transmis
avec une netteté si grande que lon distingue parfaitement
lorigine de ces sons, cest-à-dire sils
proviennent de la voix humaine ou dun Instrument quel conque.
On reconnaît même lorgane dune personne
qui vous est familière.
M. Bréguet a complété ces expériences.
Il les a poussés aussi loin que possible. Ainsi, il a introduit
dans le circuit de ce télégraphe parlant, du point
de transmission au point de réception, une résistance
égale à 1,000 kilomètres. Les sons, quoique
plus faibles, nen étaient pas moins très distincts.
M. Bréguet pense que lappareil de M. Bell étant
le premier de ce genre qui ait été construit, est
susceptible de nombreux perfectionnements, et nul doute que ces
perfectionnements ne lui permettent de produire, dans un avenirprochain,
des résultats encore plus surprenants. |
Ci dessous deux lettres de correspondance entre Bell et Niaudet sont echangées,
la première rédigée par Alfred Niaudet, le 8 novembre
1877, quelques jours après la première démonstration
dun téléphone en France ;

« Cher Monsieur, merci infiniment pour votre intéressante
lettre et pour les journaux que vous mavez transmis. Je serai à
Paris pendant six ou huit jours et jespère vous y rencontrer.
Je vous envoie un journal contenant les comptes rendus de ma conférence
ici. Les remarques de Sir William Thomson ont été si brillantes
quelles devraient certainement être traduites en français
et auront un grand poids. En hâte, vôtre, sincèrement.
Alexander Graham Bell. »
La seconde écrite par Alexander Graham Bell le lendemain, 9
novembre, à Alfred Niaudet. Lettre autographe signée
au physicien Théodore Schneider.
  
« Monsieur, Pourriez-vous menvoyer une douzaine de brochures
(éclairage industriel par la lumière électrique
Heilmann et Schneider) ou plutôt pourriez-vous me les faire envoyer
par limprimeur Vve Bader et Cie à qui il me serait agréable
den envoyer le prix. Cette brochure mest quelque fois demandée
et je voudrais pouvoir la faire lire aux personnes qui la désirent.
Vous aurez vu par les petits imprimés de la Soc. de Physique que
jai eu le plaisir dy montrer le 2 novembre dernier, les deux
premiers téléphones qui aient été introduits
en France.
Cest une invention bien extraordinaire, dans son état actuel
; elle se perfectionnera certainement, mais dès à présent,
on ne peut se défendre dune certaine émotion quand
on entend la voix dun ami au travers dun fil télégraphique.
Hier soir, nous avons essayé entre Paris et St Germain et malgré
un temps affreux, nous avons entendu bien des mots, reconnu la voix de
notre correspondant, entendu chanter Au Clair de la Lune. Jétais
saisi comme si je navais jamais entendu le téléphone.
Croyez, Monsieur, à mes sentiments dévoués. Alf.
Niaudet. 6 rue de Seine »
Puis début novembre 1877 Breguet installe le
téléphone dans ses ateliers du 39 quai de lHorloge
pour que tout le monde puisse lessayer :
« Nous eûmes le plaisir de voir latelier de M.
Breguet et le cabinet de travail où se trouvait alors le seul
téléphone double quon connût en France. M.
Breguet nous fit voir lappareil et nous pûmes assister à
une expérience concluante.
On prévint par une sonnerie les ouvriers qui se trouvaient au
troisième étage. Ils prirent tour à tour le téléphone
en mains et communiquèrent dans le cabinet de travail leurs impressions,
des appréciations sur la température ; ils lurent des
fragments de journal, comptèrent, et enfin lun deux,
qui avait une jolie voix, électrisa positivement, sans jeu de
mot, le grand air de La Fille de Madame Angot. La voix sortit
de linstrument un peu nasillarde, mais fort nette, et avec ses
nuances les plus faibles. Cétait stupéfiant ! Beaucoup
de hauts personnages, de magistrats, de littérateurs, de généraux,
furent reçus par Monsieur Breguet et lécoutèrent
avec attention, curieux surtout de voir le téléphone.
Après avoir vu par eux-mêmes, après avoir parlé,
chanté eux-mêmes, ils sen allaient satisfaits et
émerveillés ».
La Maison Breguet du quai de lHorloge ne désemplit pas
pendant quAntoine expérimente le téléphone
devant ses amis académiciens, et des représentants de
diverses sociétés savantes. Les commentaires sur les résultats
sont unanimes : « cest merveilleux ».
Enfin, le 2 novembre 1877, Alfred Niaudet, le cousin dAntoine,
présente officiellement le téléphone Bell à
la société française de physique. Les nombreuses
démonstrations sont irréfutables mais un peu décevantes
sur le plan technique car les conversations sont perturbées par
le brouhaha de la foule présente.
Graham Bell charge alors Antoine Breguet et Cornelius Roosevelt, un
ingénieur électricien dorigine américaine,
de faire connaître le téléphone en France. En premier
lieu, Antoine Breguet, soucieux de préserver la réputation
de haute qualité de la Maison, améliore laspect
extérieur du téléphone.
On peut lire dans le Petit Journal :
« Lindustrie parisienne, si délicate toujours, na
pas tardé à faire une jolie chose dun assez gros
bilboquet, et le téléphone que nous a montré Monsieur
Breguet est véritablement un joli petit objet, quand on le compare
à lappareil rustique apporté de Londres ».
En se lançant dans lindustrie du téléphone,
la Maison Breguet naura de cesse den améliorer les
performances, laspect pratique et lesthétique
A. Niaudet termine en annonçant que M. Bell lui avait formellement
promis de venir bientôt à Paris et dy prendre la
parole dans une réunion scientifique. Ce sera une fête
pour les admirateurs de lheureuse invention du téléphone.
Bell arrive à PARIS
le 21 novembre, le soir tout juste arrivé de Londres,
Bell s'assoit dans sa chambre de l'hôtel Wagram pour écrire
une lettre à sa femme. Il avait à peine eu le temps de
lui raconter la mer agitée qu'il avait rencontrée entre
Folkstone et Boulogne, qu'à huit heures il fut interrompu par
la visite de Niaudet. Après un entretien de deux heures et demie,
il reprend sa lettre : Niaudet se chargera de traduire et de publier
en France une conférence non précisée de Bell.
Le lendemain, Bell devait voir Le Gay et un autre marchand appelé
Aymler, ainsi que le chef des Télégraphes français,
Pierret, et le ministre de la Guerre, à qui il
comptait donner des téléphones à des fins expérimentales.
Bell et Pierret conviennent de faire des essais sur les lignes télégraphiques
de l'état. Dès le lendemain A.G Bell communique
sur une ligne spéciale de son domicile de Paris avec Léon
Say au ministère des finances et des postes et télégraphes
puis avec le ministre de la guerre.
Bell a notamment rencontré Antoine Breguet et son
père, Louis F. C. Breguet et ils obtiennent quatre licences
pour la production de postes téléphoniques en France
.
Le 25 novembre Niaudet transporta les nouveaux téléphones
Breguet à la Société Française de Physique,
où il annonça que Bell « lui avait promis »
formellement de venir prochainement prendre la parole lors d'une réunion
scientifique ». Niaudet a également fait une démonstration
du téléphone à l'École Polytechnique lors
de l'ouverture du cours de physique de Jules Jamin et, le 7 décembre,
à la Société des Ingénieurs Civils.
Décembre 1877 A.Niaudet et C. Roosevelt
créent la "Societé Anonymes
des Téléphones Bell"
Cest la première société de téléphonie
créée en France . Son siège social est situé
au 1, rue de la Bourse, à Paris.
La Société Anonyme des Téléphones Bell sera
présente à lexposition universelle de 1878.
En 1878, la production de téléphones
Breguet commence.
Antoine Breguet a présenté son téléphone
à l'Académie française des sciences en 1878.
C'est A. Bréguet fils début
1878 qui fut chargé, pendant 5 ans de construire les téléphones
pour la France, dans les ateliers Breguet 39 quai de l'horloge à
Paris

39 quai de lHorloge Paris
Compte tenu que aux US, Watson fabriquait manuellement quelques appareils
Bell, on peut considérer que ce bâtiment est donc le plus
ancien lieu de production déquipements de télécommunications
au monde.
La maison Breguet chargé de fabriquer les téléphones
brevet bell en améliore l'aspect et la fiabilité.
Cornelius Roosevelt, né à
New York, est le cousin du futur président des Etats-Unis ; «
il est prié par son père, un riche banquier, de sexiler
pour son comportement «excentrique » ! Il choisit Paris
où il vit grâce à une généreuse rente
versée par sa famille. » Dès son arrivée
à Paris, il sintéresse au téléphone
et achète, auprès dA.G. Bell, le droit exclusif
de construire et dexploiter le handphone
en France. Il en confie la fabrication à la Maison Breguet. En
1879 la Société Anonyme des Téléphones Bell
est intégrée la Compagnie du téléphone.
 |
Appelé Butterstamp,
dans le petit monde des collectionneur, on appelle ce modèle
LA POIRE , savez vous d'ou vient ce petit nom ?
Réponse : D'une page publicitaire vu dans
"La Tribune des inventeurs, 1891"
"Non, messieurs ! La poire téléphone
nest pas seulement un merveilleux appareil scientifique,
mais encore son prix peu élevé, la solidité
de sa construction, la rapidité de son installation, la
facilité de son emploi, les services infinis quelle
rendra la mettent au premier rang des découvertes modernes
dun usage réellement pratique. "
Modèle
Breguet entre fin 1877 et début 1878 "Pour la France",
collection Jean Godi
Le poinçon Bell représentant un téléphone
ne sera apposé sur les téléphones que jusqu'en
fin 1878 ou Roosevelt racheta à Breguet tous les droits
sur les brevets Bell déposés en commun au cours
de cette année.
|
La disposition la plus généralement employée
pour les téléphones est celle du téléphone
Bell rapporté par Niaudet. C'est une sorte de petite boîte
circulaire en bois adaptée à l'extrémité d'un
manche également de bois , qui renferme dans son intérieur
le barreau aimanté. Ce barreau est fixé au moyen d'une vis
et est disposé de manière à pouvoir être avancé
ou reculé quand on serre ou l'on desserre la vis, condition nécessaire
pour le réglage de l'appareil. A l' extrémité libre
du barreau est fixée la bobine magnétique qui ,d'après
MM. Pollard et Garnier, doit, pour fournir le
maximum d'effet , être construite avec du fil n°. 42 et présenter
un grand nombre de spires . Les bouts du fil de cette bobine aboutissent
le plus généralement à l' extrémité
inférieure du manche par deux tiges de cuivre qui traversent celui-ci
dans sa longueur et viennent se relier à deux boutons d'attache
où l'on fixe les fils du circuit. Cependant dans les appareils
construits par M. Bréguet il n' y a pas de boutons d'attache, et
c' est une petite torsade de deux fils flexibles recouverts de gutta-percha
et de soie qui est fixée aux deux tiges ; un capuchon en bois se
visse alors à l'extrémité du manche , et la torsade
passe par un trou pratiqué dans ce capuchon ; de sorte que l'on
est nullement gêné dans la manipulation de l'appareil. Des
serre-fils adaptés aux extrémités des fils de la
torsade , permettent d' ailleurs de les réunir à ceux du
circuit.
Du Moncel rapporte : "Quand l' appareil est bien exécuté,
il peut produire des effets très-accentués, et voici ce
que m'écrivait à ce sujet M. Pollard , qui est un des premiers
qui se soient occupés en France de téléphone.
« L'appareil que j'ai confectionné donne des résultats
réellement étonnants : D'abord , au point de vue de la résistance,
5 ou 6 personnes introduites dans le circuit n'affaiblissent pas sensiblement
l'intensité des sons. Quand on met un appareil sur chaque oreille
on a absolument la même sensation que si le correspondant parlait
derrière à quelques mètres. L'intensité, la
netteté, la pureté du timbre sont irréprochables.
« Je puis parler à mon collègue à voix complétement
basse, avec le souffle pour ainsi dire, et causer avec lui sans que des
personnes placées à deux mètres de moi puissent saisir
un seul mot de notre conversation .
« Au point de vue de la réception, lorsqu'on m'appelle en
élevant la voix, j'entends cet appel de tous les points de mon
bureau, du moins quand le silence y règne ; dans tous les cas ,
lorsque je suis assis à ma table et que l' instrumentest à
quelques mètres de moi, je m'entends toujours appeler. Pour augmenter
l'intensité des sons, j' adapte à l'embouchure un cornet
en cuivre de forme conique, et dans ces conditions, on entend , au bout
de la ligne, parler dans mon bureau à 2 ou 3 mètres de l'embouchure
; de ma place, à 1 mètre environ du cornet , je puis entendre
et parler sans effort à mon collègue".
Les téléphones du modèle de Bell les plus variés
dans leurs dispositions se trouvent chez M. C. Roosevelt, représentant
de M . Bell à Paris , 1 , rue de la Bourse. Ils sont généralement
construits par M. Bréguet, .
Ces
appareils étaient vendus 30 francs à l'époque
ils étaient
accompagnés d'une
Notice
.
Avec les mises en garde, les explications du pourquoi on en trouve
encore beaucoup qui n'ont pas de marque ...
|
 |
Lisons le reste de cette notice
Les téléphones peuvent servir à établir
des communications entre deux points ou plusieurs pièces d'une
maison ou d'un édifice quelconque, soit pour des besoins purement
domestiques, soit pour des usages commerciaux, industriels ou administratifs.
Les observations suivantes pourront servir de guide aux personnes qui
auront à établir des communications de ce genre avec le
téléphone Bell.
1 - pour obtenir le maximum d'effet il faut avoir dans chaque endroit
deux téléphones à main, c'est à dire deux
de ces cornets représentés par la figure suivante

Quant on écoute, on en met un à chaque oreille; il est
clair qu'on entend mieux avec deux oreilles qu'avec une seule et d'ailleurs
en procédant ainsi, on se garanti contre les bruits extérieurs
qui ne peuvent que troubler.
Quant on parle, on présente devant la bouche l'un des cornets
et on parle dans l'embouchure; mais en même temps on garde le
second téléphone à l'oreille pour saisir les moindres
interruptions de son interlocuteur.
2 - Avant de parler à son correspondant, à son employé,
il faut l'avertir qu'on va parler et, en général il faut
une sonnette comme nous le dirons tout à l'heure.
Cependant si l'un des interlocuteurs A est à son bureau et que
le téléphone soit placé assz près de son
oreille, il entendra que B l'appelle, si B crie un peu fort à
l'autre bout du fil et si A a l'habitude d'entendre ses appels.
On peut même entendre un cri poussé à l'extrémité
B dans toute la pièce A si les conditions sont favorables.
Cette manière de faire pourra être employée quand
l'un des interlocuteurs ne pourra pas à raison de son grade ou
de sa position sociale être sonné par l'autre.
3 - On peut d'ailleurs disposer les choses d'une manière dissymétrique
comme-suit :
Le bureau A n'a pas de sonnette, il n'a qu'une paire de téléphone
et un bouton d'appel. Quand le correspondant A veut appeler B il presse
le bouton et fait marcher la sonnerie B; la conversation s'engage entre
A et B; car le bureau B a, outre sa sonnerie, deux téléphones
pour parler et entendre. Mais il n'a pas dans ce second bureau B de
bouton d'appel. En résumé donc A peut appeler B; mais
B ne peut pas appeler A. Cela suffira dans un grand nombre de cas.
Pour réaliser cette combinaison on pourra placer un fil spécial
pour la sonnerie et se servir comme fil de retour de l'un des conducteurs
du téléphone. Ce sera le plus économique et le
plus simple quand la distance ne sera pas grande, car le prix du fil
spécial de la sonnerie sera plus élevé.
Si au contraire la distance est grande il faudra faire usage d'une combinaison
spéciale pour employer les fils mêmes du téléphone
pour faire fonctionner la sonnerie. Cette combinaison sera du genre
de celle que alons faire connaître ci-après.
4 - Dans le cas général c'est à dire dans le cas
ou A et B pourront se sonner indifféremment dans les deux sens,
il y aura dans chaque bureau deux téléphones, un bouton
pour appeler le correspondant, une sonnette électrique pour être
appelé par lui, une pile pour fournir le courant aux appels et
enfin un support pour les téléphones au sujet duquel nous
allons entre dans quelques détails.
Ce support ou tablette présentent deux patères sur lesquelles
on place les téléphones. L'une des ces patère est
fixe, mais l'autre est mobile autour d'un axe et fait un petit mouvement
de bascule quand le poids du téléphone change son équilibre.
Ce déplacement entraine un changement de communication; si le
téléphone est à la patère, la ligne est
en communication avec la sonnerie; si au contraire on prend le téléphone
à la main, la patère remonte aussitôt, en basculant,
la ligne en communication avec le téléphone.
La manuvre se fait de la manière suivante : A presse son
bouton d'appel, la sonnerie de B se met à tinter; B presse à
son tour son bouton en réponse et la sonnerie de A se fait entendre.
Aussitôt chacun des deux correspondants prend ses deux téléphones
dans ses mains et la conversation commence.
Quand elle est achevée, chacun replace ses téléphones
sur leur patère et chaque bureau se retrouve sur sonnerie; c'est
à dire prêt à recevoir les appels de l'autre.
5 - Si un bureau doit communiquer avec plusieurs autres, si par exemple
le Directeur d'une usine veut parler successivement à tous ses
contremaîtres, il suffira dans le bureau central d'une seule paire
de téléphones qu'on emploiera sur l'une des lignes aboutissant
aux bureaux secondaires.
Il faudra dans ce bureau central :
-une sonnerie commune pour toutes les lignes,
-un tableau indicateur faisant savoir quelle ligne a appeler, un bouton
d'appel pour chaque ligne, pour appeler le poste correspondant,
-un commutateur pour chaque ligne pour mettre cette ligne en rapport,
soit avec le tableau indicateur (position d'attente), soit avec le bouton
d'appel (position temporaire) soit enfin avec les téléphones
(position de correspondance).
-Une paire de téléphone.
Il n'y aura pas lieu d'avoir ici le système de patère
mobile faisant commutaeur dont nous avons parlé plus haut; mais
il sera indispensable dans chacun des bureaux ou stations secondaires.
Le 2 Janvier 1878 est indiqué dans "La Nature"
: Très-récemment, dans une soirée donnée
à la préfecture maritime de Cherbourg, on fut fort étonné,
au milieu des salons, dentendre sonner un vulgaire clairon de
la troupe. Le son en était apporté du bout de la digue
par un téléphone dont le perfectionnement est dû
à M. Collard. M. du Moncel, en rapportant ce fait piquant, a
indiqué rapidement en quoi consiste le perfectionnement; mais
bien que M. Bréguet ait donné aussi son explication, nous
ne sommes pas assez sûr davoir bien compris, pour rien dire
de plus à nos lecteurs
En 1881, Antoine Breguet transforme lhorlogerie
familiale en société anonyme sous la dénomination
« Maison Breguet » avec pour objet « la construction,
linstallation et le commerce » de matériel électrique
(télégraphie, téléphonie, signaux, éclairage,
transmission de force à distance, etc.).
Cette coopération Breguet Roosevelt dura jusqu'à
la fin de 1878, date à laquelle Roosevelt racheta à Breguet
ses droits sur les brevets déposés en commun au cours
de l'année contre une somme de 5000 francs
Systèmes
Bell , de Bréguet et Roosevelt :
 |
Concrètement voici ce qui était
proposé aux premiers clients :
Planche Breguet INSTALLATION CLIENT
: exposé au Cnam à Paris
Sur une planchette d'acajou suspendue à la muraille,
sont disposées d'abord une sonnerie trembleuse ordinaire au-dessous
de laquelle est fixé un bouton transmetteur, et en second lieu
deux fourches servant de support aux deux téléphones et dont une
est adaptée à la bascule d'un commutateur disposé comme une clef
de Morse.
Les deux téléphones sont reliés, par deux fils conducteurs disposés
de manière à être extensibles, à quatre boutons d'attache dont
deux sont reliés directement l'un à l'autre et les deux autres
à la ligne, à la terre et à la pile par l'intermédiaire du commutateur,
du bouton transmetteur et de la sonnerie. Le commutateur A se
compose d'une bascule métallique ac portant au-dessus de son point
d'articulation, la fourche de suspension F' de l'un des téléphones;
elle se termine par deux taquets a et c au-dessous
desquels sont fixés les deux contacts du commutateur, et un ressort
presse le bras inférieur de la bascule de manière à faire appuyer
constamment l'autre bras contre le contact supérieur. Pour plus
de sûreté, une languette d'acier ab adaptée à l'extrémité
inférieure de la bascule, frotte contre une colonnette b
munie de deux contacts isolés qui correspondent à ceux de la planchette.
La bascule est en communication avec le fil de ligne par l'intermédiaire
du bouton d'appel, et les deux contacts dont nous venons de parler,
correspondent l'un, le supérieur, avec l'un des fils des téléphones
qui sont intercalés dans le même circuit, l'autre avec la sonnerie
S, qui elle-même communique à la terre. Il résulte de cette disposition,
que quand le téléphone de droite appuie de tout son poids sur
son support, la bascule du commutateur est inclinée sur le contact
inférieur, et, par conséquent, la ligne est mise directement en
rapport avec la sonnerie, ce qui permet d'appeler la station.
Quand, au contraire, le téléphone est enlevé de son support, la
bascule est sur le contact supérieur, et les téléphones sont reliés
à la ligne. Pour appeler la station en correspondance, il suffit
d'appuyer sur le bouton transmetteur; alors la liaison de la ligne
avec les téléphones est brisée et établie avec la pile du poste,
laquelle envoie un courant à travers la sonnerie du poste correspondant.
Pour obtenir ce double effet, le ressort de contact du bouton
transmetteur appuie en temps ordinaire contre un contact adapté
à une équerre qui l'enveloppe par sa partie antérieure, et, au-dessous
de ce ressort, se trouve un second contact qui communique avec
le pôle positif de la pile du poste. L'autre contact correspond
au fil de ligne, et une liaison est établie entre le fil de terre
et le pôle négatif de la pile du poste, ce qui fait que ce fil
de terre est commun à trois circuits:
1o Au circuit des téléphones;
2o Au circuit de la sonnerie;
3o Au circuit de la pile locale.
La seconde fourche qui sert de support au téléphone de droite
est fixée sur la planchette et n'a aucun rôle électrique à remplir.
|
Il est facile de comprendre que ce dispositif peut être
varié de mille façons différentes, mais nous nous bornerons au modèle
que nous venons de décrire qui est le plus pratique.
Brevet 122 452 déposé pr M.Brandon au nom de Cornelius
Roosevelt et Louis François Clément Breguet le 5 février
1878.
Si léclairage est la plus populaire des
applications de lélectricité, le téléphone
est devenu assurément la grande vedette de lExposition.
Chacun veut toucher et porter à son oreille ce petit instrument
pour y entendre un correspondant lointain. Parmi les stands qui exposent
des téléphones, la
SGT (Société Générale du Téléphone
créée en 1880) possède le plus grand et le plus
fréquenté. Elle a surtout installé ce qui est rapidement
devenu le plus grand succès de lExposition : le «
Théatrophone » qui permet
de réaliser des auditions téléphoniques à
partir de lOpéra et du Théatre Français.
Dès le mois de janvier 1880, Antoine Breguet en prépare
les premières expériences. La SGT met à la disposition
du commissariat de lexposition
son meilleur ingénieur, Clément Ader. Le système
des auditions théatrales est aussitôt breveté par
la SGT sous les noms de Clément Ader et Antoine Breguet. (Etrange
coincidence de voir aujourdhui auprès de Breguet le nom
de celui qui est considéré comme le père de laviation).
Le premier essai effectué entre lOpéra et son magasin
des décors distantsde 1.700 mètres est rapporté
dans « la Nature »
« La première de ces curieuses expériences eut lieu
le 18 mai 1881 dans le magasin des décors de lOpéra,
situé rue Richer N° 6. M. Berger, commissaire général
de lExposition dElectricité, assisté de MM.
Antoine Breguet et Clément Ader, présidait à ces
expériences. Le « Tribut de Zamora », le dernier
opéra de Gounod, fut entendu par quelques auditeurs privilégiés
qui se trouvaient là. On percevait merveilleusement les sons
de lorchestre, les churs et les solistes. La prise de son
choisie était le trou du souffleur, on y avait disposé
deux transmetteurs » ...
Antoine peut enfin prendre quelque repos au milieu des siens et découvrir
son deuxième fils, Jacques, né trois semaines avant louverture
de lExposition. Et célébrer Noël en famille,
entouré de ses trois enfants, Madeleine, cinq ans, Louis, deux
ans et Jacques, huit mois ; première génération
de Breguet à compter deux garçons.
La reprise du travail après les fêtes est particulièrement
difficile, car il se rend compte quil a été épuisé
par cette année 1881 pendant laquelle il sest dépensé
au-delà des limites raisonnables. La maladie qui lavait
arrêté un moment au début de sa carrière
a progressé insensiblement. Et pourtant, il ne tient pas compte
de ces avertissements ni des craintes manifestées par sa famille
et son médecin. Son énergie est toujours aussi forte et
il se laisse volontiers absorber par la direction de la Maison et le
grand chantier de la nouvelle usine de la rue Didot dont la construction
vient de commencer ... Dès la fin avril, Antoine doit garder
la chambre et cesser tout effort intellectuel. Marie note chaque jour
dans son agenda « Antoine souffrant
frissons ! » et
début juin, son médecin lenvoie faire une cure de
repos à Barbizon. A lun de ses amis qui lui fait parvenir
un article pour la Revue Scientifique, il répond, plein despoir
dune reprise prochaine «Mon cher ami, me voilà à
peu près remis dune longue et bête période
de fièvre bizarre, fille de lExposition dElectricité
! »
Malheureusement, il ne se remet pas. Antoine meurt subitement le 8 juillet
1882, à lâge de trente et un ans, emporté
par une hémorragie pulmonaire.
La direction de la Maison est alors confiée à son neveu,
Alfred Niaudet, qui est, à son tour, emporté par une crise
cardiaque, lannée suivant.
Vu dans le "Journal des mines" du
28 février 1878
M. JAMIN analyse une intéressante note de M. Antoine Breguet,
ancien élève de l'Ecolepolytechnique sur « les
téléphones Bell et les téléphones à
ficelle. »
Ayant voulu, dit M. Antoine Breguet, me rendre compte de l'influence
que l'épaisseur de la plaque de fer doux pouvait exercer
sur la réception des sons par le téléphone
Bell, j'ai été conduit à essayer des plaques
de plus en plus épaisses, et je me suis aperçu bientôt
que leur épaisseur n'avait, pour ainsi dire,pas de limites,
car je réussis à entendre les sons provenant d'un
téléphone éloigné, à travers
des épaisseurs de fer de 15 centimètres et plus.
Le téléphone transmetteur fonctionnait à la
manière de l'avertisseur de M.Bolondlot, c'est-à-dire
que l'une des branches d'un diapason vibrait a proximité
du pôle actif d'un téléphone Bell dont j'avais
retiré la plaque; mais j'avais disposé le diapason,
à la Mercadier, de façon à ce qu'il vibrât
d'une manière continue sous l'influence d'un courant de pile,
comme une sonnerie trembleuse.
A ce propos, je signalerai cette disposition comme la plus propre
à un réglage précis et rapide des téléphones
Bell. Il n'est pas besoin dans ce cas, de se mettre à deux
pour effectuer ce réglage, et la note du diapason se renforce
graduellement lorsqu'on approche l'aimant de la plaque, jusqu'au
moment où le contact le plus léger s'établissant,
le son subit brusquement de profondes altérations et cesse
de se produire si le contact est rendu plus intime.
Après avoir perçu nettement dans le récepteur
la note émise à l'autre station, je superposai du
fer, du bois, du caoutchouc et en général des substances
quelconques, sans cesser d'entendre la note. Ce n'est pas l'expérience
de Page que l'on peut invoquer ici comme explication du phénomène,
car, sans fer doux, aucun son sensible n'est produit ; l'aimant
et la bobine ne suffisent donc pas.
Mais chaque changement d'état magnétique du barreau
produit, dans une masse de fer voisine, un ébranlement magnétique
qui se transforme en un ébranlement mécanique, et
ce dernier se propage alors, par diffusion,dans toutes les substances
faisant corps avec la masse de fer. J'ai pensé ensuite que,
en vertu de l'égalité de l'action et de la réaction,
on devait percevoir des sons par le barreau aimanté du téléphone,
comme par la plaque de fer doux.
Ainsi, tous les points d'un téléphone, aussi bien
le manche, les bornes de cuivre, la coquille, etc., que la plaque,
peuvent servir à faire entendre des sons.
Pour réaliser expérimentalement ce phénomène,
j'ai employé le jouet d'enfant bien connu, appelé
téléphone à ficelle. J'ai pris pour point d'attache
de la ficelle un point quelconque du téléphone Bell,
et j'ai pu correspondre facilement en me servant du cornet à
membrane de parchemin avec une personne se servant d'un téléphone
Bell.
On conçoit ainsi qu'en reliant à des points quelconques
d'un téléphone Bell un certai nombre de cornets à
ficelle, un nombre égal de personnes pourra entendre, comme
une seule personne pouvait le faire jusqu'ici, ce qui se dit dans
l'appareil Bell transmetteur ou dans des cornets à ficelle
qui soient solidaires avec lui.
Afin de rendre le téléphone à ficelle plus
pratique qu'il ne l'était, j'ai cherché à lui
donner la possibilité de subir des supports afin de soutenir
de place en place une grande longueur de fil en ligne droite, et
aussi afin de pouvoir faire tracer des angles au fil.
J'ai atteint ce but avec facilité en fixant au centre d'une
membrane de parchemin le sommet des angles formés par deux
ou plusieurs ficelles. Le son porté par l'une d'elles se
propage alors dans toutes les antres.
Si l'on fait passer la ficelle à travers les centres des
membranes, celles-ci serviiont de supports pour les longues portées
rectilignes; je crois m'être rencontre avec M.Lartigue pour
cette dernière disposition.
J'ai aussi employé, dit en terminant M. A.Breguet, de véritables
relais pour atteindre au même but, en faisant aboutir les
fils à des membranes qui fermaient les deux ouvertures d'un
cylindre de laiton. Ce cylindre joue le rôle d'un tube acoustique
ordinaire. Sa forme peut être quelconque, on peut donc ainsi
réaliser également des supports et franchir les angles. |
sommaire
Antoine Bréguet, dans la Revue des deux mondes
de juillet-août 1878 sur « La Transmission de la parole
: le phonographe, le microphone, laérophone »,
insiste sur laptitude du Nouveau Monde à concevoir mais
surtout mettre en uvre les avancées du progrès technique.
Aux Etats-Unis, tout devient franchement commerce
Thomas Edison
est peut-être lexemple le plus frappant de notre époque
dun physicien prodigieusement fécond qui nest jamais
tenté de recherches abstraites
Nous avions annoncé,
il y a déjà plus de six mois, quun appareil capable
denregistrer les sons de la voix humaine était sur le point
de faire son apparition. Cette prophétie, alors presque téméraire,
sest réalisée aujourdhui. Plusieurs esprits
distingués soccupaient à la fois de trouver une
solution de ce séduisant problème. Cest à
lAmérique que revient la gloire davoir présenté
le premier phonographe, le seul encore pour le moment. Il est difficile
de concevoir un appareil plus simple que celui dEdison.
(Lire la revue en bas de page)
En 1883, après son décès et celui
de son père, il se produit une scission entre les deux branches
«horlogerie» et «électricité».
Cette dernière se déplace â la rue Didot (Paris)
et s'ouvre, ainsi, la Maison «Breguet Electricité»
qui se fait une notoriété de premier ordre.
sommaire
Le téléphone à mercure
Dans le premier premier ouvrage Français du Comte
Du Moncel traitant du Téléphone (sur
cette page)
en 1878, ou à
feuilleter ,on peut lire que :
... Ces systèmes sont fondés sur ce phénomène
physique découvert par M. Lippmann, que si une couche d'eau acidulée
est superposée à du mercure et réunie au moyen
d'une électrode et d'un fil avec celui-ci, de manière
à constituer un circuit, toute action mécanique qui aura
pour effet de presser sur la surface du mercure et de faire varier la
forme de son ménisque, déterminera une réaction
électrique capable de donner lieu à un courant dont la
force sera en rapport avec l'action mécanique exercée.
Par réciproque, toute action électrique qui sera produite
sur le circuit d'un pareil système, donnera lieu à une
déformation du ménisque et par suite à un mouvement
de celui-ci, qui sera d'autant plus caractérisé que le
tube où se trouve le mercure sera plus petit et l'action électrique
plus grande. Cette action électrique pourra d'ailleurs résulter
d'une différence de potentiel dans l'état électrique
des deux extrémités du circuit mis en rapport avec la
source électrique employée ou d'un générateur
électrique quelconque.
...
Si j'ai bien compris l'idée de M. A. Bréguet, cette indépendance
tiendrait à ce que les effets produits ne sont seulement fonction
que des différences de potentiel déterminées dans
les conditions d'équilibre électrique du système.
Si l'on considère que les courants résultant de l'action
électrique de l'eau acidulée sur le mercure, se trouvent
annulés à travers le circuit par l'opposition des deux
systèmes l'un à l'autre, on comprend aisément que
les forces électro-motrices développées se trouvent
maintenues sur les deux appareils à peu près dans les
mêmes conditions que sur les pôles de deux éléments
de pile réunis par leurs pôles de même nom, et pour
qu'un courant se manifeste il suffit que la tension électrique
de l'une des sources soit affaiblie ou augmentée; mais alors
le courant différentiel qui en résulte et qui est seul
à agir, est soumis à toutes les lois qui régissent
la transmission des courants sur les circuits et, par conséquent,
doit être aussi bien affecté par la résistance du
circuit que tout autre courant.
Le Téléphone
capillaire Breguet. brevet 122955. B. de 15 ans, 2 mars 1878
Le professeur G. Forbes donne la description suivante
: L'instrument que j'appelle le téléphone de Breguet
est basé sur l'instrument décrit par Lipmann, appelé
électromètre capillaire.
Le phénomène peut être démontré
de diverses manières. L'une des méthodes les plus
faciles consiste à prendre un long tube de verre et à
le plier en deux verres d'acide dilué. Le tube étant
lui-même rempli d'acide, un morceau de mercure est placé
au centre du tube. Si l'on connecte alors un pôle d'une pile
à un récipient d'acide et l'autre pôle de la
pile à l'autre récipient d'acide, au moment de la
connexion, le morceau de mercure se déplacera vers la droite
ou vers la gauche, selon la direction du courant. M. Lipmann explique
l'action en montrant que la force électromotrice qui est
générée tend à modifier la convexité
de la surface du mercure. La surface du mercure, vue d'un côté,
a une forme convexe, qui est modifiée par la force électromotrice
créée lorsque la connexion est établie avec
la pile. L'équilibre du mercure dépend de la convexité
et, par conséquent, lorsque la convexité est perturbée,
le mercure se déplace d'un côté ou de l'autre.
Lipmann a également montré que si l'on prend un tube
contenant un peu de mercure et se rétrécissant en
pointe, on le plonge dans de l'acide, puis on le remplit d'acide,
sur un pôle d'une pile plongé dans le tube et un autre
dans l'acide, le mercure se déplace vers le haut ou vers
le bas, montrant une action similaire à celle que je viens
de décrire. Lipmann a également démontré
l'effet inverse : si un morceau de mercure est pressé avec
force de manière à modifier la convexité de
sa surface, par exemple en l'introduisant dans une partie plus étroite
du tube, une force électromotrice est alors produite.
Il m'est venu à l'esprit, et sans doute
à Breguet aussi, que si nous parlons contre la surface
du tube de verre et faisons vibrer le tube, ou si nous faisons
vibrer le mercure de la manière que j'ai montrée,
nous devrions pouvoir introduire dans les fils un courant variable
qui pourrait avoir une force électromotrice suffisante
pour produire une parole audible dans un téléphone
Bell.
De plus, le même instrument, étant donné que
la force électromotrice variable affecte la goutte de mercure
et produit un déplacement variable, devrait également
agir comme instrument récepteur et devrait vibrer en fonction
des courants qui arrivent. Mes expériences n'ont consisté
qu'à utiliser l'instrument comme émetteur ; mais
Breguet, je trouve, l'a utilisé comme récepteur
aussi bien que comme émetteur, bien que je ne sache pas
que M. Breguet ait fait des expériences réelles
de manière à produire une parole articulée.
Je suppose que c'est ce qui s'est passé, bien que je n'aie
pas trouvé de description des expériences, et c'est
pour cette raison que j'ai pensé que le compte rendu de
mes propres expériences pourrait intéresser les
membres de la Société. Les premiers tubes que j'ai
utilisés étaient des morceaux de tube de verre d'environ
un centimètre de diamètre, simplement étirés
jusqu'à une pointe effilée. Je les ai ici. La première
expérience que j'ai tentée consistait à tapoter
le tube de verre de manière à déplacer mécaniquement
la position du mercure, et à écouter l'effet au
téléphone. Pendant longtemps, au moins une heure,
je n'ai pu obtenir aucun effet. Finalement, j'ai obtenu un son,
mais je ne comprenais pas comment il se faisait qu'à un
moment donné, je ne pouvais pas entendre le son, alors
qu'à un autre moment, il était très fort.
En haut, j'ai toujours eu du son, mais sur le côté,
je n'ai pas eu de son, bien que le mercure tremblait. J'ai alors
essayé de voir à quel point le courant était
faible dans le téléphone. Un assistant a tapoté
le tube pendant que je me tenais à l'écart, à
un endroit où je ne pouvais pas voir. Je lui ai demandé
de le tapoter de plus en plus doucement, et j'ai pu entendre le
plus faible coup. Une boulette de papier a ensuite été
lâchée de différentes hauteurs jusqu'à
un pouce, et chaque coup était parfaitement audible dans
le téléphone. J'ai essayé de nombreuses méthodes,
et l'une d'entre elles, choisie par pur hasard, était un
morceau de tube de verre que j'avais étiré en un
tube d'environ 2 mm de diamètre, puis j'en avais presque
fermé l'extrémité. J'ai ce tube ici, et vous
verrez à quel point il est mal formé et laid, mais
c'est l'un des meilleurs tubes que j'aie jamais eu ; et finalement,
j'ai découvert que de petits morceaux de tube de thermomètre,
qui étaient simplement fermés à leurs extrémités
avec un chalumeau, donnaient de très bons résultats,
et j'ai pu les rendre utiles à diverses fins. J'ai ensuite
essayé de monter un tube au bout d'un porte-voix et de
parler au mercure, mais je n'ai obtenu aucun résultat.
Partout où j'ai fixé le tube de verre lui-même
à une table d'harmonie, j'ai obtenu une reproduction très
précise. J'en ai placé un sur un morceau de plaque
de ferrotype, et cela a donné vraiment le meilleur résultat
que j'aie jamais obtenu. Le tube a été fixé
avec de la cire à cacheter, et j'ai obtenu une excellente
voix entendue dans un récepteur Bell. J'ai essayé
de placer un grand nombre de ces tubes, tous en quantité,
au fond d'une plaque de ferrotype, mais sans aucun avantage. Je
n'ai pas encore essayé de les mettre en série, l'un
derrière l'autre, de manière à augmenter
la force électromotrice, mais je pense que ce serait probablement
une amélioration ; bien sûr, il faudrait de nombreux
récipients d'eau acidulée pour y plonger. La voix
articulée la plus distincte a été obtenue
à partir d'une plaque de téléphone ferrotype
ordinaire, fixée sur les bords, et d'un des tubes de verre
que vous voyez ici fixé dessus....
Ces expériences n'ont pas menées à un nouveau
type de téléphone.
|
La nature du 6 juillet 1878 TÉLÉPHONE
A MERCURE
Dans une intéressante étude présentée
dernièrement à lAcadémie des sciences,
M. Salet, après avoir démontré comment le téléphone
Bell nest capable de transmettre avec fidélité
que des mouvements pendulaires, ajoutait avoir pu réaliser
un téléphone dans lequel tout déplacement de
la membrane denvoi correspondait à un déplacement
proportionnel, et de même sens, de la membrane réceptrice.
Pour atteindre ce but, une pile était nécessaire,
et lauteur remarquait que le fait même de lemploi
de cette pile constituait un obstacle absolu à lapplication
de son appareil sur de longues distances.
Jai eu la bonne fortune dimaginer et déprouver
un téléphone dun genre absolument nouveau, qui,
sans aucune pile, présente les avantages de celui de M. Salet,
et ne cesse dailleurs pas dêtre applicable sur
de grands parcours. Bien au contraire, le téléphone
à mercure, plus encore que celui de Bell, est insensible
à la résistance électrique, puisque, daprès
son principe même, il nest influencé que par
le potentiel et non par le débit dune source électrique,
ou, en dautres termes, par la tension et non par la quantité
dun courant.
A linverse des exigences de la télégraphie ordinaire,
cet appareil serait placé dans les conditions les plus favorables
sil utilisait, comme conducteur terrestre ou sous-marin, un
fil métallique de très-faible diamètre. On
sait, en effet, que, pour une charge électrique donnée,
le potentiel dun conducteur est dautant plus élevé
que sa capacité est plus petite. Le phénomène
qui ma servi de point de départ est absolument réversible
: mon transmetteur et mon récepteur sont donc deux appareils
identiques. Chacun connaît les remarquables travaux de M.
Lippmann, attaché au laboratoire de M. Jamin, au sujet des
tensions électrocapillaires développées à
la surface de séparation du mercure et de leau dans
un tube de verre de petit calibre.
On sait comment M. Lippmann, à laide des principes
quil avait établis, a pu construire le plus sensible
de tous les électromètres connus. Mon appareil ne
diffère de cet électromètre quen ce quil
est notablement plus simple et de plus petit volume. La pointe dun
tube capillaire T, contenant du mercure M, plonge dans un vase V.
Dans ce vase se trouve une couche de mercure M', surmontée
deau acidulée A, de façon que la pointe capillaire
ne pénètre pas dans la couche de mercure, mais seulement
dans leau acidulée. Deux fils de platine P et Q communiquent
respectivement avec le mercure M et le mercure M'. Si ces deux fils
sont réunis entre eux, le niveau du mercure dans le tube
capillaire sétablira à une hauteur invariable.
Mais, si lon interpose dans le circuit des fils de platine
une source électrique, le niveau prendra une autre position
déquilibre dépendant du potentiel de cette source.
En résumé, à chaque différence du potentiel
correspondra un niveau déterminé de la surface inférieure
du mercure. Au-dessus du mercure M se trouve une masse dair
S dont la pression variera évidemment toutes les fois que
le niveau du mercure variera lui-même. Lappareil que
je viens de décrire est réversible, cest-à-dire
que si, par une modification de la pression en S, le niveau du mercure
subit un déplacement, une différence de potentiel
ou, en dautres termes, une force électromotrice sétablira
dans les deux conducteurs P et Q.
Jaccouple maintenant ensemble deux appareils semblables, en
faisant communiquer les fils P et P,, Q et Q p ainsi que le montre
la figure.
Jexerce une pression en S ; une force électromotrice
dépendant de la valeur de cette pression prendra naissance
dans le circuit, et cette force électromotrice produira un
changement dans le niveau du mercure M, du second appareil. La pression
en S, y sera par conséquent modifiée.
On conçoit que, en sappuyant sur les phénomènes
que je viens dexposer, on puisse réaliser un télégraphe
et en particulier un téléphone. Si lon parle
au-dessus du tube T, Pair contenu dans ce tube entre en vibration.
Ces vibrations sont communiquées au mercure qui les traduit
en variations de force électromotrice, et ces variations
engendrent dans lappareil récepteur des vibrations
exactement correspondantes de la masse dair S,, de sorte que,
si loreille se trouve placée au-dessus du tube T 1
on entendra toutes les paroles prononcées dans le tube T.
Au lieu de profiter des déplacements du mercure, on peut
profiter des déplacements de son enveloppe de verre qui présente
moins de masse que lui. On se trouve donc en face dun problème
analogue à celui que javais déjà étudié
dans le téléphone Bell, lorsque javais expérimenté
des plaques de fer doux de diverses épaisseurs. Il est clair,
en effet, que le rapport des deux masses attirantes et attirées
doit être aussi différent que possible, afin de considérer
lune des deux masses comme immobile, et par conséquent
lautre masse comme animée dun déplacement
maximum. Si donc on veut entendre par l'enveloppe de verre, la masse
de celle-ci doit être négligeable par rapport à
la masse du mercure. Si lon veut écouter au moyen du
mercure, le rapport des masses doit être renversé.
Après avoir obtenu des résultats qui ne laissent aucun
doute sur la valeur du téléphone à mercure,
au point de vue scientifique, je devais chercher à obtenir
une plus grande perfection, et cest avec le précieux
concours deM. Lippmann que jentrepris de nouvelles expériences
sur des formes plus portatives à donner à mon instrument.
Lune de ces formes est empreinte dun tel caractère
de simplicité que je ne puis la passer sous silence.
Lappareil ne consiste plus en effet quen un tube de
verre fin de quelques centimètres de longueur contenant des
gouttes alternées de mercure et deau acidulée,
de façon à constituer autant déléments
électro-capillaires associés en tension. Les deux
extrémités du tube sont fermées à la
lampe, mais laissent pourtant un fil de platine prendre contact,
de chaque côté, sur la goutte de mercure la plus voisine.
Une rondelle de sapin mince est fixée normalement au tube
par son centre, et permet ainsi davoir une surface de quelque
étendue à sappliquer sur la coquille de l'oreille,
quand lappareil est récepteur, et de fournir au tube
une plus grande quantité de mouvement sous linfluence
de la voix, quand lappareil est transmetteur.
Je terminerai par un résumé des avantages que lon
pourrait trouver dans lemploi des appareils à
mercure appliqués soit à la téléphonie,
soit plus généralement à la télégraphie.
1° Ces appareils ne nécessitent lusage daucune
pile.
2° Linfluence perturbatrice de la résistance dune
longue ligne est presque nulle pour ces instruments. Dans le téléphone
Bell cette influence est encore appréciable..
3° Deux appareils à mercure accouplés, comme lindique
la figure, sont absolument corrélatifs, en ce sens que même
des positions différentes déquilibre de la surface
du mercure dans lun deux produisent des positions différentes
déquilibre dans lappareil opposé. On peut
donc reproduire à distance, sans pile, non-seulement des
indications fidèles de mouvements pendulaires, comme le fait
le téléphone de Bell, mais encore reproduire limage
exacte des mouvements les plus généraux.
4° Dans un système de télégraphe fondé
sur le même principe que mon téléphone, il est
probable que lon pourrait, dune part, arriver à
une vitesse de transmission plus grande que celle que permettent
dobtenir les appareils ordinaires, et dautre part réaliser
une économie considérable sur les prix et la pose
des conducteurs. Un fil dacier de très-petit diamètre
remplacerait avec avantage les fils de cuivre du plus fort calibre.
La capacité des lignes, considérées comme condensateurs,
serait encore diminuée par la réduction de la surface
de leur armature interne, et cest un nouvel élément
qui viendrait augmenter encore leur rendement commercial.
Je ninsisterai pas davantage sur des espérances que
quelques-uns peut-être trouveront encore prématurées.
Mais je crois nêtre pas seul à penser que, dans
un avenir plus ou moins lointain, la télégraphie pourra
trouver son profit dans lapplication des phénomènes
électro-capillaires.
A. BRÉGUET. |
Correspondance Antoine BREGUET
Ensemble de quatre lettres signées à Gaston TISSANDIER,
Paris. 1er et 7 septembre 1877, 8 avril 1878 et 5 février 1880.
Intéressante correspondance entre les deux scientifiques Français,
initiée par Breguet proposant à Tissandier alors
rédacteur en chef de la revue La Nature ses travaux sur
lhistoire de la lumière électrique et sur le téléphone
à Mercure.
1 2
3 4
Trois pages in-4° (sur papier à en-tête de la Maison
Breguet) et une page in-8° (sur papier à en-tête de
la Revue scientifique)
1er septembre 1877.
« Cher Monsieur, je me suis amusé ces derniers temps à
recueillir quelques notes sur lhistoire de la lumière électrique
jusquà sa production au moyen de machines magnéto-électriques
(exclusivement).Voulez-vous accueillir cette étude dans votre
revue ? Si oui, veuillez me le faire savoir, et je moccuperai
de la mise au net. Je pense quil y aurait de la copie pour deux,
peut-être trois articles.Mais je ne vois en vérité
que peu de figures pour les illustrer. Croyez-moi, cher monsieur, votre
bien dévoué. Antoine Breguet. »
7 septembre 1877.
« Cher Monsieur, Voici le premier article sur lhistoire
de la lumière électrique. Vous pourriez peut-être
faire faire comme figures, 1°- Dufay tirant une étincelle
dun corps humain. Le patient est suspendu en lair sur des
cordons de soie. 2°- létincelle en aigrette qui se
trouve dans un grand nombre de traités de physique : Gavarret,
Mascart entre autres. ; quen pensez-vous ? Votre bien dévoué.
Antoine Breguet. Si vous trouvez ce 1er article trop court, je puis
le rallonger facilement. Jai toutes mes notes mises en ordre.
Je pourrai faire encore facilement deux autres articles de même
longueur (au moins) et les figures y seront plus faciles à placer.
»
8 avril 1878.
« Cher Monsieur, je vous enverrai dans deux ou trois jours la
suite de lhistoire de la lumière électrique. Quant
au téléphone à mercure, jattendais toujours
pour vous adresser le cliché, que jeusse obtenu quelques
résultats nouveaux. Mais le temps me manque pour travailler,
je vais donc vous envoyer de suite la figure. Votre bien dévoué.
Antoine Breguet. P.S. Je vous serai obligé de menvoyer
le dernier numéro de la Nature, car en dehors de labonnement
de mon père, jaime à conserver les numéros
où sont insérés les articles de moi. »
5 février 1880.
« Mon cher Monsieur Tissandier, Vous savez peut-être que,
à partir du 20 février, je prends la direction de la revue
scientifique en collaboration avec mon ami Ch. Richet ; Je sais que
vous avez bien voulu promettre à M. Alglave, la copie de votre
conférence pour la revue. Puis-je espérer que vous tiendrez
votre promesse pour son successeur ? Vous aurez droit à la reconnaissance
de votre bien dévoué Antoine Breguet, 5 rue de Savoie.
Paris »
Gaston Tissandier (1843.1899), voua sa vie aux sciences.
Chimiste et physicien de formation, attiré par toutes les sciences
de la nature et fasciné par le monde des techniques et de linvention,
il devint dès les années 1870 éditeur de revues
scientifiques, dont La Nature (ici sollicitée par Breguet). Aventurier
de lair, passionné daérostation, il se livrera
à plus dune quarantaine dascensions. Lors de lExposition
délectricité, en 1881, il contribue, avec son frère
Albert, au premier modèle de ballon dirigeable mû par lélectricité
sommaire
1873-1874 Alfred Niaudet-Breguet vient faire
des recherches sur la machine de Gramme au laboratoire de recherches
physiques de la faculté des sciences de Paris.
Puis Antoine Breguet construit des machines de Gramme, la première
génératrice moderne de courant. Il est lauteur dun
ouvrage avec Gramme (1875) et signe seul en 1880 un livre sur la théorie
de la machine de Gramme qui sort en 1880.
1874 La Nature - Revue des sciences, 1874. Alfred Niaudet-Breguet
| EXPLOSEUR MAGNÉTO-ÉLECTRIQUE de breguet.
Supposez un aimant en fer à cheval, sur
les branches duquel sont enroulés des fils conducteurs
isolés ; supposez une armature de fer doux appliquée
sur les pôles de laimant. Si on vient à éloigner
rapidement larmature, il se produit dans le fil conducteur
un courant électrique dune durée presque instantanée.
Si on rapproche larmature et quon lapplique
de nouveau sur les pôles de laimant, il se produit
dans le fil un second courant présentant les mêmes
caractères que le premier, mais en sens contraire.
Cette expérience, due à Faraday, est le principe
de lexploseur représenté par la figure ci-jointe.
Exploseur
magnéto-électrique
Pour obtenir un courant au moyen de cet appareil, il suffit de
donner un coup de poing sur le manche, doù résulte
le brusque arrachement de larmature. La simplicité
de cette manuvre fait souvent donner à cette machine
le nom de coup de poing.
Quand on ramène larmature au contact, on obtient
un second courant de sens contraire.
Pour la principale des applications de cet instrument, linflammation
de la poudre, il y a intérêt à avoir un courant
de grande tension ; aussi convient-il demployer le premier
courant, celui darrachement, par cette seule raison que
le mouvement peut être accompli plus rapidement que le mouvement
contraire. Pour augmenter encore la tension du courant, on a recours
à un artifice singulier qui mérite de nous arrêter
un instant.
Le levier de larmature porte un petit ressort que la figure
montre en avant et à gauche, et qui touche par son extrémité
à une vis. Quand on écarte larmature et laimant,
le ressort cesse de toucher la vis. Mais, comme au point de départ,
il est bandé, le contact entre la vis et le ressort ne
cesse quaprès que larmature a fait environ
les deux tiers de son mouvement. Lun des bouts du fil conducteur
enroulé sur les branches de laimant est mis en communication
avec le levier de larmature, lautre bout communique
avec la vis ; par conséquent, le courant produit par le
coup de poing est enfermé dans lappareil, du moins
pendant les deux tiers du temps de sa production. Cette disposition
qui, à première vue, paraît destinée
à faire perdre la plus grande partie du courant, a, au
contraire, pour effet daugmenter la tension, parce que le
courant qui est fourni par lappareil est, non plus le courant
dinduction magnéto-électrique, mais lextra-courant
de ce courant dinduction, cest-à-dire le courant
dinduction qui se produit au moment de la rupture du circuit
local du courant magnéto-électrique.
En fait, la simple addition du ressort et de la vis dont nous
venons de parler, augmente dans le rapport de 1 à 5 la
tension du courant. On lapprécie dune manière
grossière en comparant les chocs que lappareil donne
quand on met deux doigts sur les bornes terminales, et on le constate
dune manière plus nette par le nombre des amorces
quon peut enflammer dans lun et lautre cas.
Grâce à ce perfectionnement et à une heureuse
proportion entre les parties de la machine, on peut arriver à
enflammer de la poudre de chasse extra-fine placée entre
deux pointes de métal très-voisines.
En réalité, dans la pratique, on emploie dans la
confection des amorces, des poudres spéciales, notamment
celle indiquée par M. Abel, chimiste de larsenal
anglais de Woolwich. La poudre dAbel est plus sensible que
la poudre de chasse ordinaire ; aussi peut-on enflammer simultanément
dans un seul circuit un nombre assez grand damorces, et,
par suite, mettre le feu à plusieurs mines ou à
plusieurs canons à la fois. Le seul défaut de cette
poudre est quelle saltère avec le temps, et
quau bout de dix-huit mois ou deux ans elle nest plus
inflammable.
Ce défaut est écarté dans de nouvelles amorces
dues à un officier du génie, et qui ne contiennent
aucune substance susceptible de saltérer avec le
temps. En attendant que ces amorces françaises se répandent,
on est réduit aux amorces anglaises qui ont servi pendant
la guerre à quantité de travaux de destruction et
qui rendent dans la paix de grands services aux ingénieurs
pour la percée des tunnels et labatage des roches.
On a construit des exploseurs qui, dun seul coup de poing,
peuvent enflammer vingt amorces dAbel ; mais cette grande
puissance nest obtenue quen sacrifiant la légèreté
de lappareil (ces instruments puissants pèsent 12
à 13 kilogrammes}. Dans la plupart des cas, on se contente
dappareils plus petits qui pèsent 8 kilogrammes et
qui sont capables denflammer dix à douze amorces
dans le laboratoire, et den faire partir six à huit
sur le terrain. Enfin le génie fait étudier des
appareils de très-petite dimension et dun poids très-réduit,
desquels on nattend que trois ou quatre explosions simultanées,
cest-à-dire une force suffisante pour être
absolument sûr dune explosion sur le champ de bataille.
Lexploseur est lappareil magnéto-électrique
le plus simple qui ait jamais été réalisé,
et on peut ajouter quil nest pas possible den
concevoir un plus simple, puisquil ny entre que les
trois parties indispensables à répéter lexpérience
de Faraday. En effet, on ny voit quun aimant, une
armature de fer doux et du fil de cuivre recouvert de soie. Malgré
cette extrême simplicité, il y a tout lieu de croire
que linstrument se perfectionnera encore notablement et
acquerra, à égal poids ou à égal volume,
une énergie plus grande. Ainsi lemploi des aimants
Jamin, qui na encore été pratiqué quà
titre dessai, ne peut manquer de donner de bons résultats.
Il faut bien se garder de croire que lexploseur soit comparable
en énergie à la bobine de Ruhmkorff. Le seul avantage
quil présente sur ce puissant appareil est quil
se suffit à lui-même et quil est toujours prêt
à fonctionner, tandis que la bobine dinduction a
besoin dêtre excitée par une pile. Sur le terrain,
et notamment à la guerre, cet avantage est tout à
fait capital ; cela est trop évident pour quil y
ait lieu dy insister.
Applications diverses de lappareil
Lappareil qui nous occupe est susceptible dautres
applications que linflammation de la poudre, et dès
lors il ne doit plus être appelé exploseur. Tout
dabord il est facile de lemployer dans la télégraphie.
On a pu voir parmi les objets exposés à Vienne,
par la maison Breguet, un télégraphe Morse sans
pile, dont le manipulateur nétait autre chose quun
exploseur de petite dimension. On connaît la clef Morse,
dont la manipulation consiste en une série de battements
longs et courts diversement espacés. Il suffit de répéter
ces battements avec le manche de lexploseur pour produire
une série de courants positifs à larrachement,
négatifs au retour, qui font fonctionner un récepteur
Morse à armature polarisée. Cet instrument parait
être le télégraphe militaire par excellence,
parce quil réduit au minimum le poids et le volume
des appareils, et parce quil dispense de la pile, qui est
lembarras capital de la télégraphie ambulante.
On a objecté que les télégraphes Morse employés
en France nétant pas à armature polarisée,
les stations ordinaires de la télégraphie ne pourraient
pas être mis en communication avec les télégraphes
de larmée. Cette objection est plus spécieuse
que sérieuse. On a vu en effet, pendant la dernière
campagne, que larmée dinvasion, cest-à-dire
larmée allemande, na presque jamais pu faire
usage des postes français qui ont toujours été
désorganisés au bon moment ; larmée
française, au contraire, constamment en retraite, employait
presque toujours les stations ordinaires de la télégraphie
comme stations militaires. Dailleurs, il y a tout lieu de
croire que les appareils à armature polarisée se
répandront en France comme en Angleterre et en Allemagne,
et dès lors linconvénient signalé se
réduira de jour en jour. Rien ne serait plus aisé
que de concevoir un télégraphe à cadran magnéto-électrique
fondé sur le même principe, et les officiers du lécole
régimentaire du génie de Montpellier ont fait des
essais dans cette voie.
Nous avons eu loccasion de voir récemment en Angleterre
une autre application du même appareil réalisée
par Sir Charles Wheatstone et déjà assez répandue
; il sagit dun compteur de tours de roue. Un excentrique
placé sur laxe dont on veut compter les tours vient
à chaque révolution arracher larmature dun
appareil analogue à celui que présente la figure
et produit des courants qui sont envoyés dans un récepteur
ou compteur facile à imaginer. Au lieu de compter des tours
de roue, on peut compter les allées et venues du piston
dun corps de pompe, soit dans un moteur à vapeur,
soit dans toute autre machine.
Dautres problèmes pourraient encore être résolus
au moyen de cet artifice, et nous serions trop heureux si nous
avions pu mettre quelque lecteur sur la voie dune invention
nouvelle.
A. Niaudet.
|
Publications 1876
- La machine magnéto-électrique de Gramme, par Alfred
Niaudet-Bréguet. (Télégraphie Journal,
vol. III, pages 185, 196, 223).
- Les piles secondaires de M. Planté, par A. Niaudet-Breguet.
(Télégraphie Journal, volume III, page 272).
- Nouvelle machine électro-magnétique à courant
continu, par Alfred Niaudet. (The télégraphie
Journal, vol. IV, page 100).
sommaire
Il construit de nombreux autres instruments dont un
anémomètre enregistreur mu par l'électricité.
Chevalier de lOrdre de Léopold, Commandeur dIsabelle
la catholique, Chevalier de létoile Polaire, il est fait
Chevalier de la Légion dHonneur en mars 1882.
Antoine meurt d'épuisement en 1882, laissant veuve Marie Dubois,
qu'il avait épousé en 1877, avec trois enfants mineurs
: Madeleine Camille (née en 1878), Louis Charles (né en
1880) et Jacques Eugène Henri (né en 1881).
La Maison Breguet Electricité passe sous forme de société
anonyme.
Son fils Louis Charles Breguet (1880-1955) reprend la direction
de la division électrique installée à Douai à
partir de 1906, avec comme collaborateur son frère Jacques Eugéne
Henri Breguet (1881-1939).
Tous deux la quitteront en 1911 pour fonder la Sté anonyme des
ateliers daviation Louis Breguet et se consacrer exclusivement
à lavionique. Cette société sera abordée
par Dassault en 1967 (ou 1971?)
Après guerre, l'entreprise fusionne avec les établissements
Sautter-Harlé pour donner naissance à la Société
de Constructions Electriques Breguet-Sautter-Harlé en 1956.
La Société de Constructions Electriques Breguet-Sautter-Harlé
sera absorbée en tant que filiale par la société
sucrière F. Beghin en 1963 (devient en 1973 Beghin-Say) , puis
absorbée par le groupe Fives Lille- Cail en 1966.
Ce groupe est toujours en activité en 2019 sous le nom Fives.
Les 187
brevets Breguet déposés à l'INPI
mécanisme d'horlogerie nommée échappement
à force constante pas de numéro avant 1844 09.02.1798
BREGUET Abraham-Louis Paris (75056)
(34 images)
mécanisme applicable aux machines à mesurer le temps,
appelé régulateur à tourbillon pas de numéro
avant 1844 25.12.1800 BREGUET Abraham-Louis Paris (75056) ;(25 images)
pyromètre métallique composé de deux métaux
de dilatation différents, comme le régulateur des
pendules et montres de Breguet pas de numéro avant 1844 05.03.1827
SOREL Stanislas-Tranquille-Modeste; ARTUS Louis-François-Prudent
Ecouché;Alençon (61153)(61001) ; (17 images)
échappement à force constante, et nouveau balancier
à compensation pas de numéro avant 1844 20.09.1832
INGOLD Pierre-Frédéric Paris (75056) ;(18 images)
moyen de remettre une montre à l'heure par une pendule pas
de numéro avant 1844 10.07.1833 BREGUET Louis ET COMPAGNIE
Paris (75056) ; (16 images)
mécanisme à l'aide duquel la pendule régulatrice
est de plus chargée de remonter la montre pas de numéro
avant 1844 14.02.1834 BREGUET Louis ET COMPAGNIE Paris (75056) (16
images)
procédés électro-magnétiques appliqués
à la construction des machines motrices pas de numéro
avant 1844 16.10.1840 PEYRON Pierre-Fortuné;BREGUET Louis-François-Clément
Marseille; Paris (13055) (75056) (14 images)
procédé d'encliquetage de cachets et clefs de montres
dits clefs à la Breguet pas de numéro avant 1844 04.08.1841
LARCHEVEQUE Pierre Paris (75056) ; (7 images)
disposition de clefs de montre dites à la Breguet pas de
numéro avant 1844 03.01.1843 JESSON Pierre-Nicolas Paris
(75056) ; (8 images)
machine électro-magnétique 6337 13.09.1847 BREGUET
Louis-François-Clément Paris (75056) ; (7 images)
télégraphe électrique mobile 8943 02.10.1849
BREGUET Louis-François-Clément Paris (75056) ; (17
images)
appareil contrôleur de la marche des machines à vapeur
et autres 9005 19.10.1849 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ; (9 images)
télégraphe électrique mobile 8943 29.06.1850
BREGUET Louis-François-Clément Paris (75056) ; (17
images)
appareils télégraphiques 10863 05.12.1850 BREGUET
Louis-François-Clément; BRISBART-GOBERT Antoine-Edouard
Paris (75056) ; (13 images)
appareils télégraphiques 10863 17.03.1851 BREGUET
Louis-François-Clément; BRISBART-GOBERT Antoine-Edouard
Paris (75056) ; (13 images)
appareils télégraphiques 10863 19.07.1851 BREGUET
Louis-François-Clément; BRISBART-GOBERT Antoine-Edouard
Paris (75056) ; (13 images)
appareil dit pèse-force 12963 29.01.1852 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ; (6 images)
système de tête de clef Breguet consistant en trois
parties découpées séparément, dont deux
s'emmanchent dans la troisième qui forme le collet, mais
un collet à quatre crans 13535 29.04.1852 LACAN Paris (75056)
; (2 images)
clef de pendule ou application des clefs dites à la Breguet
au remontage des pendules, des horloges, des instruments de musique,
des lampes, des tournebroches et même de tous autres mouvements
analogues que l'on pourrait utiliser dans l'industrie, ou mettre
dans le commerce 15610 16.02.1853 KIBLER Louis Paris (75056) ; (7
images)
appareil de télégraphie électrique 18610 27.01.1854
BREGUET Louis-François-Clément Paris (75056) ; (6
images)
système de fils électriques 19235 04.04.1854 BREGUET
Louis-François-Clément Paris (75056) ; (6 images)
appareil télégraphique 20584 23.08.1854 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ; (5 images)
manipulateur de télégraphe 20710 05.09.1854 BREGUET
Louis-François-Clément Paris (75056) ; (6 images)
perfectionnements apportés dans la disposition des télégraphes
électriques 21432 21.11.1854 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ; (13 images)
chapelet Breguet 19540 11.05.1854 GIRARD; MARIN Paris; Paris (75056)
(75056) ; (3 images)
système de télégraphe électrique imprimant,
dit typotélégraphe 19493 25.06.1855 BREGUET Louis
François Clément ; (16 images)
avertisseur électrique applicable aux divers appareils de
sûreté des chaudières à vapeur, appareils
à vide, etc. 22691 10.03.1855 BREGUET Louis-François-Clément
Paris; Paris (75056)(75056) ; (5 images)
perfectionnements apportés aux appareils de télégraphie
électrique 23660 30.05.1855 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ; (23 images)
perfectionnements apportés dans la disposition des télégraphes
électriques 21432 30.01.1856 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ;(13 images)
perfectionnements apportés aux appareils de télégraphie
électrique 23660 24.04.1856 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ; (23 images)
perfectionnements apportés dans les horloges électriques
26681 04.03.1856 BREGUET Louis-François-Clément Paris
(75056) ; (19 images)
système d'indicateur de la marche des convois, sur les chemins
de fer, au moyen d'un courant électrique 27858 24.05.1856
BREGUET Louis-François-Clément Paris (75056) ; (6
images)
disposition d'imprimeur appliquée aux télégraphes
électriques 29537 22.10.1856 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ; (35 images)
disposition d'imprimeur appliquée aux télégraphes
électriques 29537 30.12.1856 BREGUET Louis-François-Clément
; (35 images)
perfectionnements apportés dans la télégraphie
électrique 26600 23.02.1856 MINIE Charles-Claude-Etienne;
BREGUET Louis-François-Clément Paris (75056) ; (10
images)
perfectionnements apportés dans la fabrication des clefs
de montres, notamment de celles dites clefs Breguet 28803 16.08.1856
NORMANDIN Pierre-Frédéric Paris (75056) ; (5 images)
clef-crochet de montre avec cric Breguet 30528 15.01.1857 BEGARD
Paris (75056) ; (4 images)
application aux réverbères, lanternes, etc., d'horloges
indiquant les heures la nuit et le jour 30731 28.01.1857 BREGUET
Paris (75056) ; (5 images)
perfectionnements apportés dans les avertisseurs électriques
appliqués aux régulateurs de pression, manomètres
et autres appareils de sûreté 31842 26.04.1857 BREGUET
Paris (75056) ; (5 images)
système de régulateur électrique applicable
aux horloges ordinaires et électriques 33971 12.10.1857 BREGUET
Paris (75056) ; (15 images)
système de régulateur électrique applicable
aux horloges ordinaires et électriques 33971 12.12.1857 BREGUET
; (15 images)
perfectionnements apportés aux appareils de sonnerie électrique
employés dans les télégraphes 34229 31.10.1857
BREGUET Paris (75056) ; (15 images)
appareil indicateur et contrôleur, applicable aux voitures
publiques, et pouvant servir à différents genres de
signaux 34392 14.11.1857 BREGUET Paris (75056) ; (6 images)
perfectionnements apportés dans la disposition des télégraphes
électriques 21432 10.01.1857 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ; (13 images)
perfectionnements apportés aux appareils de télégraphie
électrique 23660 05.01.1857 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ; (23 images)
perfectionnements apportés aux appareils de télégraphie
électrique 23660 08.04.1857 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ; (23 images)
perfectionnements apportés aux appareils de télégraphie
électrique 23660 25.07.1857 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ; (23 images)
perfectionnements apportés dans les horloges électriques
26681 03.02.1857 BREGUET Louis-François-Clément ;
(19 images)
perfectionnements apportés dans les horloges électriques
26681 04.04.1857 BREGUET Louis-François-Clément ;
(19 images)
disposition d'imprimeur appliquée aux télégraphes
électriques 29537 25.04.1857 BREGUET Louis-François-Clément
;(35 images)
disposition d'imprimeur appliquée aux télégraphes
électriques 29537 09.09.1857 BREGUET Louis-François-Clément
; (35 images)
perfectionnements apportés aux télégraphes
du système Morse 33675 12.09.1857 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ; (37 images)
perfectionnements apportés aux appareils de sonnerie électrique
employés dans les télégraphes 34229 01.09.1858
BREGUET ; (15 images)
disposition d'imprimeur appliquée aux télégraphes
électriques 29537 08.05.1858 BREGUET Louis-François-Clément
; (35 images)
perfectionnements apportés aux télégraphes
du système Morse 33675 12.05.1858 BREGUET Louis-François-Clément
; (37 images)
perfectionnements apportés aux télégraphes
du système Morse 33675 29.05.1858 BREGUET Louis-François-Clément
; (37 images)
perfectionnements apportés aux télégraphes
du système Morse 33675 14.07.1858 BREGUET Louis-François-Clément
; (37 images)
perfectionnements apportés aux télégraphes
du système Morse 33675 17.11.1858 BREGUET Louis-François-Clément
; (37 images)
perfectionnements apportés aux appareils de sonnerie électrique
employés dans les télégraphes 34229 16.04.1859
BREGUET ; (15 images)
perfectionnements apportés dans la disposition et la construction
des chronomètres 39411 08.01.1859 BREGUET Paris (75056) ;(12
images)
perfectionnements apportés dans la disposition et la construction
des chronomètres 39411 23.02.1859 BREGUET ; (12 images)
disposition d'imprimeur appliquée aux télégraphes
électriques 29537 04.03.1859 BREGUET Louis-François-Clément
; (35 images)
disposition d'imprimeur appliquée aux télégraphes
électriques 29537 05.04.1859 BREGUET Louis-François-Clément
;(35 images)
perfectionnements apportés dans la disposition et la construction
des chronomètres 39411 03.02.1860 BREGUET ;(12 images)
perfectionnements apportés dans les horloges électriques
26681 29.02.1860 BREGUET Louis-François-Clément ;
(19 images)
perfectionnements apportés aux télégraphes
du système Morse 33675 24.04.1860 BREGUET Louis-François-Clément
;(37 images)
perfectionnements apportés aux piles électriques 50375
10.07.1861 BREGUET Paris (75056) ; (5 images)
système de régulateur électrique applicable
aux horloges ordinaires et électriques 33971 17.05.1862 BREGUET
; (15 images)
manipulateur récepteur de télégraphe électrique
53492 27.03.1862 BREGUET Paris (75056) ; (5 images)
perfectionnements apportés aux télégraphes
du système Morse 33675 31.10.1862 BREGUET Louis-François-Clément
;(37 images)
perfectionnements apportés aux télégraphes
du système Morse 33675 20.11.1862 BREGUET Louis-François-Clément
;(37 images)
perfectionnements apportés aux compteurs de tous genres 57725
10.03.1863 BREGUET Paris (75056) ; (4 images)
perfectionnements apportés à la construction des anéroïdes
et des manomètres 57152 27.01.1863 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ;(10 images)
perfectionnements apportés à la construction des anéroïdes
et des manomètres 57152 03.10.1863 BREGUET Louis-François-Clément
;(10 images)
perfectionnements apportés aux signaux électriques
de tous genres 62852 30.04.1864 BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ; (19 images)
perfectionnements apportés au télégraphe Morse
64775 14.10.1864 HERRMANN Paris (75056) ; (10 images)
perfectionnements apportés au matériel des lignes
télégraphiques 65742 05.01.1865 BREGUET Paris (75056)
; (8 images)
perfectionnements apportés dans les postes de télégraphie
alphabétique 67306 12.05.1865 BREGUET Paris (75056) ; (11
images)
perfectionnements apportés aux baromètres anéroïdes
70062 19.01.1866 BREGUET Paris (75056) ; (7 images)
procédés applicables à l'horlogerie et au réglage
de la vitesse des machines 73414 26.10.1866 BREGUET Paris (75056)
; (11 images)
perfectionnements apportés aux signaux électriques
de tous genres 62852 19.01.1866 BREGUET Louis-François-Clément
; (19 images)
procédés applicables à l'horlogerie et au réglage
de la vitesse des machines 73414 13.03.1867 BREGUET ; (11 images)
perfectionnements apportés aux signaux électriques
de tous genres 62852 12.06.1867 BREGUET Louis-François-Clément
;(19 images)
procédés électriques applicables à la
télégraphie et à diverses machines 75451 13.03.1867
BREGUET Louis-François-Clément Paris (75056) ; (8
images)
palette-multiplicateur à l'usage de la télégraphie,
et diverses modifications apportées à l'appareil Breguet
75885 25.04.1867 MARTEL Marseille (13055) ; (8 images)
perfectionnements apportés à l'appareil dit sphygmographe
87302 30.09.1869 BREGUET Paris (75056) ; (4 images)
divers perfectionnements aux appareils magnéto-électriques
88682 07.04.1869 BREGUET Paris (75056) ; (8 images)
perfectionnements apportés aux appareils télégraphiques
86030 14.06.1869 BREGUET Louis-François-Clément Paris
(75056) ; (22 images)
perfectionnements apportés aux appareils télégraphiques
86030 25.04.1870 BREGUET Louis-François-Clément ;
(22 images)
perfectionnements apportés aux machines magnéto-électriques
93818 12.01.1872 BREGUET Paris (75056) ; (6 images)
perfectionnements apportés aux appareils télégraphiques
96195 10.08.1872 BREGUET Louis-François-Clément Paris
(75056) ; (17 images)
perfectionnements apportés aux appareils télégraphiques
96195 23.04.1873 BREGUET Louis François Clément ;(17
images)
perfectionnements apportés aux appareils télégraphiques
96195 22.10.1873 BREGUET Louis François Clément ;(17
images)
perfectionnements apportés aux instruments enregistreurs
appliqués à la science et à l'industrie 103439
18.04.1874 BREGUET Paris (75056) ; (11 images)
niveau à manomètre, système Galland 107786
24.04.1875 BREGUET Louis-François-Clément Paris (75056)
; (5 images)
perfectionnements apportés aux sonnettes électriques
d'appartements et d'hôtel 112377 12.04.1876 ABELARD Pierre
Chambéry; Paris (73065)(75056) ;
système de contact multiple applicable aux horloges électriques,
compteurs de secondes et autres appareils 115784 18.11.1876 BREGUET
Paris (75056) ;(6 images)
électroaimant 111535 17.02.1876 JABLOCHKOFF Paul Paris (75056)
; (4 images)
téléphone capillaire 122955 02.03.1878 BREGUET
Paris (75056) ; (5 images)
perfectionnements apportés aux téléphones
126074 12.08.1878 RIGHI Augusto Paris (75056) ; (11 images)
perfectionnements apportés aux téléphones
122452 05.02.1878 ROOSEVELT Cornélius; BREGUET Louis-François-Clément
Paris (75056) ; (44 images)
perfectionnements apportés aux téléphones
122452 28.02.1878 ROOSEVELT Cornélius; BREGUET Louis-François-Clément
; (44 images)
perfectionnements apportés aux téléphones
122452 12.04.1878 ROOSEVELT Cornélius;BREGUET Louis-François-Clément
; (44 images)
perfectionnements apportés aux téléphones
122452 29.05.1878 ROOSEVELT Cornélius;BREGUET Louis-François-Clément
; (44 images)
perfectionnements apportés aux téléphones
122452 03.07.1878 ROOSEVELT Cornélius; BREGUET Louis-François-Clément
;(44 images)
système de transmission téléphones avec
sonnerie avertisseur 131387 23.06.1879 BREGUET Paris (75056) ;(8
images)
machine rotative à applications diverses 129809 27.03.1879
DECOEUR Paris (75056) ;(7 images)
système de fermeture des porte-bouteilles, dit système
à levier 132053 01.08.1879 VIGOUROUX Bernard Paris (75056)
; (6 images)
système automatique de vidange 134985 11.02.1880 CUCHERAT
Paul Paris (75056) ; (10 images)
perfectionnements apportés à l'appareil léopolder
148777 05.05.1882 BREGUET Paris (75056) ; (9 images)
nouveau commutateur de téléphones et disposition
de l'appareil transmetteur 149902 03.07.1882 BREGUET Paris (75056)
; (5 images)
perfectionnements apportés à la lampe électrique
régulateur Breguet 150158 08.06.1882 BREGUET Paris (75056)
; (9 images)
perfectionnements apportés à la lampe électrique
régulateur Breguet 150158 20.07.1882 BREGUET ; (9 images)
application aux musettes de deux ressorts dynamomètriques,
appelés à tenir constamment l'avoine ou autres céréales
à portée de la bouche du cheval, sans efforts ni mouvement
de sa part 148673 24.04.1882 BRIOLLE Paris (75056) ; (5 images)
certificat d'addition au brevet pris le 21 juin 1883, pour un nouveau
système de sonnerie à répétition et
réveil 156168 06.12.1883 BOUTELIE Abdon-Prosper Paris (75056)
; (13 images)
suppression des piles dans les cloches d'alarme Leopolder, Leopolder-Breguet
et Siemens, et leur remplacement par un appareil dit coup de poing
154021 01.03.1883 BREGUET Paris (75056) ; (12 images)
suppression des piles dans les cloches d'alarme Leopolder, Leopolder-Breguet
et Siemens, et leur remplacement par un appareil dit coup de poing
154021 14.04.1883 BREGUET ; (12 images)
poste téléphonique dit poste Salet 154549 29.03.1883
BREGUET Paris (75056) ;(7 images)
appareil avertisseur servant à prévenir de l'ouverture
des caisses, coffres-forts, intérieurs d'appartements 154867
14.04.1883 BREGUET Paris (75056) ;(12 images)
ampèremètre Lippmann 161842 01.05.1884 BREGUET Paris
(75056) ; (8 images)
perfectionnements de l'appareil avertisseur d'incendie de Petit
162012 09.05.1884 BREGUET Paris (75056) ; (5 images)
appareil servo-moteur électrique 163975 27.08.1884 BREGUET
Paris (75056) ; (8 images)
appareil dit orthodomètre 164334 17.09.1884 BREGUET Paris
(75056) ; (11 images)
appareil dit régulateur dynamo 165118 31.10.1884 BREGUET
Paris (75056) ; (7 images)
appareil dit récepteur électrique à cadran
sans rouage et se remontant en ramenant l'aiguille à la croix
165891 12.12.1884 BREGUET Paris (75056) ; (4 images)
thermomètre régulateur automatique, système
P. Coltelloni et Breguet 164105 04.09.1884 COLTELLONI Paul-Toussaint-Napoléon
(CLH) BREGUET Paris (75056) ; (28 images)
perfectionnements apportés dans la construction des machines
à vapeur et autres à grande vitesse 166990 12.02.1885
BREGUET Paris (75056) ; (15 images)
certificat d'addition au brevet pris le 12 février 1885,
pour des perfectionnements apportés dans la construction
des machines à vapeur et autres à grande vitesse 166990
31.12.1885 BREGUET Paris (75056) ; (15 images)
fusil photographique 169085 22.05.1885 BREGUET Paris (75056) ; (3
images)
système de plateau d'accouplement à liaison funiculaire
169337 04.06.1885 BREGUET Paris (75056) ; (27 images)
application aux machines électriques à frottement
et à influence des paliers à billes, galets ou rouleaux
171099 09.09.1885 BREGUET Paris (75056) ; (5 images)
certificat d'addition au brevet pris le 4 septembre 1884, pour un
thermomètre régulateur automatique, système
P. Coltelloni et Breguet 164105 11.07.1885 COLTELLONI Paul-Toussaint-Napoléon
(CLH) BREGUET Paris (75056) ; (28 images)
certificat d'addition au brevet pris le 4 juin 1885, pour un système
de plateaux d'accouplement à liaison funiculaire 169337 28.07.1886
BREGUET Paris (75056) ; (27 images)
perfectionnement apporté à la construction des machines
dynamo-électriques 174009 08.02.1886 BREGUET Paris (75056)
; (6 images)
système de tourteau extensible servant pour le calage des
anneaux du genre Pacinotti-Gramme ou autres sur leurs axes 176026
10.05.1886 BREGUET Paris (75056) ; (6 images)
nouveau système de régulateur à arc voltaïque
dit régulateur à bande 178944 09.10.1886 BREGUET Paris
(75056) ; (6 images)
perfectionnements apportés aux télégraphes
électriques à lettres imprimées 179858 24.11.1886
BREGUET Paris (75056) ; (6 images)
appareil destiné à reproduire synchroniquement à
distance un mouvement quelconque à volonté, direct
ou rétrograde 176583 05.06.1886 BREGUET; CARPENTIER Jules
Paris (75056) ;
voltmètre apériodique industriel 181186 28.01.1887
BREGUET Paris (75056) ; (5 images)
système de tableaux numéroteurs 182889 15.04.1887
BREGUET Paris (75056) ; (7 images)
emploi d'une circulation hydraulique à la pression atmosphérique
ou sous une pression quelconque, dans les foyers à arc voltaïque
et leurs accessoires 184879 19.07.1887 BREGUET Paris (75056) ; (7
images)
perfectionnement de l'appareil avertisseur d'incendie du sieur petit
par l'adaptation d'une serrure à timbre dénonciateur
mis en fonction par le fait de l'ouverture de la porte 186828 08.11.1887
BREGUET Paris (75056) ; (7 images)
perfectionnements de l'appareil avertisseur d'incendie de Petit
187907 31.12.1887 BREGUET Paris (75056) ; (5 images)
appareil destiné à chauffer électriquement
les marques à feu, et autres applications analogues 195516
27.11.1888 BREGUET Paris (75056) ; (7 images)
certificat d'addition au brevet pris le 4 juin 1885, pour un système
de plateaux d'accouplement à liaison funiculaire 169337 01.05.1889
BREGUET Paris (75056) ; (27 images)
perfectionnement apporté à la construction des machines
dynamos électriques 207390 04.08.1890 BREGUET Paris (75056)
; (6 images)
système d'accouplement par bielles et manivelles, entre l'arbre
de la dynamo et les essieux du véhicule, dans les voitures,
tramways ou locomotives électriques 208957 20.10.1890 BREGUET
Paris (75056) ; (7 images)
postes téléphoniques à cadran indicateur pour
installation de plus de trois postes sur une même ligne 210002
05.12.1890 BREGUET Paris (75056) ; (14 images)
certificat d'addition au brevet pris le 5 décembre 1890,
pour postes téléphoniques, à cadran indicateur,
pour installation de plus de trois postes sur une même ligne
210002 30.04.1891 BREGUET Paris (75056) ; (14 images)
transmetteur récepteur électrique d'ordres 212795
15.04.1891 BREGUET Paris (75056) ; (7 images) ;
nouveau système de balai frotteur pour machines électriques
217277 07.11.1891 BREGUET Paris (75056) ; (6 images)
perfectionnement dans le bombage et le façonnage du verre
217365 11.11.1891 BREGUET Paris (75056) ; (4 images)
certificat d'addition au brevet pris le 4 juin 1885, pour un système
de plateaux d'accouplement à liaison funiculaire 169337 08.10.1892
BREGUET Paris (75056) ; (27 images)
mode d'entraînement par engrenage intérieur des roues
d'un véhicule, système Raffard 219341 12.02.1892 BREGUET
Paris (75056) ; (6 images)
perfectionnements dans le montage des machines motrices des véhicules
actionnés par l'électricité 219714 27.02.1892
BREGUET Paris (75056) ; (7 images)
système de projecteur électrique à miroir parabolique
220970 16.04.1892 BREGUET Paris (75056) ; (12 images)
lampe mixte pour projecteur 220971 16.04.1892 BREGUET Paris (75056)
; (8 images)
certificat d'addition au brevet pris le 18 janvier 1890, par M.
Tommasi et dont ledit Oblasser est cessionnaire, pour un système
d'accumulateur électrique multitubulaire 203249 07.05.1892
OBLASSER Paris (75056) ; (28 images)
système de plateaux d'accouplement à liaison funiculaire
169337 04.05.1893 BREGUET Paris (75056) ; (27 images)
nouveau système de bicyclette 231795 27.07.1893 BREGUET Paris
(75056) ; (10 images)
certificat d'addition au brevet pris le 27 juillet 1893, pour un
nouveau système de bicyclette 231795 05.08.1893 BREGUET Paris
(75056) ; (10 images)
servo-moteur électrique 234142 18.11.1893 BREGUET Paris (75056)
; (11 images)
nouveau système de commande électrique des sémaphores
du genre Lartigue, Tesse et Prud'homme 234971 21.12.1893 BREGUET
Paris (75056) ; (7 images)
perfectionnements dans les réflecteurs 228545 11.03.1893
BREGUET; JACOMY Paris (75056) ; (4 images)
chemin de roulement continu à une voie, tel que des voyageurs
montés dans un wagonnet, parcourent ce chemin sans accident
et éprouvent les mêmes sensations que dans les montagnes
russes 239570 25.06.1894 ALAVOINE Paris (75056) ; (6 images)
certificat d'addition au brevet pris le 18 novembre 1893, pour un
servo-moteur électrique 234142 07.05.1894 BREGUET Paris (75056)
; (11 images)
turbine à vapeur compound 236883 09.03.1894 BREGUET Paris
(75056) ; (6 images)
perfectionnements aux tuyères et aux aubes des turbines à
vapeur ou à gaz 237267 23.03.1894 BREGUET Paris (75056) ;
(11 images)
système dit auto-jonction destiné principalement à
relier automatiquement les grands réseaux du genre Morse
postes et télégraphes aux grands réseaux du
genre Breguet chemins de fer 248376 28.06.1895 HYVERT Carcassonne
(11069) ; (30 images)
certificat d'addition au brevet pris le 23 mars 1894, pour des perfectionnements
aux tuyères et aux aubes des turbines à vapeur ou
à gaz 237267 15.04.1896 BREGUET Paris (75056) ; (11 images)
perfectionnements aux moteurs électriques 259876 21.09.1896
BREGUET Paris (75056) ; (12 images)
certificat d'addition au brevet pris le 21 septembre 1896, pour
des perfectionnements aux moteurs électriques 259876 12.10.1896
BREGUET Paris (75056) ; (12 images)
garniture étanche pour arbre ou tige flexible 254327 27.02.1896
BREGUET; SOCIETE DE LAVAL Paris (75056) ; (6 images)
propulseur-gouvernail à double réaction hydraulique
262932 09.01.1897 BREGUET Paris (75056) ; (7 images) limiteur de
vitesse automatique pour turbine à vapeur 262931 09.01.1897
BREGUET; SOCIETE DE LAVAL Paris (75056) ; (6 images)
mouilleur automatique pour presses lithographiques, système
Courmont frères 270339 09.09.1897 COURMONT frères
Paris (75056) ; (9 images)
nouvelle machine à sculpter le bois, le marbre, la pierre
et la gravure des métaux avec agrandissement et réduction
du sujet 271519 21.10.1897 LAFONTAINE Paris (75056) ; (18 images)
commande à distance et asservissement par l'électricité
avec répétition des manoeuvres, ou servo-moteur répétiteur
279460 03.06.1898 BREGUET Paris (75056) ; (9 images)
nouvelle forme d'aube pour turbines à vapeur ou au gaz 279249
27.06.1898 BREGUET; SOCIETE DE LAVAL Paris (75056) ; (8 images)
nouveau système de graissage sous pression et à circulation
continue des engrenages 289694 07.06.1899 BREGUET Paris (75056)
; (6 images)
nouvelle clef commutateur automatique d'appel pour microphone 292368
07.09.1899 BREGUET Paris (75056) ; (9 images)
isochronisateurs de régulateurs centrifuges 294851 01.12.1899
BREGUET Paris (75056) ; (8 images)
asservissement à distance d'un moteur électrique 299265
13.04.1900 BREGUET Paris (75056) ; (15 images)
appareil électromoteur de manoeuvre, commandé à
distance 305282 10.11.1900 BREGUET SARTIAUX ALIAMET Paris (75056)
; (8 images)
perfectionnement relatif à l'emploi d'isochronisateurs différentiels
pour le couplage des dynamos compound en quantité 307033
10.01.1901 BREGUET Paris (75056) ; (7 images)
système d'entraînement des métiers à
tisser par moteur électrique 309684 04.04.1901 BREGUET Paris
(75056) ; (10 images)
asservissement à distance d'un moteur électrique 299265
08.05.1908 BREGUET ; (15 images) |
sommaire
La MAISON BREGUET Société anonyme.
Société anonyme formée par acte
passé devant Me Masson, notaire à Paris, le 31 décembre
1881, définitivement constituée le 14 janvier 1882, modifiée
par décisions des Assemblées générales des
18 avril 1889, 29 mai 1897, 7 et 26 mai 1898 et 7 janvier 1899.
Objet.La Société a pour objet la construction,
l'installation commerce de tous appareils ou machines relatifs à
: 1° téléphonie, les signaux électriques de
tous genres, leclairage électrique la transmission de la
force à distance, les mesures électriques et, à
toutes les applications ayant trait par un côté quelconque
à léiectricité; 2° De tous les instruments
de précision.
Et la participation directe ou indirecte de là Société
en France et à létranger, dans toutes entreprises
électriques et dans toutes opérations commerciales, industrielles
et financières pouvant se rattacher à l'un des objets
précités, soit par voie de création de Sociétés
nouvelles, dapport, de fusion ou autrement.
Dénomination. Maison Breguet, Société
anonyme.
Siège social. A Paris, rue Didot,
19. Usines à Paris et à Douai.
Durée. Du 14 janvier 1882 au 31 décembre
1926.
Capital social. Fixé primitivement à
3 millions de francs, divisés lorigine en 600 actions de
5,000 fr., dont 200 ont été attribuées entièrement
libérées à M. Antoine Breguet, fondateur, en représentation
de ses apports détaillés aux statuts; et 400 actions souscrites
enespèces et an pair.
Lassemblée générale du 18 avril 1889 a décidé
léchange des 600 actions de 5,000 fr. contre 6,000 actions
de 500 fr., à raison de une contre dix.
Par décision des assemblées générales des
7 et 26 mai 1898, le capital a été porté de trois
à quatre millions de francs, au moyen de la création de
2,000 actions nouvelles de 500 francs, émises à 675 francs.
Au total : 8,000 actions de 500 francs, libérées et au
porteur. Les intérêts et dividendes se payent ordinairement
en novembre.
Conseil dadministration de sept à neuf membres
nommés pour su ans, renouvelables par moitié tous les
trois ans, devant être propriétaires chacun de cent actions
inaliénables pendant la duréedeleursfonctions.
Assemblée générale ordinaire annuelle
en octobre, composée de tous les propriétaires de dix
actions. Chaque actionnaire a autant de voix quil possède
dactions.
Année sociale du 1er mai au 30 avril.
Bénéfices Sur les bénéfices,
nets de toutes les charges, il est prélevé: 5 % pour constituer
un fonds de réserve, jusquà ce quil atteigne
.e dixième du capital social.
Sur lexcédent il est prélevé
: La somme nécessaire pour payer aux actions un intérêt
de 5 %/4 du. capital versé.
Le surplus est réparti, savoir: 10 % au directeur 5 % au sous-directeur
; 5 % au conseil dadministration ; Et le surplus aux actions à
titre de second dividende. Sur ce dividende, lassemblée
générale peut prélever de quoi constituer une ou
plusieurs réserves extraordinaires et spéciales.
Titres. Actions n° 1 à 6,000, portant
le libellé de : « Maison Breguet. Société
anonyme. Statuts reçus par M8 Masson, notaire à Paris
le 31 décembre 1881 et modifiés par décision de
lAssemblée générale du 18 avril 1889. Capital
social : trois millions de francs divisé en 6,000 actions de
500 francs chacune. Siège social, 39, quai de lHorloge,
à Paris. Action de 500 francs au porteur entièrement libérée
n« » Datés à Paris du 1er juillet 1889. Ces
titres sont munis de lestampille suivante :« Capital porté
de trois à quatre millions par décision de lAssemblée
générale extraordinaire du 7 mai 1898 ».
Actions n° 6001 à 8000, portant le libellé
de : « Maison Breguet. Société anonyme. Statuts
reçus par Me Masson, notaire à Paris, le 31 décembre
1881, et modifiés par décisions des assemblées
générales des. 18 avril 1889, 29 mai 1897 et 7 mai 1898.
Capital social : quatre millions de francs divisé en 8,000 actions
de 500 francs chacune. Siège social : 19, rue Didot, à
Paris. Action de cinq cents francs au porteur, entièrement libérée,
n°... » Datés à Paris du 15 mai 1898.
Tous ces titres, teinte bleue sur fond blanc, sont munis de coupons
numérotés, dont le dernier porte le n° 30. (Le coupon
n° 12 a été payé le 1" novembre 1900.)
Timbre sec sur le titre et sur les [coupons. Souche dans le haut.
OBLIGATIONS 3,000 obligations de 500 fr. 4 1/2 »/»,
entièrement libérées et au porteur, créées
par délibération du Conseil dadministration du 24
avril 1893 en vertu des pouvoirs contenus à larticle 24
des statuts et sur lesquelles 700 ont été affectees a
la conversion ou au remboursement des 689 obli gâtions 6 °/o
en circulation.
Émises à 485 fr. par le Comptoir national descompte
de Paris en juin 1393 Remboursables à 500 fr. en 18- ans de 1894
à 1911, par tirages au sort semestriels en mai et novembre, pour
le remboursement des titres sortis seffectuer les 1er juin et
1er décembre suivant chaque tirage.
La Société sest réservé le droit de
remboursement au pair, par anticipation, à toute époque.
Intérêt annuel : 22 fr. 50 payables par moitié
les 1er juin et 1er décembre Titres. Légère
teinte vert deau sur fond blanc, nos 1 à 3000, portant
le libellé de: « Maison Breguet, Société
anonyme formée par acte notarié passé devant M
Masson, notaire à Paris, le 31 décembre 1881 et constituée
définitivement le 14 janvier 1882. Statuts modifiés par
les assemblées générales extraordinaires des 14
avril 1883 et 18 avril 1889. capital social: trois millions de francs.
Siège social: 19, rue Didot, à Paris obligation de 500
francs au porteur. Émission de 3,000 obligations 41/2/.
etc-, n°... » Datés à Paris du 1er juin 1893.
Munis de coupons semestriels dont le dernier porte le n° 36 et léchéance
du 1er juin 1911. (Le coupon n« 19 a été payé
à son échéance du 1er décembre 1902.) Timbre
sec sur le titre et sur les coupons. Souche dans le haut. Tableau damortissement
au verso.
1210 de ces titres étaient' amortis au 1er décembre 1902.
Le payement des coupons des actions et des obligations et le remboursement
des obligations sorties au tirage seffectuent à Paris au
Comptoir national descompte de Paris rue Bergère, 14.
Admission à la cote (2e partie) De 6,000 actions et des obligations,
le 20 novembre 1893, Et de 2,000 actions, nos 6001 à 8000, le
30 juin 1898.
Administrateurs MM. G. Berger, président; Sciama,
administrateur-directeur ; F. Mayer, Kapferer, G. Dreyfus, J. Dubois.
Commissaires des comptes. MM. Cazabonne, Ollendorf
sommaire
Revue des Deux Mondes tome 28, 1878 :
LA TRANSMISSION DE LA PAROLE . ANTOINE BREGUET
LE PHONOGRAPHE, LE MICROPHONE, L'AEROPHONE
Les travaux scientifiques du Nouveau Monde présentent
ce caractère spécial de toujours viser un but pratique
et immédiat. Semblable au touriste traditionnel des Alpes, lhomme
de science aux États-Unis marche droit vers le sommet quil
sest promis datteindre. Les détails de la route ne
lintéressent pas ; il gravit la pente et ne regarde ni
à droite ni à gauche. Sil arrive, il a fait une
véritable conquête ; sil ne réussit pas, comme
il na rien vu en chemin, ses efforts ne profitent à personne.
Cette tendance, qui se retrouve, quoiquà un moindre degré,
en Angleterre, est en opposition directe avec celle des physiciens de
notre vieux continent. Ceux-ci, la plupart du temps, ne fixent pas à
leurs entreprises un terme bien déterminé, et la route
la plus large, le chemin le plus court nest pas toujours ce qui
les séduit le plus. Ils préfèrent les sentiers
les moins tracés, et ceux dont les détours sans fin leur
dérobent le but à tout instant et les mettent continuellement
aux prises avec des difficultés nouvelles. Ils sont davance,
convaincus que tout travail suivi mène à coup sûr
à un résultat. Ce résultat sera positif ou négatif,
peu leur importe. Ils se sont imposé la tâche de collectionner
des vérités, et les vérités, de quelque
ordre quelles soient, profiteront toujours à la science.
Si quelquun coordonne toutes ces abstractions et parvient à
en tirer une application vraiment pratique, on ne lappellera pas
un savant, ce sera un inventeur. Les savans, si lon donne à
ce mot le sens quon lui prête en France, nont pas
lidée, ni même le désir, de faire une découverte
qui puisse être dune utilité générale
et immédiate. Si par hasard ils se permettaient cette dérogation
à leur ordre didées habituel, lexamen minutieux
du premier phénomène quils viendraient à
rencontrer les attirerait en dehors de la route, et les absorberait
souvent assez pour leur faire perdre de vue leur premier objectif. Rien
ne leur échappe. Ils notent, commentent, publient les moindres
circonstances et sattachent à surprendre les lois les plus
cachées et les plus modestes de la nature. Ce sont là
des retards, soit. Mais ici aucun effort nest stérile.
Ceux qui voudront sengager dans la même voie trouveront
le chemin préparé, et pourront partir plus vite dune
limite moins reculée.
La cause déterminante de ces tendances opposées,
chez les hommes de science des diverses nations, réside en partie
dans la tradition, et beaucoup aussi dans les préjugés
qui sattachent à lexploitation commerciale dune
découverte quelconque. Chez nous, si linventeur témoigne
le plus profond respect pour le savant, celui-ci en retour ne professe
pas, dans le fond de son cur, une estime bien sincère à
légard de linventeur. Depuis quil était
disciple, le savant, même le moins rétribué, a toujours
manifesté le dégoût le plus absolu pour ce qui touche
à largent. Il lui semble honteux de chercher un bénéfice
pécuniaire, un salaire, dans lexploitation industrielle
dun principe quil a eu le bonheur de mettre au jour. Il
livre généreusement ses idées à la foule,
et se contente des récompenses toutes platoniques quil
en peut retirer. De lautre côté de la Manche, les
manières de voir ne sont plus les mêmes, on trouve encore
des savans, mais on rencontre aussi des savans inventeurs. Là,
personne ne songe à reprocher à un homme daccroître
ses revenus par ses connaissances théoriques. Chaque Anglais
est marchand, et ne peut mépriser celui qui exerce un commerce,
quelle que soit la nature de ce commerce. La science nest plus
une noblesse, comme en France, comme en Allemagne ; cest un état,
un métier comme un autre.
Mais, ainsi que lidée de noblesse implique
dune façon nécessaire celle dune distinction
entre concitoyens, les aspirations de lhomme de science tendent
à marquer une séparation regrettable entre deux grandes
classes de travailleurs. Si le savant mésestime le commerçant,
celui-ci, soit par dépit, soit par une réaction instinctive,
ne se sentira pas à son aise devant celui-là. Leurs rapports
seront toujours empreints dune certaine gêne qui, si elle
nempêche pas la science de profiter sincèrement dune
donnée industrielle, pourra faire que tel chef dusine soit
naturellement porté à affecter au moins peu de déférence
pour les conceptions théoriques du savant. Le rôle de linventeur
se trouve être justement de servir de trait dunion entre
la science et lindustrie. Par son penchant à rechercher
le côté pratique de toutes choses, linventeur saisit
promptement ce quun principe en apparence abstrait peut receler
de ressourcés précieuses. Aussitôt il se met à
luvre, aiguillonné par lambition bien légitime
de produire au jour une création de son esprit, et aussi par
lespoir darriver à une découverte dont lexploitation
puisse lui amener la fortune.
En résumé, le savant prépare le terrain et pose
les premiers fondemens, linventeur conçoit lédifice,
et lindustriel lexécute.
En Angleterre, où ces distinctions dans les classes
laborieuses sont moins tranchées quen France, on trouve
souvent alliées dans le même esprit les qualités
objectives dun administrateur et les vues subjectives de lhomme
de science. Mais ces facultés ne se confondent pas ; les unes
et les autres ont leurs heures. On peut voir, à Londres, quelques
riches commerçans se livrer, dans les loisirs que leur laisse
leur office, à des recherches de science pure. Nous pourrions
citer des noms. Il nest pas rare den rencontrer qui soccupent
dastronomie avec passion, et qui possèdent de magnifiques
instrumens dobservation.
Aux États-Unis, tout devient franchement un commerce.
Si sur le continent nous avons trouvé des savans et en Angleterre
des savans-inventeurs, dans le Nouveau Monde il ny a guère
que des inventeurs. Les traditions dun peuple si jeune ne peuvent
avoir de racines bien profondes, aussi ce quon pourrait appeler
chez nous un noble préjugé na pas cours au-delà
de lOcéan. Lidée de senrichir est. dans
tous les esprits. Il serait malaisé dailleurs de modifier
cette tendance, qui est la conséquence naturelle de la faiblesse
de linstruction supérieure. La science na pas cherché
à sériger en aristocratie ; elle sest épuisée
dans la création dun enseignement professionnel disproportionné.
La méthode américaine est linverse de la nôtre.
En France, en Allemagne, les écoles élémentaires
sont des dépendances des grands centres denseignemens,
elles séchauffent aux rayons de ces derniers. Aux États-Unis,
au contraire, cest lécole qui doit arriver assez
haut pour mériter le titre duniversité. Lidée
semble peu logique ; cest demander à une source darroser
un sol placé au-dessus delle. Il en résulte une
absence complète de haute culture intellectuelle. On sait bien
où il faut sadresser pour apprendre à gagner sa
vie et à la rendre plus confortable ; mais où enseigne-t-on
à apprendre ? Nulle part. Les esprits les plus distingués
sont fatalement conduits, et cest un effet naturel de lenseignement
national, à considérer la vérité comme un
moyen et non pas comme un but. Sauf un certain nombre de physiologistes
dont les travaux présentent le caractère des recherches
de science pure, on ne rencontre que des inventeurs ou des ingénieurs.
Existe-t-il une loi de physique ou de mécanique dont la découverte
soit due à un Américain ? Cest que, dans ce pays,
les résultats spéculatifs, quelque intéressans
quils puissent être, ne touchent personne. On veut des machines
capables de gagner du temps et par conséquent de largent
; mais lon ne regarde pas aux moyens. Linvention est-elle,
exploitable, on organise une compagnie, on construit une usine et on
vend. Si les acheteurs affluent, linventeur est un grand homme
; dans le cas contraire, il nen est plus question.
Thomas Edison est peut-être lexemple le
plus frappant de notre époque dun physicien prodigieusement
fécond qui nait jamais tenté de recherches abstraites.
Doté dun riche laboratoire détudes par la
Western Union Telegraph company, la compagnie télégraphique
la plus puissante des États-Unis, il est libre dentreprendre,
sous ces généreux auspices, les expériences les
plus coûteuses. Sa subvention est pour ainsi dire illimitée
; il dispose donc de moyens matériels inconnus dans nos premières
universités européennes. Et cest à son seul
mérite quil doit cette situation exceptionnelle.
Agé de trente et un ans à peine, Edison
a déjà produit plus que ce quon eût été
en droit dattendre dune réunion dinventeurs
de premier ordre. Sa découverte la plus récente, le phonographe,
aurait largement suffi à illustrer son nom, si ses autres créations
ne sétaient déjà chargées de ce soin.
Ce qui frappera certainement ceux qui nous suivront dans la présente
étude, cest que tout ce qui sort du laboratoire de Menlo-Park
est en quelque sorte accompli. Comme Pallas sortit tout armée
du cerveau de Jupiter, les appareils sortent tout conçus de la
tête dEdison. Graham Bell, qui nest Américain
que dadoption, nous a fait assister à lenfantement
progressif de son téléphone, dans une communication adressée
à la Telegraph Engineers society de Londres. Des tâtonnemens
dEdison, nous ne savons rien. Il na pas le loisir de sattarder
à faire le récit de ses labeurs.. Le temps quil
y consacrerait serait du temps perdu. Et pouvons-nous affirmer avec
certitude quil ait passé par de bien longues recherches
? Pour avoir parcouru tant de chemin déjà, à un
âge si peu avancé, on doit posséder une jambe solide
et ne pas faire souvent de faux pas. On concevrait avec peine comment
il aurait pu imaginer le quadruplex telegraph, lélectro-motographe,
le relais à résistance variable, la plume électrique,
le téléphone à graphite, le thermoscope, le phonographe
et plusieurs appareils télégraphiques imprimeurs, sil
avait dû sarrêter longtemps à chacune de ces
conceptions.
Les productions dEdison présentent un caractère
de simplicité et dintuition prodigieux. Toutes ses données
pourraient être comprises par le premier venu. Il est inventeur
dinstinct ; il a en lui le don dimaginer au moment voulu
la disposition convenable et souvent définitive. Par-dessus tout,
il a la foi. Combien est grand le nombre de savans qui nauraient
même pas tenté lexpérience du phonographe
ou du téléphone, convaincus davance que le résultat
en serait négatif 1 Edison et Bell ont eu le rare mérite
davoir confiance, et lexpérience leur a donné
raison de la manière la plus éclatante.
Nous avions annoncé, il y a déjà
plus de six mois [1], quun appareil capable denregistrer
les sons de la voix humaine était sur le point de faire son apparition.
Cette prophétie, alors presque téméraire, sest
réalisée aujourdhui. Plusieurs esprits distingués
soccupaient à la fois de trouver une solution de ce séduisant
problème. Cest à lAmérique que revient
la gloire davoir présenté le premier phonographe,
le seul encore pour le moment. Il est difficile de concevoir un appareil
plus simple que celui dEdison.
Personne nignore quune conversation peut
sentendre au travers dun mur suffisamment mince. Cest
que ce mur vibre sous linfluence de la voix par lintermédiaire
de lair. Ces vibrations se communiquent dans la pièce voisine
jusquaux oreilles des personnes qui sy trouvent, et permettent
à celles-ci découter la conversation tenue de lautre
côté de la paroi. Le rythme plus ou moins compliqué
des ébranlemens du mur est donc tout ce qui suffit pour provoquer
sur le système auditif limpression dune phrase prononcée.
Que ces ébranlemens soient produits par la voix directe, comme
cela est le cas le plus ordinaire, ou quils proviennent dorganes
purement mécaniques, le résultat final sera toujours le
même : on entendra le même discours. Plus mince est la cloison,
plus élastique est sa matière, et plus courte est la distance
qui la sépare de la personne qui parle, plus aussi sera grande
lamplitude de ses déplacemens. Ou se trouve ainsi amené,
pour obtenir des déplacemens maxima, à se servir dune
petite membrane de métal de très faible épaisseur.
Il faudra prendre, sur une surface mobile, lempreinte des vibrations
développées par la voix, et cette empreinte servira ensuite
à en effectuer la reproduction artificielle. Voilà la
méthode ; il reste à trouver la disposition pratique.
Lidée simple dEdison a été demployer
la surface dune substance malléable, létain,
à conserver la trace des va-et-vient dun style solidaire
de la membrane vibrante. Tant que la membrane est au repos, la pointe
trace un sillon léger et uniforme sur la feuille détain.
Aussitôt quon vient à parler, la plaque entre en
vibration, et le lit du sillon se ride par suite des pénétrations
variables du style dans létain. Veut-on faire répéter
à lappareil la phrase ainsi gravée ? Il suffira
de replacer les choses comme au début de lexpérience
dinscription. On donnera à la surface malléable
le même mouvement, de manière à obliger le style
à parcourir de nouveau le même sillon. Mais cette fois
il rencontrera sur sa route, et dans le même ordre, toutes les
aspérités quil y a dabord produites. Il devra
donc se soulever devant chaque saillie et retomber dans chaque cavité,
ce qui revient à dire quil sera animé doscillations
identiques à celles que la, voix lui avait fait subir. La membrane
solidaire du style sera, en fin de compte, amenée à vibrer
comme si quelquun parlait contre sa surface inférieure.
Nous savons que cette condition suffit et que loreille percevra
les phrases correspondantes au tracé.
Pour la commodité des expériences, la
feuille détain enveloppe la surface dun cylindre
dont laxe est fileté et tourne entre deux supports fixes
lui servant décrous. La membrane présente son style
contre un point du cylindre, et lorsque celui-ci est mis en rotation
soit à la main par une manivelle, soit par un rouage dhorlogerie,
le sillon décrit sur la surface détain prend la
forme dune hélice à spires resserrées. Cette
disposition permet denregistrer dune manière continue
un grand nombre de mots sur une feuille dune étendue relativement
faible.
A vrai dire, la manipulation du phonographe exige une
certaine pratique, et, les premières fois quon cherche
à faire parler linstrument, il est nécessaire de
sarmer dune forte dose de persévérance pour
naboutir souvent quai de bien minces résultats. Les
voix graves, un peu vibrantes, sont les plus favorables à une
inscription facile, et si lon prononce quelques paroles, très
près de lembouchure et sur le ton dun commandement
militaire, la réussite de lexpérience est presque
assurée. Les syllabes dont le tracé se fait le plus profondément
et dont la répétition est par conséquent la plus
nette sont celles qui contiennent des R roulés. Parmi les voyelles,
toutes ne sinscrivent pas également bien. LA et.
VO donnent les, meilleurs effets, puis ensuite lOU et lE.
Mais lU et surtout lI semblent en quelque sorte sévanouir
dans ce transvasement du son. Il importe pourtant de dire que ces observations
ne peuvent être données comme des règles absolues
; il arrive souvent en effet que la répétition plus ou
moins satisfaisante dune voyelle dépend de la syllabe dont
elle fait partie, et de la nature de la consonne qui la précède
ou la suit. LS est, parmi les consonnes, certainement celle qui
réussit le moins à se graver sur la feuille détain
; mais, quoique absente, lesprit la reconstitue presque : toujours,
daprès le sens de la phrase, si bien quil est quelquefois
difficile de se rendre compte de sa disparition. Mais M. P. Giffard
a indiqué une expérience très simple pour mettre
ce fait en évidence. On récite devant lappareil
le fameux vers dAndromaque :
Pour qui sont ces serpens qui sifflent sur vos têtes ?
Puis on répète ce même vers une seconde fois, en
ayant soin de ne prononcer aucun S. Lorsque le phonographe traduit à
haute voix ces deux inscriptions différentes, il est impossible
de les distinguer lune de lautre. Puisquon est certain
que dans le second cas les S nexistent pas, on doit en conclure
que dans le premier leur tracé ne sest effectué
que dune manière tout à fait insensible.
Cest une impression vraiment saisissante que celle
que lon ressent la première fois que lon entend parler
le phonographe. Cette voix grêle, ce timbre légèrement
métallique, ce ton nasillard, ce chant contourné de la
phrase produit par un mouvement irrégulier du cylindre,
tout cela prête une vie étrange à ces organes mécaniques.
Il semble quun esprit moqueur samuse à répéter
en caricature tout ce quon vient de dire.
Dans la relation dune visite à Menlo-Park,
publiée par un journal de New-York, nous trouvons une liste au
moins originale de toutes les applications possibles du phonographe.
Cest Edison qui parle : « Mon appareil, dit-il, peut
être employé à apprendre la lecture aux enfans,
et en général à enseigner sans le secours daucun
maître une langue parlée quelconque. Jai déjà
cédé à une compagnie le privilège de ce
genre dapplication. Les phonographes que lon destine ainsi
à suppléer les instituteurs ont reçu préalablement
sur une feuille métallique les tracés correspondant à
toutes les voyelles, toutes les diphtongues et toutes les consonnes.
Lorsque lécolier veut entendre comment se prononce une
lettre de lalphabet, la lettre A par exemple, il presse un bouton
sur lequel limage de cette lettre est figurée, et lappareil
prononce aussitôt le son à Si Stanley, ajoute Edison, avait
pu emporter un phonographe dans ses bagages, il nous aurait présenté
à son retour la collection des divers dialectes de lAfrique,
centrale. Chaque fois quil se serait trouvé en présence
dune ; peuplade nouvelle, il lui eût été facile
de faire parler un ou plusieurs individus contre la membrane, et de
conserver ainsi chacune de leurs syllabes pour toujours. »
Il est incontestable que même à laide du phonographe
actuel, qui ne présente pas la perfection à laquelle il
atteindra certainement, bien des questions de linguistique encore obscures
seraient éclaircies, si ce merveilleux appareil eût existé
depuis plusieurs siècles. Nous saurions par exemple de quelle
manière les Romains prononçaient leur langue, si dominus
se disait dominous. On voit que la phonographie mérite de prendre
une place importante dans les études qui touchent à lethnographie,
à lhistoire. Cest un précieux complément
de la photographie. Lune parle aux yeux, lautre à
loreille, et avec les mêmes garanties de fidélité
scrupuleuse.
Mais voici dautres applications qui peuvent nous
paraître, à nous qui ne sommes pas Américains, quelque
peu prématurées.
Écoutons linventeur : « Un maître dans lart
de la diction lira un roman de Dickens devant lembouchure de mon
phonographe, et donnera à chaque phrase, à chaque mot
sa juste intonation. Au besoin, pour linscription dun dialogue,
un homme sera employé à donner les répliques dun
homme, une femme donnera celles dune femme, et un enfant celles
dun enfant. Le volume entier pourra noccuper quune
surface détain de dix pouces carrés. Un procédé
galvano-plastique, facile à concevoir, servira à reproduire
des milliers dexemplaires de ladite feuille, et cela avec lexactitude
la plus absolue. Chacun de ces tirages deviendra un véritable
lecteur automatique. Il se fonde actuellement à New-York une
société pour lexploitation de ce nouveau genre de
librairie. » Il est curieux de se représenter une
famille rassemblée le soir autour dun phonographe-lecteur.
Une servante tourne la manivelle qui met en mouvement le cylindre, et
père, mère, enfans, écoutent dun air recueilli.
Aux endroits palpitans tous sont suspendus (jallais dire : aux
lèvres) à lembouchure de linstrument. Cest
vraiment à ôter toute envie dapprendre à lire.
Lorsquon songe que lAmérique est un pays où
simportent par centaines des pianos mécaniques, ce tableau
peut après tout devenir sous peu une réalité. Mais
les pianos mécaniques eux-mêmes sont battus en brèche
par le phonographe : « Mon instrument, dit toujours Edison, répétera
les romances de la Patti et de Kellog. On pourra donc se donner le plaisir
dentendre lopéra sans sortir de chez soi. »
Ce nest pas aux spectateurs seuls quEdison propose lusage
de son phonographe ; les compositeurs eux-mêmes ne pourront sen
passer. Trop souvent le temps seul de noter un motif musical qui leur
traverse lesprit suffit à le leur faire sortir de la mémoire.
Mais, sils ont sous la main un phonographe, ils ne courent plus
le même danger, puisquils pourront facilement dire ce motif
à lappareil, et le fixer ainsi dune manière
durable. On sait que la hauteur dune note dépend seulement
du nombre plus ou moins considérable de ses vibrations par seconde.
Il est facile de mettre à profit cette loi physique pour obtenir
du phonographe la transposition dune phrase musicale dans un ton
quelconque. Il suffira en effet de donner au cylindre un mouvement de
rotation rapide pour faire passer un grand nombre daspérités
devant le style dans un temps donné. Au contraire une rotation
lente nébranlera la membrane quà des intervalles
de temps relativement espacés. Dans le premier cas, les notes
fournies par linstrument seront hautes, et dans le second cas
elles seront plutôt graves. Ces considérations servent
à expliquer une expérience élégante et facile
à réaliser : que lon fasse chanter une romance dans
lappareil par une voix de basse ou de baryton ; puis, lorsque
cest au tour du phonographe à répéter la
romance, que lon donne une grande vitesse de rotation au cylindre
: la voix de basse se sera transformée en voix de soprano. Inversement,
une voix de femme peut devenir une voix dhomme par lexpérience
contraire, si lon donne à la feuille détain
un déplacement plus rapide pendant linscription que pendant
la répétition. Nous voyons par là quun phonographe
sur lequel laccompagnement dun chant serait gravé
pourrait servir à accompagner un chanteur dans le ton qui sadapterait
le mieux à sa voix. Mais ce nest pas tout. « Le phonographe,
dit encore Edison, est capable de fournir de linspiration à
un compositeur fatigué. Sans se donner aucune peine, sans chercher
à se mettre en frais dimagination, celui-ci chantera des
airs connus devant lembouchure de lappareil. Puis il fera
tourner le cylindre au rebours de lordinaire. A coup sûr,
il entendra du nouveau. Lenvers de certaines broderies présente
quelquefois des motifs dornementation auxquels lendroit
naurait pas fait songer ; si quelquun regarde lenvers
de toute la musique déjà connue, il se trouvera peut-être
là des sujets de développement, peut-être même
des sujets tout développés. » Cest linvention
de la musique à deux fins ! Bien dautres applications moins
fantaisistes que les précédentes pourraient simaginer
facilement ; mais il faudrait peut-être attendre les nouveaux
perfectionnemens que lingénieux inventeur ne peut manquer
dajouter à sa découverte pour sabandonner
à des rêves aussi séduisans. Tel quil est,
le phonographe pourrait incontestablement servir à faire prononcer
quelques phrases aux jouets denfant, à faire dire lheure
aux pendules qui jusquici nont pu que la sonner ; mais il
faut se borner là jusquà nouvel ordre.
A la première nouvelle de lapparition du
phonographe, bien des esprits avaient songé à le substituer
aux sténographes des assemblées. Malheureusement la nécessité
où lon se trouve dappliquer les lèvres contre
la membrane pour obtenir le gaufrage de la surface détain
rend cette application impossible dans létat présent
des choses. Mais nous verrons par la suite quil ne faut pas trop
se presser dabandonner cette ingénieuse idée. Grâce
à la combinaison du phonographe et de deux appareils que nous
décrirons plus loin, le phonosténographe est dans lordre
des probabilités. Et de combien dapplications intéressantes
celle-ci pourrait-elle devenir la source ! Un interrogatoire criminel
ainsi phonographié, si ce néologisme nous est permis,
mettrait le prévenu dans limpuissance de se dédire,
puisque cest le son même de sa voix quon lui ferait
entendre. Les dernières volontés dun malade impotent
acquerraient une autorité bien supérieure à celle
que lacte le plus paraphé est capable de leur donner.
Il nest pas rare de voir lidée la
plus originale et en apparence la plus inattendue éclore presque
en même temps chez un grand nombre de personnes. Il semble parfois
quon se soit donné le mot pour aboutir à une même
création, que cette création soit dordre littéraire
ou dordre scientifique. Il est fort probable que, par lassociation
naturelle des idées, on se trouve conduit accidentellement à
suivre des directions convergentes. Sans quon sen doute
et le plus innocemment du monde, on peut ainsi se rencontrer sur le
même terrain. Il nest pas facile de remonter le cours des
pensées. Celui qui regarde en arrière est dans limpossibilité
de se reconnaître dans le dédale inextricable qui soffre
à ses regards. A notre époque, les communications fréquentes
et rapides mettent sans cesse les mêmes mémoires, les mêmes
publications sous les yeux des personnes intéressées à
les compulser. Il nest pas didée spontanée
; une idée succède toujours à une autre. Il ne
faut donc pas sétonner outre mesure si deux hommes, séparés
par une distance considérable, sont frappés à la
fois du même détail, à leur insu bien souvent. Nous
ne pourrions expliquer autrement que, depuis une année à
peine, un certain nombre de physiciens aient dirigé séparément
leurs efforts sur le problème de linscription de la parole,
alors quil ny a pas deux ans personne ny songeait.
Le même fait sest produit au sujet du téléphone
articulant. Graham Bell, Elisha Gray, C. Varley, Edison, se sont tous
occupés, et par ides moyens très différens de transmettre
électriquement la voix à distance. Bell, qui dans ce steeple-chase
avait été le premier arrivant, ne sétait
aucunement servi de piles. Il restait donc une nouvelle direction à
explorer ; Th. Edison sy engagea aussitôt, armé de
toutes les ressources de sa puissante imagination ; Au mois de janvier,
nous disions ici même : « Si le problème de la téléphonie
était résolu avec des courans de pile, lintensité
de la voix pourrait être bien supérieure à celle
que permettent dobtenir les courans induits. En effet une pile
est un réservoir de travail électrique aussi énergique
quon le désire, et il suffit douvrir une porte daccès
à cette force pour la mettre en jeu. Dans le téléphone
de Bell, la personne qui parle est lanalogue dun manuvre
qui ferait, par ses propres forces, avancer un véhicule ; dans
un téléphone qui fonctionnerait à laide de
la pile, cette personne serait lanalogue du mécanicien
qui, sur une locomotive, na quà faire leffort
nécessaire à louverture dune valve pour permettre
à la vapeur toujours prête dactionner le piston.
»
Nous aurons plusieurs fois, dans le cours de cette étude,
loccasion dinvoquer le même principe général.
Cest sur lui que repose justement le téléphone que
nous allons décrire. Edison avait reconnu à plusieurs
variétés de carbone la propriété suivante
: lorsquon les soumet aux changemens de pression les plus légers,
la résistance quelles opposent au passage du courant électrique
subit des modifications très notables. Cela sexplique aisément.
Les substances en question, cest-à-dire le charbon de cornue,
le graphite ou plombagine, ne conduisent que médiocrement lélectricité.
Un métal bon conducteur, placé contre un morceau de graphite,
ne sera en contact avec lui que par quelques points, ou pour mieux dire
par quelques surfaces très petites. Mais on conçoit quà
mesure que le métal et le graphite sont pressés lun
sur lautre avec plus de force, le contact est rendu plus intime.
Les surfaces par lesquelles il sopère seront agrandies,
absolument comme une balle élastique posée sur une table
peut toucher celle-ci par un point ou par une surface de quelque étendue,
suivant la pression à laquelle elle est soumise. Il sensuit
que le courant qui ne trouve de passage quau travers des surfaces
de contact éprouve plus de facilité à sécouler
lorsque ces surfaces sont élargies, et plus de peine à
les traverser lorsquelles sont rétrécies. Cest
ce quon exprime en disant que lintensité du courant
varie dans le même sens que la pression exercée sur le
carbone, ou que la résistance du circuit varie dans le sens contraire.
Cette propriété, on le voit par les raisons que nous venons
de développer, nest pas particulière au graphite
ou au charbon de cornue ; cest une propriété générale,
applicable à tous les corps. Mais on ne pourrait Cependant pas
la mettre toujours en évidence. Pour nous faire comprendre, supposons
un cas limite, celui où les deux substances en contact seraient
parfaitement conductrices de lélectricité ; Il est
clair que le courant, qui naurait alors aucune résistance
à vaincre pour franchir la surface de contact la plus faible,
ne serait pas plus favorisé par lextension de cette même
surface ; son intensité est la plus grande possible, on ne peut
donc laccroître, de quelque façon quon sy
prenne. Mais les conditions sont tout autres si nous nous adressons
à des corps mauvais conducteurs. Ce sont eux qui fourniront à
compressions égales les plus grandes variations dans la résistance
du contact, ou dans lintensité du courant, ce qui revient
au même.
Edison a fait de cette découverte les plus ingénieuses
applications, dont la première a été son téléphone
articulant. Un disque de plombagine et une membrane téléphonique
ordinaire sont appliqués lun contre lautre et traversés
par le courant dune pile. Les paroles prononcées devant
la membrane la feront entrer en vibration, et elle comprimera le graphite
dune manière correspondante. Si le circuit de la pile se
ferme par la bobine dun téléphone Bell, situé
à une distance quelconque, la plaque de fer doux de ce dernier
sera amenée à vibrer par suite de linfluence des
variations de lintensité du courant sur son barreau aimanté.
Les sons émis dans le transmetteur dEdison seront donc
reproduits au loin par le récepteur de Bell.
Afin de se dégager des brevets de Graham Bell,
Edison avait dabord combiné un récepteur téléphonique
dune grande originalité, reposant sur le principe de son
électro-motographe : lorsquune tige métallique frotte
par sa pointe émoussée sur la surface dune bande
de papier mobile maintenue humide, la force dentraînement
de la tige, due au mouvement, change de valeur si le plus faible courant
électrique vient à passer du métal au papier. Le
crayon frotteur, appuyé sur un ressort antagoniste, résistait
au mouvement que lui communiquait la bande humide et sarrêtait
dans une position normale déquilibre ; mais les courans
variables envoyés par le transmetteur à graphite venant
à diminuer la force dentraînement du papier dune
quantité correspondante à leurs variations mêmes,
le crayon sollicité par le ressort nétait plus soumis
aux mêmes forces : il se déplaçait, sans cesse à
la recherche dune nouvelle position déquilibre. En
définitive, le style métallique vibrait comme lappareil
denvoi. Il était relié, par le moyen dun fil,
au centre dune membrane de parchemin, et cétait celle-ci
qui se chargeait débranler lair qui lentourait,
de façon à faire entendre les phrases prononcées
à la première station.
Pourquoi ce dispositif de réception na-t-il
pas prévalu ? Nous lignorons. Toujours est-il que cest
dun téléphone Bell que lon se sert pour recevoir
les sons dun transmetteur à graphite. Peut-être la
difficulté de réglage, de manipulation, lincommodité
de maintenir une bande mobile dans un état convenable dhumidité,
ont-elles empêché cet appareil dentrer dans la pratique,
et ne compensaient-elles pas suffisamment les avantages quon en
pouvait retirer dautre part ? Mais, si nous avons quelque
peu insisté sur lélectro-motographe, cest
pour avoir loccasion de montrer un exemple du peu de curiosité
de son inventeur, quant aux moyens. Cette singulière propriété
du courant de modifier un coefficient de frottement, Edison ne lexplique
pas. Il na pas même cherché à lexpliquer.
Cest un fait, il la reconnu, il lapplique. Voilà
lhomme !
Edison pensait, à laide de son transmetteur,
pouvoir obtenir une plus grande intensité de la voix dans les
récepteurs. Son espérance était fondée sur
ce quil employait une énergie extérieure, celle
de la pile. La voix, au lieu dêtre la seule force motrice
du système, servait seulement à régler léchappement
du courant électrique. Il pouvait donc croire que, puisquil
était maître de se servir dune pile aussi forte quil
le voudrait, il était en mesure dobtenir des effets dune
intensité correspondante. De fait, lexpérience lui
a presque donné tort. Un réglage minutieux peut bien à
la vérité amener un très bon fonctionnement de
lappareil pendant de courts instans, mais jamais dune manière
durable. Ce qui pourra consoler Edison de son échec en
téléphonie, cest de navoir pas été
le seul à nobtenir que des résultats négatifs,
quant à lamplification de la voix transmise. On peut dire
que depuis lapparition du téléphone de Bell, il
nest peut-être pas un physicien qui nait au moins
songé à le perfectionner comme récepteur. Tout
le monde a échoué pour ce qui touche à larticulation.
Le téléphone Bell est encore aujourdhui ce quil
était à ses débuts, cest-à-dire le
meilleur des porte-voix électriques.
Mais le principe qui avait servi à Edison à
réaliser son téléphone a été une
source précieuse de productions nouvelles du plus grand intérêt
et tout à fait en dehors de la téléphonie proprement
dite. Si contre la membrane du transmetteur à graphite nous appliquons
lextrémité dun crayon de substance quelconque
dont lautre extrémité vient buter contre un obstacle
fixe, le moindre allongement du crayon va presser la membrane contre
le graphite et par là augmenter lintensité du courant
dans le circuit. Nous aurons réalisé ainsi le plus délicat
des thermoscopes. Un galvanomètre de précision témoignera
par les déplacemens de son aiguille des plus faibles dilatations
de la substance à étudier. La chaleur de la main, approchée
seulement à quelque distance de la tige, causera une déviation
très notable de laiguille.
Nous pouvons remplacer la tige par une substance capable
de changer de forme ou de longueur sous linfluence de lhumidité.
Une corde à boyau, un fragment de gélatine remplira ces
conditions. Le galvanomètre nous montrera alors si la corde ou
la gélatine absorbe ou dégage de la vapeur deau,
cest-à-dire si latmosphère ambiante est saturée
ou non dhumidité. Nous aurons construit lhygromètre
dEdison.
Rien nempêche de disposer les choses de
façon à faire agir la pression atmosphérique sur
lune des faces de la membrane, en ayant soin de soustraire lautre
face à son action ; nous serons en possession du plus sensible
des baromètres.
Toutefois ces appareils, il importe den faire
la remarque, ne sont capables daccuser que de petites variations
de température, dhumidité, de pression. Leur échelle
est extrêmement limitée ; mais entre ces limites restreintes,
leur sensibilité est pour ainsi dire indéfinie. Chacun
deux est le complément du thermomètre, de lhygromètre,
du baromètre ordinaire. Ces derniers donneront les variations
grossières, et lappareil à graphite correspondant
indiquera les nuances de ces variations.
Les volumes occupés par le même poids dun
sel à létat de cristaux et liquide, à létat
de fusion, ne sont généralement pas les mêmes. On
pourra suivre ces changemens de volume au galvanomètre, si lon
emprisonne le sel dans un vase clos dont une paroi sera constituée
par la membrane des appareils précédens.
Les variations de température, de pression, de
volume pendant la cristallisation, peuvent, dans certains cas, être
brusques et procéder par soubresauts. Ladjonction dun
téléphone Bell au circuit permettra alors à loreille
de les apprécier. Cest ainsi quEdison a pu dire quil
est possible dentendre un corps séchauffer ou se
comprimer, et même un sel cristalliser. Entendra-t-on lherbe
pousser, ce qui jusquici semblait réservé aux héros
des contes de nourrices ? Dans lordre didées où
Edison se place, il est certain quon ne peut dire non.
Il me reste, pour épuiser les applications du
genre de celles qui précèdent, à dire. quelques
mots dun appareil qui a, depuis peu, passablement occupé
le monde savant. Je veux parler du microphone de Hughes. Le microphone
est proche parent du téléphone à graphite. Une
discussion des plus vives est dailleurs engagée entre les
deux physiciens. Edison accuse de plagiat et dabus de confiance
linventeur du microphone ; Celui-ci sen défend comme
de juste et se plaint de la mauvaise foi de son adversaire. Nous napportons
aucune idée préconçue dans ce regrettable conflit,
mais nous nous croyons en droit de dire que, dans son essence, lappareil
de M. Hughes diffère bien peu de ceux que nous venons de passer
en revue. Au lieu dune membrane métallique pressant
sur un disque de plombagine, M. Hughes dispose un crayon de charbon
de cornue à la façon dun axe vertical mal ajusté
dans ses supports extrêmes. Cest une sorte de château
branlant. Les supports, de la même substance que le crayon, sont
encastrés dans une planchette de sapin toute disposée
à vibrer sous linfluence de la moindre agitation de lair
qui lentoure. Il suffira donc de parler devant celle-ci pour causer
des variations dans le contact du crayon mobile et de ses supports.
Plaçons le système dans le circuit dune pile, en
même temps quun téléphone de Bell, et ce dernier
nous fera entendre les discours tenus devant la planchette. Ici, ce
nest plus une pression variable exercée sur le graphite,
mais un contact variable qui sopère entre deux fragmens
de carbone. Sont-ce bien là deux principes différens qui
se trouvent en jeu ? Un contact ne peut-il être facilement regardé
comme une compression légère ? Nous le pensons, et M.
Hughes, qui na pas voulu breveter sa disposition, nest probablement
pas loin de partager notre avis.
Le microphone renforce-t-il la voix ? Réalise-t-il
la solution tant cherchée depuis plusieurs mois ? flous ne devons
pas hésiter à répondre négativement.
Mais renforce-t-il les bruits ? Permet-il, comme on la dit, de
compter les pas des insectes les plus légers et dentendre
le tic-tac dune montre comme des coups de marteau frappés
sur une enclume ? Cela dépend du sens que lon attache
au mot renforcement. Si une explosion de mine ébranle
une masse dair assez grande pour briser des vitres à une
lieue à la ronde, une personne placée près des
fenêtres endommagées sera, sans aucun doute, bien plus
assourdie par la chute des morceaux de verre que par lexplosion
elle-même ; mais pourra-t-on prétendre que laccident
local du bris des vitres a renforcé le bruit de lexplosion
? Non certainement. Sans la détonation, les carreaux seraient
restés intacts, soit ; mais tout ce que lon pourra dire
cest que le premier bruit a été la cause du second,
rien de plus. Cest ce qui a lieu dans le microphone. Chacun de
tic-tac dune montre ou chaque pas dune mouche placée
contre la planche de sapin produit une perturbation désordonnée
dans le contact des pièces de carbone. Lintensité
du courant subit par là de profonds et subits changemens qui
se traduisent dans le téléphone récepteur par des
bruits relativement considérables.
Toutes les actions qui tendent à modifier soit
le contact, soit la pression réciproque de deux médiocres
conducteurs de lélectricité ne peuvent évidemment
sutiliser que dans le cas où les déplacemens qui
les produisent sont excessivement petits. A la seule condition de se
borner à de tels déplacemens, les effets seront, proportionnels
aux causes. Il est donc essentiel de ne pas parler avec violence auprès
dun microphone si lon veut que celui-ci transmette un discours
dune manière intelligible. Toute exclamation trop forte,
toute consonne lancée brusquement détruit la continuité
des variations du courant et ne fait parvenir dans le récepteur
quun son dépourvu de tout caractère. Afin déviter
les accidens de cette nature, il convient de se placer à une
certaine distance de lappareil. La couche dair ainsi interposée
entre la planche vibrante et la personne qui parle amortira la vivacité
des syllabes trop sèches et rendra possible leur transmission
régulière. Cet inconvénient nexiste quen
apparence, et constitue même, si nous pouvons nous exprimer ainsi,
le principal mérite de la disposition signalée par M.
Hughes. Le téléphone Bell, le transmetteur dEdison,
doivent en effet être portés près des lèvres,
si lon veut sen servir pour lexpédition dune
dépêche orale. Comme nous lavons dit, on peut être
séparé du microphone par une distance de plusieurs mètres.
Sans se déranger, on sadressera à la planche de
sapin comme on se tourne vers un interlocuteur ordinaire. Jusquà
présent, le microphone réalise donc le premier appareil
capable de recueillir et de transmettre une véritable conversation
tenue entre un nombre quelconque de personnes, sans nécessiter
la moindre intervention technique de leur part. Il importe cependant
dajouter que, pour atteindre ce résultat, il est indispensable
disoler soigneusement lappareil de toute trépidation
extérieure. Une porte brusquement ouverte, une voiture passant
sous les fenêtres de la chambre où lon expérimente,
causent un violent désordre dans léconomie des contacts
du carbone, et ne font produire au récepteur que les bruits les
plus incohérens. Une pendule placée sur la même
table que le microphone rendrait difficile la transmission de la parole.
Mais ces troubles se font bien moins sentir si lon a soin de faire
reposer linstrument sur un tapis de feutre, ou, mieux, sur un
coussin de plumes. Ce tapis, ce coussin feront fonction décrans.
Ils empêcheront les vibrations qui viennent du dehors dexercer
leur influence sur la planchette autrement que par lentremise
de lair, et cette condition suffit pour obtenir un fonctionnement
très passable de lappareil du professeur Hughes.
Si le téléphone Bell avait assez de puissance
pour graver sur une feuille détain les discours qui lui
viennent du microphone, nous pourrions dès maintenant nous occuper
de construire de vrais sténographes automatiques. Malheureusement
ce nest pas le cas ; et pour arrivera donner la force nécessaire
à la membrane réceptrice, cest encore à une
nouvelle conception dEdison que nous devons avoir recours.
Lidée logique de nexiger de la voix
que le rôle secondaire de dispensateur de force au lieu de la
prendre comme unique source dénergie avait déjà
été mise à contribution par le physicien de New-Jersey.
Cest la même idée qui domine lappareil dont
il nous reste à nous occuper. Je ne crois pas que jusquici
laérophone ait jamais été produit en public
; aussi son existence, si merveilleuses sont les applications quon
en pourrait espérer, ne peut-elle rencontrer quelque crédit
que grâce au nom de son auteur. Laérophone doit permettre,
lorsquil aura reçu ses derniers perfectionnemens, damplifier
tellement les sons qui lui seront confiés quil deviendra
possible de les entendre à plusieurs kilomètres de distance,
et cela directement, sans autre secours que celui de loreille.
Les compatriotes de linventeur, qui saisissent si promptement
le côté exploitable, la valeur commerciale dune donnée
scientifique, nous font entrevoir déjà un paysage des
plus fantastiques où les sons du nouvel appareil se croisent
dans tous les sens : les locomotives ont abandonné le sifflet
à vapeur, le mécanicien parle simplement devant laérophone,
et chacune de ses syllabes est lancée à toute volée
dans les airs avec assez de force pour être distinguée
à plus dune lieue à la ronde. Les phares
sont pourvus dinstrumens semblables. Les navires en vue de la
côte pourront recevoir, plus facilement que par des jeux de lumières,
toutes les indications géographiques et météorologiques
qui les intéressent à un si haut degré.
Un discours peut être prononcé devant lassemblée
la plus nombreuse. Un officier peut commander sans estafettes,
et avec lunique secours de sa voix, jusquà des millions
dhommes, et gagner ainsi un temps précieux dans lexécution
des mouvemens stratégiques.
Nous ne nous arrêterons pas à discuter
les exagérations dun pareil tableau ; mais nous voulons
établir que, du moins en principe, laccomplissement à
venir de ces prodiges ne constitue pas une impossibilité absolue.
Pour, notre part, nous noserions certes affirmer que de telles
espérances soient faites pour demeurer éternellement dans
le domaine de la fantaisie.
Lorsquun tuyau dorgue fait entendre une
note, cest quil fournit par seconde un nombre déterminé
dexpulsions dair. Si la masse dair chaque fois mise
en mouvement est considérable, le milieu qui lenvironne
est ébranlé avec plus de force, et devient capable de
propager ses ondes à une plus grande distance. Cest ainsi
que les gaz de la poudre qui prennent naissance dans lâme
dun canon causent un bruit des plus violens quon connaisse.
Leur masse est incomparablement supérieure à celle de
lair contenu dans un soufflet dorgue ; sils occupent
moins de volume, au début de leur action sur le projectile, cest
quils se trouvent à ce moment soumis à une pression
énorme. Nous sommes donc amenés à concevoir que
lintensité dun son dépende de la quantité
de lair déplacé, ou, ce qui revient au même,
de sa pression.
Supposons que la valve qui règle léchappement
de lair, qui détermine le nombre de ses expulsions par
seconde, soit animée de mouvemens complexes semblables à
ceux quexécute une membrane de téléphone
sous linfluence de la voix, ce ne sera pas une note que fera entendre
lappareil, mais bien des paroles. Il nous est facile de soumettre
un gaz à une pression aussi forte que nous le voulons. Nous sommes
donc maîtres daccroître pour ainsi dire sans limites
lintensité de nos discours.
Cest de létude de cet étonnant
problème que soccupe aujourdhui Thomas Edison. Si
nous en croyons des personnes qui le touchent de près, ses premiers
essais ont été des plus satisfaisans, et nous savons que
les progrès vont vite dans le laboratoire de Menlo-Park.
Le phonographe, le microphone et laérophone
constituent une sorte de trinité. La combinaison de ces trois
merveilles peut donner lieu aux applications les plus inattendues. En
particulier, laérophone réussira peut-être
à renforcer les sons issus du microphone ; la membrane dun
récepteur Bell pourra puiser en lui assez de force pour graver
ses déplacemens sur un phonographe. Ainsi se trouverait résolu
le séduisant problème de la sténographie mécanique
à distance.
Si nous voulions épuiser la série de toutes
les idées originales qui ont été enfantées
dans le cerveau dEdison, nous sortirions des limites que nous
nous sommes fixées. Un volume suffirait à peine. Sans
compter de nombreux spécimens de télégraphes imprimeurs,
il nous resterait à parler de la plume électrique au moyen
de laquelle le scribe le plus inexpérimenté peut écrire
une lettre qui lui servira de cliché pour en effectuer de nombreuses
reproductions ; nous devrions aussi décrire le quadruplex system
qui permet à deux dépêches de traverser le même
fil télégraphique pendant que deux autres dépêches
le parcourent dans le sens opposé.
Lorsquon y réfléchit, il semble
que cest bien aux États-Unis quon devait sattendre
à rencontrer le type le plus accompli de linventeur. Là
en effet la pensée ne ségare pas dans le monde des
rêves. On cherche le positif. Limagination la plus fantaisiste
ne se permettrait pas de sélancer en dehors du terrain
des possibilités. Si une grande intelligence et surtout un esprit
profondément juste se doublent du caractère pratiquer
que chacun saccorde à reconnaître aux Yankees, comment
le problème le plus impénétrable pourrait-il tenir
sa solution cachée, si tant est quil soit soluble
? Le propre de linventeur est en effet de voir juste, afin
de ne pas gaspiller un temps précieux à la recherche de
solutions impossibles ; de voir simple, afin de ne pas ségarer
dans la multiplicité et dans la complication des méthodes,
et de voir vite, afin de ne pas se fatiguer lesprit trop longtemps
à des détails dexpérience et ne pas perdre
ainsi la vue densemble si nécessaire à laccomplissement
dune uvre quelconque.
Supposons pour un instant que ce soit à un savant
français que fût arrivé le bonheur de réaliser
le phonographe. Eût-il agi, par la suite, comme la fait
Edison ? Eût-il si promptement résolu le problème,
et surtout, une fois résolu, leût-il abandonné
si vite pour un autre ? La chose nest pas probable. La première
feuille détain détachée du cylindre, et portant
les impressions si frappantes du style vibrant, serait devenue pour
notre compatriote la source des études les plus intéressantes
et les plus faites pour séduire un esprit curieux. Le gaufrage
du papier malléable présenté au regard des formes
générales dont le microscope même le plus puissant
est incapable de préciser toutes les nuances. Mais plus la question
offrira de difficultés, plus grands seront les efforts à
déployer, plus aussi sera grand le désir de percer ce
mystère. Il sagira de découvrir le secret des inscriptions
et de savoir ce qui distingue une voyelle dune autre, en quoi
consiste une consonne !
Mais quest-ce que pourrait être
le résultat dune pareille recherché ? quelle application
immédiate pourrait-on en retirer ? A coup sûr il ny
aurait pas là matière à brevet ; mais alors quelle
est la récompense des peines ? quel est le prix de tant de patience
? Aussi Edison ne sest-il pas risqué dans une semblable
impasse ! Il a beau appeler le phonographe son enfant préféré
; après lavoir mis au monde, il labandonne à
son sort et le laisse se tirer daffaire lui-même. Que dautres
réussissent à lamener à la dernière
perfection, ils ne pourront jamais sapproprier la découverte
fondamentale, puisquelle est brevetée sous toutes ses formes.
On le voit, cet enfant possède un état civil en règle.
Au moment voulu, son père pourra toujours le réclamer,
du moins tant que durera la garantie de ses patentes. Après,
le fils préféré se trouvera émancipé
; mais Edison, qui en aura alors enfanté un autre, selon toute
probabilité, reportera toutes ses préférences sur
le dernier né.
Ce que nous venons de dire du phonographe, nous poumons
le redire de lélectro-motographe. Le mystérieux
principe qui préside à son fonctionnement a certes de
quoi intriguer tout physicien. Peut-être même son explication
présenterait-elle moins de difficultés à rechercher
que les caractères qui spécifient chacun des tracés
phonographiques. Il est possible en effet quelle puisse se rattacher
sans trop de peine aux phénomènes électro-capillaires.
Mais quimporté tout cela à Edison ?
Heureux hommes que ceux qui peuvent arriver aux termes
de leurs désirs, aux réalisations despérances
longtemps caressées ! Cette joie nest pas réservée
au philosophe, au véritable savant ! Celui-ci na jamais
terminé son uvre parce que son uvre est infinie.
De même quun chef détat nest jamais en
droit de dire : « Jai donné une impulsion définitive
aux rouages de mon gouvernement. Désormais tout marchera éternellement
dans la bonne voie sans rencontrer dobstacle ; aucune direction
nest plus nécessaire, » de même un savant ne
pourra jamais dire : « La science ne contient plus rien dobscur.
Jai maintenant tout expliqué, ma tâche est accomplie.
» Mais linventeur, lorsquil a réalisé
chacune de ses conceptions, a chaque fois terminé son uvre.
Semblable en cela aux artistes, le nombre de ses productions ne dépendra
que de sa volonté, de son imagination et de la promptitude de
ses procédés. Il pourra de la sorte, dans le cours de
son existence, donner à ses contemporains déclatans
sujets dadmiration. Cest pourquoi, inventeurs, artistes,
arrivent tant de fois à la renommée de leur vivant. Ils
entendent leur nom prononcé par toutes les bouches
Le philosophe
ne connaît pas cette jouissance ; il ne songe même pas à
la rechercher. Pour lui la gloire est trop souvent posthume. Cest
quand il nest plus quon sait reconnaître le prix de
ses travaux. Cest que la vérité, dont il recherche
sans relâche toutes les pistes, singénie à
prendre les formes les plus variées pour lui échapper.
Chaque fois quil déchire le voile qui semble la dérober
à ses regards, il naperçoit quun horizon couvert
de vapeurs épaisses et dont les dernières limites sont
toujours dissimulées. Ce que vise linventeur est tangible,
est matériel ; ce que vise le philosophe est dans lesprit.
Linventeur possède un but ; le savant poursuit un idéal.
ANTOINE BREGUET
sommaire
Dans la revue des deux mondes JANVIER FÉVRIER 1878
Essais et Notices. Les télégraphes téléphoniques,
par M. A. BRÉGUE
LES TÉLÉGRAPHES TÉLÉPHONIQUES.
Lhomme qui le premier réunit ses deux mains
en forme dentonnoir autour de ses lèvres, pour augmenter
la portée de sa voix, réalisa sans contredit le premier
des téléphones dans lordre historique. Les tubes
acoustiques, que tout le monde connaît, ne sont quune modification
des anciens porte-voix ; ils ne conduisent pas le son à une distance
beaucoup plus grande, mais ils offrent lavantage de le diriger
en tel endroit quon désire par des chemins détournés.
Un tube acoustique permet en effet de correspondre entre des points
qui, pratiquement, ne doivent pas être éloignés
de plus de 150 mètres, et de propager la voix avec la vitesse
du son dans lair, cest-à-dire avec une vitesse de
340 mètres par seconde. Nous allons voir que, grâce aux
nouveaux téléphones, il deviendra possible de correspondre
avec une bien plus grande rapidité, puisquils utilisent
comme transmetteur le fluide électrique, dont la vitesse est
pour ainsi dire infinie par rapport à celle du son dans lair.
Il y a deux ans à peine quun jouet denfant
qui na peut-être pas produit létonnement quil
méritait sest répandu dans Paris. Deux petits cornets,
dont le fond était constitué par une membrane de peau
ou de parchemin, étaient réunis entre eux par un cordon
de 7 à 8 mètres de longueur, les extrémités
de ce cordon étant fixées aux centres respectifs de chacune
des membranes. Une personne parlant à voix basse, chuchotant
même dans lun des cornets, pouvait se faire entendre très
distinctement dune autre personne tenant le second cornet appliqué
contre son oreille. La seule condition indispensable à la réussite
de cette expérience consiste à soumettre le cordon qui
réunit les deux interlocuteurs à une certaine tension
et de lui éviter le contact dun support quelconque. Cest
à coup sûr le meilleur et le plus fidèle des téléphones,
mais on comprend facilement ce qui lempêche de devenir pratique.
Puisquen effet le fil doit se supporter lui-même et ne rien
toucher sur son parcours, la transmission ne doit se faire quen
ligne droite ; de plus, la tension du fil ne peut dépasser une
certaine limite, sans quoi les membranes ne seraient plus susceptibles
de vibrer ; mais, si le fil est très long, son propre poids finira
par produire cette tension trop forte, et par conséquent empêchera
lappareil de donner aucun bon résultat.
Pour concevoir comment fonctionne ce télégraphe
acoustique, il suffit de remarquer que, sitôt quun son est
émis dans lun des cornets, la membrane de ce cornet entre
aussitôt en vibration, et le fil solidaire de cette membrane est
dès lors amené à vibrer lui-même longitudinalement.
Lautre extrémité du fil agira donc sur la membrane
du second appareil de façon à la faire vibrer identiquement
comme la première. Cette dernière membrane ébranlera
synchroniquement la masse dair du cornet, masse dair en
contact direct avec le système auditif de la personne qui écoute.
Cette personne éprouvera donc la même sensation que si
on lui parlait à loreille, et distinguera nettement tout
ce qui sera prononcé dans le premier appareil. On voit quici
ce nest plus la transmission du son dans lair qui est en
jeu, mais bien la transmission du son dans un solide, puisque nous pouvons
considérer comme tel un fil tendu. La vitesse de propagation
y est donc déjà beaucoup plus grande que dans les tubes
acoustiques ; mais la distance qui peut séparer les deux interlocuteurs
est limitée dans la pratique à une centaine de mètres
au plus, avec la condition accessoire que cette transmission seffectue
en ligne droite.
Nous arrivons maintenant aux téléphones
électriques, qui permettent de porter la voix, avec toutes ses
finesses, à des distances quelconques. Dans ces appareils, ce
ne sont plus les vibrations elles-mêmes qui sont transmises par
le fil conducteur. Chaque vibration élémentaire donne
naissance à un courant électrique, et ce courant a pour
effet de reproduire, dans lappareil récepteur, une vibration
identique à celle qui la créé. Lun
des appareils fait lanalyse des vibrations, et lautre en
fait la synthèse. Lappareil récepteur peut donc
être comparé à une personne douée dune
ouïe extrêmement fine qui percevrait des sons émis
à plusieurs centaines de kilomètres et qui répéterait
ce quelle a entendu à loreille de la personne qui
écoute.
Parmi ces remarquables instrumens, le téléphone
inventé par M. Graham Bell, professeur de physiologie vocale
à luniversité de Boston, est le premier en date,
et aussi le seul qui, actuellement, ait atteint un degré de perfection
satisfaisant. La simplicité des organes et du fonctionnement
ajoute encore à limpression profonde que lon éprouve
lorsquà la distance de plusieurs lieues on distingue non-seulement
les phrases prononcées, mais encore le son de voix de tel ou
tel interlocuteur. Le téléphone de Bell est un appareil
de petit volume, affectant comme forme générale celle
dun champignon dont le pied aurait environ 15 centimètres
de longueur, et le chapeau 7 ou 8 centimètres de diamètre.
Le pied renferme un barreau dacier aimanté, de la grosseur
dun fort crayon. Autour du sommet de ce barreau, cest-à-dire
de lun des pôles de laimant, se trouve une petite
bobine de fil de cuivre fin et isolé, dont le nombre de spires
est de près dun mille. Les deux extrémités
de ce fil correspondent lune avec une ligne télégraphique
ordinaire, lautre avec le sol. Au-dessus de cette bobine et du
pôle de laimant qui lui sert de noyau, dans la partie que
nous avons comparée au chapeau dun champignon, une plaque
mince et circulaire de fer-blanc présente son centre à
une très faible distance de laimant, tandis que ses bords
reposent sur la circonférence dun anneau de bois. Cest
la membrane destinée à vibrer sous linfluence du
son, et une sorte dentonnoir, également en bois, dirige
justement le son sur la partie centrale de la plaque, qui, étant
la plus éloignée des points dappui, est celle où
les vibrations auront le plus damplitude. Ajoutons que le téléphone
récepteur est identique au téléphone transmetteur.
Vient-on à parler dans lun de ces appareils, la plaque
de fer-blanc se mettra à vibrer synchroniquement avec la masse
dair adjacente. Of, les vibrations de cette plaque modifiant à
chaque instant sa distance au barreau aimanté, létat
magnétique de ce barreau change à chaque instant, et chaque
fois aussi un courant électrique, dintensité proportionnelle
à la vitesse de déplacement, prendra naissance dans le
fil de la bobine. Ce courant franchira sur le conducteur télégraphique
la distance qui sépare le premier téléphone du
second, et arrivera dans la bobine de lappareil récepteur.
Là, selon que ce courant sera positif ou négatif, il exagérera
ou annulera les propriétés attractives du barreau, et
la plaque de fer-blanc en présence subira des alternatives dattraction
et de non-attraction dont chacune correspondra à la vibration
génératrice du courant. Cette plaque répétant
avec une fidélité rigoureuse les vibrations du premier
appareil, celles-ci ébranleront le système auditif de
la personne qui écoute, comme le ferait directement la voix de
la personne qui parle.
Les expériences que nous avons faites en laboratoire
nous ont permis de constater que le son de la voix commence seulement
à saffaiblir lorsquon dépasse des longueurs
de lignes représentant 800 à 1,000 kilomètres de
fil de fer de 4 millimètres de diamètre. Des essais tentés
entre Paris et Saint-Germain et entre Paris et Mantes (58 kilomètres)
ont parfaitement réussi. Nous entendions à cette distance,
avec une grande netteté, les voix de deux personnes chantant
un duo. Mais il ne faudrait pas croire que les différens sons
arrivent à destination avec lintensité quils
possèdent au départ. Les transformations successives des
vibrations en courans électriques et inversement, la résistance
opposée à ces courans par le circuit conducteur, absorbent
une notable partie de la force vive première. Ce sont les résistances
passives de la télégraphie, et, comme on peut le prévoir,
elles diminuent dans une forte proportion leffet utile, le rendement.
Il faut donc, si lon veut percevoir le son avec quelque netteté,
sappliquer lorifice circulaire de linstrument sur
loreille, de façon à lenvelopper de toutes
parts. La masse dair en vibration communique alors son état
vibratoire au tympan, sans quil sen diffuse inutilement
une trop grande partie. Sans un court exercice, on ne parvient pas à
distinguer très nettement les phrases transmises, de même
que, pénétrant dans un milieu obscur, on ne distingue
pas du premier coup des objets peu éclairés ; mais au
bout de quelques minutes loreille sest accommodée
aux nouvelles conditions, et saisit alors, dans la voix, des relations
qui lui avaient échappé tout dabord.
Lobligation où lon se trouve de coller
contre son oreille le téléphone par lequel on reçoit
une correspondance montre quil faut recourir à des moyens
spéciaux pour avertir son interlocuteur. Le plus simple consiste
à compléter linstallation dun téléphone
par celle dune sonnerie électrique ordinaire fonctionnant
à laide dune pile. Il suffit alors de prévenir
par un coup de timbre la personne avec laquelle on désire correspondre
; celle-ci porte aussitôt linstrument à son oreille,
et la conversation commence.
Comme deux et même trois ou quatre téléphones
peuvent fonctionner simultanément sous linfluence dun
seul appareil transmetteur, il est également convenable détablir
deux téléphones par station. Au moment de communiquer,
chaque interlocuteur porte un des appareils devant sa bouche et lautre
à son oreille ; il est ainsi assuré de recevoir sans exception
tous les mots qui lui sont adressés, puisquil évite
de cette manière la perte de temps causée par le transport
dun seul instrument de la bouche à loreille.
Le principal défaut du téléphone
de Bell consiste dans son extrême sensibilité. Il subit
linfluence de courans si faibles que les dépêches
passant sur des fils télégraphiques voisins de celui qui
le dessert sont toutes ensemble répétées par le
téléphone. On sait en effet que les courans électriques
font naître dans des circuits voisins du leur ce quon appelle
des courans induits. Ces courans induits sont en général
trop peu intenses pour exercer un trouble appréciable sur les
appareils de la télégraphie ordinaire ; mais il nen
est pas de même avec linstrument de Bell. Quand le fil conducteur
du téléphone nest pas distant de plusieurs mètres
des autres fils de ligne, chaque courant émis dans ces fils étrangers
donne naissance à un son très net dans lappareil.
Cette propriété, nuisible la plupart du temps, pourrait
dans certains cas devenir très précieuse. Supposons quen
temps de guerre lennemi se serve pour ses communications télégraphiques
dun fil passant à proximité dun autre fil
dont on puisse disposer ; il suffira dinstaller un téléphone
sur ce dernier, et lon pourra entendre distinctement quels sont
les signes de lalphabet Morse envoyés sur la première
ligne. Comme le personnel de la télégraphie militaire
sait parfaitement comprendre une dépêche au seul bruit
de la manipulation, la correspondance ennemie sera ainsi surprise. On
pourrait dailleurs opérer sur une ligne occupée
par les communications ordinaires pour correspondre au moyen du téléphone,
puisque les courans quil émet sont beaucoup trop faibles
pour exercer une perturbation quelconque sur les autres appareils en
service. La perturbation agirait au contraire dans lautre sens,
si bien quon serait obligé pour se parler de profiter des
périodes de repos du service courant. Puisque nous avons exposé
quelles difficultés fait naître la trop grande sensibilité
du téléphone, nous devons aussi indiquer quels sont les
moyens qui permettent dobvier à ces difficultés
dans une certaine mesure. Il suffit en effet, pour détruire les
actions perturbatrices des lignes étrangères, de fermer
le circuit téléphonique par un fil spécial de retour,
parallèle au premier sur toute sa longueur, au lieu de le fermer
par une communication à la terre, comme on le fait toujours en
télégraphie. De la sorte, les courans induits prennent
naissance à la fois sur deux fils dont les modes daction
sont inverses, et le résultat final est le même que si
ces courans nexistaient pas.
Le rôle pratique du téléphone de
Bell peut facilement se déduire des considérations qui
précèdent. Pour toutes les distances nexcédant
pas 150.mètres, le tube acoustique ordinaire sera toujours préférable,
puisquil permettra dentendre la voix avec une bien plus
grande intensité. Pour toutes les distances excédant 150
mètres, si les appareils extrêmes peuvent se placer dans
des lieux où règne un certain silence, le téléphone
présentera sur les anciens appareils électriques lavantage
immense de pouvoir être manié par tout le monde, puisquil
suffit en effet découter ou de parler pour recevoir ou
transmettre. Il permettra en outre de reconnaître un interlocuteur
au timbre de sa voix, ce qui constitue la qualité la plus précieuse
et la plus étonnante, du nouvel appareil. Disons pourtant que
ce timbre est quelque peu modifié et que les sons paraissent
légèrement éteints et nasillards. Ils sont comme
un reflet des sons véritables, et lon peut justement les
comparer à limage dune personne vue dans une glace
sans tain. Les contours sont mal définis et mêlés
de figures étrangères, mais on ne peut hésiter
néanmoins à reconnaître que cest de telle
ou telle personne quon aperçoit le reflet.
Il serait injuste de reprocher à linvention
du professeur Bell de ne pas reproduire la voix avec toute la puissance
qui serait désirable pour que son instrument pût rivaliser
avec le tube acoustique. Le but atteint semblait, il y a peu de mois
encore, tellement insaisissable, tellement au-dessus des espérances
les plus hardies, que notre admiration ne doit pas rester moins profonde
; il est pourtant permis de croire que cest là seulement
un premier pas pour la téléphonie.
Lorsque deux diapasons identiques sont reliés
entre eux par un fil tendu et fixé par chacune de ses extrémités
à une de leurs branches, si lon vient à faire vibrer
lun deux, lautre entre également en vibration.
Cest là un téléphone musical, qui nest,
pour ainsi dire, quun cas particulier de celui qui se compose
de deux cornets, dont il a été parlé au début
de cette notice. Comme ce dernier, et pour les mêmes raisons,
il est limité dans sa portée effective. Mais, si au lieu
de se servir dun fil rigide pour transmettre les vibrations, on
se sert de procédés électriques, la portée
du son na plus de limites. Il y a plus de quinze ans en effet
que nous connaissons la possibilité de transmettre à de
grandes distances, par lélectricité, des sons musicaux
simples comme ceux des diapasons. Lappareil du professeur Reis,
de Hombourg, permit, dès 1860, datteindre à ce résultat
; dautres dispositions imaginées par Cromwell Warley, par
Paul Lacour, par Elisha Gray, donnent aussi le moyen dentendre
télégraphiquement un motif musical. Mais toute autre chose
est de transmettre une note ou même un accord et de transmettre
une syllabe, une voyelle, une consonne, prononcées sur cette
note. Nous pouvons remarquer, lorsque nous écoutons un chanteur
dans un opéra, combien nous avons de peine à saisir les
paroles quil prononce. Les notes nous arrivent bien, mais les
syllabes restent en route. Cest donc un témoignage que
les mots sont dune nature plus complexe que les sons quils
accompagnent. Si nous considérons un édifice, les détails
de sculpture nous échappent sitôt que nous nous éloignons,
mais lensemble nous frappe toujours. Il en est tout à fait
de même dun chant. Le chant pour nous est un ensemble relativement
simple, mais les phrases, les timbres des divers instrumens, les nuances
sont des détails qui ne nous parviennent plus quand une distance
suffisante nous sépare du chanteur. Dans les téléphones
de Reis et de Warley, ce nest jamais que la note seule qui arrive
à destination ; la syllabe qui laccompagne ninfluence
même pas lappareil denvoi. En un mot, ces instrumens
ne sont capables de transmettre quune seule qualité du
son, la hauteur ; lintensité, le timbre, nexistent
pas pour eux. Ceste que les difficultés à résoudre
pour reproduire ces deux importantes qualités sont très
considérables lorsque lon se sert du courant dune
pile voltaïque, comme cela a lieu dans ces derniers appareils.
Le professeur Bell a ingénieusement tourné lobstacle
en employant des courans dinduction. Mais il a par cela même
imposé une limite à la puissance de ces courans, puisque
cest la voix elle-même qui leur donne naissance.
Si le problème de la téléphonie
était résolu avec des courans de pile, lintensité
de la voix pourrait être bien supérieure à celle
que permettent dobtenir les courans induits. En effet, une pile
est un réservoir de travail électrique aussi énergique
quon le désire, et il suffit douvrir une porte daccès
à cette force pour la mettre en jeu. Dans le téléphone
de Bell, la personne qui parle est lanalogue dun manuvre
qui ferait, par ses propres forces, avancer un véhicule ; dans
un téléphone qui fonctionnerait à laide de
la pile, cette personne serait lanalogue du mécanicien
qui, sur une locomotive, na quà faire leffort
nécessaire a louverture dune valve pour permettre
à la vapeur, toujours prête, dactionner le piston.
Cest dans cette direction que doivent se porter maintenant les
efforts de ceux qui prétendent faire avancer la question qui
nous occupe. La téléphonie voltaïque doit remplacer,
dans un avenir plus ou moins éloigné, la téléphonie
magnéto-électrique. Un Américain, M. Edison, est
un des premiers qui se soient engagés dans cette voie ; dautres
chercheurs ly suivent déjà, et les premiers essais
sont loin dêtre décourageans.
La découverte de la téléphonie
a comblé la seule lacune qui subsistât encore dans la correspondance
rapide du télégraphe. Les appareils autographiques de
Caselli, de dArlincourt, donnent depuis bien des années
déjà le moyen de transmettre, à distance, limage
exacte dune écriture, le portrait ressemblant dune
personne. Le téléphone reproduit la voix. On est donc
aujourdhui à même de communiquer avec le monde entier,
de la même façon et dans le même délai quil
est possible de le faire entre habitans dune même ville.
Deux ingénieurs français, MM. Napoli et
Marcel Depretz, viennent tout récemment dimaginer un appareil
qui se rattache dune manière toute naturelle à ceux
que nous venons détudier. Leur invention permet non-seulement
de porter la voix à distance, mais elle rend encore possible
den conserver la trace pendant un laps de temps quelconque, de
sorte quun discours prononcé aujourdhui peut être
prononcé de nouveau demain, mais cette fois mécaniquement.
La sténographie deviendrait dès lors inutile, puisquon
aurait le moyen demmagasiner la voix humaine avec toutes ses nuances
de timbre et dintonation.
Lesprit se perd quand on pense quà
laide dune semblable machine, suffisamment perfectionnée,
il eût été possible de conserver fidèlement
la manière des grands orateurs, et quon pourrait entendre
à volonté Démosthène, Cicéron, Bossuet,..
sans voir toutefois leurs gestes, leur physionomie, puisque lappareil
qui pourrait conserver la trace dune scène vivante nest
pas encore réalisé. Mais avons-nous le droit daffirmer
a priori limpossibilité dune pareille invention,
en présence de miracles auxquels notre siècle a déjà
donné le jour ? Nous ne le pensons pas. Si demain on trouvait
le moyen de ne tenir aucun compte de lopacité des corps,
si un télescope dun nouveau genre permettait de voir au
loin à travers les murs et les montagnes, et de conserver aux
objets dun tableau la mobilité quils ont possédée
pendant une minute, une seconde même, nous nous accoutumerions
bien vite à ces prodiges. Nos petits-fils les considéreraient
comme des choses toutes simples et concevraient avec peine comment leurs
pères ont pu vivre dans un tel état de barbarie. Nier
dabord, espérer, sétonner et oublier ; telle
est en effet la série des impressions par lesquelles passera
toujours lesprit humain.
ANTOINE BREGUET
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Domaine d'activité
Au delà de ses nombreux innovations et développements
dans le domaine de l'horlogerie mécanique, la Maison Breguet
innovera à la fin du 19° siècle avec de nombreux développements
dans le domaine de l'électrotechnique. Elle sera linstallateur
des premières horloges électriques à Lyon en 1856.
Elle est l'inventeur du parafoudre, de la sonnette électrique
et sera le premier fournisseur des chemins de fer en matériel
de télégraphie.
Elle diversifie alors nettement ses activités et se rajoutent
à ces produits la machine de Gramme (un traité avec Gramme
fut signé en 1875), la dynamo électrique, le téléphone
et les systèmes d'automatismes électromécaniques.
Au début des années 1880, Mr Fayot alors directeur des
ateliers de la Maison Breguet invente un tachymètre électrique
destiné aux navires. Cet équipement sera installé
entre autres sur le Courbet, Le Marceau et le Suchet.
La fin du 19° siècle voit la Maison Breguet produire des
systèmes électromécaniques lourds tels que des
groupes électrogènes et des motorisations diverses, thermiques
et-ou électriques.
Elle fournira entre autres au ministère de la guerre des pompes,
des projecteurs de DCA, des lunettes de visée, des transmetteurs
dordre électriques, des mines sous-marines, des motorisations
pour navires comme celle du sous-marin Mariotte en 1906 (Diesel et électrique)
et du croiseur Pluton en 1928 (turbines) et réalisera léquipement
électrique de nombre de navires.
Elle sera aussi impliquée dans le développement et la
réalisation de systèmes darme automatisés
comme les tourelles dartillerie de cuirassés et dans les
années 30, elle sera retenue pour la conception la réalisation
des motorisation et automatismes des tourelles de mitrailleuses, des
tourelles de mortiers de 81mm et des tourelles dobusiers de 75
- 33 destinées à léquipement de la Ligne
Maginot.
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