|
Johann Philipp Reis
Philipp Reis Né le 7 janvier 1834 à Gelnhausen
en Allemagne
En juillet 1860, Philipp Reis a fait une démonstration
du « téléphone » à son ancien professeur
de physique Poppe dans sa maison de Friedrichsdorf. Il transmet la mélodie
« Muß i denn zum Städtele hinaus » depuis un bâtiment
arrière à travers la cour jusqu'à une pièce
de la maison. Là, le récepteur de l'aiguille à tricoter
est fixé à une boîte à cigares, dont la résonance
rend les sons clairement audibles dans toute la pièce. Il s'agit
de la première démonstration certifiée du téléphone
et également de la première du haut-parleur.
Dans les divers documents, on trouve son nom orthographiée de trois
façons: Reis, Reiss ou Reuss.
Contexte : Le premier essai de téléphonie
électrique date de 1837.
A cette époque, un Américain nommé Page reconnut
qu'un barreau aimanté peut émettre des sons lorsqu'il
est soumis alternativement à des aimantations et à des
désaimantations rapides.
En approchant brusquement les pôles d'un aimant en fer à
cheval d'une bobine aplatie roulée en hélice, il obtenait
un son auquel il donna le nom de battement magnétique.
Des interruptions fréquentes du courant augmentaient notablement
l'effet des vibrations de Page et donnaient naissance à des
sons distincts très intenses.
En 1854, un Français, Charles Bourseul,
publia sur la transmission électrique de la parole un travail dans
lequel il disait : « Imaginez que l'on parle près d'une plaque
mobile assez flexible pour ne perdre aucune des vibrations produites par
la voix, que cette plaque établisse et interrompe successivement
la communication avec une pile, et vous pourrez avoir à distance
une autre plaque qui exécutera en même temps les mêmes
vibrations... Il est certain que, dans un avenir plus ou moins éloigné,
la parole sera transmise à distance par l'électricité.
J'ai commencé à faire des expériences à cet
égard ; elles sont délicates et exigent du temps et de la
patience, mais les approximations obtenues font entrevoir un résultat
favorable. » Page et Bourseul, sont donc les précurseurs
de Philippe Reis, qui réussit à construire le premier téléphone
électrique.
Reis
en 1860, est professeur de physique dans une école de Friedrichsdorf.
« Je fus amené, écrivit-il en 1868, à poursuivre,
dans l'intérêt de mes leçons, un travail que j'avais
commencé depuis longtemps au sujet des organes de l'ouïe,
et j'eus bientôt la joie de voir mes efforts couronnés
de succès : je réussis à inventer un appareil
au moyen duquel il est possible de rendre claires et évidentes
les fonctions de l'ouïe, et qui peut aussi servir à reproduire
toute espèce de sons à n'importe quelle distance par
le courant électrique. »
Passionné de sciences, c'est également un ingénieux
inventeur amateur : il met au point en 1860 le premier appareil électrique
capable de transmettre une mélodie musicale à distance,
un modèle d'oreille humaine dans lequel une membrane joue le
rôle de tympan et une pièce de platine celui du marteau.
Il le nomme « telephon ». On peut considérer cet
appareil comme le premier des « téléphones ».
Il décrit cet appareil dans un document de 1863 et le nomme
téléphone pour lémetteur et appareil de
reproduction pour le récepteur.
Reis a construit son
premier modèle de téléphone en 1858, quatre
ans après l'article de Bourseul.
Une variante du deuxième modèle de Reis a été
construite dans la seconde moitié de 1862 par Wilhelm von Legat,
inspecteur des Télégraphes royaux prussiens, Certains auteurs
considèrent celui-ci comme le troisième modèle de Reis,
tandis que d'autres de manière plus appropriée
l'appellent le modèle « Reis-Legat ».
|
Il y a peu d'information sur sa biographie, mais
il reste des textes dans des archives :
Mai 1862 Reis donna une conférence et présenta
le téléphone à l'Institut allemand libre (Freies
Deutsches Hochstift) de Francfort-sur-le-Main.
Un article sur le téléphone fut communiqué
par l'inspecteur Von Legat à la Société austro-allemande
de télégraphe, puis publié dans sa revue.
Malgré tous les inconvénients de l'appareil Reis,
qui n'étaient pas inhérents au principe de l'appareil,
de nombreux éléments attestent que le téléphone
de Reis transmettait bien la parole . Attesté par l'inspecteur
Wilhelm von Legat, dans son rapport paru dans la « Zeitschrift
» (p. 77), en 1862. Après avoir fait allusion à
l'indistinction des voyelles, il déclare : « Les
mots isolés, prononcés comme lors de la lecture, de
la parole et autres activités similaires, étaient
perceptibles indistinctement ; néanmoins, ici aussi, les
inflexions de la voix, les modulations de linterrogation,
de lexclamation, de létonnement, de lordre,
etc., atteignaient une expression distincte. »
Von Legat publia un article sur l'invention de Reis en fournissait
une explication théorique. "Pourquoi, lors des expériences
pratiques, les mélodies sont-elles restituées avec
une justesse étonnante, alors que les mots isolés,
à la lecture, à l'oral, etc., sont moins perceptibles
? De plus, les modulations de la voix contribuent à la cadence
interrogative, extatique, surprenante et séduisante. Sans
aucun doute, la technique présentée ici nécessitera
encore de nombreux perfectionnements avant de trouver une application
pratique. Cependant, après de nombreuses expériences
pratiques, je suis persuadé que la poursuite de ces recherches
présentera un intérêt théorique majeur
et que leur mise en uvre pratique, à notre époque,
ne tardera pas"
Parmi ces instruments de Reis figurent deux types remarquables d'émetteurs
et deux de récepteurs. Ils sont tous regroupés dans
deux illustrations très anciennes, publiées dans les
actes de sociétés savantes et donc d'une authenticité
incontestable. La première se trouve dans le rapport de Wilhelm
von Legat à l'Austro-German Telegraph Verein en 1862, publié
dans la revue de cette société et reproduit intégralement
dans le « Polytechnisches Journal » de Dingler en 1863.
Elle est représentée sur cette figure .

L'émetteur est constitué d'un tube conique, a,
fermé à son extrémité la plus étroite
par une membrane de collodion, o, au centre de laquelle repose l'extrémité
d'un levier coudé très léger, c d, soutenu
en e et actionné.
Il construit un autre modèle de Reis, certains
auteurs considèrent celui-ci comme le troisième modèle
de Reis, tandis que d'autres de manière plus appropriée
l'appellent le modèle « Reis-Legat ».
Parmi d'autres documents contemporains, l'important
rapport de Legat sur le téléphone de Reis, présenté
à la Société télégraphique austro-allemande
en 1862, est reproduit intégralement. Ce rapport a servi
de base à l'une des illustrations de cet article. Il ne se
contente pas de décrire les appareils de Reis, mais propose
une analyse approfondie des problèmes liés à
la reproduction téléphonique des sons, notamment la
transmission de la parole. Les documents de cette époque
montrent que la téléphonie était généralement
étudiée dans le contexte du chant plutôt que
de la simple parole, et que la transmission des sons musicaux, généralement
réussie, était privilégiée à
titre d'exemple par rapport à la transmission, plus complexe
mais aussi bien plus importante, des mots et des phrases. La question
de l'articulation, quant à elle, est un thème récurrent.
« Die Wirksamkeit des elektrischen Stromes,
auf Töne ausgedehnt »,
Neues Frankfurter Museum, Beiblatt der Zeit, n°
183, 3 novembre 1861.
Il s'agit du plus long des trois articles, daté du 31 octobre
1861 et signé « l. » (un l minuscule suivi d'un
point), si je ne me trompe pas. Il existe peut-être une clé
reliant ces identifiants aux noms des contributeurs, ce qui permettrait
d'identifier formellement l'auteur. Si tel est le cas, j'espère
que quelqu'un me la communiquera. En attendant, le contenu de l'article
indique clairement qu'il s'agit d'une personne qualifiée
pour assister aux réunions de la Physical Society et qui
avait également participé, à titre privé,
à certaines expériences antérieures de Reis,
notamment à l'identification d'accords de piano « reproduits
». Qui cela pouvait-il bien être ?
Un élément important à prendre en compte est
la reproduction mot pour mot de deux passages de cet article dans
un autre, publié en 1862 dans la Zeitschrift des deutsch-österreichischen
Telegraphen-Vereins, sous la signature de Wilhelm von Legat, inspecteur
des télégraphes à Kassel : plus précisément,
les passages décrivant la transduction du son par loreille
humaine et les caractéristiques de la parole que le téléphone
pouvait reproduire. Dans sa biographie, Silvanus Thompson émet
lhypothèse que von Legat connaissait peut-être
Reis depuis 1855, date à laquelle ce dernier avait effectué
son service militaire à Kassel, et qu« il
est possible quil ait assisté à la conférence
de Reis en octobre précédent [cest-à-dire
avant 1862] ». Cependant, il note quaucun des anciens
camarades de Reis interrogés na reconnu le nom de von
Legat, si ce nest dans larticle lui-même, ce qui
laisse planer un certain mystère sur la nature de leur relation
(p. 78).
Jusqu'à présent, deux possibilités me semblent
envisageables : soit von Legat était également
l'auteur de l'article précédent présenté
ci-dessous, soit il s'en est inspiré pour rédiger
son propre article de 1862. Cependant, un détail supplémentaire
semble plaider en faveur de von Legat comme auteur des deux textes.
L'article de 1861 indique qu'au moment de la présentation
du 26 octobre, Reis était déjà parvenu à
utiliser un récepteur tympanique à électroaimant,
un « appareil semblable à une seconde oreille »,
en plus du récepteur composé d'une aiguille à
tricoter et d'un violon qu'il avait utilisé lors de sa démonstration.
Silvanus Thompson mentionne un « récepteur à
électroaimant » comme le troisième modèle
expérimental de récepteur de Reis, mais précise
qu'il n'était pas certain de sa place dans la chronologie
et que le rapport de von Legat de 1862 était la seule source
originale connue de lui qui en fasse mention (p. 30-31). Ainsi,
les deux articles partagent non seulement des extraits textuels
retranscrits mot pour mot, mais aussi la description rare d'un récepteur
où un électroaimant génère des ondes
sonores en exerçant une traction sur un corps distinct, contrairement
à un récepteur basé sur le principe de magnétostriction
où la magnétisation et la démagnétisation
produisent le son.
De manière générale, l'accès privilégié
de l'auteur aux travaux de Reis rend difficile de distinguer les
informations issues de la présentation publique de celles
provenant de connaissances externes. Les remarques concernant la
théorie des sensations auditives de Reis, en particulier,
semblent aborder des sujets liés à la seconde conférence
du 16 novembre, qui n'avait pas encore eu lieu (bien que la promesse
d'une « discussion plus approfondie » puisse laisser
supposer que Reis avait au moins évoqué la question
lors de la première conférence). Elles complètent
également les points développés dans l'article
publié par Reis, sans simplement les reproduire, et contribuent
à clarifier comment sa théorie auditive et sa stratégie
pour le téléphone s'influençaient et se renforçaient
mutuellement.
|
Un autre document est un rapport de Wilhelm von Legat, communiqué
à l'Union télégraphique austro-allemande
(Verein) en 1862 et publié dans le « Journal » de cette
société. Il a été reproduit intégralement
dans le « Polytechnisches Journal » de Dingler, pour 1863, .
Ce rapport est d'une grande importance. Il est cité par Graham Bell
dans son premier récit sur le téléphone. C'est ce même
rapport qui, en 1875 ou 1876, sous forme de manuscrit traduit, a été
remis à M. Edison par le président de la Western Union Telegraph
Company de l'époque, et qui a constitué le point de départ
des travaux ultérieurs d'Edison.
Sur la reproduction des sons par voie électro-galvanique.
Par V. Legat Traduit du Journal de la Société
télégraphique austro-allemande (édité par le
Dr Brix), vol. ix. p. 125, 1862. (Zeitschrift des deutschösterreichischen
Telegraphen-Vereins, 1862.)
|
Il pourrait être intéressant de
faire connaître à un public plus large les idées
suivantes concernant la reproduction des sons par voie électro-galvanique,
récemment présentées par M. Philipp Reiss
de Friedrichsdorf, devant la Société de physique
et lors des réunions de l'Institut libre allemand (Freies
Deutsches Hochstift) à Francfort-sur-le-Main ; et d'exposer
également ce qui a été accompli jusqu'à
présent dans la réalisation de ce projet, afin
que, s'appuyant sur les expériences accumulées
et l'efficacité du courant galvanique, ce qui a déjà
été mis au service de l'intellect humain pour
le progrès de sa correspondance puisse également
être mis à profit à cet égard.
Ce qui est annoncé ici ne concerne
pas l'action du courant galvanique dans le mouvement d'un appareil
télégraphique de quelque construction que ce soit
destiné à produire des signaux visibles , mais
son application à la production de signaux audibles
de tonalités !
Les ondes sonores, qui, en agissant dans
nos oreilles, éveillent en nous la sensation du son,
en mettant tout d'abord la peau du tambour en vibration, sont
ensuite, comme on le sait, transmises à la partie interne
de l'oreille et aux nerfs auditifs qui s'y trouvent par un mécanisme
d'une finesse remarquable : les osselets de l'ouïe (comprenant
le marteau, l'enclume et l'étrier). L'expérience
de reproduction des sons repose sur le principe suivant : utiliser
une imitation artificielle de cet appareil à levier et
la mettre en mouvement par les vibrations d'une membrane semblable
à la peau du tympan de l'oreille, et ainsi ouvrir et
fermer un circuit galvanique relié par un conducteur
métallique à une station distante.
Avant de décrire l'appareil nécessaire,
il pourrait toutefois être nécessaire de revenir
sur la façon dont notre oreille perçoit les vibrations
d'une tonalité donnée, et les vibrations totales
de toutes les tonalités agissant simultanément
sur elle ; car c'est ainsi que seront déterminées
les différentes conditions requises que doivent remplir
les appareils d'émission et de réception pour
la résolution du problème posé.
Considérons d'abord les processus
nécessaires à la perception d'un son par l'oreille
humaine ; nous constaterons que chaque son résulte d'une
condensation et d'une raréfaction répétées
plusieurs fois dans un certain laps de temps. Si ce processus
se déroule dans le même milieu (l'air) que celui
où se trouve notre oreille, la membrane sera, à
chaque condensation, poussée vers la cavité du
tympan, et à chaque raréfaction, elle se déplacera
dans la direction opposée.
Ces vibrations nécessitent un mouvement
similaire des osselets de l'ouïe, et permettent ainsi une
transmission aux nerfs auditifs.
Plus la condensation d'un milieu conducteur
de son est importante à un instant donné, plus
l'amplitude de vibration de la membrane et des osselets de l'ouïe,
ainsi que leur action, seront grandes ; et inversement, l'action
sera proportionnellement moindre. Il incombe donc aux organes
de l'ouïe de communiquer fidèlement aux nerfs auditifs
toute condensation et raréfaction se produisant dans
le milieu environnant ; tandis qu'il appartient aux nerfs auditifs
de nous faire prendre conscience du nombre ainsi que l'amplitude
des vibrations qui en résultent dans un laps de temps
donné.
Ici, dans notre conscience, un nom précis
est donné à une certaine composition, et ici les
vibrations portées à la conscience deviennent
des « tonalités ».
Ce que nos nerfs auditifs perçoivent
est donc l'effet sur notre conscience d'une force qui, selon
sa durée et son ampleur, peut, pour une meilleure compréhension,
être représentée graphiquement.
Soit, par exemple, la longueur de la ligne
ab une durée de temps définie quelconque, et soit
les courbes au-dessus de cette ligne les condensations (+),
et les courbes en dessous de cette ligne les raréfactions
(-) ; alors chaque ordonnée érigée à
l'extrémité d'une abscisse nous donne la force
de la condensation en conséquence de laquelle la peau
du tambour vibre, au moment indiqué par la position du
pied de l'ordonnée.
Tout ce qui dépasse ce qui est
présenté de cette manière ou par des courbes
similaires est imperceptible pour notre oreille, et cela suffit
à nous faire prendre conscience de chaque note et de
chaque combinaison de notes. En effet, si plusieurs notes sont
produites simultanément, le milieu conducteur du son
est soumis à l'influence de plusieurs forces agissant
simultanément et obéissant aux lois de la mécanique.
Si toutes les forces agissent dans le
même sens, l'amplitude du mouvement est proportionnelle
à la somme des forces. Si les forces agissent en sens
opposés, l'amplitude du mouvement est proportionnelle
à la différence entre les forces opposées.
Par conséquent, il est possible,
à partir des courbes de plusieurs tons simultanés,
de composer, en partant de ces principes, obtenir une courbe
de condensation qui exprime exactement ce que notre oreille
perçoit à la réception de ces sons agissant
simultanément.
L'objection généralement formulée à
ce sujet, selon laquelle un musicien, voire n'importe qui, est
capable d'entendre séparément les sons individuels
qui composent cette courbe, ne saurait constituer une preuve
du contraire. En effet, un expert en colorimétrie discernera,
par exemple, dans le vert un mélange de jaune et de bleu
dans leurs diverses nuances ; et l'on peut tout aussi bien expliquer
l'un par l'autre par le fait que, pour la personne concernée,
les éléments qui constituent le produit du son
qui atteint sa conscience sont parfaitement connus.
Daprès ce qui a déjà
été expliqué, il est facile de construire
les courbes de condensation de différentes notes, accords,
etc., et pour plus de clarté, voici quelques exemples
:
Fig.1,2 et 3 ; REPRODUCTION OF TONES IN THE ELECTRO-GALVANIC
WAY
Fig 1 Planche I. montre une courbe de combinaison de trois tons,
dans laquelle toutes les proportions des composants se répètent
successivement.
La figure 2 montre une telle courbe de
plus de trois tons, dans laquelle les proportions du dessin
ne peuvent plus être données aussi clairement ;
pourtant, le musicien expérimenté les reconnaîtrait
ici, même si en pratique il pourrait être difficile
pour lui de distinguer, dans de tels accords, les tons séparés.
Cette méthode de démonstration
de laction des sons sur loreille humaine offre lavantage
dune perception très claire du processus ; et ce
qui est démontré ( Fig. 3 ) montre également
pourquoi une dissonance doit affecter notre oreille de manière
désagréable.
Cette apparente digression par rapport à
l'objectif énoncé était nécessaire
pour indiquer que dès qu'il nous est possible de créer
n'importe où et de n'importe quelle manière, des
vibrations dont les courbes et les amplitudes sont similaires
aux vibrations d'une note donnée, ou d'une combinaison
donnée de notes, nous procureront la même impression
que celle que cette note originale ou cette combinaison originale
de notes aurait produite sur nous.
L'appareil décrit ci-après
offre la possibilité de créer ces vibrations de
toutes les manières souhaitées, et l'emploi de
l'électro-galvanisme nous donne la possibilité
de faire naître, à une distance donnée,
des vibrations similaires à celles qui ont été
produites, et ainsi de reproduire en tout lieu les sons qui
ont été émis ailleurs.
Fig 4 A est l'émetteur de Tonabgeber) et B le récepteur
de Tonempfänger.
Dans la figure 4, planche II. Dans le dispositif
présenté ici, A est l'émetteur (Tonabgeber)
et B le récepteur (Tonempfänger), ces deux instruments
étant installés à des stations différentes.
Je précise toutefois que, par souci de clarté,
le mode d'assemblage des instruments pour une utilisation interchangeable
dans les deux sens est omis, d'autant plus que l'ensemble n'est
pas présenté comme un fait définitif, mais
afin de diffuser plus largement les résultats obtenus.
La possibilité d'étendre la portée du dispositif
au-delà de la limite actuelle du fonctionnement direct
du courant galvanique peut également être négligée,
car ces points peuvent être facilement pris en compte
par des précautions mécaniques et n'affectent
pas l'essentiel des phénomènes décrits.
Passons maintenant à l'émetteur,
Fig. A. Il est mis en communication d'un côté avec
le conducteur métallique menant à la station voisine,
et par ce biais avec le récepteur, Fig. B ; de l'autre
côté, il est connecté, au moyen de la puissance
électromotrice, C, à la terre ou à un conducteur
de retour métallique. L'émetteur,
Fig. A , est constitué d'un tube conique, ab , de environ
15 centimètres de longueur, 10 centimètres à
l'avant et 4 centimètres à l'arrière.
(Les essais pratiques ont démontré
que le choix du matériau de ce tube n'a aucune incidence
sur l'utilisation de l'appareil, et qu'une plus grande longueur
de ce tube, pour garantir le bon fonctionnement de l'appareil,
est par ailleurs sans effet. Une largeur excessive du cylindre
nuit à l'utilité de l'appareil ; il est donc recommandé
que la surface intérieure soit aussi lisse que possible.)
L'étroite ouverture arrière
du cylindre est fermée par une membrane, o , de collodion,
et au milieu de la surface circulaire formée par cette
membrane repose une extrémité, c , du levier,
cd , le point d'appui, c , dont, soutenu par un palier, reste
relié au conducteur métallique.
Le choix de la longueur des deux bras
du levier, ce et ed , est déterminé par les lois
de la force des leviers. Il est recommandé que le bras
ce soit plus long que le bras ed afin de transmettre le moindre
mouvement de c au point d avec la force maximale possible ;
toutefois, il est souhaitable que le levier lui-même soit
aussi léger que possible pour quil puisse suivre
les mouvements de la membrane. Un suivi imprécis du levier
cd produit des sons impurs au niveau du récepteur. Au
repos, le contact dg est fermé et un ressort délicat
n maintient fermement le levier dans cette position.
La deuxième partie de cet appareil,
le pilier, f , est constituée d'un support métallique,
qui est uni à un pôle de la batterie, C, tandis
que le deuxième pôle de la batterie est relié
au conducteur métallique de l'autre station.
Sur le support, f , se trouve un ressort,
g , avec un contact, qui correspond au contact en d du levier
cd , et dont la position est réglée par une vis,
h . Afin de ne pas affaiblir le fonctionnement
de l'appareil par communication des ondes aériennes produites
lors de l'utilisation de l'appareil contre l'arrière
de la membrane, il est recommandé, lors de l'utilisation
de l'appareil, de placer sur le tube ab , à angle droit
par rapport à son axe longitudinal, un écran d'environ
50 centimètres de diamètre, qui se fixe fermement
sur la surface extérieure du tube.
Le récepteur, Fig. B , est constitué
d'un électroaimant, mm , qui repose sur une boîte
de sondage, uw , et dont les bobines de fil sont respectivement
connectées au conducteur métallique et à
la terre ou au conducteur de retour métallique.
En face de l'électroaimant, mm
, se trouve une armature, qui est reliée à un
levier, i , qui est aussi long que possible, mais léger
et large.
Le levier, i , est fixé, en pendule,
au support, k , et ses mouvements sont régulés
par la vis, l , et le ressort, p .
Afin d'améliorer le fonctionnement
de l'appareil, ce récepteur peut être placé
dans un foyer d'une cavité elliptique de taille correspondante,
auquel cas, l'oreille de celui qui écoute les sons reproduits
peut être placée au second foyer de cette cavité.
Le fonctionnement des deux appareils décrits
ici est le suivant :
Au repos, le circuit galvanique est fermé.
Dans l'appareil ( Fig. A) , en parlant
(en chantant ou en y introduisant les sons d'un instrument)
dans le tube ab , la condensation et la raréfaction de
l'air présent dans ce tube provoquent un mouvement de
la membrane qui ferme le tube à son extrémité
étroite, correspondant à cette condensation ou
raréfaction. Le levier cd suit le mouvement de la membrane
et ouvre et ferme le circuit galvanique en dg , de sorte qu'à
chaque condensation de l'air dans le tube s'ensuit une ouverture
et à chaque raréfaction une fermeture du circuit
galvanique.
En conséquence de ce processus, l'électroaimant
de la figure B (le récepteur) se démagnétise
et se magnétise en fonction des condensations et des
raréfactions de la masse d'air dans le tube A, ab [l'embout
buccal de l'émetteur], et l'armature de l'aimant vibre
de manière similaire à la membrane de l'appareil
émetteur. La plaque i , reliée à l'armature,
transmet ces vibrations à l'air environnant l'appareil
( figure B) , qui restitue ainsi les sons produits à
l'oreille de l'auditeur.
Nous ne traitons donc pas ici d'une propagation
du son par le courant électrique, mais seulement d'un
transfert vers un autre lieu des sons qui ont été
produits, par une cause semblable mise en jeu à ce second
lieu, et un effet semblable produit.
Il ne faut cependant pas oublier ici que
l'appareil précédent reproduit certes les vibrations
originales en nombre égal, mais que l'égale intensité
des vibrations reproduites n'a pas encore été
atteinte, et que la production de celles-ci est réservée
à l'achèvement de l'appareil.
L'une des conséquences de cette
incomplétude temporaire de l'appareil est que les différences
plus subtiles des vibrations originales sont plus difficiles
à discerner : autrement dit, la voyelle apparaît
plus ou moins indistincte, d'autant plus que chaque ton dépend
non seulement du nombre de vibrations du milieu, mais aussi
de la condensation ou de la raréfaction de celui-ci.
Cela explique également que, dans
les expériences pratiques menées jusqu'alors,
les accords, les mélodies, etc., étaient transmis
avec une fidélité remarquable, tandis que les
mots isolés, prononcés comme lors de la lecture,
de la parole, etc., étaient perçus plus indistinctement.
Néanmoins, ici aussi, les inflexions de la voix, les
modulations de l'interrogation, de l'exclamation, de l'étonnement,
de l'ordre, etc., étaient exprimées distinctement.
Il ne fait aucun doute qu'avant d'espérer
une utilisation pratique avec des résultats satisfaisants,
ce dont il a été question ici nécessitera
encore des améliorations considérables, et en
particulier la science mécanique devra compléter
l'appareil à utiliser ; cependant, je suis convaincu
par des expériences pratiques répétées
que la poursuite du sujet ici exposé présente
le plus grand intérêt théorique, et que
notre siècle intelligent ne manquera pas de son utilisation
pratique.
[Cet article a également été
réimprimé intégralement dans le Dingler's
Polytechnisches Journal, vol. clxix, p. 29, 1863.]
L'article précédent présente
un intérêt particulier, en raison notamment du
caractère unique des instruments qui y sont décrits,
et du mystère qui entoure son auteur. Wilhelm von Legat
était inspecteur des Télégraphes royaux
prussiens à Cassel. On ignore comment et quand il fit
la connaissance de Philipp Reis peut-être lors
du service militaire de ce dernier à Cassel en 1855.
Aucun des amis proches ou collègues de Reis encore en
vie ne peut fournir d'informations sur la nature des relations
de von Legat avec Reis, car ils ignorent même son nom,
hormis dans ce rapport. Pourtant, il fut membre de la Société
de physique de Francfort-sur-le-Main pendant un an seulement
(1862), année de rédaction de ce rapport. Il est
possible qu'il ait assisté à la conférence
de Reis en octobre précédent. Il est probable
qu'il ait assisté à sa conférence suivante,
en mai 1862, devant le Freies Deutsches Hochstift. Le docteur
Brix, alors rédacteur en chef du « Journal of the
Telegraph Union », minforme que linspecteur
von Legat a fondé son article sur des informations obtenues
directement de Reis, quil connaissait, et que larticle
a été soumis à Reis avant dêtre
remis au jury.« Journal ». Le type particulier d'émetteur
décrit dans le rapport de von Legat présente également
d'importantes similitudes avec celui que Reis aurait utilisé
au Hochstift. On ne connaît aujourd'hui aucune trace des
deux formes décrites par l'inspecteur von Legat. Les
recherches menées à Francfort et à Cassel
n'ont rien donné. von Legat n'a décrit son invention
ni à la Société des naturalistes locale,
ni ailleurs à Cassel. Il connut une fin tragique pendant
la guerre de Bavière en 1866, lors de la bataille près
d'Aschaffenburg ; selon certains, il aurait été
tué par balle, selon d'autres, il serait tombé
de cheval
|
A la suite Reis poursuit ses expérimentations et
développe un troisième modèle Il en fit la
première démonstration à la Société
de Physique de Francfort-sur-le-Main le 4 juillet 1863 .
En 1864, Reis affirme pouvoir également
transmettre la parole.
Il réalise la même année une démonstration
devant l'association de physique de Francfort. Il ne sera jamais considéré
comme l'inventeur du téléphone, nayant pas réussi
à vendre son projet et à améliorer son appareil afin
de lui trouver une utilisation pratique ; en revanche, il demeure à
lorigine du mot "téléphone".
L'instrument de Reis n'était destiné qu'à la reproduction
des sons musicaux.
C'était un téléphone musical, qui ne transmettait
que la hauteur du son ; toutefois il renfermait les éléments
essentiels des téléphones-actuels.
Cet instrument était formé de deux parties bien distinctes
: le transmetteur et le récepteur.
Le transmetteur se composait d'un tube A, débouchant dans une boîte
sonore, à la partie supérieure de laquelle se trouvait une
membrane bien tendue qui vibrait à l'unisson des ébranlements
qu'elle recevait.

Téléphone de Reis Postmuseum Frankfurt
Au centre de cette membrane était un petit
disque de platine qui communiquait par la borne H avec l'un des
pôles d'une pile voltaïque et qui transmettait le courant
au fil de ligne chaque fois que la membrane, soulevée par
les sons émis devant l'embouchure de l'instrument, venait
à rencontrer l'extrémité du fil conducteur
aboutissant à la borne H.
L'autre pôle de la pile était relié à
la terre.
Le récepteur était constitué par une tige de
. fer DD, autour de laquelle était enroulé un fil
de cuivre recouvert de soie.
Cette tige s'appuyait sur deux chevalets EE et était placée
sur une boîte creuse très sonore GG', qui renforçait
les vibrations déterminées par les interruptions successives
du courant dans la tige métallique.
Le fil de ligne arrivait à l'une des extrémités
de la spirale de cuivre, et le circuit était complété
par l'autre extrémité, qui communiquait avec la terre.
Le récepteur reproduisait synchroniquement toutes les vibrations
de la membrane du transmetteur; la mesure et la tonalité
d'une mélodie étaient très fidèlement
exprimées.
Quand on chantait ou quand on jouait d'un instrument quelconque
à l'embouchure du tube A, la membrane entrait en vibrations,
et pendant ces vibrations la pointe de la tige et du disque o, qui
n'était autre chose qu'un interrupteur du courant, éprouvait
une succession de contacts et de disjonctions avec la membrane.

Bibliographie ISBN 3-89570-496-2 Geiger-Verlag, 1998
Das Telephon von Philipp Reis 316 Seiten mit zahlreichen Abbildungen.
ISBN: 3-00-004284
Le téléphone de Reis
n'eut pas le succès qu'il méritait, dit M. Louis Figuier
dans les Merveilles de la science. Personne ne sut entrevoir l'avenir
réservé à ce remarquable appareil, que les
physiciens allemands regardèrent comme un simple perfectionnement
du vibrateur de Page.
Il existe en Allemagne un recueil scientifique qui fait autorité,
les Annales de physique de Poggendorff, dans lequel sont publiés
tous les travaux de physique ayant une véritable valeur. Philippe
Reis sollicita de Poggendorff l'insertion de son mémoire dans
ce recueil magistral; mais Poggendorff ne daigna pas donner asile à
l'uvre d'un pauvre instituteur inconnu du monde savant.
Il arrête ses recherches en 1865, atteint de tuberculose.
Il décède à Friedrichsdorf en Allemagne le
24 janvier 1874, deux ans avant "l'invention du téléphone"
par Bell.
Dans la presse Américaine le "Manufacture
and builder" de mai 1869, on pouvait lire

Un article publié par le New York Times
le 22 mars 1876 est consacré au téléphone
de l'allemand Philipp Reis (désigné par erreur comme
"Prof. Reuss") moins de deux mois avant la première
démonstration publique du speaking telephone par Gramam Bell
au M.I.T. le 25 mai 1876.
L'article ne s'intéresse pas aux caractéristiques techniques
de l'appareil de Reis mais imagine les conséquences catastrophiques
que cette invention va avoir pour la fréquentation des salles
de concerts et la représentation des oeuvres - les opéras
de Wagner sont citées comme exemple type - et donc pour l'économie
de la vie musicale.
L'anné suivante, un amusant dessin, illustrant la partition
de la chanson "The Wondrous Telephone" de Thomas P. Westendorf
(1877) imaginera une situation inverse : le public va toujours au
concert, mais pour écouter par téléphone. L'orchestre
a disparu et le chef d'orchestre est seul en scène.
Le journal "New York Times" , 22 mars 1876,
page 8 publia :
Prof. Reuss, a distinguished German performer on telegraphic instruments,
has recently made an invention which cannot fail to prove of great interest
to musicians, and, indeed, to the general public. The telephone--for that
is the name of the new instrument--is intended to convey sounds from one
place to another over the ordinary telegraph-wires, and it can be used
to transmit either the uproar of a Wagnerian orchestra or the gentle cooing
of a female lecturer. In appearance, the telephone somewhat resembles
a Morse instrument; but in addition to the usual quantity of magnets and
polished brass, it is provided with an ear-trumpet and a curious collection
of miscellaneous machinery of small size, but of presumably enormous horse-power.
When Mme. TITIENS is singing, or Mr. THOMAS' orchestra is playing, or
a champion orator is apostrophizing the American eagle, a telephone, placed
in the building where such sounds are in process of production, will convey
them over the telegraph-wires to the remotest corners of the earth. By
means of this remarkable instrument, a man can have the Italian opera,
the Federal Congress, and his favorite preacher laid on his own house.
Before many years we shall probably read in the advertisements of house
agents descriptions of houses to let in which hot and cold water and Baptist
preachers are laid on in every room; of others fitted throughout with
gas and congressional orators; and still others in which the front parlor
is telephonically connected with the Academy of Music, and the back parlor
contains a series of instruments by means of which fifty eminent preachers,
of different denominations, can be kept constantly on draught.
The universal use of the telephone will, of course, be viewed with disapprobation
by the sound-producing part of the community, just as the introduction
of labor-saving machines was met by the hostility of the laboring classes.
No man who can sit in his own study with his telephone by his side, and
thus listen to the performance of an opera at the Academy, will care to
go to Fourteenth street and to spend the evening in a hot anti crowded
building. In like manner, many persons will prefer to hear lectures and
sermons in the comfort and privacy of their own rooms, rather than to
go to the church or the lecture-room. The rural visitor who spends a Sunday
in town, and reads a printed notice in the office of his hotel to the
effect that "TALMAGE'S sermons, drawn from the wood, can be had at
11 o'clock in the telephonic room," will, of course, give up his
original intention of risking a journey to Brooklyn, and will listen to
the trembling telephone as its sympathetic brass vibrates to the tones
of the resonant Brooklyn orator. Thus the telephone, by bringing music
and ministers into every home, will empty the concert-halls and the churches,
and the time may come when a future Von Büllow playing
a solitary piano in his private room, and a future Talmage preaching in
his private gymnasium, may be heard in every well-furnished house on the
American continent.
It is an unpleasant task to point out a possibly sinister purpose on the
part of an inventor of conceded genius and ostensibly benevolent intentions.
Nevertheless, a patriotic regard for the success of our approaching Centennial
celebration renders it necessary to warn the managers of the Philadelphia
Exhibition that the telephone may really be a device of the enemies of
the Republic. WAGNER is to write an overture for the exhibition, and it
is assumed that thousands of people will go to Philadelphia to hear it.
Somebody is to make an oration, and somebody else is to deliver a poem
after the roar of the overture has died away, and it is believed, that
there are persons who wish to listen to both. Moreover, the Declaration
of Independence is to be read in connection with the opening of the Exhibition,
and those who have never seen a copy of that document will, of course,
be anxious to hear it read. But what if Prof. REUSS, with deliberate malice,
and at the instigation of the European despots, should distribute telephones
to all the cities of America, and thus enable their citizens to listen
to overture, oration, poem, and Declaration, without the trouble and expense
of going to Philadelphia? What possible success would in such case attend
an exhibition to which nobody but Philadelphians with free passes would
come? There is so far nothing to indicate that this is Prof. REUSS' dark
design, but as all foreign despots, from the Queen, in the Tower of London,
to the Prince of Monaco, in the backroom of his gambling palace, are notoriously
and constantly tearing their hair as they hear of BELKNAP and PENDLETON,
and note the progress and prosperity of our nation, it is not impossible
that they have the infamous scheme of attacking the Centennial Celebration
with telephones. However, there is one comfort. If the Wagner overture
is written in the author's characteristic style, no telephone made of
weaker materials than sixteen-inch steel plates can successfully report
it. With the first grand crash of WAGNER'S brass and bass-drums every
telephone will fly into pieces and an awful silence will settle over the
land, except within a distance of say fifty miles from the center of musical
disturbance.
Traduction
Le professeur Reuss, éminent musicien allemand spécialisé
dans les instruments télégraphiques, a récemment
inventé un instrument qui ne manquera pas d'intéresser les
musiciens, et même le grand public. Ce nouvel instrument, baptisé
« téléphone », est conçu
pour transmettre des sons d'un endroit à un autre
via les lignes télégraphiques ordinaires. Il peut servir
à retransmettre aussi bien le tumulte d'un orchestre wagnérien
que les doux murmures d'une conférencière. Son apparence
rappelle celle d'un appareil Morse ; mais outre les aimants et les pièces
en laiton poli habituels, il est doté d'un cornet acoustique et
d'un curieux ensemble de mécanismes divers, de petite taille mais
d'une puissance vraisemblablement considérable. Lorsque Mme Titiens
chante, que l'orchestre de M. Thomas joue ou qu'un orateur de renom encense
l'aigle américain, un téléphone, installé
dans le bâtiment où ces sons sont produits, les transmettra
par les lignes télégraphiques jusqu'aux confins du monde.
Grâce à cet instrument remarquable, un homme peut avoir l'opéra
italien, le Congrès fédéral et son prédicateur
préféré diffusés directement chez lui.
D'ici quelques années, on lira probablement dans les annonces immobilières
des descriptions de maisons à louer où l'eau chaude et froide
et des prédicateurs baptistes sont diffusés dans chaque
pièce ; d'autres entièrement équipées au gaz
et où l'on entend les discours des orateurs du Congrès ;
et d'autres encore où le salon principal est relié par téléphone
à l'Académie de musique, et le salon secondaire abrite une
série d'appareils permettant de diffuser en permanence les discours
de cinquante prédicateurs éminents, de différentes
confessions.
L'usage généralisé du téléphone sera,
bien sûr, mal vu par les classes laborieuses, tout comme l'introduction
des machines à fabriquer des appareils ménagers a suscité
l'hostilité des classes ouvrières. Nul homme qui peut, depuis
son bureau, son téléphone à portée de main,
et ainsi écouter un opéra à l'Académie, ne
voudra se rendre rue Quatorze et passer la soirée dans un immeuble
surchauffé et bondé. De même, beaucoup préféreront
écouter des conférences et des sermons dans le confort et
l'intimité de leur chambre plutôt que d'aller à l'église
ou à la salle de conférence. Le visiteur rural qui passe
un dimanche en ville et lit une annonce imprimée dans la réception
de son hôtel indiquant que les sermons «TALMAGE'S»,
tirés du bois, peuvent être entendus à 11 heures dans
la salle téléphonique », renoncera bien sûr
à son intention initiale de risquer un voyage à Brooklyn
et écoutera le téléphone trembler, dont le laiton
sensible vibre au rythme de la voix du célèbre orateur de
Brooklyn.
Ainsi, le téléphone, en apportant musique et ministres dans
chaque foyer, videra les salles de concert et les églises, et le
jour viendra peut-être où lon pourra entendre un futur
Von Büllow jouant seul du piano dans sa chambre et un futur Talmage
prêchant dans son gymnase privé, dans chaque maison bien
meublée du continent américain.
Il est désagréable de souligner un dessein potentiellement
sinistre de la part dun inventeur au génie reconnu et aux
intentions apparemment bienveillantes. Néanmoins, par souci patriotique
du succès de notre centenaire qui approche, il est nécessaire
davertir les organisateurs de lExposition de Philadelphie
que le téléphone pourrait bien être un instrument
des ennemis de la République. WAgner compose une ouverture pour
l'exposition, et l'on suppose que des milliers de personnes se rendront
à Philadelphie pour l'écouter. Quelqu'un prononcera un discours,
et quelqu'un d'autre récitera un poème après que
les acclamations de l'ouverture se seront dissipées ; on pense
qu'il y a des gens qui souhaitent entendre les deux. De plus, la Déclaration
d'indépendance sera lue à l'occasion de l'ouverture de l'exposition,
et ceux qui n'ont jamais vu d'exemplaire de ce document seront, bien sûr,
impatients de l'entendre. Mais que se passerait-il si le professeur Reuss
, avec une malice délibérée et à l'instigation
des despotes européens, distribuait des téléphones
dans toutes les villes d'Amérique, permettant ainsi à leurs
citoyens d'écouter l'ouverture, le discours, le poème et
la Déclaration, sans les difficultés et les dépenses
liées au déplacement à Philadelphie ? Quel succès
pourrait bien connaître, dans ce cas, une exposition à laquelle
seuls les Philadelphiens munis de laissez-passer gratuits se rendraient
? Rien, jusqu'à présent, n'indique que tel soit le sombre
dessein du professeur Reuss , mais comme tous les despotes étrangers,
de la Reine à la Tour de Londres au Prince de Monaco, à
Dans l'arrière-salle de son tripot, les gens, notoirement et constamment,
s'arrachent les cheveux en entendant parler de BELKNAP et PENDLETON ,
et en constatant les progrès et la prospérité de
notre nation, il n'est pas impossible qu'ils aient le projet infâme
d'attaquer les célébrations du centenaire avec des téléphones.
Cependant, il y a une consolation. Si l'ouverture de Wagner est écrite
dans le style caractéristique de l'auteur, aucun téléphone
fabriqué avec des matériaux plus fragiles que des plaques
d'acier de seize pouces ne pourra la retransmettre correctement. Avec
le premier grand fracas des cuivres et grosses caisses de de WAGNER retentissent,
tous les téléphones voleront en éclats et un silence
épouvantable s'installera sur le pays, sauf à une distance
disons de cinquante miles du centre de la perturbation musicale.
Dans "Les annales télégraphiques" de
1876 on pouvait lire :
Le Télégraphe parlant (Téléphone).
On fait certain bruit depuis quelques jours autour d'une « véritable
merveille télégraphique », pour employer l'expression
dont on s'est servi. On viendrait de découvrir tout dernièrement
le moyen de transmettre la parole à des distances quelconques.
Il suffirait de parler à portée du télégraphe
pour se faire entendre d'un bout à l'autre de l'Europe. On chanterait
à New-York et l'on entendrait à Londres. Le morceau de musique
joué à Paris serait entendu à Vienne, et réciproquement.
On pourrait, avec un fil télégraphique, faire assister toute
la province à l'audition d'un opéra nouveau, de la vraie
musique de chambre, cette fois ! Rien n'empêcherait de louer son
fil télégraphique et d'entendre à domicile le meilleur
orchestre du monde. J'en passe ... - L'avenir nous réserve très
vraisemblablement de pareilles surprises ; mais n'allons pas si vite.
La nouvelle est vraie en príncipe : on peut transmettre des sons
par un fil électrique ; on peut même reproduire, tant bien
que mal, à distance, une mélodie, c'est exact; ce qui ne
l'est plus, c'est que nous ne sachions cela que d'hier; la nouvelle est
vieille, et il n'est pas inutile de rétablir les faits sous leur
véritable jour. Nous écrivions en 1863 : « Bientôt
on parlera sans doute à distance; le télégraphe Caselli
transmet au loin le dessin qu'il vous plaît de lui confier, le plan,
le paysage, etc., il dessine, il peint même. La parole se transmettra
comme la pensée, comme l'écriture. Ce résultat n'est
pas encore obtenu dans toute sa généralité; mais
les premiers essais tentés dans cette voie sont assez concluants
pour qu'il soit permis d'espérer leur réalisation prochaine.
C'est à M. Reuss, professeur de physique à
Friedrischsdorf, qu'est due l'expérience très intéressante
que nous allons faire connaître. « Un public nombreux était
réuni dans le grand amphithéâtre de physique de l'Association
de Francfort. Cent mètres au delà, M. Reuss avait établi
son appareil dans une salle bien close. A un moment donné, il recommanda
le silence aux auditeurs du grand amphithéâtre ; tout à
coup une voix descendit comme du plafond ; puis un chant se fit entendre
pendant plusieurs minutes . D'où venait la voix ? On eût
dit le chant à la fois triste et mystérieux de sylphes,
de gnomes voltigeant dans l'air. L'effet était saisissant. «
M. Reuss avait prié une artiste de Francfort de chanter derrière
son appareil placé à 100 mètres de l'amphithéâtre.
Les sons avait été transmis par un fil télégraphique
jusque dans la salle... >>> Dès cette époque, comme
on le voit, on pouvait transmettre les sons par le télégraphe.
L'appareil dont il a été question ces jours-ci a été
expérimenté en Amérique par les professeurs Thomson
et Watson. C'est le télégraphe électrique de M. le
professeur Reuss. Il a reproduit le son à distance en Amé-
rique comme à Francfort ; c'est tout naturel. Le secret du télégraphe
parlant est bien facile à faire con- naître. L'appareil transmetteur
consiste en une grande boîte carrée en bois, fermée
sur sa face supérieure par une mince membrane. C'est un tambour
carré. Un gros porte-voix est fixé sur une des faces latérales.
On parle devant son embouchure; le son, renforcé par la caisse
sonore, entre à l'intérieur et fait vibrer la membrane .
C'est le mouvement vibratoire de la membrane qui devient le point de départ
de la transmission . A cheval sur cette membrane est disposée une
mince lame de platine qui oscille avec elle ; à chaque oscillation,
la lame vient butter sur une autre lame métallique en relation
avec un fil électrique ; à chaque contact des deux lames,
un courant électrique passe dans le fil. Les vibrations de la membrane
engendrent les vibrations similaires de la lame, et celles-ci produisent
une succession de courants électriques dans le fil télégraphique.
Voilà pour la station de départ. Voyons l'arrivée.
A l'arrivée, on remarque une espèce de boîte à
violon au- dessus de laquelle, en guise de cordes, est installée
une tringle en fer, ou plutôt une aiguille à tricoter de
30 centimètres de longueur environ. Autour de l'aiguille on a enroulé
des spires de fil de cuivre isolées les unes des autres par un
tissu de soie. C'est tout. Le fil télégraphique du départ
aboutit à la spire qui entoure l'aiguille de fer. Les courants
électriques lancés dans le fil par l'appareil transmetteur
arrivent dans la spire et réagissent sur l'aiguille. Celle-ci se
met à vibrer à son tour comme une corde de violon; les vibrations
de la membrane de l'appareil transmetteur retentissent ainsi sur l'aiguille
du récepteur. La membrane recueille le son, l'aiguille le reproduit.
M. Reuss n'a fait ici que tirer un ingénieux parti d'une observation
recueillie autrefois par Page et Henry : ces deux physiciens remarquèrent
que lorsqu'on soumet une baguette de fer doux à une série
rapide d'aimantations et de désaiman- tations, la baguette entre
en vibration et rend un son. Le passage du courant électrique dans
la spire a pour effet d'aimanter l'aiguille en fer doux qui perd instantanément
son aimantation quand le courant est interrompu. Ces aimantations et désaimantations
successives engendrent le son, qui est renforcé par la boîte
résonnante . Et c'est ainsi qu'un son peut courir à travers
l'espace sur un fil télégraphique. Il est remarquable que,
dans cette expérience, les vibrations de la baguette soient précisément
synchrones des vibrations de la membrane, et, par suite, reproduisent
exactement celles de l'instrument que l'on fait jouer devant le porte-voix.
La hauteur de son et l'intervalle des notes sont parfaitement conservés,
ces deux éléments qui constituent la caractéristique
de la mélodie. Jusqu'ici, et malgré les perfectionnements
apportés depuîs 1863, le téléphone est resté
sans application. Comme moyen télégraphique, l'appareil
est moins rapide que le télégraphe ordinaire. Le son produit
est métallique, un peu nasillard, et assurément la voix
la moins harmonieuse n'a aucun intérêt à se faire
reproduire à distance par cet appareil ; toutefois , en se servant
de plusieurs aiguilles bavardes au lieu d'une, en étudiant mieux
la caisse résonnante, en transmettant les vibrations à des
corps sonores d'un timbre plus agréable, nous ne doutons pas que
l'on ne parvienne à une solution complète. Ainsi, M. Frédéric
Katsner est parvenu à construire un orgue à flammes dans
lequel les vibrations de la flamme dans des tubes donnent des sons harmonieux
; peut- être la vibration électrique communiquée à
ces flammes chantantes fourniraient-elle des sons d'un timbre agréable.
On ne saurait, en tout cas, trop attirer l'attention des physiciens sur
le télégraphe parlant; il peut devenir, entre leurs mains,
un appareil télégraphique susceptible d'application, et
assurément l'un des instruments les plus curieux qu'ait vus naître
notre époque si riche en découvertes de toute nature.
DE PARVILLE, D
En 1947, STC, une compagnie de téléphones
allemande, effectue des essais avec le téléphone mis au
point par Philipp Reis et se rend compte que l'appareil transmettait bien
la parole, bien que le son fût faible.
STC est alors liée à AT&T, la société
créée par Bell. L'affaire est étouffée car
elle aurait porté préjudice à l'entreprise si on
avait pu penser que Bell n'était pas le vrai inventeur du téléphone.
Document : le
livre biographie de Philipp Reis
|