|
|
LES ÉCOUTES TÉLÉPHONIQUES
Les écoutes téléphoniques
désignent linterception volontaire de communications téléphoniques
sans le consentement des personnes concernées. Cette pratique,
strictement encadrée par la loi, nest autorisée que
dans le cadre denquêtes judiciaires menées par les
autorités compétentes.
Toute écoute clandestine réalisée par un particulier,
un employeur ou une tierce personne constitue un délit pénal.
Les compagnies téléphoniques sont liées
à la loi par des contrats ou licences qui donnent accès
à lécoute téléphonique aux autorités.
Quand la commutation téléphonique était mécanique,
un détecteur devait être installé sur la ligne par
un technicien, qui liait ensuite les circuits pour router le signal audio
de lappel.
Maintenant que la plupart des appels ont été convertis à
la technologie numérique, lécoute téléphonique
est devenue beaucoup plus facile, parce qu'accessible par ordinateur.
Si le détecteur est implanté sur un commutateur numérique,
lordinateur de commutation copie et transfère simplement
les données qui représentent la conversation téléphonique
à une deuxième ligne ; il est donc impossible de déterminer
si une ligne est sous écoute. Un détecteur bien conçu
installé sur une ligne peut être difficile à détecter.
Les parasites ou bruits que certaines personnes interprètent comme
une écoute téléphonique sont simplement des diaphonies
créées par le couplage de signaux provenant dautres
lignes téléphoniques.
Parallèlement à ces formes de surveillance
légale, peuvent se produire des écoutes illégales,
résultant des agissements clandestins et non autorisés de
personnes « privées » voire « publiques ».
Voici un extrait d'une étude sur
l'écoute téléphonique réalisée allant
du bon vieux téléphone filaire de 1876 aux plus modernes
systèmes de téléphonie.
Chacun sait que la solidité dune chaîne ne vaut que
par son maillon le plus faible.
Dans le cas des télécommunications, le maillon faible est
justement le système de transmission à distance. Quil
y ait intervention humaine, comme jadis dans le télégraphe
ou avec les opératrices du téléphone, ou que la transmission
se fasse par câble, radio ou satellites, le simple fait denvoyer
un signal sur un support physique, le fragilise en terme de sécurité.
Nous allons étudier des méthodes dinterception téléphoniques
agrémentées de quelques faits historiques piochés
ça et là.
Nous étudierons les techniques de détournement et de capture
de linformation, depuis le télégraphe jusquaux
systèmes informatiques.
Nous évoquerons les différents moyens de protection et de
sécurité, les procédés de cryptage faisant
lobjet dun autre chapitre.
Les écoutes téléphoniques sont les plus répandues
aujourdhui, réalisées aussi bien sur lordre
des politiciens ou des PDG véreux, dofficines clandestines
pour le compte dentreprise, de la police, voire même de la
presse. Nimporte qui en réalité, peut écouter
nimporte qui. Même les ministres sécoutent entre
eux aujourdhui, cest à la mode. Les points de raccordement
sont multiples, de même que les méthodes.
Les failles viennent aussi des opérateurs. Il faut bien des complicités,
ne serait-ce que pour savoir où il faut connecter une bretelle.
Commençons avec le Télégraphe
Les problèmes du télégraphe optique de Chappe
Le système de Chappe, présentait en terme de sécurité
une lacune de taille : il suffisait de séquiper dune
lunette assez puissante et de se placer au bon endroit pour capter les
messages qui circulaient sur le réseau. Le monopole institué
dès lorigine de ce procédé de transmission
ne pouvait quaiguiser la curiosité des ennemis politique
ou militaire de lÉtat Français. Dès 1801, seul
le projet de transmission des résultats de la Loterie nationale
est retenu comme application purement civile.
Pendant la Révolution et lEmpire, les usages du télégraphe
sont essentiellement militaires, et sous la Restauration, plutôt
de police.
Chappe avait mis au point un « vocabulaire » codé,
et que seuls les personnels aux extrémités des lignes possédaient
ces codes, de sorte que les postes intermédiaires ne savaient pas
ce quils transmettaient.
En 1836 une affaire de fraude télégraphique relance le débat
sur lusage de ce moyen de communication.
Deux banquiers bordelais avaient soudoyé un employé du télégraphe
pour quil ajoute des signaux supplémentaires à la
suite de lenvoi des dépêches officielles. Ce système
leur permettait dêtre informés de lévolution
du cours de la rente dÉtat avant larrivée de
la presse qui était expédiée par malle-poste.
Le dispositif était assez rudimentaire et donnait à cette
affaire un côté rocambolesque. Pour éviter les erreurs
de transmission, inévitables dans le système Chappe, chaque
dépêche était décodée au milieu du parcours
par le directeur du bureau local de Tours. Le message était alors
réémis vers Bordeaux. Les pirates injectaient des signaux
supplémentaires indiquant lévolution des cours de
la Bourse, en aval de Tours. Pour informer leurs comparses qui effectuaient
cette opération, les fraudeurs leur expédiaient par la malle-poste
de Paris des gants blancs ou gris selon que le cours de la rente était
en hausse ou non. La fraude dura deux ans. Quand elle fut découverte,
les protagonistes furent traduits devant les assises... mais relâchés.
Le monopole télégraphique de lÉtat nétant
pas défini par la loi, on ne pouvait pas les condamner.
Le développement du réseau de télégraphe électrique
filaire posa demblée les mêmes problèmes de
sécurité.
Monopole dusage de lÉtat au début, les dépêches
étaient « chiffrées » par sécurité.
Cependant, sous la pression des saint-simonniens, Louis Napoléon
Bonaparte voit dans le télégraphe un instrument susceptible
de favoriser lindustrie et de commerce.
Lassemblée reste cependant hésitante. En perdant son
monopole dutilisation du télégraphe « le gouvernement
naura plus aucun privilège
». Pour « éviter
« quon ne livre lusage du télégraphe aux
factions qui sen serviront pour ourdir avec plus de facilité
et de rapidité leurs détestables complots ( Ferdinand
Barrot, discours à la Chambre des députés, 1er mars
1850, in Le Moniteur universel) la loi exige que les dépêches
privées soient en langage clair et signées. Lusager
doit déclarer son identité. Ce dispositif de censure nest
pas propre à la loi française ; on trouve des régimes
juridiques voisins en Prusse, en Autriche et aux Pays-Bas.
Ecoutes télégraphiques à l'aide
d'un téléphone :
Lors des expériences menées à Dax
par JulesThore en 1878 Dufourcet raconte :
Ce n'est pas seulement par des effets d'induction d'une ligne sur une
autre qu'on arrive à lire au son les dépêches ; il
suffit pour cela de prendre deux fils, de les planter en terre dans une
zone de plusieurs centaines de mètres de rayon tout autour d'un
bureau, et de les attacher à un téléphone des plus
médiocres ; toutes les dépêches transmises ou reçues
par ce bureau viendront se répercuter sur la plaque vibrante et
lui faire rendre un son assez fort pour qu'une personne un peu exercée
puisse les lire .
Avec le téléphone
Très tôt on a pratiqué
l'écoute en commercialisant de petits téléphones
à installer dans une enceinte privée. Le microphone
était caché dans la pièce et les écouteurs
dans un autre local pour écouter les conversations.
vers 1900.
Le piratage physique des installations téléphoniques avait
commencé avec les militaires en temps de guerre.
En mars 1915, c'est dans le secteur du Saillant de Saint-Mihiel
(Meuse), que sont nées des techniques qui vont changer les façons
de faire la guerre. Grâce à un sous-lieutenant français
André Delavie sont apparues,
presque par hasard, il y a plus de cent ans sont apparues les premières
écoutes téléphoniques.
Récit
de cette histoire (pdf)
Le colonel de Malleray le nomme officier téléphoniste, à
la tête de 30 téléphonistes. Au cours dune série
dattaques qui durent cinq jours, les fils ne sont pas coupés,
et ce fait est si nouveau et si important que le 20 mars, il est signalé
au commandant.
Dans la quinzaine du 5 au 20 mars 1915, un autre fait a attiré
lattention du sous-lieutenant Delavie. Il saperçoit,
en écoutant sur une de ses lignes, quon entend les communications
échangées sur dautres. Ce sont des mélanges,
lui disent ses hommes, et on ne peut les éviter. Bien loin dêtre
satisfait dune telle explication, le sous-lieutenant examine les
lignes dans leur construction ainsi que les tableaux auxquelles elles
aboutissent et sassure quaucun contact pouvant provoquer un
mélange nest possible. Il en construit une parfaitement isolée
des autres, entre son central de Saint-Agnant, la cote 360 et le camp
des réserves de Ronval (forêt dApremont), et constate
quon entend les conversations des lignes voisines ! Dans les postes
téléphoniques les plus avancés, les téléphonistes
quil questionne lui disent et il sen rend compte quon
perçoit sur nos lignes, un peu faibles, des mots étrangers.
Lidée géniale jaillit : profiter de ce phénomène
pour surprendre les communications téléphoniques allemandes
! Le problème vient des prises de terre à lextrémité
: en les éloignant de plusieurs dizaines de mètres de celles
des prises de terre des postes téléphoniques, on peut capter
des courants de retour ; et comme les lignes allemandes sont proches,
parfois à 50 mètres, on entend distinctement les conversations
ennemies !
Le 3 avril, Delavie écrit dans son journal :
« Le capitaine du génie Salmon, ancien élève
de Polytechnique, est venu ce matin ; il ne voulait pas se rendre à
lévidence ; je lui ai prouvé par la théorie
que les choses pouvaient se passer telles que je les avais expliquées
et ensuite je lai amené voir lexpérience elle-même
; je lui ai fait contrôler jusque dans les moindres détails
de façon quil ny ait pas de doute. Il a très
bien entendu et sa réponse définitive a été
celle-ci que je transcris malgré son allure militaire : «
Eh bien, vous mavez foutu sur le cul ! »
Le 2 mai, il écrit que son « invention est en route :
le corps darmée en a tiré un certain nombre ».
Deux jours plus tard, il affirme : « Mes expériences ont
réussi au-delà de toute espérance. Je puis capter
à mon gré toutes les communications téléphoniques.
Je vais aménager des appareils pour lécoute des Allemands.
Dès hier, on les a entendus chanter dans leurs trous, rire, se
moquer du 75, régler le tir, etc. Dans quelques jours, je crois
que nous les entendrons comme si nous y étions ». Les généraux
dabord sceptiques furent conquis par les résultats et créèrent
une organisation pour les exploiter à grande échelle...
En 1917 le système à bien évolué :
Je vous recommande de consulter le site "Des
téléphonistes et télégraphistes passerands
en 14-18" qui raconte ces moments.
Les transmissions se faisaient par téléphonie, mais aussi
par télégraphie soit Télégraphie électrique,
soit Télégraphie Par le Sol (T.P.S.) soit Télégraphie
Sans Fil (T.S.F.). On y apprend comment faire de la télégraphie
par le sol (T.P.S.)
« La télégraphie par le sol a été utilisée
dès 1917 pour établir des liaisons à courte distance
(portée 3 km environ).
Elle évitait lutilisation dune ligne téléphonique
sujette aux coupures lors des bombardements. »

On a rapidement compris aussi quelle pouvait aussi servir de communication
entre 2 galeries de mine sans quil soit nécessaire de tirer
du câble entre les 2 boyaux
La réception ne peut toutefois
pas dépasser un rayon de 3 km. Le fil en lui-même est un
fil de terre, donc assez solide, beaucoup plus solide que le fil normal
de téléphone et il est aussi assez court (moins de 100 m).
Il ne peut être coupé que par de lartillerie, et pas
par le piétinement ou autre. Sil est coupé et quil
existe une extrémité qui reste fichée en terre, le
système fonctionne encore. Sil est tout à fait coupé,
il est facile de le faire réparer, même en plein bombardement
par un télégraphiste qui na pas besoin daller
fort loin pour retrouver la coupure
Linvention a fait lobjet
dun brevet dès 1910 ; ce nest donc pas un secret militaire.
Dès 1916, lexpérience du sous-lieutenant Delavie se
généralise avant la création officielle, début
1917, des Sections spéciales découte mises au service
du Service de Renseignements.
Celles-ci se composent de techniciens qui doivent repérer les endroits
où des « fuites » permettent dintercepter les
conversations ennemies et dinterprètes capables découter,
en temps réel, les conversations ennemies.
Le rôle de ces interprètes est dautant plus difficile
quil leur faut comprendre non seulement lallemand mais aussi
ses différents patois, et être familiarisés, dans
la langue de Goethe comme dans celle de Voltaire, avec la terminologie
militaire.
La plupart des interprètes travaillant déjà pour
létat-major, les Sections spéciales se rabattront
sur quelques professeurs et sur des volontaires de la Légion étrangère
dorigine allemande ou suisse.
Durant les deux dernières années de la guerre, les écoutes
téléphoniques rendront dinappréciables services,
permettant de juger du moral des troupes ennemies, de tenir à jour
ses mouvements et, au niveau des champs de bataille, dêtre
informé de ses offensives et de capter les informations destinées
au réglage de lartillerie.
Ajoutons que ces humbles auxiliaires du Service de Renseignements travaillent
dans les tranchées de première ligne, directement sous le
feu des Allemands. Leur travail de repérage permettra aussi de
colmater quelques brèches béantes ouvertes dans les communications
françaises.
Leur rôle et même leur simple existence sont restés,
jusquà ce jour, quasi ignorés des historiens.
Anecdote : Le Cri de Paris août 1917
C'est dans une caserne très parisienne que la scène se
passe.
Mme de M., dont le mari est mobilisé à l'état-major
d'une armée alliée, entre invincible et émue dans
un bureau - un bureau, non, le dernier salon où l'on flirte. Après
le baise-main et l'échange des usuelles politesses, elle expose
l'objet de sa visite à l'officier de service : - Mon cher capitaine,
ayez l'obligeance de téléphoner tout de suite à mon
mari que bébé est maintenant tout à fait bien et
que sa petite colique n'a rien été.
L'officier s'empresse de téléphoner à l'état
major la bonne nouvelle. La dame remercie et part dans un frou-frou soyeux
et parfumé.
C'est la guerre.
Apparue en 1917, la TPS nécessite
le cryptage des messages, ce qui est peu compatible avec les situations
durgence, aussi est-elle le plus souvent utilisée comme un
moyen de secours, des ingénieurs français
saperçoivent que, grâce à un phénomène
technique lié au mode de communication de lépoque
(le « retour » des téléphones se faisant par
la terre, au moyen de piquets enfoncés dans le sol), il est possible,
dans certaines conditions, découter les conversations adverses.
Et ce, dautant plus que les premières années de la
guerre se feront dans les tranchées et que les lignes ennemies
sont parfois proches de quelques mètres.
Dès 1916, pendant la bataille de Verdun, un premier poste découte
artisanal donnera de bons résultats, et lexpérience
se généralise avant la création officielle, début
1917, des Sections spéciales découte mises au service
du Service de Renseignements. Celles-ci se composent de techniciens qui
doivent repérer les endroits où des « fuites »
permettent dintercepter les conversations ennemies et dinterprètes
capables découter, en temps réel, les conversations
ennemies. Le rôle de ces interprètes est dautant plus
difficile quil leur faut comprendre non seulement lallemand
mais aussi ses différents patois, et être familiarisés,
dans la langue de Goethe comme dans celle de Voltaire, avec la terminologie
militaire. La plupart des interprètes travaillant déjà
pour létat-major, les Sections spéciales se rabattront
sur quelques professeurs et sur des volontaires de la Légion étrangère
dorigine allemande ou suisse.
Durant les deux dernières années de la guerre, les écoutes
téléphoniques rendront dinappréciables services,
permettant de juger du moral des troupes ennemies, de tenir à jour
ses mouvements et, au niveau des champs de bataille, dêtre
informé de ses offensives et de capter les informations destinées
au réglage de lartillerie. Ajoutons que ces humbles auxiliaires
du Service de Renseignements travaillent dans les tranchées de
première ligne, directement sous le feu des Allemands. Leur travail
de repérage permettra aussi de colmater quelques brèches
béantes ouvertes dans les communications françaises. Leur
rôle et même leur simple existence sont restés, jusquà
ce jour, quasi ignorés des historiens.
1940 Lhistoire de la Source K. (Extrait de « Résistance
PTT »)
Le 20 juillet 1940, les services dentretien des lignes souterraines
à grande distance regagnent Paris.
Laccord passé entre ladministration des P.T.T. et les
autorités doccupation prévoit la reprise en main par
les techniciens français, sous contrôle allemand, de lensemble
du réseau, à lexception des territoires intégrés
au Reich, ou rattachés au protectorat du gauleiter nommé
en Belgique Robert Keller retrouve donc son poste et ses responsabilités.
Ses équipes conservent leur ancienne structure, mais doivent supporter
lincorporation dun ou deux pionniers allemands par groupe.
Durant plusieurs mois, la tâche essentielle consiste en une réfection
rapide des grands circuits. Keller, qui nourrit déjà certains
projets, veille à la bonne exécution des travaux. Il stimule
si bien ses hommes que peu à peu la surveillance se relâche
et quil parvient à visiter ses chantiers sans être
flanqué de ses indésirables accompagnateurs. Bientôt
même, les équipes durgence ne vont plus avoir dobservateurs
à leurs côtés lors des interventions.
Cest au cours de ces quelques mois que Robert Keller établit
un plan daction avec schéma visant à neutraliser le
réseau des lignes souterraines à grande distance. On ignore
tout des liaisons quil eut à cette époque, car il
a emporté ce secret dans sa mort, mais ce qui est certain, cest
que ce plan parvint en Angleterre puisquil figurait parmi les archives
du B.C.R.A.(Bureau central de renseignements et daction était
un service despionnage français, créé en 1940).
Minutieusement rédigé, il montrait comment, en quelques
heures, on pouvait bloquer tous les circuits, et isoler téléphoniquement
les centres vitaux du commandement allemand. Ce projet, conçu dans
le cadre dun débarquement allié, aurait été
dune importance capitale en juin 1944 si son auteur avait encore
été là pour le faire appliquer. Mais la discrétion,
bien compréhensive, dont Robert Keller fit preuve, ne permit à
aucun de ses camarades de pouvoir lutiliser.
Devenu représentant du S.R. au sein de la Direction des Recherches
et du Contrôle technique des P.T.T., le capitaine Combaux sest
assuré le concours de M. Sueur, ingénieur de ce service.
Les deux hommes ont longuement réfléchi sur les moyens à
mettre en uvre pour capter les conversations allemandes qui passent
par les câbles à grande distance. Sécurisés
par limportant dispositif qui contrôle les circuits, les occupants
les utilisent en exclusivité pour leurs liaisons avec le Reich.
Les lignes : Paris - Reims - Verdun - Metz, reliée à Sarrebruck,
et Paris - Châlons - Nancy - Sarrebourg - Strasbourg reliée
à Appenweier, sont particulièrement surveillées puisquelles
mettent en relations toutes les sphères des autorités doccupation
avec leurs hiérarchies de Berlin. Combaux et Sueur savent bien
que surprendre les communications qui séchangent sur ces
câbles prioritaires permettrait de percer le secret des plans allemands,
et par là même de leur porter un terrible coup en faisant
bénéficier les Alliés de ces informations. Seulement
atteindre les circuits par les voies normales relève de lutopie.
Tous les postes damplification, toutes les stations de répéteurs,
sont, ainsi quon la montré précédemment,
placés sous une surveillance sévère. Les vérificateurs
français qui en assurent le fonctionnement ne peuvent faire le
moindre geste sans éveiller lattention des techniciens allemands
qui les doublent. La seule et unique possibilité qui existe, mais
combien illusoire et insensée dans sa réalisation, cest
celle avancée par M. Sueur : le « piquage sauvage sur câbles
».
Pourtant, aussi téméraire et extravagant quil soit,
cest à ce projet que sattaquent les deux hommes. Sur
le papier, son exécution ne paraît pas insurmontable. Il
faut préparer des amplificateurs spéciaux à grande
impédance dentrée qui puissent être insérés
dans les circuits sans modifier les impulsions des stations de mesure.
Les câbles étant en effet équilibrés en constantes
électriques fixes, la moindre variation est facilement décelable.
Or, dans le plan établi par Sueur, il conviendrait dintroduire
sur la ligne des appareils et un métrage de câble les reliant
au circuit. Un tel branchement présente de gros risques, car il
entraînerait sûrement une modification des indices sur les
mesures habituelles ; à moins que les appareils espions ne soient
appropriés avec une précision rigoureuse. Cest un
premier obstacle, mais il peut être franchi grâce à
la haute compétence des spécialistes. Le second palier du
projet consiste à louer au plus près du lieu de dérivation
prévu une habitation discrète dans laquelle on pourrait
placer les têtes et les amorces de câble ainsi que les amplificateurs
découtes. Cest le point qui présente le moins
de difficultés, encore que rechercher une maison libre, présentant
des garanties de tranquillité et de sécurité, sur
le parcours des lignes, napparaisse pas aussi simple que cela.
Mais ces deux premiers volets de lopération imaginée
par Sueur et Combaux ne sont quun aimable enfantillage en regard
de ce que représente le dernier, car il sagit maintenant
dintervenir sur le câble lui- même. À partir
de là, on entre dans une phase du projet qui semble irréalisable.
Il faudrait, en effet, en dépit de la surveillance allemande, ouvrir
des fouilles sur la ligne, ce qui peut déjà demander plusieurs
jours ; creuser une tranchée préparatoire au niveau de la
dérivation ; sortir du pavillon loué les amorces préalablement
apprêtées ; accéder au câble en service, louvrir
, dénuder les fils un par un et sélectionner sans erreur
ceux des circuits à mettre en écoute, les couper, les dériver,
puis rétablir vivement le contact
afi n que lopération ne cause pas un trop long dérangement
susceptible dintriguer les techniciens allemands ; ensuite, remettre
tout en place et refermer les fouilles. Un travail aussi périlleux,
comportant tant de risques, qui pourrait le faire ?
Ceux qui tenteraient de lentreprendre devraient être des hommes
aux nerfs dacier, aux capacités professionnelles affirmées,
connaissant parfaitement le schéma des grands circuits et leurs
particularités, doués dune audace hors du commun,
et animés dun esprit patriotique poussé jusquà
labnégation. De plus, il ne pourrait sagir que dune
équipe soudée, habituée à travailler en harmonie
et confiance, dirigée par un responsable lucide aux compétences
certaines, capable de maîtriser les impondérables.
Enthousiaste et sceptique à la fois, le capitaine Combaux posa
la question :
Un tel chef déquipe existe-t-il seulement ?
Oui, répondit M. Sueur, je le connais, cest lIngénieur
Robert Keller.
Cest dans les premiers jours de septembre 1941, la date est imprécise,
que les deux instigateurs de ce projet extraordinaire le soumettent à
Keller. Lentrevue a lieu dans le bureau de M. Sueur, rue Bertrand.
Cet entretien mémorable mérite dêtre relaté
par lun de ses participants. Écoutons donc le capitaine Combaux
nous en faire le récit :
« Je posai le problème ; M. Sueur développa la solution
technique. Robert Keller écoutait et approuvait. Jétais
plus ému que je naurais voulu le paraître lorsque je
madressai à lui pour insister une dernière fois, avant
la décision finale, sur les dangers de laventure. Jétais
officier ; le risque de guerre faisait partie de mon métier. Je
pouvais sentir au-dessus de moi des chefs militaires qui surveilleraient
de loin le combat que nous allions livrer. Il nen était pas
de même pour mes compagnons. Ils devaient agir à linsu
de leurs supérieurs hiérarchiques ; quelque envie que nous
en ayons eue, nous avions le devoir de ne point compromettre dans une
affaire aussi grave le Directeur des Télécommunications,
dont nous connaissions les bons sentiments, mais qui avait la lourde charge
de défendre devant loccupant lensemble de nos services.
Robert Keller avait, plus que tout autre, des raisons dhésiter.
Il songeait à sa femme et à ses quatre enfants. Il pouvait,
sans déshonneur, rejeter une entreprise aussi téméraire,
et dans laquelle il allait courir, en raison même de ses fonctions,
les risques les plus graves. Il accepta cependant. Il fit avec résolution
le premier pas sur la route fatale qui allait le mener au supplice...
Il nous dit tout de suite quil avait derrière lui une équipe
sur laquelle il pouvait compter, prête à braver tous les
dangers pourvu que cela soit contre lennemi et pour la France. Le
vérificateur Lobreau, les chefs déquipe Laurent Matheron
et Pierre Guillou étaient de ceux-là. Ils lavaient
suivi et assisté au cours de la première campagne de France.
Ils allaient être auprès de lui, devant un danger considérablement
accru, et avec la même fidélité.
Sur Robert Keller, en vérité, reposait le succès
ou léchec de lentreprise. Si Sueur pouvait se charger
de létude et de la réalisation des amplificateurs,
si je pouvais régler lacquisition du local et les questions
dexploitation, lui seul était capable de réaliser
lessentiel, daccomplir ce tour de force incroyable que représentait
le travail sur câble... »
Que Robert Keller eût refusé à cet instant les propositions
de ses interlocuteurs, et la Source K serait demeurée à
létat de projet, car aucun technicien des P.T.T. ne réunissait
alors ni les compétences ni les qualités requises. Pas un
ne possédait suffisamment dascendant et ninspirait
assez la confiance pour entraîner une équipe de spécialistes
dans cette voie périlleuse.
Et ceux qui au S.R. choisirent linitiale K de Keller pour désigner
la source de renseignements vitaux qui leur parvinrent par ce canal ne
pouvaient mieux montrer que cest à cet homme héroïque
quils durent la somme dinformations sensationnelles dont ils
firent bénéficier les Alliés.
Lacceptation de Robert Keller déclenche le démarrage
de lopération. Sueur effectue une étude très
poussée pour déterminer le nombre damplificateurs
nécessaires. Il parvient à la conclusion quil faut
en prévoir un minimum de 6. Leur fabrication délicate, et
le coût élevé de celle-ci, posent un premier problème.
Un habile travail dapproche permet toutefois à lingénieur
dacquérir la complicité active du chef des laboratoires
de la Société anonyme de télécommunications,
société privée, qui travaille exclusivement pour
les P.T.T. M. Lebedinski, russe dorigine, mais naturalisé
français, accepte en effet spontanément de faire construire
dans les ateliers de son entreprise repliée à Montluçon
les pièces détachées des appareils conçus
par M. Sueur. Grâce aux camions qui font la navette entre lusine
et les entrepôts demeurés en zone occupée, les éléments
damplificateurs passeront sans problèmes la ligne de démarcation.
De son côté, le capitaine Combaux règle la question
des fonds nécessaires à une telle opération.
Doté par les soins du S.R. dun laissez-passer permanent,
il se déplace à volonté entre les deux zones ; ce
qui lui permet de recevoir du capitaine Simoneau au cours de ses voyages
tout largent indispensable à la mise sur pied du projet.
Dans le même temps, le poste P 2 du S.R. fait diligence pour recruter
et former des opérateurs valables. Tâche ardue assurément,
car ceux-ci doivent parler, et surtout parfaitement comprendre la langue
allemande, y compris dans les variations de la conversation courante.
Il leur faut également posséder le sens de linitiative
et linstinct de débrouillardise, vitaux pour leur travail
et leur sécurité. Enfin, il va de soi que pour noter tout
ce quils entendront, il leur est indispensable davoir une
parfaite maîtrise de la sténo, et de connaître les
structures de fonctionnement des services du Reich.
Le premier opérateur envoyé à Combaux par Simoneau
arrive à Paris le 5 mars 1942 ; cest le sergent-chef Édouard
Jung. Ayant suivi les cours accélérés du centre dinstruction
clandestin du S.R., connaissant parfaitement lorganigramme de la
Wehrmacht et les noms des principaux officiers des différents services
fonctionnant à Paris, cest un habile spécialiste des
transmissions, Alsacien de naissance, que Simoneau a eu la chance de pouvoir
récupérer. Nanti de pièces didentité
irréprochables, il est aussitôt dirigé sur la Compagnie
dAssurances « La Nationale » où le sous-directeur
M. Grimpel et lagent général pour la région
parisienne, M. Lionel Levavasseur, lui fournissent la carte accréditive
dinspecteur qui lui assurera une couverture de premier ordre.
Quelques jours plus tard, Jung parvient à repérer un pavillon
libre sur le parcours du câble dans la Grande Rue de Noisy-le-Grand.
(Ce pavillon était situé au 89 Grande Rue (aujourdhui
avenue Emile Cossonneau) à lintersection de la N 370 et du
CD N° 75 E. Réaménagé ces dernières années,
ce carrefour porte maintenant le nom de « Place du 8 Mai 1945 ».
La municipalité de Noisy-le-Grand a donné le nom de «
rue du Réseau Robert Keller » à lancienne rue
des Grammonts qui prend naissance à cet endroit pour rejoindre
les bords de Marne.)
Après quelques démarches, il en obtient la location que
Combaux sempresse de régler. Située à moins
de 6 mètres de la ligne, cette petite maison offre toutes garanties
par son isolement, et son sous-sol surplombe de peu la route nationale
sous laquelle court le câble Paris-Metz. Sans perdre de temps, Édouard
Jung sy installe, complétant laménagement sommaire
laissé par le propriétaire de quelques meubles ramenés
du marché aux puces de Montreuil. À peine sur place, sous
prétexte de fuites dans les canalisations découlement,
il creuse une tranchée jusquà la haie de clôture
bordant la route nationale, puis le mur du sous-sol est percé afin
de laisser le passage à une gaine de protection. Le 6 avril 1942,
tout est prêt pour recevoir le matériel découte.
Trois jours après, M. Lebedinski fait livrer les amplificateurs
que M. Sueur transporte aussitôt au pavillon ; les têtes de
câble et les amorces suivent. Il ne reste plus sur place quà
procéder au montage de tout cet équipement en attente de
branchement.
Le 10 avril, cest chose faite ; la première phase de lopération
est terminée. Pendant la durée de ces préparatifs,
Robert Keller nest pas resté inactif. Après un minutieux
examen des schémas et un relevé de la zone choisie pour
la dérivation, il a mis au point le procédé dattaque
du câble et réuni loutillage le plus adapté
à cette intervention. Puis, après mûre réflexion,
il a choisi les hommes lui paraissant les plus qualifiés et les
plus audacieux pour entreprendre un travail aussi difficile.
À chacun deux, il a soumis le plan de laffaire en insistant
sur les risques quelle comporte. Sûr de leur fidèle
discrétion, quelle que soit la décision prise, il leur a
demandé de réfléchir avant de donner leur réponse.
Mais celle-ci ne sest pas fait attendre et, lun après
lautre, les six compagnons quil a sollicités sont venus
lui dire quils étaient prêts à le suivre dans
cette action dont ils savent mieux que personne quelle risque de
les entraîner sur un mortel chemin.
Les affiches collées sur les panneaux de service dans chaque atelier,
dans chaque centre, sont à cet égard éloquentes.
Ladministration militaire allemande prévient en effet que
: « Tout endommagement des moyens de transmission sera puni de la
peine de mort. » Malgré cette menace, dont ils savent bien
quelle nest pas formulée à la légère,
les hommes choisis par Keller nhésitent pas. Et aujourdhui,
lon ne sait pas ce quil convient dadmirer le plus :
de cette confiance totale montrée vis- à-vis dun chef
estimé, mais téméraire, ou de ce tranquille courage
patriotique bien dans la tradition de lengagement résistant.
Le 2 avril, léquipe formée par Robert Keller est constituée.
Elle comprend :
Les vérificateurs : Lobreau du centre Paris-Saint-Amand, et Fugier
du centre de La Ferté-sous-Jouarre.
Les techniciens sur ligne : Pierre Guilou, Laurent Matheron, Abscheidt
et Levasseur.
Dans le plan prévu par Keller, chacun de ces spécialistes
aura un rôle important à jouer pour lequel, en dehors des
compétences professionnelles, laudace et le sang-froid ne
devront pas faire défaut. Ce plan, il faut maintenant lexécuter.
Le 15 avril 1942, Robert Keller crée un défaut artificiel
sur le câble Paris-Metz. La « Feldschalt-Abteilung »
saisit le service de dérangement des lignes souterraines à
grande distance dune énergique réclamation, car deux
circuits sont interrompus. Cest bien ce quespérait
Robert Keller qui, nanti dune autorisation de travaux en bonne et
due forme signée par lAdministration, regroupe son équipe
et part à la recherche du point de rupture. Naturellement, celui-ci
est découvert à Noisy-le-Grand, en face du pavillon loué
par Édouard Jung.
Le 16 au matin, les fouilles sont entreprises sur le trajet du câble.
Afin de donner le change à déventuels curieux, deux
tranchées sont ouvertes à côté de celle dans
laquelle la dérivation doit être effectuée.
Le 17, en fin de matinée, un technicien allemand vient sur place
sinformer de létat des travaux. Satisfait de la célérité
déployée par les spécialistes français et
des réponses rassurantes qui lui sont faites, il repart aussitôt.
Keller a décidé, pour des raisons de sécurité,
que lintervention sur le câble se fera de nuit, et il en a
informé Combaux. Dans la soirée du 18, ce dernier vient
rejoindre léquipe sur le chantier. Une tente dintempérie
a été disposée au-dessus de la fouille centrale afin
de masquer un peu les travaux, et de filtrer léclairage dispensé
par les lanternes ; des lueurs trop vives pouvant provoquer une réaction
des patrouilles allemandes obnubilées par les consignes sévères
du camouflage lumineux. Un peu avant 21 heures, Keller, Guillou et Matheron
descendent dans la tranchée et sattaquent au câble.
Sitôt la gaine de plomb mise à jour, Keller se porte sur
la ligne de service et donne lordre aux deux vérificateurs
des stations de répéteurs encadrantes : Lobreau à
Paris-Saint-Amand, et Fugier à La Ferté-sous-Jouarre, de
retirer un à un chaque circuit de lexploitation durant le
temps nécessaire à sa coupure et à sa dérivation.
Cest ce que font sans hésiter les deux hommes, sous les yeux
mêmes des techniciens allemands, en prétextant un contrôle
des mesures. Pour eux, la nuit va être longue, car ils vont devoir
agir avec une apparente routine désinvolte devant leurs surveillants,
tout en portant une extrême attention aux directives précises
que leur transmettra Keller. Aucune erreur ne leur est permise, car elle
se répercuterait aussitôt dans les autres centres damplificateurs
dont le personnel a été laissé en dehors de laction.
Dans la fosse, penchés sur leur ouvrage, les trois hommes travaillent
dans un silence tendu. Keller sélectionne les fils, ne quittant
pratiquement pas le téléphone qui assure la liaison avec
les vérificateurs, annonçant tranquillement les références
du circuit à suspendre le temps de lintervention. Guillou
et Matheron, les mâchoires serrées, sactivent, mesurant
leurs gestes rapides. Ils coupent, décapent, épissurent,
soudent, les mains plongées dans linextricable amas de conducteurs,
sarrêtant un bref instant pour essuyer la sueur, due à
leffort et à la lémotion, qui perle à
leur front. Sur la chaussée, Combaux feint de saffairer à
quelque tâche urgente, veillant à ce que les lueurs qui filtrent
de la tente mal jointe nalertent
pas les servants dune batterie de D.C.A. de la Wehrmacht située
à moins de 300 mètres en amont. De temps en temps, une estafette
motocycliste allemande passe, contournant la barrière mobile du
chantier, jetant un regard distrait sur les fouilles. Dans la tranchée,
autour du câble, on saffaire toujours sur le même rythme.
Soudain, désastre ! une manuvre un peu trop rapide entraîne
une forte variation de la constante électrique de lisolement.
Au centre de Paris-Saint-Amand, Lobreau, la gorge sèche, voit laiguille
de lappareil de mesure battre la chamade. Un bref coup dil
sur le côté lui montre les deux Allemands de service avachis
sur leurs chaises, les paupières lourdes, aux prises avec le traditionnel
coup de barre de laprès-minuit. Ils nont rien remarqué
; les minutes passent angoissantes pour le vérificateur qui devrait
réagir, mais que sa complicité avec léquipe
maintient cloué sur son siège, le regard fixé sur
le cadran témoin. Pourtant petit à petit, laiguille
revient vers la zone de sécurité. Là-bas, sous la
tente, Keller et Guillou se démènent pour rétablir
lisolement. Un quart dheure encore, et Lobreau, avec le soulagement
quon imagine, voit la tension revenir à son niveau habituel.
Trois heures du matin. Cela fait maintenant six heures que les trois postiers
sacharnent sur les fils ; cinquante-cinq grands circuits sont déjà
dérivés, mais Keller et ses deux camarades poursuivent leur
travail. À La Ferté-sous-Jouarre, au poste de répéteur,
Fugier, les mains rendues moites par lénervement, affecte
le plus grand calme en déconnectant puis replaçant ses lignes
sous le regard endormi de ses surveillants. Imperturbable dans la fosse,
Keller continue de donner ses directives tout en refixant les isolants,
cependant que Guillou et Matheron, tantôt accroupis, tantôt
à genoux, les reins brûlants, endoloris par leffort
constant de recherche dune meilleure position, maîtrisent
leurs gestes, un peu plus gourds maintenant que la fatigue se fait sentir.
Au-dessus deux, sur la route, Combaux, rongé par lanxiété,
sent les minutes devenir de plus en plus longues au fur et à mesure
que le temps passe. En cette nuit froide davril, silencieuse, et
lugubre sous la pâle clarté des candélabres qui diffusent
une faible lumière bleutée, lui seul a tout loisir de laisser
ses pensées ségarer dans lévocation du
risque-tout en écoutant les clochers de Noisy et de Neuilly de
chaque côté de la Marne se renvoyer les heures si lentes
à sécouler. Ses trois compagnons, eux, tendus vers
le but à atteindre, absorbés par leur difficile travail,
ne connaissent pas en ce moment, et cest heureux pour la réussite
de lopération, ce dangereux vagabondage de lesprit.
Quatre heures vingt. Robert Keller replie le schéma qui lui a permis
de sélectionner les circuits.
Guillou et Matheron fignolent la dernière épissure. Le câble
est regarni, puis calé soigneusement au niveau du piquage.
Quatre heures quarante. La dérivation est terminée. Les
trois hommes remontent. Rapidement la fouille est comblée. Laube
se lève lorsque les dernières pelletées de terre
égalisent le terrain.
Abrutis de fatigue dans la camionnette qui les ramène à
Paris, les auteurs de cette extraordinaire opération demeurent
silencieux. Réalisent-ils quils viennent deffectuer
un véritable exploit ? Soixante-dix grands circuits ont été
dérivés, parmi lesquels ceux qui assurent les liaisons de
la Kriegsmarine, de la Luftwaffe, de la Wehrmacht, et de la Gestapo, entre
Paris et Berlin ! Jamais aucun service despionnage navait
rêvé pouvoir bénéficier dune telle source
!
La dérivation étant effectuée, cest maintenant
à M. Sueur quil appartient de mettre la table découte
en service. Prévenu par le capitaine Combaux de la réussite
de lopération, il arrive aux premières heures de la
matinée du 19 avril au pavillon de Noisy, accompagné dun
fidèle ami, spécialiste des Transmissions de lÉtat,
M. Deguingamp auquel il accorde toute confiance. Immédiatement,
ils se mettent en devoir de procéder aux raccordements. Laissés
en attente, les fils qui sépanouissent sur des appareils
appelés « têtes de câble » vont être
reliés aux amplificateurs, puis les postes découte
sont à leur tour branchés. Lorsque Édouard Jung,
informé par Combaux, se présente, tout est pratiquement
prêt à fonctionner. Avec une infinie prudence, les deux techniciens
effectuent les premiers essais. On a choisi le moment où Lobreau
et Fugier auront repris leur service afin quils puissent veiller,
chacun dans leur centre, sur les mesureurs de tension. Mais tout va bien,
le travail accompli par Keller, Guillou, et Matheron ne recèle
aucune imperfection. Jung peut commencer ses longues factions ; la Source
K est opérationnelle !
Cest le 19 avril 1942 dans la soirée, que lopérateur
du S.R. enregistre les premières conversations; mais cest
vraiment à partir du 20 que lécoute porte ses fruits.
En cette seule journée, Édouard Jung intercepte plus de
60 communications. Limportance du trafic loblige alors à
sélectionner parmi ce flot continu les circuits présentant
le plus grand intérêt, et il se contente de relever les liaisons
des armes marine- aviation-armée de terre avec le
Haut Commandement de Berlin. Devant un pareil afflux, le capitaine Combaux
réclame un second opérateur, et le S.R. choisit parmi les
agents en stage M. Rocard, jeune licencié dallemand, ancien
lecteur dans une université doutre-Rhin. Larrivée
de ce deuxième spécialiste double bien sûr le nombre
dinformations. Les deux hommes abattent une besogne écrasante.
Aux heures découte sajoute le temps passé à
transcrire à lencre sympathique, sur des lettres, rapports,
ou contrats, les renseignements les plus importants ; ceux présentant
un moindre intérêt sont acheminés irrégulièrement
par porteur. À Combaux revient le soin dorganiser la transmission
au poste P 2 du S.R. de toutes ces informations. Il parvient à
assurer cette liaison et le passage de la ligne de démarcation
grâce à un ambulant de la S.N.C.F. ; par la suite, il emploiera
également un garçon des wagons-lits, puis un mécanicien
de locomotive. Arrivés dans le service du capitaine Simoneau, les
renseignements fournis par la Source
K sont triés soigneusement. Ceux qui peuvent intéresser
le gouvernement de Vichy et influencer sa politique vis-à-vis du
Reich sont remis au colonel Rivet qui, après les avoir analysés
minutieusement, décide ou non de leur envoi au général
Revers, chef dÉtat-major de Darlan. Mais les plus vitaux,
ceux qui fournissent des indications précieuses sur les projets
allemands, ainsi que ceux qui font état de la situation militaire
et de lévolution de la stratégie du Haut Commandement,
passent directement du S.R. à 1I.S. par les liaisons «
Olga », ou par les liaisons radio de léquipe du commandant
Bertrand, ou encore par les postes de Berne et de Lisbonne.
(Notons quil existait, entre autres, une liaison du S.R. Lyon-Londres
qui était assurée par le relais dAnnemasse de M. Francillon,
qui, arrêté un peu plus tard, sera fusillé par les
Allemands).
Afin que leur origine ne puisse être décelée, les
rapports émanant de la Source K subissent par le poste P 2 un démarquage
avant leur transmission à léchelon supérieur.
Cette précaution interdit une remontée à contresens
de la filière, et elle est dautant plus facile à assurer
quil ne peut y avoir de retours par cette voie-là. Pour compléter
la sécurité, un cloisonnement rigoureux verrouille les maillons
de la chaîne par groupes de deux à quatre unités.
Ainsi, les opérateurs nont quun seul interlocuteur
Combaux, mais les techniciens des P.T.T., mis à part Sueur et Keller,
ne le connaissent pas. Parallèlement, les agents de liaison ignorent
tout des postiers. En fait, le pivot de laffaire est le capitaine
Combaux ; en cas dintervention ennemie, cest donc lui quil
convient de protéger.
Robert Keller la parfaitement compris, et il sy emploiera
le moment venu.
Devant les résultats inespérés des écoutes
sur le câble Paris-Metz, Sueur, Combaux, et Keller envisagent de
réaliser la même opération sur le Paris-Strasbourg.
Une étude fouillée des grands circuits a montré que
les liaisons téléphoniques allemandes empruntent également
ce canal. En juillet 1942, Robert Keller présente à ses
deux amis le schéma de la dérivation à entreprendre.
Entre-temps, un troisième opérateur formé par le
S.R. a été mis à la disposition de la Source K par
le poste P 2. Il sagit dun jeune Alsacien :
Prosper Riss, qui reçoit également une couverture dinspecteur
dassurances de « La Nationale ». Combaux le charge de
rechercher un pavillon libre sur le parcours de la ligne souterraine.
Il en trouve bientôt un à Livry-Gargan dans lequel il sinstalle
aussitôt. Sur la demande de Sueur, M. Lebedinski commande les pièces
détachées nécessaires au montage de nouveaux amplificateurs,
tandis que Pierre Guillou, promu depuis peu au grade de chef déquipe,
délimite sur place le tracé de la tranchée de jonction.
Fin août, laménagement du local est terminé
; il ne reste plus quà mettre en place les amplificateurs
et à effectuer la dérivation.
Cependant à Noisy-le-Grand, le climat se détériore.
Les Allemands ont décidé dimplanter une forte unité
à lEst de Paris et, dans cette perspective, un détachement
précurseur sillonne la bourgade afin de rechercher de nouveaux
cantonnements. Une vaste opération de réquisition de locaux,
de maisons, de chambres commence, au grand dam des Noiséens furieux.
Dans le quartier où se trouve situé le pavillon des écoutes,
la grogne saffirme particulièrement, et plusieurs réclamations
parviennent à la Mairie pour signaler à la commission de
recensement quau lieu de « vouloir imposer à de braves
Français lhébergement dofficiers allemands,
elle ferait mieux de sintéresser aux individus suspects,
vivant don ne sait quoi, qui hantent un pavillon même pas
trop meublé »
À ces protestations sajoutent des commérages de quartier
qui évoquent lactivité despions... allemands
! Nous sommes à la mi- septembre, et les ragots prolifèrent
de plus en plus.
Prévenu par Édouard Jung, le capitaine Combaux, sinspirant
de la règle des services secrets : « la sécurité
prime tout », décide alors le repli immédiat de la
station clandestine.
Dans la nuit du 16 au 17 septembre, Robert Keller, Pierre Guillou, et
Laurent Matheron, démontent toute linstallation, colmatent
les têtes de câble, et font disparaître toute trace
de la dérivation. Lelendemain, M. Sueur et Deguingamp viennent
récupérer les amplificateurs quils transportent à
Livry-Gargan. Le 18 au soir, plus rien ne subsiste de cinq mois découtes
permanentes. Le petit pavillon de Noisy-le-Grand retourne à lanonymat,
prêt à accueillir les indésirables locataires dont
ses murs ont pourtant enregistré les conversations plus secrètes
de leurs dirigeants. 
Lécoute en temps réel dune
ligne par un micro sucre :
Cette solution consiste à écouter et enregistrer les appels
à distance en temps réel en intervenant quune seule
fois pour toute sur la ligne. À un endroit de la liaison de labonné
on branche un sucre émetteur, en faisant une épissure sur
le câble, dans le boîtier de répartition, la prise
de bureau ou le téléphone lui-même si on y a accès.
Un professionnel évitera les deux dernières possibilités.
Tout simplement parce que si la personne écoutée utilise
un tuner FM, un scanner, des interférences pourraient trahir la
présence du sucre. Si lémetteur est raccordé
à lextérieur du bureau, de limmeuble, il ne
pourra pas être détecté. Linconvénient
majeur de ce type de système, cest quen plus de lespion,
nimporte qui peut écouter la conversation jusquà
200 voire 500 m à condition que son récepteur radio soit
réglé sur la bonne fréquence. Lespion disposant
dun récepteur radio intégrant un magnétophone
peut enregistrer la conversation directement à distance sans craindre
de se faire repérer. Si le subterfuge est découvert, il
ny a que le sucre qui sera localisé et détruit. Il
existe un autre problème, ce petit gadget consomme du courant ne
serait-ce que pour son fonctionnement, il pourra donc être éventuellement
repéré par un spécialiste doté dun analyseur
de ligne ou dun détecteur de microémetteur. La haute
fréquence peut suivre le câble sur une certaine distance,
assez courte, mais qui peut-être suffisante.
On trouve en vente libre sur Internet ce type de matériel. Une
Société propose, par exemple, « Pack émetteur
de conversations téléphoniques + récepteur. Ce pack
complet prêt à lemploi va vous permettre de mettre
en surveillance une ligne téléphonique de la façon
la plus simple possible. Branchez le MP114 dans la ligne analogique que
vous voulez superviser puis à laide du récepteur,
écoutez dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres les
conversations émises et reçues sur cette ligne. Idéal
pour contrôler une ligne téléphonique lors daudit
ou de formation de personnel (standardiste, etc. ...). « Transportez
» par exemple vos conversations téléphoniques afin
de pouvoir permettre à des collaborateurs de partager vos conversations
lorsque vous le désirez. Par ailleurs, si vous ajoutez notre VR2
à ce pack, vous pouvez aussi enregistrer les conversations en toute
simplicité même en votre absence et ainsi les analyser ultérieurement
! »
Raccordement sur une ligne analogique :
Cest la méthode la plus facile, mais aussi la moins discrète
qui finira par larrestation du fraudeur sil lutilise
en plus pour téléphoner gratuitement. Par contre dans le
cas dune écoute légale ou illégale cela peut
durer plus longtemps. Elle est simple et peut être réalisée
à peu de frais sur les lignes analogiques. Elle consiste à
installer une bretelle en Y sur une ligne déjà existante.
Il est en effet possible de se connecter sur tous les points dun
cheminement, de la sortie du central téléphonique au point
final dimplantation du poste. Généralement, cette
connexion est réalisée au niveau dun sous-répartiteur
ou dun boîtier de répartition de quartier. Cette solution
provoque généralement un défaut dimpédance
et un affaiblissement sur la ligne. Un spécialiste équipé
dun matériel comme un analyseur de ligne analogique, peut
détecter une anomalie.
La police, la gendarmerie, la DST découvrent dans les égouts,
des épissures dans les câbles sur lesquels des bretelles
sont réalisées. Les manchons raccordant deux câbles
sont ouverts, des bretelles, des straps mettant deux lignes en parallèle,
des magnétophones ou émetteurs miniatures sont retrouvés
à lintérieur.
Dans les gaines techniques ou les cabines de brassage, on retrouve le
même type de piratage. Il ne coûte que très peu. Le
piratage seffectue le plus souvent en faisant des épissures
sur les câbles, cette solution est en effet plus discrète,
quun raccordement au niveau du répartiteur général,
ou sur la tête PTT, puisque les techniciens de France Télécom
y interviennent à chaque fois quils ont une ligne à
rajouter. Sur cette partie de linstallation, le PDG dune société
ne peut pas faire grand-chose. Il ny a que la police qui peut intervenir
sur dépôt dune plainte.
Il existe un autre moyen despionnage peu connu, qui peut être
utilisé sur les postes analogiques.
Il peut permettre découter en plus ce qui se passe dans un
local, même si le téléphone est raccroché.
La micro-pastille du combiné continue à capter des sons
en permanence. Cette pastille va donc générer des impulsions.
Les électroniciens qui connaissent leffet piézo-électrique
du quartz, comprendront où je veux en venir. Avec un équipement
sensible, il est parfaitement possible de faire de lécoute
avec certains postes. Ce type de technique est plutôt utilisé
par les laboratoires des services secrets étrangers très
en pointe dans le développement des nouvelles technologies despionnage.
Ce moyen concerne plutôt les sites ou personnes ultra-sensibles.
Un fait historique découte microphonique
Pour diriger le C.E. en Afrique du Nord, le S.R. a désigné
le lieutenant-colonel Chrétien, qui, après un ultime stage
à la villa « Eole», arrive à Alger en mars 1941.
En Algérie, au Maroc, et en Tunisie, les Allemands et les Italiens
ont envoyé des commissions dites « darmistice »
dont la mission officielle est de vérifier que les clauses du cessez-le-
feu sont bien appliquées par les autorités civiles et militaires
dépendant du gouvernement de Vichy. En réalité, ces
commissions sont formées dune majorité dagents
de lAbwehr chargés dorganiser un réseau de renseignements
et de recueillir des informations sur les agissements anglais et américains
dans le Maghreb.
À Alger, le pouvoir officiel est détenu par le général
Weygand qui, après un bref passage au Ministère de la Défense
à Vichy, a été désigné comme Délégué
général du gouvernement pour lAfrique Française,
fonction et titre créés spécialement pour lui. Investi
de pouvoirs jamais atteints par un officier supérieur, son autorité
sexerce, tant sur le plan militaire que civil, sur toute lAfrique
du Nord et sur lAfrique-Occidentale française. Les gouverneurs
Noguès au Maroc, Esteva en Tunisie, Abrial en Algérie et
Boisson en A.O.F. se trouvent placés sous ses ordres et il va veiller
à ce que soient strictement appliquées toutes les décisions
prises à Vichy. Dans certains cas, notamment dans la mise en place
des mesures édictées contre les juifs, il ira même
au-delà des décrets promulgués par le gouvernement
Pétain. Adepte farouche de la « Révolution nationale
», il mène la lutte contre tous ceux quil nomme «
les mauvais Français », anciens partisans du Front Populaire,
francs-maçons, communistes, gaullistes, républicains convaincus,
et il accorde tout son soutien à la « Légion française
des Combattants », aux sections de « lOrdre légionnaire
», aux militants de Bucart, de Déat, et de Doriot, bref à
tous ceux qui dansent sur le cadavre de la République. Son comportement
en Afrique du Nord reflète donc parfaitement ses convictions. Weygand
pense sincèrement quil faut à la France un ordre nouveau,
duquel seraient bannies les institutions et les idées républicaines.
Hostile à lAngleterre, surtout depuis Mers el-Kébir,
haineux vis- à-vis de De Gaulle quil qualifie de déserteur,
méfiant à légard des Américains auxquels
il reproche de nêtre pas venus au secours de larmée
française, violemment anticommuniste, il ne sen considère
pas moins comme un ennemi irréductible de lAllemagne. Cest
en jouant sur cette dernière carte que le lieutenant-colonel Chrétien,
et Paul Paillole lui-même, obtiendront le feu vert pour leur service.
Déjà à Vichy, alors quil détenait le
ministère de la Défense, Weygand avait donné son
accord au colonel Rivet pour la création dun S.R. et dun
C.E. clandestins, sous le couvert dun service des Menées
antinationales, chargé de « suivre » les agissements
allemands et italiens, et ce, malgré lopposition de la clique
Laval-Marquet-Darlan. À cet égard, il avait fait connaître
son opinion en déclarant à son interlocuteur : « la
guerre continue, larmistice nest quune suspension darmes
».
Cest en sappuyant sur cette position nuancée que les
T.R. parviendront à leurs fins, car il faut bien admettre que sans
cet appui, Paillote et ses camarades ne seraient jamais parvenus, malgré
toute leur bonne volonté, à organiser et à structurer
aussi rapidement leurs antennes clandestines.
Dès son implantation à Alger, le T.R. 119 sest vite
rendu compte du danger représenté par les commissions darmistice
italo-allemandes. Véritable vivier du renseignement, elles informent
régulièrement lO.V.R.A. et lAbwehr sur le climat
politique, ainsi que sur lactivité des milieux musulmans
indépendantistes quelles entretiennent sournoisement. Mais
elles sacharnent surtout à tisser, avec leurs homologues
du Maroc et de la Tunisie, un filet despionnage sur toute lAfrique
du Nord ; filet destiné à recueillir toutes indications
utiles à leurs pays, et à enserrer dans ses mailles les
agents des autres nations directement, ou indirectement, mêlées
au conflit.
Le lieutenant-colonel Chrétien, dès son arrivée à
Alger, sest attaché à rechercher les moyens les plus
efficaces pour contrer laction de ces commissions. Installées
dans plusieurs hôtels de la ville, lhôtel dAngleterre,
lhôtel Aletti, lhôtel Albert, où elles
ont regroupé leurs bureaux et appartements privés, elles
travaillent officiellement avec leurs ambassades ou consulats respectifs.
Évidemment, le T.R. est parvenu à sassurer les services
de quelques employés qui lui apportent de temps en temps des renseignements
non négligeables, mais cest loin dêtre suffisant
pour assurer une surveillance efficace. Chrétien et son adjoint,
le commandant Le Capelain, voudraient percer à jour le jeu ennemi
afin den prévenir les retombées. Naturellement, des
tables découtes ont été mises en place, mais
elles ne saffirment guère rentables, car les adversaires
ne sont pas des novices. Ils savent très bien que leurs conversations
téléphoniques doivent être interceptées. La
preuve : un officier allemand téléphonant de lhôtel
Aletti à lun de ses collègues de Casablanca sera entendu
lui disant : « Je vous en prie, mon cher, parlez plus lentement
afin que ces messieurs aient le temps de prendre en note notre conversation
! » Ce nest donc pas par ce canal-là quil faut
sattendre à des révélations. Lidéal
serait de pouvoir écouter les propos qui séchangent
dans lintimité des pièces de travail ou dhabitation,
lorsquAllemands et Italiens se croient entre eux,
lorsquils reçoivent leurs informateurs ou quils évoquent
leur activité. Il faudrait avoir une oreille dans chaque chambre,
dans chaque bureau, mais comment ?
Cest alors que le commandant Le Capelain parla dun réseau
découtes microphoniques permanentes !
Cest en juin 1941 que le Commandant Le Capelain songe pour la première
fois à réaliser un dispositif qui permettrait denregistrer
les conversations ennemies sur les lieux mêmes où elles doivent
être, par définition, les plus confidentielles. Sans avoir
des idées très précises sur les moyens, il pense
que le réseau téléphonique peut offrir un champ dinvestigations
intéressant, et il sollicite le concours de son collègue,
le commandant Guérin du bureau des Transmissions. Du point de vue
technique, Guérin est évidemment bien placé pour
juger des possibilités du projet, mais il ne dispose pas des éléments
nécessaires à sa réalisation, pas plus quil
ne possède de locaux ou de matériel pour en effectuer létude.
Mais, et cela va saffirmer dun grand intérêt
pour le T.R. 119, il a noué dexcellentes relations avec le
chef du service central des P.T.T. en Algérie : M. Escande, haut
fonctionnaire intègre et courageux dont le patriotisme ne fait
aucun doute.
Guérin lui expose sans détour lidée de Le Capelain,
et les deux hommes réfléchissent ensemble à laspect
pratique de ce plan. Ayant la haute main sur la totalité des systèmes
de communication existant alors en Algérie, Escande se trouve remarquablement
placé pour entreprendre, ou couvrir, toute action requérant
les moyens techniques de son administration, mais il ne peut rien faire
sans le concours de spécialistes éprouvés et discrets.
Le projet qui lui est soumis demande en effet une étude très
approfondie, et nécessite des recherches originales que seuls des
ingénieurs des P.T.T. peuvent mener. Or il se trouve que trois
de ces spécialistes ont été détachés
par ladministration auprès du bureau des transmissions, et
quils travaillent donc dans cet ensemble technique quon appelle
: le Central protégé.
Afin de rendre plus compréhensible le récit qui va suivre,
il est bon den « planter le décor ».
Accrochée au flanc des collines du Sahel, au débouché
de la plaine de la Mitidja, la ville dAlger est construite en amphithéâtre.
Ses immeubles et ses villas sétagent sur les hauteurs qui
dominent la baie jusquaux plateaux environnants. Dans le centre,
la dénivellation contraint les ruelles et les voies à suivre
une pente assez sensible ; cest ainsi que la place du Forum, où
se dresse limposant bâtiment du Gouvernement Général,
sétale à près de quarante mètres au-dessus
du niveau de la rue dIsly. La place Bugeaud, lieu de limplantation
des bureaux de lÉtat Major du 19 Corps, se situe à
lintersection des rues dIsly et Généraux Morns,
soit en contrebas dune vingtaine de mètres par rapport à
la rue Berthezène qui ceinture les immeubles de la Résidence.
Accolé à lun de ceux-ci un local de service communique,
en fonction de cette dénivellation, par un escalier en puits, avec
un tunnel qui débouche à lintérieur même
de la cour desservant les garages de lÉtat-Major. Dans ce
souterrain, à labri de toute incursion et de tout bombardement,
les transmissions ont établi leur central téléphonique,
doù son nom de « Central protégé ».
On ne peut donc y accéder que, soit par lenceinte militaire,
soit par le puits partant des communs de la Résidence; deux lieux
étroitement surveillés.
Les trois agents des P.T.T. qui assurent le bon fonctionnement de ce central
et représentent leur administration dans la liaison avec léquipement
militaire sont, à cette époque M. La Maïda ingénieur,
M. Pettenati ingénieur des travaux, et M. Rebaudingo contrôleur
I.E.M. En raison de leur fonction et de leur mission, ce sont évidemment
des hommes qui présentent toutes garanties de discrétion
et de patriotisme ; la sélection de la sécurité des
armées ne souffrant aucun doute à ce sujet. Cest donc
tout naturellement vers eux que M. Escande se tourne pour envisager la
réalisation du projet du commandant Le Capelain et, comme il le
souhaitait, il recueille aussitôt leur adhésion. Quelques
notes de service anodines leur laissent dailleurs bientôt
les mains libres pour sassurer du contrôle total des lignes
quil sagit de « métamorphoser ».
En 1941, lespionnage microphonique fait un peu figure de science-fiction.
Certes, les Américains sont déjà parvenus à
capter des conversations en utilisant un système de micros clandestins
reliés à un appareillage découtes, mais au
prix dune installation réalisée par fils dissimulés.
En Europe, et à fortiori, en Afrique du Nord, cette technique napparaît
que futuriste. On ignore encore tout des moyens découte qui
se développeront dune façon fulgurante après
la guerre avec la transistorisation et la miniaturisation, puis grâce
aux progrès importants de lélectronique. Seuls, quelques
techniciens des communications et transmissions savent que lon peut,
en utilisant la liaison téléphonique, à laide
de quelques astuces professionnelles, espionner les bruits dune
pièce, mais laudibilité en est toujours médiocre
à cause du phénomène de résonance.
Cest malgré tout en partant de ce procédé que
lingénieur La Maïda va établir un schéma
parfait, avec le concours de ses collègues Henri Pettenati et Louis
Rebaudingo. Le plan général étant défini,
chacun de ces hommes se met au travail pour monter une maquette dessai,
suivant sa spécialisation.
Le principe retenu paraît simple : tout poste téléphonique
comporte un microphone normalement alimenté par une batterie située
dans le central auquel il est rattaché. Le courant ne parvient
dans ce microphone que lorsque lappareil est décroché,
cest-à-dire en position de conversation. Le fait de raccrocher
le combiné provoque le fonctionnement dun interrupteur dont
le rôle est de couper le courant ; le microphone nétant
plus alimenté, il devient sans effet. Or, si lon établit
une jonction métallique entre les deux lames de linterrupteur,
celui-ci se trouve neutralisé, et le courant continue darriver
jusquau micro, même si le poste est en position « raccroché
». Dans ces conditions, le microphone reste opérationnel
en permanence, et il transmet tous les bruits qui séchangent
dans la pièce où se trouve lappareil. On voudra bien
nous pardonner daborder ces problèmes techniques, mais ils
sont nécessaires pour la compréhension des faits.
Cependant, une telle modification du circuit normal entraîne une
répercussion sur le fonctionnement du central. En effet, un poste
ainsi « trafiqué » provoque irrémédiablement
un incident de ligne que les téléphonistes désignent
sous le nom de « faux appel », et il risque fort déveiller
lattention dun usager un peu méfiant, surpris par les
interférences qui peuvent survenir en cours dutilisation.
Ce premier problème va pourtant être solutionné par
lingénieur La Maida qui met au point un relais doté
dune bobine à 3 enroulements à flux différentiels,
et conçoit une platine de retransmission qui rétablit le
circuit initial malgré les modifications apportées au poste
dabonné.
Un premier essai effectué au petit laboratoire de la direction
des L.S.G.D. (Lignes souterraines à grande distance) montre que
ce système savère satisfaisant dès lors quun
bâti métallique est adapté pour recevoir la platine.
Puis, Louis Rebaudingo, au câblage, équipe un montage adéquat
à cette nouvelle fonction, tandis quHenri Pettenati étudie
un modèle damplificateur perfectionné. De la régularité
et de la précision de cet appareil, dépend en effet la possibilité
dune écoute normale.
Une maquette originale essayée au répartiteur du central
dIsly montre que le bruit de fond des lignes en câbles urbains
devient rapidement gênant, et quil faut, par conséquent,
utiliser un courant microphonique aussi fort que possible. Lennui
dun tel courant, cest quil manque de « discrétion
» et risque dêtre facilement décelable par un
appareil de mesure de sensibilité courante, mais tous les essais
effectués avec un courant plus faible aboutissent à un résultat
négatif pour lintelligibilité de lécoute.
Il faut donc en prendre le risque. Pendant ce temps, le commandant Le
Capelain est parvenu, grâce à M. Escande, à se procurer
une « couverture » civile qui lui permet de se trouver au
cur de laction ; sa nomination au poste dInspecteur
des P.T.T. sous le nom de Paul Edmond lautorise à se déplacer
comme il lentend dans les locaux administratifs. Son premier souci,
dans cette nouvelle fonction, est de recenser soigneusement le nombre
dappareils devant faire lobjet dune modification. Cest
ainsi quil détermine quil y aura lieu de truquer 29
postes dabonnés répartis entre lhôtel
dAngleterre, lhôtel Albert-Ier, lhôtel Aletti,
et la résidence de lamiral Saiza à El-Biar.
À la mi-septembre 1941, la maquette définitive de lensemble
est réalisée. Louis Rebaudingo a parfaitement maîtrisé
le problème dincorporation des platines de retransmissions
montées sur des bâtis métalliques, et il a installé
des machines dappel spéciales. De son côté,
Henri Pettenati, après bien des tâtonnements, est parvenu
à mettre au point un amplificateur spécifique à deux
étages, dune impédance dentrée supérieure
à 15 000 ohms, comportant un dispositif antichocs placé
aux bornes du casque de lopérateur, qui permet déviter
lécho résonnant des chocs mécaniques auxquels
pourrait être soumis le poste, et risquant de gêner la finesse
de louïe. De plus, un filtre à variations sélectionne
les fréquences de voix pour rendre encore plus compréhensibles
les conversations en écoute.
Lensemble paraît au point et donne toute satisfaction aux
essais. On passe alors immédiatement au stade de la réalisation.
Deux collaborateurs de Louis Rebaudingo, MM. Mergny et Trottignon, mis
dans le secret de lopération, acceptent de prêter leur
concours, et il va saffirmer essentiel. Cest en effet Mergny
qui se charge de procéder à la pose chez les intéressés
des appareils truqués ou den effectuer le changement sous
un prétexte quelconque. Trotignon lui, agent des installations
intérieures, assure le montage en série des platines de
relais des retransmetteurs sur lignes automatiques et vérifie leur
réglage.
Un autre technicien du service, M. Legée, recruté par lingénieur
La Maïda, construit, suivant les plans de ce dernier, le meuble découte
comportant dix positions plus une position de dirigeur. Dans le même
temps, Henri Pettenati surveille attentivement la fabrication des sept
amplificateurs imaginés par lui ; le personnel qui les réalise
ignore leur destination. Quelques jours plus tard, par fragments, les
tables et le meuble découte sont transportés dans
le tunnel du central protégé. Lensemble est monté
de telle façon que les tables peuvent être, à la moindre
alerte, transformées en un système découtes
téléphoniques normal. Pièce par pièce, tous
les éléments arrivent ; les connexions sont faites et les
branchements préparés.
M. La Maïda pousse même le soin jusquà doter cette
implantation clandestine dun confort qui sera fort apprécié
des opérateurs. Agents du T.R., ceux-ci sont sélectionnés
par le commandant Le Capelain, alias Paul Edmond, qui les instruit de
leur fonction. Se relayant par équipes de trois, ils doivent assurer
leur travail vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Au début du
mois doctobre 1941, Mergny et Rebaudingo commencent leur prospection.
Des interférences ont été créées astucieusement
sur les lignes à surveiller, et les abonnés allemands et
italiens ne tardent pas à formuler des réclamations. Cest
le moment quattendent les deux hommes pour agir. Se rendant sur
place, ils sempressent de changer là un appareil soi-disant
défectueux pour le remplacer par un autre préalablement
« équipé ». Ailleurs, ils démontent les
postes et remplacent subrepticement la capsule microphonique par une autre.
Sur la recommandation de Pettenati, soucieux dobtenir les meilleures
conditions daudition pour ses amplis, ils agrandissent discrètement
les trous percés dans les coiffes débonite qui protègent
le microphone. Pendant ce temps, au central protégé, on
met la dernière main à léquipement de lappareillage.
MM. Escande et La Maida assistent aux ultimes essais, aux côtés
du commandant Le Capelain et de ses opérateurs. Le 25 octobre,
tout est prêt ; le plan « Écoutes microphoniques dAlger
» devient une réalité. Pour la première fois,
dans lhistoire des services du Contre-Espionnage français,
un réseau entier découtes microphoniques fonctionne
!
Dès les premières auditions, le commandant Le Capelain se
rend compte quil dispose dune source dinformations secrètes
de première grandeur. Après lémotion du début,
liée aux craintes de voir le système rapidement découvert
par les « abonnés », le ton des conversations interceptées
montre à lévidence que ni les Allemands ni les Italiens
ne soupçonnent une indiscrétion. Leurs propos reflètent
une confiance totale dans linviolabilité des locaux quils
occupent. Sur le plan technique, les opérateurs souffrent de la
volubilité des officiers de Mussolini dont les bavardages ininterrompus
et lélocution particulièrement rapide perturbent lintelligibilité
de lécoute. Averti, Henri Pettenati va dailleurs concevoir
un filtre spécial gommant un peu lacuité des sons
(*) et « sélectionnant », grâce à des
caractéristiques différentes, les amplificateurs recueillant
les voix italiennes aux sonorités plus aiguës que celles des
Allemands à fond guttural.
( * Les travaux des spécialistes ont mis en évidence,
après la guerre, que lêtre humain possédait
une « oreille géographique ». On sait maintenant quune
oreille française a une courbe de sélectivité qui
sétend de 500 à 2 000 périodes, alors que celle
dun Anglais va de 2000 à 6000 périodes. Ni lun
ni lautre ne perçoivent les sons de la même manière
quun Japonais ou un Africain. On a créé dailleurs
depuis une oreille électronique en sinspirant de cette découverte.
Cest ainsi que les travaux du Docteur Tomatis ont abouti à
la réalisation dappareils auditifs permettant à certaines
formes de surdité de connaître une quasi-guérison.)
Chaque jour, et souvent deux fois dans la même journée, les
informations captées sont triées, puis résumées
en rapports condensés remis aux services du colonel Chrétien.
Classés suivant leur origine et leur nature, ceux-ci sont ensuite
répertoriés avant dêtre acheminés vers
leurs destinataires. Par ce canal clandestin, des renseignements dimportance
vitale sur les agissements et les intentions des représentants
de lAxe parviennent aux Alliés, et, pour ce qui le concerne,
à lÉtat-Major de lArmée darmistice.
Cest ainsi que les visites de contrôles périodiques
effectuées à limproviste par les membres des commissions
allemande et italienne dans les camps militaires seront toutes annoncées
quelques heures, voire quelques jours, avant aux responsables dunités
; ce qui leur permettra de dissimuler le matériel et larmement
dont les stocks sont supérieurs aux normes prévues.
À la mi-janvier 1942, les ingénieurs des P.T.T. ont terminé
la première tranche du programme.
29 lignes sont sous contrôle-écoute :
21 lignes Mogador aboutissant à lhôtel dAngleterre
5 lignes Mogador aboutissant à lhôtel Albert
3 lignes Mogador aboutissant à la résidence privée
de lAmiral Saiza.
Le système donnant entière satisfaction, le commandant Le
Capelain demande alors quil soit étendu à lhôtel
Aletti et au Consulat dAllemagne. Justement, les Allemands réclament
de nouvelles lignes pour leurs bureaux consulaires en cours de réaménagements.
Louis Rebaudingo, qui sest rendu sur place pour reconnaître
limplantation des postes, gagne un peu de temps, malgré les
récriminations de ses interlocuteurs, afi n de laisser la possibilité
à ses monteurs et câbleurs d« équiper
» les bâtis. Le 8 février 1942, accompagné de
son fidèle Mergny, il procède à une première
installation chez le Secrétaire Général du Consulat.
Cette ligne, portant le nº 324.16, est mise en service dès
le lendemain. Le 18 février, soit neuf jours plus tard, une seconde
ligne truquée : nº 331.51, posée dans le bureau même
du consul, sajoute au faisceau des tables découte.
Deux jours après, M. Escande reçoit une demande pressante
du Secrétariat consulaire qui exige linstallation dun
standard à plusieurs directions. Pris de court, le chef du service
central des P.T.T. manuvre habilement pour gagner quelques jours,
le temps nécessaire à Louis Rebaudingo et Henri Pettenati
pour fabriquer un nouveau matériel spécialement élaboré
pour un standard. Une semaine ne sest pas écoulée
que les Allemands reviennent à la charge, déclarant avoir
un besoin urgent de cet appareillage. Louis Rebaudingo répond quil
attend larrivée dun matériel convenable pour
leur donner satisfaction. Pendant ce temps, une troisième ligne
truquée, ayant le no 333.65, est installée dans le bureau
de lAmbassadeur Pfeiff er, avec un renvoi dans sa chambre à
coucher, à la tête de son lit. Là, on peut dire que
les opérateurs vont capter bien des... conversations qui nauront
aucun caractère politique, même si elles sacrifient au confidentiel.
Ne pouvant différer plus longtemps, Mergny et Rebaudingo, pourvus
dun combiné multiple modifié par leurs soins, installent
chez les secrétaires du Consulat un tableau administratif 1 + 4
dont les lignes viennent se joindre à celles du meuble-écoutes.
Ainsi, presque toutes les pièces de limmeuble passent sous
le contrôle auditif des opérateurs du Commandant Le Capelain.
Ce délicat et discret travail, qui fut mené à bien
par les agents des P.T.T., ne seffectua pourtant pas sans problèmes,
car le Consulat allemand se trouvait dans une zone différente du
secteur Alger-Isly, et il fallut passer les lignes en coupure sur le répartiteur
du Central protégé et les raccorder sur lautocommutateur
de ce secteur.
Sans doute jaloux des aménagements obtenus par leurs collègues,
les Italiens manifestèrent à leur tour le désir de
voir leur Consulat doté des mêmes installations, et, sans
se faire autrement prier, nos techniciens procédèrent à
linstallation dun circuit semblable au Consulat italien rue
Charras. Le résultat devait saffirmer particulièrement
payant, puisque cest par ce canal découtes que les
opérateurs apprirent le code secret des transmissions de la Marine
italienne, lequel fut aussitôt fourni aux Britanniques. On conçoit
aisément quels bénéfices ceux-ci purent en tirer
!
La masse dinformations fournies par les écoutes microphoniques
dAlger fut considérable. Parmi tous les rapports qui parvenaient
régulièrement au TR 119, certains influèrent dune
façon décisive sur le sort de la guerre. Mais cest
certainement en muselant lactivité des services despionnage
italo-allemands en A.F.N., qui agissaient, rappelons-le, sous la couverture
des commissions darmistice, que le dispositif imaginé par
Le Capelain et réalisé par les postiers dAlger joua
un rôle déterminant dans la lutte souterraine que se livraient
lAbwehr et le C.E. français.
Si les hommes de Paillote réussirent à neutraliser près
de 400 agents de lennemi au cours de la période de fonctionnement
des écoutes, ils le doivent avant tout à la remarquable
équipe du Central protégé. La plupart de ces agents
allemands ou italiens, dont larrivée était signalée
aux responsables de lorganisation nazie par un code oral, rapidement
découvert par les spécialistes du C.E., navaient pas
plus tôt posé le pied sur la terre algérienne quils
étaient aussitôt interceptés. De la même façon,
plusieurs traîtres furent démasqués. Ainsi un secrétaire
des services français de la commission darmistice dont les
écoutes révélèrent les relations quil
entretenait avec le commandant allemand Schmidt, officier chargé
de la liaison entre les trois commissions, fut arrêté. Trouvé
porteur de documents secrets signés par Weygand, il fut interrogé
longuement et ne tarda pas à donner lun de ses complices.
Tous les deux furent passés par les armes. Une affaire extrêmement
importante, qui aurait pu avoir de graves conséquences, fut également
décelée par les écoutes. Un officier français,
très lié avec un membre de ce groupe quon appela «
le Comité des Cinq», avait pour maîtresse une fort
jolie jeune femme brune à qui il ne cachait pas grand-chose de
ses activités secrètes. Or, cette élégante
personne au charme indéniable navait, de son côté,
pas su résister à la virile prestance dun lieutenant
allemand qui lui soutirait habilement les renseignements quelle
recueillait, sans trop y attacher dimportance il est vrai, auprès
de son ami en titre.
Le Comité des Cinq : formé de MM. Lemaigre-Dubreuil,
Jean Rigault, Jacques Tarbé de Saint-Hardouin, Henri dAstier
de la Vigerie, lieutenant-colonel Van Hecke, et Robert Murphy, consul
général des États-Unis à Alger, complotaient
pour mettre en place en Algérie, sous légide des Américains,
un pouvoir placé sous les ordres du général Giraud.
Cest au cours dune conversation captée dans lun
des salons de lhôtel Albert-Ier que lattention de lopérateur
fut attirée, car les propos échangés navaient
plus rien dun tendre duo. Le lendemain, le téléphone
de la belle était mis sur écoute normale. Quinze jours plus
tard, le C.E. possédait suffisamment déléments
pour intervenir discrètement. On peut sinterroger sur les
prolongements que cette affaire aurait pu avoir, notamment dans le cadre
de lopération « Torch» (Débarquement
allié en A.F.N), si le dispositif du Central protégé
navait pas joué son rôle.
Dautres cas de trahison ou de compromission furent dévoilés
par les écoutes, notamment celui dun double jeu, subtil et
compliqué, mené par un collaborateur de lamiral Bonetti,
membre apparemment zélé de lO.V.R.A., qui devait finir
par perdre brutalement la vie au cours de cette partie truquée
quil avait engagée.
Certains rapports découtes eurent des conséquences
inattendues, tel celui qui révéla lexistence dun
cercle de jeux clandestin qui réunissait plusieurs fois par semaine
des hommes daffaires, mais aussi des officiers allemands, italiens,
français et américains du service consulaire de Murphy ;
tout ce beau monde fraternisant dans lambiance fiévreuse
et enfumée dun salon particulier ! Pour y mettre fin, le
C.E. fit intervenir, sous le couvert dune dénonciation anonyme,
le commissaire de police Achiary. Grâce à cette source exceptionnelle,
il put également être mis fin à un scandaleux trafic
de tissus et de vaisselle, devenus introuvables en Algérie, dans
lequel étaient compromis des fonctionnaires importants acoquinés
avec certains membres des commissions darmistice. Mais cest
évidemment sur le plan politique et militaire que les informations
recueillies au Central protégé saffirmèrent
les plus précieuses. Plus de 500 renseignements vitaux furent fournis
par les écoutes microphoniques entre octobre 1941 et septembre
1942, dont, on la vu, le code des transmissions de la Marine italienne,
et les lieux dimplantation des antennes de lAbwehr en A.F.N.
et en zone sud dans la métropole. Et cest finalement limportance
de ces fuites qui alerta les services de lAusland-Abwehr à
Berlin.
Cest à partir de juin 1942 quil devint évident
aux responsables allemands de la section III C du Contre-espionnage que
leur commission darmistice dAlger nétait plus
sûre. Ils montèrent donc une opération-test dans le
but de vérifier leurs craintes. Leur représentant sur place,
le capitaine Von Gagern, paraissant au-dessus de tous soupçons,
il leur fallait éprouver les autres membres de leur mission en
poste dans la Ville Blanche. Ce contrôle, doublé dune
enquête individuelle serrée sur chacun deux, ne donna
rien. La disparition, ou lélimination par identification,
des agents envoyés sur place et annoncés par le code habituel
signifiait pourtant que leurs desseins étaient chaque fois percés
à jour. Un conseil de spécialistes émit, après
un minutieux examen des faits, lhypothèse dun espionnage
par micros. Alerté par un câble codé, Von Gagern fut
prié de passer au peigne fin les locaux de travail et les appartements
privés. Sa réponse, huit jours plus tard, désola
les chefs de la III C, il navait rien trouvé. Curieusement,
cest presque par hasard que les Allemands furent aiguillés
dans la bonne direction : un employé du chiffre apporta un beau
matin une revue étrangère qui relatait la visite dun
ambassadeur soviétique à une personnalité politique
dun autre État, et larticle signalait le geste de ce
diplomate qui, préalablement à lentretien, couvrit
lappareil téléphonique de son manteau en disant :
« On peut nous écouter par là ! »
Ce reportage banal fut une révélation pour les responsables
allemands qui sempressèrent denjoindre à Von
Gagern de « surveiller » ses postes téléphoniques.
Dans un premier temps, celui-ci se contenta, afin de toujours pouvoir
utiliser son appareil, de « coiffer » le microphone du combiné
dune calotte de caoutchouc quil retirait pour téléphoner.
Au central protégé, les écoutes devinrent plus sourdes
sur la ligne désservante, mais laudition resta acceptable.
Cependant, décidés à tout mettre en uvre pour
juguler les fuites, les chefs de la branche III C de lAbwehr finirent
par se décider à envoyer à Alger une équipe
de techniciens de la Siemens Halsk. Ayant transité par le Maroc,
ceux-ci ne parvinrent sur place quau début du mois de septembre.
Les opérateurs de Le Capelain furent parmi les premiers informés
de cette visite ; un secrétaire du consulat ayant cru bon den
faire état dans une conversation banale avec deux de ses collègues.
Il ne fallut bien évidemment que quelques heures aux ingénieurs
allemands pour déceler lanomalie présentée
par les micros des appareils. Mais, fait extraordinaire, ils ne vérifièrent
que les postes des bureaux et appartements de lhôtel dAngleterre,
sans se préoccuper de ceux du consulat ! Cette attitude laisse
supposer quils accordaient toute confiance au personnel qui se portait
lui-même garant de linviolabilité du lieu, et quils
ne soupçonnaient pas les agents des P.T.T. (Mergny et Rebau dingo)
qui avaient procédé à linstallation et en assuraient
lentretien. Quoi quil en soit, pressés semble-t-il
daller poursuivre leur tâche en Tunisie, ils ne menèrent
pas plus loin leurs investigations.
Pour Von Gagern, soulagé par léclaircissement du mystère
des fuites, restait à déterminer à qui cet espionnage
subtil profitait et, partant de là, quels en étaient les
auteurs.
Cependant, pour mener à bien son enquête, son champ daction
était réduit. Ne disposant pas, ou de très peu, dinformateurs
locaux on a vu que presque tous les agents envoyés furent
interceptés, grâce aux écoutes, par les hommes de
Paillote , contraint de cantonner ses agissements dans le cadre
étroit de ses attributions officielles qui devaient respecter lapparente
souveraineté du gouvernement de Vichy, il dut en passer par la
voie diplomatique et adresser à son interlocuteur patenté
la commission française darmistice une réclamation
en bonne et due forme. Celle-ci parvint au général Merlin
qui désigna aussitôt le capitaine Flambard, des Transmissions,
pour le représenter. On ne pouvait faire meilleur choix, puisque
ce dernier, en tant quadjoint du commandant Guérin, qui,
comme on la vu plus haut, dirigeait ce service, était parfaitement
au courant du dispositif découtes !
Le 28 septembre 1942, sur linitiative de la commission darmistice
italo-allemande, une réunion se tient à lhôtel
dAngleterre. Sont présents : dune part, lAmiral
Saiza, le capitaine Von Gagern, et le lieutenant de vaisseau Forési
; de lautre : le capitaine Flambard, le capitaine interprète
Lucioni, et pour représenter ladministration des P.T.T. :
MM. La Maïda et Pettenati.
Dentrée, Von Gagern se plaint dêtre victime dun
« espionnage auditif » affectant les locaux à usage
de bureaux, ainsi que certains appartements privés. LAmiral
Saiza, pour les Italiens, formule la même réclamation. Tous
les deux insistent sur le fait que ces « indiscrétions »
sont dues à des appareils téléphoniques truqués
qui permettent denregistrer les conversations même lorsque
les combinés sont raccrochés.
Bien entendu, Flambard montre son étonnement, et déclare
hautement que si ces faits sont confirmés ils ne peuvent être
imputés à la commission darmistice française,
ce qui est effectivement vrai. Interrogés par lofficier des
Transmissions, La Maïda et Pettenati se montrent catégoriques
: une telle modification intervenant sur les postes aurait provoqué
de graves incidents de fonctionnement sur les lignes et se serait répercutée
au Central de la rue dIsly. Ils proposent à leurs interlocuteurs
de vérifier eux-mêmes les installations. À ce moment,
le lieutenant de Vaisseau Forési sort de sa serviette un schéma
de câblage relatif à lun des appareils en service dans
son bureau et il en démontre lanomalie. Henri Pettenati lexamine
attentivement et fait répondre par linterprète
« Il est évident que le schéma tel quil
est présenté ici comporte une irrégularité.
Sil a été relevé sans erreur, il ne fait aucun
doute que le câblage du poste observé nest pas correct.
»
Monsieur La Maïda ajoute de son côté « quen
fonction du manque de personnel qualifié, les femmes actuellement
affectées au montage des postes en service ont pu commettre certaines
erreurs ». Il propose donc que les appareils douteux soient remplacés,
et renvoyés aux ateliers pour examen approfondi. Puis il indique,
après avoir brièvement exposé les principes de fonctionnement,
quelles sont les tensions utilisées. Le lieutenant de Vaisseau
Forési reconnaît que ces valeurs sont bien conformes à
celles mesurées par les techniciens de la Siemens Halsk, mais,
tout en prétendant ne pas y connaître grand-chose, il sétonne
que les micros modifiés naient pas provoqué dincidents
sur les appels en batterie centrale ou automatique ! Henri Pettenati répond
qu « il ne comprend vraiment pas non plus, ce cas ne sétant
jamais présenté à sa connaissance et quil serait
plutôt porté à douter de lexactitude du schéma
relevé ».
Après une courte discussion, il est alors convenu que des essais
devront être effectués au plus tôt avec un haut-parleur
pour constater la possibilité découte de chacun des
appareils en service à lhôtel dAngleterre, à
lhôtel Albert-Ier, à la villa-résidence de lAmiral
Saiza et au Consulat italien de la rue Charras.
On note quil nest pas question de lhôtel Aletti,
ni du Consulat allemand ; ce qui prouve bien que pour ce dernier Von Gagern
nimagine même pas quil ait pu être espionné.
On retrouve là une forme daveuglement souvent manifestée
par les Allemands pour ce qui appartient exclusivement à leur domaine.
Ils conçoivent bien que de tels faits se produisent dans un lieu
échappant à leur contrôle, mais se refusent à
les admettre comme possible dans les sphères placées en
totalité sous leur autorité.
Le capitaine Flambard établit alors le procès-verbal de
la réunion, et les participants se séparent après
avoir pris date pour une nouvelle séance au cours de laquelle il
sera procédé aux essais de tous les postes.
Pendant que ce premier colloque de lenquête se déroulait
à lhôtel dAngleterre, M. Escande prenait ses
dispositions, sur instructions du commandant Le Capelain qui craignait
une visite des Commissions dArmistice au Central protégé,
pour effacer toutes traces du dispositif. Laprès-midi même,
et toute la nuit, une équipe placée sous les ordres de lingénieur
Lacroze sempressa de démonter les installations.
Celles-ci furent remises en place dans un local désaffecté
situé rue Généraux Morris, donc en un lieu pas très
éloigné du Central protégé. Ce déménagement,
réalisé en si peu de temps, fut un véritable tour
de force.
Le 29 septembre au matin, rien ne subsistait de lappareillage qui
avait si bien fonctionné pendant de longs mois, mais il pouvait
redevenir rapidement opérationnel si besoin était. Par prudence,
Le Capelain ne le remit pas en service, alors quil était
toujours possible dintercepter les conversations du Consulat allemand.
Deux jours après, les mêmes protagonistes se retrouvent à
lhôtel dAngleterre. Les premiers essais commencent,
effectués par Mergny, requis comme exécutant, et en présence
bien entendu des officiers de chaque commission. Suivant les instructions
qui lui ont été données préalablement par
Henri Pettenati, Mergny utilise les amplificateurs de telle façon
quun effet de couplage Larsen provoque un hurlement intense démontrant
évidemment lanomalie du poste examiné, mais interdisant
également dentendre la moindre parole intelligible. Pettenati
le fait constater à ses interlocuteurs assez surpris, et, sans
insister davantage, enjoint à son compère de remplacer lappareil
défectueux. La même scène va se répéter
dans plusieurs pièces ; tant et si bien quau onzième
contrôle la surveillance hostile et méfiante du début
se relâche. Ces messieurs préfèrent rester dans lun
des salons où, enfouis dans de profonds fauteuils, ils savourent
leurs cigares tout en évoquant le déroulement des opérations
sur le front de lEst ; seul un sous-officier appelé en renfort
suit le travail des postiers. Cette négligence va permettre à
Mergny, tandis que Pettenati détourne lattention de lAllemand,
de démonter plusieurs postes sans les avoir essayés, et
ainsi il ne pourra plus être prouvé que tous les appareils
étaient truqués ! Lingénieur des P.T.T. feindra
de déplorer la hâte de son subordonné, mais elle nentraînera
aucune réaction du sous-officier du Reich qui signera sans objections
le procès-verbal établi à la fin de la journée.
Cependant, Von Gagern va veiller par la suite, au cours des autres séances
dessais, à ce que tous les postes soient contrôlés.
Quelques controverses surgiront dailleurs au moment de la signature
du rapport contradictoire final ; Allemands et Italiens voulant quil
soit précisé que tous les appareils ont été
vérifiés, ce que refuse Henri Pettenati soutenu par Flambard.
Finalement, après de longues discussions, les deux parties demeurèrent
sur leurs positions, laissant aux Commissions italo-allemande et française
le soin de rédiger un texte daccord. Traitée par correspondance
officielle et retardée par les Français qui firent traîner
laffaire, la signature définitive neut jamais lieu
car le 8 novembre 1942 lopération « Torch » commençait.
Les Alliés prenaient pied en A.F.N. Quelques jours plus tard, lAlgérie
rentrait dans le camp de la liberté.
De lavis même des plus hauts responsables des services secrets
français et alliés, les écoutes microphoniques dAlger
jouèrent un rôle déterminant dans la guerre du renseignement.
Les Allemands eux-mêmes, et Canaris le premier, admirent que lorganisation
mise en place par Chrétien et Le Capelain, sous les ordres de Paillole,
leur porta un grave préjudice. Ils reconnurent sêtre
grossièrement trompés en mésestimant les capacités
du S.R. français et principalement celles de ses antennes T.R.
en A.F.N.
Lorsque les écoutes furent découvertes, ils en imputèrent
la réalisation aux Alliés, et principalement à lI.S.
Cest pourquoi leurs représentants à Alger ne sintéressèrent
guère, en tout cas pas en profondeur, aux agissements des postiers,
pourtant les plus aptes à monter une telle opération. Cette
erreur dappréciation coûta fort cher aux forces de
lAxe au moment du débarquement anglo-américain sur
les côtes marocaines et oranaises, de même quelle leur
fut fort préjudiciable dans la bataille souterraine des S.R., car
leurs ennemis détenaient, grâce aux écoutes, bien
des renseignements qui, se juxtaposant, allaient démanteler en
partie une organisation patiemment mise en place depuis des années.
Il serait faux de dire que cette erreur de lAbwehr fut la cause
de la disgrâce de Canaris, mais il serait pareillement inexact de
prétendre quelle ny contribua pas.
Ce quil faut retenir de cette affaire, très peu connue, des
écoutes microphoniques dAlger, cest le rôle essentiel,
déterminant, joué par une poignée dhommes,
par une équipe de postiers, qui nhésitèrent
pas à sengager dans une partie difficile et dangereuse dont
les conséquences étaient imprévisibles. Dans latmosphère
pétainiste qui régnait en 1941-42 en Algérie, alors
que la puissance de lAxe se manifestait partout, il fallait placer
bien haut le sens du patriotisme et de lhonneur pour affronter les
risques dune activité clandestine en faveur des Alliés
et de la France libre. Le travail accompli par les techniciens des P.T.T.
dAlger, travail obscur, délicat et ingrat qui réclamait
non seulement du courage, mais aussi un formidable effort de recherche
et dimagination, appartient indiscutablement à lhistoire
de la lutte clandestine et sinscrit en bonne place dans lépopée
de la Résistance. Pourtant, aucun de ceux qui lassurèrent
na obtenu la plus petite médaille de reconnaissance. Seules,
quelques lettres de félicitations de chefs dÉtat-Major
témoignent de la valeur dun comportement discret certes,
mais particulièrement efficace.
Les liaisons numériques et analogiques
:
Dans le cas dune société avec un raccordement numérique
en RNIS sur son PABX, il ne sera pas possible de se raccorder sur la liaison
venant du central public, avec des moyens aussi faibles que précédemment.
Si un particulier a demandé une ligne RNIS, une interface S0, là
aussi, il ny a quun électronicien performant qui pourra
intercepter la communication. Un piratage de ce type nécessite
des équipements dun coût très dissuasif. Pour
les grosses sociétés, la partie sensible se situe donc entre
la PABX et la prise murale à la condition que labonné
utilise un poste analogique. Le piratage ne pourra être réalisé
quà lintérieur de la société ou
de limmeuble. On retrouvera donc la solution des sucres, des bretelles,
ou des magnétophones dissimulés dans des gaines ou cabines
techniques avec les mêmes inconvénients que précédemment.
Cette possibilité, bien que délicate, reste à la
portée des personnes pouvant rentrer régulièrement
dans un immeuble, dans le cas dun enregistreur. Pour ce qui est
du sucre, il suffit dy entrer une seule fois pour toutes et de linstaller.
Ce genre dopération est réalisée dans un faux
plafond, une gaine technique, ou un endroit discret, ne subissant jamais
la moindre visite technique. Les méthodes de détection,
sont les mêmes que précédemment, détection
dune haute fréquence résiduelle, dun défaut
dimpédance, dun affaiblissement anormal sur la ligne.
Pour contrer ces procédés, le responsable des installations
techniques doit veiller à ce que les gaines et les salles soient
fermées à clef. Les chemins de câbles doivent être
propres et ne comporter que les câbles de communication, dun
même type si possible, afin de permettre le repérage dun
nouveau câble, qui ne serait pas destiné à une utilisation
normale des systèmes de la société. Il ne doit y
avoir aucune épissure sur lun deux. Cest toujours
à lendroit des boîtes de jonctions, que les risques
existent.
Laffaire du Canard Enchaîné
Le 3 décembre 1973 au soir, un dessinateur et administrateur du
journal passe devant le futur siège du Canard Enchaîné,
au 173 rue St Honoré. Il aperçoit de la lumière et
décide daller voir quel journaliste fait du zèle dans
cet immeuble pas encore fini, à cette heure tardive.
Il surprend alors plusieurs hommes occupés à « sonoriser
» les futurs locaux du journal. Ces derniers sempressent de
prendre la fuite, mais le mal est fait.
Le Canard va alors mettre à jour lopération Palmes,
commanditée par la DST. Le journal va publier comme à son
habitude un certain nombre de détails croustillants (nom de la
division de la DST, nom de la section technique qui sest chargée
des écoutes, noms et prénoms des commissaires et inspecteurs
chargés de cette opération).
Le procès qui a suivi cette affaire mériterait à
lui seul un livre :
Le Canard dépose une plainte pour « atteinte à la
vie privée » et « violation de domicile ».
Fin décembre 1976, le juge dinstruction déclare
un « non-lieu » ... Ils nont tout dabord pas retrouvé
les auteurs de leffraction. De plus, le bureau étant alors
inoccupé il ny avait pas à proprement parler de «
domicile » et les conversations qui auraient pu sy tenir ne
pouvaient être que « professionnelles et non privées
» (sic).
Le Canard fait appel de cette décision, mais, en juillet
1977, la Cour dAppel confirme le premier jugement.
Le Canard se pourvoit alors en Cassation. La Cour de Cassation
casse alors larrêt de la cour dAppel pour un vice de
forme dans le dossier.
Le dossier est donc renvoyé devant la Cour dAppel
dAmiens, qui estime quil y prescription sur les faits.
Un ultime pourvoi en Cassation viendra clore ce dossier brûlant
en février 1980.
On ne peut sempêcher de se poser des questions sur lindépendance
des magistrats de lépoque ...
Les écoutes étaient vraisemblablement luvre
de la DST, qui en avait marre de ce palmipède qui semblait avoir
des informateurs dans les plus hautes sphères de lÉtat.
Mais une fois de plus, il semble que le pouvoir en place ait réussi
à étouffer plus ou moins bien cette affaire.
Depuis cet épisode, ladministration du Canard enchaîné
a laissé une plaque commémorative dans ses locaux à
lendroit où les agents avaient percé un mur pour y
installer leurs équipements. Elle serait même devenue lieu
touristique...
Laffaire des « plombiers » ou Watergaffe (comme on lavait
surnommée à lépoque), par son retentissement,
a indirectement conduit le Premier ministre, Pierre Messmer et le président
de la République, Georges Pompidou, deux mois et demi après
les faits, à permuter les ministres de lIntérieur
et de lAgriculture lors de la formation du troisième gouvernement
de Pierre Messmer, le 1er mars 1974 : Raymond Marcellin, jusque-là
ministre de lIntérieur et ayant la tutelle de la DST, a ainsi
échangé son poste avec celui de Jacques Chirac, ministre
de lAgriculture et du Développement rural. Larrivée
de Jacques Chirac au ministère de lIntérieur a eu
un effet non négligeable dans la campagne pour lélection
à la présidence de la République du successeur de
Georges Pompidou, décédé le 2 avril 1974, laffaire
des plombiers devenant ainsi, parmi dautres, lun des éléments
qui ont contribué à la victoire de Valéry Giscard
dEstaing lors de lélection présidentielle de
1974.
Liaison numérique / numérique :
Dans le cas dune liaison numérique de bout en bout, le piratage
à peu de frais devient impossible si à la place dun
poste analogique on installe un poste numérique. Chaque constructeur
de PABX dispose de sa propre signalisation pour alimenter ses postes téléphoniques
numériques. Ils ne sont donc pas interchangeables. Un professionnel
des écoutes sera contraint de réaliser un adaptateur spécifique
sil veut écouter à distance un poste numérique.
La solution la moins coûteuse et la moins compliquée techniquement
consiste par exemple à remplacer le combiné dorigine
du poste numérique du constructeur par un autre combiné
qui lui, aura été trafiqué à lavance
en y incorporant un sucre émetteur. Nous allons donc retrouver
les mêmes inconvénients que cité plus haut.
Si laccès est impossible au poste souhaité, il ne
reste plus quune connexion pirate sur la ligne RNIS en amont du
TNL qui contient les MIC du PABX. On ne peut croire à cette solution
pour diverses raisons. En plus dêtre coûteuse, plusieurs
centaines de milliers de francs, ce type de matériel nécessaire
est peu discret et nécessite un emplacement sûr pour son
camouflage et à labri des intempéries. Il est aussi
nécessaire de disposer de très bonnes connaissances techniques.
Dans ce cas, ce matériel est immédiatement repéré.
Je ne vois pas de professionnels des écoutes illégales installer
un matériel aussi volumineux et coûteux dans les souterrains
ou une cabine de sous-répartition. Léquipement en
plus doit être de qualité et raccordé en très
haute impédance. Toutes dégradations de ligne entraînent
des erreurs qui seraient immédiatement détectées
par le central et même lutilisateur. Des appareils comme les
analyseurs dont le bas de gamme commence à 40 000 F ne permettent
découter quun seul IT (canal), alors quun MIC
en comporte 30. En plus, un abonné derrière un PABX nutilise
jamais le même IT, il faut donc enregistrer les 30. En clair, même
en 95, un équipement sophistiqué avec enregistrement des
30 canaux ne pouvait pas coûter moins de 200 KF et encore en faisant
preuve dingéniosité. Aujourdhui, même
si on sait se connecter sur la liaison à peu de frais, il reste
toute la partie traitement à réaliser derrière, pour
sélectionner et écouter les conversations nécessaires.
Avec un autre surcoût, on peut prendre un analyseur de protocole
de lIT16 de signalisation, qui permet denregistrer labonné
après détection de son numéro sur nimporte
quel IT. Il faut en plus être certain quil utilise toujours
le même poste. Il faut donc être n bon ingénieur, compter
de 30 à 50 KF, et développer son propre logiciel pour faire
une interception efficace sur un MIC T2.
On ne peut donc croire à ce type découtes illégales
sur les installations des grosses sociétés. Même une
liaison pour une écoute légale ou illégale réalisée
par un service officiel sur un MIC, peut entraîner des perturbations.
Pour les gros sites dépassant les 4 MIC, il est possible de demander
un raccordement sur un ROF sil y en a un de disponible dans le quartier.
Il sagit dun raccordement en fibre optique. Les spécialistes
comprendront ici quil nest plus question de faire un branchement
pirate avec une épissure dans ce type câble, car cest
impossible. Avec une solution en ROF, une écoute ne peut seffectuer
quau niveau du central (CPE).
Écoutes téléphoniques sauvages par les fonctions
soft
Ces méthodes sont encore plus vicieuses, car non détectables.
Écoute par la fonction de décroché automatique
:
Cest une autre méthode moins connue, qui peut permettre de
faire des écoutes illégales à lintérieur
dun local en toute discrétion, en intervenant par le biais
dune programmation. Il ny a aucune intervention physique comme
le câblage dune bretelle sur une ligne. Cette fonction est
inutilisable avec des postes téléphoniques simples sur tous
les types de PABX. Par contre, on peut programmer cette fonction sur certains
calculateurs, pour que des postes numériques décrochent
automatiquement et se mettent en mode mains libres tout seul, au bout
dun nombre de sonneries défini. Ce moyen est dangereux, car
il permet une écoute insidieuse à lintérieur
dun bureau. Il est possible daffecter un autre numéro
de ligne sur une touche de fonction inutilisée dun poste
numérique. Cette méthode a lavantage de permettre
à la ligne de lutilisateur de rester disponible pour ses
appels extérieurs et il ne peut donc détecter la supercherie.
Il nest pas impossible que des pirates, des officines non autorisées,
ou même des services de renseignements étrangers, tentent
ou utilisent cette fonction à linsu des utilisateurs. Il
ne faut pas oublier que des systèmes téléphoniques
complexes ont une origine étrangère. On ne peut connaître
la totalité de toutes les fonctions disponibles même pour
les meilleurs techniciens. Pour cela, il faut des ingénieurs systèmes
capables déplucher les programmes des calculateurs. Plus
les systèmes sont complexes, plus ils sont dangereux, car moins
facile à maîtriser. Seule une quantité limitée
dingénieurs des constructeurs respectifs connaissent la totalité
des fonctions disponibles, pour avoir participé à la réalisation
des programmes. Rien ne peut garantir à un utilisateur que ce type
de fonction nexiste pas sur les postes numériques RNIS, ou
quun jour, un pirate, un service de renseignement étranger
trouvera une parade pour déclencher le poste et espionner en toute
impunité sur nimporte quel type de système. Doù
la nécessité de système dobservation de trafic
pour les appels entrant sur une société. La taxation dans
ce cas précis ne sert à rien puisque les appels entrants
ne sont pas facturés, puisque cela ne se réalise que sur
des appels sortants. Il faudrait être inconscient pour affirmer
à 100 %, que ce moyen nexiste pas sur les systèmes
présents sur le marché. Cette fonction peut autoriser lécoute
des conversations des syndicalistes, sils sont dans une salle réunion
dotée dun poste numérique.
Écoute téléphonique par la fonction conférence
:
La fonction conférence permet normalement à plus de deux
interlocuteurs de dialoguer sur une même ligne. Lappelant
compose les numéros de ses (x)correspondants et appuie sur la touche
conférence afin de permettre le dialogue dans tous les sens à
travers le téléphone, donc le PABX de son site.
Un technicien de bon niveau par diverses astuces peut déclencher
cette fonction sur certains PABX afin de réorienter la communication
entre deux interlocuteurs ou plus, vers une autre ligne afin de réaliser
une écoute ou un enregistrement pirate. Ce moyen est possible sur
les postes numériques, mais aussi analogiques, et à condition
que le PABX dispose dassez de cartes électroniques dotées
de circuits conférence. Sur certains PABX, le calculateur est capable
de faire appel aux circuits conférence disponibles dans tous les
châssis, si le châssis du poste demandeur na plus de
circuit disponible. Un utilisateur ne peut donc découvrir lanomalie.
Par contre, dautres systèmes imposent la limite de 2 ou 5
correspondants par (x)demandeurs dans un châssis. Dans ce cas, lors
dessais en faisant plusieurs appels simultanés, il est possible
de découvrir la supercherie.
Ce moyen peut se repérer assez vite par lexploitant de linstallation
contrairement au cas précédent.
Si la conversation est réémise simultanément sur
une deuxième ligne parallèlement à celle du demandeur,
nous aurons une double trace sur le système de taxation téléphonique,
avec une date et une heure dappel identique à chaque fois
sur deux lignes différentes. Ce procédé peut cependant
passer inaperçu, si lauteur a pris la précaution dintervenir
sur le filtrage des tickets de taxation du PABX, ou sur le système
externe de taxation téléphonique. Il est rare que lon
arrive un tel point de sophistication dans le piratage soft. Il est en
effet plus facile de mettre une bretelle. Il est aussi possible de réorienter
lappel par ce biais vers un enregistreur magnétique, raccordé
sur une ligne analogique interne à la salle PABX. Là, nous
sommes dans le cas où le PDG de la société fait écouter
et enregistrer les communications de ses salariés.
Il faut savoir que très souvent, les communications des salles
de marchés des grandes banques ou bourses, sont enregistrées
afin de limiter ou dempêcher les malversations.
Écoute par la fonction double appel :
La fonction double appel, connue par les utilisateurs sous la touche R2,
permet aussi de réaliser des écoutes illégales. Dans
la réalité tout dépend des fonctions disponibles
dans les logiciels des calculateurs des PABX, et même des bugs logiciels
inconnus de leurs concepteurs, qui peuvent permettre, par laddition
dastuces successives, de faire une écoute illégale,
par le biais dune programmation pirate par la voie de la télémaintenance.
Le principe est en effet le même que précédemment,
mais inverse. Au lieu davoir un appelant qui appelle sur deux lignes
deux correspondants extérieurs, nous avons ici deux personnes extérieures
qui vous appellent lune après lautre. Il y a donc deux
lignes au niveau du central, si lune a été programmée
pour permettre une écoute illégale, vous ne pourrez jamais
prendre le deuxième interlocuteur.
Écoute par fonction priorité dappels vers lextérieur
:
Un procédé permet de rendre un poste prioritaire comme celui
des exploitants techniques ou des directeurs par exemple, pour appeler
lextérieur, lorsque toutes les lignes réseau sont
occupées. Il suffit pour cela de déclarer les postes concernées
en prioritaires. Ils prendront automatiquement une ligne extérieure,
et couperont les communications en cours des postes non prioritaires.
Cependant, ce procédé présente un risque. Il permet
aussi découter une communication en cours à linsu
des deux interlocuteurs. Cette fonction nest pas à installer
par exemple dans un immeuble qui utilise le même PABX pour plusieurs
sociétés. Cet inconvénient peut provenir dun
bug logiciel, mais peut être aussi volontaire pour prévenir
les personnes en communication, quon va les couper pour récupérer
leur ligne. Cette fonction se retrouve le plus souvent sur le poste opérateur
de la standardiste ou des exploitants, afin quils puissent appeler
lextérieur en cas durgence, effondrement dun
réseau pour cause de surcharge, incendie, panne électrique,
etc. Cest ce qui permet aussi à certaines standardistes découter
les conversations internes des salariés, des cadres de direction
et PDG.
Affaires contemporaines découtes téléphoniques
:
Un roman-feuilleton policier à laméricaine laffaire
du Watergate est le plus grave scandale politique quaient jamais
connu les États-Unis.
Il contraignit le président en place à démissionner,
et modifia pour longtemps les rapports dinfluence entre le président
et le Congrès, tout comme le prestige attaché à linstitution.
Jamais une affaire policière navait eu de telles répercussions
à léchelle de la politique intérieure. Et pourtant,
tout avait commencé comme une « tentative de cambriolage
de troisième ordre » (selon un porte-parole de la Maison
Blanche)...
En effet, le 17 juin 1972, à une heure du matin, le gardien de
limmeuble du siège du Parti démocrate, le Watergate,
fait sa ronde de nuit. Il remarque que deux portes, quil avait pris
soin de fermer quelques temps auparavant, ont été forcées.
La police, discrètement alertée, saisit cinq hommes en flagrant
délit dans les locaux du parti. Une banale arrestation.
Banale ? Pas si sûr. À y regarder de plus près, ces
cinq cambrioleurs ne ressemblent guère à des cambrioleurs
ordinaires. On trouve sur eux de largent liquide leur appartenant,
un impressionnant arsenal de matériel électronique découte
et despionnage, qui les fait plus ressembler à des agents
secrets quà des voleurs.
Tout de suite se pose la question : doù cet argent vient-il
? Flairant le scoop, deux journalistes du Washington Post, Carl Bernstein
et Bob Woodward, vont mener tambour battant une enquête qui va très
rapidement les amener jusquau CRP (Comité pour la Réélection
du Président), et, par delà cet organisme écran,
le proche entourage de Nixon. De son côté, lenquête
judiciaire met rapidement en lumière le rôle occulte joué
par la CIA, ainsi que ses collusions avec le CRP. Cest alors que
les têtes commencent à tomber. Un homme de main, Hunt, puis
le président du CRP, parti « soccuper de sa famille
». Mais bien dautres questions restent sans réponse.
La plus importante dabord, pourquoi les cinq hommes se sont-ils
introduits dans le quartier général du Parti démocrate
? Pour poser des micros, semble-t-il, mais au profit de qui ? Pour voler
des documents, peut-être, mais lesquels ? Ah ! si du moins lon
connaissait le nom du responsable de lopération, de celui
qui a donné le feu vert...
De son côté, le 22 juin, le président Nixon a fait
une déclaration publique : « La Maison Blanche na aucune
part dans cet incident précis ». Et lintérêt
pour laffaire saffaiblit lentement. Rien de sensationnel à
annoncer ou à lire dans ce magouillage politicien. Un relent qui
se dégage de la vie politique, rien de plus. Mais le Washington
Post, influent, bien informé, empêche que le scandale soit
étouffé. Il révèle que des sommes colossales
ont été blanchies par le CRP pour soutenir tout un tas dactions
à la légalité plus que douteuse.
Le Watergate, cest déjà en 1972 un scandale qui souligne
le financement parfois illégal de la campagne électorale
des républicains.
Cependant, lélection présidentielle est un véritable
triomphe pour Nixon. Il en conclut que sa victoire vient de balayer le
dernier souffle du scandale et les dernières semaines de 1972 lui
donnent raison.
Le réveil de 1973 nen est que plus brutal.
Cest le 8 janvier que souvre le procès des cinq «
plombiers » du Watergate, plus deux de leurs commanditaires. Lun
deux, McCord, cède sous la pression et les activités
illicites du CRP apparaissent au grand jour. Le juge Sirica reporte la
sentence de McCord en espérant que les choses vont se calmer et
les langues se délier, mais voilà que le Congrès
sen mêle. En janvier, le chef de la majorité démocrate
confié au sénateur Sam Erwin la présidence dune
commission spéciale denquête sur la campagne présidentielle.
Mais avant même le début de ses travaux, le bruit du scandale
commence à remonter jusquaux proches du président.
De rebondissement en rebondissement, le Watergate se présente comme
la révélation de pratiques gouvernementales qui, en utilisant
labus de pouvoir, ne visent ni plus ni moins quà saper
les fondements du régime démocratique.
Cest lheure du grand chambardement. Nixon décide enfin
dagir. Le 30 avril, il prononce une allocution télévisée
pour faire savoir que ses plus proches collaborateurs, Dean, Ehrlichman
et Haldeman démissionnent. Ceci a pour effet de leur coller létiquette
de coupable sur le dos. Sils sont responsables, il est innocent.
Le reste nest que manipulation de lopinion. Mais ce sacrifice
reste vain.
Car, de son côté, la commission Erwin va de surprise en surprise.
Son rôle est déterminant, mais il faut en saisir les limites.
Le Congrès peut créer, à sa guise, des commissions
denquête, les doter de crédits de fonctionnement et
les transformer ou non en commissions permanentes. Il arrive quelles
reçoivent le droit de subpoena , le droit de réquisition
judiciaire qui les autorise à faire comparaître des témoins.
Subpoena : une Citation, cest « une commande dapparaître
à un certains temps et endroit pour donner le témoignage
sur une certaine question.
En ce cas, les témoins déposent sous la foi du serment et
sont susceptibles, sils mentent, dêtre inculpés
pour faux témoignage.
Ces commissions ne sont cependant pas des tribunaux. Elles ne jugent pas
et ne condamnent pas.
Mais elles sont redoutables et redoutées. Dans le passé,
elles ont servi à débusquer les gaspillages du gouvernement
fédéral, les réseaux de gangstérisme, les
infiltrations communistes. Leur puissance fait dautant plus peur
que leur composition repose sur des fondements politiques. Leurs auditions
étant télévisées, les Américains ont
ainsi limpression quils participent au fonctionnement de la
démocratie. Et force est dadmettre que le spectacle les passionne.
Les chaînes alternent retransmissions et commentaires sans regarder
sur le temps dantenne. La commission entend des témoins tout
à fait inattendus.
Assistants auprès du président, anciens membres du cabinet,
responsables des services de renseignement, animateurs du CRP... Leur
fidélité à Nixon ne fait aucun doute. Mais lheure
nest plus à lhéroïsme. Il faut parler,
sous peine dêtre contredit par le suivant et poursuivi pour
faux témoignage. En un mot, cest le sauve-qui-peut général.
Le témoignage de Dean est accablant, mais il est contredit par
Ehrlichman, et les preuves irréfutables manquent.
Et le miracle finit par se produire. Alors quelle interroge un des
collaborateurs de Haldeman, la commission lui produit une note transmise
par les services du président, sur une conversation avec Dean.
La note est précise, trop précise pour être un résumé.
Et le collaborateur, dune voix calme, dannoncer que la conversation
est extraite dun enregistrement. Dun enregistrement ? Oui,
le président enregistre tous ses entretiens à linsu
de ses interlocuteurs. Le système est complexe. Les bandes magnétiques
se mettent en route dès que les voix sont audibles. Pas de bouton
à pousser, pas de levier à actionner. Émotion.
« Nixon espionnait ses propres bureaux », titre le New York
Times. Les Américains découvrent que leur président
espionne, dissimule, ne cesse de mentir.
À la vérité, le contenu des bandes devrait faire
progresser lenquête. On saura enfin ce que Nixon a appris,
dit et ordonné depuis plus dun an. Cest pourquoi la
commission sénatoriale et le procureur ont demandé immédiatement
quun certain nombre de bandes leur soit communiquées. Nixon
hésite sur la conduite à tenir. Il ne peut plus détruire
ces bandes. Faut-il les donner au Sénat et à la Justice
? Non, car lExécutif na pas à livrer au Législatif
des documents confidentiels qui touchent la sécurité nationale.
La Maison Blanche fait traîner la procédure, au point que
lAttorney General (équivalent du juge dinstruction)
et le procureur spécialement mis en place démissionnent.
Les journalistes sempressent de trouver une expression qui fait
mouche : « le massacre du samedi soir ».
La réaction des médias frise lhystérie. On
parle dApocalypse, de coup dÉtat, on parle de «
la nuit des longs couteaux ». Impossible pour la Maison Blanche
de dissimuler davantage. Lopinion en a assez des mensonges, elle
veut savoir.
Pour peaufiner le tableau, le vice-président, Spiro Agnew, a été
contraint de démissionner, par trop mouillé dans une aff
aire de corruption.
Et cest alors que le Sénat met en route une procédure
mal connue, mais qui va faire parler delle, et qui constitue son
atout majeur dans le contrôle du Législatif sur lExécutif
: la procédure dImpeachment. Elle a été
déclenchée le 31 juillet 1973 par un représentant,
mais est restée sans effet.
Lorsque se posa aux constituants américains
la délicate question du contrôle des diverses responsabilités
du président des États-Unis, il fut opté pour
la reprise pure et simple dune procédure traditionnelle
britannique, qui, sans trop démettre la séparation des
pouvoirs, donne au Législatif un certain contrôle sur
lExécutif.
LImpeachment est donc une invention anglaise.
Au départ, il sagissait, conformément à
la tradition, dune procédure pénale, destinée
à sanctionner un ministre ayant commis dans lexercice
de ses fonctions, une infraction. La Chambre des Communes laccusait
et la Chambre des Lords le jugeait. Sur ce fondement, deux ministres
de Charles Ier (Stanford et Laud) furent exécutés. Aussi,
à la fin du XVIIIe siècle, la simple menace dImpeachment
suffit à provoquer la démission du cabinet : en 1782,
le ministre présidé par Lord North donne sa démission
à la suite dune motion de défiance votée
par la Chambre des Communes et considérée comme susceptible
dentraîner la mise en uvre de la procédure
dImpeachment. À partir de cette période, on peut
considérer que la responsabilité pénale et individuelle
se transforme en responsabilité politique et collective du
cabinet.
La responsabilité politique se traduisait par une perte du
pouvoir. Cette procédure est double : tantôt le premier
ministre prend linitiative de vérification, et pose la
question de confiance. Tantôt, au contraire, linitiative
du débat est prise par les membres de lassemblée,
qui déposent une motion de censure. Signalons que le gouvernement
dispose toutefois dune arme de dissuasion : le droit de dissolution
contre le parlement. Cest de même une procédure
de contrôle du Législatif sur lExécutif
qui a été mis en place dans la procédure américaine.
Aux États-Unis, lImpeachment est la procédure
selon laquelle le Congrès a la possibilité de mettre
en cause la responsabilité du président, en le destituant,
lorsque, dans lexercice de ses fonctions, il est reconnu coupable,
aux termes de la section IV article 2 de la constitution de 1787,
de trahison, corruption ou autres délits graves. Cet article
2 souligne le caractère exceptionnel de la procédure,
qui ne sapplique quau président, au vice-président,
des États-Unis et à tous les fonctionnaires civils.
Dans le droit américain, tous les crimes sont soumis au jugement
dun jury, sauf ceux qui entraînent LImpeachment.
LImpeachment se déroule en deux temps. La Chambre des
représentants (léquivalent de lAssemblée
en France, par sa composition) prend linitiative. Il suffit
que lun de ses membres dépose une proposition dImpeachment
qui est transmise à la commission des affaires judiciaires
(commission permanente formée dans le but de déterminer
léventuelle responsabilité des membres du Congrès
dans lexercice de leurs fonctions). Si la commission émet
un avis favorable, lassemblée se prononce, à la
majorité simple, sur sa mise en accusation. Dans le cas dun
vote positif, la Chambre assume le rôle de procureur général
et délègue à plusieurs de ses membres, les managers,
le soin de présenter laffaire aux sénateurs. Le
Sénat se transforme alors en Haute Cour. Il se prononce sur
le dossier qui lui a été soumis, après avoir
entendu laccusation, les témoins et la défense.
Si la condamnation est votée à la majorité des
deux tiers, le coupable est démis de sa charge. Si la majorité
des deux tiers nest pas atteinte, lacquittement est prononcé.
Reste à savoir, et cest là un problème
que les Américains ne cessent de débattre, ce que sont
« la trahison, corruption ou autres crimes et délits
» qui déclenchent la procédure. Ce flou a débouché
sur une pratique extrêmement hésitante. |
Cest au lendemain du 20 octobre que lopinion
réclame que le Congrès agisse.
Quatre-vingt-quatre membres de la Chambre signent une motion dImpeachment.
Malgré les concessions de Nixon sur laccès aux bandes
magnétiques, malgré une opération « Honnêteté
» que monte la Maison Blanche pour prouver une fois de plus que
la page du Watergate a été tournée, la procédure
est lancée. Dès la fin doctobre, la motion est transmise
à la commission des affaires judiciaires que préside Peter
W. Rodino, un démocrate du New Jersey. À ses côtés,
20 autres démocrates et 17 républicains. La commission sentoure
dune centaine dexperts, dont 45 avocats, reçoit de
la Chambre un crédit dun million de dollars pour mener lenquête
et, le 6 février 1974, se fait attribuer par la Chambre (410 voix
pour, 4 voix contre) le droit de préparer un rapport sur LImpeachment
et de citer à comparaître les témoins indispensables.
Il ne reste plus au président Nixon quà renforcer
léquipe de ses défenseurs et à promettre sa
collaboration « dans les limites des devoirs de sa charge ».
Pour mener à bien sa mission, la commission ne manque ni de moyens,
ni de pouvoirs. Elle obtient la communication du dossier qui a été
préparé par le grand jury (jury dassises qui avait
suivi linstruction du procès des cinq « plombiers »).
Elle bénéficie de laide de la presse. Mais il lui
faut, en plus, une source indispensable qui lui permettra de juger de
la sincérité du président : les bandes magnétiques.
Jusquà la fin de juillet 1974, Nixon livre bataille, cède
pied à pied du terrain et concentre involontairement lattention
de tous, y compris la sienne, sur le contenu des enregistrements. Le procureur
spécial avait réclamé 9 bandes. Nixon est contraint
de lui nommer un successeur, Leon Jaworski, et de promettre que les 9
bandes seront transmises au juge qui occultera, lui-même, les secrets
de la défense nationale. Un geste de conciliation de la Maison
Blanche. Et puis, lon apprend que sur lune des bandes, la
conversation capitale entre Nixon et Haldeman à propos de leffraction
alors toute récente, est amputée de 18 minutes. Les spécialistes
précisent quil sagit dun effacement par opération
manuelle. Qui est responsable ? Avec dévouement, la secrétaire
particulière du président, Rose Mary Woods, saccuse
de maladresse dans la manipulation des bandes. Lexplication passe
mal. Dailleurs, la commission des affaires judiciaires demande maintenant
à la Maison Blanche des documents et dautres bandes magnétiques.
La commission se fâche, rappelle quelle dispose du droit de
citation à comparaître et que tous les Américains,
quelle que soit leur fonction, sont contraints de sy soumettre.
Nixon croit alors avoir une idée géniale, qui en fin de
compte lui coûtera cher.
Le 30 avril, le voici de nouveau devant les caméras de télévision.
Le ton est solennel. Un an jour pour jour après la démission
de Dean, Ehrlichman et Haldeman, le président annonce la nouvelle
qui devrait mettre fin à lagitation des esprits. La Maison
Blanche a transcrit 46 conversations sur le Watergate. Elle publie la
transcription en un volume de 1.300 pages, qui porte le sceau officiel.
Une sorte de Livre Blanc définitif. Définitif, peut-être,
incomplet, très certainement. Et surtout, très révélateur
sur la personnalité de Richard Nixon, latmosphère
de la Maison Blanche, le goût du secret et de la manipulation quexpriment
Nixon et ses collaborateurs. À lire le texte de ces conversations
impromptues, sans fard ni précautions, les Américains apprennent
que leur président se croit entouré dennemis, quil
na quun souci, se tirer par nimporte quel moyen du mauvais
pas dans lequel le Watergate la fait glisser.
Dinnombrables « exclamations supprimées » témoignent
de lexactitude de la transcription et de la violence du ton. Le
Chicago Tribune, qui a soutenu Nixon depuis 1968 résume lopinion
générale :
« Nous avons, au cours du premier mandat, vu lhomme public
et nous avons été impressionnés. Maintenant, nous
venons de voir lhomme privé et nous sommes atterrés
».
Nixon perd bataille après bataille. Ce nest pas quil
ne dispose pas datouts. Sa politique extérieure connaît
des succès appréciables depuis 1974 : le Moyen-Orient, lURSS
et lOPEP sont des victoires diplomatiques incontestables, mais tout
ceci ne sert à rien. Pour trois raisons :
1 Lannée 1974 est celle où les séides,
puis les proches de Nixon sont condamnés. Cest la longue
litanie des peines de prison qui frappent ces hommes, hier tout-puissants,
aujourdhui réduit à quémander la clémence
des juges. Ils tombent les uns après les autres : les sept du Watergate,
puis les proches de Nixon de lépoque. Leur chute ne peut
que susciter deux questions. Le vrai responsable, nest-ce pas leur
chef ? Et Nixon na-t-il pas déclaré plusieurs fois
quil assumerait lentière responsabilité ? Les
procès, longs et détaillés, ont retenu lattention.
LAmérique mène une uvre de purification. Elle
en oublie le monde.
2 Les tribunaux fédéraux manifestent une incontestable
indépendance. La liste des condamnés latteste et lon
se rappelle la détermination du juge Sirica, même si ses
méthodes, voire sa brutalité inspirent des réserves.
Le plus remarquable, toutefois, reste lattitude des juges de la
Cour Suprême.
En 1974, quatre de ses membres, y compris le Chief Justice Warren Burger,
ont été nommés par Nixon avec lapprobation
du Sénat. On a donc parlé dune « Cour Nixon
» qui aurait les mêmes idées conservatrices que le
président et ne nourrirait quun seul désir : faire
plaisir à Richard Nixon. Pure calomnie. Les magistrats ont montré
une inébranlable rigueur. Ils ont dû donner leur avis sur
laccès aux bandes magnétiques. Le 24 juillet, ils
sont unanimes (8 voix pour, 0 contre, 1 abstention) à déclarer
que le président ne peut refuser la demande du procureur spécial.
Cest une décision capitale qui brise les dernières
résistances de Nixon. Le 5 août, le président livre
la transcription des trois conversations du 23 juin 1972 avec Haldeman.
Il en ressort que Nixon a tout fait pour empêcher la poursuite de
lenquête judiciaire, et quil a dissimulé à
ses propres avocats une partie de son rôle. La guerre est perdue.
Nixon se résigne à la reddition sans condition. La décision
du 24 juillet confère aux tribunaux fédéraux, à
la Cour Suprême en particulier, un prestige exceptionnel. Ils ont
contribué, eux aussi, à sauver le régime démocratique.
3 Le rapport des forces politiques fait pencher définitivement
la balance. Cest le temps des élections législatives
et les nixoniens ne peuvent plus tirer profit de leur fidélité
pour le président. Le navire coule. Il est temps de quitter le
bord.
Dès la mi-juillet, il est évident que la Chambre des représentants
votera la mise en accusation. Quant à la commission des affaires
judiciaires, elle passe à lélaboration de son rapport.
Elle adopte un à un les articles établissant les chefs daccusation.
Ces articles, la Chambre doit les examiner dès la séance
du 19 août. Le Sénat, de son côté, se prépare
à se transformer en Haute Cour. Que peut faire Nixon ? Ses amis
au Congrès le lâchent. Il pourrait décider de se battre
jusquau bout. Somme toute, pour nêtre pas démis
de ses fonctions, il lui suffit que 34 des 100 sénateurs lui soient
favorables. Mais ces 34 voix, il ne les a pas. Et puis, si le procès
a lieu, les États-Unis seront paralysés pendant plusieurs
mois et le président sortira de lépreuve vaincu ou
affaibli. Sil démissionne, il reconnaît implicitement
sa culpabilité. Et depuis le 5 août, il a reconnu quil
avait tout fait pour étouffer laff aire. Le 7 août,
la rumeur circule avec insistance : le président va démissionner.
Le lendemain soir, Nixon annonce à la télévision
quil quitte la Maison Blanche dans les 24 heures.
Le 9 août à midi, le président Ford prête serment
et devient président des États-Unis. Nixon se retire en
Californie.
Lépilogue a lieu le 8 septembre, quand le président
Ford prend une décision très impopulaire : il accorde à
Nixon « son pardon pour toutes les offenses commises ». Ce
pardon présidentiel évite un procès en bonne et due
forme qui aurait éclairé les dessous de table du scandale,
résolu les énigmes et établi les véritables
responsabilités, qui appartiennent désormais à lHistoire.
L'affaire des écoutes de lÉlysée
Laffaire des écoutes de lÉlysée est une
affaire découtes téléphoniques illégales
qui sest déroulée sous le premier septennat de François
Mitterrand (de 1983 à 1986).
La cellule antiterroriste de lÉlysée dirigée
par Christian Prouteau et créée par François Mitterrand
en 1982 serait impliquée.
Cette affaire, fut révélée pour la première
fois par le quotidien Libération le 2 avril 1993.
Elle aurait selon le dossier concerné 150 personnes, dont 7 dans
des conditions contestables. Près de 3000 conversations auraient
été enregistrées entre janvier 1983 et mars 1986.
Les écoutes, que les initiés appellent les « bretelles
du président », ont apparemment cessé au moment de
la victoire de la droite au élections législatives de mars
1986 qui a entraîné une période de cohabitation.
Comme la presse la rapporté, ce ne furent pas les premières
écoutes téléphoniques effectuées par les services
de la république...
Le procès des écoutes de lÉlysée sous
Mitterrand débute le lundi 15 novembre 2004.
Le procès des écoutes de lÉlysée, portant
sur lexistence dun « cabinet noir » qui écoutait
illégalement des centaines de personnalités entre 1983 et
1986, lors du premier septennat de François Mitterrand, souvre
lundi 15 novembre 2004, à Paris, avec douze prévenus à
la barre.
Douze personnes comparaissent, à partir de 13 h 30, devant le tribunal
correctionnel de Paris dans le cadre de laffaire des écoutes
illégales par lÉlysée de centaines de personnalités
entre 1983 et 1986, sous le premier septennat de François Mitterrand.
Au cur de cette affaire : la cellule antiterroriste de lÉlysée,
officine créée en 1982 à linitiative du chef
de lÉtat. Mais sous prétexte de défense de
la sécurité nationale, la cellule a surtout cherché
à étouffer certaines affaires compromettantes pour le pouvoir
ou taire les secrets dalcôve du président, écoutant
des personnalités aussi diverses que lactrice Carole Bouquet,
lécrivain Paul-Loup Sulitzer ou lavocat Jacques Vergès.
Parmi les principaux prévenus, poursuivis pour les fonctions quils
occupaient entre 1983 et 1986, figurent Gilles Ménage, 61 ans,
ex-directeur adjoint de cabinet du chef de lÉtat, et Christian
Prouteau, 60 ans, ex-chef du Groupe dintervention de la gendarmerie
nationale (GIGN), directement chargé de la cellule.
Après sêtre longtemps réfugiés derrière
le secret-défense, les deux hommes ont fini par admettre, devant
le juge chargé de linstruction, certaines des écoutes
qui leur étaient reprochées, tout en les jugeant légitimes
et en soulignant avoir agi sur ordre de leur hiérarchie.
Parmi les prévenus figureront également Michel Delebarre,
58 ans, directeur de cabinet de lancien premier ministre socialiste
Pierre Mauroy de 1982 à 1984, aujourdhui député,
maire (PS) de Dunkeque (Nord), ainsi que lactuel PDG de Renault,
Louis Schweitzer, 62 ans, directeur de cabinet de lancien premier
ministre socialiste Laurent Fabius de 1984 à 1986.
Parmi les mis en examen comparaîtra aussi Paul Barril, 60 ans, ex-équipier
de Christian Prouteau à lÉlysée et acteur central
du scandale des Irlandais de Vincennes, larrestation en 1982 de
prétendus dangereux terroristes, qui apparaîtra en fait comme
une manipulation orchestrée par ses soins.
(En arrivant en 1981, François Mitterrand fait appel aux gendarmes
du GIGN pour constituer sa garde présidentielle, plutôt quaux
policiers. Le 29 août 1982, à 21 h 30, des membres du GIGN
emmenés par le capitaine Paul Barril font irruption dans lappartement
dun nommé Michael Plunkett, à Vincennes. Les gendarmes
avaient apporté eux-même des explosifs dans lappartement
de Vincennes. Cest le début de laffaire des Irlandais
de Vincennes... Après lattentat de la rue des Rosiers, le
commandant Christian Prouteau est chargé de coordonner la lutte
anti-terroriste, après sêtre vu confier, un mois plus
tôt, la réorganisation de la sécurité présidentielle.
Après les neuf mois de détention des
Irlandais de Vincennes, libérés fin mai 1983, laffaire
des Irlandais de Vincennes est devenue celle des gendarmes de lÉlysée.)
Quant aux huit autres prévenus, il sagit principalement des
« opérateurs » de la cellule, de hauts gradés
de la direction de la surveillance du territoire/contre-espionnage (DST),
des renseignements généraux (RG) ou de la gendarmerie, directement
chargés de ficher, écouter et retranscrire les conversations
de leurs « cibles ».
Deux personnalités en particulier seront au cur des débats
devant le tribunal correctionnel, pour avoir fait lobjet dune
surveillance particulièrement serrée : le journaliste Edwy
Plenel, aujourdhui directeur de la rédaction du quotidien
Le Monde, et lécrivain Jean-Edern Hallier, décédé
en 1997.
Selon laccusation, le premier menaçait les intérêts
du pouvoir par ses enquêtes, notamment sur laffaire des Irlandais,
le second par un chantage constant sur le locataire de lÉlysée,
concernant principalement la révélation de lexistence
de sa fille cachée, Mazarine Pingeot.
Le principal délit retenu à lencontre des prévenus,
« atteinte à lintimité de la vie privée
», leur fait encourir une peine maximale dun an demprisonnement.
Le Monde (15 novembre 2004) « grandes oreilles de lÉlysée
»
Vingt ans après les faits, le procès des « écoutes
de lÉlysée » sest ouvert lundi devant
le tribunal correctionnel de Paris. Douze personnes, anciens collaborateurs
du président François Mitterrand ou ex-militaires de haut
rang, figurent dans le box des accusés.
Essentiellement poursuivis pour « atteinte à la vie privée
», les 12 prévenus du procès des « grandes oreilles
» de lÉlysée ont fait leur entrée au
Palais de justice de Paris, lundi après-midi (15 novembre 2004).
Parmi eux, Christian Prouteau, 60 ans, ex-chef du GIGN et « patron
» de la cellule antiterroriste de lÉlysée, a
déclaré attendre « sereinement » lissue
du procès.
Son avocat, Me Francis Szpiner, a traité laffaire, qui remonte
à une vingtaine dannées, d« archéologie
judiciaire ». « On reproche à mon client davoir
fait son devoir », a-t-il ajouté.
De son côté, Paul Barril, 58 ans, ex-équipier de Christian
Prouteau, a simplement affirmé : « tout va bien se passer
». Son défenseur, Me Jacques Vergès, a dit attendre
du procès que « sorte la vérité concernant
tout le monde, même les plus haut placés : qui a ordonné,
qui a manipulé tout ça en faisant porter le chapeau à
dautres ? ».
Les politiques convoqués
Lors des interrogatoires didentité, les prévenus ont
fait état de reconversions et de revenus disparates :
Christian Prouteau est préfet sans affectation à 5.000 euros
par mois, Louis Schweitzer touche 165.000 euros par mois de Renault, Paul
Barril anime une société de sécurité privée
et gagne 7.000 euros par mois.
Le tribunal de Paris a décidé dentendre comme témoins
les deux anciens Premiers ministres socialistes Pierre Mauroy (1981-1984)
et Laurent Fabius (1984-1986) qui, sétant déclaré
« totalement étranger à cette affaire », ne
souhaitait pas déposer. À la demande de la défense,
les juges ont aussi convoqué Raymond Barre, Premier ministre de
1976 à 1981. Seront également entendus lex-ministre
des Affaires étrangères Roland Dumas et Paul Quilès,
ancien ministre de la Défense.
« Une lourde atteinte à un droit fondamental »
Les prévenus se voient reprocher davoir utilisé la
« cellule antiterroriste » de lÉlysée
pour faire écouter entre 1983 et 1986 les conversations denviron
150 journalistes, écrivains, avocats et personnalités du
show-business.
Deux personnalités « victimes » seront particulièrement
au cur des débats devant le tribunal correctionnel pour avoir
fait lobjet dune surveillance particulièrement serrée
: le journaliste Edwy Plenel, ensuite directeur de la rédaction
du Monde, et lécrivain Jean-Edern Hallier, décédé
en 1997.
M. Plenel a indiqué quil avait « décidé
de ne pas (s)exprimer durant tout ce procès sauf devant le
tribunal ». « Nous avons attendu 11 ans, 11 ans dinstruction.
Tout le monde va se défendre, va argumenter, la justice se fait
aux yeux de tous, ce nest pas la peine que jen rajoute »,
a-t-il dit. Il sest porté partie civile et son avocat, Me
Jean-Pierre Mignard, a estimé que « tous les Français
comprendront lenjeu de ce procès puisquil sagit
dune lourde atteinte à un droit fondamental ».
TF1 (17 novembre 2004) « Les petites oreilles » de lÉlysée
à la barre
Au troisième jour du procès dit « des écoutes
de lÉlysée » en correctionnelle à Paris,
le président Kross sest attaché à mieux connaître
ses autres prévenus. La veille, il avait entendu le chef, Christian
Prouteau, à la tête du cabinet noir, cette cellule antiterroriste
voulue par le président Mitterrand pendant son premier septennat.
Lancien patron du GIGN commandait alors une douzaine de personnes,
aujourdhui accusées davoir participé à
un vaste système découtes illégales sur de
nombreuses personnalités dont le président de la République
soupçonnait quelles le menaçaient.
Les excuses de la « secrétaire » font rire toute la
salle Prouteau et son numéro deux, le capitaine Barril, avaient
alors constitué leur équipe. Un recrutement particulier,
comme en témoigne par exemple le profil de Marie-Pier Sajous, 45
ans, une grosse dame dont personne ne se méfierait.
Comment cette ancienne étudiante en lettres a-t-elle bien pu passer
dobscure employée à lInstitut de dessalement
de leau de mer à la cellule où elle était supposée
faire des synthèses sur le terrorisme ?
« Jai envoyé des CV », répond-elle. Le
président cassant : « Ah oui, alors quon sait dans
la procédure que votre père était militaire et que
votre mère était secrétaire au ministère de
la Défense, au GIC ! » Le GIC, fameux groupe interministériel
de contrôle qui justement réalisait les écoutes...
« Mes parents ne parlaient pas de ça à la maison »,
lâche alors Marie-Pier Sajous, suscitant lhilarité
dans la salle tout entière. Nouvel éclat de rire quelques
instants plus tard, lorsquon apprend au détour dune
question quelle était salariée de Gaz de France, comme
dautres membres de la cellule, qui bénéficiaient «
demplois fictifs » de la Poste ou dAir France. «
Et les lettres MP, MPier ou MPS, qui figurent sur nombre découtes
? » insiste le président Kross, qui sait que les initiales
apposées étaient celles des petites mains qui dépouillaient
et analysaient les écoutes transcrites au GIC : « On a pu
utiliser mes initiales », se défend-elle : « Je ne
moccupais que de dépouiller la presse, je faisais des photocopies
darticles pour des dossiers, cest tout. »
« Et vous navez jamais vu passer une écoute ? »
lui lance une avocate des parties civiles. La dame nie. Prouteau vole
à son secours : « Elle ne devrait pas être là,
elle nétait quune secrétaire », proteste-t-il.
Le Parisien, jeudi 18 novembre 2004, « Dès le départ,
il y a eu des dérapages »
Comme une échelle un peu raide quon grimpe marche après
marche, le président Kraus, qui dirige les débats du procès
dit des écoutes de lÉlysée, essaie de comprendre
la chaîne des responsabilités pour établir le rôle
des douze prévenus, accusés davoir mis sur écoutes
des dizaines de personnes, avocats, hommes politiques, journalistes et
vedettes de cinéma, entre 1984 et 1986.
Hier (24 novembre 2004), il sagissait de savoir ce « quen
haut » on faisait exactement des branchements illégaux. Cest-à-dire
à Matignon, lieu centralisateur de toutes les autorisations découtes,
où sapposait la dernière signature, feu vert aux «
grandes oreilles » du GIC (groupement interministériel de
contrôle) chargé de lenregistrement proprement dit.
Avant de recevoir les explications des deux « politiques »
prévenus, à savoir Christian Delebarre et Louis Schweitzer,
successivement directeurs de cabinet à Matignon, le tribunal a
entendu lancien Premier ministre Pierre Mauroy, cité comme
témoin.
Une audition instructive puisque lon y a su que le « premier
Premier ministre de François Mitterrand de 1981 à 1984 »
avait appris à son proche collaborateur Delebarre « un petit
jeu taquin ». « Lorsque mon directeur de cabinet est venu
me voir, excédé par une demande découtes de
lÉlysée, je lui ai dit :
« La première fois, tu ne réponds pas, la seconde
non plus. Et à la troisième... bon ben, il y a une hiérarchie
dans la République, on était obligés daccepter
», soupire Pierre Mauroy, en levant les bras avec lair de
celui qui en a vu dautres.
Par exemple, accepter « sans plaisir » quaprès
la vague dattentats terroristes en France en 1982 son projet de
loi sur la légalisation des écoutes soit abandonné
(il sera repris par Rocard). Ou encore avaliser « avec réticence
» la création de la cellule de Prouteau et Barril, que le
témoin assassine dun mot : « Dès le départ,
il y a eu des dérapages, des dysfonctionnements manifestes ! »
Les responsables de toute cette affaire ? demande le président
: « Ceux qui ont signé les cartons découtes,
qui ont voulu un branchement et qui doivent savoir expliquer pourquoi.
Ne me faites pas le coup de la responsabilité du directeur des
chemins de fer obligé de démissionner parce que le garde-barrière
a provoqué un accident ! » tonne Mauroy, pour qui la responsabilité
est clairement du côté des soutiers.
Louis Schweitzer : « Il y a eu un effort pour me masquer la réalité
»
Puis vient le tour en soirée de Delebarre et Schweitzer, qui avaient
par délégation la signature de Matignon sur cette délicate
question des écoutes. Une tâche pas facile. « Lorsquil
sest agi de renouveler lécoute de Jean-Edern Hallier,
raconte pour sa part Louis Schweitzer, pour moi cétait un
cas limite.
Alors jen ai parlé au Premier ministre, puis jai vérifié
que cétait bien une demande du président de la République,
en questionnant directement Jean-Louis Bianco à lÉlysée,
je crois. Lorsque jai eu la confirmation que cétait
une demande du président, je me suis renseigné sur la légitimité
des motifs. Puis jai autorisé le renouvellement. »
Mais lactuel PDG de Renault dexpliquer, amer, les limites
du système : « Les motifs invoqués étaient
parfois succincts : trafic darmes ou proxénétisme.
Et jai aussi limpression que lorsquon a utilisé
un autre nom que celui de la cible, cétait pour me tromper.
Il y a eu un effort pour me masquer la réalité. »
Le Parisien, jeudi 25 novembre : Le commandant Beau tient sa revanche
Pour cette troisième semaine du procès dit des écoutes
de lÉlysée, il sera fidèle au poste. Assis
au deuxième rang, à droite, sur les bancs des victimes,
le militaire à la retraite Jean-Michel Beau veille au grain. Pas
une seule explication des témoins ou des prévenus ne lui
échappe.
Et si daventure lun dentre eux avance une imprécision
ou marque une hésitation, il se lève aussitôt, rectifie
in petto. Le colonel a imposé au fil des audiences, qui doivent
durer jusquen février, sa présence intempestive, sa
large stature enveloppée de costumes gris, et sa grosse voix de
fumeur de brunes. Le président Kross, qui mène les débats
fermement, a bien compris quil avait là un « adjoint
» de choix dans la recherche de la vérité. Ce qui
ne la pas empêché de lui rappeler discrètement,
par lintermédiaire de son avocate, Me Courregé, quil
lui fallait se montrer parfois moins agressif.
Laffaire des Irlandais de Vincennes refait surface
Il faut dire que cet ancien gendarme de 61 ans tient là une revanche
trop longtemps attendue contre Barril et Prouteau, les principaux prévenus
de ce procès, qui lont manipulé dans la fameuse affaire
des Irlandais de Vincennes, première dérive des deux super-gendarmes
de lÉlysée.
À lépoque, en 1982, le commandant Beau, de la section
de recherches de Paris, est appelé sur les lieux lors de larrestation
de trois terroristes de lInla dans un appartement de Vincennes,
opération menée par Barril. À la demande pressante
du duo alors tout auréolé de sa proximité avec le
président Mitterrand, et parce quil croit faire son devoir
de militaire, Beau accepte de cacher à la justice le fait que la
perquisition ne sest pas déroulée dans les formes
procédurales.
Il ignore alors que linterpellation elle-même et les armes
saisies étaient un coup monté par le capitaine Barril, qui
avait lui-même déposé larsenal dans lappartement.
Résultat de cette bavure gendarmesque ?
Prouteau relaxé, Barril jamais poursuivi. Seul le soldat Beau,
le « cocu », comme il la dit alors, trinque : douze
mois avec sursis. Carrière brisée, déshonneur assuré,
ce fils de militaire plonge dans lamertume.
Et il enquête ce qui lui vaut semble-t-il de faire partie
des « écoutés » de la cellule pour découvrir
la vérité sur les Irlandais de Vincennes, qui finit par
éclater dans la presse, à défaut de venir dans les
prétoires.
Pour voir Prouteau et Barril rendre des comptes à la justice, Beau
devra attendre des années que le « dossier des écoutes
», autre gros scandale lié à la cellule, arrive enfin
devant des juges. Il tient donc aujourdhui sa dernière «
chance » : voir ses anciens compagnons darmes répondre
de leurs actes. Son honneur depuis longtemps perdu lui donne des ailes,
il connaît le dossier par cur : ses questions incisives, documentées,
fouillent dans la mémoire de ceux qui viennent à la barre.
Mercredi dernier, laudience a fait un saut décisif. Le témoin
du jour, outre lancien Premier ministre Mauroy, était surtout
le capitaine Marie, qui suivait les autorisations découtes
à Matignon et qui sest souvenu que la production de la cellule
était vraiment faible, ne se rappelant avoir vu presque aucun nom
de la longue liste des « écoutés ». Laissant
entendre que la cellule avait mis au point un circuit pour déjouer
les procédures habituelles.
Beau a préparé ce procès comme si sa vie sy
jouait. Cest un peu ça dailleurs. Il nest sorti
de la dépression qui le ronge que pour assister à la dernière
scène dun drame qui la broyé il y a vingt ans
et obtenir enfin la vérité. On ne se méfie jamais
assez dun militaire injustement humilié.
Le Parisien, lundi 29 novembre 2004, Écoutes : Quilès
na rien vu, rien entendu
Au procès sur les branchements élyséens, lex-ministre
de la Défense se défausse. Ministre de lEquipement
envoyé à la Défense le 20 septembre 1985, Paul Quilès
découvre des « constructions particulières »
sur les lignes téléphoniques des terroristes ou des trafiquants
darmes.
Mais pas seulement. Jean-Claude Kross, le président du procès
des écoutes de lÉlysée, a rappelé hier
à ce prétendu « novice » en la matière,
qui signe sans barguigner « des piles de fiches » dautorisation,
que les « constructions » interdites sur les avocats, les
journalistes et parlementaires ont été édifiées
en masse sous son règne de six mois, achevé le 20 mars 1986.
Joël Galipapa et Gérard Ecorcheville, amis politiques de Charles
Pasqua, ont été espionnés avant lalternance,
les journalistes Edwy Plenel, Hervé Brusini, Michel Cardoze et
Jean-Marie Bourget ont été souvent surveillés pour
traquer les auteurs de fuites dans laffaire Greenpeace.
Mais Paul Quilès na rien vu, rien entendu.
Il a débarqué « à limproviste »
à la Défense pour remplacer Charles Hernu, limogé
à cause du sabotage par des agents de la DGSE du bateau de Greenpeace
en Nouvelle-Zélande, « sans connaître ce milieu »
et sans un brin de curiosité. Paul Quilès se familiarise
vite fait avec les us et coutumes de la Maison, chausse les bottes de
son prédécesseur Hernu, apprend du chef du bureau réservé
de son ministère que vingt lignes découte sont dévolues
à lÉlysée, sans sen étonner outre
mesure et sans même soi-disant connaître lexistence
de « la cellule » : « Sur le coup, jai pris le
système tel quil était. Mes préoccupations
majeures étaient létat de déliquescence de
la DGSE et le rapatriement des deux agents de Nouvelle-Zélande.
»
Sondages.
Donc, « dix minutes à un quart dheure par semaine »,
le ministre de la Défense Quilès paraphe à la chaîne
les demandes découte de ses services et de « lÉlysée
», et « pose de temps en temps une question. par sondage pour
savoir pourquoi » telle ou telle personne « inconnue »
de lui se retrouve surveillée. Sans plus. Il ignore que la construction
au nom de Lapierre visait Edwy Plenel qui a révélé
dans le Monde lexistence de « la troisième équipe
» de la DGSE ayant coulé le Rainbow Warrior.
Une note de son bureau réservé retrouvée dans les
archives de Christian Prouteau, ex-chef de la cellule, indique pourtant
que « M. Plenel vit avec Mme Lapierre », souligne Me Francis
Szpiner. Mais cela aussi a échappé à Quilès.
Sinon, il aurait « fait cesser » ce branchement « instantanément
».
Jean-Edern Hallier.
Il nest pas plus au courant de « la maladie de François
Mitterrand et de lexistence de Mazarine » :
« Jai appris tout cela par la presse », rétorque
ce témoin fort mal tuyauté pour un ex-ministre des services
secrets.
La révélation imminente de la vie privée du Président
par Jean-Edern Hallier a pourtant suscité des écoutes tous
azimuts sur lécrivain. Dans lhypothèse où
Paul Quilès serait responsable de quelque chose dans ces aff aires
de plomberie et de constructions, ce serait éventuellement «
de [sa] signature », dit-il.
À len croire, il sagit dune simple formalité,
dun gribouillis au bas dun carton blanc qui... permet des
écoutes : « Cest un des éléments, un
des maillons de la chaîne », minimise-t-il. Certes, feu son
prédécesseur Charles Hernu ne sest pas contenté
de jouer au sourd et à laveugle, signant à tour de
bras et approuvant en connaissance de cause tous les desiderata de la
cellule présidentielle ou de son complice François Mitterrand.
Mais Hernu et Mitterrand ne sont plus.
Et Quilès se défausse. Me Olivier Metzner, qui défend
Pierre-Yves Gilleron, ancien de la DST reconverti à la cellule,
toujours bouche cousue par le secret défense, ne comprend pas bien
: « Vous avez une aversion pour les écoutes, pourquoi navez-vous
pas cherché à contrôler plus ? » « Vous
nimaginez pas lemploi du temps dun ministre de la Défense
! » Les douze prévenus pour « atteinte à lintimité
de la vie privée » boivent du petit-lait et ironisent en
aparté : « Bel exemple de courage politique ! »
Liberation, mercredi 01 décembre 2004, Écoutes : au
service secret de sa majesté Mitterrand
Le général Esquivié, alias Aramis, a nié toute
activité répréhensible.
Les « mousquetaires » de lÉlysée qui ont
espionné des gens de la presse, du barreau, de la politique et
du spectacle pour le compte de François Mitterrand de 1983 à
1986 manquent de panache. Vingt ans après lépopée
tragi-comique de la « cellule » dite antiterroriste installée
à demeure rue de lÉlysée par le président
de la République, les huit anciens serviteurs du « roi »
jugés pour « atteinte à lintimité de
la vie privée » entretiennent encore un indécrottable
culte du secret, même sur des combines minables et des pseudo bidons.
Ainsi, le général Jean-Louis Esquivié, 63 ans, habit
gris passe-muraille, cheveux crantés poivre et sel, refuse encore
dadmettre quil a signé Aramis une tribune dans le Monde
en 1985, plaidoyer pro domo en faveur de la police parallèle de
lÉlysée : « Il sagit bien dune nouvelle
aventure des légendaires mousquetaires, écrivait Aramis.
Ils servaient le roi, ils servent aujourdhui le chef de lÉtat.
Ils étaient chassés par les gardes du cardinal, ils sont
aujourdhui la cible de tous ceux que le pouvoir du Président
dérange [...] Ils étaient fidèles, ils sont aujourdhui
toujours fidèles, nont aucun état dâme
[...] » Il comparait la cellule à « la cote de maille
du Président », à un indispensable « entourage-rempart
».
Riposte.
Patelin mais mordant, lhomme de robe Jean-Claude Kross, qui préside
à Paris le procès des écoutes de lÉlysée,
croise le fer avec Aramis. Quatre prévenus ou témoins, son
supérieur Prouteau, le capitaine Barril, le général
Gervais et même le journaliste Edwy Plenel ont désigné
Esquivié. « Je sais comment a été construit
le texte mais je ne suis pas propriétaire dAramis, M. Plenel
peut se tromper comme sur le financement du PS », riposte Esquivié.
Voilà que son voisin à laudience, Gilles Ménage,
accusé lui aussi découtes illégales, le dénonce
sur lechamp. Lex-directeur de cabinet de François Mitterrand
explique quà lépoque il avait été
pris à tort pour Aramis, et quil avait essuyé les
« reproches épouvantables » du ministre de lIntérieur,
Pierre Joxe.
« Je pense quAramis se trouve à côté de
moi », accuse Gilles Ménage. Le président jubile,
« cinq à zéro, monsieur le général Esquivié
», et sort du dossier dautres « détails »
qui, mis bout à bout, attestent le rôle majeur de Jean-Louis
Esquivié, numéro 2 de la cellule et chef de linformatique.
Fiches.
À la barre, Aramis sert des explications fumeuses : il travaille
dans le bureau de Christian Prouteau « à cause du manque
de place ». Il ratifie des ordres de mission et des demandes découte
: « Jai signé les yeux fermés et par gentillesse
pour mes camarades, en labsence de Prouteau. » Sans rien regarder
du tout.
Il na pas non plus installé le logiciel Filing dIBM
à la cellule pour intégrer les transcriptions découtes
téléphoniques et ficher les gens par centaines en 1983.
( Révélée par Hervé Gattegno, laffaire
est digne dun scénario de film policier. Mi-janvier, donc,
une femme se présente devant les grilles du Palais de Justice de
Paris et remet à un gendarme en faction une enveloppe à
lattention du juge chargé du dossier des « écoutes
de lÉlysée », qui, un mois auparavant, a mis
en examen, pour « atteinte à la vie privée »
Gilles Ménage, ancien directeur de cabinet du président
de la République et actuel président dEDF ; le préfet
Christian Prouteau, ancien chef de la cellule antiterroriste de lElysée
; le général de gendarmerie Jean-Louis Esquivié ainsi
que le capitaine Pierre-Yves Guézou et lancien commissaire
de la DST Pierre-Yves Gilleron.
À lintérieur de lenveloppe, le magistrat instructeur
bien en peine, malgré tout, de détenir des éléments
imparables sur les pratiques de la cellule , trouve 5 disquettes
dordinateur portant chacune la mention « backup », et
étiquetées de 1 à 5. Le 16 janvier, il confie à
un expert informaticien la tâche de les décrypter. Ce qui
ne va pas le plus simplement du monde, car leur contenu nest pas
directement lisible à laide doutils logiciels standards
ou de grande diffusion. Le juge Valat doit alors se souvenir dune
information rapportée par « le Monde », partie civile
dans cette affaire après que lun de ses journalistes, Edwy
Plenel, eut été écouté. Il suggère
à lexpert de recourir à un programme de traitement
de texte élaboré par IBM, le logiciel Filing, utilisé
par la cellule pour enregistrer ses données.
Miracle des technologies : là, grâce à Filing, lexpert
voit apparaître sur son écran dordinateur 5.184 fiches,
réparties en 26 fi chiers, dont 23 sont constitués découtes
téléphoniques concernant autant dindividus. Selon
le rapport dexpertise, « la quasi-totalité de ces fichiers
auraient été créés avant le 25 octobre 1985,
et au plus tard le 21 mars 1986 ». La thèse du maquillage,
invoquée par les différents protagonistes de laffaire
depuis la publication, dans « Libération », de 16 comptes-rendus
découtes effectuées par ce service, prend un sérieux
coup dans laile. Elle est carrément anéantie. Difficile
maintenant de soutenir quil sagit dune grossière
manipulation tendant à discréditer le gouvernement socialiste
de lépoque, en lui attribuant des pratiques de fichage politique).
Pourtant, dans une note datée du 27 avril 1984 et exhumée
des archives de Prouteau, la cellule demande à lÉlysée
une audience pour le dirigeant dIBM qui « a élaboré
son informatique gracieusement, efficacement et dans la plus grande discrétion
». Esquivié nen démord pas. Linformatique,
ce nest pas son truc. Lui, il multiplie les missions de lutte antiterroriste,
monte des « opérations très secrètes »
en Corse et au Pays Basque, uvre à la libération des
otages français au Liban : « Jai rencontré tout
ce qui bouge, le chef du Hezbollah, le patron des pasdarans, négocié
dans la plaine de la Bekaa, ramené des messages en arabe pour le
Président, et ça, cest écrit nulle part, jai
même une petite blessure au pouce. »
« Actif ».
Le mousquetaire se fait moins flamboyant lorsquil sagit de
répondre de la protection à outrance de la vie privée
du chef de lÉtat et de « la tranquillité personnelle
de Mme Mitterrand », dixit le président Kross, de sa note
sur lhomme politique Philippe de Villiers (« un Rastignac
de province »), de ses « dîners » hebdomadaires
avec Jean-Edern Hallier et de ses signatures pour reconduire des branchements
interdits. Le président le sermonne : « On attend de serviteurs
de lÉtat la vérité dun dossier, vous
devez ça à votre justice, si on cumule tous ces éléments,
vous nêtes pas un obscur et un sans-grade. » Esquivié
:
« Il ny en avait aucun à la cellule. Je me suis investi
un maximum. » « Vous aviez un rôle important. »
« Actif », corrige Aramis. « Quelle affaire de haute
trahison de lÉtat alliez-vous traiter ? » demande le
président. Aramis baisse la garde : « Plenel. Heuh, je ne
devrais pas dire cela, Farewell » (du nom dune taupe au sein
du KGB) .
Une révélation : « Actez, Mme la greffière
». Fine mouche, maître Christine Courrégé, pour
une partie civile, demande à Esquivié « si la question
de Mazarine relevait du secret défense ». Affirmatif :
« Le souci dun père pour sa fille, ça, cest
de lintimité. Imaginez un chantage sur le Président
qui peut déclencher latome, larme nucléaire,
oui, ça relève du secret défense. » Lavocate
du gendarme Beau, lui aussi victime découtes, décoche
une dernière flèche : « Vous navez pas eu loccasion
de vous poser des questions sur les limites ? »
Remercié pour ses bons et loyaux services à la cellule présidentielle
par un galon de général de division, Esquivié persiste
et signe : « Non. Je nai jamais douté personnellement
».
Libération, vendredi 03 décembre 2004, Écoutes
de lÉlysée :
Joxe charge Mitterrand et pleure. Lex-ministre de lIntérieur
puis de la Défense témoignait hier au procès. Tout
dun coup, Pierre Joxe sest mis à sangloter.
Lancien ministre de lIntérieur puis de la Défense
de François Mitterrand est interrogé comme témoin
par Me Olivier Metzner, avocat de lun des anciens membres de la
cellule antiterroriste de lÉlysée, en quatrième
semaine du procès des écoutes.
Jusque-là, Joxe avait fait du Joxe. Politique, critiquant Mitterrand
tout en faisant mine de respecter sa mémoire : « Occasionnellement,
il recommandait de respecter la loi. (...) Jai essayé parfois
de lempêcher de commettre des choses illégales, sans
réussir, mais le pourcentage est faible. » Erudit, citant
Sophocle :
« Il existe des lois ineffaçables mêmes si elles ne
sont pas écrites. » Protestant rigoureux : « Cette
cellule ne pouvait provoquer que des ennuis, et on aimerait employer un
autre mot. »
Mais on sattendait à tout sauf à ce que Pierre Joxe
verse une larme au terme de sa déposition. On en était à
une digression sur laffaire Ben Barka, indépendantiste marocain
enlevé en 1963. Joxe évoque son karma personnel, son père
Louis, ministre de De Gaulle, lui jeune militaire chargé de renseignements.
« Ben Barka, je lavais vu quelques jours avant sa mort. Jaurais
pu léviter, car javais des informations.
Le Sdece [les services secrets, rebaptisés DGSE] faisait ce quil
voulait. Cest en me rappelant le passé que je sais quun
service de renseignement, sil nest pas tenu, peut mal tourner.
»
« Système bâtard »
Auparavant, Joxe était revenu sur la création en 1982 de
la cellule de lÉlysée, composée de policiers
et de gendarmes en dehors de tout cadre légal. « Jai
prévenu Mitterrand que ce système était bâtard,
tordu, parallèle, sans hiérarchie claire. » Il dit
son peu de goût pour les écoutes téléphoniques
: « Il est tentant de sen servir, tentant den abuser.
» Charge la barque : « Il ny a pas seulement les écoutes,
mais larchivage des fichiers ; là, cest contraire à
toute déontologie policière. » Revient sans cesse
à lancien président de la République : «
Cest malheureux à dire, mais ce truc a été
organisé par Mitterrand. »
Le tribunal visite lhistoire sombre du mitterrandisme, notamment
laffaire du Rainbow Warrior, bateau de Greenpeace coulé en
1985 à Auckland (Nouvelle-Zélande) par des agents de la
DGSE, avec mort dhomme à la clé (un photographe portugais
de lassociation écologiste, en lutte contre les essais nucléaires
français dans le Pacifique).
Pierre Joxe revient sur la personnalité de Charles Hernu, ministre
de la Défense en perdition : « Un vieil ami qui a perdu la
tête. Je lui disais pourtant que les services spéciaux, par
construction, peuvent conduire à des bavures, quil y en avait
déjà eu dans le passé et quil y en aurait encore.
Contre tout bon sens, de bonne ou mauvaise foi, Hernu a tout nié
en public. »
Joxe relate son propre rôle au ministère de lIntérieur
: « On a su très vite que la DGSE était dans le coup.
Cest malheureux à dire, mais je moccupais de retarder
les mesures didentification de nos agents. » Il nest
pas peu fier des résultats de son « inertie feinte »
vis-à-vis des autorités néo-zélandaises :
« Dautres [agents] nont pas été arrêtés.
»
Le tribunal cherche surtout à savoir en quoi laffaire Greenpeace,
après laffaire des Irlandais de Vincennes, a motivé
lécoute de journalistes en charge de ces affaires qui fâchent,
la cellule de lÉlysée, délaissant sa mission
initiale antiterroriste, se focalisant désormais sur la traque
des fuites.
Joxe joue sa propre partition : « Limportant, ce nétait
pas les fuites, mais les faits. Un mort, un crime » Justement, il
est soupçonné, à tort ou à raison, davoir
informé la presse au nom dune sombre manuvre intragouvernementale.
Joxe réfute lhonneur : « Il était fatal que
laffaire Greenpeace soit totalement publique un jour.» Il
évoque pourtant ses liens avec Edwy Plenel, journaliste au Monde
qui a levé de nombreux lièvres sur ces affaires. «
Il écrivait alors du bien de ma politique policière, mais
ce nest quultérieurement quon est devenus amis.
»
Retour sur certaines obsessions de François Mitterrand :
« Pour des raisons que je nai jamais pu éclaircir,
il était braqué contre Plenel, enragé contre le Monde.
François Mitterrand, malgré tout mon dévouement à
son égard, a quand même commis quelques erreurs dans sa vie.
À cette époque, il avait une mentalité obsidionale
contre tout ce qui était imprimé dans la presse, pour des
raisons politiques et personnelles. Cétait pourtant contraire
à tout ce quétait et nous disait François Mitterrand,
ancien avocat. Une part dombre. » Puisquil est question
dobsession, Pierre Joxe en revient à la sienne, en concluant
sur la cellule de lÉlysée : « On ne peut pas
concilier efficacité policière et respect des droits de
lhomme avec une équipe de mousquetaires. Cest incompatible.
»
Libération, 23 février 2005 Le procès des écoutes
de lÉlysée, Les oreilles de Mitterrand ne
rougissent pas
Défense, hier à Paris, de Christian Prouteau, ancien chef
de la cellule.
Pour Christian Prouteau, Me Francis Szpiner a plaidé hier «
lhonneur du soldat » contre « la lâcheté
de lÉtat et lhypocrisie du parquet ». Le procès
des écoutes devant le tribunal correctionnel de Paris sest
achevé avec la défense de lancien chef de la cellule
élyséenne, jugé pour 33 écoutes illégales
entre 1983 et 1986.
Dans sa plaidoirie, Me Szpiner dénonce labsence sur les bancs
des prévenus de Pierre Mauroy et Laurent Fabius, anciens Premiers
ministres ; il parle même de ces morts qui ont « joué
un rôle central, François Mitterrand et Charles Hernu »,
ex-ministre de la Défense. Ne reste donc que le commandant de gendarmerie
Prouteau, « homme de devoir et de courage », chargé
dune « mission » de lutte contre le terrorisme en 1982,
après lattentat de la rue des Rosiers. « Il ne sagit
pas dune structure illégale ou dune police parallèle,
Prouteau a été régulièrement installé
à la présidence de la République et a reçu
20 lignes découtes sur les 924 effectuées au GIC »,
le centre officiel du gouvernement. Un petit nombre de lignes «
facile à contrôler » par Matignon, qui signe les demandes
dautorisation de branchement. Il conteste tout détournement
de procédure pour abuser les services des Premiers ministres successifs.
Il ne voit « pas de dissimulation » des véritables
identités des « cibles » découtes lorsque
la cellule indique les noms de leurs compagnes, Nicole Lapierre pour masquer
le journaliste Edwy Plenel ou Blandine Vecten pour lavocat Antoine
Comte, « mais parce quelles sont titulaires des lignes ».
« Pas écouté, ni enregistré, ni transmis »
Très en verve, Me Szpiner dégaine un argument juridique
massue. Poursuivi pour « atteinte à lintimité
de la vie privée », Christian Prouteau na pourtant
« pas écouté, ni enregistré, ni transmis »
de transcriptions, ce que punit le Code pénal, « cest
le GIC, cest lÉtat qui la fait, Prouteau navait
pas le casque sur les oreilles ». Il a certes demandé des
branchements aux directeurs de cabinet de Matignon qui les ont signés
et permis. « Il nest pas complice par fourniture de moyens
ni par instructions données », assène Szpiner, pour
qui « les poursuites auraient dû être engagées
» pour lexploitation et la conservation de documents issus
découtes illégales.
« Car, en 1993, tout était prescrit »
Il évoque la question de la prescription qui se pose pour les multiples
branchements de Jean-Edern Hallier jusque dans son bistrot de la place
des Vosges et son restaurant de prédilection, la Closerie des Lilas.
Car les conversations téléphoniques piégées
du polémiste indiquent « non seulement quil se savait
écouté », a souligné mardi Me Olivier Metzner,
avocat de Pierre-Yves Gilleron, membre de la cellule, « mais aussi
par qui ». Lécrivain provocateur contacte en effet,
en 1983, le colonel Gervais, discrètement chargé à
Matignon de réceptionner les comptes rendus découtes,
pour sentretenir avec lui de ce sujet qui le vise directement. Une
affaire de date essentielle, car, en matière datteinte à
lintimité de la vie privée, la prescription démarre
le jour où la victime apprend le délit. Or, feu Jean-Edern
Hallier na déposé plainte quen 1993, après
la révélation du scandale par Libération. Tout comme
le journaliste du Monde, Edwy Plenel.
À son tour, Me Patrick Maisonneuve, pour lex-directeur de
cabinet adjoint de lÉlysée Gilles Ménage, a
recensé « 23 interceptions » de Plenel en 1984 et 1985,
« permettant de penser raisonnablement que M. Plenel est informé
de lécoute ». Ainsi, linvestigateur explique
à sa compagne : « Ménage, cest le conseiller
de Mitterrand, cest celui qui nous écoute là. »
Or, si lenquêteur du Monde et le polémiste Hallier
se savaient espionnés à lépoque, ils auraient
dû porter plainte dans un délai de trois ans, « car,
en 1993, tout était prescrit ». Au fil des 32 audiences,
Plenel a objecté que ces allusions au téléphone ont
valeur de « plaisanteries », quil ny croyait «
pas vraiment ».
Troisième problème.
Edwy Plenel sest désisté en fin de procès de
sa plainte contre Louis Schweitzer, ancien directeur de cabinet à
Matignon. Une bourde juridique. Me Szpiner sen empare et signale
que, dans deux cas, « la diffamation et latteinte à
la vie privée », ce sont les plaintes des victimes qui déclenchent
les poursuites, pas le procureur. Le retrait de plainte de Plenel à
légard dun prévenu entraîne, selon lui,
« lextinction de laction publique à légard
de tous ses coauteurs et complices ». Contre les douze qui risquent
aujourdhui entre quatre et douze mois de prison avec sursis, assortis
damendes.
Libération, Novembre 2005 Le procès des écoutes
de lÉlysée
Prison avec sursis pour les grandes oreilles de Mitterrand
Pour le tribunal correctionnel de Paris, cest lÉtat
qui doit être tenu pour responsable. Faute de pouvoir condamner
François Mitterrand en personne, le tribunal correctionnel de Paris
a distribué hier des peines symboliques aux anciens membres de
la cellule de lÉlysée.
De la prison avec sursis pour ses principaux responsables (huit mois pour
le commandant Prouteau, six mois pour le général Esquivié,
trois mois pour le commissaire Gilleron), relaxe pour les moins gradés.
Dans la même veine, deux anciens directeurs de cabinet à
Matignon, Michel Delebarre et Louis Schweitzer, sont condamnés,
mais dispensés de peine.
Rendant à César ce qui lui appartient, le jugement est très
clair : « Les faits ont été commis sur ordre soit
du président de la République, soit des ministres de la
Défense » (notamment Charles Hernu, également décédé).
Mieux, il précise que les éventuels dommages et intérêts
dus aux victimes découtes sauvages devront être réclamés
devant le tribunal administratif, les fautes commises par la cellule nétant
« pas détachables du service », compte tenu de sa «
soumission à la volonté présidentielle ».
Cest donc lÉtat (donc les contribuables) qui devra
réparer les basses uvres mitterrandiennes. Lancien
directeur de cabinet de Mitterrand, Gilles Ménage (six mois avec
sursis), est le seul de son entourage à payer.
Le tribunal a également réduit considérablement le
nombre de personnes placées sur écoute téléphonique
(150 personnes et 1 368 interlocuteurs, dont de nombreux journalistes)
pouvant exiger réparation. Son jugement note bien « le caractère
intolérable dune réelle atteinte à la liberté
de presse du fait de la dérive de la cellule de lÉlysée
», théoriquement chargée de la lutte antiterroriste,
mais de plus en plus obsédée par ce qui se disait de Mitterrand
dans les journaux.
Cela ne relèverait pas dune atteinte à lintimité
de la vie privée (le délit formellement poursuivi), mais
seulement dune ingérence dans leur activité professionnelle.
Au final, seuls quatre écoutés ont été retenus,
avec leur proche entourage respectif: lavocat Antoine Comte, défenseur
des Irlandais de Vincennes, le pamphlétaire Jean-Edern Hallier,
qui menaçait de révéler lexistence de Mazarine,
le journaliste du Monde Edwy Plenel, en pointe dans laffaire Greenpeace,
et Joël Galipapa, collaborateur de Charles Pasqua aujourdhui
décédé.
Ce tri sélectif fait hurler Jean-Michel Beau, ancien colonel de
la gendarmerie, partie civile, qui crie vengeance « depuis vingt-trois
ans », plongeant seul dans laffaire des Irlandais pour avoir
protégé danciens membres de la cellule.
Sa voix de ténor a brusquement interrompu la lecture du jugement
: « Je sors de la salle devant cette injustice inique et je vous
emmerde. Poursuivez-moi donc pour outrage à magistrat. »
Dans les couloirs, le général Esquivié philosophe
: « Tout agent qui travaille dans lantiterrorisme doit accepter
de se retrouver un jour devant un tribunal. On devrait lapprendre
aux nouvelles recrues. »
Venger.
Le grand perdant est le capitaine Barril, condamné à six
mois de prison avec sursis. On lui reproche davoir voulu se venger
de la cellule, avec laquelle il était en conflit, en piratant sa
mémoire informatique sous forme de disquettes et en la diffusant
anonymement (dans la presse et auprès du juge dinstruction)
pour se venger.
Les juges nont pas de preuve formelle contre lui, le parquet ayant
même requis la relaxe. Ils se sont quand même fait une religion
fondée sur ses « mensonges manifestes qui ne peuvent avoir
pour finalité que de tromper le tribunal ».
Libération, jeudi 10 novembre 2005, Écoutes
téléphoniques : les leçons dun procès
Après trois mois daudience, le procès des écoutes
téléphoniques touche à sa fin. Entre dénégations
et faux semblants, les débats auront permis détablir
quelques vérités sur lhistoire de la fameuse cellule
antiterroriste de lÉlysée.
Comme laffaire du Watergate, le scandale des écoutes montre
donc à quel point les contrôles hiérarchiques et administratifs
sont nécessaires dès lors quil sagit de protéger
lexécutif du pouvoir (sans limites ?) qui lanime. Mais
le parallèle sarrête là. En France, ni la presse,
ni les parlementaires, ni les juges nont été en mesure
de mettre en cause les politiques. Comme si lavertissement lancé
en 1965, dans le Coup dÉtat permanent95, restait valable
quarante ans plus tard. En dénonçant le cabinet noir du
général de Gaulle, François Mitterrand constatait
: « Ce qui sort en surface est peu de choses au regard de ce qui
reste caché. »
Le jugement
Douze ans après louverture de lenquête judiciaire,
le Tribunal correctionnel de Paris, dans son jugement du 9 novembre 2005,
a exposé les motivations de sa décision judiciaire :
Le tribunal releva ainsi que le président François Mitterrand
sétait montré soucieux de protéger divers éléments
de sa vie personnelle, notamment lexistence de sa fille naturelle
Mazarine Pingeot (dont lécrivain Jean-Edern Hallier, menaçait
de révéler lexistence si le président neffaçait
pas son lourd redressement fiscal) voire, selon la dépêche
de lagence Reuters rapportant la décision judiciaire, le
cancer diagnostiqué fin 1981 et son passé à Vichy
pendant la guerre (affirmations qui navaient pas paru jusqualors).
Cest pour des « motifs obscurs » (dixit le tribunal)
également que le compagnon de Carole Bouquet est écouté
à cause de ses relations au Proche-Orient tout comme Edwy Plenel,
journaliste au Monde ou encore lavocat Antoine Comte.
Dans ses attendus, le tribunal a encore pointé du doigt François
Mitterrand : « Les faits avaient été commis sur ordre
soit du président de la République, soit des ministres de
la Défense successifs qui ont mis à la disposition de (Christian
Prouteau) tous les moyens de lÉtat afin de les exécuter
».
Selon le Tribunal, François Mitterrand a été «
linspirateur et le décideur de lessentiel ».
Le dossier a montré que le président avait ordonné
lui-même certaines écoutes et avait laissé faire pour
dautres.
Le tribunal néanmoins souligna que les autres écoutes administratives
réalisées par les services secrets et la police navaient
pas plus de cadre légal que celles de la cellule antiterroriste.
Sept anciens collaborateurs du président sont finalement condamnés
dont :
Gilles Ménage, ex-directeur de cabinet adjoint (6 mois de
prison avec sursis et 5 000 euros damende pour « atteinte
à lintimité de la vie privée »)
Christian Prouteau, dirigeant de la cellule antiterroriste (8 mois
de prison avec sursis et 5 000 euros damende)
Louis Schweitzer, ancien directeur de cabinet de Laurent Fabius
à Matignon, pour le placement sur écoutes de lécrivain
Jean-Edern Hallier (dispensé de peines)
Michel Delebarre, ex-directeur de cabinet de Pierre Mauroy à
Matignon, pour le placement sur écoutes de lécrivain
Jean-Edern Hallier (dispensé de peines)
lancien gendarme Paul Barril, condamné pour le recel
des données secrètes de la cellule à six mois de
prison avec sursis et 5 000 euros damende.
Quatre autres employés de la cellule ont été relaxés
ainsi que le général Pierre Charroy, patron de 1982 à
1999 du Groupement interministériel de contrôle (GIC), organisme
qui réalise pour le compte du gouvernement lensemble des
écoutes téléphoniques administratives (extrajudiciaires).
Seules sept parties civiles sont ainsi reconnues comme victimes parmi
lesquelles lex-journaliste du Monde Edwy Plenel, en pointe dans
laffaire Greenpeace, lavocat Antoine Comte, défenseur
des Irlandais de Vincennes, Jean-Edern Hallier (décédé)
ainsi que sa famille et Joël Galipapa (décédé),
collaborateur de Charles Pasqua aujourdhui décédé
alors que 22 autres plaintes sont jugées infondées dont
celles des journalistes Hervé Brusini et Michel Cardoze et celle
de lactrice Carole Bouquet.
Par ailleurs, le tribunal déclara que les fautes nétaient
pas « détachables du service de lÉtat ».
Aucune partie nayant fait appel du jugement, il a eu force exécutoire,
mais les sanctions seront amnistiées en vertu de la loi votée
après lélection présidentielle de 1988, et
donc non inscrites au casier judiciaire, si les condamnés paient
les amendes.
Constantin Melnik, conseiller de Michel Debré à Matignon,
qui coordonna les services secrets entre 1959 et 1962 expliqua en octobre
1996 dans Le Monde que les écoutes pratiquées sous François
Mitterrand lui apparaissaient comme « des jeux denfants improvisés
par rapport à ce qui était pratiqué systématiquement
durant les premières années de la Ve République »,
en pleine guerre dAlgérie.
Le 13 mars 2007, la Cour dappel de Paris a accordé à
lactrice Carole Bouquet un euro de dommages et intérêts
et au lieutenant-colonel Jean-Michel Beau 5.000 euros, pour atteinte à
lintimité de leur vie privée dans cette affaire .
Djokhar Doudaev tombe dans le piège
Le 9 avril 1996, cela fait presque seize mois que la sale guerre de Tchétchénie
se poursuit dans le Caucase, lorsque Djokhar Doudaev, ex-général
de lArmée rouge et dirigeant de la résistance tchétchène,
annonce à quelques journalistes réunis pour une conférence
de presse improvisée dans les montagnes du sud de la Tchétchénie,
quil nest disposé à négocier quavec
le président Bons Eltsine lui-même. Il va être entendu...
Dans la nuit du 20 au 21 avril, il réunit quelques fidèles
dans une ferme du village de GekhiTchou où il attend une communication,
par téléphone satellitaire, avec lun des médiateurs
proposés par Bons Eltsine. A lheure prévue pour cette
communication, ses gardes du corps déploient, dans un champ proche
de la ferme, lantenne parabolique nécessaire à létablissement
de la communication. Quelques minutes plus tard, Doudaev est tué
dans un bombardement.
Depuis le début de la guerre, le FSB cherchait le moyen déliminer
le rebelle. Plusieurs tentatives dassassinat sétaient
déjà soldées par un échec, mais les hommes
de la Loubianka ne renoncent jamais.
Et, une nuit de printemps, leur heure était enfin venue. Chamil
Bassaeiv, lun de ses adjoints, responsable des forces spéciales
de la résistance tchétchène, prétendra quelques
jours plus tard que ce sont des missiles guidés par les ondes émises
par son téléphone cellulaire qui ont tué le président
et mettra en cause une puissance occidentale qui aurait placé ses
satellites au service du FSB pour cette opération.
Une explication passionnante, mais fausse. Car si le schéma densemble
est bien réel, les choses se sont cependant déroulées
un peu différemment. Et pour cause le missile anti-téléphone,
comme des experts français de la guerre électronique le
déclareront au journal Le Monde, nexiste pas : S
il existe des missiles antiradars qui se guident sur les ondes émises
par leurs cibles, le missile anti- téléphone na pas
encore été inventé.
Lactivation du téléphone portable du président
tchétchène aurait, en revanche, permis sans beaucoup de
problèmes à un Illiouchine équipé de matériel
ELINT (Electronic Intelligence) de repérer en quelques secondes
lorigine de lémission du signal. Il suffisait dès
lors de dépêcher sur place
un ou plusieurs hélicoptères de combat en vol dans la région
pour éliminer Doudaev en tirant quelques missiles air-sol.
Mais limportant, en ce qui nous concerne, nest pas là.
Ce qui importe, bien entendu, cest que le FSB ait jugé bon
dutiliser le prétexte de négociations au plus haut
niveau pour attirer le loup tchétchène dans le piège
qui lui sera fatal. Un procédé qui a porté ses fruits,
mais qui discrédite dangereusement le pouvoir politique russe.
Il y a fort à parier que, placés dans des circonstances
identiques dans un avenir plus ou moins loin tain, dautres rebelles
y regarderont à deux fois avant de croire à la sincérité
de leurs interlocuteurs se réclamant du Kremlin...
Cambriolage à France Télécom
Le 3 mars 2000, il a été constaté quil y avait
eu des visiteurs dans un dans un immeuble de France Télécom,
et que les clés du responsable avaient été utilisées.
Comme il ny avait eu aucun vol, la gendarmerie et autres services
dinvestigation navaient pas été alertés.
Le lundi de Pâques, 24 avril, la direction de la téléphonie
mobile à Montrouge dans les Hauts de Seines, Avenue de la Marne,
sest fait là, carrément piquer un coffre fort de 50
kg. Il contenait 360 fiches téléphoniques classées
Secret Défense. Il y avait aussi un autre listing de demandes dinterceptions
en cours, et 200 fiches découtes datant de mi-décembre
1999, qui auraient dû être détruites et ne lavaient
pas été.
Elles concernaient des écoutes de téléphones portables
dont les demandes émanaient de services comme la PJ, DST, DGSE,
gendarmerie, les douanes, mais aussi DPSD... Elles sont roses pour la
DST, jaunes pour la PJ...
Le cambriolage de France Télécom a été réalisé
visiblement par des professionnels, qui en plus connaissaient très
bien les lieux.
La sécurité de limmeuble est réalisée
par deux sociétés, une de télésurveillance,
et lautre de maîtres chiens. Ce lundi matin de Pâques,
il y a dailleurs eu une intervention pour programmer le système
de contrôle daccès en jour férié. Un
peu plus tard, un véhicule avec trois personnes arrive et rentre
dans le parking souterrain en utilisant un badge magnétique. Ils
évitent les caméras du rez-de-chaussée, puisquils
ne sy arrêtent pas. Elles ne sont de toute façon pas
branchées sur le réseau, et on peut même se demander
sil y a un magnétoscope qui enregistre ce qui se passe en
permanence dans limmeuble. Ils utilisent lascenseur pour monter
directement du sous-sol au premier étage, qui na pas de caméra.
Ils passent le sas avec leur badge, pour rentrer dans le service des écoutes.
Il y a seulement 20 personnes qui peuvent y pénétrer avec
un badge. Les cambrioleurs vont vers le bureau des deux responsables des
écoutes habilités secret défense. Ils ne fracturent
pas la porte blindée, mais démontent la paroi vitrée
de côté.
Cest paradoxal à France Télécom, mais on va
« durcir » quelque chose en y mettant le prix, et avec des
cabinets détudes qui pensent à tout, alors quen
passant par derrière si je puis mexprimer ainsi, nimporte
qui peut neutraliser un moyen qui a été coûteux à
la réalisation.
Ensuite ils nont pas fait de détail, ils ont carrément
embarqué le coffre avec eux, car il nétait pas scellé.
Là, plus moyen de faire autrement, France Télécom
a été obligée dinformer la gendarmerie. Lenquête
a été confiée à la DST. Cest la preuve
que la sécurité à France Télécom a
de sérieuses lacunes. Ce nest pas une grande surprise, quand
on sait comment fonctionne et sont dirigés certains départements.
Cette opération commando rappelle le cambriolage de la brigade
financière sur les documents de laffaire ELF, rue Château
des Rentier dans le treizième.
Le feuilleton continue, un salarié découvre le jeudi 27
que son tiroir a été forcé durant la nuit. À
la suite dune fuite, le Journal du Dimanche du 30 avril 2000 a révélé
ce cambriolage. Ce cambriolage a été confirmé le
3 mai 2000 par le secrétaire dÉtat Christian Perret.
Des opérateurs non contrôlés :
Un opérateur peut mettre nimporte qui sur écoute en
toute impunité.
Il y a des naïfs qui pensent quil sagit dun cambriolage
crapuleux, dont le but était de voler des cartes téléphoniques.
Soyons sérieux. Mieux on peut aussi lire que des concurrents avaient
peut-être un but qui était celui de porter atteinte à
limage de France Télécom. La plaisanterie est quand
même un peu grosse.
Mais on peut se demander aussi si le dirigeant dun groupe ou dune
société concurrente à une des filiales du groupe
France Télécom, na pas voulu vérifier tout
simplement par ses propres moyens, sil navait pas été
mis sur écoute par lopérateur. Cette hypothèse
vaut aussi bien la précédente.
On peut aussi se dire quun très haut politicien, un ministre
par exemple, ou un diplomate a voulu vérifier si son numéro
de portable nétait pas sur écoute, en faisant cambrioler
France Télécom par un service secret. Autre hypothèse
qui tient aussi la route.
Il faut savoir que des chercheurs qui travaillent sur les effets du téléphone
portable sur la santé, peuvent aussi avoir été mis
sur écoute. De là à penser quil en est de même
pour les politiciens qui travaillent sur des sujets qui dérangent
les opérateurs, on peut se demander quest-ce qui peut empêcher
ce dernier de les écouter en France.
Nimporte quel politicien par exemple qui voudrait faire passer un
texte de loi qui irait contre les intérêts des opérateurs
pourrait se retrouver mis sur écoute sans le savoir, et sans que
les services de lÉtat ne le découvre, puisquil
nexiste aucun moyen, ou aucune structure officielle de contrôle,
capable de vérifier ce fait et léthique de nos opérateurs.
Ils peuvent faire des écoutes en toute impunité, puisquil
ny a aucune commission de contrôle pour vérifier leurs
agissements. Ce fait est valable pour tous les opérateurs sans
exception, y compris pour ceux dinternet, pour le courrier électronique.
Le CNCIS ( Commission Nationale de Contrôle des Interceptions)
épingle les officines et opérateurs :
Actuellement nimporte qui peut faire des écoutes quand ce
nest pas les opérateurs eux-mêmes qui commettent des
actes illégaux en se livrant à des interceptions illégales.
En Effet, des actions réalisées en marge de la légalité
par des opérateurs ont été dénoncées
par la CNCIS en 1998, qui sest plainte de ne pas pouvoir les sanctionner.
Le journal le Parisien du 30/04/98 publiait un article de Fabrice Lhomme
sur le contenu du sixième rapport de la CNCIS. On retiendra que
les écoutes clandestines sont estimées à 100.000
par an. Mais on apprend surtout :
« La CNCIS redoute quune insuffisante coopération institutionnelle
avec les opérateurs de télécommunications et les
industriels, conduise à la multiplication dinitiatives en
marge de légalité ».
On ne peut être plus clair. Le CNCIS a jugé utile par exemple
de retirer en début dannée 1998 à certaines
sociétés, lhabilitation dont elles disposaient pour
faire des écoutes, en raison du non-respect de la loi. Cette commission
a aussi regretté, ce qui est tout à son honneur, que des
poursuites ne soient pas engagées à lencontre de ceux
qui avaient violé cette législation en vigueur. On peut
donc sétonner que dans une république, que des politiques
puissent accepter sans engager de poursuites, la violation de la constitution
française, des droits des citoyens, latteinte à la
vie privée, mais aussi de leurs droits.
Il ny a en effet aucun service de lÉtat qui vérifie
si les opérateurs de téléphonie ou Internet ne réalisent
pas des interceptions illégales pour leur propre compte. Début
avril une réunion a eu lieu au CNCIS en présence :
du Conseiller dÉtat, Dieudonné Mandelkern,
du Député PS Jean-Michel Boucheron,
du Sénateur Centriste Pierre Fauchon,
Dans les coulisses, on déclare un certain agacement à légard
de France Télécom Mobile, dont on dit volontiers quil
se préoccupe plus de son chiffre daffaires que de la sécurité
des écoutes. Dans le rapport public du 8 juin, un chapitre concerne
les problèmes liés à la téléphonie
mobile. À partir de 1995, il a été imposé
que les opérateurs prennent les dispositions nécessaires,
pour permettre les écoutes sur les mobiles. Elles coûtent
5 fois plus cher que les écoutes filaires. Chez certains opérateurs
comme Bouygues, on attend que lÉtat paye ses dettes avant
de refaire dautres écoutes. Il est vrai que quand lÉtat
vous réclame les impôts, il nest guère patient
.
Les « grandes oreilles » de la France
Le Ministère de la Défense se dote de satellites espions
capables dintercepter les communications téléphoniques,
fax, e-mails... pour écouter le monde entier. Par Serge BROSSELIN
Au milieu des années 90 au siège parisien dun groupe
industriel français, tous les hauts responsables ont été
convoqués par leur président quaccompagne le directeur
de la sécurité. Aucune des « huiles » conviées
à la réunion na préalablement été
informée de la raison de ce surprenant rendez-vous matinal.
Le chef de la sécurité met en marche un magnétophone.
Stupeur des invités ! Ce sont leurs propres communications téléphoniques,
interceptées à partir de leurs téléphones
portables, quils entendent !
Depuis, ces cadres dirigeants appelés à traiter les informations
stratégiques sont sensibilisés aux risques des interceptions
électromagnétiques.
Car, inutile de le préciser, ce que les « grandes oreilles
» du ministère de la Défense français ont intercepté,
le réseau découte américain Echelon
de la National Secutity Agency (NSA), dont le siège est à
Fort Meade, dans le Maryland, en a eu également connaissance. Interception
de mobiles, de télécommunications civiles (courrier électronique,
fax, téléphone...) et militaires, recueil des caractéristiques
des fréquences de fonctionnement des radars militaires ou des conduites
de tir de batteries de missiles, tout sécoute à partir
de lespace !
« Gouverner cest prévoir », donc plus que jamais
à lère de la communication généralisée,
cest avant tout, savoir. Voilà pourquoi le ministère
français de la Défense va mettre en service en 2003 (voir
dans la section traitant du réseau mondial découte
Echelon) un système découte électronique spatial
que seuls les États-Unis et la Russie possèdent aujourdhui.
Les moyens denregistrement téléphoniques :
La justice peut se demander légitimement pourquoi et dans quel
but des opérateurs de télécommunications filaires
ou portables, séquipent avec des systèmes denregistrement
aussi sophistiqués, que même nos services officiels ne peuvent
se payer. On peut douter que ces derniers sous-traitent ce genre dactivité
sensible à des opérateurs, sinon on retomberait une fois
de plus dans des contingents découtes non déclarées,
donc une fois de plus dans les écoutes illégales .
Il serait certainement très instructif découter les
justifications des uns et des autres.
Les nouveaux équipements disponibles chez divers constructeurs,
permettent dhorodater et denregistrer 2 MICs simultanément.
Cela correspond à 60 conversations téléphoniques
et les deux canaux D respectifs. On peut sélectionner les conversations
par les numéros des appelés ou appelants, par bornage dune
date et dun créneau horaire. Toutes ces informations sont
en effet contenues dans les canaux D.
En utilisant un dispositif externe de reconnaissance vocale, on peut extraire
une communication à partir dune empreinte vocale pour déclencher
un enregistrement à partir de ces derniers. Lautre moyen
possible consiste à utiliser les mots clefs pour déclencher
une action. Comme exemple, nous pouvons prendre le logiciel Voice-Assist
qui était livré à une époque avec la carte
sonore SoundBlaster pour les ordinateurs IBM/PC.
Après avoir enregistré des mots clefs sous une ou plusieurs
intonations, on programme pour chacun, une action ou fonction particulière
interne ou externe au système. Lordinateur reconnaît
ensuite le mot prononcé et déclenche laction appropriée.
Pour en revenir aux enregistreurs, ils peuvent utiliser des cassettes
S-VHS, DAT dont la durée pourra atteindre 500 heures en fonction
du temps dutilisation des canaux du MIC. Certains de ces appareils
sont assez bien conçus pour nautoriser quun accès
sélectif à plusieurs techniciens qui auront chacun un mot
de passe et leur propre journal daccès au système
horodaté. On peut autoriser ainsi un technicien à nécouter
que certains numéros. Ils comportent aussi bien évidemment
un mot de passe ingénieur système ou encore appelé
super-utilisateur. Plusieurs appareils peuvent être gérés
en réseau à partir dun seul ordinateur. Ils peuvent
fonctionner en mode cyclique ou ping-pong ou dès lapparition
dune communication sur un canal. Quand la bande est terminée
sur un, un autre appareil prend la relève et enregistre.
Le nombre de constructeurs pionniers pour ce type de matériel est
assez limité.
Le problème, cest que si les services officiels ont acheté
ce type déquipement, ils nont malheureusement pu que
les acheter en nombre réduit. En effet si on considère que
le prix dune unité est de lordre de 200 à 270
KF en fonction des constructeurs, tout le monde comprendra quil
est impossible den installer dans chaque ville. Alors quen
est-il dans ce cas pour les téléphones portables, réseaux
auxquels la gendarmerie na pas accès. Ce qui est contraire
aux opérateurs qui peuvent faire ce quils veulent sans le
moindre contrôle en plus. Leurs ennemis nont plus quà
bien se tenir ou changer de mode de communication. Cest ce qui a
peut-être justifié lapparition de système de
cryptographie pour le GSM à une époque. Les politiciens
et services officiels, éditeurs journalistes, concurrents nont
pas en effet à être écoutés par ces curieux
dun nouveau genre. Le nombre de constructeurs étant très
limité, un juge naurait aucun problème à définir
la liste des clients et compter le nombre vendu aux opérateurs.
Le principe de fonctionnement est le suivant : plusieurs abonnés
sont reliés sur un central PABX. Les communications des suspects
sont réorientées, par programmation vers un faisceau MIC
sortant qui sera transmis vers le PABX dun centre découte
officiel comme le GIC. Car en effet contrairement à un lien physique
dédié à chaque fois à un seul abonné,
ici on peut enregistrer 100 ou 300 abonnés différents sur
le même enregistreur. Il ne faut seulement pas dépasser la
limite de 30 communications simultanées. Sils téléphonent
donc chacun à tour de rôle, cest ce qui permettra daugmenter
le nombre des suspects sur un seul système. Pour les téléphones
portables, cela est plus complexe en raison de la mobilité des
utilisateurs. Rien ne peut se faire sans passer par les divers opérateurs.
Le groupe se retrouve donc automatiquement directement informé
des actions engagées contre les dirigeants dune de ses filiales.
Voilà pourquoi la justice, les juges, les services de police auront
plus de difficulté quavant pour faire leur travail.
Système dinterception ou découte électronique
téléphonique automatique :
Cest ce que nous pouvons appeler des écoutes automatiques.
Il ny a aucune intervention physique sur les installations. Elles
sont totalement indétectables. Le principe consiste à réorienter
dès la détection de mots clefs préprogrammés
ou à partir dune reconnaissance vocale les conversations
automatiquement vers un centre découte.
Le développement de ce genre dautocommutateur téléphonique
a commencé a être étudié et réalisé
à partir de 1980 par la firme Pressley. Elle travaille pour le
Département de la Défense Américain qui est un de
leur client. Il permet précisément de tout numériser,
tout sauvegarder, tout réorienter vers un centre pour une écoute
et un traitement ultérieur ou voire même immédiat.
Ce genre dinstallation est disponible et opérationnelle chez
British Telecom en Angleterre. Quand un opérateur sinstalle
sur notre territoire, il vient avec son propre matériel, avec ses
PABX, ses logiciels de base et options plus ou moins connues.
Nous navons aucune garantie que des opérateurs nutilisent
pas ou nutiliseront pas ce genre de système en France permettant
de réorienter certaines communications de diverses firmes françaises
vers leur pays. Jattire lattention de notre gouvernement sur
ce point particulier. Il ny a en effet aucune différence
matérielle ou modification, tout est géré et traité
au niveau des logiciels. Je ne vois donc pas comment on découvrirait
la supercherie sauf en espionnant tout ce qui transite sur les tuyaux
en direction de létranger et encore. Si le traitement se
fait sur place avec un système danalyse en langage pivot,
que lon compresse et lon crypte le tout, on ny verra
que du feu.
Des informations capitales pour notre économie ou nos recherches
peuvent ainsi transiter. Il en est de même sur le réseau
Internet. Un message que jexpédie à mon voisin peut
très bien se retrouver à la NSA à Fort Meade tout
simplement parce que jaurai utilisé des mots dans mes phrases
sans le savoir qui auront été programmé dans leur
système. On ne peut que conseiller à nos industriels des
très hautes technologies dêtre très prudent
sur lutilisation des réseaux comme Internet.
Nouveau service France Telecom : lespionnage gratuit !
Article paru dans Le Virus Informatique 26 (juin 2004)
Qui na pas au moins une fois rencontré la Messagerie Vocale
? Cest un service gratuit de France Telecom qui, à linstar
dun répondeur téléphonique, enregistre les
appels. Il sactive au bout de quatre sonneries dans le vide ou lorsque
votre téléphone est déjà occupé par
une autre communication. Pour prendre connaissance des messages déposés,
labonné doit simplement composer le 3103 depuis son combiné.
Il connaîtra au surplus, la date dappel et le numéro
de téléphone de lappelant. Mais, le saviez-vous ?
Loffre Messagerie Vocale comprend en outre des options pratiques,
notamment lalerte par e-mail. Elle vise en première ligne
les gros consommateurs du net ou les itinérants.
Chaque jour, dès quun message est laissé sur votre
répondeur France Telecom, un mail vous informe que « vous
avez reçu dans votre messagerie 0142xxxxxx au moins un nouveau
message le 09/06/2004 à 17:26:06 ». Pour lactiver,
rien de plus simple : il suffit soit de téléphoner à
un automate, soit denvoyer un mail à ladresse lamessagerievocale.3103@francetelecom.com.
Dans lobjet, indiquez seulement votre numéro de téléphone
et laissez le corps vide. Si tout se passe bien, un mail de confirmation
vous annoncera dans les 48 heures la mise en route du système.
Mais, grosse surprise, il ny a aucune vérification de la
légitimité des demandes !
Quiconque peut envoyer la demande dinscription depuis nimporte
quelle adresse e-mail et, surtout, mentionner le numéro de téléphone
de nimporte quel abonné ! En toute discrétion, une
personne mal intentionnée peut donc savoir si son voisin, ami,
ennemi, patron, collègue, conjoint (etc.) a reçu des appels
sur sa ligne. Il saura du même coup si, à lheure indiquée
dans le mail, il était absent ou occupé, car en week-end
ou en vacances ! Les seules contraintes, aussi maigres que naturelles,
consistent à connaître le numéro et espérer
que la victime soit abonnée à la Messagerie Vocale... Bref,
un bien bel outil despionnage offert par France Telecom !
Contactée, la société nous a remerciés, mais
a également relativisé, car « très peu de clients
utilisent lavis de message par mail » (sic ). Elle souligne,
un peu gênée, que la procédure normale exige bien
une validation par téléphone « mais trop souvent les
clients oubliaient cette étape et se plaignaient que cela ne fonctionnait
pas ». Pour « faciliter cet usage, le service compétent
procédait lui-même à lactivation, dans la foulée
de la réception du mail. Nous allons donc restaurer la procédure
initiale ». Virus, le premier magasine qui pourrit la vie des abonnés
France Telecom ! (Source : David F. Gal lagher)
Marc Rees
Le Busch à oreilles...
Bush défend les écoutes téléphoniques (Article
publié le 20/12/2005 dans RFI Actualités)
Patriot Act ou écoutes électroniques, le président
américain continue à justifier des mesures exceptionnelles
par la guerre contre le terrorisme.
Le président des États-Unis, George W. Bush, continuera
à autoriser les agences despionnage à faire de lécoute
électronique aux États-Unis sans mandat de la justice. Samedi,
dans son message radio hebdomadaire, il avait admis avoir autorisé
plus de 30 fois des opérations découte de plusieurs
centaines, voire plusieurs milliers de personnes aux États-Unis.
La loi interdisant aux États-Unis despionner des conversations
dAméricains, le président a assuré quil
sagissait dappels internationaux faits depuis les attaques
du 11 septembre 2001.
Dans sa conférence de presse de lundi, George Bush a assuré
que ces mesures étaient légales, relevant de sa «
responsabilité constitutionnelle » de protéger le
pays. Revendiquant le secret ayant protégé lopération,
il a annoncé louverture dune enquête pour déterminer
lorigine des fuites qui ont révélé la pratique
de ces écoutes dans les colonnes du New York Times. Cétait
un « acte honteux » selon lui que de révéler
les opérations découte « en temps de guerre
» allant jusquà assurer que « le fait quon
discute de ce programme aujourdhui aide lennemi ». Il
a dressé un parallèle avec la responsabilité de la
presse qui aurait révélé la façon dont Oussama
Ben Laden communiquait par téléphone portable, ce qui, après
publication, aurait poussé le chef dAl-Qaïda à
changer ses habitudes.
Un appel pour le Patriot Act
Cest encore au nom du 11 septembre et de « la guerre contre
le terrorisme » que le président américain sen
est vigoureusement pris aux sénateurs qui bloquent le renouvellement
du Patriot Act, une loi dexception étendant les pouvoirs
des forces de lordre dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
Lorsque la loi avait été adoptée dans la foulée
des attentats du 11 septembre, tous les sénateurs sauf un lavaient
soutenue. Quatre ans plus tard, la quasi-totalité de lopposition
démocrate, rejointe par quatre élus du Parti républicain
du président Bush, émet des réticences à sa
reconduction dans la forme actuelle.
George Bush leur a rappelé leurs contradictions : « La plupart
des sénateurs qui bloquent actuellement le Patriot Act lavaient
adopté en 2001. Ces sénateurs doivent expliquer pourquoi
ils pensaient que le Patriot Act était un outil crucial après
les attentats du 11 septembre et pourquoi maintenant ils pensent quil
nest plus nécessaire. » Interrogé sur la chaîne
ABC lundi soir, le vice-président Dick Cheney est allé un
peu plus loin dans les accusations vis-à-vis des sénateurs
opposés à sa prolongation : « Ce qui me préoccupe,
cest quà mesure que lon séloigne
du 11 septembre, il semble que certains soient de moins en moins engagés
à faire le nécessaire pour défendre le pays. »
Tensions entre la Maison Blanche et le Congrès
Ces remarques ont remis de lhuile sur le feu entre la Maison Blanche
et le Congrès. En ce qui concerne les écoutes controversées,
le président a fait valoir quil avait eu laval du ministre
de la Justice pour les écoutes, mais il na pas mentionné
lautorisation du Congrès. Tout comme pour lexistence
de prisons secrètes à létranger, ses élus
(à lexception des chefs de file qui nont pas été
autorisés à partager linformation) nont pas
été informés des écoutes. « Le président
croit quil a le pouvoir de passer outre les lois que le Congrès
a votées », sest plaint le sénateur démocrate
Russell Feingold, « le président ne choisit pas quelles lois
il décide de suivre. Il est le président, pas un roi. »
Pour les démocrates, laffaire des écoutes est symptomatique
des libertés que le président sautorise vis-à-vis
du pouvoir législatif. Ils reprochent à la majorité
républicaine de ne pas laisser le Congrès jouer son rôle
de contre-pouvoir et davoir signé des chèques en blanc
au président Bush, sans lui avoir demandé de compte sur
14 dossiers, allant du scandale des fuites sur la couverture de lespionne
Valerie Plame, aux attributions de contrat en Irak à Halliburton,
lentreprise dont le vice-président Dick Cheney était
employé.
Ces prérogatives que sest attribué George Bush font
aussi grincer des dents sur des bancs conservateurs traditionnellement
méfiants vis-à-vis du pouvoir du gouvernement fédéral
et de son intrusion dans la vie privée des Américains.
Les portables aussi...
Les radiotéléphones :
Il existe à ce jour divers systèmes comme le Radiocom 2000
dont lactivité devrait sarrêter dans très
peu de temps. Le plus répandu aujourdhui étant le
cellulaire ou GSM. Il y a aussi le Bi-Bop
qui na pas connu le succès du GSM. Il semble que ce dernier
ne soit pas la solution en terme de confidentialité.
Sinon pourquoi des industriels ont-ils estimé nécessaire
de produire des systèmes de cryptographie pour ce mode de communication
?
Il y a une raison. Il ne faut pas oublier que pour réparer ou régler
ces appareils, des bancs radiotéléphone ont été
créés. Même sils sont coûteux, en matière
despionnage industriel, on ne regarde pas à la dépense.
Ce type de banc à un coût qui oscille entre 100 et 200 KF,
mais comporte une multitude de protocoles de communication numériques
ou analogiques. Ces appareils permettent normalement de régler
tout ce que lon veut à condition dy mettre le prix.
Mais on peut aussi écouter en faisant quelques modifications, et
en le couplant à une informatique assez lourde.
Mais il faut aussi avoir des complicités chez les opérateurs
pour connaître certains numéros. Ce nest évidemment
pas à la portée du premier venu. Le problème cest
que les portées radio des portables sont réduites, donc
lécoute est possible pour un sédentaire, pour un pigeon
voyageur, il est sûr que linterception est beaucoup plus délicate.
Il faudrait autant de systèmes dinterception radio quil
y a de cellule.
Par contre, lopérateur pourra lui écouter tout ce
quil veut au niveau des MSC98, même sil nen a
pas le droit, qui ira le contrôler ?
Aussi aberrant que cela paraisse, il ny a en effet aucun organisme
de contrôle qui vérifie si nos opérateurs respectent
une certaine déontologie, et ny dérogent pas pour
effectuer des écoutes pour leur propre compte, sur les portables
de leurs concurrents, des personnalités politiques gênantes,
juges, ou brigade financière qui pourraient les déranger.
Ils peuvent saménager en toute tranquillité un autre
sous-sol, ni vu ni connu, faire en sorte que lascenseur ne puisse
jamais latteindre sans un code spécial et une clef, et y
installer tous leurs dispositifs denregistrement. Il installera
des systèmes de traitement destinés à extraire les
conversations à partir de mots-clefs, dempreintes vocales,
ou des numéros des abonnés appelants ou appelés.
Ce nest pas sans raison que Matra Communication a développé
le Matracom 9600 présenté à Millipol 96, qui est
un réseau cellulaire numérique sécurisé et
crypté, destiné aux services gouvernementaux.
1-Micro espion GSM (Fiche du revendeur)
« Micro espion »dernière génération conçu
à partir dun téléphone mobile cellulaire. À
la différence des « Micro Espions » ordinaires qui
utilisent les ondes radio classiques, lémetteur GSM transmet
sans limites de distance (couverture de la téléphonie mobile)
; il nest plus nécessaire de posséder un récepteur
scanner pour capter les émissions. Indétectable par les
appareils anti-micro espion.
Allumé, il peut être utilisé comme un téléphone
portable ordinaire qui permet deffectuer ou recevoir des appels
téléphoniques .
Lorsquon léteint après avoir composé
un code un secret il se transforme en redoutable micro espion GSM capable
de transmettre les sons captés dans un rayon de 7 mètres.
Pour effectuer une écoute, il suffit dappeler le numéro
de la carte SIM (non fournie) à partir de nimporte quel téléphone
(fixe, cabine, mobile) dans le monde ; lappareil décroche
automatiquement sans aucune sonnerie ; lécran reste éteint.
Sans attirer lattention il est alors possible découter
lactivité et les conversations du local où lappareil
a été installé.
Recommandé pour la surveillance audio dun local, dune
cible en mouvement (une voiture ou caravane par exemple), dune marchandise.
Appareil dinvestigation idéal pour détective privé
ou pour usage personnel (surveillance audio de la maison par exemple),
recherche de preuves, filature...
Livré avec batterie et chargeur.
Autres systèmes en vente libre : INTERCEPTEUR PASSIF GSM
MULTIBANDE
IP-GSM-06
Ce système dInterception de la téléphonie mobile
convient pour travailler avec tous les réseaux GSM car il opère
dans toutes les bandes attribuées (850/900/1800/1900 MHz).- Il
intercepte passivement les objectifs, pouvant registrer tous les appels
et messages de texte (SMS) émis ou reçus.-
Ce système opère avec les données extraites de la
MSC du réseau à explorer, donnant les données dinterception
dans lair (IMSI/TMSI).
Lalgorithme y est incorporé COMP128 pour lencryptement
A5.0, A5.1, et A5.2, qui va effectuer le désencryptage en «
temps réel ».-
Il génère les registres dactivité des cellules
explorées, avec les données correspondantes aux usagers
registrés, permettant de « capturer » ceux-ci en tant
quobjectifs.
Il génère tous les registres dactivité des
objectifs, tant des conversations effectuées, comme des SMS interceptés,
avec registre de date, heure, durée, trant/sortant, identification
dabonnées, etc.
Il permet un « suivi en ligne » et la possibilité de
convertir en fichiers MP3 (compressés) encryptables avec la possibilité
dêtre envoyés par courrier électronique.-
Le système basique permet dexplorer en simultané 2
Cellules avec 4 canaux audio dopération, apte pour 2 objectifs
en simultané, et ce système peut « augmenter »
jusque 12 Cellules (24 canaux audio), 12 objectifs.
Forme de travail :
Le système permet de contrôler plusieurs récepteurs
selon la configuration et de visualiser sur lécran lactivité
des cellules explorées, obtenant ainsi les données dinterception
: IMSI et KI de lobjectif, sans devoir utiliser sa SIM (puce) car
ils sobtiennent par le biais dune application API de manière
entièrement passive dans lair.
Le système permet dobserver sur lécran lactivité
des cellules, les canaux et lidentification des usagers se trouvant
temporellement dans la cellule explorée et par le biais dune
application on peut déterminer que lun de ces usagers devient
« objectif » ou charger dans la base dobjectifs, ceux
en mode « spécifique ».
La configuration physique du système Basique (2 cellules 4 canaux
audio) est autocontenue dans une valise où le « contrôleur
» est un ordinateur du type Laptop (Notebook), Pentium IV, de nouvelle
génération, contenant les programmes de contrôle du
système et un module de RF et logique contenant le reste de logiciel,
les plaques DSP et les récepteurs spécifiques multibandes,
plus batterie, source dalimentation et autres éléments.
Tout le système est facile à opérer et nous avons
des plates-formes en base à Windows et Linux, selon demande expresse
et possède une procédure dutilisation permettant à
un opérateur de pouvoir travailler avec tous les paramètres
principaux en quelques heures dapprentissage.
On peut aussi appliquer un logiciel spécifique pour la localisation
de lobjectif par le biais du système LAI, que les réseaux
GSM incorporent afin de minimiser les tâches de recherche de lobjectif.
Ce logiciel est supplémentaire et permet de pouvoir retrouver un
« objectif » dans le Réseau GSM avec une précision
allant entre 100 et 300 mètres, suffisant pour sapprocher
et faire la capture.
On dispose aussi de dispositifs accessoires permettant daugmenter
considérablement la zone dopération de ce système
dinterception, par le biais dun écran de cellules portatif
« IC-GSM-01 », antennes directionnelles de gain élevé
et amplificateurs dantennes.
Comment fonctionne le Système :
Le système dinterception « multi-cellule », est
basé sur le principe du besoin et de lopérabilité
dun système efficace pour les propos destinés a ces
fins, devant couvrir les expectatives quant à leur réalité
de fonctionnement dun Réseau GSM.
Le diagramme de couverture dun Réseau GSM est basé
sur les principes basiques de besoins dun système d«
interconnexion » entre les usagers de ce réseau, où
les devises suivantes règnent :
Densité dusagers par zone géographique
Situation réelle de zone géographique
Réseaux dalternative (concurrence)
Tout réseau GSM a un maximum de capacité allant jusque 992
usagers (canaux) par cellule, cela veut dire quil ne pourra jamais
donner plus de 992 interconnexions sans fil avec les téléphones
mobiles (usagers), et si on prend aujourdhui par exemple la zone
dun « centre commercial », avec la grande incorporation
de « nouveaux usagers » au système de téléphonie
mobile, on peut même avoir une zone
de +/- 40.000 m2 (quatre hectares) quelques 600/700 usagers actifs.
Tout système dinterconnexion (API) en un réseau GSM
envisage que chaque BTS (cellule) nadmet pas plus de 60% de sa capacité,
ce qui donne quelques 595 usagers maximum par cellule, cela veut dire
quune zone de 40.000 m2, où lon dépasse le nombre
dusagers présents, « automatiquement » le réseau
partage ces usagers avec les 2 cellules les plus proches. Ces usagers
sont « répartis » spontanément et de manière
« aléatoire », car lattribution la donne la BCCH
(qui désigne chaque canal à chaque usager), qui désigne
la MSC, à chaque cellule, sur un rang ne dépassant pas 40.000
m2, quelques 600/700 usagers.
Si on essaie dinterpréter cette situation, un système
« approprié » pour travailler sur un rayon daction
appréciable où on considère quon aura toujours
le « uplink » ou le « outgoing », cest-à-dire
que le signal généré par le « mobile »
ou « station mobile » (on considère la voix de la personne
propriétaire du mobile), qui sera toujours limité à
un rayon ne dépassant pas les 500/800 m. Dans les meilleures conditions
ce système devrait avoir la possibilité dintercepter
avec une capacité minimum de 3 cellules pour un rayon de +/- 200/300
m ou de 6 cellules pour la limite de rayon +/- 500/800 m de notre objectif.
Dans ces conditions, on considère une limite de capacité
du réseau GSM, cela veut dire quon sapproche de la
limite de sa capacité dinterconnexion. Cela ne se passe pas
dans les zones où le nombre dusagers diminue et une cellule
ne peut pas recevoir pas plus de 150 ou 200 usagers permanents et pas
plus de quelques 200 usagers qui « passent » par la zone cest-à-dire
quils font « roaming » et noccupent que de manière
transitoire la cellule leur donnant service.
Dans les conditions les plus favorables (très peu dusagers
registrés) et avec une très faible densité, on pourra
obtenir dun objectif le maximum de capacité dinterception
qui sera proche des 2 km dans les zones urbaines et de plus de 5 km dans
les zones sous-urbaines.
Conception dun système :
Si nos objectifs se maintiennent tous dans une zone géographique
de moins de 50000/60000 m2, avec un système de 6 cellules on pourra
avoir linterception simultanée de jusque 2 objectifs dans
100 % des appels car dans le rang des possibilités, on va toujours
disposer de plus de 6 récepteurs pour le début de linterception,
4 dentre eux travaillant tout en interceptant et 2 autres explorant
les cellules restantes
pour ne pas perdre la communication.-
Avec ces devises, la conception dun système multicellule
doit envisager les caractéristiques suivantes :
1. Nombre dobjectifs
2. Emplacement géographique des objectifs
3. Mobilité des objectifs (déplacements)
4. Nombre dusagers dans la zone à opérer
5. Mobilité du système intercepteur
Analysant selon le besoin de chaque situation en particulier on pourra
penser un système nous permettant dintercepter le plus efficacement
possible, car avec un système passif, il est impossible dintercepter
à plus de distance ou avec grand pouvoir dinterception, car
pour cela il devrait sagir dun système dinterception
actif ou « enkysté » dans le réseau ou si on
peut intercepter massivement la totalité des usagers sans importer
les distances du système vers les objectifs.
On observe ici où on peut intercepter, de manière active,
un objectif et pour cela, on doit compter avec lapprobation de la
partie prestataire
et une autorisation judiciaire pour le faire.
Cest différent lorsquon opère avec un réseau
comme le GSM de manière passive, car laction doit rester
sans évidence de linterception et donc sans avis au prestataire
du service.
Comment opérer un système dinterception passif :
Dans la zone délimitée, on peut observer où travaille
un « intercepteur passif » et toute linformation extraite
et capturée, il le fait depuis lair de manière complètement
invisible.
LIntercepteur actif « IA-GSM4 », tel quénoncé
par le modèle, est un Intercepteur des réseaux GSM capable
dintercepter les conversations téléphoniques de jusquà
quatre (4) téléphones cellulaires de façon simultanée,
permettant en outre dactiver le microphone de ce téléphone
pour pouvoir écouter les conversations qui se déroulent
aux alentours, dintercepter tous les messages de texte aussi
bien ceux reçus que ceux émis par chaque téléphone
et, finalement, de recevoir des messages de texte (SMS) avec toutes
les données enregistrées chaque fois que le téléphone
est éteint ou allumé, ou chaque fois quune quelconque
donnée est ajoutée dans le carnet dadresses.
Toute cette activité est totalement invisible puisquelle
ne laisse aucune trace dans le téléphone cellulaire «
espionné » et son propriétaire ignore totalement que
lensemble de son activité est enregistrée anonymement,
de façon permanente et sans limites de distance.
Ce système dinterception utilise le même réseau
GSM que celui de la cible sans laisser de traces, peut importe si la cible
se trouve dans une ville ou un pays différent, puisquà
partir du moment où il utilise le service, il peut être intercepté.
Ce possède des qualités uniques puisquil dispose des
quatre bandes de fréquence utilisées par le système
mondial de communication avec les mobiles, et quil est possible
détendre son activité à lensemble de
la planète. Pour couronner le tout, peut importe le protocole de
cryptage utilisé, le système sadapte à toutes
les normes de tous les pays possédant des réseaux GSM (A5.0,
A5.1, A5.2 et A5.3).
Composition du système :
Le système se compose des matériels suivants :
Un PC équipé dun processeur PENTIUM 4 double
cur à 2,4 GHz, de 512 Mb de mémoire RAM, dun
disque dur de 140 GB, dun écran plat TFT 17, dune
carte dinterface RS232 (4 ports COM RS232) exploitant le bus PCI,
dune carte son (4 canaux actifs), dun clavier, dune
souris, dun jeu denceintes puissantes, dauriculaires,
de câbles dinterconnexion et daccessoires.
Un module GSM à 4 canaux actifs quadribande, programmables,
livré avec interface audio et signal dactivité, batterie
rechargeable, antennes multibandes, câbles et accessoires dinterconnexion,
chargeur de batterie automatique et logiciel dactivation intégré
(firmware).
Un logiciel de contrôle « IA-GSM4 » codé
et personnalisé pour chaque utilisateur, encapsulé dans
une clé USB de 1 GB et avec blocage électronique.
Un manuel dutilisation du système (incluant la maintenance
préventive), qui est remis à chaque client avec un cours
de formation personnalisé.
Quatre (4) logiciels de contrôle pour téléphones
cellulaires tournant sous Symbian OS 7.0, 8.0 ou 9.0, personnalisés
avec le numéro IMEI de chaque appareil.
Fonctions du système :
Le système IA-GSM4 permet de mener un registre total de toute lactivité
de chaque téléphone cellulaire « objectif »,
en générant des registres de tous les messages texte et
un registre de toutes les conversations ou écoutes ambiantes réalisées.
Toute lactivité peut être stockée dans la clé
USB fournie, dans un CD-RW ou dans un CD simple ; elle peut aussi être
renvoyée de manière automatique par courrier électronique
partout dans le monde.
Les registres du système se présentent sous forme de fichiers
.txt pour les messages de texte (SMS) et sous forme darchives .wav
ou .mp3 compressés pour les fichiers audio.
Tous les registres sont générés automatiquement,
mais la décision dintercepter va dépendre directement
de laction de lopérateur du système. Pour cette
raison, notre entreprise prépare efficacement lopérateur
du système, qui devra en outre être informé sur le
travail dintelligence mené sur lobjectif.
Les écoutes officielles :
Elles sont réalisées le plus souvent au niveau des centraux
téléphoniques.
Les communications sont réorientées vers le Groupement Interministériel
de Contrôle (GIC) dont lessentiel des installations se situe
sous les Invalides. Son existence officielle a été légalisée
le 10/07/91. La durée normale dune écoute est de 4
mois renouvelable. Il est relié à une cinquantaine de centraux
téléphoniques de Paris par une trentaine de MICs (1 MIC=30IT)
minimum, ce qui donne léquivalent de 900 lignes téléphoniques.
Le reste est complété par des lignes analogiques pour arriver
en 92 à un total de 1180 lignes donc découtes simultanées.
Pour Paris il y avait 680 lignes et la proche province en comportait 530.
Aujourdhui on peut penser en raison des risques terroristes que
ce centre a multiplié le nombre de lignes par 4 en raison de la
miniaturisation des équipements et de ses performances.
La salle denregistrement disposait de 4 rangées de 200 enregistreurs
minicassette et de 2 de 120. Une autre rangée comportait 6 ordinateurs
serveurs équipés chacun avec 1 MIC permettant dintercepter
un total de 192 lignes de télécopieur. Un système
de gestion et de traitement permet lhorodatage, larchivage,
la destruction et lextraction des fax utiles par repérage
de mots-clefs programmés. Je suppose que le principe de traitement
est similaire au système Taïga. Cinq cents personnes permettent
à ce site de fonctionner 24 h sur 24.
En 1992, le ministère de lIntérieur devait utiliser
950 lignes, 300 pour la PJ, 300 pour la DST, 300 pour les RG approximativement.
Le ministère de la Défense a environ 250 lignes et les finances
utilisent celles qui restent, une quarantaine peut-être. Ces chiffres
ne prennent pas en compte les infrastructures non officielles comme la
cellule élyséenne qui nexiste plus normalement aujourdhui.
Dire quil dispose de moyens assez importants est faux, parce que
beaucoup de ces équipements sont dépassés. Mais un
gouvernement ne peut se permettre de le renouveler annuellement en raison
du coût de telles installations. On peut dire que nos services officiels,
du moins pour certains, sont moins bien équipés que les
groupes industriels de notre pays. Sinon comment expliquer que la presse
télévisée, a, elle, pu donner le nombre de 100 000
à 200 000 écoutes illégales.
Doù vient cette information ? Des services officiels eux-mêmes
? Ce chiffre est-il estimé à partir des ventes de matériel
?
En réalité, il ny a pas que le GIC qui fait des écoutes.
Les militaires, les divers services spéciaux, certains groupes
industriels, ont leurs propres centres découte téléphonique
ou radio, à divers endroits toujours planqués dans des sous-sols.
Certains services nont pas dexistence légale de même
que leur personnel. Cest pour cette raison quil dispose de
double, triple, ou quadruple identité, toutes plus vrai lune
que lautre. Même le numéro de matricule de certains
véhicules, ne permet pas de connaître les utilisateurs ou
services véritables. Les services sont tellement cloisonnés,
que les hiérarchies peuvent ignorer quelles sont aussi surveillées
parfois. Ils ont leurs propres codes, leurs propres réseaux de
communication filaire, fibres optiques, ou radio comme Tigre, Panthère,
Syracuse, Rita pour les militaires, Saphir pour la gendarmerie, etc. Chaque
armée a ses structures indépendantes des unes des autres
tellement la confiance règne. Si entre services de lordre,
on sécoute, il en est de même avec, et entre les militaires,
les politiques, ou polices politiques. La guerre des polices est loin
dêtre inexistante.
Ce qui mintrigue le plus dans cette histoire, cest comment
et par quel canal, la presse a pu affirmer quil y a plus de 100.000
écoutes illégales
par an. Même sil y a forcément des officines gouvernementales
inconnues, on ne peut affirmer un tel chiffre, alors quil ny
a aucune trace, aucun recensement ni organisme de contrôle.
Les écoutes illégales tombent sous le coup de larticle
114 du Code pénal pour entrave aux libertés.
Mais les preuves étant impossibles à avoir, aucune plainte
narrive en justice. Les plaintes déposées finissent
sans suite, quand la victime ne se retrouve pas elle-même poursuivie
pour dénonciations calomnieuses. Dans ce cas, il ne reste quune
solution, pour quelquun qui a de gros moyens, la Cour Européenne
de justice des droits de lhomme.
La France est un tel désordre dans ce domaine, quil a fallu
faire passer un autre décret au journal officiel pour réglementer
le contrôle des 40 sociétés privées soccupant
découtes téléphoniques. Le business du renseignement
comporte 50.000 personnes au minimum, et continue à se développer.
On serait dailleurs plus près de la vérité
en disant 100.000 personnes, si on compte les anciens policiers, les détectives,
les électroniciens, les petits installateurs en téléphonie,
les gardiens, tout ce beau monde qui arrondit ses fins de mois au noir.
Conclusion :
Les opérateurs de téléphonie nont pour mission
que dacheminer correctement ce qui est envoyé sur leur réseau.
La sécurité et le secret de vos conversations, cest
VOTRE affaire .
Les moyens hertziens et la perte de confidentialité
des communications :
Les ondes, le moyen le moins sûr de communiquer.
À lévidence, nimporte qui peut capter une émission
radio, quelle que soit la fréquence utilisée. De plus, lécoute
et lenregistrement dun signal radio ne laisse pas de traces
et est parfaitement indétectable.
Lhistoire, en particulier la Deuxième Guerre mondiale regorge
de faits de « Renseignement ». La possibilité de localiser
un émetteur par goniométrie obligeait les résistants
à des émissions de courte durée.
Le codage est de rigueur, nous développerons ce sujet plus loin,
mais relisons quelques pages daventure vécue...
La tragique affaire Szek
Si les parents dAlexandre Szek navaient pas vécu en
Angleterre, le jeune radio naurait sans doute pas trahi lAllemagne.
Et le cours de la guerre aurait pu en être changé... Dorigine
autrichienne, fils dun familier de lempereur, parlant couramment
cinq langues, Alexandre Szek est un jeune ingénieur brillant.
Le déclenchement de la Première Guerre mondiale ne lempêche
pas de poursuivre, à Bruxelles où il se trouve alors, des
recherches sur les communications par voie hertzienne. Indirectement,
sa passion le perdra.
Le 27 novembre 1914, en effet, une panne généralisée
paralyse les moyens de transmission de la Kommandantur allemande de la
capitale occupée. Pour déceler les origines de lincident
et remettre en état le matériel défectueux dans les
meilleurs délais, létat-major réquisitionne
tous les spécialistes radios sur lesquels il est possible de mettre
la main, et Szek est bien entendu du nombre. Les qualités dont
il fait montre, autant quune de ses récentes inventions dont
le commandement a eu vent un appareil de réception radiotélégraphique
capable de sadapter à toutes les longueurs donde
incitent le gouverneur militaire de Bruxelles à recruter le jeune
homme et à laffecter définitivement au service de
T.S.F. de son quartier général. Chaque nuit, jusquen
février 1915, Szek dirige donc, depuis ses bureaux situés
rue de la Loi, non loin du Palais Royal, dans le centre de Bruxelles,
linterception du trafic radio allié.
Londres écoute
Nous savons tous à quel point ce sont saffrontés les
services secrets allemands et anglais.
Et nous avons pu comprendre limportance de linterception et
du décodage des communications allemandes par le S.R. britannique.
Cette opération, menée sur une grande échelle, sera
lun des secrets les mieux gardés de la Grande Guerre (il
ne sera dailleurs révélé quen 1931).
Cest au cur de la Naval Intelligence Division le S.R.
de lamirauté dirigée par lamiral Hall
que se niche la section que lon désigne par le numéro
de son bureau : Room 40, Old Building ou 40 O.B. Cest dans ces quelques
pièces que travailleront, quatre années durant, les briseurs
de code anglais. Dès le début de la guerre, la marine britannique
a dépêché au large du continent quelques discrètes
unités navales chargées dune mission qui lest
tout autant : lOpération cisaille. En une ou deux nuits,
les câbles télégraphiques sous-marins allemands ont
été remontés à la surface, coupés et
rendus à leur vie sous-marine. Désormais, les communications
de lAllemagne avec le reste du monde ne peuvent plus passer que
par les câbles sous-marins des pays neutres ou, en T.S.F., par la
voie des airs. Il devient donc possible de les intercepter.
Encore faut-il les déchiffrer. Cest là le rôle
de la brillante équipe duniversitaires rassemblée
par sir Alfred Ewing au 40 O.B. Un coup de chance va considérablement
faciliter leur travail : au début de la guerre, la flotte russe
a récupéré, sur le corps dun officier du croiseur
allemand Magdeburg, coulé dans la Baltique, le code de ce bâtiment
qui a permis de découvrir la clé de chiffrage de lamirauté.
Dautres récupérations, entre autres celle menée
à Bruxelles par Alexandre Szek, vont permettre aux Anglais, durant
toute la guerre, de déchiffrer la quasi-totalité des dépêches
envoyées ou reçues par létat-major, le ministère
des Affaires étrangères et les autres services officiels
allemands : « On établit des stations découte
le long des côtes britanniques » écrit sir Basil Thomson
dans ses mémoires, « leur moisson nocturne était envoyée
à la Chambre 40 O.B. à lamirauté pour y être
déchiffrée : apprendre les plans secrets de lennemi
de sa propre bouche valait mieux quune tonne de rapports envoyés
par larmée despions employés par les Alliés.
Peu de gens connaissaient lexistence de 40 O.B., on la cacha même
aux ministres mariés.
Les messages déchiffrés qui se montaient parfois à
2 000 par jour étaient soigneusement gardés et même
les chefs des gouvernements qui profitaient de ces nouvelles ne connaissaient
pas toujours leur source »
La Radio et la Résistance
À Londres, le deuxième bureau du Général de
Gaulle se transforme progressivement, sous limpulsion du Colonel
Devawrin ,en Bureau Central de Renseignement et dAction, le BCRA.
Le BCRA a pour mission de fournir à la Résistance Française
le soutien extérieur et les moyens de coordination dont le plus
urgent à résoudre consistait à établir des
liaisons radioélectriques France-Londres.
Les premières étapes.
1940 : Le Capitaine de Frégate dEstienne dOrves
réalise la première tentative de liaison en Bretagne. Il
est arrêté le 22 janvier 1941 et fusillé le 29 août
de la même année.
1941 : Les opérateurs parachutés « blind »(sans
comité daccueil au sol) sont presque tous arrêtés.
Fin 1941,12 postes de radio établissent des contacts. On compte
trois opérateurs en entraînement en Angleterre.
1942 : Jean Moulin est parachuté accompagné de son
radio « Monjaret » le premier janvier, cest la naissance
de « lAction ». Des opérations datterrissages
et de parachutages sont de plus en plus nombreuses. Dabord limitées
à quelques maquis, ces opérations sélargissent
à lensemble des deux zones avec arrivée de radios
recrutés en France groupés en un pool nommé «
WT », (Wireless Transmission).
Arrestation de Jean Moulin et « WT » décapité,
cest une longue période de silence entre Londres et la France
alors que leffectif des maquis grossit du fait des appels au STO
(Service du Travail Obligatoire) pour lequel la défection est totale.
La maturité.
1943 : juillet, Jean Fleury réorganise les transmissions
et ,avec laide de Jean Roy, met en uvre de nouvelles structures.
La séparation de lémission et de la réception
qui raccourcit beaucoup le temps des vacations réduit le risque
de repérage par la radiogoniométrie
allemande. La réception en France est assurée par la procédure
« Broadcast » sur appareils de TSF ordinaires ou récepteurs
miniatures « Biscuit » spécifique maquis. Ce poste
permettait de recevoir toutes les gammes dondes par changement de
bobines. Il était livré avec une pile offrant basse tension
et haute tension dans le même élément avec 30 heures
découte.
Instauration de nouveaux plans démission radio avec
grand nombre de fréquences, horaires, endroits, indicatifs indéchiffrables.
Mise en place de « quartz » interchangeables qui stabilisent
les fréquences avec plan de fréquences.
Une Inspection Nationale des Transmissions est créée
avec un inspecteur et un adjoint.
2000 émetteurs et 1000 quartz sont fabriqués et parachutés
sur la France où Claude Wolf (« Indien ») assure le
recrutement et la formation des opérateurs radios.
Les opérateurs radio.
On compte 159 opérateurs qui ont travaillé depuis
la réorganisation avec un pseudonyme représentant qui une
ville, qui une nation, qui un peuple, etc. Plus de la moitié a
été recrutée en France. Pour la période 1940-1942,
plus de 75 % ont été arrêtés alors que pour
la fin de guerre seulement 25 % ont subi lallemand. Dans les deux
cas, 50 % ne sont pas revenus des camps de la mort.
Le volume du trafic passe de quelques câbles quotidiens en
1940 à 150 par jour en 1943. Pendant la dernière année
de guerre, 50000 messages sont transmis...
POSTE BP3 : construit à partir de 1943 il équipe
les centres secrets de lI.S. Appelé aussi poste polonais,
il était de facture robuste et puissant. Bien quencore un
peu lourd, il permettait des liaisons intercontinentales.
Le 31 mai 1942 à 2 heures du matin...
Quel vacarme après le silence du ciel ! Je reste caché dans
lherbe haute, pistolet à la main une balle dans le
canon, cran darrêt ôté scrutant lombre
des haies, tendu, prêt à défendre chèrement...
Il ny a là rien de méchant, seulement les hôtes
naturels de lendroit, que mon arrivée nimpressionne
pas, à leur aise et célébrant lAmour dans la
tiédeur du Printemps, et qui sappellent sous la lune : «
Cigale chérie, je suis ici ! Grillon de mon cur, viens !
Ma grenouille, ah, je meurs ! »
Il me faut détacher la valise des suspentes. Les instructions sont
de faire un paquet du parachute, de la combinaison de saut et du rembourrage
de protection de la valise, puis denterrer le tout : jai même
la pelle idoine attachée à la jambe de ma combinaison de
saut.
Mais la terre est bien dure et il fait bien chaud. La gare de Romanèche-Thorins
doit être à une dizaine de kilomètres. Creuser un
gros trou dans ce sol sec, puis traîner ma valise dans la chaleur
de la nuit sur une telle distance, va mépuiser et me faire
remarquer : ça ne me semble pas raisonnable. Il vaut mieux cacher
le tout et revenir chercher mon bagage plus tard.
Je fais une boule de lensemble ayant, bien sûr, retiré
le Paraset de la grosse valise : avoir un poste émetteur au bout
des doigts est ma raison dêtre ici bien recouvert de
tissu camouflage, que je fourre au plus profond dun buisson, pas
trop près, en prenant soin de ne pas laisser de trace qui puisse
relier la cachette à lherbe écrasée par mon
atterrissage.
(Le Paraset était un émetteur récepteur simple
construit par les alliés pendant la 2e Guerre Mondiale. Il était
utilisé par les services secrets britanniques ainsi que par les
résistants belges, hollandais et français).
La route est là, à côté du pré. Une
borne : Thoissey 3 km. Chapeau pour la navigation !
La route serpente à travers Thoissey. La lune et les étoiles
éclairent le chemin. Chiens stupides qui aboient, malgré
mes semelles de crêpe. Volets clos de la gendarmerie. Je men
voudrais de déranger le sommeil de ses occupants.
Des champs sétendent de part et dautre de la route.
Je marche dans la nuit chaude, les yeux et les oreilles aux aguets, entouré
par le bruit des conversations des bestioles, mon Paraset toujours à
la main.
Une autre borne me dit que la gare de Romanèche-Thorins est à
cinq kilomètres. Nest-il pas bien tôt pour y arriver
? Et si je dormais un peu dans ce petit bois ?
Radio-valise utilisée par les résistants
Il fait jour, cest dimanche. Déjà on travaille dans
les champs à étaler les meulettes du foin entassé
pour la nuit. Petit déjeuner avec une ration de survie : il y a
là une tablette dun mélange de chocolat et dextrait
de buf déshydraté, sans doute très nourrissant.
Ce métier exige une grande largeur desprit.
Je traverse la Saône. Soleil radieux. La gare de Romanèche-Thorins.
« Un billet aller pour Uzès, sil vous plaît.
» Arrivée de la locomotive : gros soupirs de vapeur. Le wagon
est plein de gens avec des colis, des sacs, des valises : tous parlent
ravitaillement, de toute évidence le sujet de première importance.
Il me faut changer de train à Lyon. Dans la gare de Perrache, une
équipe de gendarmes scrute la foule, demande louverture dune
valise particulièrement grosse, ou les papiers de celui qui a vraiment
lallure trop louche. Moi, jai lair dun bon petit
et ma valise est pas grosse : je passe sans encombre avec le flot. Il
me faut aussi changer à Nîmes, mais là, pas de train
pour Uzès avant le lendemain.
Lorsquau matin on frappe à la porte de ma chambre dhôtel
pour me réveiller, je réponds : « Come in ! »
Ça nest pas perçu.
À Uzès, je trouve mon contact, un ami dAndré
Diethelm qui me donne ladresse de celui dont je dois être
le radio : Jacques Soulas SALM chef dune mission pour
le Commissariat à lIntérieur, et dont lobjet
est de prendre contact avec des personnalités de la vie politique
française pour essayer de les persuader de rejoindre le général
de Gaulle, qui se trouve un peu seul en Angleterre.
Jai connu Jacques Soulas à Londres. Il était de ceux
qui, prisonniers de guerre dans lEst de lAllemagne, sétaient
évadés vers lURSS proche, doù ils avaient
rejoint les FFL en Angleterre, et quon avait surnommés :
Les Russes.
La plupart des chefs de mission en France : renseignements politiques,
économiques ou militaires, organisation de parachutages et datterrissage,
de sabotage, de propagande, dévasion, etc., étaient
accompagnés dun opérateur radio dans la mesure
où, denrée rare, il y en avait de disponible pour assurer
les communications avec leur base en Angleterre.
Jacques Soulas habite Lyon, 10 Montée des Carmélites, avec
sa femme et ses enfants. Il a repris son travail aux Câbles de Lyon,
une couverture impeccable. Retrouvailles. Des télégrammes
arrivés par le truchement dun réseau polonais lyonnais
lui avaient annoncé mon arrivée.
Je cherche une chambre meublée. Jen trouve une du côté
de Bron, au deuxième étage dun pavillon de banlieue
tout en hauteur. Jachète un vélo doccasion,
objet rare, mais indispensable, payé son poids dor, que jutilise
aussitôt pour aller chercher la valise cachée sous son buisson
de mon terrain datterrissage près de Thoissey. Je la retrouve
sans difficulté.
Jachète aussi un poste de TSF, qui sera lalibi pour
demander à mon propriétaire la permission dinstaller
un fil dantenne en travers de son jardin : « La réception
est tellement meilleure, nest-ce pas, avec une antenne. »
Pour lui, je suis étudiant en droit. Jessaie, sans grande
conviction, de minscrire en faculté, mais mon manque de connaissance
de luniversité me fait craindre dy être trop
maladroit et de me faire remarquer.
Émotion lorsque je vais au service du Ravitaillement. Je présente
la carte qui me donne droit à ma ration de tickets mensuels de
ravitaillement. Elle a été imprimée à Londres,
mais il est écrit dessus quelle a été délivrée
à Paris. « Quelle drôle de couleur ! » dit la
préposée. « Vous trouvez ? Elles sont toutes comme
ça à Paris. Ah bon ! » dit la dame. Et me donne
mes tickets.
Aussitôt installé dans ma chambre, jessaie détablir
le contact radio avec lAngleterre. En vain. Jappelle à
tous les rendez-vous, six fois par semaine, trois de jour, trois de nuit.
Cest décourageant. Soulas, via le réseau polonais,
signale à Londres mes efforts infructueux. Le 20 juin, lopérateur
de la Centrale se réveille : les premiers télégrammes
passent dans les deux sens.
Lauteur à Lyon 1942/43
Le Paraset , le poste émetteur-récepteur que jutilise,
a pour principales qualités dêtre petit et léger.
La partie récepteur, dun type dit « à réaction
», est sensible et permet de recevoir des signaux faibles, mais
son réglage, un peu acrobatique, varie au gré des fluctuations
du voltage de la ligne du secteur électrique, et de la proximité
de la main de lopérateur. Il est peu sélectif : une
station puissante, voisine de la longueur donde de votre correspondant,
matraque facilement vos tympans et rend difficile la lecture du Morse.
Lémetteur a une faible puissance : 4 watts. Sur ondes courtes,
ça nest pas un gros inconvénient, dautant plus
que mon correspondant en Angleterre dispose de récepteurs sophistiqués
et des immenses antennes de la Centrale, la « Home Station »,
STS 53A, située à Grendon.
Écoute rituelle, aussi et toujours, de la BBC, pour entendre les
nouvelles de la guerre, sur ondes courtes aussi, bien sûr, malgré
le brouillage intense des Allemands. Merveilleuses ondes courtes qui permettent
aux faibles de se jouer des puissants !
Pas grand-chose à faire. Le travail de mon patron génère
peu de trafic radio : environ cinq télés par semaine. Grandes
balades à vélo dans la campagne alentour. Mes muscles à
bicyclette, inutilisés depuis lété 40, fonctionnent
toujours bien. Les routes sont vides et je transpire sous le soleil. Je
vais me rafraîchir sur les plages de la Saône : jy retrouve
parfois mon patron, sa femme, ses enfants.
Je découvre Lyon, les Lyonnais à labord grincheux,
les ouragans de poussière de la place Bellecour, les tramways antédiluviens
et leurs rails néfastes aux cyclistes, les splendides chevaux de
Carpeaux sur la place des Terreaux, la Tour Eiffel à courtes pattes,
et sa voisine Notre-Dame de Fourvière qui, comme le Sacré-Cur
de Montmartre, ressemble à un éléphant sur le dos
; et les petits restaurants où, avec un peu dargent, guerrier
sans vergogne, je mange au marché noir et à ma faim.
Vie sur une autre planète qui a pour nom solitude. Rares rencontres
avec mon patron, la sécuritéexige le cloisonnement, on communique
par « boîtes aux lettres ». Je vais bientôt avoir
22 ans, je nai aucun ami, aucune amie. Je ne peux, je ne dois parler
de rien à personne. Comment esquisser un début damitié,
dintimité en se tenant sans cesse sur ses gardes ?
Vigilant, lesprit doit veiller à ce que rien de ce que je
fais ne dépasse de la norme, quaucun objet, aucune attitude
ou parole puisse susciter la curiosité des autres. Et sans cesse
il doit déceler, évaluer dans lenvironnement les signes
que livrent hommes, voitures, mouvements, anticiper les situations, et
méviter la confrontation, me guider vers le calme. Mais la
solitude...
Par une belle journée du mois daoût, devant la librairie
Flammarion, Place Bellecour : Daniel Cordier. Nous étions ensemble
à la STS 52, lécole des radios de Thame Park. Je revois,
un dimanche quun groupe de Français Libres étaient
allés déjeuner au George, un excellent restaurant dOxford,
le chic fou de luniforme bleu, filet jonquille et
du képi dofficier de chasseurs, faisant sillage dans la mer
des battle-dress kaki. Esprit vif, sens de lhumour, original, la
parole un peu zozotante, cétait un des plus agréables
compagnons.
Chacun sur son vélo, un pied-à-terre, on se regarde, on
regarde alentour, visages de joueurs de poker, le temps de peser la chose,
de déceler ce quil pourrait y avoir dinquiétant
dans lenvironnement.
La sécurité aurait voulu que lon ne se reconnût
point. Le plaisir de se revoir, de rompre la solitude méfiante
de notre vie enfin quelquun à qui parler sans crainte
de faux pas ! on rit, on déjeune ensemble chez Colette,
place Antonin Poncet, un petit restaurant tenu par une blonde opulente.
Colette a un ami inspecteur de police, ce qui assure la quiétude
du lieu. On sy retrouve souvent.
Daniel Cordier BIP W a été parachuté
à la lune de Juillet 1942. Destiné à être le
radio de Georges Bidault BIP il est kidnappé par
Jean Moulin REX qui discerne en lui les qualités
qui en feront le secrétaire sans pareil de la Délégation
du Général de Gaulle en France jusquen mars 1944.
Il memmène rôder parmi les rayons de la librairie Flammarion.
Orgie de lecture. Daniel me fait découvrir Les Thibault, La Chronique
des Pasquier, Les Hommes de Bonne Volonté, Les Copains, À
la Recherche du temps perdu, le Journal dAndré Gide, etc.,
etc.. Quel monde je rencontre là !... Moi à qui, enfant,
on interdisait de lire Poil de carotte !
Au théâtre antique de Vienne, on joue Antigone. Nous allons
voir un soir, mais nous nosons quand même pas aller souper
chez Point ...
Le Secrétariat manque de moyens. Daniel a si peu dargent
quil a faim. Cest souvent moi qui paie nos steaks-frites de
marché noir, puisque mon patron dispose de fonds plus abondants.
Un jour, place de lOpéra, nous sortons dun restaurant
: Horreur ! Tragédie ! Le vélo de Daniel a été
volé. Oiseau à qui on vient de couper les ailes, il contemple,
effondré, le désastre. Circuler est vital au secrétaire
de REX, le prix dune bicyclette au marché noir est exorbitant,
quelles acrobaties en perspective pour en trouver une autre...
Le Secrétariat manque de liaisons radio. Deux opérateurs
: Jean Holley LEO W parachuté dAngleterre,
et un radio BIP Y recruté en France, essaient en
vain de prendre contact avec Londres. Hervé Monjarret SIF
X le radio de Raymond Fassin SIF qui avait été
le premier radio à transmettre des télégrammes pour
REX a quitté les transmissions pour être officier
de liaison auprès de Francs-Tireurs.
Gérard Brault KIM W , un autre ancien de Thame Park,
arrivé en Juin 1942, pour être le radio de Paul Schmidt
KIM , officier de liaison auprès du mouvement de résistance
LIBERATION, reste seul à assurer le trafic de son patron et celui
du Secrétariat de Jean Moulin : jusquà six heures
démission par jour ! Il est surmené au-delà
du raisonnable et obligé de prendre des risques absurdes.
Situation saugrenue : au même moment, jécoule mes télés
en quelques minutes par semaine. Si peu que je ne minquiète
pas dun avertissement venu de Londres : une équipe allemande
de radiogoniométrie sinstalle dans la région.
Des messages échangés entre Londres, Jean Moulin et mon
patron, Jacques Soulas, organisent mon transfert du Commissariat à
lIntérieur vers le BCRA. À la mi-septembre, lécheveau
bureaucratique londonien se démêle, et je passe au service
de la Délégation du Général de Gaulle en France,
où je commence par soulager Gérard Brault des télés
de Georges Bidault, nombreux et longs.
Émission plusieurs heures par jour, parfois jusquà
cinq ou six, de ma chambre à Bron, le jour. Les cristaux de quartz
qui devraient me permettre dutiliser mes fréquences de nuit
sont défectueux. REX est conscient du danger ainsi couru par son
nouvel opérateur, et donc par ses transmissions. Il voudrait bien
améliorer mes conditions de travail, mais ny parvient pas.
Il faut que le trafic passe. Il passe. Depuis lâge de seize
ans, radio amateur, je pourchasse les signaux rares et lointains sur des
postes de ma fabrication. Jaime ce jeu qui allie lacuité
de louïe à la subtilité technique, et lorsquen
face de moi se trouve un opérateur de haut vol pour capter les
quelques micro volts que je lui lance, écouler les télégrammes
est un plaisir : satisfaction du travail bien fait, plus celle de David
qui fait un pied de nez au Goliath Chleuh.
Lexpansion fantastique des services radioélectriques en Angleterre
crée une demande de personnel difficile à satisfaire. Il
faut du temps pour former un opérateur. Cest une chose de
lire le Morse dans une salle de classe, et cen est une autre dextraire
ce minuscule signal de la jungle électromagnétique. Tous,
larmée, la Royal Air Force, la Royal Navy, les services secrets,
se battent sauvagement pour avoir des radios. Notre centrale parfois bouche
les trous avec des apprentis : rendez-vous manqués, répétitions
lassantes, dangereuses plus longue est lémission,
plus facile le repérage dialogues de sourds, erreurs.
La température monte, la patience diminue : « La gonio est
dans la rue et ces cons-là prennent le thé ! »
On décoche des télégrammes furibonds à ladresse
de la Home Station : « Je ne veux plus travailler avec lopérateur
du 2 août ses signaux sont illisibles ! » « Lopérateur
dhier ne savait pas manipuler les chiff res 2, 3 et 4... »
Moulin simpatiente : « Voulez vous demander aux Anglais sils
se moquent de nous ? »
De lautre côté, ils ne sont pas contents non plus :
« Réduisez la durée de vos émissions qui sont
beaucoup trop longues. Rappelons quEEL ne doit pas prendre contact
tous les jours ni plus dune heure... »
Ils nont pas tort : le principe, enseigné à lentraînement
en Angleterre, dune demi-heure trois fois par semaine est devenu
ici la pratique de plusieurs heures par jour. Je proteste bien auprès
de ceux qui me submergent de télégrammes. « Il faut
que ça passe ! Tu serais dans une tranchée avec une mitrailleuse
en face de toi, tu refuserais daller à lassaut parce
que cest trop dangereux ? » Je suis meilleur radio que dialecticien,
alors je continue à émettre trop longtemps.
De Londres, début octobre l942 : « BRANDY est en panne, aidez-le.
» BRANDY est un réseau dévasion conçu
par le lieutenant daviation Christian Martell, qui est parti pour
lAngleterre en décembre 1941. Se rendant compte du grand
besoin en mécaniciens de la Royal Air Force, il offre de revenir
en France pour en recruter. Parachuté en avril 1942, il établit,
avec laide de ses amis davant la guerre, une filière
dévasion qui part de Paris et va en Espagne. Avec le premier
groupe de mécanos, il retourne en Angleterre rejoindre son escadrille,
et laisse la direction du réseau à son frère Maurice
(SIMON), qui ajoute au recrutement de mécaniciens daviation
lévacuation daviateurs alliés rescapés
après que leurs appareils eussent été abattus lors
de missions au-dessus de lEurope.
Ladresse est Cours Gambetta. Il y a là un jeune radio, Jean-Louis
Mérand, parachuté de Londres en août 1942, et qui
ne parvient pas à prendre contact. Le poste quil possède
est défectueux. Son plan démission microphoto
où figurent ses heures de rendez-vous, ses fréquences et
ses indicatifs dappel a pour nom de code AMBRE. Je lessaie
sur mon poste. Cette fois encore, cest évident, la Centrale
nest pas au rendez-vous. Jenvoie les télés de
SIMON sur mon plan.
Chez les radios, il ne sest rien passé dinquiétant
depuis longtemps. La pression pour transmettre les télégrammes
est intense. Le soutien logistique nécessaire réseau
de lieux pour émettre chaque fois dun endroit différent,
équipes de protection pour surveiller les alentours est
inexistant. Les comportements imprudents glissent vers labsurde.
Pendant ce temps la gonio Chleuh écoute et sapproche...
Radiogoniométrie.
Les Allemands sont entrés en zone « libre » avec un
service spécial pour la détection des émetteurs clandestins,
le Sonderkommando Kurzwellenüberwachung, le KWU. DONAR est le nom
de code de lopération, Donar, dieu de la foudre dans le Walhalla,
a été bombardé saint patron de la chasse aux radios
clandestins. Cent six hommes, sept appareils de gonio mobiles montés
sur camion ou sur quelques-unes de leurs 35 voitures. Leur « protection
» est assurée par des inspecteurs de la Sureté Nationale
française.
Lappareil de radiogoniométrie est muni dune antenne
spéciale qui permet de relever la direction doù provient
une émission. Trois appareils, travaillant ensemble, mais éloignés
les uns des autres permettent de porter sur une carte trois relèvements
qui se recoupent et dont laire de rencontre dessine un triangle.
Cest là quest lémetteur recherché.
Les chasseurs sen rapprochent, réduisant peu à peu
la taille du triangle où se trouve leur proie. Finalement, gonio
légère à la main, ils font du porte-à-porte,
et cest la curée.
Aux alentours du mois doctobre 1942, les Allemands repèrent,
et les policiers français arrêtent, dans la région
lyonnaise, un radio polonais et deux anglais. Le 16 octobre, cest
le tour de Gérard Brault KIM W.
Un autre jour doctobre, vers 17 heures, au cours dune liaison,
alors que je passe à lécoute de la Centrale après
lui avoir transmis un télé, je lentends, à
peine, me dire quelle ne mentend plus du tout.
La propagation est chamboulée.
La propagation des ondes courtes est aléatoire. On peut, en général,
compter sur elle pour franchir une certaine distance, si on choisit bien
son heure et sa longueur donde. Mais de temps à autre un
phénomène, exceptionnel aurore boréale, tache
solaire, orage magnétique, etc. peut brutalement tout modifier.
Les instructions reçues en Angleterre mordonnaient de toujours
conduire mes émissions comme si je menais une station commerciale.
Habituellement respectueux de ces règles, jaurais dû,
puisque la liaison nétait plus possible, envoyer le signal
: QRT de WNG104, et fermer la station. Paresseux ? Sixième sens
?
Ce jour-là je nai rien transmis.
Le Paraset rangé, puis caché sur le haut dune armoire
comme on mavait appris à le faire à lécole
de radio lantenne transférée sur le poste de
TSF-alibi, qui me donne un peu de musique, et je mallonge sur le
lit, un livre à la main.
Cavalcade dans lescalier. Grands coups cognés dans la porte,
qui souvre violemment. « Police ! Haut les mains ! »
Une dizaine de mecs, pistolet au poing. On se croirait dans un film. Il
est évident quils ont lair surpris davoir devant
eux un môme, qui du lit où il était allongé,
se redresse, lair étonné, un bouquin au bout dun
de ses bras levés. Avec mon visage rieur, je fais plus jeune que
les 18 ans de mes papiers didentité. Ils fouillent, me fouillent,
feuillettent les livres, cherchent sous le lit, sous le matelas, sous
larmoire, dans larmoire...
On voit bien à leur figure quils se sont trompés.
La plupart ont lair allemand, certains sont Français. Un
des Chleuhs ne me quitte pas des yeux, des yeux gris, durs. Je nai
vraiment pas lair dun espion, avec mes shorts, mon grand col
ouvert et mon sourire de bonne volonté : « Que cherchez-vous
donc ? Je peux peut-être vous aider ? » Lun deux
a trouvé un papier sur ma table. Menaçant : « Ach
! Quest-ce que cest, Monsieur ? Ben, heu, vous voyez,
cest la liste des postes avec lheure où ils donnent
des nouvelles. Là, Radio-Paris, la Suisse romande, Stuttgart, la
BBC... » Mais ils cherchent autre chose quun auditeur de la
radio anglaise. Après un dernier coup dil, ils sen
vont.
Si je suis novice et naïf à ce jeu, eux aussi. Sur ma table
: un quartz ce cristal qui sert à stabiliser lémission
sur sa fréquence oublié lors du rangement... Petit
parallélépipède noir, qui leur faisait un clin dil
quils nont pas perçu.
Assis sur le lit, un tremblement irrépressible me saisit. Piégé
par mes multiples infractions aux règles de sécurité
(infractions obligées par le manque de soutien logistique : émissions
beaucoup trop longues,
beaucoup trop fréquentes, toujours du même endroit, sans
personne pour surveiller les abords), jai été QRT
signifie : jarrête mes transmissions, et WNG était
lindicatif de ma station. sauvé par une autre infraction,
à la règle qui voulait que lon se donne lattitude
dune station commerciale : Dans la rue, léquipe du
KWU attendait, pour affiner son relèvement, que je revienne sur
lair.
Pendant ce temps je rangeais. Si javais, selon la règle,
annoncé la fin de mon émission, ses hommes auraient aussitôt
bondi, sans me laisser le temps de rien cacher. Ainsi retardés,
les Chleuhs fouillent, sans certitude, une demi-douzaine de maisons le
long de la rue.
En bas, dans sa cuisine, mon propriétaire est en proie à
sa propre trouille : il vient de rentrer un sac de 50 kg de blé
acheté au marché noir et il croit être la cible de
ces messieurs. Comme ça lui donne lair coupable, ils lui
démontent quelques meubles.
Le calme revient. Je sors faire le tour du voisinage. Ils sont bien partis.
Je descends le Paraset et mon pistolet du haut de larmoire. Les
sacoches pleines, jenfourche mon vélo, pour ne plus jamais
revenir.
Le cloisonnement avec le secrétariat est excellent. Nous navons
de contact que par boîte aux lettres interposée, lorsque
je nai pas de rendez-vous avec Daniel Cordier. Ils ne connaissent
pas mon adresse, je ne sais pas la leur. Seuls endroits où je pourrais
me réfugier : chez Jacques Soulas SALM mon ex-patron,
ou chez Maurice Montet SIMON dont je viens de dépanner
les transmissions. Cest lui que je choisis, car aller faire des
vagues chez Soulas et déranger son excellente couverture, sa femme,
ses enfants, ne me paraît pas indiqué. Pour être sûr
de nêtre pas suivi, je tourne, virevolte et traboule dans
Lyon. Atterrissage cours Gambetta, accueil, épluchage et examen
des événements. Pour linstant, je peux manger et dormir
là.
Au Secrétariat, on nest pas heureux. Après larrestation
de Gérard Brault, et mon esquive de la gonio, ils nont plus
de liaison radio avec Londres. Un rendez-vous de repêchage
mis en place, justement, pour se retrouver lorsque les choses dérapent
me permet de reprendre contact avec Cordier. Mais ils nont
toujours pas le moyen de me fournir un lieu sûr où habiter,
ni des emplacements démission. La Résistance à
qui on les demande, est sans doute occupée à répandre
ses tracts.
Je passe un accord avec Maurice Montet, le patron du réseau BRANDY.
Jassure ses transmissions, pas lourdes, mais qui lui sont précieuses,
et il me fournit des points démission le long de sa filière
dévasion. Nous avons, son groupe et moi, des atomes crochus
: jhabite avec eux. Leur ravitaillement est bien organisé,
ce qui évite de sexposer dans les restaurants.
En vérité, il nest pas très orthodoxe de mélanger
ainsi deux réseaux. Mais il faut faire avec ce que lon a.
Les volontaires aux côtés des Français Libres sont
encore rares. Les gens ne croient guère à cette chimère
qui nous agite : foutre dehors le tout-puissant Grand Reich.
« Ils ont battu tout le monde, pensez donc, même les Français
! » et « Pétain est un grand bonhomme ! », sont
les clichés qui permettent de ne rien faire avec bonne conscience.
Il faudra le débarquement américain en Afrique du Nord,
et surtout la dérouillée de Stalingrad, pour que commencent
à se réveiller ceux que leur bon sens avait engourdis.
La filière BRANDY traverse la ligne de démarcation près
de Chalon-sur-Saône, avec laide de léquipe dAndré
Jarrot, garagiste, ancien coureur motocycliste, de Raymond Basset, capitaine
des sapeurs-pompiers, et de Pierre Guilhemon.
Je descends du train à Tournus. Dédé Jarrot est là.
Je monte derrière lui sur sa moto, la valise du poste émetteur
entre nous. On part à travers la campagne. Une ferme. Accents bourguignons
: « Je vous ai apporté la chambre à air que vous vouliez
pour le vélo de la ptite. On pourrait pas sinstaller
une demi-heure dans un coin ? »
(Copyright (c) Maurice de Cheveigné)
En dehors de son charme bourguignon débordant, Dédé
Jarrot savait la façon de sattirer la bonne volonté
des populations.
Etant garagiste, il pouvait importer de zone occupée des pièces
détachées de vélo, à condition dy exporter
ensuite la quantité
de vélos assemblés correspondante. Ce quil faisait
consciencieusement. Mais dans le noir de la nuit, quittant sa casquette
de garagiste pour celle de contrebandier, il ramenait quelques vélos
en zone libre. Puis plus tard, redevenu garagiste, il les représentait
une deuxième fois à la ligne de démarcation, obtenant
ainsi, avec les mêmes bicyclettes, un nouveau crédit de pièces
détachées ! Un excellent matériau déchange...
Piratage et écoute dune base TSF :
Beaucoup de français moyens utilisent des téléphones
sans fil en le raccordant tout simplement sur une prise téléphonique.
Il est possible de le raccorder aussi sur le joncteur dune ligne
analogique derrière un PABX. Que ces appareils soient homologués
ou non, le principe de fonctionnement est le même pour tous sans
exception.
La généralisation de ce type de matériel pose un
grand problème en matière de confidentialité des
communications. Les utilisateurs non avertis ignorent bien souvent que
tout ce quils disent à leur correspondant peut être
intercepté par des récepteurs de surveillance radio larges
bandes. Ils comportent souvent un dispositif, qui permet de déclencher
un magnétophone automatiquement. On peut se demander légitimement
aussi, si la généralisation de ce moyen de communication,
nest pas une volonté de nos gouvernements. Le but est de
permettre aux grandes oreilles (stations de surveillance radioélectriques
gouvernementales), despionner la vie des citoyens moyens, afin de
connaître leurs aspirations ou préoccupations du moment,
ou même leurs opinions politiques. Ces écoutes anodines,
permettent de savoir à la veille délection, ce que
la population pense de ses politiciens et de compléter les sondages.
En dehors des écoutes, il existe dautres aspects encore plus
sournois. Des particuliers peuvent appeler leur banque pour connaître
la position de leur compte. Il peuvent aboutir sur des serveurs vocaux
qui peuvent leur demander de composer leur mot de passe et code confidentiel.
Le téléachat à distance à travers ces serveurs
commence à se développer en France. Les particuliers non
techniques imprudents peuvent ainsi transmettre le numéro de leur
carte bancaire par T.S.F. pour commander quelque chose.
Un individu en possession de ce type de récepteur, voire même
dun poste CB fonctionnant sur la bande A (ce qui correspond au double
inférieur) peut intercepter de multiples communications téléphoniques.
Cest ainsi que lon peut voir des pirates en possession de
numéros de carte bancaire quil ne devraient pas avoir. Ils
peuvent ainsi passer des commandes pour leur propre compte qui seront
payées par dautres à leur insu.
Il faut savoir quaucun T.S.F. homologué en France ne peut
être crypté. Ceux qui le sont viennent de létranger
et sont interdits dutilisation. Pour linstant, on peut supposer
que les écoutes systématiques ne sont pas utilisées
par les groupes, ou seulement de façon occasionnelle. Mais rien
ninterdit ce développement illicite.
Alors est-il normal que les vendeurs de ces matériels ninforment
pas les acheteurs potentiels des risques possibles. On ne voit pas pourquoi
il nexisterait pas un décret obligeant les fabricants à
écrire sur leurs notices que la confidentialité des communications
nest pas assurée sur ces appareils. Pourquoi il nest
pas déconseillé ou même interdit dutiliser ces
appareils pour des transactions que lon peut qualifier de financières.
Par exemple, pour les jeux vidéo une mise en garde figure sur toutes
les notices afin de mettre en garde les épileptiques sur les effets
secondaires. Ce moyen de communication est le pire qui puisse exister.
Il a en effet permis sur Paris un grand nombre de fuites dans tous les
domaines, quils soient politiques, financiers, industriels, scientifiques,
voire même militaires. Il ne faut pas oublier que les ambassades
sont des grandes oreilles en puissance. Certaines disposent dantennes
assez remarquables, pour que lon en devine leur utilisation.
Transmissions informatiques radio sans fil :
Les fonctionnaires de Bruxelles viennent de définir la norme IEEE
802.11 pour lEurope). Elle consiste à autoriser les ordinateurs
ou autres systèmes à communiquer entre eux de 0,3 à
1,35 Mbit/s dans la bande de fréquence de 2446,5 / 2483,5 MHz.
Deux techniques sur cette bande se dégagent. Lune est a fréquence
fixe (DSSS) et lautre à sauts de fréquence (FHSS).
Cette dernière paraît un peu plus sûre que la précédente
contre un risque découte.
Mais de toute façon quoiquen disent les divers constructeurs
du marché, ces solutions seront toujours moins sûres quune
liaison par câble face à des espions.
Il faut en effet savoir que la cryptographie lourde est assimilée
à une arme de guerre en France, comme dans beaucoup dautres
pays et est donc interdite. Les communications transiteront donc en clair
et pourront être interceptées par nimporte qui utilisant
un récepteur fonctionnant sur la bonne fréquence.
Utilisé conjointement avec un analyseur de protocole ou encore
ces nouveaux équipements appelés sniffeurs, un pirate pourra
intercepter les adresses IP, les informations transitant sur un réseau.
La norme ETS300-652 (Hiperlan: Hight Performance Radio Lan) disponible
depuis 97.
Ces systèmes utilisent les 5 et 17 GHz avec un débit de
10 à 20 Mbit/s.
Ces moyens présentent les sérieux inconvénients dêtre
écoutés sans aucune restriction comme pour les téléphones
sans fil. Le pire, cest que lon ne saura jamais si effectivement
toutes les données ont été captées par un
espion. On peut donc supposer ici aussi quil y a une volonté
des gouvernements, despionner ce qui transite sur les systèmes
informatiques, sans connexion physique.
Le danger vient surtout de la possibilité de leurrer le correspondant
initial et démettre à sa place un signal HF qui pourra
comporter sous-programme invisible despionnages. Ce type de programme
généralement en assembleur ira se camoufler quelque part
sur le disque dur et demeurera invisible même lors du listage du
contenu du disque. Il attendra le moment opportun pour se charger automatiquement
de lui-même. Il transmettra tout seul vers son propriétaire
la première fois tout le contenu du disque dur.
Les fois suivantes, il se contentera de transmettre les nouveaux fichiers
quil a réceptionnés dun autre système
informatique autorisé. Il émettra aussi les informations
ou les ordres tapés sur le clavier quil stockera dans un
fichier tampon en attendant lheure démission.
Ce programme fera le nécessaire afin quil ne figure aucune
modification ou trace dans le fichier historique. Il y a cependant deux
problèmes qui permettent de visualiser ce genre de supercherie.
Un autre ordinateur superviseur sur le site peut détecter lactivité
du modem radio. Lautre problème peut apparaître lorsque
le disque dur de lordinateur espionné est pratiquement plein.
Si on souhaite enregistrer sur le PC un fichier 10 Mega-octets et, que
ce dernier vous dit que cest impossible, alors quil nous signale
quil reste une capacité disponible de 20 Mega-octets, on
peut se poser des questions. Il y a dans ce cas un ou des fichiers invisibles
quelque part.
Matra Grolier Network se lance aussi dans la bagarre du sans fil, en proposant
ici des moyens de communication Internet par satellite pour un débit
de 500 kilobits avec un tarif très intéressant. La société
israélienne RDC propose un système complet de communication
sans fil pour Internet sur 2,4 GHz.
Il permettrait dévincer les opérateurs habituels du
câble. Le fournisseur daccès installe sur son serveur
une passerelle qui est raccordée à une antenne omnidirectionnelle
sur le toit. La portée possible serait un rayon de couverture de
35 km en fonction du relief avec un débit de 1 Mbit/s. Labonné
ou lentreprise disposerait dune antenne parabolique bidirectionnelle
de 10 à 20 décibels avec un angle douverture de 14
à 40° connecté sur une Unité de Communication
Principale et raccordé à son réseau local. Il y a
ici aussi des risques dinterception des transmissions avec des systèmes
fonctionnant dun côté en omnidirectionnel et de lautre
en bidirectionnel pour lUCP, et omnidirectionnel pour les boîtiers.
LInternet par ces moyens, na quun objectif, court-circuité
les opérateurs nationaux, en proposant des tarifs très bas.
Malheureusement, tant que la cryptographie lourde ne sera pas autorisée,
ces moyens sont voués à léchec pour les sites
ou sociétés très sensibles, et cest valable
pour nimporte quel fournisseur français ou étranger.
Les faisceaux hertziens :
Les communications micro-ondes se généralisent de plus en
plus. Lintérêt réside dans le fait quils
permettent de relier deux sites entre eux sans passer par des câbles.
Ils permettent ainsi le transfert de grosses quantités dinformation
numériques et analogiques dans des zones isolées ou ayant
un fort relief accidenté. Linconvénient, ici cest
que ces types de faisceaux peuvent être écoutés surtout
par les services despionnage de gouvernements étrangers.
Dans ce cas précis, ils préfèrent enregistrer toute
la largeur de bande du faisceau et procéder au triage par analyse,
ou sélection de mots-clefs. Ils utilisent les fréquences
ci-dessous :
1,5 GHz / 8 voies,
4,5 GHz / 1 voie à 2 Mbit/s,
8,5 GHz / 1 voie à 2 Mbit/s,
10 GHz / 8 voies ou 2 Mbit/s
13 GHz / 4 voies à 2 Mbit/s,
23 GHz / tout type, distance : 20 km.
31 GHz / 4 voies à 2 Mbit/s,
38 GHz / 4 voies à 2 Mbit/s, distance : 08 km.
Une chose que lon sait moins, cest que ces interceptions peuvent
se faire par des satellites très sensibles spécialisés
dans ce domaine. Les micro-ondes ont la particularité de se propager
en ligne droite. Il est évident quil ne sagit plus
ici de travail damateur avec quelques milliers de francs, mais dorganisations
avec des millions pour ne pas dire des milliards de dollars dinvestissement.
Si nous restons sur un plan terrestre, il est possible dintercepter
ces faisceaux avec des moyens moindres et de procéder à
des réacheminements. Les spécialistes comprendront la méthode,
il est inutile que de rentrer dans les détails.
Transmissions informatiques infrarouges (IR) :
Ces systèmes répondent à la norme IrDA1.1 permettant
un débit de 115,2 Kb/s. La nouvelle norme Fast IrDA1.1 autorise
un débit de 4 Mb/s et est utilisée par lordinateur
portable Toshiba Satellite Pro 420. Mais il a un coût qui est malheureusement
dissuasif.
Elles sont suffisamment intéressantes pour être mentionnées.
Elles présentent linconvénient de ne pas franchir
les murs ou autres obstacles qui se trouveraient dans son champ de vision.
Mais cest peut-être aussi un avantage. Les signaux ne pouvant
franchir ces murs ne pourront être interceptés illégalement
par un concurrent. De plus, nous ne sommes pas confrontés aux interférences
entre les divers systèmes.
Il faut se rappeler que la HF et linformatique ne font pas bon ménage
ensemble. Les systèmes sans fil les plus pratiques pour les utilisateurs
sont pour commencer les souris, les tablettes et les claviers comme ceux
de Keytronic. Ensuite on a des portables comme Compaq ou Toshiba qui intègrent
un module de transmission IR autorisant un débit de 1 à
4 Mb/s.
La société AB SOFT vend des modules que lon peut raccorder
sur les prises séries des ordinateurs et sur les prises parallèles
des imprimantes.
EXTENDED SYSTEM commercialise la gamme Jeteye qui comporte des modules
IR pour Ethernet en 10base T, 10base 2, pour port série et parallèle.
Certains dispositifs utilisant le procédé infrarouge sont
utilisés aujourdhui à des fins despionnages.
Ces systèmes permettent découter les dialogues dans
une pièce à condition que les diodes démission
infrarouges puissent être orientées vers lextérieur
par une fenêtre. Ce type de signal contrairement aux ondes radio
ne passe pas à travers les murs.
Les gadgets despionnage électronique
Les microémetteurs :
Il existe une multitude de moyens miniaturisés proposés
dans les revues délectroniques ou spécialisées
dans la sécurité. Certaines boutiques dans des galeries
situées sur les Champs Élysée proposent ce genre
de matériel. Ils utilisent généralement une fréquence
dans la bande FM. Ces gadgets peuvent être dissimulés dans
les murs, le mobilier, linstallation électrique, téléphonique,
informatique et même la plomberie. Pour ce dernier cas, je ne rentrerai
pas dans les détails. Il nest pas utile de donner des idées.
On les trouve sous les formes les plus diverses et parfois inattendues.
sucre sur ligne PTT, - sucre sur ligne EDF,
pastille téléphonique, - stylos émetteur,
calculatrice émettrice, - bague émettrice,
livre émetteur, - bouton émetteur,
agendas émetteur, - montre émettrice,
téléphone émetteur, - ou même combiné
émetteur,
prise PTT émettrice, - multiprise émettrice,
prise EDF émettrice, - horloge émettrice.
câble dont lémetteur est dissimulé dans
la gaine.
Tous les systèmes ci-dessus existent. Le fin du fin consiste à
disposer dun microémetteur que lon déclenche
sur commande afin de rendre la détection de ce type de matériel
plus délicate. Mais si pour déclencher lémetteur,
on utilise un récepteur de radio-télécommande si
je puis dire, son oscillateur local sil est mal blindé va
rayonner lui aussi une infime énergie, qui risque de trahir sa
présence.
Dans le cas du téléphone, la dissimulation et la mise
en route sont plus faciles.
Lémetteur ne peut se déclencher que lorsquon
décroche le combiné, si on ne souhaite intercepter que les
communications téléphoniques. On intercepte ensuite les
conversations jusquà une centaine de mètres ou plus,
tout dépend de la puissance du sucre émetteur et des obstacles
présents, avec un récepteur radio équipé dun
enregistreur minicassette. Ce dernier ne se déclenchera que si
le sucre émetteur capte une voix dans le local ou il se trouve.
Une autre méthode consiste aussi à piéger les équipements
dinstrumentations destinés à un laboratoire.
Lintérêt de ce moyen consiste surtout à réémettre
numériquement vers lextérieur en priorité les
résultats des expérimentations en cours du laboratoire.
Si on allume lappareil, on assimile ainsi les signaux captés
à la multitude doscillateurs, dhorloges du système.
Lappareil stoppé, lémetteur est indétectable.
Les caméras CCD :
La nouvelle technologie miniaturisée permet lutilisation
dappareils photographiques, mais aussi de caméras CCD miniatures
dont les dimensions nexcèdent pas un cube de 25 mm de côté.
Il y en a de plus petites encore, mais plus rares à des prix exorbitants
et réservées pour des applications spécifiques comme
dans le domaine microchirurgical. Elles peuvent être couplées
à un émetteur dune portée de 50 à 300
mètres. Ce type de matériel est généralement
dissimulé dans un objet dornement qui sera installé
sur un bureau, une cheminée, un buffet. On les trouve aussi intégrés
sous les formes ci-dessous avec un émetteur. Leur réalisation
est évidemment plus complexe et coûteuse. Leur utilisation
ne se fait donc que dans les cas vraiment extrêmes.
pommeau dune canne
dans une broche,
dans une cravate,
dans une montre,
une horloge,
une mallette,
un livre,
derrière un miroir sans tain,
un objet dornement
un radar infrarouge.
caméra cachée dans un mur avec canne endoscopique,
même dans des détecteurs incendie raccordés
à une centrale de gaz halons, ce qui est ridicule et interdit,
car ce type dinstallation est soumis à des contrôles
annuels obligatoires. Dailleurs à plusieurs reprises des
faux détecteurs ont été trouvés avec une caméra
dans certaines entreprises déclenchant le mécontentement
des syndicalistes. Ce qui est justifié.
Par contre, sur des sites sensibles, des centres de recherche, les accès
aux laboratoires et non pas lintérieur, ce genre de système
me paraît parfaitement justifié. Ces espions optiques peuvent
être repérés par un dispositif qui détecte
le signal de balayage de ligne des caméras. Ce genre de matériel
est plus rare, car il a un coût, un volume, et une consommation
non négligeable malgré sa miniaturisation. Il faut cependant
savoir que ce type de matériel existe. Nos dirigeants dentreprises
sensibles ne sont pas toujours préparés à ces nouvelles
menaces, surtout face à des concurrents étrangers virulents
dans le domaine militaire ou scientifique. Ce genre daffaires nest
dailleurs pratiquement jamais dévoilé au grand public.
La détection de lémission HF se fait avec les mêmes
moyens que pour les sucres émetteurs. Les spécialistes de
ces activités sont souvent électroniciens et sont des as
de la débrouille.
Des moyens variés :
Dautres méthodes consistent à utiliser des dispositifs
démission et de réception infrarouge. Linconvénient,
cest quil ne fonctionne quen portée optique,
cest-à-dire que si une personne passe devant ou quelle
met un meuble sur la trajectoire du faisceau, elle coupe la transmission.
Ils ont par contre lavantage dêtre indétectable,
car même un radioamateur ne dispose pas de récepteur IR et
il faut être dans laxe de ce type de système. Bien
que discret il est peut employé en raison de cette contrainte de
portée optique.
Il y a aussi des moyens non électroniques originaux dont certains
sont connus des Russes depuis longtemps. Il y a le principe de la résonance
dun matériau. Un cendrier de cristal réalisé
avec le matériau approprié et taillé dune certaine
façon peut vibrer en fonction des sons générés
dans le local où il se trouve. Il peut vibrer de la même
façon quun diapason dont le son sera modulé par les
personnes qui parleront à côté. La qualité
et la portée sera médiocres évidemment, mais cest
le genre de truc que lon peut trouver dans les cas extrêmes.
Il est évident que les détecteurs habituels de micro ne
servent pas à grand-chose. On peut aussi utiliser des matériaux
ferromagnétiques très denses qui donneront un résultat
équivalent.
Un moyen plus connu concerne la réflexion dun faisceau laser
sur la vitre dune fenêtre. La vitre vibre en effet en fonction
des bruits générés dans le local. Après traitement
du signal réfléchi, on peut écouter ce qui se dit
dans un bureau. Les paroles sont des vibrations sonores qui excitent les
vitres modulant en même temps le faisceau du laser. Le petit problème
cest que dans le cas dun double vitrage, le système
devient inopérationnel. Un autre moyen repose sur lutilisation
des micro-ondes. Ce qui peut sappliquer à un faisceau laser,
peut aussi sappliquer à des hyperfréquences dont une
partie de lénergie traversera les obstacles. Si entre deux
obstacles il existe une vibration sonore, les micro-ondes récupérées
de lautre côté, auront subi une modification lors de
ce passage. Je ne rentrerai pas plus dans les détails. Ce moyen
nest pas sans effet sur la santé.
Systèmes informatisés dinterception radio :
Nous arrivons ici dans la dernière génération
déquipement.
Lévolution technologique, linformatique, le traitement
numérique, permettent lintégration de plusieurs fonctions
pour le même coût. Cest maintenant la qualité
des logiciels intégrés qui permet de faire la différence
surtout au niveau des tarifs.
Lélément primordial est un châssis dordinateur
dans lequel on va intégrer des interfaces dinterception radio.
Le tout sera piloté par un ou plusieurs sous-programmes. Linterface
utilisateur standard de base est aujourdhui le système Windows.
Habituellement un système radio ou de mesure disposait dune
façade avant avec des boutons fixes immuables. Chaque appareil
remplissait une fonction bien précise. Aujourdhui, ce nest
plus le cas. Le principe modulaire permet de disposer dun châssis
dans lequel on rajoute des modules spécialisés. Le tout
est ensuite piloté par une unité de traitement externe,
un PC avec Windows sur lequel on fait apparaître les commandes nécessaires
aux besoins du moment.
La façade dun récepteur radio, dun mesureur
de champ, dun système gonio, se retrouve ainsi affiché
sur un écran dordinateur.
Il est évident que tout le matériel de laboratoire cité
ci-dessus, bien quil soit destiné à la mesure ou létalonnage
des systèmes, permet linterception de pratiquement tous les
types de communications. Un groupe et dautres, disposant de spécialistes
peut être tenté dutiliser tous ces moyens à
des fins despionnage pour contrer la concurrence. Face à
des marchés porteurs qui se chiffrent aujourdhui à
plusieurs centaines de millions de francs, le risque de ce genre dactivité
va en grandissant et semble être utilisé en raison de la
baisse des prix, de la disponibilité du matériel, de son
ergonomie et ses facilités dutilisation.
Les capitales qui ont des ambassades et des consulats, sont les plus exposées
à ces interceptions. Cest pour cette raison que tous les
moyens sans fil représentent un danger pour les utilisateurs, quils
soient des particuliers ou des officiels. Quel est le juge, policier ou
avocat qui pense à demander à son correspondant sil
utilise un téléphone sans fil ou poste fixe. Les moyens
sans fil utilisés dans les villes où sontinstallées
des ambassades, sont à lorigine dun très grand
nombre de fuites.
Les moyens denregistrement radio :
Les systèmes sophistiqués de réception radio comportent
tous des sorties, prise découte et prise de magnétophone.
Ils disposent aussi de plusieurs prises FI (fréquence intermédiaire)
standardisées aujourdhui à 30 KHz/ 75 KHz/ 1,44 MHz/
10,7 MHz /2 MHz/ 21.4 MHz. Cela permet le raccordement denregistreurs
audio de divers types avec des durées variables qui séchelonnent
de 1 à 25h par piste à diverses vitesses. Les baies conventionnelles
dancienne génération équipées de deux
magnétophones de 40 pistes chacune avaient des durées de
25h. Maintenant on trouve des systèmes moins volumineux capables
denregistrer la même capacité sur une bande vidéo.
Dautres systèmes plus sophistiqués permettent denregistrer
à partir de la FI tout une partie du spectre radio. La sortie FI
dun récepteur radio est envoyé vers lentrée
dun convertisseur qui permet dabaisser la fréquence
dune partie du spectre pouvant atteindre de 1 à 10 mégahertz,
ensuite ce signal arrive sur un enregistreur large bande. Cette solution
permet de traiter les données ultérieurement sur place ou
ailleurs. Il suffit de repasser la bande en reconvertissant le signal
dans lautre sens et de lenvoyer vers lentrée
FI dun récepteur ou dun système danalyse.
On utilise aujourdhui des ordinateurs de plus en plus sophistiqués
et rapides. On peut donc enregistrer du son ou de limage sur disques
durs à ou autres supports à condition quil dispose
des interfaces dentrées nécessaires, comme la reconnaissance
vocale. Ensuite sil dispose de logiciel de traitement ou danalyse
de la voix, on peut lui demander de mettre à part les communications
téléphoniques ou radio contenant des mots-clés particuliers.
Il pourra au besoin transcrire la langue écoutée en texte.
Ce texte pourra être classé dans un thème et traduit
par un logiciel dans une autre langue. Cest dans ces cas précis
que des logiciels danalyses basés sur le langage-pivot comme
Taïga trouvent leur intérêt. Il est en effet impossible
à un opérateur découter des centaines de conversations
françaises ou étrangères sans des artifices. Ils
permettent ainsi de faire un tri très sélectif et de ne
retenir que lessentiel. Il est aussi nécessaire de surveiller
lactivité des opérateurs sur notre territoire.
Espionnage de tous les systèmes sans fil
Une mise en garde est aussi a effectuer sur tous les équipements
sans fil :
Clavier dordinateur sans fil,
Téléphones portables, DCS, GSM, UMTS107,
Téléphone sans fil, analogique ou DECT108,
Boucle locale radio pour la téléphonie fixe,
Boucle locale radio pour les échanges de données
informatiques type Tetra
Liaisons Wifi109
Liaison Bluetooth110
Tous ces systèmes représentent des dangers despionnage
très sérieux, surtout dans les grandes villes comme Paris.
Nous avons pu constater une disparition des téléphones filaires
dans les grandes surfaces, au profit des téléphones sans
fil. Les dirigeants politiques en voulant encourager le tout sans fil
surtout pour inciter la population à utiliser les systèmes
ci-dessus, commettent une grave erreur, car ils vont favoriser lespionnage
à grande échelle. Non seulement ils vont se pénaliser
eux-mêmes, mais vont aussi pénaliser notre économie
et nos entreprises. De nombreuses ambassades dans les grandes capitales,
disposent déquipements dinterception radioélectriques
destinés à faire de lespionnage.
La bêtise des fanas du gadget, cest lutilisation des
claviers sans fil. Pour une certaine marque dordinateur, on a découvert
que celui-ci transmettait toutes les informations tapées au clavier
jusquà une distance qui dépassait largement les 250
mètres. Ou alors, cet ordinateur a été sciemment
vendu avec cette défaillance, pour permettre lespionnage
des transactions à lintérieur de cette société.
Dans le synoptique ci-dessous, nous avons mis en évidence les différents
points dinterception possibles. Les ambassades peuvent être
dotées de moyens lourds, récepteurs à large bande
et enregistreurs, permettant denregistrer tout un spectre de fréquence.
En effet, contrairement à ce que peut penser le néophyte,
il nest pas nécessaire de disposer dun récepteur
pour chaque fréquence que lon souhaite écouter.
Il y a de plus en plus de moyens qui sont apparus et permettent de pirater
les systèmes.
1°) au milieu des années 70, il suffisait de disposer dun
Minitel et dune ligne téléphonique.
2°) à partir de 1990, il suffisait dun PC avec un modem
et une ligne téléphonique.
3°) à partir de 1995, il suffisait dun PC avec un modem
et une ligne téléphonique et Internet.
4°) à partir de 2000, il suffira dun PC avec un dispositif
radio pour accéder anonymement aux flux de données informatiques
et aux gros systèmes, même les plus sensibles, via Internet.
Les boucles locales radio haut débit en 3,6 ou 26 GHz constituent
une brèche importante que les services secrets étrangers
peuvent exploiter contre les entreprises nationales françaises
et autres. Il faut aussi rajouter les systèmes Tétra en
450 MHz.
Même sil existe un système de protection des données,
en réalité celui-ci est rarement activé par les administrateurs
ou responsables informatiques, pour améliorer la compatibilité
des transmissions entre le réseau informatique fixe de la société,
et les ordinateurs portables des ingénieurs et commerciaux.
Les systèmes déchange de données entre ordinateurs
ou périphériques, permettent à nimporte qui
disposant de bonnes compétences informatiques, de sintroduire
localement dans les systèmes informatiques. Il est possible par
exemple dintercepter les fichiers destinés à un autre
ordinateur ou même à une imprimante.
La cryptographie nest pas fiable, ni les firewall, car la grande
majorité a été testée par la NSA (entre autres),
ce qui veut dire quils connaissent les failles pour que leurs services
de renseignement puissent pirater nos systèmes. De plus, comme
nous le verrons par la suite, la réglementation en matière
de cryptage est (en France en particulier) restrictive et limitante.
« ECHELON » Le réseau mondial qui
vous écoute.
Principe général de fonctionnement du réseau ECHELON
Le réseau Echelon tel que nous le connaissons a été
conçu et construit par la NSA dans les années 80. Il permet
dintercepter de manière non discriminatoire, des e-mails,
des fax, des télex et des communications téléphoniques
transportées sur pratiquement nimporte quel support (satellites,
câbles sous-marins, etc.) et par nimporte quel réseau
de télécommunication.
Ce système, à la différence des autres développés
pendant la Guerre Froide, est avant tout à but non militaire :
gouvernements, entreprises, individus sont devenus les cibles primaires
du réseau Echelon.
Bien sûr, nous savons tous que dans chaque pays, les organismes
despionnage et de contre-espionnage réalisent des écoutes
sur leur propre territoire pour assurer la sécurité du pays.
Mais ce qui est extraordinaire, cest quEchelon fonctionne
à léchelle planétaire.
ECHELON na pas pour but premier dintercepter des communications
sous toutes ses formes dun individu en particulier, mais plutôt
dintercepter des informations en masse pour réaliser ensuite
le tri de ce qui est intéressant au moyen de super ordinateurs
(les Crays) et des Dictionnaires.
Pour cela, comme nous le verrons par la suite, un réseau de stations
découte a été établi au niveau mondial
pour permettre ces interceptions. Certaines stations écoutent des
satellites, dautres des communications terrestres, voire des communications
radio.
Les antennes dinterception dans le monde Le réseau Echelon
permet de relier toutes ces stations pour fournir aux États Unis,
la possibilité
dintercepter un très grand nombre de communications transitant
sur la planète.
Sugar Grove en West Virginia. Six paraboles sont pointées
vers lEurope et latlantique.
Sugar Grove se trouve à environ 300 Km au Sud-Ouest de Washington.
Il serait dirigé par lUS Naval Security Group ainsi que lUS
Air Force Intelligence Agency.
Méthode dinterception
Chaque station du réseau Echelon utilise des super ordinateurs
par lesquels transitent tous les messages. Dans ces ordinateurs, des Dictionnaires
contenant des mots clés préprogrammés. Ainsi, des
mots relatifs à des sujets types, des villes, des noms, etc. permettent
de réaliser des tris, afin de produire des dossiers cohérents.
Bien que des milliers de messages se déversent dans ces ordinateurs
chaque minute, ces derniers sont lus et traités en temps réel.
Le patron de la NSA, dans lune des rares interviews affirmait que
lagence devait traiter toute les 3 heures, autant dinformations
quil y en a dans la bibliothèque du Congrès Américain,
la plus grande du monde.
Diagramme décrivant lopération :
5 étapes sont nécessaires à linterception :
dans une station découte dun pays du pacte,
tous les signaux, numériques ou analogiques (téléphone,
GSM, ondes radio, signaux satellites...), sont captés par des stations
découtes ;
ils sont ensuite amplifiés puis triés. Seuls
les messages intéressants sont retenus ;
ils sont ensuite passés à la moulinette des super
ordinateurs très puissants contenant les Dictionnaires. Chaque
station possède dailleurs son propre dictionnaire afin de
mieux coller à lenvironnement local. Par un système
de mots clés contenus dans ceux-ci (exemples : NSA, bombe atomique,
C4, terrorisme, etc.), toutes les transmissions en rapport avec ces mots
et ces concepts sont conservées, cryptées, puis transmises
aux États-Unis ou aux partenaires ;
au siège de la NSA, à Fort Meade dans le Maryland
(près de Washington), les messages sont décryptés,
analysés puis classés ;
les écoutes ainsi traitées sont ensuite renvoyées
aux pays intéressés sous forme de rapports, de notes succinctes
ou de compilations.
Exemples découtes commerciales
En 1994, la NSA avait intercepté des appels téléphoniques
entre Thomson-CSF et le Brésil pour le projet SIVAM, un système
de surveillance de la Forêt Amazonienne de 1,3 milliard dUS$.
Thomson était soupçonné davoir « acheté
les membres stratégiques du gouvernement brésilien ».
Conclusion, le contrat fut remporté par Raytheon Corporation qui
annonça peu de temps après : « le Département
du Commerce américain a travaillé durement pour soutenir
lindustrie US dans ce projet ».
Au passage, la société Raytheon assure la maintenance et
lingénierie de la station dinterception du réseau
Echelon à Sugar Grove.
En 1995, par lintermédiaire dun satellite de communications
commercial, la NSA a réussi à récupérer tous
les fax et conversations téléphoniques entre le consortium
Européen AIRBUS, la compagnie daviation Saoudi National Airlines
et le gouvernement saoudien. Lagence avait trouvé que les
commerciaux dAirbus offraient des dessous de table aux officiels
Saoudiens. Linformation fut transmise à Boeing et Mc Donell
Douglas Corp, qui firent une offre plus avantageuse pour finalement remporter
ce contrat de 6 Milliards dUS$.
Moyens matériels et humains
Antennes, satellites, ordinateurs et réseaux Les antennes
La récolte systématique de communications transitant par
satellite commença pour la NSA en 1971.
Deux stations terrestres furent construites dans ce but :
la première à Morenstow, Cornouailles, en Grande-Bretagne,
avec deux paraboles de 30m de diamètre. La première parabole
interceptait les communications provenant de lIntelsat de lOcéan
Atlantique, la deuxième celle de lIntelsat de lOcéan
Indien.
la deuxième station fut construite à Yakima, près
de Washington, pour intercepter les communications transitant par le satellite
Intelsat de locéan Pacifique.
La situation resta inchangée jusquà la fin des années
70. Cest alors quun troisième site, toujours aux États-Unis,
fut installé à Sugar Grove, en « West Viriginia ».
La responsabilité du site fut confiée à lUS
Naval Security Group.
Par la suite, le réseau découte Echelon se développa
en parallèle du nombre croissant de télécommunications
entre 1985 et 1995. Des stations furent implantées au Canada, en
Australie ainsi quen Nouvelle-Zélande. Celles qui existaient
déjà, furent agrandies et modernisées.
Comme montré plus haut, une quinzaine de stations découte
principales réparties dans le monde seraient en activité
actuellement. Il existe sûrement dautres stations, mais elles
seraient plus discrètes, plus petites et plus spécifiques
à la région voire au pays où elles sont installées.
Aujourdhui, on estime, que le réseau Echelon utilise 120
antennes réparties dans les pays du pacte UKUSA, à des fins
découtes et de renseignements.
Les catégories dantennes (sachant que plusieurs types dantennes
peuvent se trouver sur une même station découte):
40 sont pointées vers des satellites commerciaux ;
30 sont dirigées vers les satellites découte
(type Mercury, Keyhole...);
50 étaient pointées vers lex-Pacte de Varsovie,
mais un certain nombre a sans doute été réorienté
vers dautres objectifs, tels que les satellites commerciaux.
Les satellites
On distingue trois classes de satellites :
Satellite géostationnaire : cest un satellite de type
Mercury placé juste à côté dun satellite
relayant des communications transcontinentales de type Intelsat. De par
la taille de sa parabole (de 80 à 100m), les signaux initialement
reçus par le satellite Intelsat le seront également par
le Mercury. Ce dernier les retransmettra à la station découte
la plus proche afin den analyser les données.
Satellite dobservation : cest un satellite de type
Keyhole utilisant une technologie radar, qui permet de voir de jour comme
de nuit et sous les nuages avec une précision de lordre de
quelques centimètres.
Ces satellites évolueraient à des altitudes variant entre
200 et 1000 km. Le dernier modèle a pour nom de code KH-12 Improved
Crystal.
Aucune spécification officielle nexiste sur ce produit. Selon
les Services secrets français, une quinzaine seraient en orbite
actuellement.
Satellite découte basse altitude : cette classe de
satellites sert de système découte dappoint
principalement pour les régions dans les latitudes proches du Pôle
Nord. Les Mercury couvrant mal ces régions (à cause de leur
orbite géostationnaire), des satellites plus connus sous le nom
de TRUMPET évoluent à des orbites polaires elliptiques,
leur permettant de rester longtemps dans les régions du Nord. LAgence
peut alors écouter tous les transmetteurs dans ces zones et par
la même occasion intercepter les signaux envoyés par lex-URSS
à ses satellites de communications évoluant dans les mêmes
orbites.
Petite précision tenant de lanecdote. Motorola a lancé
en 1997 le réseau de communication planétaire connu sous
le nom dIRIDIUM. Ce réseau constitué de 66 satellites
évoluant en orbite basse et quadrillant la terre, devait permettre
de pouvoir appeler et dêtre joignable de nimporte point
du globe.
Ce qui posa un problème pour la NSA dans un premier temps, attendu
que les communications transitent du téléphone cellulaire
directement par plusieurs satellites sans passer par des stations relais
terrestres (en revanche INTELSAT utilise le principe des relais terrestre).
Mais Motorola étant un gros fournisseur de lAgence, on peut
être sûr que le réseau est largement écouté
par celle-ci dune manière ou dune autre.
Ordinateurs et réseaux
LAgence est lorganisme au monde le plus grand consommateur
de matériel informatique. Elle travaille par ailleurs en étroite
collaboration avec quelques grands fabricants américains tels que
Motorola, Intel, IBM, ainsi que le fabricant de super ordinateurs : CRAY/SGI.
Elle possède même sa propre unité de fabrication de
composants à Fort Meade, pour éviter les fuites, et produire
des processeurs à la demande.
Fournir un bilan informatique de la NSA afin destimer sa puissance
de calcul est impossible, mais en se fondant sur les informations fournies
par CRAY, le listing des 500 ordinateurs les plus puissants du monde,
et surtout en essayant de dimensionner les besoins par rapport au volume
découte, il devient possible démettre quelques
hypothèses.
En regardant sur le site de Cray (www.cray.com), on peut se faire une
idée des performances des super ordinateurs, le haut de gamme étant
le CRAY SV1. Aujourdhui cest le super ordinateur commercial
le plus puissant du monde (en 2002). Il est configurable sur mesure en
fonction des performances et des attentes du client.
Dautres supers-calculateurs doivent exister, mais de puissance peut
être plus réduite mais, surtout, dédiés à
certaines tâches, notamment lanalyse vocale des écoutes
téléphoniques. À ce propos, des puces spécialisées
dans la reconnaissance vocale existent déjà sur le marché.
Nous arrivons donc à une vingtaine de supers-ordinateurs, des capacités
de transmission optique/satellite de plusieurs dizaines voire centaine
de Gbits/sec et des capacités de stockage pouvant sûrement
atteindre des dizaines de milliers de Go. Il sera difficile den
dire plus par manque dinformations pour linstant.
Pour terminer sur le chapitre des ordinateurs et réseaux, la NSA
serait dotée dun réseau ultra sécurisé
appelé INTELINK (Source : Top Secret Intranet Ed. Charles Goldfare
Series - aut. Frederick Martin). Selon lauteur, un ancien de lagence,
ce réseau, mis en place depuis 1994, serait relié aux bases
de données secrètes de la NSA, de la CIA ainsi que des services
spéciaux de larmée américaine. La manière
dont transitent les données
nest pas connue, mais on peut penser que cela seff ectue par
satellite et par des lignes spécialisées isolées
des réseaux publics.
Il serait consultable depuis nimporte où dans le monde par
environ 50.000 officiers de renseignement soigneusement triés sur
le volet. Cela inclut bien entendu les principaux décideurs politiques,
les ambassades américaines et les espions disséminés
un peu partout dans le monde.
Ce réseau donnerait alors accès aux dernières écoutes,
photos satellites ou aux rapports dagents sur le terrain. INTELINK
comprendrait ainsi
plusieurs centaines de milliers de pages.
Les différents types découtes
Les types découtes possibles se décomposent en 4 grands
axes :
Satellites
Câbles sous-marins
Internet
Radio (Micro-ondes, HF...)
Satellites
Comme cela a déjà été expliqué précédemment,
les satellites de la NSA se positionnent de manière à être
proches des satellites de communications civils afin de « copier
» les signaux pour les retransmettre vers une station terrestre
découte qui se chargera de décrypter et danalyser
les messages.
Câbles sous-marins
Aujourdhui une grande partie des communications transcontinentales
passent par des câbles posés au fond des océans. Ces
câbles sont maintenant pour la plupart en fibre optique, suite au
besoin de plus en plus croissant de vouloir communiquer. Les débits
par câble sont de lordre dune dizaine de Gbits/sec ce
qui permet dacheminer des dizaines de milliers de communications
téléphoniques simultanément.
On peut penser quil est impossible dintercepter des signaux
lumineux dune fibre optique en raison du fait que la lumière
ne produit pas démissions électromagnétiques,
et quintercepter le signal lumineux sur une fibre reviendrait à
rompre la communication.
Selon certains spécialistes, il nen est rien. Le signal lumineux
dans une fibre se dégradant au fur et à mesure du chemin
parcouru à cause du support119 (qui bien quétant un
matériau translucide présenteune certaine opacité),
a besoin dêtre amplifié environ tous les 100 Km par
ce que lon appelle des répétiteurs. À ce point
précis, le signal optique est converti en un signal électrique
numérique pour être amplifié puis reconverti en signal
optique. Il devient alors possible de poser une bretelle à cet
endroit-là pour transmettre les données vers un satellite
relais en basse altitude qui les redirigera vers une station découte,
voire de dédoubler le signal sur un câble parallèle
pour le réacheminer vers la station découte la plus
proche.
La pose dune « bretelle » à 5.000 m de fond est
bien entendu coûteuse en terme dinfrastructure, mais néanmoins
tout à fait envisageable.
Lautre solution que la NSA a pu adopter est la pose de matériel
découte au point de sortie du câble sur terre ferme.
En effet au nom du patriotisme et du pacte UKUSA, La NSA peut très
bien imposer ses conditions à certains opérateurs télécoms
anglo-saxons.
Internet
On peut penser que cest là le bât blesse pour la NSA.
Internet étant un réseau mondial constitué de milliers
de serveurs où des quantités de données gigantesques
circulent chaque jour.
Il nen est rien. Durant les années 80, la NSA et les pays
partenaires du pacte UKUSA, pilotait déjà un réseau
de communications international plus grand que le Web en utilisant la
même technologie.
Selon le partenaire britannique, GCHQ (Governement Communications Headquarters)
: « tous les systèmes étaient reliés ensemble
dans le plus grand LAN dEurope (LAN : Local Area Network
réseau local), qui étaient connectés également
aux autres sites dans le monde formant le plus grand WAN du monde (WAN
: Wide Area Network - réseau local mais au niveau mondial). Le
protocole de communication utilisé est le protocole IP (comme celui
du Web) ». Ce réseau global, développé sous
le nom de : Projet EMBROIDERY, inclut le super serveur de communications
de la NSA, PATHWAY. Il permet de fournir un réseau rapide, efficace,
sécurisé pour le système Echelon ainsi que les autres
systèmes.
Il est fort probable dailleurs, que ce réseau sappelle
maintenant : « Intelink »
Deuxième point, Internet est originaire des États-Unis suite
à lextension dARPANET, lébauche du premier
réseau reliant les sites militaires américains dans les
années 60 pour parer à une éventuelle attaque nucléaire
de lex-URSS. Le développement du net sest réalisé
aux États-Unis, ainsi que la majorité des ressources qui
vont avec (Routeurs, serveurs, backbones120...). En clair, cela signifie
quaujourdhui les ressources physiques se trouvant majoritairement
aux USA, de nombreuses connexions provenant de létranger
passeront là-bas.
Les messages transitent sur le Web sous forme de « packets121 »
appelés aussi « Datagrams ». Ces datagrams afin datteindre
la bonne destination, contiennent ladresse IP (ex : 123.123.123.123)
de lémetteur et du destinataire. Ces adresses étant
uniques pour chaque serveur connecté sur le Web, il devient facile
de réaliser un tri selon lorigine et la destination. Ce processus,
seffectue bien entendu en permanence par les routeurs et les échangeurs
afin dacheminer correctement les messages ; il facilite ainsi grandement
la tâche de lAgence ou de celles qui écoutent, pour
le tri.
Les trajets empruntés par ces « packets », dépendent
du point dorigine et de destination, du serveur par lesquels ils
transitent, ainsi que de nombreux autres facteurs incluant lheure
de la journée. En effet, les routeurs aux États-Unis sont
calmes quand ceux de lEurope atteignent des pointes dactivité
dues au décalage horaire. Il devient alors possible et probable
que certains mails devant parcourir une petite distance (par exemple :
un mail de la France vers lAllemagne), doivent dabord transiter
par un échangeur américain ou britannique, ce qui rend lécoute
des mails dautant plus accessibles par la NSA.
Des sites où sont hébergés les news groups tel quUsenet
produisent environ 15 Go de données par jour. Ces données
sont accessibles à nimporte qui souhaitant les consulter.
La NSA peut donc récupérer tout à fait officiellement
ces informations pour un tri futur. Dailleurs, en Grande-Bretagne,
lagence de la Défense de la Recherche & de lÉvaluation
maintient une base de données de 1 Tera Octet comprenant90 jours
de messages Usenet.
La plupart des sites Internet accessibles au public sont parcourus par
des « bots » (programme parcourant la page cherchant des mots
clés) provenant de moteurs de recherches tels que Altavista, Hotbot,
Google
, afin de les indexer. La NSA utilise également les
mêmes méthodes pour récupérer les informations
intéressantes.
Par exemple, un site basé a New York, connu sous le nom de http://www.jya.com122
propose de nombreuses informations touchant à la crypto, ou aux
différentes méthodes découte. Ce site étant
réactualisé très régulièrement, la
consultation des logs sur le site montre clairement quun «
Bot » du Centre de Sécurité Informatique de la NSA,
parcourt tous les matins le site afin de chercher de nouveaux fichiers
et de les récupérer.
Il est admis que le trafic Internet au niveau international contenant
des informations pouvant intéresser les agences découtes
(mails, transfert de fichiers, réseaux privés virtuels),
ne représentent que quelques pour cent de la majorité du
trafic sur les points déchanges américains.
Selon un ancien employé de la NSA, cette dernière avait
depuis 1995, installé des logiciels de type sniff ers (renifleurs)
pour analyser le trafic sur les neuf échangeurs américains
(Internet Exchange Point- IXP). Deux de ces points, FIX east, Fix West
appartiennent au gouvernement. Ils sont implantés très proches
des autres échangeurs appartenant à des sociétés
commerciales : MAE East & MAE West (MCI Worldcom). Les trois autres
sites sont des échangeurs initialement développés
par la National Science Foundation pour fournir au Web américain
le backbone dorigine du Web.
Tableau des échangeurs américains surveillés par
la NSA :
(A titre informatif, en France, il y a 3 échangeurs : 2 à
Paris - GIX : Global Internet eXchange- et 1 à Grenoble)
Dernier point, il revient souvent que des grandes sociétés
de télécommunications américaines, des éditeurs
de logiciels (Microsoft, Lotus, Netscape...) collaborent avec la NSA pour
développer des backdoors permettant de capturer des informations
intéressantes sur les postes sur lesquels ces logiciels sont installés.
Ils sont par ailleurs priés de modifier leurs produits destinés
à lexportation afin de faciliter la récupération
dinformations.
Bien que la NSA nait jamais confirmé ni démenti ces
rumeurs, en 1997 un jugement en Grande-Bretagne suite à une affaire
de piratage démontra que lagence surveillait le Web. Des
témoins de lUS Air Force travaillant conjointement avec la
NSA, admirent utiliser des sniffeurs de packets et des logiciels spécialisés
pour « tracer » les tentatives de piratage dordinateurs
militaires US. Le dossier sécroula quand ces témoins
refusèrent de fournir les preuves du système quils
avaient utilisé.
Radio (Micro-ondes, HF, etc.)
Les Hautes Fréquences Radio
Une des caractéristiques des ondes radio HF est le fait quelles
se répercutent contre lionosphère et à la surface
de la Terre et se propagent donc rapidement dun bout à lautre
du globe sans nécessiter des infrastructures de réception
importantes. Elles ont donc été privilégiées
jusquau milieu des années 60 pour toutes les communications
diplomatiques et militaires.
Les micro-ondes radio
Cette technologie a été introduite dans les années
50, pour augmenter la capacité de transmissions entre cités
pour le téléphone, le télégraphe et plus tard
pour la télévision. Elles nécessitent à cause
de la courbure de la terre des relais tous les 30 à 50 kilomètres
sous la forme dantennes de 1 à 3 m de diamètre au
sommet de tours ou de building.
Le personnel humain
On sait seulement quenviron 100.000 personnes travaillent directement
ou indirectement pour la NSA. Par ailleurs, la NSA est probablement le
plus grand recruteur de mathématiciens au monde.
Après la chute du mur de Berlin et de lURSS, il semblerait
que de nombreux savants russes se soient fait recruter par les États-Unis.
LÉtat Russe étant incapable de payer ces savants,
beaucoup dentre eux se seraient exilés aux USA, en fournissant
en contrepartie de la matière grise dune valeur inestimable
pour la NSA.
Aujourdhui, la sécurité dun pays repose en grande
partie sur sa capacité à protéger ses données
sensibles, par des moyens de cryptage. Les États-Unis lont
bien compris, et travaillent pour cela sans relâche avec les mathématiciens
de lagence pour sécuriser ces informations, ces réseaux.
Mais par la même occasion, lagence joue le rôle de casseur
de code, afin de mieux percer les secrets des pays
Conclusion
Jespère à travers cette présentation avoir
pu vous montrer, ou plutôt vous donner un aperçu du fonctionnement
de cette agence tentaculaire.
La majorité des gens se disent probablement quils ne sont
pas vraiment concernés par ce genre de chose parce quils
nont rien à se reprocher de toute façon. Et surtout
parce quune personne prise individuellement ne peut de toute façon
rien y faire.
Eh bien moi je soutiens le contraire, nous sommes tous concernés.
Les États-Unis qui se veulent être un pays ami de lEurope
joue le double jeu. Comme précisé en introduction, cest
le pays le plus puissant du monde aussi bien en terme stratégique
quéconomique. Et le renseignement ny est pas pour rien.
Le renseignement stratégique (militaire) à mon sens est
bien entendu nécessaire et indispensable afin de préserver
la sécurité dun pays, mais sur le terrain économique
cest une autre histoire.
Il ne faut pas se leurrer, les 500 plus grandes entreprises françaises
font sûrement partie des écoutes de la NSA, tout comme certains
décideurs politiques du pays. Dailleurs, ce nest pas
pour rien que lambassade des États-Unis à Paris se
trouve si proche de lÉlysée. Les enjeux économiques
suite à la globalisation des échanges sont tellement élevés
quil devient difficile de résister à la tentation
dutiliser ce système à son propre avantage.
On dit que 90 % des informations sont disponibles au grand public si on
sait chercher, 5 % le sont à un public restreint, les 5 % restantes
étant secrètes. Lart du système Echelon cest
simplement de pouvoir récupérer 99 % des informations afin
de les rendre cohérentes et de les utiliser à lavantage
des États-Unis.
Le 2e point, cest la vie privée Prenons un exemple paranoïaque
mais sûrement pas si surréaliste que ça. Cette page
parle de la NSA.
Lagence va finir par sen rendre compte, et vérifiera
sûrement qui se connecte sur cette page, et surtout saura qui en
est lauteur.
Peut être quune enquête rapide sera menée sur
moi afin de mieux me cerner. Toute ma famille vivant à létranger,
peut être que mes conversations téléphoniques seront
enregistrées, mes mails interceptés.
Inquiétant non ? Alors il est temps de réfléchir
afin de leur compliquer la tâche. Cest bien connu, on ne peut
vaincre son ennemi quen apprenant à le connaître.
Perspectives
Aujourdhui, la France na pas les moyens financiers pour créer
ce genre de système. LEurope pourrait le faire mais cela
ne risque pas darriver tant quune véritable union ne
sera pas mise en place. Mais il y a des démarches encourageantes
:
Il a été décidé il y a peu de temps
au niveau européen, de créer un système GPS concurrent
à celui des Américains, qui le voient dun mauvais
il dailleurs. Concrètement, quest ce que cela
signifie ? Que nous aurons enfin accès à un système
de positionnement précis de qualité militaire. En effet,
pour avoir une précision de lordre du mètre, avec
le GPS, il faut demander lautorisation au Département de
la Défense Américaine, sinon la précision accessible
au public est de lordre dune cinquantaine de mètres,
ce qui est largement insuffisant pour larmée. On imagine
mal en effet larmée Française effectuer ce genre de
demande aux américains !
La France, via le SCSSI123 (organisme sous la tutelle du Premier
Ministre) autorise le cryptage à 128 bits depuis la mi-mars 1999.
Cest mieux que les 40 bits précédemment autorisés.
Mais cest loin des possibilités de cryptage pouvant aller
jusquà 4096 bits. De toute manière, il ne faut pas
se faire dillusions : si lÉtat autorise ce genre de
cryptage, cest parce quil a les moyens matériels de
casser la clé dans un laps de temps suffisamment rapide. Mais cela
donne au moins le mérite de compliquer un peu plus les écoutes
de nos « amis » de la NSA.
En tout cas, il apparaît clairement que la situation névoluera
pas beaucoup dans les années à venir côté européen.
Mais côté Américains, leur but est clair : rentrer
de plein pieds dans le XXIe siècle en maîtrisant les hautes
technologies afin de mieux dominer aussi bien stratégiquement quéconomiquement
la planète.
La chronologie du Réseau ECHELON
1941 : Après lattaque japonaise de Pearl Harbor, le
centre découte de Bletchley Park est développé
en Grande-Bretagne par les Anglais et les Américains pour intercepter
et décoder les communications militaires des Allemands et des Japonais.
Cest le projet ULTRA.
17 mai 1943 : Laccord Brusa est signé entre le Royaume-Uni
et les USA : il sagit dune coopération en matière
de renseignement électronique. Les cryptanalystes chargés
par le gouvernement britannique de casser le code de chiffrement de la
machine allemande Enigma, regroupés à Bletchley Park autour
du mathématicien Alan Turing, étaient parvenus à
de spectaculaires succès, et avaient accepté de faire part
de leurs découvertes aux Américains.
2 septembre 1945 : Traité de Sécurité entre
les États-Unis et le Japon.
5 mars 1946 : La Grande-Bretagne crée le Commonwealth Sigint
Organisation, avec le Canada, lAustralie et la Nouvelle-Zélande.
Le Pacte UKUSA est en gestation.
1947 : Création de la première station découte
à Hong Kong. Dirigée par les Britanniques, elle a permis
de préparer les bombardements américains sur Hanoï
et dobtenir des précisions sur les rapports de force du Politburo
Vietnamien lors des pourparlers de paix.
1947/48 : Le pacte UKUSA est prorogé. Ce pacte secret conclu,
pendant la Seconde Guerre mondiale, entre la Grande-Bretagne et les États-Unis,
organise la collaboration des services de renseignement des deux pays
dans le domaine de lespionnage des télécommunications.
Le Canada (7 juin 1948, dans le cadre du pacte CANUSA avec les
USA), lAustralie et la Nouvelle-Zélande se joignent à
ce pacte de coopération et déchange des informations
recueillies. Cibles principales : lURSS et les pays communistes.
24 octobre 1952 : Aux États-Unis, création de la
NSA (National Security Agency) par une directive de huit pages
(National Security Council Intelligence Directive N°9) du président
Truman en remplacement de lAFSA (Armed Forces Security Angency).
La NSA est chargée, au sein des services de renseignement, des
opérations SIGINT (signal intelligence), cest à dire
de lespionnage électromagnétique (surveillance des
liaisons radios, des émissions radar, des télécommunications,
etc.) et de la conception des systèmes de codage et de cryptage
destinés à assurer la confidentialité des communications
du gouvernement, des diplomates et des militaires américains.
1957 : Reconnaissance officielle de la NSA par le gouvernement
américain.
25 août 1960 (ou 1961) : Naissance du NRO (National Reconnaissance
Office), agence fabriquant des satellites-espions, suite à une
controverse entre la Maison Blanche, la CIA et le DoD pour déterminer
qui aurait la responsabilité des reconnaissances par satellite
du pays. Son existence sera niée jusquen 1992.
1966 : La NSA prend le contrôle de la base de Menwith Hill
(nord de lAngleterre) qui était jusque-là dirigée
par larmée américaine. Elle en fera la plus grande
station dinterception du monde.
8 Juin 1967 : Le navire USS Liberty est coulé par laviation
israélienne qui lavait confondu avec un bateau égyptien
: le bilan fait état de 34 morts, 170 blessés.
Le 2 juillet 2003, lagence de sécurité nationale
(NSA) a libéré linformation additionnelle relative
à lattaque du 8 juin 1967 sur le « U.S.S. Liberty ».
Ce document inclut trois enregistrements audio, et transcriptions (en
anglais), trois rapports de suivi, et un rapport Cryptologic dhistoire
des États-Unis intitulé « Attaque sur un collecteur
de SIGINT, lUSS. Liberty » Les enregistrements sont en hébreu
et contiennent des décomptes de temps, en anglais, qui ont été
ajoutés par lopérateur dinterception. Les rapports
de suivi sont des résumés des trois transcriptions, avec
omission des paroles hors action, et un rapport compilé qui récapitule
lactivité et contient le texte des transcriptions. Le rapport
Cryptologic dhistoire des États-Unis est une version moins
développée du même document à lorigine,
libéré en 1999.
Comment linformation a été obtenue : Une heure après
avoir appris que le « Liberty » avait été torpillé,
le directeur de la NSA, le LTG Marshall S. Carter, USA, envoie un message
à tous les emplacements dinterception demandant une recherche
spéciale de toutes les communications qui pourraient refléter
lattaque ou la réaction. Aucune communication nétait
disponible. Cependant, une des plateformes aéroportées,
le U.S. Navy EC-121, avait rassemblé des conversations entre deux
pilotes israéliens dhélicoptères et la tour
de contrôle du terrain daviation de Hazor suivant lattaque
sur le « Liberty ».
Août 1968 : Lancement du premier satellite COMINT américain
sous le nom de code CANYON, puis dun second. Ils étaient
contrôlés depuis la station de Bad Abling, en Allemagne,
et visaient lURSS.
Ils furent placés à proximité dorbites géostationnaires
afin de couvrir en permanence les cibles sélectionnées.
Cinq autres satellites de cette classe furent lancés jusquen
1977.
1970 : Création de la station de Yakima dans le Nord-Ouest
des États-Unis, en même temps que la première génération
de satellites INTELSAT. La station est dotée dune grande
antenne orientée vers le Pacifique.
Octobre 1971 : Le sous-marin USS Halibut, croisant dans la mer dOkhost,
au large de la côte Est de lURSS, enregistre les communications
passant dans un câble militaire reliant les quartiers généraux
de larmée à Vladivostock à la péninsule
du Kamchatka. Il était équipé dune capsule
de plongée à très basse profondeur fixée à
la poupe du bâtiment et décrite par la Navy comme «
un canot de sauvetage à basse profondeur ». En 1972, il lâcha
une nacelle denregistrement à haute capacité à
côté du câble qui fonctionna jusquen 1982, quand
un employé de la NSA informa les Soviétiques de lopération
IVY BELLS.
1972 : Le GCHQ commence à « exploiter » une
nouvelle station secrète à Morwenstow, non loin de Bude
en Cornouailles, Angleterre. Cette station, dotée de trente antennes
satellitaires, permettait dintercepter les communications satellites
au-dessus de lAtlantique et de locéan Indien.
1972 : Création au sein de la NSA, par mémorandum présidentiel,
du Central Security Service chargé de coordonner les activités
de cryptologie, de gérer les procédures découte
et de sécurité électronique du DoD. Il assure également
la liaison avec les autres organes de renseignement et de sécurité.
1974 : Construction à Menwith Hill de la première
grande antenne satellitaire.
8 août 1975 : Le Directeur de la NSA, Lew Allen, reconnaît,
devant la Chambre des Représentants, que « la NSA intercepte
systématiquement toutes les communications internationales, quelles
soient vocales ou par câbles », il sagit de lopération
SHAMROCK.
Juin 1978 : Lancement du premier satellite CHALET, suivi par un
second en octobre 1979. Après que le nom du premier satellite fut
apparu dans la presse américaine, ils furent rebaptisés
VORTEX, avant dêtre rebaptisés MERCURY en 1987, à
la suite dune nouvelle fuite.
1978 : Le Congrès adopte une loi (Foreign Intelligence Surveillance
Act) définissant les procédures découte de
la NSA.
Eté 1979 : Le sous-marin USS Parche, fait le voyage de San
Francisco à la mer de Barents en passant au-dessous du Pôle
Nord et installe un nouveau système denregistrement des informations
par câbles près de Mourmansk. Il est toujours en activité
et reçut de hautes récompenses, chaque année de 1994
à 1997.
1980 : Entrée en service de la station de Sugar Grove dans
lEst des États-Unis (cette station existait déjà
pour écouter les communications russes) afin de sadapter
à la deuxième génération de satellites INTELSAT.
Une autre station est installée à Hong-Kong .
1981 : La NSA et le GCHQ construisent le premier réseau
global à grande échelle (Wan). Jusquau milieu des
années 90, ce réseau international, qui permettait de relier
les stations SIGINT et les centres de traitement, était plus important
quInternet. Le réseau est constitué de câbles
transocéaniques et de liaisons spatiales. La plus grande partie
des capacités des satellites de communications militaires américains
et britanniques, Milstar et Skynet, est consacrée à transmettre
des données pour les services de renseignement.
1985/87 : Projet de création dun réseau mondial
de surveillance des télécommunications révélé
par le journaliste britannique Duncan Campbell. Le principe du projet
F 415 est de relier entre elles, grâce à de puissants ordinateurs,
les différentes bases dinterception des pays du pacte UKUSA
qui sont disséminées à travers le monde.
Février 1983 : M. Thatcher fait surveiller par Echelon les conversations
de deux de ses ministres (selon les informations de Mike Frost, ancien
du CSE canadien).
1986 : Deux soldats américains étaient tués
dans lexplosion dune discothèque à Berlin-Ouest.
Lattentat na pas été revendiqué. Pourtant,
lÉtat commanditaire, la Libye, a été immédiatement
identifié par les États-Unis : la NSA avait intercepté
et décrypté les communications entre les ambassades de Tripoli
à Berlin-Est et Rome. Quelques minutes après lexplosion,
un membre des services secrets de Kadhafi disait : « Lopération
a bien eu lieu. Elle na pas laissé de traces. » Quelques
jours après, Reagan autorisait le bombardement de la capitale libyenne.
1988 : Lors dune visite en Australie, Bob Tizard, ministre
de la Défense néo-zélandais, révèle
que deux nouvelles bases en construction ne sont pas destinées
aux communications militaires, mais à intercepter les satellites
de communications civiles lancés par les pays du Tiers Monde tels
que lInde et lIndonésie.
12 août 1988 : Ducan Campbell rédige le véritable
premier article sur Echelon, publié dans lhebdomadaire britannique
« News Statesman ». Depuis lors, il ne cessera de réunir
des éléments sur ce réseau.
1989 : La chute du mur de Berlin entraîne la redéfinition
des priorités stratégiques des États-Unis. La conquête
des marchés mondiaux est désormais lobjectif majeur.
1990 : La NSA intercepte les communications entre le fabricant
japonais de satellites NEC et lIndonésie pour la fourniture
dun contrat de 200 millions de dollars. Le président Bush
intervient auprès de Djakarta. Le contrat sera partagé entre
NEC et laméricain ATT.
1990 : Inauguration des nouveaux locaux de lambassade de
Chine en Australie. Lors de la construction du bâtiment, des agents
américains ont installé de multiples micros et des systèmes
de surveillance des communications dans tous les murs. Les informations
recueillies sont transmises directement par satellite au quartier général
de la NSA dans le Maryland aux États-Unis.
Juillet 1990 : Les satellites Keyhole ont vu le déploiement
des troupes irakiennes à la frontière du Koweït. Le
27, six jours avant linvasion, les capteurs infrarouges ont repéré
les camions militaires transportant de leau, du gasoil et des munitions.
19 août 1991 : Lors du putsch de Moscou, la NSA obtient des
photos de Gorbatchev emprisonné dans sa maison ainsi que des enregistrements
de toutes les discussions téléphoniques entre les chefs
rebelles. Avant tout le monde, Bush sait donc que le coup dÉtat
ne réussira probablement pas.
3 septembre 1991 : Un document, aujourdhui déclassifié,
précise la mission du centre de surveillance électronique
de lUS Navy, à Sugar Grove (Virginie Occidentale), en liaison
avec le 544ème groupement de renseignement.
1991 : Lémission britannique World in Action effectue
un reportage sur le fonctionnement dun ordinateur Dictionary situé
dans la station londonienne du GCHQ sur Palmer Street, Westminster (station
UKC1000). Lémission cita des employés du GCHQ, qui
souhaitaient rester anonymes : « Ici au troisième, [le GCHQ]
a engagé un groupe de spécialistes de la sécurité
de British Telecom... Ça na rien à voir avec la sécurité
nationale. Cest parce quil est illégal dintercepter
tous les fax. Et pourtant ils prennent tout ce qui passe : ambassades,
contrats, vux danniversaire, tout y passe. Et ils mettent
tout dans le Dictionary. »
1991 : Plus de 12 tonnes de cocaïne sont saisies grâce
aux informations fournies par la NSA qui intercepte, à partir du
Venezuela, toutes les communications des membres du cartel de Cali.
8 avril 1992 : dans son discours dadieu à létat-major
de la NSA, le vice-amiral William Studeman, alors directeur de la NSA,
décrit comment les « demandes pour un accès global
accru [aux communications]se multiplient. La partie commerciale de cet
accès global est une des jambes, qui, espérons-le, sera
solide, sur laquelle la NSA devra sappuyer au siècle prochain
».
1992 : Larrestation pour espionnage dun attaché
commercial de Crypto AG par le gouvernement iranien devait entacher la
réputation dindépendance de la firme helvétique,
soupçonnée davoir fourni depuis des décennies
les clés de cryptage à la NSA.
1992-93 : La NSA espionne les communications des officiels mexicains
qui négocient lALENA (Accord de Libre-échange Nord-américain)
avec les États-Unis et le Canada.
1993 : Au cours du sommet de lAPEC (forum de coopération
Asie-Pacifique), la NSA et le FBI installent des équipements capables
découter les communications des 15 dirigeants des pays de
la zone Asie-Pacifique conviés à Seattle, aux États-Unis,
par Bill Clinton. Certaines informations collectées semblent avoir
été transmises à des chefs dentreprises qui
ont financé la campagne électorale du président américain.
1994 : Début du démantèlement de la station
de Hong Kong : les antennes sont transférées en Australie.
1994 : Lors du bras de fer entre les États-Unis et lUnion
européenne dans les négociations du GATT, le réseau
Echelon est utilisé par Washington pour connaître la position
de chacun des 15 pays de lUE et la stratégie de la Commission
européenne. Des consignes seront données aux fonctionnaires
de Bruxelles leur demandant de ne pas utiliser le courrier électronique,
dont lusage commence à se généraliser, pour
transmettre des informations sensibles.
1994 : Interception des négociations entre le fabricant
français de radars Thomson-CSF et les autorités brésiliennes.
La NSA aurait donné le montant des « dessous de table »
au Président Bill Clinton, qui serait par la suite intervenu auprès
du gouvernement brésilien. Cest finalement la firme américaine
Raytheon qui décrochera le contrat pour assurer la couverture radar
de lAmazonie.
1994 : Le directeur de la NSA, John Mac Connell, déclare
: « Il ny a pas un seul événement de politique
étrangère qui nintéresse le gouvernement américain
et auquel la NSA ne soit pas directement mêlée. »
1994 : La NSA intercepte les coups de téléphone et
les fax entre Airbus et les autorités saoudiennes. Le contrat de
6 milliards de dollars sera décroché par Boeing.
20 juillet 1994 : Bill Clinton renonce au projet de la NSA (remontant
à la présidence de G. Bush) de doter chaque ordinateur ou
chaque téléphone produit aux USA dune clipper chip
(ou puce pirate) permettant de surveiller les communications.
16 septembre 1994 : Les motifs stratégiques dEchelon
sont exposés dans un mémorandum confidentiel de la Maison-Blanche
: « la fi n de la Guerre froide a dramatiquement changé les
priorités et les menaces vis-à-vis de notre sécurité
nationale. Outre les questions politiques et militaires traditionnelles,
les thèmes économiques suscitent une préoccupation
et un intérêt croissant ».
1995 : Lenvoyé de Bill Clinton au Japon, Mickey Kantor,
bénéficie de laide de la NSA lors de discussions très
serrées avec Tokyo sur les quotas dimportation de voitures.
15 juin 1995 : Un document, aujourdhui déclassifié,
donne des indications sur « lactivation dunités
Echelon » de larmée de lair sur plusieurs bases
dans le monde.
Juillet 1995 : Les satellites Keyhole auraient vu les massacres
de Srebrenica.
3 décembre 1995 : Le Baltimore Sun révèle que «
à partir dun satellite de communications commerciales, la
NSA sempara de tous les fax et appels téléphoniques
entre le consortium européen Airbus, la compagnie aérienne
nationale de lArabie Saoudite et le gouvernement saoudien. Lagence
découvrit que les agents dAirbus offraient des pots-de-vin
à un officiel saoudien. Elle transmit linformation aux officiels
Américains qui appuyaient lenchère de Boeing Co. et
McDonnell Douglas Corp., lesquels triomphèrent lannée
dernière (1994) dans la compétition à six milliards
de dollars ».
1996 : Une chaîne néo-zélandaise est parvenue
à obtenir des images de lintérieur du centre des opérations
de la station de Waihopai. Les images furent obtenues clandestinement
en filmant de nuit à travers des fenêtres partiellement obstruées
par des rideaux. Le reporter parvint tout de même à faire
des gros plans des manuels des techniciens du centre de contrôle.
Il sagissait de manuels techniques dIntelsat, prouvant que
la station espionnait des satellites civils. Le film montrait également
que la station était pratiquement vide, gérée presque
exclusivement par des ordinateurs.
1996 : Le néo-zélandais Nicky Hager met en évidence
lexistence et le fonctionnement du plus grand réseau despionnage
des communications jamais conçu. Il dévoile ce réseau
baptisé « Echelon » dans un livre intitulé «
Secret power ».
1996 : Signature dun accord entre Lotus et le gouvernement
américain pour lexportation des systèmes de cryptage
de 65 bits : en échange de la licence dexportation, Lotus
garantit aux autorités américaines laccès à
24 de ces bits appelés « champs de réduction de charge
de travail ».
Juin 1997 : Un exercice secret, appelé Eligible Receiver, voit
50 à 75 agents de la NSA attaquer et pénétrer les
ordinateurs du DoD à partir de programmes téléchargés
sur Internet (63% des attaques nont pas été détectées).
Le commandement de la Zone Pacifique aurait pu être rendu inopérant.
Septembre 1997 : Lors du jugement de deux activistes britanniques
arrêtées et jugées pour avoir essayé de pénétrer
dans la base de Menwith Hill, R. Morris, chef de la planification durgence
chez British Telecom, rend publics des documents prouvant le branchement
de la station sur trois tronçons de fibre optique qui permettent
chacun de véhiculer plus de 100 000 communications domestiques.
1997 : La NSA reçoit le « National Intelligence Meritorious
Unit Citation » décerné par le DCI pour services rendus
pendant la Guerre froide et durant 50 ans.
Novembre 1997 : les pouvoirs publics suédois ont appris
que le système cryptographique du logiciel Lotus Notes dIBM,
utilisé notamment par les parlementaires et ladministration,
mais aussi lindustrie, avait été affaibli pour faciliter
le décryptage des courriers électroniques par la NSA, qui
disposait dune partie de la clé de cryptage. Lotus sest
défendu mollement de ces accusations, assurant seulement avoir
reçu des garanties que le gouvernement américain nen
ferait pas « mauvais usage ».
Décembre 1997 : Le Parlement européen publie, sur
linitiative du député britannique Glynn Ford, le rapport
Évaluation des techniques de contrôle politique114 qui dénonce
le système dinterception des transmissions hertziennes mis
en place par les États-Unis dès 1948 pour recueillir le
maximum dinformations sur lUnion soviétique et ses
alliés.
1998 : La NSA aurait infiltré des agents au sein de la mission
de désarmement de lONU en Irak. Leur mission : installer
de petits systèmes dinterception pour capter les communications
de Saddam Hussein et de létat-major irakien.
1998 : Le NRO annonce un plan de restructuration des différentes
classes SIGINT dans une architecture commune dénommée IOSA
pour accroître les performances des satellites et le traitement
du signal.
Février 1998 : Le général Michael Hayden est
nommé à la tête de la NSA quil modernise, notamment
par la création des premières cellules opérationnelles
chargées dintervenir dans le cyberespace.
11 mai 1998 : Le Sunday Times a relaté que par le passé
les radômes de Menwith Hill (station NSAF83) dans le Nord du Yorkshire
au Royaume-Uni, avaient eu pour tâche dintercepter lensemble
du trafic ILC essentiellement des communications commerciales ordinaires.
Le personnel est passé de 400 personnes dans les années
quatre-vingt à plus de 1400 aujourdhui auxquelles sajoutent
370 personnes venues du ministère de la Défense. Le Sunday
Times fait part également dallégations selon lesquelles
les conversations entre la société allemande Volkswagen
et General Motors ont été interceptées et que les
Français se sont plaints que Thomson-CSF, lentreprise électronique
française, avait perdu un contrat dun montant de 1,4 million
de dollars destiné à la fourniture dun système
radar au Brésil parce que les Américains avaient intercepté
des détails des négociations et les avaient transmis à
la compagnie américaine Raytheon qui avait par la suite remporté
le contrat. Selon une autre plainte, Airbus industrie aurait perdu un
contrat dune valeur dun milliard de dollars au profit de Boeing
et McDonnel Douglas car des informations avaient été interceptées
par lespionnage américain.
20 août 1998 : Treize jours après un double attentat
contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, les
États-Unis bombardent des camps dextrémistes musulmans
visant, sans latteindre, le milliardaire Oussama ben Laden. Les
satellites du NRO guidèrent les missiles grâce aux signaux
du téléphone satellitaire de ce dernier.
3 septembre 1998 : La NSA a mis en place il y a deux ans un astucieux
programme de mise à la retraite anticipée dune partie
de ses personnels, qui lui permet à la fois délargir
son influence dans lindustrie privée en y plaçant
ses cadres qui souhaitent partir, et de recruter les jeunes talents dont
elle a besoin. Intitulé « Soft Landing » (atterrissage
en douceur), ce programme aurait déjà permis à la
NSA déconomiser 25 millions $.
Septembre 1998 : Une étude commandée par le Parlement
européen souligne les dangers que fait peser lactivité
de ce réseau sur les pays de lUnion européenne et
sur leurs entreprises. Steve Wright, membre dOMEGA, une association
britannique pour les droits des citoyens (Manchester) constate, dans un
rapport adressé au Parlement européen, que tous les courriers
électroniques, les conversations téléphoniques et
les fax sont enregistrés par routine par la NSA qui fait suivre
toutes ces données à Fort Meade.
24 février 1999 : Le New York Times publie un article décrivant
en termes généraux le système Echelon comme une coopération
entre lAustralie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni
et les États-Unis visant à écouter lensemble
des échanges téléphoniques et électroniques
du monde.
Février 1999 : La Maison-Blanche lance un programme de recherche
afin que lindustrie informatique développe des ordinateurs
ayant la possibilité de vitesse de traitement de 30 téraflops
en 2001 et de 100 téraflops en 2004. Lobjectif est de répondre
au défi que pose la cryptographie.
Printemps 1999 : Les Commissions du Renseignement du Congrès
créées dans les années 70 en partie à
cause des activités illégales de la NSA sur le sol américain
se sont néanmoins émues daccusations selon
lesquelles des Américains auraient été placés
sur écoute.
11 mars 1999 : Martin Brandy, Directeur du DSD Australien (Defense
Signals Directorate), brise le silence et révèle que son
service « coopère effectivement avec des organisations équivalentes
despionnage des signaux outre-mer sous légide de lalliance
UKUSA ». Cette déclaration fut diffusée le 11 avril
1999 dans le « Programme du Dimanche » sur Channel 9 TV.
Eté 1999 : Un expert en sécurité informatique,
Andrew Fernandes, annonce quil a découvert deux « clés
secrètes » dans un logiciel de Microsoft, dont lune
était dénommée... « NSA Key ». Microsoft
assure que cette appellation signifie simplement que cette clé
est conforme aux standards imposés par la NSA, mais se défend
de « partager les informations » que donne cette clé
avec des tiers, même avec la NSA.
20 novembre 1999 : Le professeur Christopher Simpson, de lAmerican
University de New York a révélé quelques-uns des
mots clés grâce auxquels le système Echelon effectue
ses écoutes : AK-47, Cocaïne, Stinger (du nom du missile anti-aérien
portable), TWA 800 (lidentification du vol du Boeing qui a explosé
au-dessus de lAtlantique), Militia, Davidian (le surnom de la secte
Waco en 1993) ou « Vince Foster » (un ami de Bill Clinton
travaillant à la Maison Blanche qui sest donné la
mort en 1993).
6 décembre 1999 : Le New Yorker révèle que
lUSS Jimmy Carter (SSN-23), de type Seawolf, va être réaménagé
en vue de missions de services secrets de type subaquatiques (écoutes
de câbles) à partir de 2004.
1er janvier 2000 : Le passage à lan 2000 a provoqué
une panne des systèmes terrestres de traitement de linformation
des satellites-espions.
5-12 janvier 2000 : Lordinateur central du système
Echelon était hors service pendant toute la semaine : le coût
de la remise en marche du système sélèverait
à la modique somme de 1,5 million de dollars.
24 janvier 2000 : La NSA admet que lensemble de son réseau
informatique de traitement et danalyse a connu une panne totale
pendant trois jours : le système a littéralement été
noyé sous linformation.
Février 2000 : Des documents « top-secret »
déclassifiés de la NSA confirment lexistence du programme
Echelon.
22-23 février 2000 : Examen par le Parlement européen
du rapport sur le fonctionnement dun réseau Echelon.
23 février 2000 : Exposé de Duncan Campbell devant
les eurodéputés des activités de la NSA et du système
Echelon.
Mars 2000 : La DGSE est mise en cause par la presse spécialisée
pour collaborer avec la NSA qui lui aurait transmis une partie de son
savoir-faire dans les années 70.
28 mars 2000 : Le Figaro relate les confidences dun expert
des services de renseignement américains : « Pour ladversaire,
il est chaque jour plus aisé de cacher son jeu dans le brouhaha.
Et pour nous, il devient chaque jour plus difficile de déchiffrer
les partitions qui nous intéressent. Cest un vrai problème
pour la NSA ».
10 mars 2000 : Selon le journal Le Monde, Georges Tenet, directeur
de la CIA, aurait déclaré devant le Congrès américain
que les États-Unis nutilisaient pas leurs services de renseignement
pour promouvoir leurs activités économiques.
Mars 2000 : La presse allemande affirme que la station de Bad Aibling
se consacre à lespionnage dentreprises allemandes et
suisses.
24 mai 2000 : Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire
sur le réseau Echelon, soupçonné davoir servi
à lespionnage industriel.
Juin 2000 : La diffusion de comptes rendus dinterceptions de la
NSA classés « secrets » et relatifs aux conversations
de Hilary Clinton et de Jimmy Carter suscite un vif émoi chez les
membres de la commission pour les affaires de renseignements de la Chambre
des Représentants.
Juin 2000 : LIrlande sintègre au Pacte UKUSA.
13 octobre 2000 : Ilka Schröder, députée allemande
des Grünen au Parlement européen, a décidé de
déposer une plainte contre X auprès du plus haut magistrat
de la république fédérale, pour « exploitation
et tolérance du système despionnage Echelon »
dans son pays. « Cette plainte vise tout particulièrement
les États-Unis et la Grande-Bretagne, ainsi que le gouvernement
allemand ». Elle a également porté plainte auprès
du procureur de Berlin, son lieu de résidence.
16 octobre 2000 : le général Michael Hayden, lors
dun congrès sur la guerre de linformation qui sest
tenu à Baltimore a réitéré sa volonté
que la NSA représente la figure de proue du Pentagone pour toute
la défense du Cyberespace.
21 janvier 2001 : Le ministre néerlandais de la Défense
nationale présente une note circonstanciée intitulée
« Lécoute à grande échelle des systèmes
de télécommunication » dans laquelle il estime lexistence
du réseau Echelon plausible.
22 janvier 2001 : Dans lexposé quil fait devant
la Commission temporaire sur Echelon, Duncan Campbell estime que les USA
font appel à leurs services de renseignement pour aider les entreprises
américaines à obtenir des marchés. Les informations
seraient transmises via la CIA, avec laide de lAdvocacy Center
et de lOffice of Executive Support au Department of Commerce.
23 janvier 2001 : Le Janes Defence Weekly révèle
lexistence dune base Échelon à Taiwan qui se
trouverait dans les montagnes de Yangmingshan, au Nord de Taipeh.
25 janvier 2001 : Un cadre de la NSA a affirmé au Monde
du Renseignement que lAgence disposait dun des premiers ordinateurs
quantiques fonctionnant dans un cadre opérationnel. Cela lui donne
une confortable avance dans la durée de déchiffrement de
la plupart des algorithmes utilisés. Il y aurait ainsi cinq ordinateurs
quantiques de 40 bits dont les performances surpassent largement les supercalculateurs
de type ASCI Red Tops et Cray T3E.
Début 2001 : La Suède découvre que les logiciels
Lotus utilisés par les services gouvernementaux et par de nombreuses
entreprises disposent de clés activant des back doors contrôlées
par la NSA.
Février 2001 : Un second câble de liaison Internet
casse entre la Chine et les USA. Les internautes chinois risquent de ne
plus pouvoir surfer pendant plusieurs jours en raison de « travaux
» sur un câble sous-marin défectueux, un câble
qui donne accès aux serveurs basés aux États-Unis.
Cest la seconde fois quun câble sous-marin est «
défectueux » dans cette région. Il y a quelques mois
déjà un autre câble, donnant une liaison entre lEurope
et lAustralie avait souffert du côté de Taiwan. Un
sous-marin poserait-il une dérivation ?
Février 2001 : « NSA Career Fair 2001 » : séance
de recrutement organisée par la NSA, à lintérieur
du R&E Building de Fort Meade. 600 postes sont à pourvoir dans
sept domaines : la recherche fondamentale en informatique, lingénierie
informatique, la cryptanalyse (et notamment la cryptographie quantique),
les mathématiques, lanalyse des signaux radio électriques,
les langues étrangères et lanalyse du renseignement.
5 février 2001 : Le fabricant de logiciels Vmware vient de sassocier
à la NSA pour créer un ordinateur inviolable : le projet,
baptisé Net Top, vise à transformer chaque ordinateur en
autant de PC virtuels tournant sur un ordinateur sous Linux. Ces murs
virtuels, mais quasi inviolables permettraient de retrouver la configuration
actuelle dordinateurs séparés physiquement sur différents
réseaux correspondant à des classifications différentes.
Mars 2001 : Les États-Unis devraient déployer, à
partir de 2005, un réseau de satellites-espions aux performances
encore inégalées dans le monde. A ce titre, le groupe américain
de défense Boeing vient de recevoir un contrat portant, à
terme, sur un total de 25 milliards de dollars. À lheure
actuelle, le NRO exploite, en permanence, six satellites-espions : trois
de la classe KeyHole pour lobservation optique et infrarouge par
beau temps ou temps couvert, et trois autres de la classe Lacrosse pour
la reconnaissance radar, par mauvais temps et de nuit. Ces satellites
pèsent quinze tonnes en moyenne. Tel quil a été
révélé par des indiscrétions de sources ayant
requis lanonymat, le projet consiste à passer, dès
2005, à lexploitation de vingt-quatre satellites-espions
en orbite haute, pesant le tiers des satellites actuellement en service
et capables de collecter, selon les cas, entre huit et vingt fois plus
dimages avec une précision de quinze centimètres.
Le NRO a donc fait le choix dune constellation de satellites-espions
moins lourds que les précédents et maintenus ou renouvelés
en orbite, de façon à disposer dune couverture relativement
permanente de la Terre.
Mars 2001 : La Lettre de lExpansion révèle
que la NSA sest lancée dans ce qui semble bien être
le plus important plan de mise à niveau de lhistoire dans
le domaine des technologies de linformation.
Le projet intitulé « Groundbreaker », évalué
à 5 milliards de dollars, sétalera sur dix ans. Trois
équipes saffrontent pour remporter le contrat. La première,
conduite par Computer Science Corporation, comprend General Dynamics et
Verizon Communications. La deuxième est menée par AT&T.
Enfin, la troisième est composée notamment de Raytheon et
WorfdComm. Verdict en juillet. Dès le 07/06/200, le Washington
Post annonçait quafin de maintenir son avance technologique
la NSA envisageait de privatiser une partie non classifiée (1200
à 1500 employés seraient transférés vers le
secteur privé) de ses activités technologiques (économie
d1 milliard de $ sur les dix prochaines années).
Mars 2001 : Der Spiegel a publié un article qui explique
pourquoi le ministère des Affaires étrangères et
le ministère de la Défense allemand se sont débarrassés
du système dexploitation Windows. En effet, selon le journal,
le système de Microsoft laisserait un « backdoor »
qui permettrait à la National Security Agency (NSA) américaine
de pénétrer et despionner les ordinateurs sur lesquels
le système est installé.
De plus, le chef de la diplomatie allemande a également décidé
de suspendre tous les projets de vidéoconférence, après
que les autorités ont découvert que les données transitaient
par Denver, Colorado.
Ladministration allemande a donc fait appel à deux firmes
locales, Deutsche Telekom et Siemens, pour trouver, dans les plus brefs
délais, des solutions de remplacement.
8 mars 2001 : Des consultants intervenant dans des sociétés
dintelligence privée apportent des informations à
la « Commission temporaire sur le système Echelon »
du Parlement européen. Cette expertise sert principalement à
démontrer lagressivité du système en matière
despionnage économique.
Mars 2001 : Libération révèle que la Commission
européenne aurait permis à la NSA daccéder
à ses systèmes de cryptage des informations confidentielles.
Ce serait le chef du bureau chargé du cryptage lui-même,
le britannique Desmond Perkins qui aurait reconnu : « Jai
toujours eu de très bons contacts avec la NSA à Washington
: elle vérifie régulièrement nos systèmes
(de cryptage) pour voir sils sont bien verrouillés et sils
sont correctement utilisés ». Ainsi, la NSA na même
plus besoin de recourir à Échelon... puisquelle dispose
de ses entrées à la Commission ! Le lendemain, démenti
officiel : « Lentreprise Siemens, qui a fabriqué notre
système de cryptage, nous a expliqué quil avait été
testé par la NSA. Cétait un argument de vente. Cela
sest passé il y a dix ans... ».
Avril 2001 : Une station dÉchelon vient dêtre
démilitarisée. Le site Physics Todays présente la
nouvelle acquisition de « Pisgah Astronomical Research Institute
» : une ancienne station de la NASA construite dans les années
60 puis transformée dans les années 80 pour permettre linterception
des signaux des satellites géostationnaires de lhémisphère
Nord. Rosman Station est située au Sud-ouest dAsheville,
dans la forêt de la Caroline du Nord (à lOuest de lÉtat).
La station eut pour vocation despionner les relations entre Cuba
et le Pacte de Varsovie et dintercepter les messages échangés
entre Moscou et les sites des missiles SS-20 en Allemagne de lEst.
Puis, ce fut lAmérique Latine et le trafic de drogue.
11 Avril 2001 : La NSA vient de signer un accord de 1,2 million
US$ avec NAI Labs pour développer le système sécurisé
SeLinux. Le 2 janvier dernier, lagence gouvernementale américaine
NSA annonçait avoir mis au point un noyau pour Linux plus exigeant
en matière de sécurité. Chose encore plus étrange,
elle comptait dans lesprit de lOpen Source mettre
le code de Security-Enhanced Linux (SeLinux) à disposition du public.
Cette véritable rupture avec la tradition de la NSA vient dêtre
renforcée cette semaine avec la signature dun accord avec
NAI Labs. Portant sur 1,2 million de dollars sur deux ans, il stipule
que NAI Labs, compagnie privée de sécurité, continuera
le développement du prototype SeLinux. NAI Labs est en fait une
filiale de PGP Security, véritable Némésis privée
de la NSA depuis plus de dix ans. Cet accord sinscrit dans la continuité
dun précédent contrat passé entre les deux
agences en juin dernier.
13 avril 2001 : Un sondage montrait récemment que la moitié
des Américains étaient daccord pour que le FBI ou
dautres agences gouvernementales espionnent leur courrier. LACLU
a donc décidé dutiliser les grands moyens pour que
les citoyens américains comprennent à quel point leur vie
privée est violée, en toute illégalité et
en toute impunité, par ces systèmes qui peuvent intercepter
à tout moment des courriers électroniques. Pour lun
des directeurs de lassociation américaine, Barry Steinhardt,
le but premier dEchelon est « la surveillance mondiale, pas
seulement des autres services de renseignement, mais aussi des civils
». LACLU met laccent sur le fait que Carnivore, mis
en place par le FBI, viole le quatrième amendement de la Constitution
américaine. LUnion propose sur son site des astuces pour
écrire ou rencontrer son élu local et pour envoyer directement
des fax aux députés et sénateurs. Dans la presse,
la campagne (qui paraîtra dans le New York Times et le New Yorker)
présentera un téléphone portable avec ce titre :
« Désormais équipé dun système
à trois interlocuteurs : vous, la personne que vous appelez, et
le gouvernement ».
24 avril 2001 : Dans son audition devant la Commission temporaire
sur Echelon, Nicky Hager souligne que le système nest pas
tout puissant : « Tout ne peut être intercepté en raison
de ressources par définition limitées ; il faut se contenter
de ce que promettent des informations importantes ».
26 avril 2001 : Le quotidien La Meuse reproduit les inquiétudes
du Comité R, chargé de contrôler les services de renseignement
et de sécurité belges, qui vient de remettre un rapport
au Parlement. Selon lui, labsence de moyens et dinstructions
interdit à la Sécurité de lÉtat de mener
à bien sa mission de protection du patrimoine scientifique et économique
belge. Le Comité R évoque également la mésaventure
survenue à un centre universitaire de recherche victime dune
tentative dintrusion dans son système informatique, doublée
dun cambriolage au cours duquel du matériel a été
manipulé ou volé. Ces événements font suite
à un important contrat portant sur la livraison de matériel
de pointe (les autorités américaines avaient refusé
quune firme US livre ce type de matériel pour motifs de non-prolifération).
Les soupçons se portent sur les Allemands ou les Américains.
11 mai 2001 : après les difficultés dAlain
Krivine, député européen et membre de la commission
Échelon, pour obtenir un Visa dentrée aux États-Unis,
la délégation européenne a quitté Washington
jeudi 10 mai : la plupart des rencontres prévues avec les autorités
américaines nont pas été honorées (entre
autres celles avec la CIA, le Département dÉtat et
la NSA). Cette politique de la porte close semble cohérente (!)
si on considère le peu de pouvoir dont dispose en la matière
un organisme comme le Parlement européen, pour ne pas parler de
lactuel comité (temporaire) sur le système dinterception
Échelon.
Les députés ont tout de même pu rencontrer des membres
de la Chambre des représentants, un ancien patron des renseignements
américains, et des responsables du département américain
de la justice. À cela sajoutent des ONG de défense
de la vie privée comme lACLU ou lEpic.
11 mai 2001 : Lors de sa rencontre avec la délégation
de la Commission temporaire sur Echelon à Washington DC, Jeff Richelson,
auteur américain et ancien membre de la NSA, a déclaré
quEchelon désignait un réseau dordinateurs au
moyen duquel seraient filtrées des données échangées
entre les services de renseignement.
18 mai 2001 : Un virus nommé Échelon aurait pour
but de saturer les grandes oreilles américaines. Ce ver arrive
par email sous le nom de « Echelon.vbs ». Ce virus contient
un texte caché conçu pour attirer les robots fouineurs du
réseau despionnage Échelon.
31 mai 2001 : Le quotidien britannique Th e Register publie une
liste réactualisée des mots qui déclenchent Echelon.
2 juin 2001 : Une fuite de la Commission temporaire sur le système
dinterception Échelon nous permet de vous présenter
son projet de rapport, rédigé le 18 mai 2001.
6 juin 2001 : Le quotidien bavarois Münchner Merkur a eu accès
à un dossier secret du Pentagone dans lequel est programmée
la fermeture de la station de Bad Abling pour septembre 2002. Cette fermeture
intervient dans le cadre dune réduction des forces américaines
en Europe où les bases terrestres seront remplacées par
des satellites dinterception.
10 juin 2001 : Selon La Tribune, la NSA voit dun mauvais
il lévolution de la technologie. Depuis 1989 le Pentagone
aurait réuni des chercheurs pour tenter de percer les connexions
réalisées via la fibre optique. Finalement, la NSA aurait
conçu une chambre sous-marine destinée à mettre sur
écoute des câbles transatlantiques. Y aurait-il cause à
effet des câbles sous-marins qui ont mystérieusement cassé
en Australie et en Asie du Sud-est ?
16 juin 2001 : Les États-Unis vont fournir une aide «
sur le plan technologique, de linformation et de la détection
des communications » au gouvernement espagnol. Cela se traduira
par un recours au réseau de satellites-espions américains
Echelon, capables, disent-ils, de localiser tout mouvement des membres
de lETA et dintercepter leurs communications.
18 juin 2001 : Le serveur public de la NSA est hors service : il
nest plus possible de télécharger le guide sécurité
Windows 2000 en raison dun afflux massif de connexions.
21 juin 2001 : Dans la journée du 31 mai dernier, un agent
du Government Communications Head-quarter (GCHQ) est décédé
dans des conditions inhabituelles. Quittant son service peu avant 13 h
pour rentrer chez lui en voiture, Donald Brian Davies (53 ans) a percuté
une barrière de sécurité sur la route.
Les premiers examens pratiqués à lhôpital de
Cheltenham ont indiqué quil avait perdu la maîtrise
de son auto après un malaise. Puis, dans les heures qui ont suivi,
le fonctionnaire a succombé sans que les véritables causes
de son décès ne soient identifiées par les médecins.
La police a ouvert une enquête. Et la semaine dernière la
famille a annulé les funérailles pour cause dautopsie.
27 juin 2001 : Dans un témoignage exclusif publié
le 27 juin 2001 par le quotidien Mainichi Shimbun, le journaliste néo-zélandais
Nicky Hager affirme que les moyens dinterception de la NSA ont été
« ouvertement » utilisés en secret pour des missions
despionnage industriel contre le Japon, et au bénéfice
des États-Unis.
2 juillet 2001 : Echelon a espionné le Pape et a aussi écouté
une grande partie de lactivité diplomatique du Vatican, en
particulier durant les années 1995 à 1998. Le Saint-Siège
sen est aperçu et a pris des « mesures telles quon
peut dire aujourdhui que le Vatican est le seul État à
être entièrement crypté ». Aucun fax, mail,
téléphone, émettant depuis les « pièces
qui comptent » dans le palais ne peuvent être interceptés,
envoyés et enfin lus et déchiffrés par les services
des États-Unis dAmérique. (Repubblica).
3 juillet 2001 : Duncan Campbell, dans un article du Gardian, revient
sur le « Rapport Echelon » en discussion au Parlement Européen
et met en garde les Européens contre la volonté des Américains
de saper les projets (allemands) dune Europe du renseignement. En
effet, les USA créent progressivement des alliances bilatérales
avec lEspagne (lutte contre lÉtat), la Norvège,
le Danemark, la Suisse et lItalie (lutte contre le terrorisme).
3 juillet 2001 : Une cinquantaine de militants de Greenpeace occuperait
depuis cinq heures du matin trois points stratégiques de la base
de Menwith Hill afin de protester contre le projet de bouclier antimissile.
Un autre groupe manifeste devant lentrée de la base au son
la musique du film « Misson Impossible ».
3 juillet 2001 : Alors quun soldat américain du 353rd
Special Operations Group de Kadena Air Base est accusé du viol
dune Japonaise de vingt ans, la presse nippone dénonce lespionnage
économico-politique que mènerait la Nouvelle-Zélande
à lencontre du Japon dans le cadre du pacte UKUSA.
4 juillet 2001 : La station chypriote dAyios Nikolaos (appartenant
aux Britanniques) est victime depuis plusieurs jours de manifestations
dune centaine décologistes protestant contre linstallation
de nouvelles antennes qui, selon eux, mettent en danger la vie des riverains
et des oiseaux en raison des radiations électromagnétiques.
Un député et un écologiste se sont enchaînés
à un des pylônes de la base.
5 juillet 2001 : Au cours dune session du Parlement européen,
mardi 3 juillet, les membres ont entériné 60 amendements
avant de valider la résolution informant quEchelon nétait
pas un outil despionnage industriel menaçant. Quelques membres
du comité ont protesté, indiquant notamment que cette réunion
navait que bien peu fait pression sur les États-Unis pour
brider ses capacités despionnage.
Le rapport sera soumis au vote de lensemble des députés
européens, lors de la prochaine session parlementaire à
Strasbourg, au mois de septembre.
7 juillet 2001 : Le Wall Street Journal rapporte que la NSA a réussi
lexploit daller percer et capter des câbles à
fibres optiques, qui transportent des millions de liaisons entre matériels
informatiques et téléphones, au fond de locéan,
grâce à un sous-marin spécial. Mais, selon son directeur
général, Michael Hayden, la difficulté est danalyser
des masses dinformations. « Avec les nouvelles technologies,
il y a trop de choses, trop compliquées à interpréter
», a-t-il confié au WSJ
10 juillet 2001 : Dans son supplément économique,
Le Monde publie une série darticles relatifs à lespionnage
industriel mené par les États-Unis les grandes oreilles
de lOncle Sam au nom de la lutte contre la cybercriminalité.
16 juillet 2001 : Après une action coup de poing de Greenpeace
dans la base Échelon de lUS Air Force de Vandenburg en Californie,
15 militants et deux journalistes ont été poursuivis pour
« violation de zone sécurisée » (ils risquent
6 ans de prison et 255 000 $ damendes). Ils auraient empêché
un test de missile dans le cadre du programme « Star Wars ».
29 juillet au 10 août 2001 : Les plus hauts responsables
du renseignement américain se sont réunis dans les locaux
de lAspen Institute, sur le site du Wye River Plantation Conference
Center, dans le Maryland. Le partage des informations entre services secrets
et agences de police judiciaire sest imposé comme un thème
saillant. En outre, plusieurs intervenants ont souligné la nécessité
délaborer de nouveaux produits, confondant sources ouvertes
et données classifiées, qui assureraient une information
en temps réel des décideurs politiques.
31 juillet 2001 : Le contrat relatif au projet Groundbreaker
plus de 2 milliards de dollars sur 10 ans a été attribué
à un consortium industriel dirigé par Computer Sciences
Corporation (CSC), choisi pour son expérience en matière
de reclassement des employés gouvernementaux.
09 août 2001 : Dans un article du magazine New Scientist,
un astronome (Jonathan McDowell) dénonce comment lenregistrement
des satellites-espions américains sur les registres de lONU
ne correspond pas aux orbites réellement empruntées par
ces satellites.
21 août 2001 : Lagence américaine (CERT, Computer
Emergency Response Team) et son homologue australienne (AusCERT) «
vont sallier pour accélérer le développement
de méthodes, dinstruments, et de techniques en vue dassurer
la protection des réseaux interconnectés servant de support
aux infrastructures dinformation nationales et mondiales »,
ont-elles annoncé dans une déclaration commune.
Cet accord intervient alors que les deux agences ont coopéré
de manière informelle depuis longtemps, notamment lors du passage
à lan 2000, pour prévenir le bogue informatique.
23 août 2001 : Un article du Washington Post reprend les
événements du 24 janvier 2000, date à laquelle le
système découte Echelon a été frappé
de surdité. On y apprend que cest lensemble des stations
qui a été affectées, que la NSA est confrontée
à un difficile problème de sureffectif, quEchelon
semble dépassé par laugmentation du flux dinformations
numériques parcourant la planète et que linterception
systématique doit faire place à une recherche ciblée.
Reste que la NSA peut saisir au vol un peu plus de 6 To à lheure
soit près dun cinquième de la capacité moyenne
des communications téléphoniques mondiales.
28 août 2001 : Un sergent major de lAir Force qui était
détaché au NRO par TRW (société spécialisée
dans lélectronique de défense), Brian P. Regan (ancien
membre également de la Defense Intelligence Agency), a été
arrêté par le FBI alors quil tentait de quitter les
États-Unis pour Zurich : il est convaincu despionnage au
bénéfice dune puissance étrangère, en
loccurrence la Libye ou lIrak. Il était spécialisé
dans la cryptanalyse, lanalyse dimages satellites et la gestion
du réseau Intelink. Durant la Guerre du Golf, il avait été
assigné à lIrak Regional Intelligence Task Gorce du
Joint Intelligence Center.
5 septembre 2001 : 367 votes pour, 159 votes contre, 34 abstentions,
le Parlement Européen réuni à Strasbourg vient dentériner
sa reconnaissance du réseau découte UKUSA connu sous
le nom dEchelon. Un vote qui naura strictement aucun effet
tangible, mais qui admet officiellement les possibles interférences
entre le monde des affaires et celui des services de renseignements.
6 septembre 2001 : TTU confirme que la NSA améliore sa présence
en Europe (en Espagne et en Irlande) ce qui lui permettrait de développer
une infrastructure SIGINT. De plus le FBI aurait également détaché
une équipe à Dublin pour aider les autorités irlandaises
à intercepter les communications GSM et utiliser le système
Carnivore dans la capture des messages Internet circulant sur les téléphones
portables.
12 septembre 2001 : Au lendemain des attentats, les analystes parlent
dun Pearl Harbor des services de renseignement US : manque de moyens
ou inadéquations de ces derniers ? En tout état de cause,
« Si les services de renseignements étaient parvenus à
se rassembler, nous aurions pu déjouer les attaques » a estimé
le sénateur Richard Shelby, vice-président de la commission
des services de renseignements du Sénat. Un constat renouvelé
par John Martin, ancien représentant du Département américain
de la Justice. « Cest un échec de la sécurité
et de lensemble des services de renseignements américains
».
13 septembre 2001 : Selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung, la
NSA, depuis déjà trois mois, collectait des informations
sur des actions terroristes en préparation qui concernaient le
détournement davions de ligne devant servir darmes
contre des cibles symboliques de la culture des États-Unis et dIsraël.
Laccord ne se serait pas fait à temps sur les modalités
à mettre en place pour combattre cette menace.
14 septembre 2001 : Alors que lon se demande aux États-Unis
si lon ne va pas en revenir aux méthodes humaines de surveillance,
des activistes prévoient pour le 21 octobre prochain une journée
de lutte contre le système de surveillance mis en place par la
NSA.
18 septembre 2001 : BAE a installé un laboratoire de R&D
en guerre de linformation à Arlington, en Virginie, qui travaille
avec la DARPA, la NSA et le Naval Research Laboratory. Un autre bureau
spécialisé dans la gestion des programmes avait déjà
ouvert en mai.
18 septembre 2001 : Selon la BBC, les satellites-espions américains
se concentrent tous et de façon exclusive, sur les pays hôtes
de Bin Laden. De plus des satellites commerciaux (Orbimage-4, doté
dune caméra destinée à analyser la composition
des sols qui va être lancé le 21 septembre ; Quickbird, qui
devrait être lancé le 18 octobre) vont également être
affectés à cette tâche afin de pallier à labsence
des satellites militaires quand ces derniers ne seront pas au-dessus de
lAfghanistan. Rappelons enfin quen 1998, lors des frappes
américaines contre des sites terroristes en Afghanistan, les écoutes
de Menwith Hill avaient permis de localiser Bin Laden dans son camp de
Zhawar Kili au sud est de la ville de Khost.
Cette interception avait permis de discriminer le téléphone
satellitaire du banquier saoudien. Probablement prévenu par des
informateurs au sein des services pakistanais lISI, Bin Laden avait
précipitamment quitté son camp, échappant de peu
aux Tomahawks américains.
21 septembre 2001 : Les deux satellites OrbView 4 (appartenant
à la société dimagerie Orbimage) et Quick Toms
(propriété de la NASA) sont tombés dans lOcéan
Indien : une minute après le lancement, le deuxième étage
de la fusée Taurus a pris feu. OrbView 4 était doté
dun instrument dimagerie hyper spectral, baptisé «
Warfighter », qui aurait notamment servi à localiser les
terroristes cachés dans le sous-sol ou dans des grottes
en Afghanistan.
27 septembre 2001 : Selon le Réseau Voltaire, le 11/09,
le Secret Service, reçoit un appel des auteurs des frappes de New
York et Washington. Pour créditer sa menace, la voix donne les
codes secrets permettant dauthentifier les ordres présidentiels
donnés depuis la Maison-Blanche ou Air Force One. Immédiatement,
pour protéger Georges W. Bush, lavion présidentiel
à bord duquel il rentre à Washington est dérouté
vers une destination inconnue, tandis que la Maison-Blanche et le Capitole
sont évacués et les personnels politiques conduits dans
abris antiatomiques. Aucun membre du Conseil national de sécurité
ne pense plus à des « attaques terroristes », tous
pensent quun coup dÉtat militaire est en cours. Le
calme ne reviendra quà 20 h 30.
2 octobre 2001 : Metamute, site qui traite de la culture numérique,
lance un concours littéraire autour dEchelon, dans le cadre
de la troisième édition de la « Jam Echelon day ».
Il offre un total de 1 000 euros aux meilleures uvres de fiction
sur le thème. Echelon serait en effet capable dignorer une
simple liste de mots clés, mais pourrait, par contre, sintéresser
à un récit complet. Attention : le mot « Echelon »
ne doit jamais apparaître dans luvre.(Vnu Net)
3 octobre 2001 : La NSA a commencé à moderniser les
équipements cryptographiques du gouvernement. Cette mutation devrait
séchelonner sur une quinzaine dannées. Selon
lagence, il faudra changer 400 000 téléphones, radios,
cartes à puce et autres appareils de télécommunication
utilisés dans tous les ministères. La principale raison
invoquée est que de nombreux hackers ont réussi à
décoder les algorithmes de cryptage qui permettent laccès
aux infrastructures vitales de lagence. Daprès les
spécialistes cités par USA Today, la NSA a grossi artificiellement
ses lacunes sécuritaires et chercherait tout simplement à
obtenir une augmentation de ses budgets pour le quinquennat 2003-2008.
5 octobre 2001 : Selon BBC News, la fusée Titan IV qui a
décollé la semaine dernière dune base de lUS
Airforce a mis en orbite un satellite-espion KH-12 pour Key Hole, (trou
de serrure), (ou Krystal) capable de suivre des déplacements de
véhicules, darmes ou de petits groupes de personnes se déplaçant
à pied. Cette opération est organisée par le NRO.
13 octobre 2001 : Près de 300 personnes ont manifesté
devant la base de Menwith Hill, essentiellement pour protester contre
le projet américain de Guerre des Étoiles et des interceptions
qui nont pu empêcher lattentat du WTC.
16 octobre 2001 : LAgence Spatiale japonaise (NASDA) et la
société australienne Xantic, filiale de Telstra, ont signé
un accord pour la construction de deux stations de contrôle de satellite
dans le Telstra International Telecommunications Centre de Perth. La première
station assurera les communications avec deux satellites japonais à
buts scientifiques et commerciaux. La seconde contribuera à la
sécurité
de quatre satellites de renseignement dans leur phase de lancement et
de mise en orbite, puis elle sera démantelée.
17 octobre 2001 : Selon D. Campbell, dans The Gardian, le gouvernement
américain achète toutes les images de lAfghanistan
produites par Space Imaging, la plus performante société
civile dimagerie satellitaire américaine. Pour 1 912 500
dollars, la National Imagery and Mapping Agency (NIMA) sest réservé
lexclusivité des droits sur toutes ces images. Actuellement
des photos satellitaires de lAfghanistan sont disponibles sur le
marché commercial. Elles sont produites par deux satellites, Eros
dImage Sat et Spot. Le gouvernement israélien est cependant
prêt à interdire à ImageSat de vendre ses images dèsque
les États-Unis le demanderaient.
18 octobre 2001 : Selon Intelligence Online, le déménagement
de la base allemande Bad Aibling est reporté, à lissue
de discussions entre les ministères de la Défense allemand
et américain, en raison des attentats du 11 septembre.
18 octobre 2001 : La NSA sort la 3e partie de sa version de Linux
: le prototype SELINUX LSM vient dêtre mis en ligne, doté
de plusieurs corrections derreurs et des améliorations de
sécurité.
Fin octobre 2001 : Selon Intelligence Online les multiples échanges
entre la NSA et un fournisseur tel que World Com UUnet rendraient crédible
une intervention des services de sécurité US dans les serveurs
de lopérateur, en cas de crise grave. (cf. les cônes
de silence).
1er novembre 2001 : Selon TTU, lIndian Space Research Organisation
(ISRO) a procédé au lancement du Technology Experiment Satellite
officiellement destiné à tester les technologies nécessaires
aux futurs satellites-espions ainsi quaux IRS-2. Sa caméra
panchromatique serait capable dune résolution inférieure
à 2,5 mètres certaines sources nhésitant
pas à placer la barre à un mètre. Le programme aurait
du reste été lancé en juillet 1999, peu après
les événements de Kargil et le premier test du missile de
portée intermédiaire pakistanais Ghauri-2, en avril 1999.
4 novembre 2001 : Le New York Times révèle quune
station secrète de la CIA se trouvant sous le WTC a été
détruite par les attentats du 11 septembre, provoquant dimportantes
difficultés dans la gestion du Renseignement US.
9 novembre 2001 : La CIA pourrait bien devenir le nouveau VC à
la mode dans la Silicon Valley : lagence de renseignements américaine,
sur la sellette depuis les attentats terroristes du 11 septembre, nhésite
pas à financer les start-ups susceptibles de laider dans
la lutte antiterroriste via son fonds In-QTel.
10 novembre 2001 : Une commission créée à
la demande du Président Bush à la suite 11 septembre propose
de restructurer la Communauté du Renseignement Militaire Américain
et den confier la tête à la CIA qui dirigerait la NSA,
le NRO et la National Imagery and Mapping Agency (chargée dinterpréter
les photos satellites et de créer les cartes militaires). Ainsi
tout le Renseignement US, militaire et civil, électronique et humain,
serait rassemblé en une seule institution ! Les conclusions définitives
seront rendues le mois prochain.
14 novembre 2001 : la NSA vient de fermer le Musée National
de la Cryptographie « pour une période non déterminée
».
22 novembre 2001 : Selon TTU, la mise en place du projet Groundbreaker
au sein de la NSA est en passe de provoquer des mouvements sociaux. Une
menace de licenciement de 400 techniciens a déjà provoqué
des débrayages. À cela sajoute le flou qui entoure
lavenir de la NSA : elle pourrait être dissoute et passer
sous le contrôle de la CIA.
24 novembre 2001 : Le Sénat américain a voté le Patriot
Act qui vise à renforcer les moyens découtes, de surveillance
et de contrôle des communications du territoire national par lemploi
du système Carnivore (rebaptisé DCS 1000), complément
amélioré du système Echelon. Cest un pas de
plus dans la tentative de maîtrise totale de linformation.
29 novembre 2001 : La firme Booz Allen & Hamilton a développé
à la demande du FBI un nouveau virus de type keylogger, Magic Lantern,
qui, agrégé au système Carnivore, réalise
des intrusions et des écoutes électroniques. Il enregistre
les frappes dun clavier avant que, par exemple, les informations
ne soient cryptées ou supprimées. Il comporte enfin une
base de données réservée à lenregistrement
de mots clés à rechercher dans la machine cible. (Intelligence
Online).
3 décembre 2001 : Microsoft apprécie peu la perspective
de voir Windows NT, qui équipe les ordinateurs des parlementaires
allemands au Bundestag, remplacé par un système dexploitation
à base de noyau Linux. Cest pourquoi léditeur
a décidé de permettre à la présidence du Parlement,
ainsi quà la Commission pour les technologies de linformation
et de la communication, davoir accès au code source de Windows.
6 décembre 2001 : Le ministère américain du
commerce (US Department of Commerce) vient dapprouver un standard
de cryptage des données, lAdvanced Encryption Standard (AES),
qui a pour vocation de protéger les données dordre
personnel et financier utilisées par le gouvernement, ou dans le
cadre déchanges commerciaux. Il remplace les deux normes
actuellement utilisées, le protocole Triple DES et le Data Encryption
Standard (DES), adopté en 1977 par le National Institute of Standards
and Technology (NIST), une antenne du ministère du Commerce américain.
LAES supporte des clés de codage à 128, 192 et 256
bits, alors que le DES ne supportait que les clés à 56 bits.
7 décembre 2001 : Lockheed Martin Corp. a annoncé
que plus de la moitié de sa division télécommunications
serait démantelée et largement liquidée. Lockheed
Martin va également tenter de vendre ses parts dans plusieurs sociétés
de communications, comme Intelsat (24 %), Inmarsat (14 %), New Skies Satellites
N.V. (14%), Americom Asia-Pacific (50 %).
10 décembre 2001 : Quatre fabricants de logiciels antivirus
(Symantec, McAfee, Trend Micro, Sophos) ont déclaré quils
nouvriraient pas la porte au virus/ver de surveillance électronique
du FBI. Cette décision serait davantage liée aux activités
de certains fabricants dans des marchés émergents (comme
la Chine) quà des préoccupations dordre éthique
pour les clients actuels (Les Chroniques de Cybérie).
12 décembre 2001 : Un porte-parole du FBI la reconnu : le
développement de Magic Lantern est en cours. Ce logiciel, dont
lexistence a été révélée pour
la première fois par la chaîne Internet MSNBC en novembre,
appartient à la catégorie des keyloggers. Installé
sur un micro-ordinateur, le keylogger surveille et garde en mémoire
les touches frappées au clavier par lutilisateur. Lorsque
quelquun crypte ses communications avec un logiciel trop difficile
à casser, il est beaucoup plus simple de découvrir son mot
de passe ou bien le contenu de ses messages en récupérant
les données du keylogger.
13 décembre 2001 : Le FBI et les douanes américaines
épaulés par lAustralie, le Royaume-Uni, la Finlande
et la Norvège ont démantelé mardi 11 décembre
un réseau mondial de pirates informatiques qui fournissait sur
la toile des copies illégales de programmes.
14 décembre 2001 : Les services de renseignement américains,
dont lefficacité a été mise en doute par les
attentats du 11 septembre, verront leur budget augmenter de 8 % lan
prochain. Laugmentation des crédits à la CIA, à
la NSA (National Security Agency) et aux autres services de renseignement,
a été entérinée à lunanimité
par le Sénat jeudi soir. Le budget actuel est denviron 30
milliards de dollars.
Laugmentation servira notamment à accroître les moyens
« humains » de la CIA et à recruter de nouveaux spécialistes
de langues ou dialectes, deux domaines dont les carences ont été
mises en lumière par les attentats de New York et Washington. (Reuter)
17 décembre 2001 : Après le lancement réussi
le 10 décembre de « Maroc-Tubsat », le Maroc est, après
lÉgypte et lArabie Saoudite, le troisième pays
du monde arabo-musulman à disposer dun satellite spatial,
rapporte lundi la télévision marocaine 2M. Entièrement
conçu par des chercheurs marocains,
« Maroc-Tubsat », dont les tests de fonctionnalité
ont été réalisés en partenariat avec luniversité
de Berlin, a été lancé à bord de la fusée
russe Zenit depuis la base de Baïkonour (Kazakhstan). Pesant environ
50 kilos, ce satellite assurera, selon lagence officielle de presse
marocaine MAP, « quatre missions : observation de la terre, messagerie,
collecte de données et localisation ».
21 décembre 2001 : Les états arabes du Conseil de
coopération du Golfe (CCG) envisagent dacheter leur propre
satellite-espion. Ce besoin a été mis en lumière
lors de la guerre contre lAfghanistan : les Émirats Arabes
Unis, membres du Conseil, ont été incapables dobtenir
des images satellites de lAfghanistan malgré leur contrat
avec la société américaine Space Imaging Inc (le
Pentagone avait obtenu lexclusivité des photos de lAfghanistan
prises par le satellite Ikonos de Space Imaging).
Vers un projet européen
Tout le monde espionne tout le monde. Et le plus riche sera le mieux informé.
Ces projets demandent énormément dargent pour être
menés à bien. Le projet européen est en marche et
fait beaucoup de bruits aux USA, qui y sont farouchement opposés.
La Grande-Bretagne doit dabord saffranchir de ses alliances
avec les États-Unis,
Nous nen sommes quau début. En dehors des pays anglophones,
il émerge un axe France-Allemagne au niveau de lintelligence
économique et lespionnage. Les Américains essayent
actuellement de partager Echelon avec le plus de pays européens
possible tout en tenant à lécart lAllemagne
et la France.
Le Danemark, la Suisse, la Finlande sont par exemple déjà
du côté américain .
Pourtant, Echelon nest pas un enfant
du baby-boom paranoïde de la guerre froide, mais un instrument du
bloc USA/Royaume-Uni destiné prioritairement à surveiller
les autres pays du bloc de lOuest.
Une formidable façon pour les États-Unis de suivre les évolutions
des bénéficiaires du Plan Marshall et dacquérir
en temps réel toute information plus ou moins confidentielle qui
transiterait sur les ondes : fax, email, téléphone, tout
y passe.
Les Français, dindons de la farce, tentent de rattraper le retard
accumulé lors des années Balladur.
A linitiative du Parlement européen, ce rapport dense, mais
très clair, car retravaillé entièrement pour un public
de non-techniciens, démystifie la paranoïa très Roswellienne
du mythe Echelon (« on nous ment, on ne nous dit rien ») pour
la remplacer par un factuel très parlant : les services secrets
américains ont pu pendant des années connaître ce
quils souhaitaient des secrets dÉtats locaux. Exit
donc toute confidentialité économique ou politique ; pas
besoin de ligne rouge vers le bureau ovale.
Echelon, lui, écoutait tout. Avec la plainte internationale déposée
par lancien juge dinstruction Thierry Jean-Pierre (député
européen), ce rapport très documenté devrait jeter
un pavé dans la mare trop tranquille des relations Europe/États-Unis....
|