|
CANADA, AMÉRIQUE
DU NORD
Les réseaux de communication avant le téléphone
Quelle est la nature des communications urbaines avant
la fin des années 1870 ?
Les services postaux et les services de messagerie.
Dentrée de jeu, cest dans un contexte colonial quil
faut situer le développement des premiers réseaux postaux.
Structuré dans un premier temps par les dirigeants du régime
français, le système postal couvre, sous le régime
britannique, une bonne partie du territoire du Bas-Canada.
Dès la fin du XVIIIe siècle, il relie déjà
les villes principales (Montréal, Québec, Trois-Rivières).
Les échanges entre ces villes et la métropole anglaise sont
prédominants ; ce qui explique la mise en place dun réseau
postal relativement efficace entre Montréal et Londres. De plus,
à la même époque, on instaure un service mensuel de
distribution entre Montréal et New York. En fait, cette dernière
ville constitue le cur de tout le réseau du continent nord-américain.
En étant directement connecté à celui de New York,
le service montréalais de distribution du courrier se trouve donc
incorporé dans un ensemble territorial étendu. Dailleurs,
au début du XXe siècle, cette convergence du réseau
postal canadien vers Montréal fait la fierté des gens daffaires.
Selon eux, limportance et le développement dune grande
ville peuvent se mesurer au nombre des affaires taitées par la
poste : « Or Montréal sur ce point est la ville qui fait
le plus daffaires par la poste. »
Lhistoire du service postal est liée de près
à celle des réseaux de transport et, par extension, à
la croissance des responsabilités étatiques.
Au XIXe siècle, lÉtat est devenu un élément
indispensable dans la transmission des informations et dans la mobilité
des personnes. Ses interventions dans le domaine des communications et
des transports obéissent néanmoins à des règles
particulières qui correspondent à certains principes mis
de lavant par le libéralisme économique, notamment
le principe de la libre concurrence et celui du respect des initiatives
individuelles. Cest pourquoi on retrouve, concurremment au réseau
public, des réseaux privés de transmission des messages.
Ainsi, au fur et à mesure que les instances fédérale
et provinciale obtiennent de nouveaux pouvoirs, leur capacité dintervention
saccroît-elle. Il en va de même pour leurs obligations
relatives aux services publics qui se posent en termes de qualité
et daccessibilité. En outre, le modèle du libéralisme
économique prédominant incite le secteur privé à
construire et à exploiter, en marge des instances publiques, des
réseaux de transport et de communication.
Les améliorations notables dans les transports apparaissent surtout
après les années 1850.
On crée alors des lignes de chemin de fer qui traversent le pays
et le continent. Ainsi, le réseau ferroviaire résout-il
en partie les difficultés de distribution des envois postaux. Bien
que plusieurs routes et lignes maritimes et ferroviaires convergent vers
Montréal, le service postal demeure irrégulier et, par conséquent,
peu fiable. Les longs délais dans la livraison du courrier constituent
le principal problème de ce service.
Le caractère incohérent du service postal apparaît
aussi dans les communications locales.
Avant les années 1870, les possibilités de communications
interpersonnelles, hormis les contacts face à face, sont très
limitées sur le territoire montréalais. Le premier bureau
de poste est ouvert en 1840 dans le quartier des affaires. En 1860, le
gouvernement canadien complète le réseau postal en installant
des boîtes aux lettres dans les rues5. Quoiquil introduise
une nouvelle forme déchange, le courrier postal local nacquiert
pas le statut doutil de communication de masse. Il demeure un service
peu utilisé par la population. Ses principaux clients proviennent
du milieu des affaires qui y ont recours pour compléter leurs transactions
courantes : envoi de bordereaux de commande, de factures, correspondance
daffaires générale, etc. La distribution de journaux
et de circulaires constitue aussi un usage qui accapare une bonne partie
du réseau postal.
Les principales qualités dun service de courrier postal recherchées
par les gens daffaires sont la promptitude et la fiabilité.
La possibilité de joindre un grand nombre de personnes dans une
zone très étendue représente également un
atout incontestable : chaque adresse bénéficie de la livraison
du courrier. Par contre, selon certains témoignages, le système
postal local ne remplit manifestement pas les conditions defficacité
et de rapidité. Cette incapacité est encore plus apparente
dans les années 1920 alors que le nombre de lettres et de colis
expédiés quotidiennement à Montréal se situe
dans les centaines de milliers. Les béances provenant du milieu
des affaires persistent : on réclame, entre autres, la «
construction dédifices postaux à proximité
des gares pour permettre un service plus adéquat et rapide».
Il demeure difficile dévaluer la qualité et lefficacité
du service postal avant 1900. Mais les quelques plaintes formulées
par certains groupes, notamment celles provenant des membres de la Chambre
de commerce, précisent le nombre insuffisant de boîtes aux
lettres, « du moins dans certains quartiers de la ville».
Pour répondre aux besoins croissants, on inaugure en 1876 un nouvel
hôtel des postes à langle des rues Saint-François-Xavier
et Saint-Jacques, en plein cur du quartier des affaires. Après
1900, on améliore nettement la desserte du service. On ajoute au
bureau central des succursales et des comptoirs postaux. En 1900, on compte
20 bureaux de poste de quartier. En 1914, 9 succursales et 80 comptoirs
postaux desservent le territoire de lagglomération montréalaise.
Le nombre de boîtes aux lettres fait aussi lobjet dune
hausse importante durant cette période : de 1900 à 1914,
il passe de 180 à 568. Quant aux tarifs exigés, laccroissement
du service permet de les diminuer considérablement.
Les améliorations continuelles de ce service public réduisent,
sans doute, les principales insatisfactions du milieu des affaires. Pourtant,
un service privé parallèle est mis en place et offre à
lensemble de la communauté la possibilité déchanger
sa correspondance sans devoir subir la lourdeur du service postal central.
Des propriétaires de chevaux et de diligences mettent ainsi sur
pied un service de courrier privé. Cette pratique, que les autorités
publiques tentent dendiguer avec peu de succès, sétait
dabord développée à Londres. Vu la popularité
de lexpérience londonienne, le service privé de messagerie
se propage rapidement dans la plupart des grandes villes nord-américaines.
Pour obtenir une livraison plus rapide, les citadins nhésitent
pas à recourir au service offert par les compagnies de messageries
(express service).
À Montréal, au début du XXe siècle, ce service
est offert depuis plusieurs décennies et constitue alors un véritable
système commercial : lindustrie des messageries. Les principales
compagnies qui offrent un tel service disposent dun grand nombre
de véhicules et de chevaux. Plusieurs centaines de charretiers
recueillent sur une base quotidienne les lettres et les colis chez autant
de distributeurs situés en de nombreux points dans la ville. Dans
les gares ferroviaires, ces compagnies comptent des centaines demployés
chargés du tri, de la distribution et de lexpédition
du courrier. Le service fourni par ces « commissaires particuliers
» semble correspondre davantage aux attentes de la clientèle
daffaires montréalaise.
Dans la ville, le travail de messager occupe des centaines de jeunes gens.
Même après lintroduction du télégraphe
et du téléphone, la tâche de messager conservera son
importance et son attrait. Ces messagers au service des entreprises de
courrier encombrent les rues de la ville. Leur affluence dans les artères
principales risquerait même, aux yeux de certains, de congestionner
le centre des affaires. À lère des gratte-ciel, leur
présence pourrait aller jusquà paralyser complètement
la circulation à lintérieur des bâtiments «
centralisateurs ». Cest du moins lun des arguments avancés
par les promoteurs du téléphone au début du XXe siècle.
La livraison des messages par les courriers privés rendrait les
grands bâtiments non viables sur le plan économique : la
superficie de plancher réservée à leurs déplacements
serait disproportionnée par rapport aux besoins spatiaux des autres
activités. Solution à ces problèmes, le service de
téléphone aurait même conduit à la construction
des gratte-ciel jamais vérifiée empiriquement, cette
hypothèse est cependant utilisée de manière récurrente
pour justifier les avantages du téléphone.
En fait, on constate que léchange du courrier saccroît
au fil des ans et cela malgré lintroduction de nouveaux outils
de communication qui pourraient le rendre inutile. Ainsi est-on confronté
à une situation de multiplication des moyens de communication et
de transport. Complémentaires, ces divers réseaux de distribution
de linformation participent tous du même mouvement général
: lintensification, dune part, de la mobilité et des
échanges dans la ville et, dautre part, des contacts sociaux
qui résultent de ces mouvements circulatoires.
Le réseau télégraphique
Par rapport au service postal, le réseau télégraphique
accélère nettement les échanges.
Dans la situation où les deux interlocuteurs possèdent un
appareil, le délai démission est presque aboli. Toutefois,
et cest un cas fréquent, lorsquun seul des interlocuteurs
dispose dun poste émetteur, la transmission des messages
exige toujours la présence dun messager, porteur de télégramme.
La séparation entre le transport et la communication nest
pas entière et le messager demeure indispensable. De plus, à
linstar du réseau postal, le télégraphe est
dabord conçu en fonction des besoins marchands et pour faciliter
le contrôle de lÉtat. La finalité première
de ce service nest donc pas daméliorer les communications
interpersonnelles.
Dès son origine, le service télégraphique fait lobjet
dun intérêt soutenu des milieux financiers montréalais.
Lapanage de cette technologie par ce groupe dacteurs sexplique
avant tout par sa nature commerciale. Par conséquent, le principe
qui préside à linstallation des équipements
télégraphiques se définit en termes économiques.
Montréal doit être en bonne position par rapport aux grandes
capitales financières. Il faut le connecter notamment à
Londres et à New York qui sont, dans la seconde moitié du
XIXe siècle, les principaux centres dattraction pour le trafic
télégraphique. Les financiers montréalais sont ainsi
mis en contact avec ces marchés et peuvent rapidement prendre connaissance
des transactions commerciales.
À partir du moment où les communications télégraphiques
sont possibles sur de grandes distances, on propose détendre
le réseau à léchelle continentale. À
cet égard, dans les années 1840, les membres du conseil
du Board of Trade examinent la possibilité détablir
une liaison télégraphique raccordant Montréal à
Québec, Toronto et New York. Ce projet collectif vise à
renforcer la position de Montréal au sein de léconomie
canadienne et nord-américaine. Dans un premier temps, le réseau
télégraphique est pris en main par des gens daffaires
montréalais. Mais certains investisseurs et gestionnaires reliés
à lindustrie télégraphique montréalaise
viennent aussi dailleurs. Cest le cas notamment du premier
directeur de la compagnie Montreal Telegraph invité par les membres
du Board of Trade : Orrin S. Wood. Celui-ci est un beau-frère dEzra
Cornell, homme daffaires très actif aux États-Unis
dans le secteur des communications télégraphiques. Wood
vient à Montréal en 1847 pour diriger la construction du
premier réseau et assumer ladministration de Montreal Telegraph.
Les autres acteurs locaux qui prennent part à ce projet sont les
initiateurs des réseaux de transport ferroviaire et maritime, notamment
James Dakers, H. P. Dwight et Hugh Allan. On le voit bien, la propension
à investir dans les communications et les transports relève
de la volonté dun groupe restreint dacteurs économiques
de maîtriser les marchés montréalais et canadiens.
Mis en place pour relier les grandes villes, le réseau télégraphique
qui dessert Montréal entretient très tôt des rapports
institutionnels et économiques avec celui du nord-est des États-Unis.
En 1847, un premier câble télégraphique, qui raccorde
Montréal et Québec, est installé par Montreal Telegraph.
Dans les années 1840 et 1850, dautres compagnies sont formées
et offrent des liens télégraphiques vers le sud des États-Unis,
Toronto et lest du Québec. De courte durée, leurs
activités commerciales sont reprises par Montreal Telegraph. Tant
et si bien que la compagnie, qui exploite plusieurs lignes dans les années
1850, est parvenue à construire un système à léchelle
canadienne.
En plus dêtre connectées au réseau télégraphique
étatsunien, les villes canadiennes sont graduellement reliées
aux métropoles européennes. Un câble sous-marin, installé
en 1866, permet dentretenir des contacts rapides avec les grandes
villes britanniques. Les instigateurs de la consolidation du réseau
télégraphique recherchent en priorité un moyen de
communication comportant une dimension stratégique, soit la surveillance
des événements qui se déroulent sur les territoires
britanniques. Cette détermination se reflète dans la structuration
même du réseau.
Les autres grands utilisateurs du télégraphe électrique
sont les journaux et les entreprises ferroviaires. Une étude de
géographie historique a démontré que les dépêches
viennent surtout de Londres, qui assume la direction de la colonie, et
de Liverpool : deux villes britanniques dont la classe politique et la
classe daffaires sont directement concernées par lutilisation
dun instrument de contrôle fiable.
Quelques années plus tard, le service télégraphique
devient également utile à la circulation de linformation
à lintérieur de la ville. Parallèlement aux
échanges commerciaux et journalistiques interurbains, des pratiques
de communications locales sont introduites de manière graduelle.
Le télégraphe dalarme municipal
Ladoption du réseau téléphonique sinscrit
dans un cadre urbanistique marqué par la présence de divers
instruments de communication. Certains recourent à lélectricité,
dautres exigent des déplacements physiques. Quoique innovateur,
dans un premier temps, le téléphone est considéré
comme le prolongement dun service existant : le service télégraphique
qui remplit, à lintérieur de lespace urbain,
de nombreuses fonctions.
Sa première fonction vise à combler des besoins de plus
en plus pressants de sûreté publique. Avec limplantation
des réseaux de communication urbaine, les services de sûreté
publique sont en mesure de faire appel à de nouveaux outils de
contrôle dès la seconde moitié du XIXe siècle.
À linstar des grandes villes nord-américaines, les
autorités montréalaises adoptent le service télégraphique
pour permettre aux citadins dalerter rapidement les postes de pompiers.
Suivant lexemple des villes comme Boston, New York, Philadelphie,
Saint-Louis et Baltimore, qui sont équipées dun tel
système, la Ville de Montréal fait appel à des spécialistes
étatsuniens. Elle confie ainsi la conception de son système
télégraphique dalarme (Montreal fire alarm telegraph)
à la firme J. F. Kennard & Co. de Boston. Inauguré en
1863, ce service permet dutiliser des postes-avertisseurs (fire
call boxes) connectés aux casernes de pompiers.
Au fil des ans, les nombreux appareils automatiques servant à envoyer
des signaux dalarme sont installés dans les lieux publics
et privés : sur les trottoirs, dans les gares, les hôpitaux,
les manufactures, etc. Leur nombre est particulièrement élevé
dans le centre des affaires et près des districts manufacturiers,
là où le risque des conflagrations est plus grand. De manière
générale, ces systèmes permettent un meilleur accès
à différents services de sûreté publique qui
deviennent ainsi indispensables.
Quelques années plus tard, on relie également le service
de police au réseau télégraphique municipal. Par
contre, compte tenu de la nature différente du service de police
complexité de linformation échangée
et plus grande mobilité des agents , ladoption du système
télégraphique y est plus lente. De ce point de vue, lintroduction
du téléphone répond à limpératif
de la communication bidirectionnelle. De fait, la combinaison des technologies
télégraphique et téléphonique, qui permettent
démettre rapidement des signaux tout en offrant un échange
dinformations détaillées, est plus adaptée
aux exigences du service de police.
Ce nouveau réseau de communication interne nest pas sans
conséquences pour ladministration municipale. En assurant
avec une attention accrue la protection de ses citoyens, elle se trouve
investie de nouvelles fonctions sociales. Dès lors, elle doit revoir
ses pratiques de fourniture des services urbains. Le système technique
nest donc pas isolé du contexte sociopolitique de sa mise
en uvre : en matière de lutte contre les incendies et la
criminalité, il entraîne aussi des effets sur la configuration
des composantes administratives municipales.
Dans ce contexte dévolution des communications intra-urbaines,
des entreprises privées considèrent en élargir loffre
et lusage afin den faire, à terme, les supports dune
nouvelle gamme de services. Cest le cas notamment du service dappel
télégraphique.
Le service d'appel télégraphique
Le service dappel télégraphique est, sous certains
aspects, analogue au téléphone.
Il est assumé à Montréal par lentreprise Canadian
District Telegraph, mise sur pied dans les années 1870. Inauguré
la première fois à New York en 1872, ce service répond
à une demande urbaine précise : obtenir les services de
messagers. À linstar du téléphone, il nécessite
chez labonné, comme seule installation, un appareil muni
dune manivelle (un poste dappel) relié par un câble
au central télégraphique. À Montréal, les
principaux bureaux de la compagnie sont situés au cur du
centre des affaires, mais le service dappel est également
offert dans les quartiers périphériques (ouest, est et uptown)
où lon retrouve des comptoirs ouverts jour et nuit.
Après avoir fixé la manivelle vis-à-vis du nom du
service demandé, labonné appuie sur un bouton qui
transmet un signal au central avec lequel sa demeure est connectée.
Le central télégraphique transmet ensuite la commande. Outre
la pratique courante de faire venir un messager, la réservation
de voitures taxis ou encore le recours au service de police ou à
la brigade dincendie sont des usages très appréciés
par les abonnés. Chaque abonné étant relié
au réseau municipal dalarme par le biais dun central,
on peut définir ce réseau intra-urbain de communication
comme un service auxiliaire au système dalarme municipal.
La rapidité avec laquelle le service permet détablir
une communication bidirectionnelle constitue un net avantage par rapport
aux messagers traditionnels. De plus, certains commerçants et professionnels,
notamment des médecins, sont directement reliés au réseau.
Lorsque les clients leur transmettent un signal, un messager de la compagnie
de télégraphe effectue la liaison. On le voit, ce service
nest pas tout à fait aussi rapide que le sera plus tard le
téléphone. Lintroduction de ce dernier à la
fin des années 1870 va dailleurs concurrencer, voire supplanter,
le réseau dappel télégraphique.
Malgré son caractère quelque peu incommode, ce système
fait lobjet, selon toute vraisemblance, dune certaine popularité
dans les grandes villes nord-américaines. À Montréal,
plusieurs centaines de maisons et places daffaires ainsi que la
plupart des bâtiments publics et des églises sont reliés
au réseau local. En outre, les individus ont la possibilité
dutiliser le service à partir des nombreux postes publics
installés dans la ville.
Lentreprise Canadian District Telegraph propose aussi à ses
abonnés un service de messagerie similaire à celui offert
par les bureaux de poste : envoi de lettres, de colis ou de télégrammes.
Dautres tâches peuvent également être effectuées
par les messagers à pied : accompagnement, achats, courses, surveillance
des chevaux, etc. Autrement dit, les messagers sont mandataires de fonctions
qui débordent souvent celles prescrites par leur employeur.
De toutes les technologies de communication à distance, celle du
service dappel télégraphique demeure la plus comparable
au téléphone. Dailleurs, à Montréal,
cest la compagnie Canadian District Telegraph qui exploite le premier
réseau téléphonique installé en 1879. Ses
dirigeants prennent alors linitiative doffrir le nouveau service
aux abonnés déjà munis dun poste dappel
pour lutilisation du télégraphe.
Le marché du téléphone se structure
peu à peu autour des services offerts par le réseau télégraphique.
À cet égard, le service de messagerie demeure populaire
auprès des citadins qui nont pas directement accès
au téléphone. Par exemple, en 1880, pour un tarif comparable
à ce quil en coûte pour expédier un télégramme
(entre 10 ? et 25 ? selon la distance de la course), la Compagnie de Téléphone
Bell met à la disposition des habitants des quartiers centraux
montréalais un service de messagerie. La tarification est basée
sur trois éléments : la distance parcourue, le temps employé
et la possibilité de réexpédier immédiatement
un message. Les clients peuvent aussi retenir le service dun messager
pour plusieurs heures.
En tant que moyen de communication intra-urbaine, la technologie du télégraphe
est demeurée transitoire. Le passage dune technologie à
une autre ne se fait pas soudainement. Bien quil soit un moyen rapide
de transmission des messages sur des longues distances, le service télégraphique
reste une technologie spécialisée et, somme toute, peu répandue
dans la société. Par exemple, des restrictions limitent
sa diffusion à des fins de communication interpersonnelle : dans
le cas du télégraphe électrique utilisant le morse,
des connaissances techniques sont indispensables, dont la maîtrise
de ce code.
Aussi, le télégraphe ne rejoint-il pas, sinon très
peu, lunivers de la vie privée. De plus, compte tenu du nombre
dactions comprises dans le processus dappel télégraphique,
les délais de transmission demeurent importants. Dans certains
cas, un messager à pied est plus rapide quun télégramme.
Les actions multiples rattachées à lenvoi, au décodage,
à la réception et parfois à la livraison des messages
exigent des infrastructures complexes et des coûts dexploitation
relativement élevés.
Par contre, dans dautres cas, les avantages sont évidents.
Par exemple, le caractère confidentiel des messages est mieux protégé
car seuls quelques individus ont les connaissances pour les décoder.
La présence dinformations écrites représente
aussi un élément apprécié par les principaux
usagers du réseau télégraphique.
Les Montréalais ont accès à un service de communication
à distance dont les usages demeurent spécifiques, voire
exclusifs. Le télégraphe dalarme constitue tout de
même un service public apprécié. Indirectement, les
citadins bénéficient aussi de lemploi du télégraphe
par les agences de presse. En effet, les dépêches expédiées
promptement alimentent, sur des bases quotidienne et hebdomadaire, les
journaux qui sont alors les principaux moyens de communication de masse.
Malgré leur diffusion restreinte à lintérieur
de quelques groupes socio-économiques (les financiers, les dirigeants
politiques, ladministration municipale, les agences de presse, etc.),
les premiers outils de communication à distance constituent une
source dinformation sur un certain nombre déléments
déterminants dans le développement ultérieur du réseau
téléphonique. Lintroduction de ces outils modifie
le climat et la vision de lordre public. Progressivement investies
de tâches administratives, les autorités locales élargissent
leurs fonctions, notamment dans le domaine de la sûreté publique.
Derrière ce mouvement se profile un intérêt clair
pour projeter limage dun corps municipal en voie de modernisation
et soucieux de la sûreté de la population. Lidée
dattirer et de protéger les investissements est aussi sous-jacente
au rôle accru que joue lappareil administratif municipal dans
la gestion des services urbains.
Cest dans un contexte de métropolisation
quil faut tenter de comprendre la portée aménagiste
des réseaux techniques urbains, dont celui du téléphone.
Les promoteurs privés et publics cherchent alors à mettre
en place un aménagement apte à répondre aux nouvelles
exigences de la production et de la consommation de masse. On prend aussi
en compte la mobilité accrue des personnes et la diversification
des goûts en termes de milieux de vie. Il sagit en fait dune
importante phase de modernisation à lintérieur de
laquelle priment de manière successive les impératifs suivants
: dabord, la salubrité publique entre les années 1850
et les années 1900, quoique les exigences de la salubrité
demeurent encore dactualité pendant plusieurs années
; ensuite, lembellissement urbain qui est particulièrement
populaire au tournant du XXe siècle, et ce, jusquà
la veille de la Première Guerre mondiale ; enfin, lefficacité
économique qui vient remplacer les préoccupations esthétiques.
Associées à lidée de métropole,
les images de la ville contribuent à encourager les demandes pour
des instruments de communication à distance qui, dans certains
cas, vont au-delà de la simple utilité. Par contre, en dépit
des préférences manifestes pour des réseaux rapides
et efficaces de communication, il apparaît que la pertinence du
téléphone pour répondre aux besoins de communication
de lagglomération montréalaise soit indéterminée.
Lattitude des planificateurs publics à lendroit du
service demeure difficile à cerner, dautant plus, comme on
le verra, quils disposent de peu de moyens concrets pour diriger
les activités des opérateurs privés. Cela vient de
ce quils narrivent pas à maîtriser les capacités
structurantes des réseaux techniques urbains. Les formes nouvelles
de la ville réticulée échappent en grande partie
aux acteurs publics concernés par laménagement urbain.
sommaire
L'histoire du téléphone débute
lété 1869, ou le révérend Thomas
Henderson, de Paris, en Ontario. encouragea Alexander Melville
Bell, à émigrer au Canada. Melville Bell est
le père d'Alexander Graham Bell l'inventeur du téléphone.
Melvile Bell père, Alexander Graham
Bell fils et Brantford la maison familliale
Alexander Melville Bell, né le 1er mars 1819 à Édimbourg
et mort le 7 août 1905 à Washington, D.C. est un universitaire
et chercheur dans le domaine de la phonétique acoustique. De nationalité
britannique expatrié aux États-Unis, il est l'auteur de
nombreux ouvrages sur l'orthoépie et l'élocution. Il est
l'inventeur du livre Visible Speech, une méthode
créée afin d'enseigner la parole aux sourds.
La famille Bell sétablit donc au
Canada en 1870, 94 Tutela Heights Road, Brantford Ontario C'est
ici, en juillet 1874, dans la maison de ses parents, qu'Alexander Graham
Bell conçut l'idée du téléphone,
Agraham.Bell, le fils s'établit aux États-Unis
dAmérique un an plus tard, ou il fonde en 1872
une école pour les malentendants et débute ses travaux qui
aboutiront au téléphone comme on peut le lire dans la page
Bell
rappel :
Aux USA, le Premier juillet 1875,
les essais de téléphone reprennent avec de nouveaux appareils,
le transmetteur équipé d'une menbrane plus épaisse
et d'une armature plus légère, est installé au premier
étage et est relié au recepteur(gallow) posé au rez
de chaussé.
Bell parle et chante au plus prêt de la membrane du transmetteur,
lorsqu'il fut interrompu par Watson tout exité "Monsieur
je vous ai entendu, faiblement, mais je vous ai entendu" et Watson
de répéter les mots qu'il a distingués.
Les deux hommes intervertissent les rôles , Bell colle son oreille
au récépteur, mais les résultats sont décevants,
Bell ne parvient pas à comprendre les mots prononcés par
Watson.
Puis Bell poursuivit ses travaux à Brantford Canada en septembre
1875 .
À la suggestion du médecin de ses parents, il plaça
un mince disque de fer sur la membrane de parchemin et constata que le
son était devenu plus audible.
De retour à Boston plus tard ce mois-là, il commença
à préparer le mémoire descriptif de son invention
tandis que Watson perfectionnait lappareil. Bell avait déjà
vendu les droits pour les États-Unis à Hubbard et les
deux hommes souhaitaient ardemment vendre les droits pour létranger.
Étant donné que lobtention dun brevet en Grande-Bretagne
était essentielle et que ce brevet ne pouvait leur être accordé
si une autre demande était en instance dacceptation aux États-Unis,
ils attendirent pour faire breveter leur invention aux États-Unis.
Au début doctobre 1875 , Bell retourna à Brantford
dans lintention doffrir les droits à sir Hugh Allan
, puissant financier et président de la Compagnie du télégraphe
de Montréal.
Mais le voisin de ses parents et propriétaire du Globe de Toronto,
George Brown ministre des États du Canada, à
qui il avait demandé de le recommander à Allan, lui offrit
dacheter lui-même les droits. Il promit également de
déposer la demande de brevet en Grande-Bretagne pendant son voyage
à Londres, en février.
Bell remit à Brown le mémoire descriptif de son invention
à New York.
Brown et un associé sassurèrent quil ny
avait pas contrefaçon et déposèrent la demande de
Bell.
Brown, cependant, ne comprenait pas toute la portée des travaux
de Bell et semblait douter du caractère pratique de linvention.
Sans lavertir, il décida « de ne pas donner suite à
laffaire ».
Le 29 décembre 1875 Bell apprenant que Mr Brown n'est pas
encore parti, lui fit une seconde visite à Toronto et lui remit
les dessins de son appareil, avec un mémoire à
l'appui de sa demande de brevet.
Peu après Noël, les deux hommes conclurent une entente
à Toronto et, le 25 janvier 1876, soit la veille
du départ, Brown, rencontre Bell et Hubbard à New
York pour une dernière mise au point embarque pour l'Europe le
lendemain.
Arrivé à Londres Mr Brown, soumet à des électriciens
le mémoire et les dessins de Bell, mais ces savants ne trouvèrent
pas que l'invention fût sérieuse, de sorte que M Brown hésitait
à faire la demande du brevet.
Bell écrivait lettres sur lettres à son compatriote, pour
le presser d'exécuter sa promesse. Survint un évenement
tragique, Bell reçut une dépêche télégraphique,
lui annonçant que le ministre du Canada M Brown, avait été
assassiné dans une rue de Londres.
Il est pourtant évident qu'en 19 jours Brown n'a pas pu faire la
traversée de l'atlantique et de se rendre à Londres et de
contacter un expert conformément à la loi anglaise sur les
brevets.
A cette nouvelle, M. Grabam Bell, renonçant à prendre
pour le moment son brevet en Europe, s'occupa de le prendre, sans autre
relard, en Amérique.
....
Le 7 mars 1876 , Bell devint titulaire
du brevet sur le téléphone aux USA.
sommaire
Entre temps Bell de retour à Brandford
au Canada passe l'été 1876 chez son père,
et imagine qu'il serait mieux de faire une communication un peu plus longue
que entre deux pièces, et comme réaliser soit même
une ligne pour une expérience serait trop couteuse, il en profite
pofite pour écrire à Toronto au directeur de Dominion
Telegraph Thomas Swinyard, pour louer penant une heure la
ligne télégraphique entre Brandford et Paris dans Ontario
sur sur des lignes télégraphiques de 8 km et 68 km de long.
La permission d'utiliser cette ligne télégraphique a été
accordée par Lewis B. McFarlane, un responsable télégraphique,
qui adoptera une activité téléphonique en 1879, il
deviendra président de la Compagnie de téléphone
Bell du Canada de 1915 à 1925.
Swinyard s'exclama " encore une tête brulée ",
et ajouta à l'intention du du directeur de bureau de Toronto Lewis
McFarlane : "à classer au paniers" . McFarlane finit
par convaicre Swinyard et apporta le concours de Dominion
Telegraph pour l'expérience.
Bell se servit donc dune ligne de la Compagnie de télégraphe,
quil brancha à la maison de son père avec du fil métallique
servant à consolider les tuyaux de poêle.
le 3 août 1876 , le premier appel
interurbain au monde, depuis le magasin général de Wallace
Ellis à Mount Pleasant jusquà Tutelo Heights, à
quatre milles de là. Trois autres essais sont faits de Brandford
et Mount Pleasant à 5 km, on récite des tirades, on
chante .... tout marche.
Premiers
modèles de fabirication Bell
Bell utilisait les fils télégraphiques
de la Dominion Telegraph
Company entre son bureau de Brantford et le bureau à
Paris.
Comme la puissance de la batterie disponible à Brantford était
trop faible pour les téléphones à membrane de
Bell, la Dominion Telegraph Company lui fourni l'énergie à
partir de Hamilton et de Toronto, en Ontario. Bell a branché
son téléphone émétteur à membrane
aux fils du bureau de Brantford, puis, le récepteur (sorte
de boîte en fer) au bureau de Paris.
Bell pouvait entendre les voix de Brantford grâce aux bobines
électromagnétiques à haute résistance
sur chaque extrémité de la ligne, les sons étaient
transmis et reçus si distinctement que Bell pouvait reconnaître
les voix des haut-parleurs.
Le maire et tout le village écoutent pendant une heure Macbeth,
puis l'heure de fin convenue arriva, et ils refusaient de quitter
le bureau, il fallu télégraphier à la Dominion
Telegraph Company pour demander une ralonge de temps sinon les fils
auraient été débranchés. |
 |
Le 10 août, il
parvint à relier Brantford et Paris, distants de huit milles
: les voix, la musique et les chansons venant de la maison des Bell parvinrent
jusquà la foule assemblée dans le magasin de chaussures
de Robert White. Grâce à cet essai qui, selon le Daily Expositor,
« ravit et informa lauditoire », Bell attira encore lattention
sur lui et eut droit à un article dans le Scientific American
de New York, qui parru en septembre
1876, et publié dasn le monde entier.
L'article consacré au téléphone de Bell,
explique comment construire un appareil, Voir
page 163
C'est avec ce premier modèle de téléphone
que Bell équipera les premiers "Abonnés".
sommaire
En 1877, les droits d'utilisation des brevets de
Bell au Canada appartenaient au père de l'inventeur Alexander Melville
Bell, et à Charles Williams fils, propriétaire de l'atelier
américain fabriqua les tout premiers téléphones Bell.
Dans la Presse :
Les premiers articles parus dans les journaux québécois
concernant le téléphone découvert datent de février
1877, dans les quotidiens La Minerve de Montréal et Le Journal
de Québec, ainsi que dans le biquotidien La Gazette
de Sorel et les bihebdomadaires Courrier de Saint-Hyacinthe
et Le Journal des Trois-Rivières.
Un premier article en anglais parut au plus tard en janvier 1877, dans
The Gazette de Montréal. Le premier périodique
québécois consacré à léducation,
le mensuel Journal de lInstruction publique, consacra également
un article à cette question dans son numéro de janvier 1877
une première au Québec, semble-t-il. Ces textes,
parfois presque identiques, décrivaient le téléphone
comme un télégraphe parlant.
Les historiens Christopher Armstrong et H. V. Nelles mentionnent que le
service téléphonique est expérimenté pour
la première fois à Montréal en 1877 auprès
dun groupe de religieux. Rassemblés dans le hall dun
séminaire, les participants ont écouté un concert
transmis depuis une salle de musique. Toujours selon ces historiens, les
premiers téléphones en service à Montréal
relient un séminaire du centre-ville au cimetière catholique
situé chemin de la Côte-des-Neiges. Le téléphone
permet sans doute de mieux coordonner les activités tenues dans
deux secteurs assez éloignés, le cimetière étant
localisé à lextérieur des limites de la ville
pour des raisons daménagement et dhygiène publique.
Il convient de noter que Bell était à Montréal vers
la fin juillet 1877. Cette visite passa presque inaperçue, ce qui
est assez curieux compte tenu de l'intérêt que portait un
certain public au téléphone. À bien y réfléchir,
ce n'est peut-être pas si curieux. En effet, Bell avait épousé
Mabel Gardiner Hubbard environ deux semaines avant leur visite à
Montréal. Le jeune couple était probablement en lune de
miel lorsqu'il est arrivé dans la métropole canadienne,
mais je m'égare.
La première démonstration de la téléphonie
sur le sol québécois eut lieu à Montréal un
peu avant la mi-août 1877, entre les bureaux du représentant
de Bell à Québec, la Compagnie télégraphique
de la ville et du district de Montréal, et une station du Département
du feu de la métropole canadienne. Un opérateur de cette
station lisait des extraits de journal. Les employés de la compagnie
télégraphique prétendaient comprendre tout ce qu'il
disait. La démonstration dura environ quinze minutes.

Dessin paru dans La Presse du 27 janvier 1912 qui illustre le
premier réseau de téléphone
Deux autres démonstrations de téléphonie
eurent lieu à Montréal en août 1877, dans les bureaux
de la Compagnie télégraphique de Montréal et dans
une chambre de l'hôtel Saint-Laurent Hall. Le père de Bell,
qui séjournait dans ce dernier établissement, a peut-être,
je dis bien peut-être, participé à ces démonstrations.
Officielemnt le 20 juin
1877 : Hugh Cossart Baker Jr. lance le premier service
téléphonique du Canada à Hamilton Ontario.
 |
Hugh Cossart Baker découvre l'invention d'Alexander
Graham Bell en 1877 à l'Exposition internationale de Philadelphie
Il et décide de tester ce nouvel outil de communication à
Hamilton, il. loue quatre téléphones Bell de
premier modèle , afin que ses amis, partenaires aux échecs,
puissent se contacter directement (autrement que par le télégraphe).
Melville Bell (le père d'Alexander) vint à Hamilton
et installa trois autres téléphones sur la ligne
de télégraphe privée de Baker, dans
les maisons de son ami C.D Cory, de la soeur de Cory et de J. R. Thompson.
Les monteurs de lignes télégraphiques tirent la ligne
unique de maison en maison à travers les toits, attachés
aux arbres et à quelques poteaux de télégraphe
bien situés |
Aux Usa le 9 juillet 1877 Bell,
Watson, Gardiner Hubbard et Thomas Sanders avaient
constitué à Boston une société fidiciaire
, la Bell Telephone Company. Hubbard
en devient l'administrateur
Le lendemain, Graham Bell concéda 75 % de ses droits canadiens
à son père et le reste 25 % à Charles Williams,
son fabricant déquipement.
En échange Williams s'engage à fournir 1000 téléphones
à Melville Bell.
Le surlendemain Graham.Bell épouse Mabel Hubbard.
Côté Canada, Alexander Melville Bell nomma son ami
Thomas Henderson agent de son fils en Ontario.
Puis en août 1877, tous deux accordèrent à un promoteur
de tramways de Hamilton, Hugh Cossart Baker fils, lautorisation
exclusive de louer des téléphones dans cette province.
Entretemps, Bell a pris un congé le 11 juillet
1877, pour épouser Mabel Hubbard, l'une de ses élèves
sourdes et fille de l'un de ses partenaires, Gardiner Greene Hubbard.
Le lendemain, Bell concéda 75 % de ses droits canadiens
à son père et le reste à Charles Williams
Jr. de Boston, Massachussetts, son fabricant déquipement.
en échange, ce dernier doit fournir 1 000 téléphones
sans frais. Toutefois, après cette transaction, deux enjeux importants
apparaissent. Dabord, la demande en téléphones aux
États-Unis, téléphones pour lesquels M. Williams
avait été payé, devient tellement grande que ce dernier
prend du retard dans les commandes placées par Melville Bell. Ensuite,
les frais de douanes canadiennes que doit débourser Melville Bell
pour chaque téléphone fabriqué aux États-Unis
sont élevés. De plus, les lois concernant les brevets obligent
les Canadiens à cesser limportation de téléphones
peu de temps après lémission du brevet en 1877.
Une ligne privée fut installée à
Ottawa, en Ontario, entre le bureau du Premier ministre et ministre des
Travaux publics, alors Alexander Mackenzie, et la Résidence du
Gouverneur général, alors comte de Dufferin, né Frederick
Hamilton-Temple-Blackwood. Cette ligne fut testée à la fin
août ou au début septembre 1877 par Mackenzie et son secrétaire,
William Buckingham.
Bell père et fils ne vendirent pas ces deux téléphones,
ils les louèrent pour environ 20 $ chacun par an.
Le 24 août
1877, le Bureau canadien des brevets octroie un
brevet d'invention pour le téléphone à Alexander
Graham Bell. Mais la législation canadienne stipule que les
objets protégés par un brevet doivent être fabriqués
au Canada après un an, ce qui aménera des soucis, nous
en reparlerons. Alexander Graham Bell obtint le brevet canadien n°
7789 .
Le téléphone fit lobjet dune première
démonstration publique au Canada le 29
août 1877 ; Baker avait organisé
lévénement.
Après plusieurs essais réussis, une démonstration
publique de l'installation a été organisée
pour le 30 août
1877.
Les quatre téléphones utilisés pour la manifestation
publique du 30 août étaient les deuxièmes téléphones
loués au Canada, au prix de 45 $ par an.
En septembre 1877, Robert Watson et un certain M. Badger participèrent
à la première conversation téléphonique
interurbaine sur le sol québécois. Le premier se trouvait
alors à Québec, et le second à Montréal.
Les fils de la Dominion Telegraph Company, une entreprise de Toronto,
en Ontario, utilisés pour cette expérience, atteignaient
peut-être 325 kilomètres (200 milles). On entendait distinctement
les voix des deux hommes.
Le premier contrat de location déquipement
téléphonique au Canada, signé le 18
octobre 1877 , portait sur une connexion entre le domicile
de Baker et ceux de deux de ses collègues.
A Ottawa, Baker installa une ligne entre le bureau du
premier ministre Alexander Mackenzie et Rideau Hall, pour relier
le bureau de la résidence du gouverneur général
et le marquis de Dufferin.
Baker à la tête d'une compagnie de chemin de fer,
fait l'acquisistion d'une petite entreprise de télégraphie
: la Hamilton District Telegraph essentielement
pour relier des abonnées aux pompiers, à la police ...
construit lui même un petit central rudimentaire . Il avait
aussi demandé dès 1878 à la municipalité
de Hamilton la permission de planter des poteaux.
Ce sont les premiers abonnés de Hamilton du Canada.
|
 |
Contrat entre Melville Bell et lhonorable Alexander Mackenzie
pour la location de deux téléphones manuels en bois et deux
téléphones en forme de boîte.
Ce téléphone ressemblant à un appareil photographique
a été le premier téléphone utilisé
dans un cadre commercial. Deux de ces appareils, en plus de deux téléphones
manuels en bois, ont été les premiers à être
loués au Canada, reliant le bureau du premier ministre Alexander
Mackenzie à Rideau Hall à la résidence privée
du gouverneur général Lord Dufferin.
Septembre 1877 l'une des premières, sinon la toute
première expérience de téléphonie sur le sol
québécois impliquant la transmission de musique eut lieu
à Québec, la ville même, au mois de septembre. Un
petit orchestre avec deux chanteurs se trouvait dans le célèbre
magasin de musique de Jean Moïse Arthur Lavigne, né Tessier.
Leur prestation fut retransmise aux bureaux du Télégraphe
de la Ville et du District grâce à une ligne installée
pour l'occasion. Quelques électriciens et notables de Québec,
dont quelques dames, se trouvaient dans ces bureaux. Ils purent entendre
parfaitement la musique et les chansons, apparemment une demi-douzaine
au total. En retour, certaines de ces personnes interprétèrent
quelques chansons qui furent clairement audibles dans le magasin de Lavigne.
Les deux groupes se dirent très impressionnés par la qualité
du son transmis par la ligne téléphonique.
Les démonstrations se poursuivirent tout au long
de l'automne 1877 et de l'hiver 1877-1878.
Les Canadiens ne semblèrent guère impressionnés
par cette nouvelle technologie. Début 1878, le journal The Globe
publia un article intitulé « Le téléphone est-il
un échec ? ». Tout en reconnaissant le caractère «
stupéfiant » de l'invention et le peu d'hostilité
populaire ou scientifique qu'elle avait suscitée, le journal estimait
que le téléphone souffrait de graves problèmes de
fonctionnement, notamment des interférences avec d'autres lignes
et des « fuites » entraînant une perte de clarté
de la voix. De même que nous nous préoccupons aujourd'hui
de la sécurité d'Internet, le journal s'inquiétait
également de la sécurité des lignes téléphoniques,
car celles-ci pouvaient être facilement mises sur écoute.
Alexander Melville Bell, le père de l'inventeur, écrivit
une réplique cinglante, déplorant « qu'il soit nécessaire
de défendre les mérites d'une invention aussi originale
contre les prétentions d'une envie futile et les critiques a posteriori
». Bell père qualifia le téléphone de «
succès triomphal » et affirma qu'ils « apprenaient
et s'amélioraient », soulignant que le problème des
interférences avec d'autres fils avait déjà été
résolu.
Malgré cette défense acharnée de l'invention de son
fils, aucun acheteur canadien ne se manifesta pour les droits de brevet
canadiens de Bell lorsqu'ils furent mis sur le marché.
Ottawa découvrit les nouvelles technologies de communication à
l'automne 1877. Après une démonstration du téléphone
à l'Exposition agricole d'Ottawa en septembre de la même
année par William Pettigrew, un ami de Bell père, la première
ligne téléphonique fut installée le 9 novembre 1877,
reliant le bureau d'Alexander Mackenzie, premier ministre du Dominion
du Canada et ministre des Travaux publics, au bureau de Lord Dufferin,
gouverneur général du Canada, à Rideau Hall. Il s'agissait
d'une ligne privée. Les centraux téléphoniques permettant
à plusieurs personnes d'être mises en relation par l'intermédiaire
d'une opératrice n'existaient pas encore.
Le contrat entre Bell père et le premier ministre prévoyait
l'installation de deux téléphones portatifs en bois (n°
18 et 19) et de deux cabines téléphoniques en bois (n°
25 et 26), pour un loyer annuel de 42,50 $, payable d'avance le 21 septembre
de chaque année. Bien que le bail ait été signé
le 9 novembre, il a été antidaté au 21 septembre
afin que le gouvernement puisse s'attribuer le mérite du premier
bail téléphonique du Canada. En réalité, le
premier bail téléphonique commercial canadien a été
signé par Hugh Cosset Baker, un entrepreneur de Hamilton (Ontario),
avec la District Telegraph Company en octobre 1877. La ligne téléphonique
reliait le bureau de Baker à celui d'un collègue.
Dave Allston, sur son blogue d'Ottawa intitulé « Le Musée
Kichissippi », raconte une anecdote savoureuse concernant le premier
appel téléphonique d'essai entre Rideau Hall et le bureau
de Mackenzie. Il semblerait que le secrétaire particulier de Mackenzie,
William Buckingham, en poste à Rideau Hall pour l'essai, ait été
tellement impressionné d'entendre la voix du premier ministre sortir
d'une cabine téléphonique qu'il a bafouillé la prière
du Seigneur. Réprimandé par le premier ministre, il a dû
se répéter. Après cette introduction embarrassante,
le premier ministre et le gouverneur général ont pu s'entretenir
lors du premier appel téléphonique officiel.
Makenzie n'était guère impressionné
par ce nouvel appareil de communication, qu'il jugeait peu fiable. Son
utilisation devait également être peu pratique, le même
orifice servant à la fois à écouter et à parler.
Mais lorsque le Premier ministre demanda le retrait du téléphone,
le gouverneur général s'y opposa. Apparemment, Lady Dufferin,
l'imposante épouse du gouverneur général, était
très séduite par le téléphone. Selon un article
du Citizen de 1961, elle chantait et jouait du piano au téléphone
pour les personnes présentes au bureau du Premier ministre. Le
capitaine Gourdeau, des Princess Louise Dragoon Guards, lui répondait
en chantant.
Prenons l'exemple de l'incident survenu à Montréal en octobre,
1877 entre le domicile d'un certain professeur Johnston, probablement
James A. Johnston, médecin, où se trouvaient plusieurs membres
de l'Athenaeum Club de Montréal, et les bureaux de City and District
Telegraph, où travaillaient également quelques membres du
même club. Les conversations se déroulaient sans accroc et
certains entonnèrent même quelques chansons. Alors que le
silence s'installait, une voix inconnue se fit entendre. La stupéfaction
fut générale. Cet homme interpréta une chanson avant
de se présenter et d'expliquer qu'ayant aperçu la ligne
téléphonique, qui se trouvait par hasard près de
chez lui, il avait simplement tendu un fil entre sa maison et la ligne
installée par City and District Telegraph. Cet inconnu a probablement
réalisé la première écoute téléphonique
illégale en Amérique du Nord. La première, mais certainement
pas la dernière.
À propos de fils et de lignes, il se trouve que la City and District
Telegraph a peut-être, installé des lignes entre quelques
résidences et commerces de Montréal avant même la
fin de 1877
L'intérêt suscité par le téléphone
était tel que le directeur du département de physique de
l'université Tufts, le physicien et inventeur américain
Amos Emerson Dolbear, publia, avant même
la fin de 1877, un ouvrage intitulé "Le
Téléphone : Explication des phénomènes
d'électricité, de magnétisme et de son impliqués
dans son fonctionnement Avec instructions pour la fabrication d'un
téléphone parlant ». The
Speaking Telephone, 1877
On peut se demander combien de bricoleurs ont assemblé leur propre
appareil en s'inspirant de ce livre, le tout premier consacré au
téléphone. Dolbear fut l'un de ceux qui ont contribué
à façonner le téléphone avant que Bell ne
connaisse le succès.
sommaire
Bell peu de temps après annonce le Hand-Téléphone,
modèle qui fera le tour du monde
le succès est foudroyant.
Eté 1877 en Nouvelle-Écosse, lors d'une visite de mine Gardiner
Hubbard apporte une paire de téléphones qui furent installés
au fond de la mine et à la surface, c'est certainement la première
application commerciale du téléphone au Canada.
Hubbard était membre du conseil d'administration de Caledonia,
une compagnie minière de Cap Breton .
Alors que Melville Bell détient 75 % des droits
du brevet canadien, le reste est cédé à linventeur
Charles Williams Jr. de Boston, Massachussetts; en échange, ce
dernier doit fournir 1 000 téléphones sans frais.
Toutefois, après cette transaction, deux enjeux importants apparaissent.
- Dabord, la demande en téléphones aux États-Unis,
téléphones pour lesquels M. Williams avait été
payé, devient tellement grande que ce dernier prend du retard dans
les commandes placées par Melville Bell.
- Ensuite, les frais de douanes canadiennes que doit débourser
Melville Bell pour chaque téléphone fabriqué aux
États-Unis sont élevés. De plus, les lois concernant
les brevets obligent les Canadiens à cesser limportation
de téléphones peu de temps après lémission
du brevet en 1877.
Il est donc évident que les téléphones doivent désormais
être faits au Canada.
On décide que James Cowherd, un électricien de Brantford,
ira étudier la fabrication des téléphones à
latelier de M. Williams; en décembre 1878, M. Cowherd commence
à fabriquer ses propres appareils. Comme le nombre de commandes
augmente, ce dernier bâtit un nouvel atelier le premier au
Canada consacré à la fabrication de téléphones.
Portrait de James H. Cowherd, vers 1880
En 1878, James H. Cowherd bâtit le premier atelier canadien consacré
à la fabrication de téléphones. Cet atelier était
situé au 32, rue Wharf, à Brantford, en Ontario. Le bâtiment
fut démoli en 1992.
Le 15 décembre 1878, le premier téléphone
est officiellement testé, et cest une réussite. Cette
même année, la ville dHamilton en reçoit la
première commande pour lutilisation par la municipalité.
Facture originale déquipement téléphonique
acheté par Thomas Henderson, agent principal de la Bell Telephone
Company of Canada, auprès de Charles Williams Jr., fabricant autorisé
pour la National Bell Telephone Company, 1877.
James H. Cowherd a continué de fabriquer des téléphones
et des équipements accessoires pour La Compagnie de téléphone
Bell du Canada jusquà son décès soudain en
février 1881, à lâge de 31 ans. Au cours de
sa vie, il aura produit plus de 2 400 téléphones.
Installer les lignes téléphoniques n'était
pas une mince affaire. À la fin des années 1870, les rues
où habitaient les membres de l'équipe étaient relativement
peu peuplées. On y trouvait de nombreux terrains vagues, surtout
dans le coin occupé par les vergers, apparemment propriété
de l'ancien avocat, homme d'affaires et homme politique Côme Séraphin
Cherrier. Faute de poteaux utilisables, Jannard et ses amis ont fixé
leurs lignes téléphoniques aux cheminées comme ils
le pouvaient et les ont isolées avec des morceaux de tuyau en caoutchouc
qui pourraient, je dis bien pourraient, provenir d'un type de bicyclette
appelé grand-bi. Le fil qui complétait le circuit était
relié au réseau d'aqueduc de Montréal.
Le téléphone lui-même consistait en un petit boîtier
en acajou. L'ouverture de ce boîtier servait à la fois à
l'émission et à la réception. Autrement dit, quiconque
voulait parler devait placer le boîtier près de sa bouche
et quiconque voulait écouter devait le coller à son oreille.
D'après les personnes concernées, cet équipement
très simple, voire primitif, fonctionnait parfaitement.
Le téléphone passe rapidement de curiosité
à objet du quotidien; en effet, de plus en plus dutilisateurs
désirent communiquer entre eux.
Le premier central téléphonique au Canada (neuvième
au monde et premier à lextérieur des États-Unis)
entre en fonction en 1878 à Hamilton, en Ontario. Le petit nombre
dabonnés augmente sans cesse, et bientôt, il devient
possible de communiquer aux plus grandes villes du pays.
Reproduction
du standatd d'Hamilton.
Hugh Crossart Baker établit le premier central téléphonique
au Canada, Il sagissait du premier central téléphonique
de lEmpire britannique et du deuxième en Amérique
du Nord.
Ce premier central téléphonique du Canada fut installé
en 1878 le 15 juillet 1878 à
Hamilton, en Ontario rue King et Hughson, au dernier étage du bâtiment
Hamilton Provident and Loan. .
Les abonnés du central téléphonique dHamilton
utilisaient ce téléphone à main à la fois
comme transmetteur et récepteur, en le déplaçant
de la bouche à loreille pour parler ou écouter. Le
téléphoniste opérait un standard téléphonique
à sept lignes, avec dix abonnés par ligne.
En décembre 1878 il y avait 40 abonnés à Hamilton,
et passera à 150 en avril 1879.
Le premier annuaire téléphonique du Canada (en forme de
livret), a été publié par la Toronto Despatch Company
en juin 1879.
Baker obtiendra de Melville Bell la permission les droits d'exploiter
le téléphone entre la baie la Baie Georgienne et le lac
Erié, y compris Hamilton.
Baker avait compris que l'avenir du téléphone passerait
par la création d'un réseau.
Annuaire de 1878. La publicité de 1879 illustre
le nouveau téléphone mural, créé dans le but
de satisfaire aux utilisateurs qui perdaient des bouts de conversation
lorsquils déplaçaient le transmetteur/récepteur
de la bouche à loreille.
Un autre exemple des premiers usages du téléphone
est celui du propriétaire dune entreprise de camionnage (Shedden
Forwarding).
En 1878, à Monréal il décide de louer du professeur
Bell des appareils téléphoniques et fait installer une liaison
privée permanente entre ses bureaux, situés à langle
des rues Saint-Paul et Saint-Sulpice dans le quartier des affaires, et
ses entrepôts et écuries, localisés dans le quartier
Hochelaga. Agent principal pour la compagnie ferroviaire du Grand Tronc,
Shedden Forwarding devait assurer rapidement et avec efficacité
la coordination des activités de direction, de répartition,
dexpédition et dentreposage.
 |
Au Canada en 2021, une lettre de 1878 d'Alexander
Graham Bell à ses parents provenant d'une archive conservée
par un associé de Bell.
Cette lettre, datée du 30 décembre, de 8 pages comprend
des dessins rares et élaborés du téléphone,
s'est vendue à près de 93 000 $
Bell répondait à une lettre de ses parents à
Brantford, en Ontario, lui expliquant comment un coup de foudre
avait endommagé leur câblage.
|
|
La lettre indique aux parents de Bell comment mettre
le téléphone à la terre pour éviter
les dommages causés par la foudre lors de l'accident à
Tutelo Heights.
Il leur ordonne de faire passer un fil de cuivre solide de leur
maison à l'étang à canards et de l'y enterrer.
"Si vous avez une bonne connexion avec une couche de terre
constamment humide, vous n'avez jamais à craindre la foudre
et vos messages seront en sécurité", a écrit
Bell.
Le vice-président de RRAuction, Bobby Livingston, ne nommerait
pas le meilleur enchérisseur, mais il l'a décrit comme
«un collectionneur de documents de au Texas qui a l'il
pour les meilleures choses». L'enchère s'est conclue
à 92 856 $.
L'accident montre que les bornes de terre de votre
ligne téléphonique sont défectueuses car le
courant a trouvé un chemin plus court vers le sol à
travers deux de vos pôles que par le chemin approprié
'.
Et il continue de dessiner un schéma remarquable
- deux téléphones - montrant le bon assemblage mécanique
pour assurer le bon fonctionnement et, surtout, la sécurité.
Il poursuit: `` Comme je ne connais pas vos connexions,
je vais simplement indiquer quelles connexions je devrais conseiller
afin d'éviter une répétition de l'accident
- ce qui aurait pu être plus grave si les poteaux n'avaient
pas été heurtés et avait ainsi permis un passage
partiel à la Terre.'
Cette même lettre, décrite comme «l'une
des 10 meilleures lettres scientifiques» existantes, a de nouveau
été proposée à la vente l'année
suivante par un autre revendeur américain de documents historiques,
pour 115 000 $. |
 |
Dans les grandes villes canadiennes, ce service était
initialement assuré par deux compagnies concurrentes : la Dominion
Telegraph Company, qui commercialisait les équipements Bell, et
la Montreal Telegraph Company, qui commercialisait les équipements
Edison. Cette concurrence entre les deux compagnies faisait écho
à la guerre des brevets qui se déroulait à la même
époque aux États-Unis entre la Bell Telephone Company, qui
utilisait naturellement les équipements Bell, et la Western Union
Telegraph Company, qui utilisait les équipements Edison. Il était
impossible, pour les utilisateurs, d'émettre ou de recevoir des
appels de l'autre compagnie, ce qui présentait un inconvénient
majeur. La Dominion Telegraph Company ouvrit son central téléphonique
d'Ottawa, dirigé par Warren Soper, en janvier 1880. Son premier
annuaire téléphonique ne comptait que deux pages et moins
de 80 abonnés. La Montreal Telegraph Company fit de même
un mois plus tard, avec son bureau d'Ottawa dirigé par Thomas Ahearn.
Alors que Melville Bell détient 75 % des droits
du brevet canadien, le reste est cédé à linventeur
Charles Williams Jr. de Boston, Massachussetts; en échange, ce
dernier doit fournir 1 000 téléphones sans frais. Toutefois,
après cette transaction, deux enjeux importants apparaissent. Dabord,
la demande en téléphones aux États-Unis, téléphones
pour lesquels M. Williams avait été payé, devient
tellement grande que ce dernier prend du retard dans les commandes placées
par Melville Bell. Ensuite, les frais de douanes canadiennes que doit
débourser Melville Bell pour chaque téléphone fabriqué
aux États-Unis sont élevés. De plus, les lois concernant
les brevets obligent les Canadiens à cesser limportation
de téléphones peu de temps après lémission
du brevet en 1877.
Il est donc évident que les téléphones doivent désormais
être faits au Canada. On décide que James Cowherd, un électricien
de Brantford, ira étudier la fabrication des téléphones
à latelier de M. Williams; en décembre 1878, M. Cowherd
commence à fabriquer ses propres appareils. Comme le nombre de
commandes augmente, ce dernier bâtit un nouvel atelier le
premier au Canada consacré à la fabrication de téléphones.
Le 15 décembre 1878, le premier téléphone à
main en caoutchouc est officiellement testé, et cest une
réussite. Cette même année, la ville dHamilton
en reçoit la première commande pour lutilisation par
la municipalité.
James H. Cowherd a continué de fabriquer des téléphones
et des équipements accessoires pour La Compagnie de téléphone
Bell du Canada jusquà son décès soudain en
février 1881, à lâge de 31 ans. Au cours de
sa vie, il aura produit plus de 2 400 téléphones.
Le téléphone passe rapidement de curiosité
à objet du quotidien; en effet, de plus en plus dutilisateurs
désirent communiquer entre eux. Le premier central téléphonique
au Canada (neuvième au monde et premier à lextérieur
des États-Unis) entre en fonction en 1878 à Hamilton, en
Ontario. Le petit nombre dabonnés augmente sans cesse, et
bientôt, il devient possible de communiquer aux plus grandes villes
du pays.
À la fin des années 1870, on retrouve à
Montréal un petit nombre de ces lignes téléphoniques
qui vont dun point fixe à un autre. Exploité par un
individu ou une entreprise, ce type de système ne possède
pas les qualités dun réseau, car sa capacité
dinterconnexion est inexistante. Peu commun, ce système à
deux unités indique néanmoins les raisons qui motivent sa
mise en service : il sagit détablir un lien direct
et permanent entre deux unités dune même organisation,
que ce soit une résidence et une manufacture, une manufacture et
un entrepôt, ou encore, un cimetière et un presbytère.
Ce sont les cas de figures que nous révèlent les premiers
baux de location des appareils téléphoniques. Il semble
que le besoin de disposer dun lien sûr est alors assez fort
pour que les systèmes privés trouvent une clientèle.
Dans ces quelques exemples recensés, on constate aussi que le facteur
déloignement est déterminant. Par contre, une chose
est certaine : ce nest pas parce que la possibilité de disposer
dun téléphone existe que les entrepreneurs choisissent
forcément de localiser leurs activités en des lieux éloignés
les uns des autres. Il est dailleurs significatif de constater quavant
lintroduction du téléphone, les premiers abonnés
mènent déjà leurs activités sur une base territoriale
fragmentée.
Pendant encore deux ans, le père de Bell, Alexander Melville
promut la commercialisation du téléphone au Canada et rechercha
des agents pour les autres provinces.
Lorsque le tout premier annuaire téléphonique de Toronto
a été publié le 8 juin 1879, le téléphone
était encore un gadget dernier cri qui n'avait été
breveté que trois ans plus tôt.
Les 56 entreprises et résidences répertoriées à
l'époque tiennent sur un grand total de six pages. Bien sûr,
il n'y avait pas encore de numéros - un opérateur en direct
devait connecter chaque appel entre les abonnés au téléphone.
Il était facile de voir pourquoi passer un appel rapide était
un peu compliqué à comprendre pour les résidents
à l'époque - à tel point que des instructions claires
sur la façon de le faire étaient incluses dans le livre.
"Laissez le téléphone reposer contre la lèvre
inférieure. Tout en écoutant, appuyez fermement le téléphone
contre l'oreille », indique-t-il. "Parlez lentement et distinctement,
avec une certaine force, mais pas d'un ton élevé."
"Donnez toujours à vos auditeurs suffisamment de temps pour
transférer le téléphone à leur oreille avant
de parler, et assurez-vous qu'une phrase est terminée avant de
répondre."
La Toronto Telephone Despatch Co. n'a duré que deux ans avant d'être
rachetée par la Bell Telephone Company of Canada, qui deviendra
plus tard la bien connue Bell Canada.
En 1879 deux centres sont installés à Halifax : la
Western Union en novembre avec des téléphones Edison et
Dominion Telegraph un mois plus tard avec des téléphones
Bell. En 1880 en Nouvelle Ecosse la Bell telephone rachète les
installations de Dominion Telegraph puis de la Western Union un an plus
tard.
Démonstration du téléphone à des journalistes
de Montréal en 1879, au bureau de la Dominion Telegraph Company,
où sera situé plus tard le premier central téléphonique
de La Compagnie de Téléphone Bell. Le standard téléphonique
était courbé autour de la pièce car la compagnie
avait donné ses dimensions en pouces, mais le fabriquant les avait
fournies en pieds.
Tout au long des années 1880, la Compagnie Bell
a su contrer efficacement ses concurrents sur le marché d'Ottawa
grâce à des acquisitions et des menaces de poursuites judiciaires.
Au milieu de la décennie, elle a publié un avis public annonçant
qu'elle poursuivrait quiconque utiliserait le téléphone
« Wallace », ou tout autre fournisseur de services téléphoniques
contrefaisant des brevets initialement accordés à Bell,
Edison, Berliner et autres, toujours en vigueur et appartenant à
la Compagnie Bell du Canada. Elle a plutôt vanté les mérites
de ses « appareils protégés par des brevets de la
compagnie et totalement exempts de risques de litige ». Les acheteurs
potentiels d'équipements concurrents ont également été
avertis que ces téléphones « ne seraient pas autorisés
à se connecter aux lignes ou aux centraux de la compagnie ».
L'annonce était signée par Thomas Ahearn, agent de Bell
à Ottawa.
sommaire
Le 29 avril 1880 fondé
par Hugh Cossart Baker à Montréal, par une
loi fédérale, la Compagnie de Téléphone
Bell du Canada (par la suite Bell Canada) reçoit, en vertu
de sa charte, le droit de construire des lignes téléphoniques
le long des droits de passage publics du Canada, ce qui est un privilège
des plus précieux.
En vertu d'un contrat de licence conclu avec la compagnie de téléphone
America Bell située aux États-Unis,
Bell fabrique également des téléphones et
de l'équipement téléphonique, une activité
qui sera transférée à la compagnie manufacturière
Northern Electric en 1895, qui, à
son tour, deviendra la Northern Electric Ltée
(puis Nortel Networks) à la suite d'une fusion avec la Imperial
Wire and Cable en 1914.
Au début la Bell Canada fabriquait
les "Hand Téléphones" modèles 1877
aux Usa par C.Williams et louait 40 dollars la paire de téléphone,
certains obtenaient même des réductions ... c'était
de l'improvisation.
Mais la législation canadienne stipule que les objets protégés
par un brevet doivent être fabriqués au Canada après
un an. De plus les droits de douane doublent le prix de revient des appareils.
La situation devint critique surtout que du côté fabrication,
Williams était dans l'incapaité de livrer les 1000 appareils
dus en échange de sa part des droits canadiens. Il n'en livrera
que à peine la moitié.
Melville Bell et Thomas Henderson doivent réagir, alors il envoient
un jeune quincailler James H. Cowherd suivre un stage chez Williams
à Boston.
En décembre 1878 de retour, Cowherd construit un hangar derrière
la boutique familliale à Brandfrod et commence à "fabriquer"
les premiers téléphones canadiens.
En fait les téléphones étaient fabriquées
à Boston et envoyées à Brandford pour y être
assemblés.
Ce fut le moyen de contourner la législation canadienne, nuance
importante car elle servira de base à l'annulation des brevets
canadiens quelques années plus tard.
En tout 2398 téléphones sortent du hangar de montage
de Cowherd qui en janvier 1881 décéde
en mettant fin à cette drôle d'aventure.
Bell et Handerson continent de prospecter timidement l'Ontario en faisant
du porte à porte, mais la comptabilité de l'entreprise demeurait
défaillante, de plus les problèmes de maintenance et réparations
croisaient avec le nombre de clients.
Du coup, la province du Québec fut négligée,
deux villes seulement y furent derservies : Montréal et Québec.
En juin 1881, les actionnaires de la compagnie elisent Erastus Wiman comme
president. Ce dernier a pour objectif de reunir en une seule compagnie
tous les intérets télégraphiques canadiens, tel qu'il
l'explique aux actionnaires de la Montréal Telegraph dans un courrier
adresse a la compagnie en 1881 . Apres quelques semaines d'intenses négociations,
Wiman réussit à convaincre, par un savant mélange
de pression et de menaces, les dirigeants et actionnaires de la Montreal
Telegraph. En aout 1881, deux accords sont signés par la Great
North Western Telegraph, le premier avec la Montreal Telegraph, le second
avec la Dominion Telegraph, le tout avec la bénédiction
de la Western Union Telegraph. A partir de ce moment-la, la Great North
Western Telegraph, soutenue financierement par la Western Union Telegraph,
contrôle et opère les réseaux télégraphiques
de la Montreal Telegraph et de la Dominion Telegraph, pour une duree de
99 ans. Un nouveau monopole s'installe alors sur les lignes telegraphiques
canadiennes, aux mains de la Western Union cette fois, directement dans
les Provinces Maritimes, indirectement via la Great North Western Telegraph
dans le reste du pays. La télégraphie canadienne est désormais
dominée par les intérets financiers états-uniens.
En ce qui concerne le téléphone, les réseaux des
deux compagnies sont rachetés a bas prix par la toute recente Bell
Telephone Company of Canada
Seulement deux ou trois entreprise suivèrent le modèle de
Baker, obtinrent un permis d'exploitation de Bell dont la Toronto
Telephone Despatch et de la York Telephone
Despatch fondées par Hugh Neilson
A Winnipeg un agent vendit quelques téléphones mais
n'installa pas de central. Les autres entreprises ignoraient tout simplement
les droits .
Au total seulement quelques villes furent équipées entre
le Québec, l'ontario, la nouvelle Ecosse, le Nouveau Brunswick,
le Manitoba et la Colombie britanique.
Au début de lannée 1880, on retrouve
à Montréal environ 250 abonnés au premier réseau
téléphonique géré par Dominion
Telegraph, lentreprise qui deviendra quelques mois plus
tard la compagnie Bell. Parmi ces premiers abonnés, on dénombre
surtout des manufacturiers, des entrepreneurs, des négociants,
des financiers et quelques membres de la classe daffaires. Selon
ses promoteurs locaux, les applications urbaines du nouveau service de
communication sont nombreuses et commodes.
Les communications daffaires occupent une place prédominante.
Dailleurs, lextension de leurs usages constitue lune
des raisons pour laquelle certaines entreprises de téléphone
sont mises sur pied (par exemple, la Compagnie de Téléphone
des Marchands de Montréal, établie en 1892 grâce à
linitiative des membres de la Chambre de commerce du district de
Montréal). Les autres moyens déchanges reliés
aux affaires ne subissent toutefois pas de déclin parce que le
téléphone est introduit. Il faut plutôt parler de
complémentarité, voire de convergence, entre les divers
instruments de communication locale.
Il nen demeure pas moins que, face aux transformations de lespace
urbain et à lémergence de la notion dagglomération,
le téléphone apporte des réponses appropriées
aux nouvelles conditions de la ville réticulée. Il sagit
principalement dun meilleur contrôle de la transmission des
messages, et dun accroissement de la rapidité. En effet,
les systèmes existants de communications intra-urbaines (la poste
et les services des messageries) noffrent pas ces avantages avec
autant de fiabilité et defficacité. En outre, la portée
de la téléphonie dépasse les seules sphères
de la vie économique (marchande, industrielle et professionnelle)
et illustre le caractère nouveau des effets de léclatement
de la ville traditionnelle sur la sphère privée.
La réaction du gouvernement est en réalite une absence de
réaction. Le passage des compagnies canadiennes entre les mains
de la Western Union ne souleve pratiquement aucun debat. Quelques voix
s'elevent pour dénoncer la situation, principalement au Sénat,
mais sans aucun résultat. Ainsi, lors du passage de l'acte d'incorporation
de la Great North Western Telegraph, le sénateur liberal Robert
P.Haythorne s'inquiète de la clause autorisant la compagnie à
louer ou fusionner ses lignes, sans que cela ne suscite de débat.
La principale réaction a lieu en 1882, lorsque la Montreal Telegraph
demande une refonte de sa charte pour valider la location de ses lignes
a la Great North Western. L'acte passe sans probleme a la Chambre des
communes, mais se heurte à une vive opposition au Senat. Le senateur
liberal John C.Scott s'oppose au passage de Facte, s'insurgeant contre
le contrôle étranger sur les lignes canadiennes. II recoit
le soutien inattendu de Henry A. Kaulback, sénateur conservateur,
qui propose comme solution la nationalisation des lignes de télégraphe.
Le sénateur liberal Lawrence G. Power présente la refonte
de la charte comme étant une mesure équitable puisque les
nouveaux droits accordés a la Montreal Telegraph ont déjà
été accordes a la Great North Western et la Dominion Telegraph.
Le débat est clos par un vote autorisant le projet de loi . A partir
de ce moment-la, la position dominante de la Great North Western Telegraph
n'est plus discutée par les parlementaires.
sommaire
Comme ailleurs dans le monde de nombreux électriciens simplement
avec les explications trouvées dans l'article consacré au
téléphone de Bell, qui explique comment construire
un appareil ( Voir
page 163 le premier modèle), se mirent à fabriquer leurs
propres appareils.
Thomas Ahearn télégraphiste qui à lâge
de 22 ans, lit l'article de la revue Scientific American . Débrouillard,
il décide de concevoir un système rudimentaire à
partir de deux boîtes de cigares, daimants et de fils, ainsi
que de lignes de télégraphe reliant Pembroke à Ottawa.
Ce fut le premier appel longue distance du pays Ahearn a meme été
menacé de poursuites pour son utilisation non autorisée
de la technique brevetée de Bell, mais plus tardivement il sera
nommé directeur du premier bureau d'Ottawa de la société
Bell.
Parmi ces bricoleurs qui ne semblent pas avoir utilisé les travaux
de Dolbear, on trouve un brillant horloger, bijoutier et inventeur québécois.
Cyrille Duquet qui conçut un téléphone qu'il
affirmait supérieur à celui de Bell grâce à
la puissance du son émis. En effet, il en installa des exemplaires
dans sa bijouterie et dans un magasin qu'il possédait avec un certain
Louis Dallaire, vers novembre 1877.
 |
Cyrille Duquet, horloger, joaillier,
inventeur et homme politique, né le 31 mars 1841 à Québec,
fils de Joseph Duquet, journalier, et de Madeleine Therrien (Terrien)
; le 22 février 1865, il épousa à Québec
Adélaïde Saint-Laurent, fille de Jean-Baptiste Saint-Laurent
et dAdélaïde Gazzo (Gazeau), et ils eurent 16 enfants
; décédé le 1er décembre 1922 au même
endroit.
À lâge de 13 ans, après
des études chez les Frères des écoles chrétiennes,
Cyrille Duquet entre comme apprenti chez lorfèvre Joseph-Prudent
Gendron de la rue Saint-Jean à Québec. Lorsque ce
dernier décide de déménager en 1862, lapprentissage
du jeune Duquet sachève. Sans hésiter, Duquet
propose au propriétaire de sétablir à
son compte au même endroit. Laffaire conclue, il partage
pendant un certain temps ses locaux avec Simon Levy, vendeur en
horlogerie et bijouterie.
Non satisfait dassembler et dinstaller des horloges,
de fabriquer et de vendre des bijoux, il entreprend dattirer
lattention en installant dans la vitrine de son magasin ses
inventions et ses créations. Si Duquet aime surprendre, éblouir,
étonner, émerveiller, il a aussi lesprit pratique.
En 18681869, avec le professeur François-Alexandre-Hubert
La Rue, il conçoit un séparateur magnétique.
|
|
Vu dans Le Canadien, le 6 décembre
1877 , LE TELEPHONE À QUÉBEC
Beaucoup de nos lecteurs ignorent probablement que la ville de Québec
possède un téléphone érigé en
permanence.
Tel cependant est le cas. M. C. Duquet, horloger, a construit,
pour son propre amusement, une ligne téléphonique
qui met en communication la Haute Ville avec St. Roch. Au moyen
de cet appareil, M. Duquet peut converser de son magasin de la rue
de la Fabrique avec son associé, M. Dallaire, au magasin
de la rue St. Joseph. Nous avons nous-mêmes été
témoins des merveilles du téléphone. De St.
Roch nous avons communiqué avec nos amis de la Haute Ville
et nous avons pu jouir dun concert donné à un
mille de distance.
Le téléphone dont M. Duquet a lui-même construit
toutes les parties, diffère sensiblement des instruments
américains qui ont déjà été exhibés
en cette ville et il leur est incontestablement supérieur.
Il est beaucoup plus fort que le téléphone Bell, et
transmet les sons sans en changer le timbre, de sorte que, dans
une conversation, on peut reconnaître sans difficulté
la voix de la personne qui parle. Cette qualité précieuse,
qui distingue le téléphone de M. Duquet, est due aux
améliorations que notre concitoyen à apportées
dans la confection des aimants, qui sont pour ainsi dire la force
motrice du téléphone. Car le courant électrique,
qui transmet les sons, au lieu dêtre produit par une
pile, comme on le croit généralement, provient de
la seule action des aimants sur la membrane, qui se trouve placée
à faible distance dun des pôles de laimant.
Voici en deux mots, comment fonctionne le téléphone
: la voix, frappant la membrane, produit des vibrations qui sont
conduites et reproduites exactement par le courant électrique
sur la membrane placée à lautre extrémité
du fil.
La ligne téléphonique est un circuit ordinaire, à
part les piles, partant du sol à une extrémité,
partant par les instruments aux deux bouts et rejoignant le sol
qui établir le courant électrique.
Comme le fonctionnement du téléphone dépend
entièrement des aimants, il va de soi que plus les aimants
sont forts, plus les sons se transmettent clairement. Au lieu dune
seule barre aimantée, employée dans la construction
des téléphones ordinaires, M. Duquet a confectionné
des aimants en faisceau, qui ont dautant plus de puissance
quils contiennent plus de barres.
Lorsque M. Duquet veut entamer une conversation avec ses amis de
St. Roch, il attire leur attention par un timbre électrique
placé aux deux extrémités de la ligne. Car
jusquà présent, on ne peut pas entendre les
sons transmis sans avoir linstrument appliqué sur loreille.
M. Duquet travaille en ce moment à fabriquer un téléphone
assez puissant pour que tout lauditoire dans un appartement,
puisse entendre et nous sommes convaincus que si lénergie
peut vaincre les difficultés, il réussira.
|
|
|
 |
Duquet a ensuite (en 1879 ?) installe quelques lignes téléphoniques
au Québec, notamment au domaine Spencer Wood, résidence du
lieutenant-gouverneur de Québec de lépoque, Luc Letellier
de Saint-Just, ou encore Théodore Robitaille, ainsi quau couvent
Jésus-Marie de Sillery, où étudiait lune de ses
filles. Linventeur québécois a également supervisé
linstallation dune ligne entre le cimetière Notre-Dame-des-Neiges
à Montréal et le Séminaire de Montréal. Et non,
je ne vois pas non plus à quoi une telle ligne téléphonique
aurait pu servir.
|
Cest toutefois avec son nouveau combiné
téléphonique (photo ci dessus) que Duquet acquiert
la notoriété.
Contemporain dAlexander Graham Bell, il aurait eu avec ce
dernier un échange de correspondance dont il ne reste
pas de traces connues pour linstant sur lévolution
de leurs expériences respectives.
Après quelques expériences entre son magasin de la
rue de la Fabrique (là où débute la rue Saint-Jean)
et un second magasin quil possède avec Louis
Dalaire dans le quartier Saint-Roch, ou entre Ottawa et Montréal,
il commence à établir quelques lignes téléphoniques
régulières dont lune avec Spencer Wood, où
réside le lieutenant-gouverneur, et une autre avec le couvent
Jésus-Marie de Sillery, où étudie une de ses
filles.
Persuadé que Duquet utilise linvention de Bell, Charles
Fleetford Sise, vice-président de la Canadian
Telephone Company, le met en demeure dans une lettre du 31
décembre 1880 « de cesser la fabrication de ces téléphones
». La fameuse législation canadienne.
Piqué au vif, Duquet lui répliquera dès le
7 janvier 1881 que « le brevet pour lequel vous faites tant
de bruit est périmé et de nul effet ». «
Veuillez en finir avec vos menaces de poursuite qui ne meffraye
nullement, ajoute-t-il. Si vous désirez avoir un brevet inataquable
je vous conseille dacheter le mien [...] le plus tot possible,
conclut-il, car plus vous retarderez plus il vous faudra payer cher.
»
Duquet et quelques associés fondèrent
la Compagnie de téléphone de Québec et Lévis
en 1881. La loi provinciale officialisant cette fondation fut promulguée
en juin. L'avenir de la firme de Duquet n'était cependant
pas assuré.
Croyez-le ou non, la Compagnie canadienne de téléphone
de Montréal, toute nouvelle filiale canadienne de la firme
américaine National Bell Telephone Company / American Bell
Telephone Company, qui détenait les brevets Bell au Canada
et louait l'équipement à une autre filiale également
fondée en 1880, la Bell Telephone Company of Canada Limited
de Montréal, poursuivit Duquet en 1880 pour contrefaçon
de brevet. Ce dernier perdit son procès en 1882, mais ne
paya finalement que 10 $ en dommages et intérêts. En
effet, la Compagnie canadienne de téléphone convoitait
ardemment les précieux brevets de Duquet. L'inventeur québécois
reçut la somme considérable de 2 100 $ un peu
plus de 72 000 $ en valeur de 2022, ce qui, au final, n'était
pas une fortune.
Ainsi le 11 mai 1882, la Cour supérieure de la province de
Québec tranchera en faveur de la Canadian Telephone
Company (intégrée cette année-là
à la Compagnie canadienne de téléphone Bell).
Des 5 000 $ quelle réclamait le 1er avril 1881, la
compagnie a réduit « sa demande de dommages-intérêts
à la somme de dix dollars », « convaincue que
le défendeur [Duquet] agissait de bonne foi », explique
le juge William Collis Meredith.
Ce qui est cependant bien établi, cest
le brevet que Duquet obtienu, le 1er février
1878, pour des modifications « facilitant la transmission
du son et améliorant les propriétés acoustiques
» et surtout pour la conception dun nouvel appareil
réunissant, sur une même planchette, lémetteur
et le récepteur.

Le premier combiné Duquet . (Bien que au Portugal Bramão
revendiquera ce concept)
Fevrier 1878 Duquet incortpore la Québec
and Lévis Téléphone compagny et commence
à commercialiser son appareil à combiné.
En 1879 la ville de Québec lui accorda l'autorisation
d'installer des poteaux sur la grande allée et installa une
ligne entre son magasin du centre ville et Sillery..
Voila pour la petite histoire Duquet.
|
sommaire
C'est la fin de l'amateurisme, avec l'entrée des
deux poids lours de la télégraphie au Canada : Montréal
Telegraph et Dominium Telegraph dans
le marché de la téléphonie.
- la Montréal Telegraph de Québec
qui était en bon rapport avec la Western Electric concurent de
Bell, vend du téléphone de Edison de bonne qualité
mais pas très pratique,
- la Dominium Telegraph de Toronto qui a
toujours été en affaire avec Bell, deviendra en février
1879 le representant attitré de melville Bell et commercialisera
ses appareils dans tout le Canada sauf Hamilton, Toronto et York ou Melville
Bell avait déja cédé ses droits.
- Restait dans le jeux Lewis McFarlane directeur du bureau de Toronto
qui sera nommé diecteur de la division téléphone
de la Dominium Telegraph.
Ces deux entreprises investiront 75 000 dolards la première annèe
d'exploitation pour des revenus insignifiants, 1878-1880 la concurence
est rude et domine le développement de cette industrie.
Un gros inconvénient pour les abonnés d'une entreprise qui
ne pouvaient pas communiquer avec les abonnés de l'autre entreprise.
Les appareils téléphoniques des années
1880 étaient grands, lutilisateur devait tourner la manivelle
pour joindre la téléphoniste qui établissait lappel
selon le nom de demandeur. Les numéros individuels feront leur
apparition en 1884. Les appareils Edison n'étaient pas très
pratique ...
Si la personne à rejoindre ne possédait pas de téléphone,
Bell envoyait un messager à son domicile, linvitant à
venir prendre lappel dans les bureaux de la compagnie. Chaque matin,
les clients recevaient un appel de lopératrice afin de sassurer
que leur service fonctionnait correctement.
En concertation avec C.Williams, Melville Bell fixe le prix des droits
au Canada à 100 000 Dollars (côte établie par les
brevets en téléommunications). melville Bell propose à
la Dominium Telegraph qui trouve que c'est
trop cher, McFarlane l'estimait entre 5000 et 12 dollars. Duquet
aussi contacté n'a pas plus réunr plus de 3000 dollars,
personne ne peut acheter ses droits.
Graham Bell deamnde à Baker de secourir son père; Baker
, il se tourne vers les états unis pour conlure un contrat en novembre
1879 avec la Western Union.
En 1879, comme Melville Bell veut se départir de son entreprise
naissante et quaucune compagnie canadienne nest intéressée
par lentreprise, Melville Bell vend son entreprise et les droits
canadiens reliés au brevet d'invention du téléphone
au National Bell Telephone de Boston. .
Puis en mars 1880 William Forbes le nouveau président
de la National Bell, accepte d'acheter
les droits canadiens pour des raisons statégiques, car le principal
adversaire la Western Union aux Usa et aussi partenaire de la Montreal
Telegraph.
Puis Melville Bell quitte le conseil d'administration en juin 1880 pour
rejoindre son fils et s'installer à Washington et retourne à
ses études des sourds-muets.
Le grand gagnant semble être Baker qui était déjà
le président de la Bell au Canada qui rédigea en hiver 1879-80
la charte d'une nouvelle entreprise qui devrait s'appeler la Bell Telephone
Compagney Of Canada et commencera la procédure d'incorporation,
la nouvelle entreprise s'appelera la Bell Telephone
pour éviter la confusion avec la Bell Telephone
Compagny des états unis.
sommaire
Baker qui n'avait pas l'envergure nécessaire pour une entreprise
de si grande échelle, c'est le Colonel Forbes qui finit
par recruter Charles Fleetford Sise pour représenter les
intérêts de la National Bell au Canada.
CHARLES FLEETFORD SISE
|
Sise est un homme daffaires,
né le 27 septembre 1834 à Portsmouth, New Hampshire,
sixième fils dEdward Fleetford Sise, marchand commissionnaire
et propriétaire de navires, et dAnn Mary Simes ; le 20
février 1860, il épousa à Mobile, Alabama, Clara
Bunker (décédée en 1872), et ils eurent quatre
filles, dont deux vécurent au delà de la petite enfance,
puis le 4 juin 1873, à Newburyport, Massachusetts, Caroline
Johnson Pettingell, et de ce second mariage naquirent trois fils ;
décédé le 9 avril 1918 à Montréal.
Charles Fleetford Sise fit des études seulement
jusquà lâge de 16 ans et entreprit en 1850
une carrière de marin à bord dun navire appartenant
à sa famille. Six ans plus tard, son père le nomma
capitaine du navire marchand Annie Sise. Cest alors quil
commença à tenir un journal de bord. Même une
fois quil aurait cessé de naviguer, il continuerait,
jusquà sa retraite en 1915, à noter de petits
et grands événements dans des carnets quil appelait
journaux de bord. Après avoir commandé durant plusieurs
années des navires marchands qui sillonnaient le Pacifique
et lAtlantique et se rendaient en Australie, il interrompit
temporairement sa vie nomade en 1860, lannée de son
mariage, et fut associé durant trois ans à une maison
de commerce et de courtage maritime à La Nouvelle-Orléans.
|
Né et élevé en Nouvelle-Angleterre,
Sise se rangea pourtant du côté des Sudistes lorsque
la guerre de Sécession éclata en 1861.
On dit quil les soutint en tant quagent de renseignements,
briseur de blocus et secrétaire particulier du président
des États confédérés du Sud, Jefferson
Davis, dont il était lami. Toujours discret sur ses activités
du temps de guerre, il saliéna sa famille de la Nouvelle-Angleterre
pendant un temps parce quil avait épousé la cause
des sudistes, et la possibilité de mener une carrière
stable dhomme daffaires dans le nord-est des États-Unis
lui fut pour ainsi dire interdite. Ces raisons expliquent en partie
pourquoi il sinstallerait un jour à Montréal.
En 1863, Sise se rendit à Liverpool, en Angleterre, pour acquérir
un navire au nom de lentreprise de son beau-père, lAlabama
Steam Ship Company. Lannée suivante, il fonda à
Liverpool sa propre maison de transport maritime, de commerce et daffrètement.
En 1867, il rentra aux États-Unis et, nommé à
nouveau capitaine de lAnnie Sise, se mit en route pour lAustralie.
À son retour aux États-Unis lannée suivante,
il trouva un emploi dans les assurances. Il travaillerait 11 ans dans
ce secteur, dont quelque temps à titre de représentant
américain de la Compagnie dassurance royale canadienne
de Montréal, dont Andrew Robertsonétait président.
Toujours mal vu à cause de ses liens passés avec les
Sudistes, Sise démissionna le 31 décembre 1879.
En mars 1880, William H. Forbes, président de la
National Bell Telephone Company de Boston, une des
entreprises dont serait issue lAmerican Telephone and Telegraph
Company (AT&T), prit Charles Sise comme agent spécial
et le chargea de coordonner la prise de contrôle de la
téléphonie canadienne par la National Bell. |
L'empire Bell, aura pour unique mandat et le seul pendant plusieurs
décennies de commercialiser et de peaufiner les services liés
à la téléphonie fixe (en élargissant notamment
les réseaux de communications téléphoniques locaux
en réseaux régionaux, nationaux, puis internationaux).
Le 29 avril 1880 la nouvelle entreprise reçoit une charte
qui permettra de faire à peu près tout ... pas de tarif, pas
de réglementation.
Le président William Roberson est désigné le
1er Juin 1880 lors de la première assemblée à Toronto.
Roberson étranger aux télécommunication, neutre (et
manipulable). Size devient le vice président et directeur général,
il possède tous les pouvoirs.
Le conseil d'administrations qui compte huit membres dont trois américains
: Forbes, Vail et Sise. Parmi les autres membres canadiens,
l'illustre Joseph Tibaudeau sénateur et directeur de la banque national,
qui devienfra aussi le président de la compagnie d'éléctricité
à Montréal.
Le deal avec Roberson est qu'il imposa Montréal comme siège
social de la socièté au détriment de Toronto.
|
Deux filiales canadiennes virent le jour en 1880
la Canadian Telephone Company
selon le modèle américain, dont le président
n'est autre que N.Vail et possédait 69 % des actions.
la Compagnie canadienne de téléphone
Bell
La première détiendrait les brevets et louerait léquipement
à la seconde, qui serait une société exploitante.
De plus, Sise avait obtenu entre-temps le réseau téléphonique
de la Compagnie du télégraphe de Montréal et
de la Compagnie de télégraphe de la Puissance, alors
les principales sociétés exploitant des téléphones
au Canada.
Fin 1880, la Compagnie de téléphone
Bell du Canada offre des services au Nouveau-Brunswick, en
Nouvelle-Écosse, en Ontario, au Québec et au Manitoba.
Mais le tâche ne fut pas simple, tout comme Melvile Bell Charles
Sise échoua à convaincre les milieux d'affaires canadiens
d'investir dans le téléphone.
En 1880, un premier bureau central est ouvert Québec
par la Bell Téléphone Company
dans la côte de la Fabrique, voisin de l'actuel Simons. Sigismund
Mohr sera le premier à en faire la promotion dans la capitale,
tout comme il le fera pour l'éclairage électrique
quelques années plus tard.
Il y a alors 79 abonnés. Pour pouvoir communiquer entre eux,
le lien doit être direct entre leurs appareils. Pour éviter
qu'un abonné ait autant de téléphones que d'interlocuteurs
à rejoindre, on utilise des standardistes qui, à partir
du central, modifient les connections de fils pour relier les utilisateurs
entre eux. C'est l'époque où on devait demander à
la standardiste le numéro de la personne qu'on voulait rejoindre.
Le goupe Bell de Boston avait conçu un plan selon lequel
Montréal Telegraph et Dominion Telegraph une sorte de consortium
qu'aurait chapeauté l'Américan Bell gràce à
ses droits sur les brevets canadiens : 1/3 capital Bell Telephone
devait être vendu aux deux entreprises de télégraphe,
1/3 à Baker et autres et 1/3 au public. Mais les deux grands
du télégraphe voulaient être payées en
liquidités non en actions Bell Telephone.(ils voulaient se
retirer du marché du téléphone en prenant exemple
de ce qui s'est passé aux Usa avec Western Union).
Size sut manoeuvrer en se raliant à la position de ses interlocuteurs
et par accepter d'acheter leurs réseaux de téléphones.
Finalement ce fut l'American Bell qui acheta le réseu téléphonique
de Dominion Telegraph en en juillet 1880 pour 75 000 dollars. Ces
installations furent aussitôt cédées à
la Bell Telephone contre des actions.
Hugh Allan, président de la Montreal Telegraph exigea 150
000 dollars (pour un réseau moins important que Dominion
Telegraph) mais Sise fit baisser le prix à 75 000 dollars
dont 25 000 en actions.
Le plus dur à convaincre fut Forbes qui exigeait que la bell
Telephone soit une entreprise à capitaux canadiens, après
de longue transactions, lettres ... pour qu'un accord soit conclu
en octobre 1880 avec la Montreal Telegraph et finalisé le
mois suivant.
Fin 1880 Il y avait alors 150 employés
et 2165 téléphones installés dont :
|
Ville
|
Nbr Tel Edison
|
Nbr Tel Bell
|
|
Montréal
|
300
|
250
|
|
Toronto
|
50
|
200
|
|
Hamilton
|
50
|
300
|
|
Québec
|
40
|
75
|
|
Ottawa
|
50
|
50
|
|
Autres
|
200
|
600
|
Les villes n'étaient pas reliées et les
réseaux existants ne pouvaient pas communiquer entre eux. De
plus la prolifération des fils dans les rues était mal
vu par le public. La réunification s'annoncait difficile.
Sise était compétent et assez dure en affaires, les
contrôles des coûts étaient permanents et il arriva
à offrir un service comparable à ce qui se faisait aux
Etas Unis mais 23 % moins cher.
Au Canada, ce sont des hommes d'affaires de la ville de Hamilton qui
sont les premiers abonnés canadiens du téléphone.
Rapidement, l'élite commerciale des grandes villes canadiennes
emboîte le pas.
En 1880, Montréal, avec ses 546 appareils téléphoniques,
est la plus « branchée » des villes au Canada.
Dès 1881, Size avait acquis, au nom
de son employeur, « tout le matériel téléphonique
restant au Canada » soit en tout 3 100 appareils.
En outre, à la fin de 1880, il avait négocié
avec une ancienne rivale, la Western Union Telegraph Company, une
entente en vertu de laquelle tous les brevets téléphoniques
canadiens de la Western Union passaient à la Canadian Telephone
Company, ce qui assurait la séparation de lindustrie
du téléphone de celle du télégraphe.
La dernière poche de résistance reste au Québec
ou Duquet avait menacé de poursuites judiciares, comme nous
l'avons lu un peu plus en avant,
Duquet triomphera en 1885 mais en 1882 il finit par vendre son brevet
à la Canadian Telephone pour 2100 dollars.
Annuaire 1881 Usine
Northern 
Printemps 1881 Size avait unifié tous les réseaux
téléphoniques canadiens sous la Bell
Telephone d'une valeur de 400 000 dollars.
La Colombie Britanique et terre Neuve restèrent toujours
une colonie britanique.
A cette époque, personne dans les milieux d'affaires ou
dans la classe politique n'a vu ou compris que le téléphone
allait devenir un service public et que Sise veanit de vérouiller
la marché.
|
Au début de 1886, Bell Telephone comptait environ 400 abonnés
à Ottawa et connaissait une croissance rapide (1 400 abonnés
à Montréal). En octobre de lannée suivante, le
service interurbain direct entre Ottawa et Montréal fut inauguré.
Auparavant, les appels transitaient par Brockville et Prescott. En quelques
semaines, laugmentation rapide du trafic entraîna la construction
de nouvelles lignes interurbaines.
En 1888, de nouveaux poteaux téléphoniques furent installés
sur la rue Rideau et lavenue Sussex pour remplacer les anciens, trop
courts pour supporter le nombre croissant de fils. LOttawa Journal
déplorait qu« une compagnie de téléphone
installe des fils dans les rues à sa guise, sans consulter aucune
autorité municipale ». En avril 1900, Ottawa fut la première
ville canadienne à abandonner les vieux téléphones
à manivelle. Grâce aux batteries installées dans un
central téléphonique, il suffisait désormais de décrocher
le combiné pour joindre une opératrice. Le téléphone
de table familier qui allait dominer le paysage téléphonique
pendant le siècle suivant était arrivé.
En 1898 à Québec, Bell se fait construire un édifice
sur la rue Saint-Jean, au coin de la rue Sainte-Angèle.

Plus tard, cet immeuble sera allongé en façade sur la rue
Saint-Jean et il sera rehaussé dun étage, et ce, en
conservant le style initial. En 1951, le ministère de la Défense
nationale en fait lacquisition et y installe son centre de recrutement.
Il y sera jusquen 2007 alors quon transforme lédifice
en lofts. Depuis 2010, le rez-de-chaussée est occupé par une
pharmacie Jean-Coutu.
sommaire
En colombie britannique, le développemnt fut plus rapide.
Cette région ne dépendait du domaine de Bell. Terre Neuve
isolée du Canada par son statut de colonie britannique constitue
un cas à part.
C'est grâce à Robert Burns McMicking que le téléphone
arrive à Victoria sur l'île de Vancouvert en
1878.
McMicking était un aventurier,chercheur d'or, participé
à la construction du télégraphe entre l'Amérique
et l'Europe (projet Overland), il devint le directeur de la compagnie
de télégraphe de la colombie britanique qui passa sous contôle
fédéral en 1871 avec la Confédération.
En 1878 McMicking directeur de Dominion Government
Telegraph écrivit à Melville Bell et Thomas Henderson
pour proposer ses services et répondirent en le désignant
représentant de Bell Telephone et en lui envoyant une paire de
téléphones.
McMicking relia son bureau au quotidient "Colonist" et invita
les notables de Victoria à utiliser cet équipement.
L'article publié dans le "Colonist" du 26 mars 1878
montre que l'opération fut un succès, les gens chantèrent
et sifflèrent et s'étonnèrent de reconnaître
la voix de leurs amis.
McMicking commença à faire la promotion pour louer des appareils
à la paire, mais les gens allaient plûtot en ville à
San Francisco cherher des téléphones à meilleurs
marché alors que McMicking ne pouvait que louer ... quand il en
avait car les appareils en provenance de Montréal devait faire
le détour par les Etats Unis pour arriver à Vancouver.
Le pasteur Henderson convainquit McMicking que la solution était
d'installer un central téléphonique.
McMicking était en contradiction avec ses activités
téléphoniques de la compagnie fédérale. C'était
du travail au noir. McMicking démissionna de la compagnie d'état
pour lancer sa compagnie de téléphone.
En fait il a été renvoyé de la Dominion pour irrégularité
dans les comptes car il avait acheté les premiers téléphones
avec l'argent de l'administration.
Pas grave se dit McMicking, il commanda immédiatement de l'équipement
Bell à Montréal.
S'ensuivit une serie de quiproquos, d'erreurs et de malchances qui souligne
l'incompétence du duo Bell-Henderson.
Les téléphones n'arrivaient pas ou incomplets ou non dédouanés,
le mode d'emploi arrivait sans téléphones et en plus la
passation des pouvoirs à Sise fut éfféctuées
sans les instructions nécessaires et ce dernier remettra en question
les prétentions de McMicking au titre de représentant de
Bell en Colombie britannique .
Malgré les difficultés la première compagnie de téléphone
en Colombie britannique reçut la charte de l'Assemblée législative
provinciale le 8 mai 1880 sous le nom de Victoria
and Esquimalt Telephone.
En juillet 1879 l'équipement arrive enfin et Victoria sera
dotée d'un central téléphonique, un des premiers
au Canada et le troisième sur la côte Ouest après
San Francisco et Portland.
1879 les premiers téléphones de Colombie britannique
continentale sont installés par un missionnaire anglican dans un
village de pêcheurs indiens au nom de Metlakatla. La ligne
était installée entre le magasin et la scierie de ce missionnaire
et raccordé aussi à quelques huttes à son petit réseau.
Ce village devenu Prince Rupert était la seule ville de Colombie
britannique à posséder un service municipal (sous le nom
de CityWest).
Le lien Bell et Victoria and Esquimalt Telephone
cessa en 1889 quand l'entreprise insulaire acheta à Bell
les droits sur le téléphone.
Sur le continent avec l'arrivée du Canadian Pacific à Port
Moody, une ligne est est construite entre New Westminster et Port Moody
en 1883, an an après un central téléphonique est
installé à Westminster avec une nouvelle compagnie la Westminster
and Port Moody Telephone.
En 1885 la ligne sera étendue à Granville avec un central
le 6 avril 1886. Le nom de la compagnie change pour s'appeler New Westminster
and Burrard Inlet Telephone. Ce jour Granville s'appellera Vancouvert.
Malheureusemnt quelques semaines après, un incendie détruit
la ville, mais le central téléphonique a pu être sauvé.
En 1891 . la New Westminster and Burrard Inlet Telephone avait créé
Vernon and Nelson Telephone pour desservir l'intérirur de la province.
En juin 1898, la New Westminster and Burrard Inlet Telephone fut vendu
à des interêts britaniques à un immigrand anglais
William Farell.
La New Westminster and Burrard Inlet Telephone végétait
à Victoria et comme l'axe économique se déplaçait
vers le continent, en 1889 la population de Vancouvert dépassa
celle de Victoria, c'est cette année que la New Westminster and
Burrard Inlet Telephone acheta Victoria and Esquimalt Telephone. McMicking
resta directeur mais le pouvoir était passé aux mains des
hommes de Vancouvert.
Le docteur Lefevre qui était vice président de la New Westminster
and Burrard Inlet Telephone qui n'avait jamais accepté la vente
à des interêts britanique et encore moins le pouvoir effetua
un coup de force. En 1902 il se rendit en Grande Bretagne il parvint à
neutraliser les propiétaires en les divisants et fi une offre d'achat
qui lui permit d'obtenir une majorité d'actions. En 1903 il amalgama
toutes ses compagnies de téléphones sous le non de Vernon
and Nelson Telephone. en 1904 elle s'appelera la British Columbia Telephone
Compagny.
Presque tous les téphones de Columbia britannique sont désormais
regroupés, puis en 1904 un câble fut posé entre Victoria
et le continent à Bellingham.
Comme la loi de l'Etat de Washington interdisait à un étranger
de posséder un service public, Lefevre créa une compagnie
américaine détenue par un ami de Farell sous le nom d'International
Telephone Compagny, Lefevre en quelques années avait créé
un véritable réseau téléphonique en Colombie
britannique.
sommaire
À la fin du 19e siècle, Bell vendit ses activités
dans lAtlantique dans les trois provinces maritimes, où de
nombreuses petites sociétés indépendantes exerçaient
leurs activités et devenaient par la suite la propriété
de trois sociétés provinciales.
Terre-Neuve-et-Labrador s'est jointe au Canada avec plusieurs sociétés
privées et une opération gouvernementale transférée
sous le contrôle des Chemins de fer nationaux du Canada.
A Terre-Neuve : La situation est différente car Melville
Bell n'avait pas déposé de demande de brevets dans cette
colonie britanique.
En 1878, les touts premièrs téléphones furent
installés sur une ligne privée, entre Saint Jean au poste
de météorologie et le domicile du mître du poste météo.
Bell tentera d'obtenir un permis exclusif d'exploitation du téléphone,
mais se heurta à l'Anglo-American Telegraph, entreprise fondée
par Frederic Gisborne et rebaptisée Cyrus Field dans les année
1850 qui avait reçu les aurorisations gouvernementales de l'exlusivité
de l'exploitation du télégraphe pour 50 ans. Son directeur
Graham MacKay pensait que le téléphone allait concurencer
le télégraphe dans les communications transatlantiques et
soutiendra que le monopole d'Anglo-American couvrait toutes les communiations
électriques et obtiendra gain de cause.
Bell dut alors composer avec Anglo-American, Sise convaincra MacKay que
le téléphone n'allait pas menacer le télégraphe
et cédera ses brevets contre une redevance.
En 1885 le premier central téléphonique fut ouvert
à Saint Jean par l' Anglo-American
Telegraph.
sommaire
En 1881, la Compagnie de
téléphone Bell du Canada procède à
son premier appel interurbain entre Toronto et Hamilton, mais le coût
des travaux faillit menacer la compagnie à la faillite, l'expérience
ne se renouvellera pas de sitôt.
A cet époque l'interurbain n'est pas rentable.
Vers la fin de 1882, cette compagnie comptait environ 4500 abonnés
au téléphone des réseaux étaient établis
dans une centaine de villes.
La Chambre du Parlement du Dominion et les nouveaux bureaux départementaux
sont tous reliés par téléphone au bureau central
de Québec.
En 1882, la Canadian Telephone Company
sintégra à la Compagnie canadienne
de téléphone Bell en achetant presque
tous les brevets de la Canadian Telephone.
Cette dernière, dont Robertson était président
et Sise vice-président, semblait avoir le champ libre
en matière de téléphonie canadienne : une charte
fédérale lhabilitait à étendre son
réseau dans tout le pays, et elle avait acquis la quasi-totalité
des installations et brevets téléphoniques.
En plus, selon une entente avec la compagnie américaine, lentreprise
canadienne toucherait les droits canadiens de tous les brevets que la
compagnie américaine obtiendrait au Canada.
La tutelle des Etats Unis sur Bell Telephone aura duré
deux ans. Il ne faut pas voir dans cette émancipation
rapide, l'aboutissement d'une vision politique. Size était étranger
à la problématique nationale canadienne, par contre il
voulait être le seul mâtre à bord de son entreprise.
Le manque de matériel constituait un problème permanent
car à la mort de Cowherd début 1881 avait désorganisé
l'approvisionnement du marché et son remplaçant n'était
pas à la hauteur de la mission. Size attendit trop longtemps
pour prendre une décision
En juillet 1882, la compagnie met sur pied une équipe
de trois personnes chargées de la fabrication de téléphones;
nommé Mechanical Department, à Montréal
rue Craig, cette équipe deviendra "The
Northern Electric and Manufacturing Company" en 1895,
puis sera renommée Northern Electric, Northern Telecom, Nortel
Networks et finalement Nortel ; cette compagnie comptait 35 000
employés à la fin de 2005.
Au 1" janvier 1883, il y avait 866 abonnés à
Montréal; 525 à Toronto; 250 à Ottawa; 240 à
Québec; etc., etc.
Modèles Blake Bell
En 1884 lÎle-du-Prince-Édouard , Bell repésenté
par Robert Angus réuni 30 abonnés nécessaires pour
justifier l'ouverture d'un petit cental téléphonique.
Les gens d'affaires décident de construire eux mêmes un
réseau rudimentaire sur l'île avec du fil nu suspendu sans
poteaux ...
sommaire
La crise couve, manque de capitaux, pénétration sélective
des marchés, les zones rurales sont délaissées,c'est
la contestation du monopole Bell.
Des villages s'équipent eux mêmes, des médecins
de campagnes les seuls à avoir les capacités scientifiques
firent installer leurs cabinets les pharmacies et leurs patients et
parfois créérent de petites compagnies.
Ailleurs ce sont les municipalités qui mirent en place un service
téléphonique public, tout comme le gaz ou l'eau.
C'est ainsi qu'à Toronto une petite usine fut créée
par l'enreprise Toronto Telephone manufacturing
Compagny, afin de réponse aux besoins des laissés
pour contre.
Cette entreprise attaqua même la Bell Telephone se basant sur
deux principes :
- la fabrication des appareils doit être au Canada
- Bell refusait de vendre ses appareils et se bornait à les louer,
contrirement la loi au Canada
Le ministère de l'agriculture donna raison à la
Toronto Telephone manufacturing Compagny, les brevets de Bell
furent annulés en janvier 1885.
Première conséquence : repli de Bell Telephone au Québec
très peuplé, l'ouest Manitoba Alberta Saskatchewan ...
Conscient que la perte de ce brevet menaçait le monopole de Bell,
Sise prépara la compagnie à soutenir la concurrence.
Il concentra les opérations en vendant les installations de lÎle-du-Prince-Édouard
en 1885 (Affaire conclue pour 1500 dollards et 40 actions de la nouvelle
compagnie), puis celles de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick
en 18881889, et en abandonnant en 1889 des liaisons avec des entreprises
amies mais indépendantes en Colombie-Britannique.
Renoncer à ces territoires semblait devoir permettre à
la compagnie daffronter ses rivales au cur du pays.
Nouvelle-Écosse sous la direction de
Sise, Bell sempressa de construire des lignes interurbaines afin
davoir lavantage sur la concurrence locale, inaugurant ainsi
plus dun siècle de controverse sur les interconnexions
téléphoniques
Toujours sous la direction de Sise, Bell sengagea
dans dimpitoyables batailles tarifaires là où elle
avait des concurrents directs.
Par exemple, à Peterborough, à Port Arthur (Thunder Bay)
et à Dundas, en Ontario, elle offrit le service téléphonique
gratuitement jusquà ce quelle ait éliminé
ses concurrents.
À Winnipeg, Sise mit furtivement sur pied la Peoples Telephone
Company, qui pratiquait des prix inférieurs à ceux de
Bell et de sa vraie rivale. Quand cette rivale sécroula
au début de 1886, la Peoples Telephone disparut
elle aussi ; Bell se retrouva alors seule et put revenir à ses
anciens prix. Dautres batailles tarifaires eurent lieu à
Montréal et à Sherbrooke, dans la province de Québec.
En 1887 des hommes d'affaires de Halifax avec un capital autorisé
de 50 000 dollars, créent la Nova Scotia
Telephone Compagny pour relier rapidement Halifax à Truro
New Glasqow, Pictou et Amherst . Il fallait à tout prix éviter
que Bell ait le temps de réagir.
Puis de nouveaux entrepreneurs prospétèrent les quelques
300 abonnés de Bell pour leur offrir de nouveaux services. La
Hants and Halifax Telephone et la Parrsboro Telephones furent rachetées,
opération symbolique car ces deux entreprisent n'engendraient
peu d'activité.
Le capital autorisé passa à 100 000 dollars, tout était
prêt pour installer les centraux dans les principales ville de
la Nouvelle Ecosse et affronter la Bell Telephone.
Novembre 1887 une lettre de Sise retourne la situation :
Sise offrait de vendre les installations de Bell en Nouvelle Ecosse
et chose curieuse au Nouveau Brunswick pour 50 000 dollars, 65
000 dollars en actions et l'engagement d'acheter à prix égal,
de l'équipement à Bell plutôt que celui des concurents.
Pour sceller le tout, Bell aurait deux représentants de plein
droit au conseil d(administration de la nouvelle compagnie.
La proposition fut accéptée, la guerre du téléphone
n'eut pas lieu.
En février 1888 Nova Scotia Telephone prit possession
des installations Bell dans les deux provinces, on y comptait 539 abonnés
sur quatre centraux téléphoniques.
Nova Scotia Telephone augmente de plus en plus son capital, réduisant
la partiipation de Bell qui avait glissé de 14 % . Sise avait
réussi en Nouvelle Ecosse une décolonisation en douceur,
la bonne entente entre parties était telle que le vérificateur
de Bell fit le voyage d'Halifax afin d'aider la nouvelle entreprise
à mettre au point des proédures comptables et salariales
à celles en vigueur à Montréal.
Bell Telephone et Nova Scotia Telephone coopérent harmonieusement
jusqu'en 1999 au sein d'Aliant, filiale de Bell Canada.
Au New Brunswick ce n'était pas le cas lors de
la prise en main par Nova Scotia Telephone, ils ne voulurent plus être
à la remorque de Halifax ou Montréal. Pouratnt en décembre
1879 Western Union ouvre à Saint Jeau le premier central téléphonique
de brevet Edison. Quelques jours plus tard Domion Telegraph ouvre aussi
un centre téléphonique de brevet Bell et comme à
Halifax, à Saint Jean les deux centres sont totalement incompatibles
... Ce n'est qu'en 1881 que Bell Telephone dépêcha Lewis
MacFarlane (futur président) qui reprit la succession pour
fusionner les deux entreprises. C'était la première assisgnation
à Bell Telephone . MacFarlane fut arrêté mis en
prison une nuit et rentra à Montréal.
Début 1888, même méthode à l'Ile du
Prince Edouard et en Nouvelle Ecosse , des hommes d'affaires créent
la New Brunswick Telephone Compagny, l'éxclusivité de
l'exploitation fut accordée par l'assemblée législative
en mars 1888 .
LÎle-du-Prince-Édouard
a connu plus que sa part de premières en technologie des
communications. Il sagissait de progrès nés
du fait que nous étions une île isolée du continent
nord-américain. Il sagissait peut-être dune
petite entreprise sur la scène mondiale, mais elle était
bel et bien innovatrice. Tous les résidents de l'Île-du-Prince-Édouard
devraient être très fiers des réalisations passées
de notre compagnie de téléphone et se tourner vers
l'avenir avec Bell Aliant.
Les premiers câbles télégraphiques posés
à destination et en provenance de l'Île-du-Prince-Édouard,
ont servi de base aux câbles téléphoniques ultérieurs,
dont le premier a été posé en 1910. Plus tard,
les communications par micro-ondes sont devenues le premier choix
de l'Île.
Le 20 novembre 1852 Frederic Newton Gisborne,
ingénieur et électricien, né à Broughton,
Lancashire, Angleterre, posa le premier câble océanique
de ce côté de l'Atlantique, reliant Carleton Head,
Île-du-Prince-Édouard, avec Cape Tormentine, Nouveau-Brunswick,
sur une distance de 14 milles par eau. Ce câble était
utilisé pour la télégraphie. Ce câble
sous-marin fut le premier câble sous-marin en Amérique
du Nord et précéda de quatre ans la ligne vers Terre-Neuve
puis vers l'Angleterre. Le câble de 1852 a été
posé par le bateau à vapeur à roues latérales
« Ellen Gisborne » (du nom de l'épouse de Gisborne)
et a fonctionné pendant une période relativement
courte. La plus grande importance de ce câble est qu'il
a prouvé la viabilité des connexions par câble
et a jeté les bases des futurs câbles télégraphiques
et téléphoniques. Les améliorations futures
dans la conception des câbles et les techniques de pose
ont rendu le service plus fiable.
1856, 10 août - Le bateau à vapeur
Victoria se rend à l'Île-du-Prince-Édouard
et pose un nouveau câble télégraphique depuis
Tormentine pour la New York Newfoundland and London Telegraph
Co.
1866, octobre - le vapeur Medway et le vapeur
Terrible posent un nouveau câble télégraphique
de Carleton Head au cap Tormentine sous l'observation de Cyrus
Field. Un article du New York Times publié le 30 septembre
1866 disait : « M. Field est arrivé ici cet après-midi
en provenance de Shediac, après avoir rencontré
le Medway et le Terrible dans le détroit de Northumberland,
occupé à poser un nouveau câble entre le Nouveau-Brunswick
et l'Île-du-Prince-Édouard. » 2e article du
New York Times, 5 octobre 1866 : « Un autre câble
sous-marin - le câble posé à travers le détroit
de Northumberland - Charlottetown, Île-du-Prince-Édouard,
le jeudi 4 octobre. Le câble traversant le détroit
de Northumberland, reliant le Nouveau-Brunswick à l'Île-du-Prince-Édouard,
a été posé avec succès par le paquebot
Medway mardi dernier. Le Medway et le Terrible ont ensuite immédiatement
pris la direction de l'Angleterre.
En 1910, un câble téléphonique
expérimental privé à circuit unique a été
posé entre Wood Island et Pictou, en Nouvelle-Écosse,
pour desservir la FB McCurdy and Company, un courtier en valeurs
mobilières basé à Halifax. McCurdy a établi
la ligne expérimentale pour relier ses bureaux d'Halifax
et de l'Île-du-Prince-Édouard.
En 1910-1911, un câble téléphonique à
deux conducteurs a été posé entre Wood Islands
et Caribou, en Nouvelle-Écosse, sous la supervision de
la Maritime Telegraph & Telephone Company, le premier appel
interprovincial ayant eu lieu le 3 janvier 1911. L'emplacement
de ce câble est toujours apparaît aujourd'hui sur
les cartes de navigation. La pose de ce câble a été
achevée le jour de l'An, le 1er janvier 1911. Deux autres
liaisons par câble sous-marin pour le téléphone
ont finalement été construites vers le Nouveau-Brunswick,
appartenant au gouvernement fédéral.
Vers 1925, à Quebec le nombre d'abonnés
atteint 10 000. On uniformise donc les numéros de téléphone
qui auront tous désormais cinq chiffres.
En 1948, Island Tel a commandé un commutateur
Strowger
de 1 200 lignes à ATM de Liverpool. Il s'agirait du premier
système automatique de l'Île-du-Prince-Édouard.
Il est arrivé en 1949 et a été activé
en février 1950. Il a servi la communauté jusqu'en
1988, date à laquelle l'échange de longue durée
a été transféré vers un nouveau commutateur
DMS-100.
Lorsque l'interrupteur a été mis hors service, la
majeure partie a été mise au rebut sauf ce qui n'avait
pas été transporté à Terre-Neuve pour
être utilisé comme pièces de rechange pour des
équipements similaires.
En 1948, le premier système commercial
à micro-ondes au monde a été installé
entre Tea Hill près de Charlottetown et Fraser's Mountain
près de New Glasgow en utilisant un équipement de
modulation de temps d'impulsion développé par la
Federal Electric Company du New Jersey donnant 23 canaux, pour
remplacer le système souvent peu fiable. liaisons sous-marines
vers l'Île-du-Prince-Édouard.
Ce site se trouvait à proximité
de l'actuel 13 Upper Tea Hill Crescent à Stratford. La
propriété du site de la tour a été
cédée à la ville de Stratford pour être
utilisée comme parc vers 2000, et la ville a fait démolir
le bâtiment quelques années plus tard, car il devenait
un lieu de rencontre pour les adolescents et des problèmes
de sécurité ont conduit à son retrait. La
tour H d'origine a été supprimée il y a environ
20 ans pour la même raison. Sur la propriété,
à côté de son emplacement d'origine, se trouve
une tour/répéteur de la GRC.
Une autre liaison micro-ondes a été installée
en 1951 entre la baie d'Egmont et Moncton [Lutz Mountain, Nouveau-Brunswick]
à l'aide d'un système de canaux Lenkurt 42-C à
450 mégacycles à 12 canaux.
La popularité du téléphone
est telle que vers 1951, le nombre d'abonnés dans la région
de Québec atteint les 100 000. Ce phénomène
se produit déjà partout dans le monde depuis un
moment. On doit forcément augmenter le nombre de chiffres
du numéro de téléphone, mais on craint que
les gens aient de la difficulté à se souvenir de
six ou sept chiffres. On introduit alors un mot au début
du numéro dont les deux premières lettres correspondront
à des chiffres. Les numéros sont en effet plus faciles
à mémoriser ainsi et c'est l'apparition des lettres
sur le cadran du téléphone. Le mot correspond au
nom du central auquel l'abonné est relié.
En 1956, nous pouvons affirmer avec une certaine
certitude que le câble MT&T n'était plus en service,
car des sources d'Island Tel affirment qu'à la suite de
la tempête de verglas de 1956 , la liaison micro-ondes depuis
Tea Hill assurait la seule communication téléphonique
hors service. À cette époque, des poteaux tombés
dans l'ouest de l'Île-du-Prince-Édouard empêchaient
l'utilisation de la liaison Egmont.
À la suite de la tempête de verglas
de 1956, un système a été installé
de Fraser Mountain, en Nouvelle-Écosse, à Charlottetown,
à Hazel Grove, Summerside, Egmont, puis à Moncton,
au Nouveau-Brunswick. Ce système a permis d'enlever de
nombreux kilomètres de poteaux et de câbles à
péage endommagés par la tempête. et a assuré
que la liaison Egmont resterait active même si une autre
tempête de verglas comme celle de 1956 se reproduisait.
1958 - De New Glasgow, Nouvelle-Écosse à Summerside
Collins 6 GHz, 120 canaux.
Ce système comprenait sept stations ; une station terminale
à Egmont, un double répéteur à Hazel
Grove, un double terminal à Charlottetown, un répéteur
au mont. Buchanan, un terminal à diversité spatiale
à Fraser Mountain et une station principale d'alarme de
panne à New Glasgow.
Charlottetown à Summerside Système allant du mont
Fraser au mont Buchanan, 12 circuits à péage.
De Summerside à Moncton, Nouveau-Brunswick. en passant
par Hazel Grove, Charlottetown, Summerside 12 circuits à
péage.
Charlottetown-Moncton, Nouveau-Brunswick. puis de la baie d'Egmont
à Moncton. 6 circuits à péage.
1968 - Le 18 août 1968, un système
Lenkurt 71F à 120 canaux a étendu le réseau
depuis la baie d'Egmont via O'Leary. Lenkurt était une
filiale de GTE spécialisée dans les micro-ondes.
Photo de Terry Biddlecombe.
1970 - Un nouveau système de circuits
960 est installé entre Nutby Mountain, en Nouvelle-Écosse,
et l'aérogare de Churchill, à l'Île-du-Prince-Édouard.
De là, le signal a été retransmis à
Charlottetown. C'était un Lenkurt 878 2 Ghz. Système
960 canaux.
1973 - La partie Charlottetown du système
Collins ci-dessus a été remplacée par un
système micro-ondes Lenkurt 878 960 canaux. La raison en
était de répondre à la demande suscitée
par le déménagement des opérations interurbaines
de Summerside à Charlottetown.
1974 - La partie Summerside-Egmont est remplacée
par un système Lenkurt à 450 canaux.
1979 - Deux systèmes Lenkurt 878C3 sont
installés entre Nutby Mountain, en Nouvelle-Écosse.
à Tea Hill pour transmettre les signaux de télévision
à Island Cablevision.
1979 - Extension du réseau jusqu'à
Churchill, Île-du-Prince-Édouard, à partir
de Nutby Mountain, Nouvelle-Écosse. en utilisant un 2 GHz.
Système Lenkurt 878C3. De plus, en 1979, le site de la
baie Egmont a été mis hors service et remplacé
par la nouvelle liaison à 130 canaux entre Murray River,
à l'Île-du-Prince-Édouard, et Fraser Mountain,
en Nouvelle-Écosse. Cette nouvelle liaison a ouvert deux
ans avant la mise hors service d'Egmont et a été
inaugurée le 8 février 1977. Ce système était
alimenté par un système Lenkurt 71F à 120
canaux fonctionnant à 2 Ghz. 24 canaux étaient réservés
aux besoins futurs et aux urgences. Photo de Terry Biddlecombe.
1986 - Une nouvelle route numérique est
construite avec 672 circuits de Charlottetown, à Seal River
jusqu'à Hardwood Hill, en Nouvelle-Écosse, puis
à Fraser's Mountain, et enfin à Halifax.
Le développement des micro-ondes s'est
poursuivi à l'Île-du-Prince-Édouard afin de
fournir davantage de liaisons avec le continent et, en fait, dans
toute l'Île, avec un nombre croissant de liaisons et des
stations plus puissantes.
Le succès de la première installation de micro-ondes
de l'île à Tea Hill a été suivi de
près par les sociétés membres du Trans Canada
Telephone System et, finalement, elles ont adopté un lien
de stations de micro-ondes partout au Canada. En 1958, dix ans
après l'adoption des micro-ondes par l'île, le système
micro-ondes transcanadien a été achevé et
a couvert les 3 900 milles d'Halifax à Vancouver avec plus
de 139 installations de répéteurs à travers
le pays. Ces informations sur les installations de micro-ondes
sur l'île s'appuient en grande partie sur le livre de Walter
Auld, "Voices of the Island".
1985 - Le câble à fibre optique
fait ses débuts à l'Île-du-Prince-Édouard
avec une longueur de 25,6 km. lien de Charlottetown à Seal
River offrant des parcours de parole pour 2016. Une deuxième
piste a été installée entre Seal River et
Montague, offrant 672 voies vocales.
2004 - Bragg Communications (Eastlink) installe
un câble sous-marin à fibre optique de 56 kilomètres
traversant le détroit de Northumberland, de Graham's Pond,
à l'Île-du-Prince-Édouard, à Port Hood,
en Nouvelle-Écosse. L'installation a été
réalisée par IT International Telecom et le navire
Alcatel-Lucent « Île de Batz ».
|
Nova scotia Telephone réagira vite et adopte
une charte fédérale sous le nom de Nova Scotia and New
Brunswick Telephone. Les autorités faisant trainer les choses
et finalement la charte fédérale ne sera pas accordée.
Entre temps la New Brunswick Telephone avait ouvert des centres téléphoniques
dans les principales villes, déclanchant une guerre des prix
... La situation devint vite incontrôlable.
Nova scotia Telephone fit appel à Sise qui vint sur place et
exposa la théorie de Vail sur l'occupation du territoire et suggère
de construire une ligne entre les provinces de Amherst et Moncton ...
Rien n'y fit , il fallut se résoudre à vendre.
Bell racheta les installations de la New Brunswick Telephone au New
Brunswick et les revenda à la New Brunswick Telephone en 1889
pour 50 000 dollars, moitié en argent moitié en actions
soit une participation de 31 % .
Tout comme en Nouvelle Ecosse, la nouvelle compagnie nommera deux représentants
de Bell au conseil d'administration.
Le réseau de Bell Nova Scotia Telephone au Nouveau Brunswick
compta quatre centres téléphoniques pour 520 abonnés.
Bilan : la perte de la Nouvelle Ecosse et du Nouveau Brunswick enleva
1200 abonnés à Bell
Le repli de bell Telephone sur le Québec l'Ontario et l'Ouset
est relatif, le gros de la population du Canada est concentrée
sur le Québec et l'Ontario.
Bell continera à fournir les équipements pour l'Ile Edouard
Nouvelle Ecosse et le Nouvea Brunswick. Mais la pénuerie de capitaux
continue de freiner la pénétration du téléphone
de façon discriminatoire.
Bell privilégia les grandes villes ou le taux de rendement est
intéressant, contrairement aux campagnes, Le mécontentement
dans la majeure partie du Canada menace l'existance du monopole de Bell
.

1889 La toute première facture du service téléphonique
de la chambre élective du Parlement provincial.
Celle-ci a été envoyée par la Bell Telephone Company
of Canada (aujourdhui Bell Canada) à lhonorable Félix-Gabriel
Marchand, alors quil siégeait comme premier ministre du
Québec.
En 1890 Size prend la présidence de la socièté
(jusqu'en 1915).
En 1892, une loi spéciale est adoptée au Parlement
canadien qui stipule que toute augmentation des tarifs téléphoniques
doit au préalable être approuvée par le gouverneur
en conseil; cet événement marque le début de la
réglementation de la téléphonie au Canada.
Durant les années 1880, 1890 et 1900, les caractéristiques
de la clientèle de Bell demeurent à peu près les
mêmes : manufacturiers, commerçants, gens daffaires,
familles fortunées, notables, institutions. La progression comparée
des abonnés daffaires et résidentiels permet de
souligner un rythme différentiel dans les deux cas. Ainsi, on
constate que le marché daffaires est plus rapidement saturé.
Cest pourquoi, à partir de la fin des années 1910,
Bell se tourne davantage vers le milieu résidentiel et met en
uvre une politique commerciale active destinée spécifiquement
à cette clientèle. Au cours des années 1920, on
peut observer un changement dans la proportion des abonnés :
le pourcentage de la clientèle résidentielle gagne du
terrain pour atteindre 50 % des utilisateurs. Toutefois, pour accroître
ses revenus, Bell préfère augmenter la consommation du
service téléphonique auprès de ses abonnés
plutôt que de recruter de nouvelles clientèles, jusque-là
plus ou moins étrangères à la culture téléphonique.
Par exemple, lentreprise propose à ses clients résidentiels
la location dun deuxième appareil.
13 avril 1900 Un
centre téléphonique à batteries centrales
est installé à Ottawa, en Ontario. Les batteries
sont retirées de chez le client
Au lieu de tourner la manivelle du téléphone pour obtenir
la téléphoniste, le client na quà soulever
le récepteur pour parler à l'opératrice.
En 1900 le service de base résidentiel
coutait 30-35 dollars pour Montreal Toranto et de 50-55 dollars pour
le marché d'affaires alors qu'à New York il était
de 240 dollars. Cela parce que en 1885 le gouvernement annula les brevets
de Bell ce qui créa un début de conurrence et incita à
la baisse des tarifs pour le téléphone. Aux Etats Unis
les brevets resterons en vigueur jusqu'en 1893-94.
Sise privilégia le marché d'affaires : les entreprises
d'abord, les foyers ensuite. Démarche qui resta car c'est au
marché d'affaires qu'il appartient d'amortir les coûts.
De même les villes auront la priorité sur la campagne jusqu'au
tournat du siècle lors du déferlement d'émigrands
vers l'Ouest. Une masse d'agriulteurs sans fortune exigerons et obtiendront
le téléphone, ils briseront les barrières géographique
et sociale qui faisait obstacle à ladiffusion de cette nouvelle
tehnologie. Ils provoqueront même une grave crise économique
de la Bell Telephone.
Lachat de concessions exclusives des municipalités était
un autre moyen de détruire la concurrence : en 1905, Bell
en avait déjà acheté 30, et elle en acquit 40 autres
de 1905 à 1910.
En échange de la garantie dun monopole local, Bell versait
un droit de concession à chaque municipalité et offrait
souvent un certain nombre dappareils gratuitement. Elle consentait
à ne pas augmenter ses tarifs pendant une période déterminée
; ce fut le seul contrôle réel auquel ses tarifs furent
soumis durant plusieurs années.
Sise imagina une autre tactique pour vaincre la concurrence :
signer, avec les sociétés ferroviaires, des contrats donnant
à Bell le droit exclusif de placer des appareils téléphoniques
dans les gares et de construire des lignes téléphoniques
le long des voies ferrées.
Pour les compagnies de téléphone concurrentes, être
exclues des gares leur infligeait un dur coup : par exemple, les marchands
ne pouvaient pas se servir de téléphones indépendants
pour se renseigner sur larrivée des marchandises.
Parfois, les sociétés ferroviaires elles-mêmes en
souffraient. Ainsi, à Fort William (Thunder Bay, Ontario), le
conseil municipal, qui exploitait un service téléphonique
en concurrence avec Bell, riposta en interdisant à celle-ci dinstaller
des appareils au poste de police et au poste de pompiers. Les employés
du chemin de fer ne pouvaient pas communiquer rapidement avec ces postes,
même en cas durgence.
Au début du xxe siècle, Bell inspirait une insatisfaction
si générale et une animosité telle que le Parlement
recevait par centaines des pétitions dans lesquelles des municipalités,
des comtés et des particuliers réclamaient un resserrement
du contrôle gouvernemental.
Sous la direction de William Douw Lighthall, lUnion des municipalités
canadiennes recommandait létatisation des systèmes
téléphoniques.
En mars 1905, comme le mécontentement ne cessait de croître,
le premier ministre, sir Wilfrid Laurier, confia à un comité
spécial des Communes présidé par le maître
général des Postes, sir William Mulock, le mandat denquêter
et de faire rapport sur la situation.
Devant cette tournure imprévue des événements,
Sise, alors âgé de 70 ans, écourta des vacances
en Europe pour accourir à la défense de Bell.
sommaire
Non seulement Sise engagea-t-il une équipe davocats
et de témoins experts prestigieux et politiquement influents,
mais il soutint Bell dautres manières en présentant
lui-même un témoignage long et passionné devant
le comité et en exerçant des pressions en coulisse.
Les renseignements recueillis par le comité prouvaient que lentreprise
exigeait des tarifs élevés dans les territoires où
elle détenait un monopole, quelle se livrait à des
pratiques impitoyables là où elle avait des concurrents
et que, dune façon générale, il ny
avait pas de service dans les régions rurales.
Malgré tout, Sise parvint à convaincre le comité
de ne pas faire de recommandations et de se contenter de publier intégralement
la transcription de ses travaux, ce qui eut pour effet de rendre tout
lexercice quasi inutile.
Laurier mit fin à lenquête sur le téléphone
à la veille de la fin de la session parlementaire en juillet.
Les pouvoirs de réglementer Bell furent délégués
au Conseil des commissaires des chemins de fer en 1906.
La solution de Laurier à la controverse du téléphone
ne plut pas dans les Prairies : en 19081909, les trois gouvernements
provinciaux achetèrent les installations de Bell.
Pendant un temps, dans lespoir dapaiser le ressentiment
des gens de lOuest, Sise avait envisagé de confier ces
installations à une filiale, la North American Telegraph Company,
mais il finit par se résigner à la provincialisation.
Lachat des installations par les gouvernements provinciaux
améliora sans nul doute la rentabilité de Bell, car
il lui permit de se concentrer sur les marchés les plus populeux
et les plus potentiellement lucratifs.
En plus, une fois confiné à lOntario et au Québec,
Sise put se consacrer au développement des activités manufacturières.
Bell avait commencé à fabriquer de léquipement
en 1881, mais pas suffisamment pour conjurer la décision
du commissaire des brevets en 1885.
Puis, en 1895, Sise avait convaincu Bell de fonder la Northern
Electric and Manufacturing Company. Cette société
sétait mise à produire des articles fabriqués
auparavant par Bell avec lautorisation de lAmerican Telephone
and Telegraph. Quatre ans plus tard, Sise vendit à Bell, pour
la somme de 500 000 $, une entreprise montréalaise qui avait
aussi fourni de léquipement à Bell et dans laquelle
il avait des intérêts majoritaires, la Wire and Cable Company.
Ces manipulations organisationnelles ennuyaient la direction de la Western
Electric, la filiale de lAmerican Telephone and Telegraph qui
fournissait léquipement à Bell. En 1901, Bell sapprêtait
à réduire ses commandes à la Western Electric,
qui était exclue dautres marchés canadiens à
cause dune entente antérieure selon laquelle elle ne devait
pas faire directement concurrence à Bell. La Western Electric
avait de linfluence sur Sise, car sa société mère
était en même temps le plus gros actionnaire de Bell. En
plus, en vertu de lentente de 1880, la Western Electric fournissait
à Bell tous les brevets obtenus au Canada. Cest dans ce
contexte que, pour apaiser les tensions, Sise accepta que la Western
Electric acquière au cours des années suivantes des intérêts
minoritaires mais substantiels dans la Northern Electric and Manufacturing
Company et dans la Wire and Cable Company. En 1914, quand Bell fusionna
ces deux filiales manufacturières pour former une nouvelle entreprise
nommée Northern Electric Company, la Western Electric acquit
43,6 % des actions ; Bell et ses dirigeants canadiens souscrirent le
reste, soit 56,4 %. Ce schéma de propriété persista
jusquà la fin des années 1950. Il permit à
la Northern Electric de se servir des brevets et maquettes de la Western
Electric, mais retarda ses progrès dans linnovation.
Par ailleurs, Sise mit au point les arrangements par
lesquels Bell fit des interconnexions avec des compagnies indépendantes
après lentrée en vigueur de la réglementation
en 1906. En vertu des modifications apportées cette année-là
à lActe des chemins de fer, le Conseil des commissaires
des chemins de fer pouvait ordonner des raccordements entre ces compagnies
locales et les lignes interurbaines de Bell « à telle condition
rétributive que la Commission juge[ait] juste et à propos
». Bell accepta que certaines compagnies indépendantes
se raccordent à ses lignes interurbaines sans recourir au conseil.
Cependant, les soi-disant « compagnies concurrentes » se
virent refuser de faire des interconnexions et durent présenter
leur cause au conseil. Par une série de décisions, les
commissaires déclarèrent que les compagnies qui se présentaient
devant eux pour demander des raccordements devraient dédommager
Bell pour la perte de clientèle locale et pour les frais des
raccordements.
Ces décisions étaient si désavantageuses
que, au début des années 1920, il ne restait plus de compagnies
« concurrentes ».
Sise était tout dune pièce,
mais il avait une personnalité incomplète, et cétait
peut-être un solitaire. Autocrate énergique et méticuleux,
il se tenait à lécart des employés, à
qui il inspirait généralement la plus grande loyauté
et le plus grand respect. Envers les concurrents, il était froid
et calculateur, voire impitoyable. Envers les gouvernements, il pouvait
être irritant et, à loccasion, sournois. Bien quil
ait appartenu au Club St James et au Club Mont-Royal de Montréal,
cet homme tranquille et austère trouvait repos et détente
surtout chez lui. Il y faisait régner lordre et la discipline
et nétait pas très proche de ses enfants ; dailleurs,
il avait de 40 à 45 ans de plus que ses fils issus de son second
mariage. Il lisait beaucoup mais navait pas dautres passe-temps,
tant il était absorbé par la défense et lavancement
de la compagnie quil avait formée.
Sise dirigea personnellement les activités
de la Compagnie canadienne de téléphone Bell durant 35
ans, dabord à titre dagent spécial en 1880,
puis, de 1880 à 1890, de vice-président et directeur administratif,
puis finalement, de 1890 à 1915, de président et directeur
administratif.

Sise de 1915 à son décès en 1918, il fut président
du conseil dadministration de Bell.
Toutefois, son influence persista au delà de sa retraite et de
sa mort, car, comme la dit un historien du xxe siècle,
il « colonisa la compagnie avec ses protégés ».
Lewis Brown McFarlane, que Sise était allé chercher à
la Compagnie de télégraphe de la Puissance en 1880, lui
succéda à la présidence en 1915, détint
ce poste jusquen 1925 et fut président du conseil dadministration
de 1925 à 1930.
Le fils aîné de Sise, nommé aussi Charles Fleetford,
entra au conseil dadministration de la compagnie en 1913.
Nommé président de lentreprise en 1925 à
la suite de McFarlane, il exerça cette fonction jusquen
1944 et occupa aussi, entre autres, un poste dadministrateur à
la Northern Electric Company.
Les autres fils de Sise, Edward Fleetford et Paul Fleetford, furent
placés au conseil dadministration de la Northern Electric
en 1911 ; Edward Fleetford fut nommé président de cette
entreprise en 1914 et Paul Fleetford lui succéda en 1924.
La famille Sise domina donc la Compagnie canadienne de téléphone
Bell durant deux générations, de 1880 à 1944.
sommaire
Montréal, La Ville contre les poteaux et les
fils
Édifice
Bell de la rue Saint-Jean en 1908,
|
En même temps que Bell élabore sa
propre vision du réseau et du service téléphoniques
faisant appel à une rationalité limitée
et à une conception étanche de la nouvelle technologie
et de ses applications , diverses formes dopposition
sont mises de lavant par des acteurs locaux concernés
par laménagement urbain, principalement les gestionnaires
et les élus municipaux ainsi que les membres des mouvements
associatifs. Réclamant une plus grande part dautonomie
dans le champ sociopolitique eu égard au développement
et à la gestion des services publics, ils tentent de faire
valoir la légitimité de leur point de vue et de
leurs intérêts. Voulant élargir la marge de
manoeuvre de ladministration municipale par rapport à
ces services, les gestionnaires publics suggèrent une vision
de laménagement urbain qui se démarque de
celle des opérateurs privés. Des arrangements institutionnels
plus conformes à leurs attentes sont négociés
avec les exploitants du service téléphonique. Au
fil des ans, les diverses interventions des pouvoirs publics montréalais
principalement ladministration municipale
sont parvenues à infléchir les pratiques de Bell.
Malgré leur portée limitée, ces tentatives
nont pas moins contribué à redéfinir
le cadre de laction collective.
Au cours de la période étudiée,
la nature des rapports entre les gestionnaires publics de lespace
urbain et les opérateurs privés du téléphone
sest modifiée. Dans un premier temps, cest-à-dire
à partir de lintroduction du service de Bell en 1880,
et ce, jusquen 1906, on peut considérer quil
sagit là dune sous-période dexpérimentations.
Sur les plans juridique et institutionnel, les gestionnaires municipaux
sont alors confrontés à de nouveaux enjeux : présence
physique des infrastructures, modalités de tarification
du service, projet de municipalisation du téléphone.
Les mouvements de protestation dirigés par la municipalité
aboutissent, en 1906, à lobtention dune réglementation
fédérale plus étroite des activités
commerciales de Bell. En 1908, lentreprise obtient néanmoins
le monopole du service sur le territoire montréalais.
À qui appartient la rue ?
Le poids croissant du politique (1880-1906)
Dentrée de jeu, on peut dire que
les équipements du réseau téléphonique
ne font pas seuls lobjet de critiques sévères
de la part des collectivités locales. En effet, à
partir de la seconde moitié du XIXe siècle, la diffusion
de lensemble des nouveaux services de transport et de communication
donne lieu à des oppositions animées entre, dune
part, les administrations municipales et, dautre part, les
distributeurs privés de services. On est ici loin des représentations
de la ville moderne et efficace telles que véhiculées
par le discours et liconographie publicitaires. En fait,
on observe un décalage considérable entre les images
idéalisées de la ville mises de lavant par
les opérateurs privés de réseaux et la réalité
urbaine telle que vécue par les habitants des quartiers
centraux et que reflète en bonne partie la position des
gestionnaires publics locaux.
Même si à première vue il semble que la matérialité
des infrastructures soit en grande partie responsable de la montée
des mouvements locaux de protestation, il reste quavant
tout, ce sont des enjeux sociopolitiques qui les alimentent. Ces
enjeux concernent dabord la place de plus en plus importante
occupée par les grandes entreprises privées dans
lespace urbain. Ensuite, cest la situation dinégalité
prévalant dans la distribution des services sur les plans
géographique et tarifaire qui est contestée. Enfin,
les avantages commerciaux dont bénéficient les entreprises
monopolistiques les gouvernements fédéral
et provincial font dailleurs preuve de complaisance à
légard de cette situation incommodent beaucoup
les élus locaux et leurs alliés. Ceux-ci ont limpression
de perdre le contrôle de laménagement du territoire.
Cest pourquoi ils vont tenter de se réapproprier
certains pouvoirs, notamment par le biais de la réglementation.
Une réglementation municipale inopérante
Au cours des années 1880, certaines associations
qui représentent des groupes de citoyens préoccupés
par les problèmes daménagement, de transport
et de communication sinquiètent de ce que la municipalité
nait aucun pouvoir juridique pour contrôler le développement
du réseau téléphonique. Elles réclament
notamment une réglementation plus stricte de linsertion
physique des équipements téléphoniques. Cest
le cas de la Chambre de commerce qui affirme, en 1889, que les
poteaux et les fils « gênent le commerce et la circulation
publique». Ainsi, les représentants de cette association
demandent-ils aux membres du Comité des chemins et au Département
en Loi de la Cité de Montréal de prévoir,
dans la charte de la Ville, de nouvelles dispositions obligeant
les entreprises de services publics à enfouir leurs équipements.
Lannée suivante, un amendement à la Charte
de la Cité de Montréal autorise, du moins théoriquement,
ladministration municipale à intervenir et à
encadrer laction des opérateurs privés .
 
Angle des rues Gosford et Craig (Saint-Antoine), Montréal,
1913. Et équipe de Bell installant les câbles de
téléphone dans les conduits souterrains de l'entreprise,
à l'angle des rues Sherbrooke et Redpath dans le quartier
Saint-Antoine, Montréal, 1903.
Un projet de construction dun réseau municipal de
conduits souterrains est associé à cet amendement.
Selon la nouvelle loi, le Conseil municipal peut, par règlement,
forcer toutes les compagnies de télégraphe, de téléphone
ou déclairage « à placer sous terre
leurs fils posés dans les rues ou ruelles où les
dits conduits souterrains auront été complétés,
et faire enlever les poteaux ; le tout dans les six mois qui suivront
lavis à être donné par la corporation».
Par contre, le même règlement permet aux entreprises
de construire leurs propres canaux sous la surveillance des inspecteurs
municipaux. Les concepteurs des réseaux, notamment les
dirigeants de Bell, vont dailleurs rapidement profiter de
cette possibilité qui leur est offerte.
En 1890, lannée où la Ville
se voit dotée de nouveaux pouvoirs juridiques lui permettant
dobliger les compagnies à enfouir leurs équipements,
Bell obtient la permission dinstaller un conduit souterrain
rue Sainte-Catherine, entre les rues de la Montagne et Saint-Christophe4.
Les années suivantes, une bonne partie des équipements
de Bell localisés dans le quartier des affaires et dans
le quartier Saint-Antoine (nommé aussi secteur Uptown)
sont enterrés grâce à cette disposition.
Cest surtout pour des raisons techniques que la compagnie
montréalaise effectue ces travaux. En effet, lélectrification
des tramways et lintroduction de léclairage
électrique dans les milieux urbains denses accroissent
la quantité de fils et de poteaux, et provoque de ce fait
des problèmes de transmission des communications. Dès
lors, on envisage vite lenfouissement des infrastructures
comme la seule solution à ce problème. Cest
du moins lexplication présentée dans le rapport
annuel de Bell en 1891 :
The introduction of electricity for Street Railways, Motors,
etc., as well as Electric Lighting, has made it necessary to provide
for a great deal of reconstruction, of which in the larger Cities,
a large percentage must be underground. This work is being carried
on as rapidly as its nature will permit.
En 1891, le premier tronçon des travaux
denfouissement de Bell est terminé6. Toutefois, les
nouvelles dispositions normatives municipales autorisant la construction
du réseau téléphonique ne sont guère
plus restrictives quauparavant. Dans plusieurs quartiers
centraux, les innombrables poteaux plantés sur le trottoir
et lenchevêtrement de fils qui obstruent lespace
aérien offrent un aspect aussi chaotique.
En 1903, une Commission spéciale du Conseil municipal au
sujet des conduits souterrains est mise sur pied. Elle devra proposer
une solution définitive à la multiplication des
infrastructures requises pour la distribution des services qui
utilisent lélectricité comme force motrice.
Au cours dune réunion tenue pendant lété
1903, les membres de la Commission invitent différents
représentants des entreprises de services publics, notamment
C. F. Sise et L. B. Macfarlane7, à venir les rencontrer.
On sollicite en fait leur présence pour élaborer
un plan commun denfouissement des fils.
Dans un premier temps, les membres de la Commission des conduits
souterrains procèdent à lembauche dun
expert qui doit préparer les plans et les spécifications
et estimer les coûts de leur réalisation. Les commissaires
font appel à un expert étatsunien, Charles E. Phelps,
lingénieur en chef de la Subway Commission de Baltimore.
Son plan, présenté aux membres de la Commission
spéciale en janvier 1904, favorise lenterrement des
fils au centre-ville et linstallation des équipements
le long des ruelles dans les autres quartiers. Par la suite, il
est résolu de soumettre ce plan au Conseil municipal. Celui-ci
devra sadresser à la Législature de Québec
« pour obtenir les pouvoirs nécessaires pour forcer
les Compagnies électriques établies dans la Cité
de Montréal à mettre leurs fils dans un conduit
commun appartenant à la Cité et sous son contrôle
absolu [...]».
Lopinion rendue par les avocats de la Ville
à la suite du rapport préparé par lexpert
étatsunien illustre létat dimpuissance
dans lequel se trouve ladministration municipale. Afin dy
pallier, on suggère dintroduire un nouveau règlement
municipal qui ferait en sorte que la Ville puisse exercer elle-même
les prérogatives qui lui sont garanties par sa Charte,
à savoir : le droit de forcer toutes personnes, compagnies
ou corporations possédant des franchises ou ayant des droits
acquis dans les rues de Montréal, de placer sous terre
Leurs tuyaux, conduits et fils conducteurs.
Quelques mois après le dépôt au Conseil de
ce plan et du rapport juridique qui laccompagne, les membres
de la Commission échevinale spéciale invitent à
nouveau les représentants des principales entreprises à
discuter des modalités de mise en oeuvre du projet et des
dispositions techniques, administratives et financières
quil implique. Manifestant leur intention dobtenir
de nouveaux pouvoirs auprès du gouvernement provincial
pour construire un réseau de conduits souterrains, les
membres de la Commission spéciale se trouvent confrontés
à de vives objections de la part des directeurs des principales
compagnies concernées, à savoir Montreal Light,
Heat and Power Company (qui exploite les réseaux dénergie
électrique et de gaz), Montreal Street Railway Company
et la Compagnie de Téléphone Bell du Canada. Les
principales critiques ont trait aux droits acquis des entreprises,
à ladministration effective du réseau souterrain
et aux pertes financières qui seraient encourues par la
construction de nouveaux conduits.
Au-delà des nombreuses considérations techniques
et financières mentionnées, on constate que les
dirigeants de Bell sopposent à la vision limitée
et à court terme mise de lavant par la Ville. En
bref, ils considèrent que cette dernière est incapable
de planifier et de gérer un système de conduits
souterrains qui soit conforme aux besoins croissants dune
métropole en pleine expansion. Pour démontrer que
le projet dun réseau municipal de conduits souterrains
extensif nest pas souhaitable, les opérateurs privés
font prévaloir leur expertise dans le domaine de la distribution
des services
Malgré les objections des entreprises privées,
le Conseil municipal adopte en octobre 1905 le règlement
no 343 « relatif à lenlèvement des poteaux
et à lenfouissement des fils ». Selon ce règlement,
il est désormais interdit de poser des poteaux et de suspendre
des fils conducteurs le long ou à travers aucune rue, allée
et place publique dans la Cité de Montréal. Tous
les poteaux déjà érigés et les fils
conducteurs déjà suspendus devront être enlevés,
et lesdits fils conducteurs devront être placés dans
des conduites souterraines.
Le caractère radical des clauses de ce règlement
peut étonner, car il limite les activités des entreprises
de services publics au point même de nuire à la distribution
des services. De plus, il confère une grande responsabilité
à la municipalité. Toutefois, en pratique, ce règlement
na pas eu limpact escompté. En effet, une fois
le règlement adopté, les rues de la métropole
restent encombrées de poteaux et de fils. Il faut rappeler
que, même si la Ville de Montréal est mandatée,
grâce au nouveau règlement, pour encadrer la pose
des équipements, les sociétés de téléphone,
et en particulier Bell, détiennent aussi des pouvoirs accordés
par le gouvernement fédéral qui leur permettent
doutrepasser la réglementation municipale. Dès
lors, même si, en principe, les compagnies doivent recevoir
lassentiment de la municipalité pour implanter leurs
infrastructures, on aménage encore lespace public
de la rue en fonction des équipements. En fait, ce sont
les intérêts privés qui continuent à
orienter le développement urbain.
Cest ainsi que, quelques années plus tard, le règlement
adopté en 1905 est qualifié, de manière cynique,
par un journaliste du Nationaliste « dinutile, mais
long». Le sous-titre de larticle insiste sur linefficacité
des dispositions juridiques municipales en ce qui a trait à
lenfouissement des équipements : « Le 18 octobre
1905 la Ville de Montréal interdisait à toutes les
compagnies de planter des poteaux dans les rues. Cest
depuis ce moment-là quon en a posé le plus.
La défense de la Ville ne frappe quelle seule. »
Le caractère inintelligible du règlement serait
responsable dun accroissement des procédures bureaucratiques
qui rendent, ainsi, inopérant le règlement en question.
Il en découle, de toute évidence, une absence de
mesures concrètes et efficaces. Selon lauteur de
larticle, contrairement à ce quils prétendent,
en dernière analyse, les « maîtres des rues
de Montréal » ne sont pas les commissaires et les
échevins.
La Commission Mulock de 1905
Évoquée dès la toute fin
des années 1870 lors de lintroduction du téléphone,
la question du contrôle des rues en rapport avec les infrastructures
est à nouveau soulevée en 1905. Cela survient lors
dune Commission parlementaire spéciale mise sur pied
pour examiner lindustrie du téléphone au Canada,
la Commission Mulock. Le sentiment dinsatisfaction face
au service exprimé par les municipalités locales
atteint alors un point culminant, et ce, à léchelle
du pays. Ce mouvement dopposition incite le gouvernement
canadien à considérer de plus près la question.
Au cours de cette même année, le Parlement canadien
reçoit une pétition de 195 municipalités
et comtés dans laquelle les signataires demandent que les
compagnies de téléphone soient soumises à
la juridiction municipale afin que les administrations locales
puissent contrôler linstallation des poteaux et des
câbles. LUnion des municipalités canadiennes,
récemment constituée, envoie une pétition
exigeant que le service téléphonique soit distribué
par lÉtat puisque, selon ses représentants,
le service téléphonique est devenu un élément
indispensable au bien-être socioéconomique des citoyens.
Formée sous le gouvernement Laurier et
dirigée par Sir William Mulock, alors en charge des services
postaux canadiens, cette Commission parlementaire a pour mandat
de formuler des recommandations relatives à la tarification
et à la réglementation du service téléphonique.
Dans les transcriptions des audiences tenues devant les commissaires,
les enjeux que représente le téléphone pour
les municipalités ressortent clairement.
Lorsque la Commission Mulock est mise sur pied, les représentants
des mouvements de réforme urbaine sont engagés de
manière ouverte dans un affrontement qui oppose les municipalités
aux exploitants privés des services urbains, y compris
le service téléphonique. Un de ces représentants
tente de transformer les principaux éléments de
litige en enjeu politique. Il sagit de lun des chefs
de file du réformisme urbain au Canada, W. D. Lighthall
qui, quelques années auparavant, avait participé
à la formation de lUnion des municipalités
canadiennes. Ce poète, romancier, historien, avocat et
maire de Westmount nen est pas à sa première
expérience : il a déjà dirigé des
mouvements dopposition aux monopoles. Comme le suggère
le titre dun de ses articles écrits en 1905, lautonomie
municipale (municipal freedom) devrait permettre une meilleure
planification du développement urbain. Cest ce que
les réformistes espèrent pour pouvoir reprendre
la maîtrise du développement des villes. Puisque
plusieurs grandes entreprises privées, notamment Bell,
court-circuitent la juridiction municipale en allant chercher
leurs pouvoirs auprès des gouvernements fédéral
et provincial, il est impératif, selon les réformistes,
que les municipalités soient munies de nouvelles compétences.
Cest à cette seule condition quelles seront
en mesure de lutter contre linfluence considérable
des monopoles dans le domaine des services publics.
Comme les représentants des municipalités mettent
de lavant limage négative dun service
dont les équipements nuisent au bon déroulement
des activités urbaines, il nest pas étonnant
de constater que leurs critiques à lendroit de Bell
portent avant tout sur la présence physique du service
téléphonique dans la ville. Il est certain aussi
que ces acteurs tentent daccroître leur indépendance,
qui semble passer par la maîtrise de ce qui relève
du domaine public. Cest pourquoi lUnion des municipalités
canadiennes reproche à Bell denvahir la voie publique
et dempiéter sur la juridiction municipale.
Lenfouissement des câbles détruit les pavés
et, par le fait même, nuit au fonctionnement des activités
urbaines. Il en résulte de nombreux inconvénients
à la circulation des marchandises et des personnes. La
présence des poteaux et des câbles dans les villes
crée aussi des problèmes au service de sûreté
publique. Les pouvoirs publics craignent en effet les accidents
et, surtout, les incendies. À ce propos, on soutient que
les infrastructures gênent le travail des pompiers. De plus,
la concentration des équipements téléphoniques
dans le quartier des affaires tend à provoquer une hausse
des primes dassurance. On reproche toujours aux poteaux
et aux câbles doccuper trop despace sur la voie
publique et, par conséquent, de nuire aux autres infrastructures
de services publics, par exemple aux fils électriques nécessaires
aux tramways et à léclairage public. Certains
commentateurs abordent même le problème sous un angle
esthétique. La prolifération des câbles et
des poteaux constituerait une entrave à lembellissement
des rues. Selon les détracteurs des monopoles privés,
cest ce non-respect des principes dembellissement
urbain dont les citoyens se plaindraient le plus.
Les retombées de la Commission parlementaire
ne jouent pas en faveur des municipalités. Sa seule décision
majeure concerne la surveillance de la tarification du service
téléphonique. Désormais, cest la Commission
des chemins de fer qui assumera cette tâche. À partir
de 1906, les tarifs du service commencent à être
soumis à lapprobation de cette Commission qui doit
veiller à réduire les écarts entre les tarifs
à léchelle canadienne. Cest dire quà
chaque fois que Bell voudra réviser ses tarifs, ses dirigeants
devront dorénavant se présenter devant la Commission
des chemins de fer pour justifier leur hausse. Lentreprise
devra alors fournir des rapports détaillés de ses
activités financières et prouver que ses demandes
sont raisonnables. En dautres termes, la compagnie devra
démontrer que les demandes de hausse tarifaire nont
pas pour seul but de favoriser les actionnaires. Les nouvelles
dispositions adoptées obligent aussi Bell à se soumettre
à la réglementation municipale, à condition
toutefois que les responsables locaux ne retardent pas intentionnellement
la pose de nouvelles lignes.
Bien que soumises à une réglementation fédérale
plus serrée, les pratiques de Bell continuent dincommoder
les élus municipaux et les représentants des associations
corporatives. Aux lendemains de la Commission Mulock, la tarification
constitue sans doute lun des enjeux majeurs des services
publics de communication, et ce, jusquau début des
années 1920. Cest que la surveillance des tarifs
effectuée par la Commission des chemins de fer nentraîne
pas de baisses tarifaires substantielles pour les clientèles
commerciale et résidentielle montréalaises. Et le
problème de lencombrement de lespace public
occasionné par les poteaux et les fils reste encore au
coeur des conflits qui opposent la municipalité aux opérateurs
privés du réseau.
Des plans municipaux d'enfouissement des infrastructures
En 1908, au retour dun voyage en Europe
où il a été très impressionné
par les rues dégagées de la capitale française,
le maire Louis Payette (en poste de 1908 à 1910) met sur
pied une nouvelle Commission spéciale qui se penche sur
les conduits souterrains. Cest quau cours de lannée
précédente, un rapport présenté en
juin par la Canadian Fire Underwriters Association a démontré
la nécessité denfouir les équipements
électriques compte tenu des dangers dincendie quils
représentent. Selon ce rapport, Montréal serait
lun des pires exemples dencombrement dû à
la trop grande quantité de fils et de poteaux, ce qui augmenterait
dautant les risques dincendie provoqués par
les courts-circuits.
À linstar de la Commission municipale
des conduits souterrains de 1903 dont la retombée est,
comme on la vu, une réglementation locale non respectée,
la nouvelle Commission a pour mandat de mettre en place les moyens
nécessaires pour procéder à lélimination
des poteaux et des fils qui défigurent le paysage urbain.
Lidée est similaire à celle du projet précédent
: à laide dun prêt 5 millions de dollars
amorti sur une période de 40 ans et consenti par le gouvernement
provincial, la Ville veut construire un réseau de conduits
destiné à accueillir tous les fils électriques,
télégraphiques et téléphoniques de
la métropole. Les entreprises seraient obligées
dy installer leurs équipements et de verser des redevances
à la Ville.
Dans lesprit de ladministration municipale, ce plan
densemble denfouissement doit être mis en oeuvre
par des ingénieurs municipaux. Néanmoins, la réussite
dune telle opération implique une collaboration étroite
entre les ingénieurs municipaux et les ingénieurs
des entreprises privées de services publics, ce qui est
sous-entendu. Doù limportance dinstaurer
une médiation, dune part, entre les intérêts
publics et les intérêts privés et, dautre
part, entre les dispositifs institutionnels et les systèmes
techniques. Cest du moins en ces termes quun journaliste
dun quotidien anglophone de la métropole saisit les
défis inhérents au projet municipal: « It
is very important that the engineers should have diplomacy as
well as engineering skills, so that they might show the companies
interested that it is in their best interests to work in harmony
with the city. »
Même si, grâce à sa Charte, la Ville détient
les pouvoirs requis pour réaliser un tel plan, sa conception
et sa mise en uvre ne vont pas de soi. Les difficultés
rencontrées en cours de planification sont multiples :
elles sont reliées à des questions économiques
(le financement), à des enjeux politico-institutionnels
(la délimitation des pouvoirs propres aux sphères
publique et privée, voire linstauration dun
partenariat qui requiert laccord de toutes les entreprises
engagées dans le projet), à des aspects techniques
(la conception dun réseau de conduits adapté
aux besoins futurs) et à des problèmes juridiques
(droits de passage et dusage). Citant les exemples de New
York et de Boston où lon a enfoui avec succès
les fils, un échevin déclare quil ne voit
pas pourquoi les pouvoirs publics montréalais ne réussiraient
pas à concrétiser ce projet. Par ailleurs, un autre
échevin exprime ses réserves à lendroit
de cette tendance à vouloir transposer, au cas montréalais,
le modèle propre à dautres villes : The
mere question of building the conduit is not the most important
phase of this matter. Other cities have built conduits and we
have their experience to go upon. But what is important in this
connection is the appointing of men who know all our local conditions
so that they will be able to deal with the companies in an intelligent
manner.
On le voit bien, cest par rapport à
lenjeu général de la domanialité et
à lenjeu spécifique de la construction de
mécanismes de conciliation des intérêts publics
et des intérêts privés que les acteurs locaux
abordent la question du service téléphonique. Sappuyant,
dune part, sur une certaine conception du pouvoir local
et faisant appel, dautre part, à une vision volontariste
de la gestion de la ville, ladministration municipale propose
plusieurs projets dont lobjectif premier est dencadrer
les formes du développement urbain.
À plusieurs reprises, différents acteurs politiques
locaux vont mettre de lavant le principe dun contrôle
de lespace public de la rue. Cest le cas du maire
Payette qui déclare en 1909 que « la Ville doit demeurer
maître de ses rues». Cette idée du contrôle
des rues signifie, entre autres, que la Ville revendique une forme
dautonomie par rapport aux gouvernements fédéral
et provincial qui légifèrent en matière de
services publics. Cest que, selon le maire Payette, le Conseil
municipal demeure la seule instance administrative apte à
orienter les destinées de la métropole dans ce domaine.
Voilà pourquoi, dans sa représentation du service
téléphonique et des infrastructures, la municipalité
fait appel, avant tout, à la primauté du pouvoir
local.
En dépit de nombreuses tentatives de ladministration
municipale pour surveiller limplantation du téléphone,
on constate que ce ne sont pas, en premier lieu, des considérations
dordre sociopolitique qui sont parvenues à déterminer
la forme et lexpansion du réseau. En fait, la réussite
du projet de Bell en termes de construction dun monopole
révèle plutôt la place prédominante
des aspects financiers et économiques. Somme toute, les
obstacles politicoinstitutionnels imposés par ladministration
municipale aux opérateurs privés du réseau
nont pas été efficaces.
En 1911, la Ville veut à nouveau régler
une fois pour toutes la question des poteaux et des fils. James
John Edmund Guerin, un réformiste anglophone, occupe alors
le poste de maire. Le Bureau des commissaires demande au Conseil
municipal de voter en faveur des dépenses encourues par
la mise sur pied dune nouvelle Commission celle des
services électriques de la Ville de Montréal
chargée de préparer un autre plan denfouissement
des fils. Dans le quotidien La Presse, on peut lire ce commentaire
quant aux espoirs que suscite lannonce de la création
de cette Commission : « Nous pouvons enfin espérer
que Montréal verra disparaître les nombreux fils
électriques qui forment un dangereux réseau au-dessus
de la tête des citoyens dans presque toutes les rues de
la ville. » Au même moment, dautres titres darticles
de journaux annoncent la disparition des fils, tout au moins le
long de certaines artères du centre-ville. Ce projet de
1911 aura pourtant un succès mitigé puisque certaines
entreprises concernées, notamment Bell, ne jugent pas bon
dy installer leurs équipements.
En fait, à Montréal, on ne réglera jamais
véritablement la question de la matérialité
des équipements téléphoniques. Ainsi, de
manière périodique, on annonce un plan densemble
auquel les compagnies de services publics doivent collaborer.
Si les nombreux plans et projets denfouissement semblent
réalistes et cohérents, leur exécution est
toujours retardée, sinon carrément paralysée,
pour différentes raisons, notamment des raisons financières.
Outre des limites matérielles, les exigences administratives
et les compromis nécessaires à la réalisation
dun réseau municipal de conduits souterrains semblent
hors de portée des pouvoirs publics montréalais.
Bien avant que la Ville de Montréal élabore
des plans en vue dexercer un certain contrôle sur
la prolifération des poteaux et des fils téléphoniques,
dautres municipalités de lîle sont parvenues
assez tôt à mettre en oeuvre des plans denfouissement.
Ainsi, des municipalités de la proche banlieue, comme Outremont
et Westmount, ont « pris linitiative » ; elles
ont été « les premières villes à
donner lexemple». Le succès de ces opérations
de construction de conduits souterrains qui accueillent les fils
de téléphone, délectricité et
de transport en commun trahit manifestement la présence
dune communauté plus homogène quant à
sa composition sociale et à ses intérêts.
Ses membres sont certes plus favorables aux activités des
entreprises privées puisquils sont non seulement
des abonnés aux services, mais surtout des actionnaires
des compagnies qui les distribuent. En somme, dans ce contexte,
lexistence dintérêts communs représente
des conditions favorables pour lextension des réseaux
(droits de passage sur les propriétés privées
plus aisément obtenus, collaboration des entreprises privées,
marge de manoeuvre financière plus grande de la part des
administrations municipales, etc.). De plus, les opérateurs
des réseaux partagent la même vision de la ville
que celle à laquelle adhèrent les citoyens et les
élus : un espace où le confort moderne est diffusé
dune manière sûre, efficace, discrète
et invisible.
Sur le territoire de la Ville de Montréal, la situation
est différente. Devant lincapacité de ladministration
municipale à prendre en charge le projet denfouissement
de tous les câbles, Bell construit ses propres conduits
souterrains. Poursuivant depuis plusieurs années une politique
denfouissement de ses équipements, la compagnie propose
en 1913 un plan densemble qui vise à mettre sous
terre les fils téléphoniques sur lensemble
du territoire urbain. Ladministration municipale lui accorde
la permission de réaliser ce plan à condition quelle
assume les frais de réparation des rues affectées,
quelle permette à la Ville dinstaller ses fils
pour son réseau de télégraphe dalarme
et de service de patrouille et enfin, que les poteaux soient enlevés
dès la fin des travaux denfouissement. Avec son plan
densemble, Bell peut ainsi prétendre participer à
l« amélioration locale ». En fait, cest
dans le quartier des affaires et dans certains quartiers résidentiels
où habite une population plus fortunée que ce plan
sera réalisé.
Au tournant du XXe siècle, le service téléphonique
semble envahir littéralement le paysage urbain. Mais avec
les années, ces équipements sintègrent
peu à peu à la réalité quotidienne
des citadins. On sy habitue. Les poteaux et les fils demeurent
omniprésents, mais on ne les perçoit plus comme
des éléments gênants. Il nen reste pas
moins que lintroduction de nouveaux équipements suscite
encore des réactions négatives de la part des autorités
municipales.
1910 les fils envahissent les rues 
|
Poste Northern 317AH
Table à 165 lignes
293A à batterie centrale 
sommaire
En 1910, labonnement au téléphone est un peu plus
répandu, bien que toujours lié à la richesse et
au statut professionnel. Quelques années plus tard, les mêmes
tendances persistent. Cest ce que démontre une étude
intitulée Zanesville and 39 other American Communities (A Study
of Markets and of the Telephone as a Market Index), commanditée
en 1927 par le périodique The Literary Digest9. Portant sur les
pratiques de consommation téléphonique dans les familles
étatsuniennes, cet ouvrage vise à distinguer les différentes
catégories dabonnés ainsi que leur pouvoir dachat.
Les auteurs de létude concluent que lindividu le
plus susceptible davoir un téléphone chez lui a
atteint un certain niveau de revenus et appartient aux groupes suivants
: dirigeants dentreprise, professionnels, négociants, cadres.
La capacité dassimiler la technologie du téléphone
dépend donc du statut social élevé des ménages
qui leur permet dacquérir plus rapidement les nouveaux
services. En fait, il ny a là rien détonnant.
Dautant plus que lon peut ramener ces constats à
des questions de revenus : les plus nantis consomment dabord les
services et les produits les plus récents. Bref, le taux de pénétration
du téléphone dépend des goûts et des caractéristiques
des consommateurs et non pas seulement de loffre.
Dans une étude sur la diffusion sociale du téléphone
au centre du Canada et plus particulièrement à Kingston
en Ontario, Robert Pike10 estime que les consommateurs optent pour le
service car ils apprécient les avantages de la communication
bidirectionnelle et instantanée. De plus, selon lui, il faut
aussi tenir compte des motivations moins tangibles comme le prestige
et lattrait que représente lutilisation dun
instrument moderne et novateur. Ainsi, le choix davoir recours
au nouveau service est-il aussi commandé par le désir
de se distinguer.
En ce qui a trait à la clientèle daffaires à
Montréal, au début du siècle, ce sont surtout les
commerçants, les manufacturiers et les institutions financières
qui profitent du service. Lors des premières années de
la diffusion du service, ses principaux clients sont les manufactures
et les commerces, les entreprises qui uvrent dans les transports
et les communications (compagnies ferroviaires et maritimes, taxis,
journaux), les services financiers, (banques, bourse, maisons de courtage)
et les services professionnels (architectes, notaires, avocats). Même
si le téléphone peut être à loccasion
un objet de consommation ostentatoire, on peut faire lhypothèse
quà linstar des abonnés à Kingston,
cest surtout pour des raisons instrumentales que la plupart des
abonnés daffaires montréalais retiennent le service
offert par les entreprises de téléphone.
Avant 1900, labonnement au téléphone demeure un
phénomène marginal dans les ménages. Cependant,
il représente un atout certain pour les gens daffaires,
puisquil leur permet de communiquer depuis leur domicile avec
leur lieu de travail ou encore avec des clients. Cette situation est
relativement fréquente en 1880.
Lors de son introduction et jusquà la fin des années
1900, le téléphone est donc utilisé par une clientèle
commerciale et daffaires de la ville-centre. En fait, au tout
début, les clients les plus importants sont ceux du service télégraphique.
À Montréal, la localisation centrale est aussi une variable
déterminante. En effet, les avantages intra-urbains des communications
téléphoniques demeurent nombreux (tarifs fixes, possibilité
de joindre un grand nombre dabonnés, rapidité du
service, etc.)
Les premières années de lhistoire de lusage
du téléphone sont marquées par la prédominance
des industriels, des commerçants et des professionnels. La communauté
des financiers et des banquiers est aussi très intéressée
par le nouvel outil de communication à distance. De manière
générale, de 1900 à 1910, la consommation du téléphone
dans lagglomération montréalaise donne une certaine
image de lattrait pour cette nouvelle technologie. Un des traits
les plus frappants est limportante progression du service.
La décennie suivante entre 1910 et 1920
présente des conditions différentes. Par rapport
au dynamisme de lurbanisation, on constate que la consommation
du téléphone évolue moins vite. Cest que
les années de guerre ont eu des effets sur loffre du service.
De plus, aux lendemains de la Première Guerre mondiale, lessor
du téléphone urbain atteint une ampleur que les dirigeants
et les ingénieurs de Bell navaient pas prévue correctement.
On est ici en présence dune situation particulière
: Bell narrive pas à combler la demande. Elle est en quelque
sorte victime de la popularité du service quelle offre.
Et dans certains secteurs de lagglomération qui ont connu
une croissance démographique forte, la demande pour les connexions
surpasse la capacité de commutation tâche effectuée
par les standardistes. Compte tenu du nombre impressionnant de lignes
quelles contrôlent, il leur devient de plus en plus difficile
dacheminer tous les appels. Ce qui nuit à la qualité
du service.
Le 14 fevrier 1916, le Canada celebre en grande pompe la premiere communication
telephonique transcontinentale entre Montreal et Vancouver. La voix
a vaincu la distance et le telephone, des lors, a definitivement relegue
le telegraphe au second plan dans les telecommunications modernes. Entre
ces deux bornes, notre these couvrira done pres de sept decennies d'histoire
institutionnelle et technologique.
Lautomatisation savère un moyen efficace pour
surmonter ces problèmes.
Ainsi, dans la seconde moitié des années 1920, la mise
en place des commutateurs automatiques se traduit-elle par une hausse
importante des abonnés résidentiels dans certains quartiers
suburbains. En même temps, le service est de plus en plus répandu
auprès de la classe moyenne.
La dernière décennie (1920-1930) est marquée par
la poursuite de la progression des abonnements.
Toutefois, au cours de la dernière année recensée,
un certain ralentissement commence à se manifester. Cette baisse
est due à la crise économique de 1929. Bien que la période
retenue ne nous permette pas de mesurer avec précision limportance
du phénomène, des études postérieures démontrent
que le taux de pénétration du service téléphonique
atteint seulement après la Seconde Guerre mondiale un niveau
comparable au plus fort taux, celui de la fin des années 1920.
sommaire
La commutation automatique et l'introduction des
postes téléphoniques à cadran
La technologie de commutation automatique est introduite aux États-Unis
et en Europe dès les années 1900.
- Dans les années 1890, le tout premier système
de commutation téléphonique automatique d'Almon
Strowger devenait de plus en plus connu, et il devenait évident
que la commutation automatique allait être indispensable pour
répondre au volume d'appels en évolution dans le monde
entier.
Dans un contexte de succès précoce aux États-Unis
du ststème Strowger, il était inévitable que les
administrations d'exploitation téléphonique d'autres pays
s'intéressent aux avantages de l'équipement Strowger Automatic.
Le système a fait sa première apparition à l'étranger
à Londres en 1898 - un standard d'exposition d'une capacité
de 200 lignes. Un an plus tard, la poste allemande a acheté un
système de 400 lignes qu'elle a installé pour le service
public à Berlin. Ces deux installations ont été
les premiers précurseurs de la pénétration mondiale
qui allait bientôt se produire.
Le Canada, Cuba et l'Australie ont été parmi les premiers
pays à reconnaître les multiples avantages du système
Strowger et à l'adopter à grande échelle.
Au Canada, une tentative fut faite de fabriquer à Montréal
des commutateurs Strowger.
Une compagnie au nom de Automatic Telephone
and Electric Cie of Canada émit en 1893 des prospectus
financiers à l'intention de ses futurs actionnaires qui portaient
le sous titre ambitieux "Survival of the first".
Les aprentis darwainistes instalérent la même année
quelques commutateurs à Terrebonne au Québec ainsi qu'à
London, Seaforth, Mitchel et Arnprior en Ontario, puis à Woodstock
au Nouveau-Brunswick.
Ces experiences furent de courte durée à cause de l'amateurisme
des compagnies exploitatntes. En 1908, àTerrebonne par exemple
le système Strowger fonctionna jusqy'à la première
pluie, la mauvaise isolation des fils aériens provoqua un court
circuit qui endommagea les batteries du central !!!
Système
Strowger
La photo montre l'utilisation de l'appareil dans un bureau ; les appareils
de commutation sont placés sur des étagères où
ils sont accessibles de tous les côtés. L'aménagement
prend ainsi peu de place, même pour les grands bureaux.
Le premier central automatique à fonctionner de façon
permanente fut celui de Whitehouse dans le Yukon, la ruée
vers l'or avait attiré dans le grand nord John Wyley, un ancien
employé de Stowger à Chicago. Il fonda la Yukon
Electric Compagny en 1901, puis il fit de même à
Saskatoon.
- D'autres inventeurs se mettent au travail avec plus
ou moins de succès comme Romaine
Callender, qui appartient à l'entourage de Bell
et qui a breveté divers commutateurs automatiques entre 1892
et 1896 avec 3 series de brevets. les premières expériences
réussies se passe à New-York en 1895 avec des modèles
en bois désignés : Brandford Exchange ou de Callender
Exchange.
Callender l'inventeur de Brandford
Callender quite le Canada en 1896 pour en Angleterre fonder
la Callender Rapid Telephone Compagny
Son système a finalement échoué, mais il a inspiré
deux de ses jeunes employés, George et James Lorimer,
à poursuivre les expériences.
Après des difficultés financières, lls fondent
leur propre entreprise, la Canadian Machine
Telephone, en 1897 à Peterborough, en
Ontario.
Leur premier essai était le développement du système
Callender Exchange . Il a été installé à
Troy, Ohio en 1897.
Les faiblesses du système Callender étaient évidentes,
les trois frères l'ont revisé au point qu'il ressemblait
vaguement au concept original.
En avril 1900, ils font breveter le système et se sentent
prêts à le commercialiser. Ils transformèrent leur
petit atelier dans la ville voisine de Piqua en un atelier de production
sous le nom de American Machine Telephone.
Brevets des frères Lorimer 1020211
et 1294285
Système Lorimer
Un commutateur de plusieurs centaines de lignes fut exposé à
Ottawa pendant deux mois,F.Dagger rédigea un rapport à
l'intention de l'hotel de ville de Torronto recommandant un essai dans
l'espoir de recevoir un contrat municipal. Hélas la ville abandona
le projet.
Des commutateurs furent installés à Peterborough ou était
installée l'usine de fabrication et à Bratford ou se trouvait
l'ancien établissement Callender.
En 1908 ils intallèrent d'autres systèmes à Burford,
Saint-George et Lindsay, toujours en Ontario mais ne firent aucune vente
aux Etats+-Unis.
En 1906, Edmonton Telephones avait passé une commande Lorimer,
mais elle ne parvint pas à en prendre livraison, l'entreprise
étant incapable de livrer un modèle adapté aux
besoins du client. Après deux ans d'attente, la municipalité
se rallia à l solution Strowgze , Automatic Electric obtint le
contrat et installa le central en deux mois. Devant le professionalismede
Strowger les frères Lorimer faisaient figure d'amateurs.
Désormais, les téléphonistes ne
sont plus indispensables pour acheminer les communications locales.
Dans les journaux de l'époque on annonce : " L'abonné
pourra se dispenser des opératrices ".
Il faudra attendre la nationalisationd= du téléphone
dans les les trois provinces des Prairies, soit 1908-09 pour que la
commutation automatique arrive à maturité au Canada.
1901 Nous devons garder en mémoire, que
lémission damateur a débuté au Canada
dès lorigine de la T.S.F., faisant suite aux essais de
Guglielmo MARCONI entre la station de Poldhu, en Angleterre, et celle
de Signal Hill à Terre-Neuve..
« Cest à Signal Hill, que le 12 décembre
1901, Guglielmo MARCONI reçut le premier signal transatlantique
sans fil. Il sagissait simplement des trois points de la lettre
« S » en morse, envoyés depuis Poldhu, en Angleterre,
à 3 500 km de distance. Lexploit de MARCONI montra les
possibilités inouïes de son système de communication
sans fil et inaugura lère des télécommunications
modernes à travers le monde
»
En 1913 la première pelletée de
terre a été soulevée pour la construction de l'édifice
voué à devenir le plus grand de sa catégorie dans
tout l'Empire britannique. L'Usine de la rue Shearer 1920 -1940
Montréal
Il a ouvert ses portes
en 1915 pour accueillir l'usine de fabrication de la Imperial Wire
and Cable suivant sa fusion avec la Northern Electric.
Au fil des ans les ateliers situés à l'usine de Guy
et Notre-Dame y ont été déménagés.
Sa superficie a atteint près d'un million de pieds carrés
après les agrandissements en 1926, 1929 et 1930. Il
est constitué de six ailes de huit étages et dix d'un
ou deux étages. Il a été construit pour durer,
il repose sur 5 151 piliers et possède 11 millions de briques.
Il n'y a que le revêtement en bois franc des planchers qui
soit combustible. Les portes coupe-feu pour accéder aux escaliers
sont composées d'une plaque d'acier d'un quart de pouce renforcé
de cornières de deux pouces sur son périmètre
et de trois diagonales.
|
Pendant la Deuxième Guerre mondiale lorsque l'on croyait
en un bombardement aérien nazi, les exercices d'évacuation
étaient de rigueur, toutefois, seulement les septième
et huitième étages l'étaient car on jugeait
improbable qu'une bombe puisse pénétrer plus de
deux étages.
Des turbines actionnées à la vapeur
à haute pression généraient l'électricité
du complexe jusqu'en 1930, la vapeur à la sortie des turbines
servait au chauffage. L'entretien de l'édifice était
hors pair, l'auteur se rappelle pendant une panne électrique
le lancement de la génératrice d'urgence en moins
de 20 secondes pour fournir le courant d'urgence.
L'immeuble abritait une grande variété
de machinerie utilisée pour fabriquer pratiquement tous
les composants nécessaires pour produire le matériel
et les équipements téléphoniques. On y fabriquait
des fils petits comme de cheveux jusqu'à de gros câbles
électriques de six pouces de diamètre. Toutes les
variétés de vis étaient usinés, les
pièces de métal y étaient formées
par des presses pour être ensuite usinées et plaquées,
son atelier de placage était le plus important de Montréal.
Une énorme quantité de munitions et du matériel
de communication ont été fabriqués pendant
les Première et Deuxième Guerres mondiales. Plus
de 9 000 employés y travaillaient pendant les années
1940 pour répondre à l'effort de la guerre.
L'usine de la rue Shearer était connue
comme la maison-mère parce que c'est d'elle qu'essaima
le personnel qui a démarré les autres établissements
de la compagnie au Canada et ailleurs dans le monde. Northern
Electric, Northern Telecom et enfin Nortel a occupé plus
de 50 immeubles uniquement dans la région de Montréal.
|
sommaire
Entre 1880 et les années
1920, les standardistes remplissent un rôle indispensable dans
les communications téléphoniques locales.
En 1907, 400 téléphonistes font la grève à
Toronto pour obtenir de meilleures conditions de travail.

Annonce publicitaire L'empressement à Satisfaire
La technologie des communications a continué de progresser rapidement
dans les années 1920, et les publicités de Bell sont restées
axées sur l'éducation du public sur les dernières
innovations, y compris les services interurbains et commutés.
M. Neill, du service commercial de Bell, a déclaré: «Nous
devons informer les gens sur notre entreprise et leur faire savoir le
rôle clé que nous jouons dans la vie de la communauté.
Nous devons continuer à faire de la publicité pour enseigner
la valeur du service téléphonique ». Une nouvelle
campagne avec le slogan : « Plus vous en savez sur le téléphone,
mieux il vous servira » visait à éclairer les gens
sur la complexité du système téléphonique
et à demander également la coopération du public
pour assurer un service de qualité. En plus des journaux, Bell
a commencé à faire de la publicité dans d'autres
formats, y compris des affichages dans des magasins importants. Bell
a également ouvert nos bureaux au public dans le cadre de la
« Semaine du téléphone », organisant des événements
spéciaux dans plusieurs villes.
Au cours des années 1920, la popularité croissante du
service interurbain a conduit à plusieurs nouvelles opportunités
publicitaires. C.E. Fortier, le directeur de la publicité de
Bell à l'époque, a écrit : « L'entreprise
envisage de tirer parti de tous les moyens disponibles pour faire de
la publicité pour le téléphone en tant que serviteur
du public, et le service interurbain est un domaine qui n'a pas encore
fait ses preuves. D'importantes campagnes publicitaires ont été
lancées pour mettre en valeur le service interurbain de Bell.
Bien que la première campagne d'envergure s'adressait au grand
public, l'entreprise a par la suite adopté une approche spécifique
s'adressant aux gens d'affaires de diverses industries.

Les publicités de l'époque posaient la question : pourquoi
n'avoir qu'un seul téléphone chez soi quand on peut en
avoir un autre dans la cuisine ou dans la chambre à un prix abordable
? avec le message que monter et descendre les escaliers en courant
peut être "épuisant et chronophage". À
Noël 1921, Bell a lancé sa première campagne axée
sur la commodité des postes téléphoniques supplémentaires
- des téléphones supplémentaires câblés
sur la même ligne téléphonique.
La décennie a également marqué
un tournant majeur dans l'histoire technologique de Bell avec l'introduction
du service commuté, officiellement lancé le 19 juillet
1924 au bureau de Bell Grover à Toronto. Passer d'un système
manuel à un système de numérotation était
un changement radical pour le public à l'époque, nécessitant
de vastes campagnes de publicité et de relations publiques pour
faire passer le mot, y compris des didacticiels publics et des publicités
imprimées. À la fin de 1926, Bell avait 6 centraux téléphoniques
en service, desservant 60 000 clients.
Au début des années 1920, les téléphonistes
de Bell du Québec et de l'Ontario recevaient environ 140 000
appels « à l'heure de la journée » - tous
les jours ! À partir de février 1923, des publicités
sont nécessaires pour informer les abonnés qu'ils ne peuvent
plus appeler un central de Bell pour demander l'heure, car c'est «
encombrant pour nos opérateurs et préjudiciable au service
» des autres clients. Quelques années plus tard, pour accélérer
les appels locaux, il a également été décidé
que les opérateurs ne devaient plus répéter le
numéro que leur avait fourni l'abonné, mais plutôt
accuser réception de l'information par un court « merci
».
Pour les abonnés, les téléphonistes ou standardistes
personnifient à la fois les entreprises de téléphone
et le service. Tandis que le service télégraphique nécessitant
certaines connaissances techniques est assuré par de jeunes hommes,
le service téléphonique est défini comme un emploi
féminin. Pourquoi les entreprises préfèrent-elles
engager des femmes comme téléphonistes ? À cette
époque, différentes raisons sont avancées : "
clarté de la voix ", " politesse ", " patience
", " acuité visuelle ". En bref, des qualités
et des aptitudes considérées par les dirigeants des entreprises
téléphoniques comme propres aux femmes. Plusieurs jeunes
femmes issues de la classe ouvrière sont engagées comme
téléphonistes, ce qui constitue pour elles un avancement
social.
Les entreprises de téléphone préfèrent engager
des jeunes filles célibataires. En 1907, à Toronto, leur
salaire est de 25 dollars par mois pour des semaines de travail de 48
heures (les téléphonistes travaillent six jours par semaine)
Le métier de téléphoniste est très exigeant.
Obligée de preuve d'une concentration et d'une politesse à
toute épreuve, la téléphoniste doit en outre porter
un lourd casque d'écoute, accomplir des gestes répétitifs
et redire des phrases apprises par coeur durant sa journée de
travail marquée par une cadence effrénée aux heures
de pointe.
sommaire
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la forte demande
pour le téléphone force les entreprises à adopter
cette nouvelle technologie.
Dans les années 1920, les changements technologiques touchant
la téléphonie locale transforment les procédures
à suivre.
Avec les nouveaux centraux automatiques, l'abonné utilise un
appareil à cadran qui effectue le travail de recherche de l'interlocuteur
qu'il désire joindre.
modèle 51AL
modèle 20B
À l'été de 1924, les premiers commutateurs
automatiques Strowger
sur le territoire desservi par Bell sont mis en service au central Grover
à Toronto.
Les premiers centraux téléphoniques manuels de Toronto
étaient reconnus par un nom de central et un bloc de numéros
de ligne à quatre chiffres. Le « GRover exchange »
à Kingston Road et Main Street à East Toronto est devenu
le premier central téléphonique automatique canadien en
1924.
L'avènement de cette nouvelle technologie fait l'objet d'une
campagne d'éducation car les utilisateurs doivent apprendre à
se familiariser avec la composition et le téléphone à
cadran. Les numéros étaient composés de deux lettres
et quatre chiffres (2L+4N). Grover 1234 a été composé
GR-1234 (ou 47-1234).
23, rue Main, juste au nord de Kingston Road. Le Bell Telephone of Canada
Grover Exchange Building, site du premier central téléphonique
automatique du Canada. juillet 1924
19 juillet 1924 Le service Dial est inauguré à
Toronto, en Ontario. Les représentants de Bell Canada appellent
les clients pour les aviser du changement; d'autres rencontrent des
membres de la communauté pour leur enseigner le bon usage du
cadran. Les opérateurs sont également formés à
l'utilisation de la nouvelle technologie.

A Bell representative demonstrates dial service to Toronto firemen,
ON, 1924
Avec lautomatisation, on assiste à un mouvement
de centralisation : il apparaît avantageux sur le plan économique
de regrouper plusieurs unités de commutation, soit environ 10
000 lignes. Inauguré en 1925, le central automatique
Strowger de
Montréal qui respecte ces nouveaux critères daménagement
est le Lancaster. Suivront les villes de Vancouver, Toronto et Winnipeg
...
Plis tard, pour faciliter la demande mondiale importante et croissante
d'équipements téléphoniques Strowger Automatic,
il a été créé sous la direction de l'organisation
mère Automatic Electric à Chicago, un groupe d'entreprises
de fabrication affiliées avec des usines au Canada, en Belgique
et en Italie.
sommaire
L'Association du téléphone du Canada
est créée en 1920. Elle est remplacée par le Réseau
téléphonique transcanadien en 1931, puis par l'Alliance
Stantor en 1992.
1927 Création de Québec-Téléphone,
ses clients sont parmi les tout premiers au Canada à avoir accès
au service téléphonique via des lignes individuelles uniquement.
3 octobre 1927 Inauguration du service téléphonique commercial
transatlantique par les premiers ministres W.L. Mackenzie King (Canada)
et Stanley Baldwin (Grande-Bretagne).
1928 Premier appel interurbain entre l'Alberta et l'outre-mer.
Années 1920 et 1930 SaskTel a continué d'améliorer
ses services tout au long des années 1920 et 1930, devenant l'un
des membres fondateurs du réseau téléphonique national
TransCanada (TCTS), qui a ensuite changé son nom pour Telecom
Canada et est maintenant connu sous le nom de Stentor.
31 juillet 1932 Le gouverneur général du Canada,
le comte de Bessborough, inaugure le réseau téléphonique
transcanadien (TCTS), offrant un service téléphonique
d'un océan à l'autre sur toutes les lignes canadiennes.
26 avril 1945 Bell Canada installe son millionième téléphone,
soixante-cinq ans après sa constitution en société.
.
sommaire
Après la guerre 39 45, à cause
des restrictions imposées par celle-ci, les demandes de service
téléphonique étaient énormes.
Northern Electric répondit à la demande en produisant
de plus en plus de câbles. Le volume était tellement grand
que la capacité de fabrication ne suffisait plus, alors une nouvelle
usine a été construite à Lachine dans la banlieue
de Montréal.
Cette usine fabriqua des millions de pieds de câble pour remplir
toutes les commandes.
L'isolateur au papier enroulait lâchement l'isolant sur les fils
avant qu'ils soient torsadés en paires. Les paires devaient être
torsadées pour empêcher la diaphonie, c'est-à-dire
l'induction d'une conversation téléphonique d'une paire
à une autre.
Le papier a servi comme isolant depuis le début de la fabrication
des câbles, malgré qu'il ait été essentiellement
déplacé par la pulpe de papier et le plastique il sert
encore pour les câbles sous-marins.
Aux lendemains de la Première Guerre mondiale,
le taux de croissance des abonnements au téléphone atteint
de nouveaux sommets.
Daprès les statistiques internationales compilées
chaque année par AT&T, le marché montréalais
de la téléphonie se classe en 1929 au 12e rang à
léchelle mondiale. Le taux de pénétration
y est toutefois moindre que dans lautre grande ville canadienne,
Toronto. Alors quon retrouve à Toronto 27,5 téléphones
pour 100 habitants, Montréal nen compte que 18,9. Cet écart
est sans doute le reflet des différences de niveaux de richesse
prévalant dans les deux agglomérations. Il témoigne
également de la différence dans la taille des ménages,
les familles montréalaises étant composées de plus
dindividus.
Malgré cet écart, il nen demeure pas moins quà
léchelle internationale, Montréal nest pas
en retard par rapport à un échantillon de grandes villes.
En 1929, les villes étatsuniennes ont pris une avance très
importante sur les principales métropoles européennes.
Stockholm constitue toutefois une exception. On peut noter que Montréal
évolue plus ou moins en parallèle avec des villes de pays
nordiques, comme Copenhague et Oslo. Quant aux métropoles européennes,
comme Paris, Berlin, Londres, Amsterdam et Glasgow, la diffusion du
téléphone y est beaucoup plus faible. Cette progression
différentielle du taux dabonnement selon les pays fait
appel à divers facteurs. Aux États-Unis, les dirigeants
dAT&T insistent sur la corrélation forte entre le niveau
dabonnement et la gestion privée du service téléphonique.
On peut aussi mentionner comme éléments-clés de
la rapide progression du service en Amérique du Nord, la capacité
des entreprises à combler rapidement la demande croissante, de
même que létablissement, dès le départ,
du principe du nombre illimité dappels locaux à
tarifs fixes, même si ce coût est resté relativement
élevé.
En réalité, il est difficile de sen remettre à
un seul facteur pour expliquer limplantation et le développement
du service téléphonique dans certains milieux urbains.
Outre des obstacles de nature institutionnelle et juridique mis en évidence
par plusieurs chercheurs en particulier dans le cas français,
des conditions sociales et économiques permettent de comprendre
le retard de lEurope sur les États-Unis. À cet égard,
certains ont souligné le caractère particulier de lurbanisation
et de lindustrialisation. Ces processus sont perçus de
manière différente des deux côtés de lAtlantique.
Ils sont aussi fortement marqués par des différences nationales.
Compte tenu de sa position privilégiée à lintérieur
de lorganisation industrielle nord-américaine, la ville
de Montréal en particulier son cur financier et
industriel , illustre la réussite dun programme dimplantation
dinfrastructures téléphoniques. Si la vitalité
économique a stimulé la demande sociale et le marché
de la téléphonie, le cadre politico-institutionnel a aussi
joué un rôle important. En effet, pour un opérateur
de réseau, il est indispensable davoir laccord de
la municipalité pour obtenir des droits de passage et utiliser
les voies publiques. Cest dire que des conditions favorables aux
projets déquipement doivent être en place pour limplantation
du réseau.
Létude des marchés et de ladoption
progressive du service dans la sphère privée et dans les
sphères professionnelles et marchandes éclaire peu sur
les conceptions, les images et les modes dappréhension
de la réalité que suscite la téléphonie
urbaine entre 1880 et 1930.
Afin de comprendre la culture téléphonique véhiculée
et diffusée au cours de cette période, il importe de considérer
de plus près les thèmes consacrés à lun
des principaux domaines où la téléphonie est parvenue
à simposer et qui retenait déjà lattention
par son caractère inédit et prometteur : la ville réticulée.
28 juin 1947 Bell Canada lance le premier service
de téléphonie mobile commercial au Canada. Le Toronto
Globe & Mail est le premier abonné à profiter de l'offre
de service pour une couverture rapide sur place des événements
d'actualité.
19 janvier 1953 Bell Canada fournit la première liaison
télévisuelle permanente entre deux pays pour acheminer
des programmes américains de Buffalo, New York, à la Canadian
Broadcasting Corporation à Toronto. Le 14 mai de la même
année, les téléspectateurs de Toronto (CBLT) et
de Montréal (CBFT) peuvent visionner simultanément pour
la première fois la même émission en direct.
1953 AUTOMATIC ELECTRIC
(Canada) Limited est la filiale canadienne de fabrication d'Automatic
Electric Company.
Son usine moderne de Brockville, en Ontario, produit une grande variété
de téléphones, de cadrans téléphoniques,
de relais et une gamme complète de tableaux de distribution automatiques
Strowger et d'équipements accessoires.
Les opérations de fabrication du groupe Automatic Electric au
Canada ont commencé en 1930 avec l'acquisition de Phillips Electrical
Works, Limited, Brockville, Ontario, qui à l'époque se
consacrait exclusivement à la fabrication d'une gamme complète
de conducteurs et de câbles en cuivre pour les communications,
l'alimentation, et les domaines des transports. En 1935, un ajout a
été fait à l'usine de Phillips pour assurer la
fabrication de téléphones, d'équipements de commutation
automatique et manuel et d'autres appareils de communication. Au cours
des années qui ont suivi, cette opération a été
progressivement élargie pour répondre aux besoins en croissance
rapide des compagnies de téléphone et des administrations
canadiennes.
L'usine de Brockville, Ontario, d'Automatic Electric (Canada) 1953 Limited,
illustrée ici, occupe 125 000 pieds carrés de surface
au sol et est conçue de telle sorte que le bâtiment peut
être agrandi jusqu'à 500 000 pieds carrés. Le bâtiment
est situé dans le quartier de Schofield Hill, à l'ouest
du boulevard Strowger. Le bâtiment entièrement moderne
de Toronto, illustré ici, abrite le siège social, le bureau
des ventes de Toronto et l'entrepôt central d'Automatic Electric
Sales (Canada) Limited.
Une des unités centrales de la British Columbia Telephone Company
installée à Vancouver, en Colombie-Britannique.
En mai 1953, la filiale canadienne d'Automatic vend ses installations
de fabrication de fils et de câbles dans le but de se concentrer
uniquement sur la production d'équipements de communication et
de commande électrique. Cela a été suivi par l'organisation
de l'actuelle entreprise de fabrication canadienne et la construction
d'une nouvelle usine de fabrication.
Après un examen attentif de plusieurs emplacements possibles,
un site de 33 acres à Brockville a été sélectionné.
L'usine d'un million et demi de dollars a démarré le 5
août 1953 et a été officiellement inaugurée
le 22 septembre 1954. Elle est de conception très moderne et
combine les dernières techniques architecturales et de production.
Située au cur de la plus grande section industrielle du
Canada, Automatic Electric (Canada) 1953 Limited est toutefois devenue
la première nouvelle industrie à ouvrir ses portes dans
la vallée du Saint-Laurent après la finalisation des plans
de la Voie maritime du Saint-Laurent.
Un point d'intérêt dans le développement de l'usine
automatique dans ce domaine était la dénomination du boulevard
Strowger, un geste de l'esprit de coopération entre les responsables
de l'entreprise et de la société, en l'honneur de la mémoire
d'Almon B. Strowger.
Automatic Electric a toujours été étroitement liée
à l'industrie du téléphone du Canada, qui comprend
plus de 2800 entreprises indépendantes et systèmes gouvernementaux
provinciaux ainsi que la Compagnie de téléphone Bell du
Canada. L'équipement de commutation automatique Strowger est
utilisé principalement par les trois groupes. Les ventes et la
distribution des produits Automatic Electric au Canada sont assurées
par une société associée, Automatic Electric Sales
(Canada) Limited, dont le siège social et l'entrepôt principal
sont à Toronto, ainsi que des succursales, des entrepôts
et des agents à d'autres endroits pour offrir un service complet
à sa liste croissante de clients dans le Dominion.
sommaire
1954 le Système Crossbar
Ericsson


LM Ericsson a vendu au Canada des commutateurs crossbar ruraux, urbains,
et de transit.
1962 Contrat signé avec COTC, Teleglobe Canada, pour la fourniture
et l'installation à Montréal, Vancouver et Hawaï,
de centraux tête de ligne automatiques de type ARM Crossbar, utilisés
pour les échanges téléphoniques et de télex
internationaux. À la suite de cette installation, tous les télex
et les communications téléphoniques canadiens passent
par les centraux Ericsson.
Le 1er décembre 1977, LM Ericsson employait 54 personnes au Canada.
A des fins de comparaison, on a indiqué que 1es ventes de LM
Ericsson aux Etats-Unis se sont é1evées en 1976 a 12,1
millions de dollars.
LM Ericsson ne fabrique pas de materiel de telecommunication au Canada
bien qu'elle y fasse Ie montage de certains produits et l'adaptation
de certaines pieces d'equipement. Elle dispose d'installations pour
enseigner aux clients Ie fonctionnement et l'entretien du materiel.
Dans Ie domaine du matériel de télcommunication, LM Ericsson
offre au Canada des postes téléphoniques, des PBX et des
interphones. Les PBX incorporent des techniques de commutation crossbar,
et les divers produits peuvent servir dans des installations de 50 a
9 000 lignes. Le plus gros des PBX offre aussi Ie centrex. La compagnie
prevoyait produire un PBX éléctronique en 1979, d'une
capacité maximum de 100 lignes. Les interphones de LM Ericsson
peuvent être raccordés à jusqu'a 5 000 stations..
À Québec, jusqu'en 1958, le nombre de
centraux passera d'un à huit. Les noms des centraux (ou exchanges
en anglais) raviveront certainement en vous des souvenirs :
1951 : Lafontaine - LA ou 52 (Québec)
1952 : Montcalm - MO ou 66 (Giffard et Beauport)
1953 : Marquette - MA ou 62 (Charlesbourg)
1953 : Murray - MU ou 68 (haute-ville)
1953 : Terminus - TE ou 83 (Lévis)
1956 : Victoria - VI ou 84 (Loretteville)
1958 : Olympia - OL ou 65 (Sainte-Foy)
19?? : Trinité - TR ou 87 (Ancienne-Lorette)
sommaire
8 juillet 1956 Bell Canada inaugure la composition directe à
distance, permettant aux clients de composer certains de leurs propres
appels interurbains sans l'aide d'un téléphoniste.
1957 SaskTel achève sa partie du premier système
de relais radio micro-ondes transcanadien. Avec ce système, les
programmes de télévision en direct sur le réseau
pourraient être transmis d'un océan à l'autre. Cela
a contribué à créer la tradition derrière
des émissions nationales comme "Hockey Night in Canada".
18 juin 1958 Le rêve du président de Bell Canada,
Thomas Eadie, d'un réseau hertzien entièrement canadien
se réalise à cette date. Le réseau de liaisons
hertziennes de 6 400 kilomètres, le plus long au monde, transporte
des conversations téléphoniques, des messages téléimprimeurs
et des signaux de télévision.
1958 L'Alberta Government Telephones Commission est créée,
mettant fin à la gestion gouvernementale directe du système
provincial.
1er mai 1960 La fonction All Number Calling (numéros de
téléphone à 7 chiffres) est introduite sur le territoire
de Bell Canada. Les premiers à bénéficier de ces
nouveaux numéros sont les abonnés d'Ormstown et de Franklin-Centre,
Québec.
15 mars 1962 La Compagnie de téléphone Bell du
Canada est la première compagnie de téléphone au
monde à offrir un service de télécopie commercial
sommaire
Montréal "Le réseau dans la ville"
|
Pour de nombreux citadins, cest dabord
comme élément du paysage urbain que le téléphone
est entré dans leur vie.
Au tout début des années 1880, lusage de lélectricité
pour la transmission de la voix, léclairage public
et la traction des tramways est en plein essor et contribue à
rendre omniprésents les poteaux et les fils aériens.
La mise en place de moyens de production à une grande échelle
entraîne aussi la construction de véritables réseaux
de distribution. En fait, les initiatives destinées à
fournir les nouveaux services sont nombreuses dans les années
1880 et 1890 : dans un contexte de vive concurrence, les entreprises
exploitantes établissent chacune leurs installations de
distribution. Ce qui a pour effet de multiplier les équipements.
On ne peut pas dire que les acteurs locaux se soient préoccupés
de cette multiplication des infrastructures physiques du réseau
(poteaux, fils et câbles, centraux, immeubles administratifs
et cabines téléphoniques). La présence croissante
des poteaux et des fils dans le paysage urbain ne fait cependant
pas lunanimité.
Des éléments significatifs du système
: les poteaux et les fils
Les poteaux et les fils, quand ils ne sont pas
enfouis, constituent les éléments les plus visibles
du système transmission des messages. Jugés inesthétiques
par plusieurs, ils font lobjet des tout premiers commentaires
relatifs à linsertion physique des équipements
du système téléphonique à Montréal
et en banlieue.
Les exploitants privés du réseau tentent de valoriser
ces infrastructures en leur attribuant une signification qui va
bien au-delà de leur simple utilité technique. Ainsi
Bell a-t-elle utilisé, au début des années
1880, les poteaux et les fils marques physiques du réseau
comme symboles de ses activités. Elle en reproduisait
alors une image stylisée sur les plaques didentification
portées par ses employés. Quelques années
plus tard (en 1895, AT&T accorde la permission dutiliser
la Blue Bell), la célèbre cloche du Bell System
remplace cet emblème peu apprécié par les
citadins.
Les fils et les poteaux sont définis comme des artères
de circulation qui véhiculent les communications entre
les abonnés. Alors que pour les entreprises téléphoniques
ils représentent une marque de modernité incontestable,
pour les citadins et les banlieusards, ils sont perçus
comme des nuisances visuelles et des sources de danger public
à éliminer.
Pour mieux comprendre la nature des protestations provenant
notamment de ladministration municipale que ces équipements
de distribution ont soulevées, il importe de se pencher
sur le champ daction des acteurs institutionnels locaux.
Lhistoire technique passe à cet égard par
le biais de lhistoire politico-institutionnelle. Nous y
reviendrons au chapitre .
Les centraux téléphoniques
Les centraux une autre composante fonctionnelle du système
téléphonique ont été intégrés
dans lespace urbain sans susciter le même type de
critiques virulentes formulées à lendroit
des câbles et des poteaux. Moins visible, le central téléphonique
est demeuré largement méconnu des abonnés
et des citadins. Il représente pourtant le cur du
réseau. En termes de mobilisation des ressources financières
quil exige, son importance est aussi considérable
: à la fin de la période étudiée,
léquipement de commutation excluant les bâtiments
accapare à lui seul 35,3 % des investissements de
Bell.
Cest au central quaboutissent les lignes dun
secteur donné. Celles-ci permettent dappeler un abonné
dans ce même secteur ou dans une autre zone desservie par
le réseau. Avant les développements de la téléphonie,
le perfectionnement du réseau de télégraphie
électrique avait contribué à mettre en forme
le concept du central. Diverses lignes reliant les postes télégraphiques
aboutissaient en un même endroit, cest-à-dire
au standard manié par un opérateur.
Tous les abonnés peuvent être joints grâce
aux équipements de connexion le commutateur
quon retrouve à lintérieur des centraux
téléphoniques. Autrement dit, ces centraux permettent
le fonctionnement en réseau. De plus, ils effectuent le
travail de recherche et de connexion du correspondant. Ces qualités
incitent même des promoteurs de la téléphonie
à considérer le central comme le cerveau (ou encore
le plexus solaire) du système sans lequel les villes seraient
dysfonctionnelles : This is the solar plexus of the telephone
body. It is the vital spot. It is the home of the switchboard.
It is not any ones invention, as the telephone was. It is
a growing mechanism that is not yet finished, and may never be;
but it has already evolved far enough to be one of the wonders
of the electrical world. There is probably no other part of an
American citys equipement that is as sensitive and efficient
as a telephone exchange.
Comment interpréter le peu dintérêt
public porté à lendroit de ces équipements
et des bâtiments qui les abritent ?
On peut avancer lhypothèse que cette indifférence
est due au soin tout particulier que Bell porte à la conception
architecturale et à lintégration urbanistique
de ces bâtiments au cours des années 1910, soit au
moment où elle construit elle-même lensemble
des édifices qui servent à la fourniture du service.
Selon un des architectes de lentreprise montréalaise,
F. J. Macnab, deux principes président à la construction
des bâtiments qui abritent les activités commerciales
et de production de Bell :
1) ladaptation des normes daménagement aux
changements technologiques ;
2) le développement dune nouvelle approche en matière
de relations publiques.
Assez tôt dans lhistoire de lentreprise,
les dirigeants élaborent un programme rigoureux
néanmoins adaptable aux nouveautés technologiques
de planification architecturale des centraux. À
la toute fin du XIXe siècle, on met sur pied un service
de travaux dingénierie. Larchitecte W. J. Carmichael
est alors nommé commis aux travaux (Clerk of works). En
1897, il devient directeur des immeubles (Superintendent of Buildings)
au sein du service de génie. Au cours de sa carrière
chez Bell, Carmichael a dirigé la construction du premier
siège social érigé entre 1895 et 1897 rue
Notre-Dame et dont les plans avaient été dessinés
par Edward Maxwell (1867-1923). Carmichael a aussi dessiné
les plans de limposante manufacture où sont fabriqués
les fils et les câbles téléphoniques, Northern
Electric, inaugurée en 1916 dans le quartier ouvrier de
Pointe-Saint-Charles. Enfin, cest lui qui a dirigé
la conception de plusieurs centraux montréalais, notamment
le Plateau et le Lancaster.
Premier siège
social de Bell, rue Notre-Dame, 1895
Pour sa part, F. J. Macnab sest joint à la compagnie
en 1906 à titre de commis aux travaux. À partir
de 1908, cest à Toronto quil poursuit sa carrière
chez Bell où il devient, en 1922, architecte auxiliaire.
En plus davoir conçu les plans de quelques centraux
téléphoniques de lagglomération montréalaise,
il a contribué à la planification de centraux téléphoniques
en Ontario, notamment à Ottawa et à Toronto.
La présence de ces professionnels assure
le succès de la stratégie que Bell a déployée
pour faire reconnaître la valeur de son service et limportance
de ses activités. Sans doute ses dirigeants considèrent-ils
indispensable de porter une attention toute particulière
aux équipements installés au cur des quartiers
où habitent leurs clients. Dès lors, les bâtiments
qui abritent les centraux téléphoniques sont conçus,
assez rapidement, selon des normes précises, qui respectent
le cadre bâti environnant.
De plus, dès la fin du XIXe siècle, les avantages
de concevoir et de bâtir ses propres édifices sont
clairs. Il apparaît de plus en plus profitable dêtre
propriétaire et de construire les centraux et les bureaux
daffaires puisquils constituent des valeurs immobilières
très importantes. En 1922, la compagnie évalue à
plus de cinq millions de dollars lensemble de ses biens
immobiliers au Canada. En 1926, ce chiffre a grimpé à
16,75 millions de dollars.
Entre le début des années 1880 et
les années 1910, les bâtiments qui accueillent les
équipements de commutation ont beaucoup changé.
Au départ, les constructeurs des réseaux se contentaient
de simples locaux loués aux étages supérieurs
dimmeubles commerciaux et dimmeubles de bureaux.
Ainsi, dans un premier temps, on installe les équipements
de commutation manuelle dans des bâtiments existants, situés
dans le quartier des affaires à proximité de la
majorité des abonnés. Le central occupe souvent
le dernier étage dun bâtiment sur lequel aboutissent
les câbles accrochés à des structures fixées
aux toits des immeubles. Cest quavant dobtenir
des autorités municipales la permission dutiliser
la voie publique, les compagnies de téléphone ont
dû suspendre les câbles à des structures existantes,
notamment les toits et les cheminées.
Dans plusieurs pays européens où il était
interdit de planter des poteaux sur la voie publique, on a vu
apparaître dans le paysage urbain dimportantes structures
faites de bois et de métal qui coiffaient les centraux,
où aboutissaient les lignes téléphoniques
dun quartier.
À Montréal, le premier central de
Bell est situé dans des locaux loués au dernier
étage dun édifice bancaire de la rue Saint-Jacques,
dans le quartier des affaires. Ce central, alors nommé
le central Main, sera installé quelques années plus
tard dans un local plus vaste, dans lédifice British
Empire, situé à lintersection des rues Notre-Dame
et Saint-François-Xavier. Les bureaux administratifs de
lentreprise sy trouvaient déjà.
Toutefois, cette solution savère rapidement non viable
étant donné laugmentation du nombre de lignes
et lencombrement qui sensuit. Dès lors, en
raison de la longueur des lignes et de leur multiplication, il
devient impératif détablir de nouveaux centraux
téléphoniques. Les centraux manuels doivent être
localisés tout au plus à 3 ou 5 kilomètres
lun de lautre. Cest dailleurs ce qui explique
pourquoi le territoire est divisé en circonscriptions téléphoniques
ayant chacune leur propre central.
Après 1905, à la suite de lintroduction de
la batterie commune, il devient nécessaire de monter plusieurs
tableaux de commutation et dinstaller les systèmes
de batterie commune à lintérieur des centraux
téléphoniques. Ce qui conduit les ingénieurs
de Bell à concevoir de vastes salles capables daccueillir
des dizaines de standardistes. Mais contrairement à ce
que lon constate avec les équipements associés
aux technologies nouvelles (on peut penser aux centrales hydroélectriques),
les centraux téléphoniques naffichent pas
demblée leurs fonctions technologiques. Le décor
et la volumétrie extérieurs, entre autres, ne cherchent
pas à témoigner des vertus du nouveau service de
communication à distance.
Bâtiment ayant abrité le premier central téléphonique
de Bell à Montréal, rue Saint-Jacques dans le quartier
centre
Les premiers centraux sont donc plus ou moins
déguisés en immeubles de bureaux. En fait, à
partir du moment où elle érige ses propres bâtiments,
Bell cherche plutôt à dissimuler les tâches
fonctionnelles des centraux et met en place une véritable
politique architecturale. Là encore, cest sa conception
particulière du service public qui lincite à
adopter cette approche. Par ailleurs, lorsquils sont enfouis,
les câbles entrent dans le bâtiment par voie souterraine
; ce qui permet déliminer les structures aériennes
installées sur le toit des édifices. Ainsi, la présence
du central se fait-elle encore plus discrète.
Cela dit, quels éléments permettent
de définir le modèle de central téléphonique
élaboré par Bell à léchelle
nord-américaine ?
Le premier élément découle dune adaptation
du bâtiment aux fonctions. Les bâtiments qui abritent
des équipements de commutation sont assujettis à
des impératifs techniques stricts.
Chaque pièce remplit des fonctions précises. Par
exemple, la salle où aboutissent les lignes téléphoniques
dun secteur constitue comme tel le central de distribution
des appels. Le « standard », ou léquipement
de commutation, est installé au niveau supérieur
du bâtiment, lequel, en général, possède
deux étages. Les génératrices qui fournissent
lénergie nécessaire au fonctionnement des
équipements de commutation sont localisées, la plupart
du temps, au rez-de-chaussée de lédifice,
là où se trouvent aussi les services dappoint.
Dans les années 1910, laccroissement
du nombre de standardistes et la rationalisation de leurs tâches
imposent une organisation du milieu de travail qui doit tenir
compte de normes de contrôle précises. On met alors
en place des services destinés au bien-être des employées
: salle de repos, cantine, vestiaire. Des espaces de bureau, accueillant
notamment le service à la clientèle, sajoutent
aux espaces conçus spécifiquement pour les standardistes.
Il faut une planification interne particulière pour faire
face à toutes les exigences de la distribution des appels
téléphoniques. Une fois les diverses contraintes
techniques et organisationnelles surmontées, il apparaît
avantageux de reproduire un type de bâtiment.
Lexpérience en construction déquipements
vécue par diverses entreprises affiliées au système
Bell aux États-Unis est partagée par leur homologue
canadien.
Certains principes sont retenus et standardisés. On transmet
ces connaissances par diverses filières, notamment par
des périodiques spécialisés, comme le Bell
Telephone Quarterly, ou par des conférences auxquelles
sont conviés les architectes et les ingénieurs qui
assument la planification des immeubles.
Par exemple, en 1913, larchitecte responsable des immeubles
de Bell à Montréal, W. J. Carmichael, participe
à une conférence organisée par AT&T sur
la standardisation des bâtiments. À la suite de cette
rencontre, on va établir des normes daménagement
et de planification pour lensemble des villes.
Ainsi peut-on parler dune uniformisation qui répond
aux fonctions technologiques et qui tient compte de certains principes
organisationnels. Par contre, parce quil sinsère
dans un milieu spécifique, chaque bâtiment doit être
unique.
La qualité de service public doit transparaître
dans lapproche architecturale de lentreprise. Soucieuse
de son image publique, Bell veille à lintégration
harmonieuse des bâtiments dans les quartiers urbains et
suburbains. Contrairement aux poteaux qui traversent lensemble
du territoire, y compris les secteurs où lon retrouve
peu dabonnés, les centraux sont surtout situés
à lintérieur des zones résidentielles
et commerciales, près des abonnés. De plus, leur
localisation révèle le sens de lextension
du réseau préconisé par la compagnie : elle
construit des centraux là où elle envisage de desservir
une clientèle potentielle.
Lidée dintégrer les centraux à
leur environnement urbain et suburbain participe de la politique
de relations publiques destinée à parfaire limage
de lentreprise auprès des habitants. Consciente du
respect quelle doit démontrer à lendroit
de sa clientèle nantie et qui se considère protagoniste
du bon goût, Bell accorde une attention particulière
à laménagement lorsquil sagit
dériger un nouveau central dans un secteur résidentiel.
Il faut rappeler que les constructeurs de ces équipements
technologiques nouveaux sont les tenants de lembellissement
urbain en vogue en Amérique du Nord au tournant du XXe
siècle.
Implantée à la fin des années 1900, cette
politique dintégration harmonieuse de Bell est toujours
appliquée au début des années 1950. Encore
une fois, Bell met de lavant la nature du service public
pour légitimer la réalisation de son programme architectural.
Cest du moins dans cette perspective que larchitecte
Macnab fait valoir les responsabilités de la compagnie
en matière daménagement : A public utility
is dependent for its success on the goodwill of the people it
serves. Like schools and churches, telephone exchanges have to
be where the people are. In purely residential areas zoning regulation
or other restrictions must be taken into account and it is essential
that the telephone building be acceptable to the community [...].
The architects problem is then to design a building which
will meet all technical requirements and be compatible with its
surroundings.
En dautres mots, pour les ingénieurs
et les architectes, les bâtiments de la compagnie de téléphone
sont des bâtiments publics. Ils permettent en effet à
Bell de remplir ses obligations fondamentales envers sa clientèle,
soit acheminer des centaines de milliers de messages et offrir
un service adapté aux besoins modernes dune société
progressiste : Telephone central offices are public buildings
in the true sense in that millions of calls from citizens in all
walks of life are handled either by the operators or the equipment
housed within their walls [
].
Due to the important part that telephone service plays in the
present day business and social life of a city it is indeed fitting
that a building erected for such a service should be designed
and constructed along principles based on stability and efficiency.
It should also adorn the neighborhood and symbolize the service
to which it is dedicated.
Tout en respectant les exigences du service public
(lefficacité, la qualité, laccessibilité,
la continuité), les principes architecturaux et urbanistiques
auxquels se réfèrent les constructeurs de Bell reflètent
des qualités architecturales modernes qui sont connexes
: la permanence, la simplicité, la beauté et lintégration
au milieu environnant.
Parce quils considèrent le système
téléphonique comme un organisme en croissance, les
ingénieurs et les architectes conçoivent des bâtiments
sur lesquels on doit pouvoir ajouter des étages au besoin.
Ils prévoient aussi agrandir les bâtiments sur un
plan latéral pour y loger des unités de commutation
additionnelles. Ces exigences ont un impact sur la composition
architecturale. Dentrée de jeu, les dessinateurs
résolvent cette contrainte en faisant des esquisses du
bâtiment initial et du bâtiment éventuellement
modifié afin den assurer la croissance harmonieuse.
Le choix des sites doit aussi tenir compte de certaines contraintes.
La plupart du temps, on érige les centraux montréalais
sur des artères secondaires. Une logique économique
peut expliquer ce choix : le coût des terrains y est moindre.
Mais il importe quil y ait des conduits principaux à
proximité. Le lot doit également offrir des possibilités
dexpansion. Il faut aussi prendre en considération
la pollution sonore et atmosphérique causée par
la circulation sur les grandes artères.
On doit également évaluer les risques
dincendie. Les ingénieurs de Bell préfèrent
donc construire sur un site dégagé. Enfin, selon
un architecte de la compagnie, les clients doivent avoir facilement
accès aux bâtiments qui les accueillent et ne pas
subir la congestion des voies principales. On peut prendre lexemple
du central Saint-Louis, construit en plein cur dun
quartier résidentiel en expansion . Au lieu de localiser
lentrée principale sur le boulevard Saint-Joseph,
les ingénieurs choisissent de la placer sur une artère
secondaire. Par ailleurs, on sait que la proximité dune
voie principale est essentielle car celle-ci peut être desservie
par des conduits souterrains qui amènent les câbles
à lintérieur du bâtiment.
Lorsquon introduit la composition automatique
en 1925, des modifications majeures sont apportées à
la planification intérieure des centraux.
Dabord, la grande salle accueillant larmée
de standardistes nest plus nécessaire. Il en va de
même des pièces où se trouvaient les services
offerts aux standardistes. Ensuite, à cause des charges
accrues que doivent supporter les planchers, les structures doivent
avoir plus de résistance. Enfin, un dégagement en
hauteur est requis et les colonnes doivent être davantage
espacées pour faciliter linstallation de léquipement
de commutation.
Avec lautomatisation, on assiste à un mouvement de
centralisation : il apparaît avantageux sur le plan économique
de regrouper plusieurs unités de commutation, soit environ
10 000 lignes. Inauguré en 1925, le premier central entièrement
automatique de Montréal qui respecte ces nouveaux critères
daménagement est le Lancaster.
| Publié dans le quotidien La Presse,
le 24 janvier 1925 :
Une fois terminée la construction
du superbe immeuble Lancaster à langle des
rues Ontario et Saint-Urbain, le premier poste central de
téléphone automatique à être
installé à Montréal, sera sur le point
de fonctionner. Il y a certes encore beaucoup à faire
pour terminer la canalisation des câbles souterrains
et aériens, et le montage au poste central des appareils
daiguillage nest pas encore complété.
Mais on sattend à ce que dici trois mois
tous les abonnés desservis par le poste central Lancaster
soient pourvus dun appareil automatique.
Le nouvel annuaire du téléphone contient un
grand nombre dabonnés du poste Lancaster et
la Compagnie y ajoutera, de temps en temps dautres
abonnés. On est à installer dans les demeures
et les places daffaires de ces abonnés des
appareils téléphoniques munis de cadrans,
en temps et lieu, on leur donnera des instructions personnelles
indiquant la manière exacte de se servir de ce nouvel
appareil. Daprès les prévisions actuelles,
la Compagnie sera en mesure, en avril prochain, deffectuer
le changement au service automatique du territoire Lancaster.
« Mais comment ceci fonctionne-t-il? », demandait-on
à M. Frank C. Webber, gérant de la Compagnie
de téléphone Bell, comment appellera-t-on
par exemple Lancaster 0456 ? « Bien, dit M. Webber,
en posant devant nous, sur le bureau, un appareil automatique,
voyons quelles sont les opérations requises pour
appeler le numéro que vous mentionnez Lancaster
0456 et dans quel ordre elles se présentent.
« Dabord nous décrochons le récepteur
et écoutons pour percevoir ce quon est convenu
dappeler le « ton du cadran » un
bourdonnement continue qui indique que le mécanisme
est prêt à transmettre nos signaux.
Après avoir perçu le bourdonnement et en tenant
toujours le récepteur décroché, nous
signalons la lettre L du numéro LAncaster 0456.
Plaçant lindex dans le trou
où apparaît la lettre L, M. Webber tourne le
cadran jusquau point darrêt. Puis il dégage
le cadran qui retourne à sa position normale. Ensuite,
nous signalons de même la lettre A. Encore une fois,
il tourne avec lindex le cadran jusquau point
darrêt, puis le laisse revenir à sa position
initiale.
Maintenant que nous avons signalé les deux premières
lettres du nom du poste central, nous commençons à
signaler les chiffres 0-4-5-6.
Ici M. Webber localisa à tour de rôle chacun
des chiffres et, après avoir tourné le cadran
jusquau point darrêt, le laissa revenir
au repos.
Maintenant, si ce téléphone était réellement
raccordé, je devrais entendre le ronron qui mindiquerait
que la sonnerie du poste appelé tinte. Nous avons complété
toutes les opérations nécessaires à un
appel dun poste automatique à un autre : dabord
les deux premières lettres du nom du poste central,
lesquelles sont indiquées en majuscules dans lannuaire,
et ensuite les quatre chiffres du numéro sans omettre
le zéro initial...
« Les points suivants sont à noter pour signaler,
continue M. Webber. Vous navez pu constater que jai
eu soin de ne pas toucher au cadran pendant quil retournait
à sa position de repos. Jobtiendrais probablement
une fausse communication si jessayais den hâter
ou den ralentir le retour.
Remarquez aussi que les lettres sont noires et les chiffres
sont rouges. Ceci permet de différencier facilement
la lettre O (noire) du chiffre qui est rouge. Les confondre
donnerait lieu à une fasse communication, doù
limportance de les distinguer.Supposons que nous éprouvons
quelque difficulté? Lui demanda-t-on. Jimagine
que beaucoup auront besoin daide.
Remarquez le mot Operator au bas du cadran, dit le gérant.
Un tour au cadran vous mettra en communication avec une téléphoniste
qui aura pour fonction daider les abonnés qui
éprouveront des difficultés à signaler.
Vous voyez que les abonnés desservis par le téléphone
automatique ne doivent pas avoir limpression quils
nont à leur disposition en cas durgence
quune machine inerte. De fait, nous avons choisi certains
numéros spéciaux servant à des appels
déterminés par exemple : Information
113 (trois tours au cadran); Commis des réparations
114 (trois tours au cadran); Longue distance 110 (trois tours
au cadran) ». « Comment signaler un numéro
de ligne double ? »
« Signalez le numéro de la même façon,
dit M. Webber, en y ajoutant la lettre W ou J tel quindiqué
dans lannuaire ».
« Maintenant, si la ligne est occupée? »
« Si le poste que vous appelez nest pas libre,
vous entendrez un buzz buzz rapide au récepteur,
similaire à ce que vous entendez actuellement avec
la téléphone manuelle. Raccrochez le récepteur
et rappelez un peu plus tard.
Supposons que vous désirez appeler Lancaster 0456 :
Décrocher le récepteur écouter
pour percevoir le ton du cadran trouver la lettre L
sur le cadran tourner le cadran jusquau point
darrêt retirez le doit et laissez le cadran
retourner à la position normale procédez
de même pour la lettre A et ensuite pour les chiffres
0,4,5 et 6, dans lordre indiqué vous percevrez
alors le signal dappel.
La lettre O est noire! Le chiffre 0 est rouge (au moins, sur
les premiers téléphones à cadran).
Le cadran a été installé sur chaque téléphone
automatique.
Le poste central Lancaster, installé au coin des rues
Ontario et Saint-Urbain. |
Vers 1925, le nombre d'abonnés atteint
10 000. On uniformise donc les numéros de téléphone
qui auront tous désormais cinq chiffres.

Les années suivantes correspondent aux années de
relocalisation des centraux.
Le choix des noms des centraux nest pas non plus fortuit.
Ces noms peuvent avoir une connotation significative reliée
au lieu : nom du quartier ou de la rue où ils sont localisés.
Cest le cas notamment de la première génération
de centraux établis avant la Première Guerre mondiale.
Ils sont encore peu nombreux et une appellation toponymique ou
géographique suffit à préciser leur localisation
et le secteur quils desservent : Main (1886, 1890, 1897),
Uptown (1887, 1890, 1907), East (1888, 1905), South (1890), Mount/Westmount
(1898, 1908). Il nen demeure pas moins que le choix dun
nom pour un central est primordial puisquil permet de relier
un abonné à son district téléphonique.
 
Central téléphonique Saint-Louis, Montréal,
construit en 1909 à l'angle de la rue de Bullion et du
boulevard Saint-Joseph
Pour desservir une clientèle de « salariés
prospères », Bell ouvre un bureau central à
Ville Saint-Louis, rue Cadieux (actuelle rue De Bullion), à
lintersection du boulevard Saint-Joseph. Inauguré
le 15 août 1909, le central Saint-Louis dessert le Plateau
au nord de lavenue Duluth, Outremont, et Saint-Édouard
(aujourdhui la Petite-Patrie). Cest un territoire
denviron 30 000 habitants où 2 500 personnes sont
abonnées au téléphone, un taux de pénétration
légèrement supérieur à la moyenne
montréalaise.
Avant 1884, vu le nombre restreint dabonnés
au service, les clients demandaient aux téléphonistes
de les connecter à leur interlocuteur simplement en mentionnant
leur nom. Ce système personnalisé est remplacé
en 1884 par les numéros de téléphone. À
partir de 1898, on requiert une information supplémentaire
: les demandeurs doivent préciser le nom du central pour
joindre les demandés (par exemple Main 427).
Au cours des années 1910 et 1920, lors de la période
de forte croissance du service téléphonique, la
dénomination des nouveaux centraux ne vise pas forcément
à identifier leur emplacement.
En fait, on choisit les noms parce que, sur le plan phonétique,
ils sont très distincts. On veut éviter les malentendus
qui risqueraient de nuire à la qualité du service.
Toutefois, on constate que le caractère linguistique
francophone ou anglophone dun secteur est quand même
souligné par la désignation des centraux.
Par exemple : les noms Saint-Louis/Belair (1909) le premier
nom est retenu précisément en référence
au district, LaSalle/Clairval (1912), Calumet (1920), Cherrier
(1926), Marquette (1929), Frontenac (1928) et Dupont (1929) sont
sélectionnés pour les quartiers de lest. Les
noms Victoria/York (1913), Rockland/Atlantic (1914), Melrose/Walnut
(1920), Bywater (1927), Harbour (1928), Wilbank (1928) et Elwood
(1930) sont choisis pour les centraux de louest de lîle.
Certains centraux sont nommés en fonction de la rue où
ils sont localisés.
Avec lintroduction de la composition automatique
dans les années 1920, il apparaît nécessaire
davoir des noms de centraux très variés, car
les premiers chiffres du numéro de téléphone
correspondent aux deux premières lettres contenues dans
le nom du central. Par exemple, Arbour (42) et Wilbank (94) nont
pas du tout le même code numérique. Au besoin, pour
éviter toute confusion entre les codes numériques,
on change le nom des centraux. Néanmoins, avant de modifier
le nom dun central, sa notoriété est évaluée.
Cest que, dans certains cas notamment pour le quartier
des affaires , introduire un nouveau nom pourrait provoquer
une certaine confusion chez les utilisateurs, donc nuire à
la qualité du service.
Les abonnés branchés sur un nouveau central automatique
devaient composer eux-mêmes, au moyen du cadran, les deux
premières lettres du nom du central suivies du numéro
désiré. Le nom de Saint-Louis aurait prêté
à confusion : aurait-il fallu composer SA, ST ou même
SL ? Le central Saint-Louis, qui demeure manuel, est donc renommé
Bélair en janvier 1924 pour mieux sintégrer
au nouveau système.
À mesure que le service automatique sétend,
les abonnés de Bélair sont transférés
à de nouveaux centraux modernes dans des édifices
costauds remplis déquipement électrique, sans
téléphonistes pour les appels locaux. Lédifice
Bélair dans le Mile End ferme en mars 1932. Depuis ce temps,
limmeuble est occupé par les Forces armées
canadiennes.
À la fin des années 1920, suite
à la hausse rapide de la demande et à lautomatisation
de la commutation, on apporte des modifications à lorganisation
des activités administratives, commerciales et productrices
du service téléphonique. De manière générale,
on peut parler dun double mouvement, à la fois centralisateur
et décentralisateur. Dun côté, le service
à la clientèle fait lobjet dune réorganisation
pour rapprocher certaines fonctions des consommateurs. Ainsi les
bureaux daffaires de Bell poursuivent-ils leur mission qui
consiste à mieux prendre en compte les besoins du consommateur.
De lautre, les activités de direction sont progressivement
regroupées afin dassurer un meilleur contrôle
bureaucratique sur lensemble du système. Lévolution
des bâtiments administratifs reflète ces transformations.
Les bâtiments administratifs
Au début du développement du réseau
téléphonique, les premiers bâtiments construits
par Bell ont des fonctions mixtes.
Cest le cas notamment du premier siège social inauguré
en 1897. Bien que destiné à lorigine aux activités
administratives de lentreprise, son dernier étage
va abriter les équipements de commutation du central Main.
De plus, contrairement aux installations des centraux mis en activité
dans les années 1880, cest par le sous-sol quentrent
les câbles téléphoniques ; ce qui permet déliminer
les structures aériennes encombrantes et dangereuses.
En quelques décennies, les fonctions des
bâtiments se transforment, et leur spécialisation
saccroît. Létape ultime de cette évolution
est sans doute la construction du nouveau siège social
de lentreprise montréalaise : le Beaver Hall Building.
Inauguré quelques mois avant la crise de 1929, ce bâtiment
de vingt étages, à lintérieur duquel
sont concentrées les fonctions de direction, permet de
centraliser les activités denviron 2000 employés.
Au cours de la seconde moitié des années 1920, on
note un certain revirement sur le plan de larchitecture.
Le thème du gigantisme architectural commence à
prendre une place centrale dans les entreprises du système
Bell en Amérique du Nord. Les traits essentiels de la culture
de ces entreprises sont alors clairement tracés.
Comme il a déjà été mentionné
pour la planification des centraux téléphoniques,
larchitecture est utilisée comme signe de représentation
et de valorisation du service public.
Au cours des années de forte croissance du service, aux
lendemains de la Première Guerre mondiale, les valeurs
qui fondent lidentité des compagnies Bell récupèrent
certains thèmes de la modernité technologique. De
manière spécifique, les qualités exprimées
par cette politique architecturale sont lutilité,
la beauté, le fonctionnalisme, la solidité et la
prévoyance. En outre, le style architectural (qualifié
alors dAmerican perpendicular) retenu pour plusieurs sièges
sociaux des entreprises affiliées au système Bell
vise à refléter lesprit étatsunien,
particularisé par le pragmatisme et lutilitarisme.

Beaver Hall Building, nouveau siège social de Bell à
Montréal inauguré en 1929
Bien que le Beaver Hall Building soit classé
parmi les nouveaux édifices administratifs téléphoniques,
il conserve des caractéristiques architecturales qui le
distinguent de plusieurs de ses équivalents nord-américains.
Son architecte, E. I. Barott (1884-1966), effectue une composition
architecturale très classique, tant par son aspect externe
que par sa planification interne.
Pour lornementation, larchitecte fait appel à
des éléments stylistiques typiques de la seconde
moitié du XVe siècle, période qui correspond
à la naissance de limprimerie.
Lorganisation du plan repose sur les principes propres aux
Beaux-Arts et relatifs à la disposition du bâtiment
(il faut en faciliter laccès), à lutilisation
maximale du site (dans le cas du Beaver Hall Building, Barott
intègre, de manière très réussie,
le bâtiment à son emplacement en pente), et à
la distribution des pièces (elles sont bien proportionnées
et dune manière qui répond logiquement à
leur utilisation).
Ce conservatisme est sans doute imposé par la haute direction
de lentreprise, peu audacieuse en matière socioculturelle.
Il faut rappeler que le premier siège social avait été
conçu par larchitecte Edward Maxwell, formé
au sein dune grande agence darchitectes des États-Unis.
Respectueuse de la tradition des Beaux-Arts, elle préconisait
lusage dun répertoire ancien en hommage au
passé.
Pourtant, dans le cas du Beaver Hall Building, si le classicisme
prédomine, ce nest ni parce que Barott ne peut concevoir
un bâtiment plus contemporain doù serait
exclue par exemple toute référence historique ,
ni parce que les entreprises affiliées au système
Bell se limitent à ce type de compositions architecturales.
Dailleurs, le fait que Barott ait privilégié
les références historiques et les formes traditionnelles
de présentation constitue en quelque sorte une exception
par rapport à lensemble des bâtiments administratifs
des compagnies Bell construits au cours des années 1920,
tant aux États-Unis quen Ontario où lentreprise
montréalaise est active.
Par contre, ce bâtiment est lun des plus modernes
et fonctionnels. Dans cet environnement de travail en grande partie
occupé par des femmes, lentreprise a mis à
la disposition des travailleuses divers services : salles de repos,
infirmerie, service de médecine préventive qui mise
sur lenseignement des bonnes habitudes de vie, etc. Les
espaces publics de lédifice où se trouvent
les services destinés aux consommateurs (une salle dexposition,
le service à la clientèle, les téléphones
publics) sont situés au rez-de-chaussée. Ils sont
facilement accessibles grâce au plan de Barott qui sépare
de manière très claire les éléments
relevant de la sphère publique et ceux relevant de la sphère
privée.
Dans le discours des opérateurs de réseaux
téléphoniques, il est certain que les nouveaux gratte-ciel
reflètent une image de puissance et contribuent à
ancrer le service dans la vie des citadins, même sil
na pas encore entièrement franchi le seuil des demeures.
Pour les dirigeants de Bell, létendue et la croissance
spectaculaire de leurs activités sont ainsi représentées
de manière ostensible par le caractère colossal
du nouveau bâtiment. Convaincue de son caractère
spécifique, lentreprise montréalaise fait
ériger son nouveau siège social à son image.
En outre, lidée dafficher lenvergure
de lentreprise par le biais dun gratte-ciel sinspire
de la politique architecturale adoptée par les sociétés
téléphoniques affiliées au système
Bell. La nature publique du service les incite à mettre
de lavant une vision monumentale eu égard à
leur fonction sociale. Toutefois, il reste que la décision
de construire en hauteur demeure aussi conditionnée par
des impératifs fonciers : Where a many-storied building
is necessary in order to utilize to the best advantage valuable
land, it has been found in this country that such a building can
be made so architecturally fine that it becomes an object of pride
to the community as a whole. Such buildings not only are attractive
in themselves, but they also exemplify the high ideals of the
Bell System.
Le site choisi pour le gratte-ciel de Bell à
Montréal est en périphérie immédiate
du centre des affaires traditionnel, dont les activités
se regroupent autour de la rue Saint-Jacques. Il est localisé
à mi-chemin entre le district financier (doumtown) et le
centre commercial (uptown), à proximité des grands
magasins de la rue Sainte-Catherine. Le choix de la Côte-du-Beaver-Hall
à langle de la rue Belmont crée, en quelque
sorte, un précédent. Après la Seconde Guerre
mondiale, lorsque le développement immobilier reprendra,
les promoteurs délaisseront lancien centre des affaires.
Ils construiront alors leurs projets aux abords du siège
social de Bell.
Le départ de Bell du district financier
de la ville historique démontre que ses dirigeants recherchent
en priorité un environnement urbain adapté aux exigences
modernes de lère de lautomobile et des transports
en commun rapides et efficaces. Depuis plusieurs années,
les rues de ce district font lobjet dune congestion
persistante due à laccroissement et à la diversification
des véhicules qui y circulent. Les administrateurs de Bell
optent donc pour un endroit bien desservi en transport en commun
et plus facile daccès pour les automobilistes. De
plus, cet emplacement répond mieux aux besoins de lentreprise
en termes despace. Par ailleurs, pour construire le gratte-ciel,
la vocation du lieu est considérablement modifiée.
On démolit léglise St. Andrew installée
là depuis les années 1880. Le choix des dirigeants
de lentreprise se justifie dun point de vue fonctionnel.
Il est aussi motivé par le désir de manifester haut
et fort la présence de Bell à lhorizon de
Montréal : compte tenu de sa localisation privilégiée,
le bâtiment est visible de très loin et domine le
nouveau centre des affaires.
Les cabines téléphoniques et les téléphones
publics
Les derniers éléments du réseau
téléphonique insérés dans lespace
public de la ville relèvent davantage du mobilier urbain.
Il sagit des cabines et des téléphones publics.
Toutefois, jusque dans les années 1940, à Montréal,
les cabines qui permettent lusage public du service sont
localisées à lintérieur des édifices.
Autrement dit, ces équipements ne se retrouvent pas véritablement
dans le domaine public ; ils nont pas encore gagné
les rues de Montréal.
Dans les années 1880, lorsquil importe
de trouver un endroit pour implanter les nouveaux appareils téléphoniques,
les responsables de Bell choisissent des lieux où leur
utilisation adéquate cest-à-dire en
cas durgence ou à des fins de communications professionnelles
est envisageable. De plus, le nouveau service est destiné
spécifiquement aux abonnés du téléphone.
Les modalités de fourniture des téléphones
publics sont également représentatives de la manière
dont les exploitants du service envisagent délargir
leur clientèle. Dans certains pays, notamment en France
et en Grande-Bretagne, bien que ce soient des entreprises privées
qui offrent dabord le téléphone, ce sont les
pouvoirs publics qui sont responsables de linstallation,
dans les années 1880, des premières cabines. Elles
sont localisées dans les bureaux de poste et de télégraphe.
Malgré cette prise en charge par lÉtat de
loffre du service, dans la plupart des cas et à linstar
de lexemple montréalais, les cabines téléphoniques
publiques sont dabord destinées aux abonnés.
La présence accrue de ces installations favorise néanmoins
la diffusion du service puisquelles le rendent plus accessible,
et ce, malgré les conditions dusage limitatives prescrites
par les fournisseurs. À Montréal, dans les années
1880 et 1890, il est assez usuel de trouver chez certains commerçants,
notamment les pharmaciens, un téléphone à
la disposition de la clientèle. Le système de tarifs
fixes alors en vigueur encourage les commerçants à
inviter leurs clients à se servir des appareils : la fourniture
gratuite du téléphone peut inciter à faire
ses achats dans ce commerce. En outre, on veut permettre aux clients
de faire des appels en cas durgence, par exemple pour communiquer
avec un médecin.
Cette pratique contrarie les opérateurs du réseau.
Selon eux, seuls les individus qui paient un abonnement ont le
droit dutiliser le service. Et les appels des non-abonnés
contribuent à lencombrement des lignes. Les commerçants
sont eux aussi excédés par la faveur populaire dont
fait lobjet le nouveau service : on entre dans leur commerce
non pour y faire des achats mais plutôt pour profiter de
la disponibilité du téléphone.
À la toute fin des années 1890, pour limiter ces
pratiques jugées abusives, Bell remplace les téléphones
publics par les premiers appareils payants. Il en coûte
alors 5 C pour faire un appel local de trois minutes. Ce service
est implanté afin denrayer lusage libre du
téléphone qui tend à encourager les conversations
interpersonnelles au détriment des usages professionnels.
Dabord interdit aux non-abonnés,
lusage du téléphone public payant va représenter
une source importante de revenus pour Bell. Ce qui lencourage
à faire la promotion des nouveaux équipements à
partir des années 1920. Lobjectif est de convertir
les usagers occasionnels, qui habitent souvent à proximité
du lieu où se trouve le téléphone public,
en abonnés permanents. Néanmoins, compte tenu de
son coût élevé, ce service nest pas
destiné à tous les consommateurs.
Dailleurs, le soin apporté à laménagement
des cabines révèle que le téléphone
est conçu en priorité pour les représentants
de la classe daffaires et de la classe moyenne. Ce que lon
a appelé dans les pays anglophones les silence cabinets
permettent aux utilisateurs de faire des appels interurbains dans
un environnement silencieux. Lintérêt marqué
pour la conception des cabines, y compris le choix des matériaux
et la recherche du confort, est également visible dans
certains pays européens, notamment en Angleterre et en
France où les modèles de cabines téléphoniques
sont fort nombreux et élaborés. Ils suivent les
goûts de lépoque tout en respectant des normes
élevées dinsonorisation. Manifestement, utiliser
un téléphone public et faire un appel interurbain
ne sont pas des gestes ordinaires. Les dispositions spécifiques
qui encadrent lutilisation des premières cabines
téléphoniques sont là pour rappeler aux individus
le caractère distinct du service.
Après la Seconde Guerre mondiale seulement,
on installe à Montréal les premières cabines
téléphoniques extérieures, ce qui permet
un accès au téléphone public en tout temps.
La proximité de certains commerces semble, dans une large
mesure, déterminer la présence de ces nouveaux équipements.
Ainsi, à linstar des premiers appareils mis à
la disposition du public à lintérieur des
commerces, le premier abri servant aux communications téléphoniques
placé sur la voie publique se trouve devant une pharmacie
du quartier Côte-des-Neiges.
Avant les années 1940, les téléphones publics
payants sont localisés dans des édifices publics
où lon circule beaucoup : les gares, les hôtels,
les grands magasins, etc.
À la fin du XIXe siècle, la planification du réseau
est faite de manière plus ou moins formelle.
En effet, les opérateurs ne savent pas qui seront leurs
clients. Dans les années 1910, cette approche commence
à changer. Le modèle rationnel adopté permet
de mieux prédire les comportements de la clientèle.
Il est en effet assez surprenant de constater que, dès
1920, les opérateurs du réseau téléphonique
ont une vision assez nette de ses possibilités dexpansion.
Ainsi, entre 1910 et 1920, les planificateurs de Bell sont-ils
parvenus à réaliser un programme intensif de construction
des infrastructures et des équipements téléphoniques.
Leur ampleur est impressionnante : acquisition de terrains (21
propriétés) et de bâtiments (19 structures),
mise en service de 6 centraux automatiques et de 7 centraux manuels,
enfouissement de plusieurs milliers de kilomètres de fils
et de câbles. Le rôle joué à léchelle
du pays par lentreprise et par sa filiale qui fabrique des
équipements, Northern Electric, lui permet également
doccuper une place importante dans le paysage urbain montréalais.
De ce point de vue, linauguration de son nouveau siège
social en 1930 vient clore une longue phase de développement
du réseau téléphonique. Ce sont là
les principaux signes manifestes de lenracinement des activités
de Bell dans la société montréalaise.
Encore aujourdhui, le Plateau est desservi
par les trois centraux ouverts pendant les années 1920
: Lancaster (rues Ontario et Saint-Urbain), Amherst (avenue Papineau
au sud de la rue Sherbrooke) et Crescent (rue Saint-Dominique
près de la rue de Bellechasse). Chaque « échange
» (commutateur) dans un central pouvait desservir jusquà
10 000 abonnés (les quatre derniers chiffres du numéro
de téléphone). On les a multipliés au sein
du même central, au rythme de laccroissement du nombre
dabonnés. Lédifice Lancaster a hébergé
les échanges Harbour, Marquette, Plateau, et Belair (dès
1932); Amherst a été rejoint par Cherrier, Frontenac,
Falkirk, Hochelaga, et Giffard; Crescent a accueilli Dollard,
Calumet, Talon, Victoria, et Gravelle. Jusquau début
des années 1950, donc, tous ces noms pouvaient se trouver
au début dun numéro de téléphone
du Plateau Mont-Royal et des secteurs avoisinants.
La conversion au format à sept chiffres
a commencé en 1951 et s'est poursuivie jusqu'à l'introduction
de la numérotation directe à distance (DDD à
8 chiffres) en 1958.
À Québec, jusqu'en 1958, le nombre
de centraux passera d'un à huit. Les noms des centraux
(ou exchanges en anglais) raviveront certainement en vous des
souvenirs :
1951 : Lafontaine - LA ou 52 (Québec)
1952 : Montcalm - MO ou 66 (Giffard et Beauport)
1953 : Marquette - MA ou 62 (Charlesbourg)
1953 : Murray - MU ou 68 (haute-ville)
1953 : Terminus - TE ou 83 (Lévis)
1956 : Victoria - VI ou 84 (Loretteville)
1958 : Olympia - OL ou 65 (Sainte-Foy)
19?? : Trinité - TR ou 87 (Ancienne-Lorette)
Entre 1952 et 1958, les anciens numéros
de téléphone à 6 chiffres (ou plutôt
2 lettres et 4 chiffres) ont été remplacés
par ceux à 7 chiffres quon connaît aujourdhui.
La plupart du temps, les quatre derniers chiffres sont restés
inchangés, et les deux lettres au début ont été
remplacées par deux nouvelles lettres et un chiffre de
plus. Au sud, lancien central Lancaster a reçu les
noms AVenue (28) et VIctor (84); à lest, Amherst
est devenu LAfontaine (52); au nord, CRescent (27) était
le nom retenu pour lensemble des lignes de ce central. Cest
ainsi que la plupart des numéros de téléphone
anciens du Plateau commencent par ces quatre combinaisons de chiffres
dans la mesure où il existe encore des vieux numéros
encore raccordés à une ligne fixe à son adresse
dorigine! De nos jours, les centraux servent surtout au
service Internet de Bell et aux raccordements entre les différents
réseaux de télécommunications.
|
sommaire
La constitution du monopole de Bell
À la fin du XIXe siècle, Montréal
passe pour une ville bien pourvue en réseaux de communication
locale. Dès les années 1840, les gens daffaires
et les gestionnaires urbains ont eu loccasion dutiliser
différents systèmes électriques de transmission
à distance des communications. Malgré ces innovations
technologiques, il nen reste pas moins que plusieurs acteurs
socio-économiques réclament une amélioration
des services. En 1879, lintroduction du téléphone
marque un essor qualitatif important. Ses avantages sont évidents,
quoique plusieurs observateurs de la scène urbaine en doutent.
En outre, comme il a été mentionné précédemment,
dautres formes de communication coexistent pendant plusieurs
décennies.
Sur le plan technique, une série dobstacles restent
à surmonter. On peut penser en particulier à la
qualité de la transmission de la voix. Il nen demeure
pas moins que le téléphone enthousiasme les promoteurs
des services publics. Cest pourquoi différentes compagnies
spécialisées en téléphonie commencent
à se disputer le marché montréalais. Constitué
en véritable entreprise commerciale, le nouveau service
bénéficie des savoir-faire que possèdent
les grandes entreprises pour concevoir des systèmes de
production et de distribution intégrés. Celles-ci
sont en mesure de contrôler toutes les étapes requises
à la mise en place dun réseau : fabrication
des appareils, installation des infrastructures, mise en marché
du service, répartition des flux des appels, service à
la clientèle, etc.
Les concepts et les instruments nécessaires
à cette organisation proviennent en grande partie de lexpérience.
Aussi, ne pourront-ils être développés que
quelques années après lintroduction du service.
Aux lendemains de la Première Guerre mondiale, les efforts
de normalisation et de rationalisation du système mis en
uvre par les producteurs privés donnent des résultats
évidents : la capacité découlement
des flux téléphoniques sintensifie, la diversité
des marchés est mieux prise en considération et
le nombre dabonnés franchit de nouveaux seuils. Bref,
la maîtrise de la gestion de loffre et de la demande
donne un nouvel élan au service téléphonique.
Lorganisation des réseaux locaux : de la concurrence
au monopole
Dans les études qui traitent de lindustrie du
téléphone au Canada et à Montréal
en particulier, on insiste beaucoup sur les caractéristiques
communes aux réseaux (énergie, transport, communication,
eau et assainissement). De fait, celles-ci tendent à refléter
des traits propres à leur histoire. En effet les similitudes
sont nombreuses entre les différents réseaux, que
ce soit sur les plans de la distribution, de la gestion ou de
la réglementation. Selon Gabriel Dupuy, il est possible
de dégager cinq traits généraux dans lhistoire
de lapparition des réseaux techniques dans les villes
:
1) la rapidité avec laquelle sont insérés
des nouveaux services ;
2) le rôle de linnovation technique ;
3) la présence manifeste dintérêts privés
;
4) la concurrence marquant les premières années
de développement du réseau et qui fera place à
une situation de monopole ;
5) la prédominance dune logique économique,
que lon peut mettre en parallèle avec une logique
de type social. Il faut aussi relever la densité du cadre
bâti. Cest une variable clé : le taux de pénétration
des réseaux est, en général, proportionnel
à la densité du cadre bâti.
Si le développement du réseau téléphonique
montréalais présente plusieurs de ces caractéristiques,
il ne comporte pas moins une certaine originalité.
Lhistoire du téléphone à Montréal
est surtout marquée par la construction dun monopole,
celui de la Compagnie de Téléphone Bell du Canada.
Dès les premières années dexploitation
du nouveau service, ses dirigeants mettent en uvre des stratégies
visant à éliminer les concurrents. À linstar
dautres services publics gérés par des compagnies
privées, cette situation provoque de vives réactions
au sein des collectivités locales.
Ainsi, contrairement à dautres villes nord-américaines
et européennes4, la fourniture du téléphone
à Montréal a-t-elle toujours été contrôlée
par des entreprises privées, surtout par la Compagnie de
Téléphone Bell du Canada constituée en 1880.
Les privilèges octroyés à cette dernière
par les gouvernements fédéral et provincial sont
alors imposants :
1) fabrication de léquipement nécessaire à
la fourniture du service ;
2) construction, acquisition, entretien et exploitation du système
;
3) connexion à dautres réseaux téléphoniques
et télégraphiques ;
4) construction de lignes le long de toutes les artères
publiques, à condition de respecter certaines restrictions
relatives à lentretien et à la dimension des
poteaux ;
5) fusion avec dautres compagnies de téléphone.
En acquérant ainsi directement ses pouvoirs des gouvernements
fédéral et provincial, Bell se prémunit contre
une éventuelle réglementation municipale. En effet,
au même moment, les municipalités obtiennent du gouvernement
provincial de nouveaux pouvoirs dencadrement réglementaire
des activités des entreprises de service public.
À partir de 1892, lentreprise commence cependant
à être soumise à des contrôles plus
stricts. Elle doit ainsi, pour hausser ses tarifs, obtenir laccord
du gouvernement fédéral, linstance politique
responsable du secteur des communications. De plus, en 1902, le
service téléphonique est désigné officiellement
service public par un amendement à la charte de Bell. De
manière concrète, cela signifie que la compagnie
doit raccorder à son réseau quiconque en fait la
demande, à condition toutefois que le requérant
soit situé sur le territoire desservi. Par contre, en échange
du branchement et du service, labonné doit payer
les tarifs exigés par Bell et approuvés par le gouvernement
fédéral.
Cependant, même si lopinion publique
soppose à la constitution de monopoles, dans le cas
du service téléphonique, les avantages procurés
par cette situation sont manifestes. Afin de bénéficier
des qualités réticulaires du service, cest-à-dire
dune desserte qui offre une capacité dinterconnexion,
les abonnés peuvent tirer profit de la présence
dune seule entreprise centralisatrice. Le fait quil
y ait un réseau unique peut aussi leur permettre de joindre
un plus grand nombre dinterlocuteurs. En revanche, la multiplication
des compagnies signifie, la plupart du temps, le dédoublement
des réseaux et des équipements. De plus, laugmentation
du nombre de compagnies qui offrent le service de téléphone
a pour effet daccroître les problèmes causés
par la prolifération des poteaux et des fils dans lespace
urbain. Pour autant, un contexte monopolistique nest pas
exempt de difficultés. Compte tenu de leur position captive,
les consommateurs sont ainsi susceptibles décoper
de tarifs élevés et dun service dont la qualité
est parfois discutable.
Malgré les inconvénients dune distribution
et dune gestion monopolistiques, pour différentes
raisons, cest ce modèle qui va prévaloir à
Montréal dès 1908. Toutefois, les monopoles ne sont
pas des situations naturelles. Ils sont construits dune
manière stratégique par des entrepreneurs qui reçoivent
lappui dacteurs politiques et économiques présents
sur la scène locale ou à léchelle du
pays. Ainsi, à Montréal, même si on peut déceler
une opposition aux monopoles dans certains milieux notamment
dans le milieu daffaires francophone , on constate
que les autres compagnies de téléphone en mesure
de limiter les interventions monopolisantes de Bell ont été,
paradoxalement, peu protégées par la classe politique
locale.
Par exemple, la Compagnie de Téléphone des Marchands,
fondée en 1892, crée une rivalité commerciale
en cherchant à conquérir le marché des détaillants.
En 1908, la Commission échevinale spéciale du Conseil
municipal, qui étudie la question des conduits souterrains,
met en doute lutilité de cette compagnie, et veut
faire annuler sa charte. Cette compagnie, qui « nexiste
pratiquement pas », détient un grand nombre de poteaux
qui encombrent les rues de la ville. À la fin du XIXe siècle,
deux municipalités suburbaines (Saint-Henri et Sainte-Cunégonde)
lui avaient déjà interdit dinstaller ses poteaux
sur leur territoire.
Malgré leurs luttes parfois acharnées contre les
activités de Bell, les municipalités soutiennent
peu la consolidation dun réseau alternatif disponible
à un moindre coût. Ainsi, en 1921, lorsquune
entreprise délectricité, Quebec Union Electric,
manifeste son intention dexploiter un service téléphonique
à Montréal, ladministration municipale sy
oppose pour les raisons suivantes : les abonnés, pour être
en mesure de joindre tous les appareils branchés aux deux
réseaux, sont obligés de payer le service en double
; toutes les infrastructures nécessaires à loffre
du service sont déjà en place ; les abonnés
sont protégés des hausses tarifaires par le gouvernement
fédéral9. Les commissaires municipaux décident
alors dinterdire les activités de cette entreprise
reliées au domaine de la téléphonie sur le
territoire montréalais. Cette position contraste avec celle
des années précédentes qui préconisait
la concurrence.
De plus, les premières entreprises à distribuer
le service téléphonique lors de la période
pionnière des années 1880 semblent plus ou moins
intéressées par ce nouveau marché. Dans plusieurs
cas, notamment ceux de Montreal Telegraph et Dominion Telegraph,
elles consacrent leurs activités à un service de
télécommunication assez populaire, à savoir
le télégraphe. Bien quil ait existé
une situation momentanée de concurrence, Bell a pu mener
ses activités sans se soumettre aux exigences municipales,
notamment celle dencadrer la pose des poteaux et la construction
des conduits souterrains.
Le modèle étatsunien et le contexte montréalais
La téléphonie montréalaise subit directement
les influences de lemprise exercée dans les grandes
villes du nord-est des États-Unis par la compagnie American
Bell Telephone. Ainsi, les compagnies régionales Bell ont-elles
été regroupées en 1885 pour former American
Telephone and Telegraph (AT&T) qui détient le monopole
du service interurbain. Les expériences de construction
des réseaux urbains et interurbains font lobjet déchanges,
sur les plans technologique et organisationnel. Cette influence
laisse de nombreuses traces : dabord, du point de vue de
lapproche manageriale ; ensuite, en matière dinnovations
technologiques et de génie électrique ; enfin, du
point de vue des techniques de prévision de la demande
et des méthodes de mise en marché. Peut-être
plus important encore, le transfert didées relatives
à la notion de service public conçu comme
un service conforme aux ambitions économiques dune
société moderne simpose sous leffet
de laction des échanges et des contacts.
À certaines occasions, les liens entre la compagnie montréalaise
et American Bell sont manifestes. Ils reposent sur la présence
dans la métropole canadienne dindividus originaires
des États-Unis. Sinspirant de lexpérience
étatsunienne, les gestionnaires et les ingénieurs
montréalais mettent de lavant une vision unidimensionnelle
des problèmes posés par la construction des infrastructures
téléphoniques qui découlent de sa fonction
doutil de promotion économique. Ainsi nest-il
pas rare de voir, surtout au XIXe siècle, des gens daffaires
étatsuniens envoyés au Canada et à Montréal
pour établir des compagnies exploitantes dans le domaine
des télécommunications. Cela sest déjà
produit lors de limplantation des réseaux télégraphiques.
Dans ces circonstances, les entreprises et leurs représentants
apportent leurs pratiques, leurs considérations pragmatiques,
leur savoir théorique, en plus de leurs valeurs et de leur
idéologie.
Un survol des cheminements professionnels des présidents
et de quelques hauts dirigeants de Bell met en lumière
le rôle considérable que jouent les réseaux
personnels et familiaux à lintérieur du milieu
des affaires. Il fournit également des éléments
dinformation sur les structures administratives des entreprises
qui, dans une large mesure, du moins jusque dans les années
1930, étaient contrôlées par un nombre limité
dindividus.
Prenons le cas du directeur général et président
de Bell entre 1890 et 1915 : Charles Fleetford Sise (1834-1918).
Sise arrive à Montréal en 1880 après avoir
travaillé en Grande-Bretagne et aux États-Unis dans
le domaine du transport maritime et celui des assurances. Parmi
ses relations dans le milieu financier étatsunien, on retrouve
des hommes daffaires de Boston. À la toute fin des
années 1870, ces derniers sont intéressés
par le brevet dappareil téléphonique dAlexander
Graham Bell ; ils pensent mettre sur pied une entreprise, National
Bell Telephone, pour fournir le service, entre autres, à
Boston.
Pour élargir le rayonnement de leurs activités commerciales,
notamment dans les milieux urbains en pleine expansion, ils chargent
Sise dorganiser une entreprise téléphonique
au Canada. Ce quil réalise très rapidement,
grâce à une stratégie commerciale visant à
racheter et à intégrer tous les réseaux existants
ou en voie de formation. En une vingtaine dannées,
Sise parvient à former une grande société
de téléphonie qui dessert les villes principales
de lOntario et du Québec, Toronto et Montréal
compris.
À Montréal, le pouvoir dentreprendre et de
gérer la construction des infrastructures téléphoniques
se trouve dans les mains de Sise. Son influence provient des liens
daffaires et politiques quil a créés.
Outre ses contacts avec les dirigeants de National Bell, qui devient
American Bell en 1880 puis AT&T en 1885 quelques membres
siègeant au conseil dadministration de la compagnie
canadienne sont directement associés à American
Bell , il faut mentionner ses alliances avec des organismes
financiers susceptibles davancer et de trouver des fonds.
On peut penser à ses relations avec des ingénieurs
électriques étatsuniens. On peut penser aussi aux
liens quil entretient avec la classe politique fédérale,
lesquels lui assurent une certaine autonomie par rapport aux enjeux
strictement locaux.
Daprès les chercheurs qui ont examiné ses
pratiques de gestion, Sise était particulièrement
doué, sachant utiliser des méthodes de direction
qui combinaient à la fois les intérêts financiers,
techniques et politiques de lentreprise. Il semble sêtre
engagé avec conviction dans lindustrie du téléphone.
Si Andrew Robertson (1827-1890) occupe officiellement le poste
de président de Bell de 1880 à 1890, cest
Sise qui, dès son arrivée à Montréal
en 1880, oriente les stratégies commerciales de lentreprise.
La présence de Robertson à la présidence
nest dailleurs pas sans conséquences sur les
succès de la compagnie. Cest un homme daffaires
montréalais estimé, importateur, commissaire à
la Commission du Havre et administrateur dune compagnie
dassurances. Selon Sise qui le choisit, ses contacts politiques
et financiers sont impressionnants et font de lui un dirigeant
dentreprise tout à fait approprié.
Les historiens Christopher Armstrong et H. V. Nelles mentionnent
que les nominations effectuées par Sise au conseil dadministration
de Bell visent à refléter les diverses tendances
politiques et les deux principales communautés linguistiques
de Montréal. Toutefois, hormis le sénateur libéral
Rosaire Thibaudeau, qui est aussi administrateur de la Banque
Nationale et dune importante entreprise délectricité
montréalaise, aucun membre de la communauté francophone
montréalaise nest inscrit sur la liste des hauts
dirigeants. Il en sera ainsi pendant plusieurs décennies.
Cette absence quasi totale de représentants du milieu francophone
au sein de lentreprise occasionne une adéquation
difficile entre le réseau téléphonique et
les réalités socioculturelles locales. Comme on
le verra plus loin, léquipement du territoire montréalais
sest effectué sur plusieurs années selon une
logique qui ne prenait en compte ni les besoins linguistiques
des francophones, ni les échanges entre les différentes
communautés intégrées à lagglomération.
En 1915, Lewis B. McFarlane (1851-1943) considéré
comme le protégé de Sise remplace ce dernier
à la présidence. Sise demeure cependant président
du conseil dadministration de Bell. Né à Montréal
en 1851, McFarlane occupe dès lâge de 16 ans
un poste de messager télégraphique chez Montreal
Telegraph. Bien quil ait toujours travaillé dans
le domaine des télécommunications, sa carrière
démontre une grande mobilité tant géographique
que sociale. Dabord au service de Montreal Telegraph en
Ontario et au Québec (entre 1865 et 1870), il travaille
ensuite un an à Western Union Telegraph au Michigan et
en Louisiane. Peu après, il revient au Canada à
titre de représentant commercial et de directeur de Dominion
Telegraph. Il met alors sur pied les premiers réseaux téléphoniques
dans lest du Canada. Dès la formation de Bell en
1880, il est recruté par Sise qui le nomme directeur général.
Finalement, il devient président de la compagnie Bell en
1915.
Lemprise de Charles F. Sise sur la compagnie est prépondérante
en ce qui a trait aux choix de ses dirigeants. En plus dêtre
lanimateur principal de lindustrie du téléphone
jusquen 1918, Sise investit les nouvelles entreprises de
production déquipements en y nommant trois de ses
fils à des postes de direction18. Le premier, Charles fils
(1874-1960), accède rapidement au conseil dadministration
de Bell après avoir supervisé différents
services de la même compagnie à Montréal.
En 1925, il prend la relève de McFarlane à la présidence.
Il reste à ce poste jusquen 1944.
Les deux autres fils de Sise, Edward et Paul, sont nommés
dans les années 1910 au conseil dadministration de
Northern Electric, entreprise responsable de la fabrication des
équipements téléphoniques, dont Bell détient
la majorité des actions19. Une autre filiale de Bell qui
produit les câbles téléphoniques, Imperial
Wire and Cable, est également placée sous la direction
dEdward. Au moment de la fusion de ces deux entreprises
manufacturières en 1914 on retient alors le nom
Northern Electric , Edward accède au poste de président.
Il est remplacé par son frère Paul en 1919.
La trajectoire professionnelle de Paul reflète aussi létendue
de lautorité de son père sur la compagnie
montréalaise. Au cours des années 1890, Paul complète
des études à lUniversité McGill et
débute sa carrière aux États-Unis lors de
stages effectués à lusine de Westinghouse
à Pittsburgh et à New York ainsi quau département
de génie dAT&T. À son retour à
Montréal en 1899, son père lui confie la gestion
du réseau interurbain de Bell20. Rapidement, il gravit
les échelons de la compagnie. Lors de la création
de Northern Electric en 1914, il est nommé vice-président
et directeur général21. De 1919 à 1948, il
occupe le poste de président à la place de son frère
Edward.
Ces quelques éléments dinformation sur les
dirigeants de Bell permettent de comprendre linfluence de
Charles F. Sise père sur la téléphonie montréalaise.
Elle sexerce sur plusieurs plans, à commencer par
le choix des hauts dirigeants. On peut aussi mieux comprendre
le principe dintégration hiérarchisée
qui sous-tend le fonctionnement de lentreprise.
Le succès professionnel de ces hommes daffaires est
assuré par leur position hiérarchique dans la structure
organisationnelle de lentreprise. Leur statut social contribue
aussi à bonifier leurs contacts daffaires. Les milieux
quils côtoient constituent un cercle étroit
formé des membres anglophones de la classe daffaires
montréalaise. Les clubs privés quils fréquentent
appartiennent ainsi au milieu anglo-protestant de Montréal.
Leur vie sociale les isole de la réalité montréalaise.
Elle les dissocie culturellement de la majorité des citadins
susceptibles de vouloir souscrire au nouveau service de communication
à distance. Très tôt des clivages sinstallent
entre le groupe des dirigeants de lentreprise et la masse
des consommateurs. En fait, on peut parler dun véritable
décalage entre les visions du service téléphonique
élaborées par les exploitants privés et les
représentations mises de lavant par la société
montréalaise.
Tout au long de la période étudiée,
les différentes formes de relations sur le plan
des affaires, des échanges dinformations techniques
et administratives, ou des rapports interpersonnels au
sein de la classe daffaires révèlent donc
que le pouvoir économique est rattaché de près
au pouvoir technique. De plus, le rapprochement hâtif avec
les promoteurs des États-Unis, le dynamisme manifesté
par les entrepreneurs locaux, limportance des capitaux auxquels
ils ont accès, la complaisance des milieux politiques,
lautonomie des opérateurs du réseau dans la
production des équipements constituent autant déléments
qui contribuent à promouvoir une vision homogène
et des représentations conséquentes du côté
des initiateurs du téléphone. Une fois bien établis
dans leur milieu daccueil, ils sont en mesure dimplanter
leur propre conception du réseau. Cela inclut les modalités
de desserte et les caractéristiques des clientèles
visées. Plus loin, on verra aussi que la culture organisationnelle
ainsi quune certaine vision des relations publiques constituent
des enjeux importants.
Laffiliation de Bell aux grandes compagnies de téléphone
des États-Unis est manifeste en ce qui a trait à
la culture dentreprise. Assez tôt dans lhistoire
du réseau téléphonique montréalais,
des gestionnaires et des ingénieurs dAT&T imposent
leur modèle de développement. Le discours énoncé
par Bell sinspire ainsi largement des représentations
mises de lavant par les entreprises membres du système
Bell aux États-Unis, dont limpact est considérable
compte tenu de lampleur du marché. À cet égard,
la notion de service public, telle que proposée par les
dirigeants dAT&T, comporte des caractéristiques
analogues à celles observées à Montréal.
Le modèle de service public
Bien quadmise couramment aujourdhui en Amérique
du Nord, la nature sociale du service public relève dune
conception assez récente. Cest seulement à
la fin des années 1940, avec le déploiement de lÉtat-providence,
que le branchement universel aux services en réseaux apparaît
comme un élément essentiel de lintégration
sociale et territoriale des milieux locaux.
À la fin du XIXe siècle, les services publics
les public utilities sont dabord définis comme
des services marchands tarifés en fonction de lusage.
Cela signifie quils tiennent compte en priorité des
besoins commerciaux.
Dans un premier temps, plusieurs de ces services, notamment le
téléphone et lélectricité, sont
considérés comme des biens destinés à
des citoyens privilégiés. Néanmoins, la promotion
du bien-être collectif demeure un principe de première
importance, sous-jacent à lidée de service
public. De plus, le rôle stratégique des réseaux
de communication dans léconomie du pays exige que
les pouvoirs publics interviennent dans leur développement.
Au tournant du XXe siècle, lextension des réseaux
à léchelle du pays marque une étape
décisive dans la mise en forme dun modèle
de service public.
Dans une étude sur les télécommunications
aux États-Unis jusquen 1934, Alan Stone démontre
comment cette industrie est exemplaire du modèle de service
public élaboré à la fin du XIXe siècle.
Selon lauteur, le modèle de service public libéral
public service liberalism est parvenu à refléter
un système complexe de valeurs qui ne se résume
pas à la représentation dominante du libéralisme
économique, laquelle met laccent sur lefficacité
économique. Ce modèle constitue, selon Stone, un
exemple de politique publique qui sarticule à lidée
de progrès technologique comme composante essentielle du
développement économique et de lamélioration
des conditions de vie. Il révèle lintroduction
graduelle dune norme sociale. Celle-ci confirme que le nouveau
service est adapté au degré de civilisation dune
communauté et quil est indispensable à la
vie économique, tout en ayant des impacts immédiats
ou à long terme sur ce milieu de vie.
Il faut souligner que la notion de service public telle quévoquée
par les entreprises téléphoniques privées
nord-américaines et que cautionnent les pratiques
réglementaires étatiques a beaucoup évolué
entre la fin des années 1870 et le début des années
1930. Par ailleurs, le passage à la conception du service
téléphonique comme service public (en opposition
au principe dun objet strictement privé et commercial)
sest effectué très tôt dans lhistoire
de la téléphonie.
Cette transition hâtive sexplique par lexistence
de liens entre le rôle attribué à la technologie
du téléphone et celui qui était conféré
aux chemins de fer et aux réseaux télégraphiques,
deux services primordiaux dans le développement des marchés.
Le téléphone étant perçu comme le
prolongement du télégraphe, il nest pas surprenant
de constater que les formes dencadrement réglementaire
appliquées aux réseaux ferroviaires et télégraphiques
sont reprises pour le service téléphonique. Lidée
quil doit être considéré comme un service
public sintègre rapidement dans les mentalités
et les pratiques des institutions réglementaires.
Aux États-Unis, la mission de service public aussitôt
revendiquée par les pouvoirs publics force les opérateurs
privés de réseaux à respecter les règles
de fonctionnement établies par lÉtat fédéral.
Celui-ci intervient en premier lieu pour surveiller les tarifs
afin de limiter les profits abusifs des opérateurs. Il
en va de même dans le cas canadien. Par ailleurs, en échange
du contrôle public qui leur est imposé, les opérateurs
privés, y compris les entreprises affiliées au système
Bell, requièrent un encadrement réglementaire qui
limite la concurrence et leur fournit, pour les segments de marché
les plus profitables, un statut de quasi-monopole.
En outre, cette fonction de service public implique que les entreprises
privées doivent respecter une série dobligations.
Ce qui a des conséquences importantes en termes de politique
publique. Ainsi, les fournisseurs de services de télécommunication
sont-ils soumis à trois obligations. La première
en est une de desserte. Elle implique la fourniture du service
à ceux qui en font la demande et qui acceptent de payer
les tarifs exigés dans la mesure où ceux-ci sont
raisonnables. La deuxième obligation est définie
en termes de continuité du service, et ce, tant dun
point de vue quantitatif que qualitatif. Cette responsabilité
permet, entre autres, de légitimer la modernisation du
service par le biais des améliorations techniques. La continuité
consiste également à répondre de façon
permanente aux besoins des abonnés. La troisième
obligation concerne légalité de traitement
qui sert à éliminer les pratiques discriminatoires.
À lintérieur de ce modèle particulier
de service public régi par les règles du libéralisme
économique, le rôle de lÉtat se limite
à arbitrer les conflits dintérêts qui
surviennent, dun côté, entre les entreprises
concurrentes et, de lautre, entre les acteurs des milieux
locaux et les entreprises privées. Les pratiques dencadrement
réglementaire consistent également à faire
respecter les obligations des entreprises privées à
légard de la mission de service public, cest-à-dire
à garantir des tarifs raisonnables et une desserte équitable
entre les zones urbaines et les zones périphériques
moins denses.
Le type de service développé à Montréal
est le produit de linfluence technologique et culturelle
en provenance des États-Unis, et celui des particularités
de la société, de léconomie et de la
culture canadiennes et montréalaises. Fortement marqué
par son homologue étatsunien, il témoigne aussi
dune certaine incapacité à saisir demblée
les traits socioculturels de la métropole canadienne. On
peut dire que plusieurs dirigeants de Bell sont passablement déconnectés
de la société avec laquelle ils doivent transiger.
Entrepreneurs empreints de libéralisme, ils ont pour principal
leitmotiv de construire une entreprise monopolistique dont les
profits seront conformes aux attentes des actionnaires. Toutefois,
cette conception du service téléphonique est remise
en question par le rôle de service public que lui confèrent
les instances étatiques.
On constate que les représentations des exploitants du
téléphone se heurtent à une réalité
urbaine avec laquelle ils ne sont guère familiers. À
linstar de celle des autres grandes villes nord-américaines,
la société montréalaise na rien de
monolithique. Il reste que le rapprochement entre les deux contextes
(les grandes villes des États-Unis et la métropole
canadienne) suppose certaines précautions. En effet, les
conditions socioculturelles locales sont très différentes
dans les deux cas. On ne peut pas en conclure que le système
mis en place par Bell ait été entièrement
caractérisé par son inadaptation à la demande
sociale. En revanche, il est clair que certaines des spécificités
socioculturelles montréalaises ont été peu
prises en considération.
|
Comme principal fournisseur de service public, Bell
a occupé une place prépondérante dans le développement
urbain de la métropole. Son rôle renvoie dentrée
de jeu à son statut de fournisseur de service public. Dès
les années 1900, les dirigeants de Bell ont procédé
à lintégration des réseaux locaux afin détablir
un seul système. En approvisionnant le lucratif marché
de la téléphonie urbaine, lentreprise est parvenue,
après quelques années de concurrence, à maintenir
sa position prépondérante dans lévolution
du service montréalais, voire canadien. À partir du moment
où sa position hégémonique était assurée,
elle a construit et exploité le réseau de téléphone
local et interurbain. Elle a fixé les modalités de sa
distribution. Elle a élaboré une conception de la rentabilité
appropriée à son développement. Enfin, elle a participé
à la définition de la notion même de service public
et de son caractère indispensable.
La place occupée par le téléphone et ses opérateurs
privés dans lhistoire des communications à Montréal
mérite aussi dêtre soulignée. À cet
égard, Bell est un acteur incontournable. Il participe à
lexpansion de lagglomération, tant par son action
concrète ses projets dextension, par exemple
que par ses activités promotionnelles relatives à la mise
en forme dune vision idéalisée de lenvironnement
urbain et suburbain.
Jusquà la fin de la décennie des années 1900,
le personnage principal de lindustrie du téléphone
demeure le dirigeant. Pour atteindre ses visées expansionnistes,
il combine habilement des tactiques et des stratégies à
la fois techniques, financières et politiques. À partir
du moment où le monopole du service est assuré, protéger
limage de marque de lentreprise et rejoindre de nouvelles
clientèles devient lapanage des entrepreneurs. Ainsi, après
le dirigeant, cest la figure de lagent qui émerge.
Cest lui, désormais, qui occupe une fonction de premier
plan, jouant un rôle dinterface entre les techniciens et
les clients. Par conséquent, cest le vendeur/représentant,
placé au centre de la relation, qui effectue le rattachement
de la sphère technique à la sphère sociale.
En dautres termes, même si les stratégies de Bell
ont été contestées à certaines occasions
par les acteurs locaux, elles se sont avérées une véritable
réussite. Au cours de la période étudiée,
un compromis sociopolitique a pu être construit autour de lidée
que le service téléphonique local était indispensable.
Dès lors, il apparaît que le modèle du service public
dans le domaine de la téléphonie modèle
cependant remis en question depuis le début des années
19902 a pris forme avant 1930.
Une indication de ce caractère essentiel on peut même
parler de dépendance de la vie urbaine à lendroit
du réseau téléphonique vient de la croissance
fulgurante des abonnements au service résidentiel et daffaires
aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Il faut rappeler à
ce propos quentre 1945 et 1961, le nombre dappareils en
service dans les résidences de lagglomération montréalaise
est passé de 148 479 à 606 507, soit une augmentation
de lordre de 309 %, ce qui représente en moyenne, pour
lîle de Montréal, 35 appareils pour 100 habitants.
En ce qui a trait au service daffaires, le nombre dappareils
connectés au réseau a presque triplé au cours de
cette même période, passant de 94 351 à 271 453
appareils3. À partir de la seconde moitié des années
1940, après une période de croissance lente entre 1930
et 1944, Bell a profité, dune part, des investissements
effectués dans la seconde moitié des années 1920
pour moderniser son réseau et, dautre part, de ses efforts
promotionnels visant à stimuler la vente du service. Ainsi, il
apparaît que le succès de lentreprise provient de
la qualité de son réseau et de lefficacité
de ses campagnes de relations publiques et de promotion.
sommaire
La planification chez Bell
Avant les années 1910, on a du mal à
saisir avec précision les intentions de Bell. Son orientation,
ses choix, sa stratégie par rapport au développement
du réseau téléphonique sont difficiles à
cerner. Toutefois, après la Première Guerre mondiale,
lentreprise présente, au moins sur le plan technique,
une image plus claire de son système de production et de
distribution. Ses méthodes de mise en marché sont
aussi plus élaborées et mieux adaptées aux
diverses clientèles, voire aux divers modes de consommation.
Les secteurs de la ville qui offrent une clientèle daffaires
et une clientèle résidentielle fortunée constituent
sans conteste des cibles privilégiées. Peu portés
à tenter des expériences sur des marchés
indéterminés, les dirigeants de Bell sen tiennent
aux secteurs demblée profitables. Cela contribue
à renforcer les choix sociaux de lentreprise, ce
qui se répercute sur loffre du service.
Un élément important du développement
du réseau téléphonique renvoie à lapproche
générale qui se dégage des projets dextension
aux lendemains de la Première Guerre mondiale. Il sagit
dune nouvelle approche planificatrice mise en uvre
pour, dune part, moderniser loffre du service et,
dautre part, déterminer avec plus de certitude les
besoins futurs.
Le modèle rationnel
À partir du début des années
1920, à la suite de lexpérience acquise lors
de la première phase de développement, les exploitants
privés font appel de manière explicite au modèle
rationnel pour encadrer lensemble des activités rattachées
à loffre du service. Il en résulte la mise
en place dune bureaucratie gestionnaire qui va de pair avec
un renforcement de lidéologie techniciste.
En effet, les gestionnaires et les ingénieurs associés
aux grandes compagnies nord-américaines de téléphone
partagent la conviction quil est possible daméliorer
la qualité et lefficacité du service, de même
que sa gestion, en ayant recours au savoir scientifique. Instaurant
à lintérieur de son organisation le pouvoir
managerial et technique, Bell a tendance à prêter
au service téléphonique un caractère unidimensionnel
: celui dun système standardisé, efficace
et contrôlé par une instance centrale.
Au nombre des documents cartographiques conservés
au Service historique de la compagnie montréalaise, on
retrouve différents plans usuels de la ville et de lîle.
Ceux-ci font sans doute partie des outils de planification auxquels
avaient recours les opérateurs du réseau. De manière
générale, ces plans aident à saisir les grands
axes de développement urbain. Ils permettent aussi de repérer
les rythmes de construction, les projets de lotissement et louverture
des nouvelles rues, la qualité des constructions
les matériaux étant parfois spécifiés
et, de fait, la valeur des bâtiments. Ainsi, ces
documents sont-ils utiles pour identifier les zones potentielles
à aménager en termes dinfrastructures et déquipements.
Lidée de planifier le réseau
à long terme (sur une période de 20 à 30
ans) se trouve énoncée dès le début
des années 1910 dans les discours des ingénieurs
dAT&T. Sans doute inspirés par les valeurs et
les préoccupations propres à la planification urbaine,
ils insistent sur la nécessité dappréhender
le système téléphonique dans sa totalité,
tout en tenant compte dune multiplicité de facteurs
externes qui sont à même den influencer lorganisation.
Lapproche planificatrice qui en découle doit nécessairement
être englobante (comprehensive)
Parmi les principaux problèmes alors reliés à
la planification du réseau téléphonique local,
celui de la prévision de loffre et de la demande
intéresse en priorité les dirigeants de Bell. Comment
améliorer les processus décisionnels et comment
résoudre les problèmes qui découlent dune
planification à moyen et à long termes ? Les ingénieurs
et les managers de lentreprise abordent la planification
en mettant au point une démarche rigoureuse en trois étapes.
Premièrement, pour organiser la distribution du service
téléphonique de façon commerciale et rentable,
il faut inventorier les usagers potentiels et prédire les
comportements sociaux grâce aux études de marché.
Deuxièmement, il faut prévoir la demande en tenant
compte des tendances précédentes et estimer le volume
de service qui sera consommé dans les territoires étudiés
sur une longue période (20 ans). Troisièmement,
il faut effectuer une étude de la faisabilité de
lextension du système à partir de lévaluation
comparative des coûts encourus par le programme de développement
et de perfectionnement, y compris les coûts dentretien
des équipements. Ces trois étapes permettent déclairer
les choix à faire en termes dinvestissements.
De fait, la modernisation et la rationalisation
du réseau prennent lallure dun processus de
planification continue par opposition à un plan figé
ou définitif. Afin de faire face aux ajustements fréquents
exigés par la conjoncture et par des changements circonstanciels
lintroduction de nouvelles technologies ou encore
une demande accrue , les dirigeants de Bell utilisent des
méthodes de prévision de plus en plus précises.
Pour appliquer avec rigueur ses méthodes de prévision
des conditions du marché, Bell fait appel à une
approche planificatrice globale qui, selon les ingénieurs
dAT&T, est analogue au modèle dominant de la
planification urbaine, à lépoque au
moins dans le discours des planificateurs urbains , celui
de la planification rationnelle (comprehensive planning), dont
loutil usuel est le plan directeur (general plan). Toutefois,
contrairement au plan directeur qui fixe au préalable limage
du milieu à aménager, les opérateurs du réseau
téléphonique introduisent, dans leur approche, une
dimension stratégique3. Cela leur permet dadapter
le plan directeur en fonction de nouvelles conditions (par exemple,
des variations démographiques imprévues). Ce sont
précisément les avantages de cette dimension stratégique
que le vice-président dAT&T présente à
un groupe de planificateurs urbains réunis à New
York en 1925. Le modèle mis de lavant par les planificateurs
des réseaux5 vise à aider les décideurs (les
investisseurs, les managers et les ingénieurs) à
répondre le plus efficacement possible à la demande
de service téléphonique. Ici, la planification remplit
une fonction instrumentale destinée à réduire
les incertitudes. Cette approche remplit aussi certaines fonctions
normatives de rationalisation de la gestion de loffre.
La comparaison entre la planification urbaine et celle du réseau
téléphonique peut être faite en tenant compte
de plusieurs aspects. Dans les deux cas, on retrouve les étapes
habituelles qui découlent dune démarche rationnelle
et déductive. Cela inclut des mesures dajustement
à un processus de changement dont les principaux paramètres,
comme les tendances démographiques ou encore les axes de
croissance urbaine, restent difficiles à prévoir
et à contrôler.
De manière plus concrète, le plan directeur vise
à prendre en compte toutes les dimensions du développement
urbain. Cela comprend aussi bien les réseaux de communication
locaux et régionaux, les équipements collectifs
que leur interaction :
As we must provide adequate pathways for the circulation of
telephone traffic within the city, the city plan must provide
adequate circulation routes for traffic on foot, in vehicules
on the streets, and in transportation Systems of one kind or another.
As we must provide buildings suitably located with reference to
the wire centre, the city must provide facilities, such as schools,
centrally located with reference to the population which they
too are to serve. As we must provide routes adequate in both number
and capacity from the suburban areas and from distant points to
accomodate the toll telephone traffic, highways and transportation
Systems to more distant points must be comprehended in the city
plan.
De plus, une agglomération urbaine conçue
en fonction des principes du modèle rationnel correspond
à limage dune ville efficace et prospère,
tout en reprenant à son compte les valeurs modernistes
de salubrité, de beauté et de confort :
[...] our cities should develop in such manner that they will
in the highest degree be healthful, beautiful and comfortable
places in which to live. That they will be effectively laid out
to permit the free movement of traffic. That they will permit
the efficient business operation of the community with resulting
economic gain to all.
À linverse de lapproche ponctuelle ou par
bribes (piecemeal approach) qui a caractérisé les
premières décennies du développement du réseau
téléphonique de même que les précédentes
pratiques planificatrices dans le champ urbain , le modèle
rationnel intègre la prévision de loffre et
de la demande. Les planificateurs rassemblent, de manière
systématique, le plus dinformations possible sur
un milieu donné. Ils tiennent aussi compte des implications
des solutions envisagées. Dans ce contexte, les connaissances
ont pour but daider la prise de décision.
Afin de composer avec la complexité de
la réalité, toutes les instances (cest-à-dire
les différents services de Bell) sont soumises aux exigences
de la démarche de la planification rationnelle et tenues
de coordonner leurs activités. Sur un plan opérationnel,
cette démarche a pour effet de réduire à
quelques règles technico-économiques le fonctionnement
du marché.
Pour autant, les valeurs qui sous-tendent les choix en termes
déquipement sont-elles rationnelles et objectives
? Sur quelles bases reposent-elles ? Dans le cas du téléphone,
il ressort clairement que la valeur primordiale est celle de la
rentabilité. Cela dit, la qualité du service offert
nen préoccupe pas moins ses exploitants. Enfin, même
si elles sont très peu perceptibles dans ses pratiques
et ne se concrétisent pas au cours de la période
étudiée, léquité et laccessibilité
ont elles aussi influencé lidéologie de Bell.
Il faut dire que les planificateurs privés, même
sils doivent assumer les conséquences de leurs choix
technico-économiques, sont rarement contestés puisque
lentreprise bénéficie dune position
monopolistique.
Le réseau téléphonique étant
considéré, par ses concepteurs, comme un organisme
en évolution, le plan directeur guidant son développement
est davantage vu comme un processus que comme un idéal
à atteindre. Lutilité de la planification
se résume dans la réduction des incertitudes relatives
aux variables suivantes : croissance démographique, distribution
spatiale des ménages, tendances durbanisation, nature
des activités urbaines. À cet égard, le zonage
représente, pour les planificateurs, un outil approprié
puisquil permet de déterminer à lavance
la localisation des activités. On peut comprendre pourquoi
les exploitants privés des réseaux techniques urbains
ont sur-le-champ été favorables à une ségrégation
des activités dans lespace.
Il reste quen dernière analyse, cest
la nature des liens unissant les groupes dintérêt
(community of interest) qui constitue le fondement de la planification
du réseau téléphonique. Dès lors,
par des démarches analytiques et prospectives, les planificateurs
examinent les besoins de communication des diverses communautés
et les rapports quelles sont susceptibles dentretenir
avec des groupes plus ou moins lointains :
[...] what will be the extent of the community of interest
between the different sections of the community, and between the
community as a whole, the surrounding communities, and the more
distant communities within the country and without ?
Les planificateurs font certes appel au discours
scientifique, mais leur objectivité est demblée
biaisée par la manière dont ils appréhendent
les relations entre les groupes quils souhaitent brancher
au réseau. La connexion des ménages, des entreprises
et des institutions situés en territoire montréalais
seffectue en fonction des affinités économiques
et socioculturelles quils partagent : langue, appartenance
sociale (déterminée en fonction de leur revenu moyen),
quartiers, activités. On peut parler ici dune recomposition
sélective des communautés eu égard aux habitudes
de communication.
Les modèles danalyse élaborés par les
planificateurs sont ainsi fondés sur des rapports économiques
et sociocommunautaires reconstruits en fonction de leur compréhension
des milieux. À ce sujet, une série déléments
sont soumis au contrôle technique et homogénéisant
des exploitants privés : habitudes de communication interpersonnelle
et daffaires, significations sociales du téléphone,
accessibilité, etc. Cela les conduit à imposer des
normes déchanges et de communication qui peuvent
aller à lencontre des valeurs culturelles, voire
des traditions locales.
De plus, la primauté accordée aux rapports qui se
tissent entre les groupes dintérêt se répercute
sur la configuration même des réseaux locaux. En
ce sens, les planificateurs de Bell et dAT&T utilisent
les informations quils détiennent sur un milieu pour
défendre leurs propres intérêts. Cela na
rien détonnant. À lintérieur
de ce système uniformisant, les points de vue et les valeurs
dissemblables nont pas, sinon très peu, de place.
Les études de marché
Le contenu technique du projet déquipement du territoire
montréalais nécessite des solutions que seuls des
experts savent appliquer. Ce qui explique les visites périodiques
dingénieurs en téléphonie en provenance
des États-Unis. Ainsi, lune des influences les plus
importantes renvoie à la validité des études
menées durant les années 1920. À ce sujet,
on peut prendre lexemple de la vaste enquête sur le
marché montréalais, le Commercial Survey, réalisée
en 1924. Les visions de Bell sy expriment clairement.
Si les élus municipaux et les planificateurs
urbains contrôlent peu les forces à luvre
dans le processus de développement urbain, en revanche,
les exploitants des réseaux techniques sont, eux, habilités
à prédire les besoins, compte tenu des données
fournies par les études de marché sur lesquelles
ils appuient leurs projets dextension. Lempirisme
de ces études sinscrit dans le cadre dune vision
globale qui propose une interprétation de la croissance
urbaine :
Recently, a gentleman in introducing a speaker who was giving
a talk over the radio on town planning, opened his remarks by
stating that Montreal for the past three hundred years has been
growing like « Topsy ». We in the telephone business
for at least the past thirty years have been attempting to find
out if there is any System behind « Topsy » growth
and to develop some means by which we might measure results and
anticipate conditions in advance of actual facts.
Au début des années 1920, le service de génie
de Bell élabore un premier plan densemble du réseau
montréalais.
Le Fundamental Plan, quon peut définir comme une
vue générale du développement du réseau,
établit les besoins de lignes téléphoniques
jusquen 1928. On prévoit ajouter environ 27 000 lignes
et construire trois centraux. Les axes de développement
favorisent toujours louest de lîle ainsi que
le centre-ville. Les quartiers résidentiels situés
au nord font aussi lobjet dun programme dextension.
Enfin, on propose la construction dun nouveau central desservant
les quartiers à lest de lancienne municipalité
de Maisonneuve. En fait, ce plan reflète plus une volonté
de consolidation du réseau quune stratégie
de diversification géographique et sociale.
La première étude de marché effectuée
à Montréal par les ingénieurs nord-américains
provenant des compagnies AT&T et Bell le Commercial
Survey de 1924 se situe dans un contexte dautomatisation
de la technologie de commutation. Les questions initiales soulevées
par ces spécialistes sont les suivantes : quelle sera la
croissance de la compagnie entre 1925 et 1945 ? En tenant compte
des caractéristiques socio-économiques des ménages,
quelle sera la nature de la demande de service téléphonique
? Enfin, quelle sera lampleur de lurbanisation ?
Cette enquête extensive des potentialités téléphoniques
couvre une grande partie du territoire de lîle, soit
plus de 250 kilomètres carrés. Elle tient compte
des villes suivantes : Montréal, Westmount, Outremont,
Verdun, LaSalle, Saint-Pierre, Montréal-Ouest, Hampstead,
Mont-Royal, Saint-Laurent, Saint-Michel, Saint-Léonard,
Montréal-Nord, Montréal-Est, Pointe-aux-Trembles,
Laval-de-Montréal ; du village de Côte-Saint-Luc,
des paroisses de Saint-Laurent, de Saint-Léonard, de Rivière-des-Prairies,
et de la municipalité de Saint-Jean-de-Dieu.
Lintérêt de cette étude tient au fait
quelle est effectuée à partir dune lecture
diachronique de la situation des ménages montréalais.
Chaque îlot est étudié en fonction du nombre
de familles qui y résident et en tenant compte de leurs
caractéristiques socio-économiques. Les variables
qui visent à déterminer le pouvoir dachat
des ménages sont le type dhabitation (maison unifamiliale,
immeuble dappartements, maison à logements multiples
(flats), maison dhébergement), le mode de tenure
(propriété, location) et la valeur locative moyenne
mensuelle (tableau ci dessous).
Cette enquête propose une vision future
des pratiques de consommation téléphonique. Une
telle anticipation de lévolution des besoins implique
que Bell fasse des hypothèses par rapport aux investissements
quexigent la construction de nouveaux équipements,
les coûts dexploitation et les modalités de
tarification. À cet égard, on pense en termes de
tarification puisquelle fixe le degré daccessibilité
sociale au réseau.

Si on considère les données du tableau, on constate
que 80,5 % des familles montréalaises recensées
par Bell logent dans les maisons à logements multiples,
« duplex » et « triplex » (flats
cest-à-dire des petits immeubles de deux ou trois
étages comportant de deux à cinq appartements),
dont la valeur locative moyenne se situe entre 10 $ et 65 $ par
mois. Il faut souligner que les écarts importants de loyer
se reflètent dans la qualité des logements. Autrement
dit, à Montréal, le parc résidentiel de ce
type de maison na rien dun ensemble homogène.
Pour leur part, les maisons unifamiliales et les immeubles dappartements
abritent des familles plus nanties qui consacrent en moyenne plus
de 65 $ par mois pour se loger.
Lorsque les enquêteurs comparent les données
sur les types dhabitation et les taux dabonnement
au téléphone, le lien entre le niveau de richesse
des ménages et la souscription au service est flagrant.
Parmi les plus grands consommateurs du service, on retrouve les
familles qui dépensent le plus pour se loger. Les chiffres
vont en décroissant lorsquil sagit des groupes
les moins fortunés.
Les catégories de commerçants et de gens daffaires
font aussi lobjet dun classement. Toutefois, à
linverse du marché domestique où seul le pouvoir
dachat des familles détermine la catégorie
des services (nombre dappareils, ligne privée ou
partagée) quelles sont à même dutiliser,
le marché daffaires se différencie en fonction
du type dactivité : marchand grossiste, marchand
de détail, manufacturier, bureaux, etc
En déterminant le développement ultérieur
des activités de Bell, létude de marché
précise les orientations que la compagnie devra adopter
en matière dinvestissements : achat de terrains,
construction de bâtiments, reconfiguration des zones de
distribution du service, consolidation des activités, embauche
dingénieurs et de personnel spécialisé
afin de mener à terme le projet de conversion des centraux
manuels en centraux automatisés, etc. Néanmoins,
Bell reste relativement prudente dans la planification de ses
équipements. En outre, ce vaste programme de perfectionnement
et de rationalisation du service doit séchelonner
sur une période de vingt ans. À chaque étape,
on réalise une étude spécifique. Un comité
de coordination la supervise et doit évaluer les coûts
du projet ainsi que les économies réalisées
grâce à lamélioration du réseau.
Le passage dun type de central à un autre implique
en effet une coordination sans faille. Lors de ces étapes
cruciales, les relations publiques jouent un rôle primordial.
Elles veillent à la satisfaction dune clientèle
qui doit subir les inconvénients de la réorganisation.
Lévolution démographique constitue la trame
de fond de létude de marché. Mises en rapport
avec le nombre dappareils téléphoniques en
usage, les données fournies par les recensements canadiens
et effectués à un intervalle de dix ans (1901-1911-1921)
sont utilisées par les analystes de Bell. Ils doivent cerner
avec précision les comportements démographiques
passés pour faire des projections jusquen 1945 :
hausse du taux de natalité, baisse du taux de mortalité,
mouvements migratoires internes et externes, etc. En 1924, la
population de Montréal est de 805 140 habitants. Bell estime
quelle atteindra 1 476 700 en 1945.
Demblée, les ingénieurs responsables de lenquête
soulignent la diversité sociale qui caractérise
lagglomération. Pour dégager des sous-catégories
de marché relativement homogènes, on regroupe les
consommateurs montréalais en fonction de leur pouvoir dachat,
lequel est déterminé à partir de la valeur
du loyer. Selon Bell, le loyer que paie un individu constitue
un très bon indicateur de son revenu. Cest là
lélément le plus déterminant pour prévoir
les besoins futurs en matière de téléphonie.
Ainsi le territoire est-il découpé en fonction du
niveau de fortune des citadins et des banlieusards. Les ingénieurs
sefforcent aussi de discerner les stratégies résidentielles
des ménages à la lumière de la conjoncture
socio-économique tout en tenant compte des liens qui unissent
les municipalités suburbaines à la ville-centre
:
There are numerous suburban villages scattered over Montreals
Island, all of which are in Montreals immediate sphere and
inhabited by workers who depend on the City for their living.
The 1921 Census gave the Montreal Island population as 724 205
of which 439 653 were French, 197 912 British and 86 640 foreign,
Both French and English portions of the market have high buying
power.
En comparaison avec lattitude de la compagnie
qui prévalait au début des années 1900 à
lendroit de la clientèle francophone de la métropole,
on peut parler ici dun revirement de point de vue. Cest
que le niveau de vie des francophones sest accru de manière
significative entre 1901 et 1921, notamment en raison du recul
de la mortalité. La part des groupes qui ne sont pas dorigine
française ou britannique a aussi beaucoup progressé
au cours de cette même période : en 1921, elle atteint
12,9 % dans la ville de Montréal. Néanmoins, son
pouvoir dachat est limité. Bell en tient donc peu
compte.
Cette étude de marché révèle dimportantes
variations en ce qui a trait aux pratiques dabonnement des
habitants de lîle. Bien quappréhendée
comme une seule communauté, lagglomération
montréalaise présente de multiples particularités
que les ingénieurs de Bell tentent dintégrer
à leurs analyses. Pour en dégager les caractéristiques
communes, ils découpent le territoire en petites entités
homogènes, regroupant des places daffaires et des
ménages susceptibles dentretenir des liens communautaires
et économiques étroits.
La réalité sociospatiale est un
des thèmes essentiels des enquêtes effectuées
par Bell. On évalue les tendances et les processus particuliers
que revêt le développement urbain : déconcentration
des activités de production, nouvelles stratégies
résidentielles, concentration des activités de direction,
etc. En décortiquant ainsi la réalité montréalaise,
Bell compose un système de relations entre les secteurs
plus ou moins hiérarchisés aux points de vue social
et fonctionnel. Suivant les secteurs dactivités et
les catégories sociales qui animent les zones inventoriées,
on fixe la personnalité des clientèles et le potentiel
téléphonique. On prend aussi en considération
une variable technique, à savoir la capacité accrue
découlement des flux téléphoniques
fournie par les équipements de commutation.
La description de deux zones urbaines très distinctes sur
le plan socio-économique démontre comment Bell anticipe
les besoins futurs de ses clientèles potentielles. Par
exemple, le secteur du marché « B », formé
des quartiers Saint-Henri, Petite-Bourgogne et Pointe-Saint-Charles,
et dont 27,6 % des familles et 96,8 % des entreprises sont abonnées
au téléphone, est présenté ainsi :
Situated along both sides of the Lachine Canal and including
all of Point St. Charles. This area contains many large manufacturing
establishments, the Canadian National Railway Station, freight
sheds, yards and shops.
The residence development is of poor to medium type, being practically
altogether flats and tenements. Population mixed English and French,
with a few negroes and foreigners.
Considerable increase in industry is expected in this area, principally
along the Lachine Canal and Canadian National Railway line, together
with a slight improvement in residential character.
Community of interest will be principally with Market Area A18.
Compte tenu de la croissance démographique et des particularités
de la population du secteur, Bell estime pouvoir augmenter denviron
10 % le nombre de familles abonnées dans les vingt années
à venir ; ce qui est relativement modeste. Dans ce cas,
cest plutôt le dynamisme des activités industrielles
qui détermine les investissements en équipements
téléphoniques. Les liaisons à prévoir
sont dabord établies avec le marché du centre
des affaires (le marché « A »).
Le marché « H », incluant le
quartier Saint-Antoine situé près du mont Royal
connu aussi sous le nom de Golden Square Mile , présente
des caractéristiques et des possibilités de développement
bien différentes de celles de la zone précédente
puisque 87,9 % des familles sont abonnées au téléphone
:
High-class residential area of one family homes, appartments
and flats. This area contains McGill University, the Art Gallery
and a number of other educational institutions, and the Royal
Victoria Hospital.
Population almost entirely English speaking.
Considerable development of first class apartment houses is looked
for, together with an increased number of one family homes and
community groups.
Principal community of interest with Market Areas A & AA19
[cest-à-dire le quartier des affaires et Westmount].
Bell a pour stratégie de continuer à
fournir un service de qualité, conforme aux exigences des
clients du quartier, notamment le maintien des lignes téléphoniques
individuelles par opposition aux lignes partagées.
On constate que, dans les quartiers résidentiels à
prédominance francophone, le taux de pénétration
du téléphone est faible. Chez les ménages
ouvriers habitant les quartiers pauvres du sud-ouest et du centre-sud,
il varie de 13,3 % à 19 %. Dailleurs, Bell estime
quen 1945, le nombre dabonnés habitant ces
quartiers aura considérablement augmenté mais natteindra
guère plus de 35 % de la population totale. Dans certains
quartiers résidentiels en pleine expansion, Rosemont par
exemple, le taux de croissance anticipé est un peu plus
élevé, quoique Bell demeure prudente dans ses prévisions.
En fait, le maintien des acquis se dégage
de cette étude de marché. Encore une fois, il est
clair que le réalisme de lentreprise lemporte
sur une vision idéalisée de la croissance du réseau.
Ses dirigeants et ses ingénieurs sont conscients des limites
propres au marché montréalais. Et ils misent en priorité
sur ses aspects les plus sûrs.
Comme le montre le tableau ci desous, les pourcentages dabonnés
que Bell prévoit pour 1945 à léchelle
du territoire étudié, bien que supérieurs par
rapport à 1924, demeurent conservateurs dans le cas des ménages
et des commerces de quartier.
Pourcentage d'abonnés en fonction du type de service
Pour 1924 SERVICE RÉEL et pour 1945
SERVICE ESTIMÉ :
Résidentiel 43,56 % et 60,15 %
Commerces de quartier 63,31 % et 74,10 %
Commerces et services centraux 86,28 % et 92,54 %
total commerces 72,72 % et 81,90 % |
À partir de ces chiffres, Bell considère
quelle pourrait accroître son offre pour le marché
résidentiel.
De manière plus précise, elle estime que le marché
situé à lintérieur des limites de la
ville de Montréal va passer de 41,5 % en 1924 à 57,3
% en 1945. Quant aux villes de banlieue comprises dans lenquête
(Westmount, Outremont, Verdun, LaSalle, Saint-Pierre, Montréal-Ouest,
Côte-Saint-Luc, Hampstead, Mont-Royal, Saint-Laurent, Montréal-Nord,
Saint-Michel-de-Laval, Saint-Léonard-de-Port-Maurice, Rivière-des-Prairies,
Pointe-aux-Trembles, Laval-de-Montréal), elles présentent
des possibilités dextension un peu plus importantes
: alors quen 1924, 58 % des ménages qui habitent ces
localités ont le service téléphonique, Bell
prévoit quen 1945 plus de 75 % des familles suburbaines
seront abonnées.
Bien entendu, ces chiffres représentent
une moyenne qui tend à masquer les écarts considérables
entre le taux dabonnement des familles de Westmount (atteignant
93,3 % en 1924) et celui des quelque 611 familles qui habitent
Montréal-Nord (on y retrouve 7,2 % dabonnés
en 1924). Il nen demeure pas moins que les familles de la
banlieue sont les plus prometteuses quant aux possibilités
dextension du réseau. Dailleurs, les efforts
de promotion visant le marché résidentiel suburbain
sexpriment clairement dans les documents produits par la
suite. Dans les faits, par contre, la consommation suburbaine
du téléphone ne va pas de soi. Souvent, il faut
attendre que les familles soient établies en banlieue et
que les réseaux de transport y soient en service pour que
le niveau dabonnement augmente. Le téléphone
devient alors, à linstar des autres services offerts
par les réseaux techniques urbains, un élément
indispensable de communication et de désenclavement.
Pour mieux comprendre les stratégies résidentielles,
Bell a recours à des informations cartographiques qui lui
permettent dobtenir instantanément une vision densemble
du marché. Il faut rappeler que le territoire à
létude inclut les portions urbanisées de lîle
et les zones résidentielles des noyaux villageois. Certaines
portions de ce territoire sont occupées par des terres
agricoles. Une série de points durbanisation sont
toutefois visibles et renseignent les planificateurs du réseau
montréalais sur les axes probables de développement.
Dans cette perspective, la densité doccupation résidentielle
et commerciale constitue une indication sur les zones potentielles
de consommation du service téléphonique :
[...] it is felt that the sale of our residence telephones
depends on the number of families there are in a given place to
whom to sell, and the number of business firms naturally also
depends on the number of families for the same reason. Then the
sale of our business service will depend on the number of firms,
which in turn depends on the number of families.
Cependant, à Montréal, les districts
les plus densément peuplés sont occupés par
des familles ouvrières, lesquelles ne disposent pas des
revenus nécessaires pour sabonner au service. Parmi
les endroits où sont établies le plus grand nombre
de familles, on retrouve les secteurs industriels, notamment Hochelaga
et Maisonneuve. Le centre des affaires qui correspond au
secteur du Vieux-Montréal est quasi inhabité.
Lune des difficultés de gestion de la croissance
du réseau téléphonique résulte de
la faible densité des nouveaux districts à desservir.
Certes, quelques ménages et commerces sont agglutinés
au nord, sur les rives de la rivière des Prairies, regroupés
à proximité des anciens noyaux villageois, ou bien
installés le long des principaux axes de circulation. Mais
il est clair que lensemble du territoire peut encore faire
lobjet dune intense activité de développement
urbain. De plus, dans plusieurs municipalités de la banlieue
est, comme les villes de Saint-Léonard-de-Port-Maurice,
Saint-Michel-de-Laval et Montréal-Nord, même si le
tracé des rues est déterminé, lurbanisation
na toujours pas démarré. Les terres agricoles
occupent de grandes portions du territoire du nord-ouest et du
nord-est de l'île. Cette discontinuité avec laire
urbaine pose un problème de rentabilité pour les
infrastructures téléphoniques.
Outre les secteurs largement sous-urbanisés
de lîle, Bell doit aussi tenir compte de la présence
de plusieurs zones peu rentables puisquelles ne sont pas
disponibles pour la desserte du service résidentiel. Elles
sont occupées par des parcs et des cimetières (les
parcs du Mont-Royal, Lafontaine, Maisonneuve, les cimetières
Notre-Dame-des-Neiges et Mount Royal), par des activités
industrielles (les zones limitrophes au canal Lachine et aux voies
ferrées), par des fonctions institutionnelles (le domaine
de lhôpital Saint-Jean-de-Dieu, la prison de Bordeaux)
et des emprises ferroviaires (les cours de triage) ou portuaires.
Avec le recul, on peut dire que, tout en appréhendant
les obstacles physicospatiaux propres au territoire montréalais
ainsi que les contraintes matérielles des ménages,
les ingénieurs de la compagnie sont parvenus à prédire
les comportements de la clientèle. Toutefois, les difficultés
économiques des années 1930 remettent en question
la validité des informations recueillies, car le pouvoir
dachat des ménages a été réduit
de manière significative. On observe alors un déclin
le premier dans lhistoire de Bell des abonnements
au téléphone.
Dès lors, Bell doit sajuster aux conditions économiques
et, par le fait même, réviser à la baisse
ses estimations. En 1937, il apparaît impératif de
refaire une nouvelle étude du marché montréalais.
La faible croissance du service, la lente urbanisation des territoires
suburbains, la difficulté de capitalisation et dinvestissement
en matière déquipements forcent la compagnie
à reconsidérer ses projets de prolongement et de
modernisation du réseau.
Il reste que les prévisions de Bell, quant à laugmentation
du nombre dappareils branchés au réseau téléphonique,
se sont avérées fiables dans lensemble.
En fait, on peut parler dune différence denviron
8 % de moins de postes en service en 1945 par rapport à
ce qui était prévu en 1924. La crise des années
1930 et la période de guerre sont des facteurs qui retardent
lessor anticipé, voire qui contribuent à la
diminution du nombre dabonnés. Si les estimations
de Bell se révèlent relativement justes, cest
sans doute parce que ses ingénieurs maîtrisent bien
les techniques nouvelles comme les études de marché,
les méthodes dévaluation des coûts de
construction des installations et des coûts damortissement
; sans parler des campagnes de publicité conçues
comme des méthodes de relations publiques. Tous ces éléments
sinscrivent dans un cadre planificateur rationnel désormais
légitime.
Au fil des années, la connaissance poussée
du territoire montréalais, de ses potentiels et de ses
restrictions en termes dextension du réseau téléphonique
a joué un rôle important. Les pratiques denquête
et de collecte de données avaient en effet une dimension
utilitaire indéniable. La capacité de prédire
les besoins téléphoniques de la métropole,
en faisant confiance à la planification rationnelle, est
ainsi devenue un élément stratégique pour
le développement du réseau.
|
sommaire
L'accès aux designs des Bell Labs américains prit
fin au début des années 1960.
Northern Electric établit ses propres laboratoires de recherche
pour concevoir des produits qui satisfirent les besoins du marché
canadien plutôt que d'y adapter les produits américains.
|
En 1968, La Compagnie
de Téléphone Bell du Canada est renommée
Bell Canada.
Canada atlantique
Au début des années 1960, Bell acquit des participations
dans toutes les compagnies de lAtlantique. Elle se développa
le 24 juillet 1962 avec Newfoundland Telephones (qui devint plus
tard NewTel Communications). Bell acquit une participation majoritaire
dans la Maritime Telephone and Telegraph Company, plus tard connue
sous le nom de Island Telephone, basée à l'Île-du-Prince-Édouard,
et dans Bruncorp, la société mère de NBTel,
en 1966. L'achat de MT & T a été effectué
malgré les efforts déployés par la législature
de la Nouvelle-Écosse le 10 septembre 1966 pour limiter
le pouvoir de vote de tout actionnaire à 1 000 voix. La
société MT & T appartenant à Bell a absorbé
environ 120 entreprises indépendantes, la plupart desservant
chacune moins de 50 clients. NewTel, appartenant à Bell,
a acheté le Terra Nova Tel, appartenant au CN, en 1988.
Newtel, Bruncorp, MT & T et Island Tel ont par la suite fusionné
avec Aliant (maintenant Bell Aliant, qui détient également
une grande partie des services fournis par Bell Canada dans des
zones plus rurales en Ontario et au Québec), dont Bell
Canada est maintenant propriétaire.
Le 1er janvier 2011, Bell a finalisé l'acquisition de la
société de services de technologie de l'information
xwave, qui offre des ventes et des services de technologie de
l'information dans la région du Canada atlantique, à
Bell Aliant.
Quebec et Ontario
Des compagnies indépendantes sont apparues dans plusieurs
régions de l'Ontario, du Québec et des provinces
maritimes sans un service adéquat de Bell Canada. Au cours
du XXe siècle, Bell acquit la plupart des sociétés
indépendantes en Ontario et au Québec, notamment
lacquisition de Nexxlink Technologies, un fournisseur de
solutions informatiques et de télécommunications
intégré basé à Montréal et
fondé par Karol Brassard . Parallèlement à
l'acquisition de Charon Systems, Nexxlink est aujourd'hui une
entreprise de Bell Business Solutions, une division de Bell Canada.
Cependant, le Québec a encore de grandes étendues
de zones relativement rurales desservies par Telus Québec
(anciennement Québec Telephone, acquise ultérieurement
par Telus) et Télébec (désormais détenue
par Bell Canada via Bell Aliant) et par une vingtaine de petites
sociétés indépendantes. En 1980, lOntario
comptait encore une trentaine de sociétés indépendantes
et Bell nen avait pas encore acquis; les plus petites ont
été vendues à des gros indépendants
disposant de plus grandes ressources en capital. Cellcom Communications
est le plus important franchisé de Bell Canada et exploite
actuellement 25 magasins Bell au Québec et en Ontario.
Alberta, Manitoba et Saskatchewan
Les trois provinces des Prairies, à des moments différents,
ont acquis les activités de Bell Canada et créé
des services publics provinciaux, investissant dans le développement
de services téléphoniques appropriés dans
toutes ces provinces; Linvestissement de Bell Canada dans
les Prairies était insuffisant ou insuffisant par rapport
à la croissance, et les trois sociétés disposaient
de diverses compagnies de téléphone locales. La
Commission des téléphones du gouvernement de l'Alberta
du gouvernement de l'Alberta et les téléphones du
gouvernement du Manitoba ont acheté les opérations
de Bell de leur province en 1908. Le ministère des Chemins
de fer, Télégraphes et Téléphones
de la Saskatchewan, créé en juin 1908, a racheté
les activités de Bell le 1er octobre 1909; Les activités
gouvernementales des trois provinces ont finalement acquis les
sociétés indépendantes.
Ayant atteint un niveau de développement élevé,
le Manitoba a décidé de privatiser son service téléphonique
et l'Alberta a privatisé les téléphones du
gouvernement de l'Alberta pour créer Telus dans les années
1990. La Saskatchewan continue de posséder SaskTel en tant
que société d'État. Edmonton était
desservie par un service public appartenant à la ville,
Edmonton Telephones Corporation, qui avait été vendue
à Telus en 1995. BCE a repris possession du réseau
manitobain, maintenant connu sous le nom de Bell MTS, le 17 mars
2017
Colombie britannique
La Colombie-Britannique, desservie aujourdhui par Telus,
était desservie par de nombreuses petites entreprises fusionnées
pour former British Columbia Telephone, connue plus tard sous
le nom de BC Tel (la dernière acquisition connue était
la Okanagan Telephone Company à la fin des années
1970), qui desservait la province depuis le début Des années
1960 jusqu'à sa fusion avec Telus. (Les fusions ont produit
une anomalie: Atlin est entourée par le territoire de Norouestel,
ce qui implique que l'entreprise qui a établi le service
a été acquise par une entreprise desservant des
territoires plus au sud.)
Le nord du canada
Bien que Bell Canada soit entrée dans les Territoires du
Nord-Ouest (TN-O.) Avec un échange à Iqaluit (à
l'époque connue sous le nom de Frobisher Bay, sur le territoire
du Nunavut), en 1958, le Canadien National Telecommunications,
une filiale du Canadien National, a fourni la plupart des le service
téléphonique dans les territoires du nord du Canada
(plus précisément le Yukon, le nord de la Colombie-Britannique
et l'ouest des TN-O.). Le CN a créé Norouestel en
1979 et Bell Canada Entreprises a acquis la société
en 1988 en tant que filiale à part entière. Bell
Canada a vendu ses 22 circonscriptions situées dans lest
des TN-O. À Norouestel en 1992 et BCE en a transféré
la propriété à Bell Canada en 1999. En 2001,
la zone dexploitation de Norouestel a été
ouverte à la concurrence dans les communications interurbaines
(ce qui ne sest matérialisé daffaires
de cartes prépayées et de services aux grands clients
nationaux ayant quelques sites dexploitation dans le nord)
et en 2007 à la revente du service téléphonique
local (ce qui na pas encore eu lieu).
Des sociétés indépendantes desservaient le
nord de la Colombie-Britannique, le nord-est de l'Ontario et la
région de la Baie-James, mais Bell Canada finit par desservir
des régions plus éloignées de l'Ontario et
du Québec. Elle acquit une participation dans des sociétés
desservant de vastes étendues du nord-ouest du Québec
et du nord-est. Ontario et à Norouestel
|
Le réseau
de Bell comptait deux sociétés principales dans lindustrie
téléphonique au Canada: Bell Canada
en tant que société dexploitation régionale
(affiliée à AT & T, avec une participation denviron
39%) et Northern Electric en tant que fabricant
déquipement (affiliée à Western Electric
, avec une participation d'environ 44%).
La compagnie de téléphone Bell du Canada et Northern Electric
étaient structurées de la même façon au Canada
que les parties analogues du réseau de Bell aux États-Unis;
Dans le cadre du décret de consentement signé
en 1956 pour résoudre le litige antitrust intenté en 1949
par le ministère de la Justice des États-Unis, AT &
T et le système Bell se sont dessaisis de Northern Electric en
1956.
Durant les années 1970 et 1980, le partenariat étroit
entre Bell Canada et Northern
Telecom a permis aux deux compagnies de devenir des chefs de file mondiaux
dans leur domaine respectif. Ainsi, Bell Canada a été
la première compagnie au monde à implanter un réseau
commercial de communications numériques et la première
compagnie à implanter un réseau commercial de communication
par paquets, Datapac, basé sur le Datagramme. De son côté,
Northern Telecom est devenu le chef de file dans le développement
et la fabrication déquipement de commutation et de transmission
numérique.
Par contre, durant la même période, les tentatives
de Bell Canada de se diversifier dans les domaines de lénergie,
de limmobilier et de linformatique ont échoué.
En 1974, le concept des magasins « Téléboutique
» est lancé avec l'ouverture des magasins de Longueuil
(Québec), de Sherbrooke (Québec) et de Guelph (Ontario).
Logo de Bell de 1977 au 7 décembre 1994.
En 1980, le Conseil de la radiodiffusion et des
télécommunications canadiennes (CRTC) ouvre la concurrence
dans le marché des appareils téléphoniques.
En 1983, par une transaction complexe, Bell Canada
crée le groupe d'exploitation BCE, devient membre de ce groupe
et place certaines de ses filiales dont Northern Telecom dans le groupe;
tous les actionnaires de Bell Canada deviennent des actionnaires de
BCE.
Un important mouvement de grève est déclenché
au matin du 27 juin 1988 à Bell Canada. 20 000 employés
affiliés au Syndicat des travailleurs en communication cessent
le travail pour protester contre la politique de salaire, le régime
de retraite et la politique de sous-traitance de l'entreprise, alors
que la précédente convention collective avait expiré
en novembre 1987.
La grève fut la plus longue de l'histoire de Bell Canada (16
semaines) et ne s'acheva que le 21 octobre 1988 avec la
signature d'un accord de trois ans qui porte sur des augmentations de
salaire et des améliorations au régime de retraite.
Ce mouvement de grève est également marqué par
de nombreux sabotages à l'été 1988. Des bris de
câbles sont commis à partir du début du mois de
juillet touchant de nombreuses régions comme Saint-Jérôme,
Lanaudière, Joliette, l'Outaouais au Québec mais aussi
Toronto, Barrie et Pembroke en Ontario. Les cadres non grévistes
de Bell Canada sont mis à contribution pour restaurer le service.
Au début des années 1990, fortes de plus de 7
millions dabonnés du téléphone en Ontario,
au Québec et dans les Territoires du Nord-Ouest, Bell Canada
et la société mère créée par elle
en 1983, les Entreprises Bell Canada Inc. (EBC), contrôleraient
près dune centaine de filiales et emploieraient presque
120 000 personnes.
Par ses recettes et ses bénéfices, les Entreprises Bell
Canada Inc. se rangerait régulièrement parmi les trois
plus importantes sociétés canadiennes.
Durant les années 1990, BCE sest aventuré sur le
terrain de la convergence en acquérant des journaux, des chaînes
de télévision, des compagnies de services informatiques
et des compagnies de télécommunications hors de son territoire
traditionnel.
En 1992, le CRTC ouvre la concurrence dans l'interurbain.
En 1997, le CRTC ouvre la concurrence dans le service local.
En 1998, le CRTC ouvre la concurrence dans les téléphones
publics; depuis cette date, toutes les activités de Bell Canada
sont soumises à la concurrence. BCE se départ de sa participation
dans Nortel. BCE investit massivement dans une stratégie de convergence
numérique en faisant les acquisitions de Téléglobe,
CTV, TQS et du Globe and Mail.
En 2000-2001, certains de ces investissements se sont avérés
néfastes. Depuis 2001, BCE se recentre avec succès sur
ses activités de télécommunications.
En 2001, avec l'effondrement de la bulle des technologies de
l'information, plusieurs des investissements récents de BCE perdent
une très grande partie de leur valeur. BCE se départ alors
de Téléglobe et entreprend un recentrage sur ses activités
traditionnelles de télécommunications.
Cette nouvelle stratégie amènera le consortium à
se départir de ses avoirs dans CGI, CTV, TQS et le Globe and
Mail au cours des années suivantes.
En 2005, BCE fonde Bell Solution d'affaire et
fait son entrée dans les TI avec l'aqusition de plusieurs entreprises
en TI dont Nexxlink et Charron Système au Québec. BCE
devient une des plus grandes compagnie de TIC au Canada.
En 2006, BCE annonce son intention de faire comme plusieurs autres
compagnies et de se transformer en fiducie de revenus, mais le gouvernement
fédéral bloque ce plan en changeant la loi sur les fiducies
de revenus.
En 2006, BCE employait 60 000 personnes et a généré
des revenus de 20 milliards de dollars.
En 2007, l'entreprise comptait 55 000 employés dont 17 000 au
Québec, pour un chiffre d'affaires de 17,7 milliards de dollars.
BCE investissait pour 1,4 milliard de dollars et employait 426 ingénieurs,
ce qui en faisait le 10e plus grand employeur d'ingénieurs au
Québec
En 2007, les services professionnels de Bell
Solution d'affaire sont intégrés à l'intérieur
de Bell le reste est vendu.
En 2008, BCE déménage son siège
social au 1, Carrefour Alexander-Graham-Bell. île des surs.
Le Campus Bell est certifier LEED.8 BCE annonce q'elle serait vendu
à Teachers. George Cope arrive au pouvoir et lance un plan d'exécution
de 100 jours. L'offre d'achat par Teachers est retirée.
Le 2 mars 2009, Bell achète la chaîne
de magasins La Source.
Le 22 juin 2009, BCE participe à l'achat du Canadien de
Montréal à la hauteur de 18%.
En 2010, BCE devient l'unique propriétaire
de CTV.
En 2011, implantation de la fibre optique FTTH
et IPTV dans la ville de Québec.
Le 9 décembre 2011, Bell Canada et Rogers achètent les
Maple Leaf Sports & Entertainement (MLSE), le consortium sportif
qui détient notamment les Maple Leafs de Toronto (LNH), les Raptors
de Toronto (NBA), le Toronto FC (soccer) et le Air Canada Centre. Les
deux compagnies, Bell et Rogers, investissent plus de 533 millions chacune11.
Le 16 mars 2012, Astral a annoncé la vente
de lentreprise à BCE, une transaction denviron 3,38
milliar ds $.
Le 18 octobre 2012, La demande a été refusée
par le CRTC. Un mois plus tard une nouvelle demande est déposé
par Bell.
Le 27 juin 2013, Le CRTC autorise la vente à
BCE mais sous certaine condition.
En juillet 2014, BCE annonce l'acquisition des
participations dans Bell Aliant qu'il ne détenait pas, soit 47
% des parts de l'entreprise, pour 3,95 milliards de dollars canadiens.
sommaire
Du côté de DRUMMONDVILLE
Le télégraphe : Dans notre
région, la première ligne fut installée sur la
ligne Richmond-Lévis du Grand Tronc, en 1855, avant de sétendre
aux autres centres régionaux. En 1863, un habitant dArthabaska
écrivait que les nouvelles mettaient moins de temps à
arriver de France que de Montréal quinze ans plus tôt !
Le système nest pourtant pas sans faille : on constate
de nombreux bris de service, notamment lors de grands vents, destruction
de fils ou dinstruments par la foudre et même, en 1859,
des pannes importantes eurent lieu à la suite dune tempête
solaire et daurores boréales spectaculaires qui firent
sauter les circuits électriques !
De toute façon, le coût denvoyer un message privé
était prohibitif pour la plupart des citoyens. On payait au mot
(doù le style dit « télégraphique »)
et on sen tenait donc à lessentiel pour des messages
réservés aux choses sérieuses : messages daffaire,
avis de décès, etc.
Le téléphone : La filiale
canadienne de lentreprise simpose comme principal fournisseur
vers 1880 et la compagnie du Grand Tronc entreprend de relier ses stations
ferroviaires et ses bureaux par ce nouveau moyen de communication. Le
système est entièrement manuel : tous les appels passent
par une centrale et une téléphoniste établit la
communication entre les usagers. La nouvelle technologie intéresse
surtout les gens daffaire car labonnement annuel coûte
15$, ce qui est hors de portée de la grande majorité des
habitants.
Cependant, pour étendre le réseau au-delà
des stations de chemin de fer, les hommes daffaire durent souvent
investir leur temps et leur argent.
En 1884, à Victoriaville, Achille Gagnon fait poser à
ses frais les premiers poteaux de téléphone. Deux marchands,
Paul Tourigny et W.C. Houle, font installer une ligne entre Victoriaville
et Warwick. Progressivement, la compagnie Bell achètera la plupart
des entreprises locales de téléphonie dans les années
1890. Ces efforts dispersés ne sont pas sans inconvénients
: Durham-sud obtient sa ligne en 1894 mais on ne peut y téléphoner
à Arthabaska car, là-bas, le réseau appartient
à Bell alors que celui de Durham appartient encore à un
indépendant ! Les réseaux privés ne sont pas intégrés
à un réseau plus vaste. Les appareils téléphoniques
se trouvent encore essentiellement dans les gares, commerces, les bureaux
de poste et autres lieux daffaire. Seule une élite possède
un appareil à la maison, surtout dans les villes car les campagnes
ne sont souvent pas desservies. Les appels doivent encore passer par
une centrale : il est impossible dappeler quelquun directement.
Les appareils sont pourvus dune manivelle. En la tournant on déclenche
une sonnerie qui alerte une opératrice qui répond. On
lui donne alors le nom et ladresse de la personne à joindre
et celle-ci établit le contact. De plus, il faut appeler pendant
les heures de travail de la centrale : elles nont souvent pas
de personnel de nuit. Impossible donc, de faire un appel urgent à
minuit ou une heure du matin si la centrale locale est fermée.
Les numéros de téléphone quon
signale avec un cadran à roulette ne se généralise
que dans les années 30.
Pour les utiliser il faut une centrale automatisée. À
Drummondville, il y en aura une en 1937, la première dans la
région.
Dans la décennie qui suit les entreprises de téléphone
procéderont progressivement à la mise à niveau
de leur technologie. Ce sera plus long dans les campagnes. Le canton
de Warwick ne sera rejoint par ces nouveaux équipements quen
1958.
Il devient alors possible à tous de téléphoner
à un parent ou un ami pour prendre des nouvelles
ou en donner!
sommaire
|